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L'AMOVR DE L'ART EDITIONS HYPERION

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L'AMOUR DE L'ART XIXe ANNÉE - REVUE MENSUELLE N° 2 - MARS 1938 --- ABONNEMENTS Administration : 95, rue de Rennes PARIS (VIe) Téléph. : LITTRé 19-94 France ; 1 an . . . 170 francs Étranger; 1 an . . . 210 francs et 230 francs Compte chèq. Post. Paris : 2124.80 Le N° : 20 francs --- SOMMAIRE La Peinture Anglaise au Palais du Louvre : LA PEINTURE ET LA POÉSIE ANGLAISES par Edmond JALOUX de l’Académie Française. Regards sur l’Exposition Anglaise : LES PEINTRES ET LEURS ŒUVRES AU XVIIIe ET AU XIXe SIÈCLE par Michel FLORISOONE. Au Musée des Arts Décoratifs : CARICATURES ET MŒURS ANGLAISES par André MAUROIS. L’EXPOSITION D’« ART ET DE TOURISME » par André DENNERY Les Livres : OUVRAGES SUR L’ART ANGLAIS par René HUYGHE. REVUE DES REVUES, par M. F. Les Expositions : VUILLARD, par Jacques LASSAIGNE. A TRAVERS LES GALERIES par J. L. et A. D. Les Faits : ECHOS ET INFORMATIONS --- RÉDACTION 21, rue de Berri, Paris (VIIIe) BALzac : 16-17

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EN COUVERTURE : MISS ELIZABETH SINGLETON PAR THOMAS GAINSBOROUGH

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L'AMOVR DE L'ART --- N° 2. MARS 1938. XIXe ANNÉE REVUE MENSUELLE COMITÉ DE DIRECTION : - M. RENÉ HUYGHE, CONSERVATEUR DES PEINTURES AU MUSÉE DU LOUVRE ; - M. GERMAIN BAZIN, CONSERVATEUR-ADJOINT AU MUSÉE DU LOUVRE ; - M. MICHEL FLORISOONE, RÉDACTEUR EN CHEF RÉDACTION : 21, RUE DE BERRI PARIS VIIIe, TÉLÉPH. BALZAC 16-17 ADMINISTRATION : 95, RUE DE RENNES, PARIS VIe, LITTRE 19-94. --- PARIS ÉDITIONS HYPÉRION

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COMITÉ D'HONNEUR : MADAME LA PRINCESSE CAETANI DE BASSIANO ; MADAME COLETTE ; M. PAUL BAUDOUIN, AMATEUR D'ART ; M. BERNARD BERENSON ; M. ABEL BONNARD, DE L'ACAD. FRANÇAISE; M. GABRIEL COGNACQ, VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MUSÉES NATIONAUX ; M. DAUTRY, ANCIEN DIRECTEUR GÉNÉRAL DES CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT ; M. D. DAVID-WEILL, MEMBRE DE L'INSTITUT, PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MUSÉES NATIONAUX ; M. HENRI FOCILLON, PROFESSEUR A LA SORBONNE ; M. LE COMTE HUBERT DE GANAY ; M. JEAN GIRAUDOUX; M. ALBERT S. HENRAUX, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DU LOUVRE ; M. ÉTIENNE NICOLAS, AMATEUR D'ART ; M. EUGENIO D'ORS, DE L'ACADÉMIE ESPAGNOLE ; M. GEORGES RENAND, AMATEUR D'ART ; M. PAUL VALERY, DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE. COMITÉ D'ARCHITECTURE: MM. AUGUSTE PERRET, LOUIS SUE, ANDRÉ VERA ET JEAN - CHARLES MOREUX, SECRÉTAIRE.

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LA PEINTURE ANGLAISE AU PALAIS DU LOUVRE LA PEINTURE ET LA POÉSIE ANGLAISES Par Edmond JALOUX, de l'Académie Française --- SANS vouloir établir un parallèle rigoureux entre deux formes d’expression aussi différentes que la littérature et la peinture, on ne saurait douter que les lois de l’esprit, qui règlent de façon relativement précise les hommes chargés de traduire plastiquement les éléments dont est composée une race, tendent à créer des rapports spirituels et moraux entre les différentes activités. En voyant, il y a quelques mois, l’admirable ensemble de l’Art français à l’Exposition de 1937, on avait, non seulement le sentiment d’une France en perpétuelle évolution, mais surtout d’une France qui, dans cette évolution, manifestait avec une évidence totale, les mêmes constantes. Tout le monde en a été frappé, jusqu’à ceux qui ne sont nullement des spécialistes de l’histoire de l’Art ou des connaisseurs passionnés. Ce qui est vrai de la France le serait également de l’Allemagne ou de l’Espagne si l’on faisait une exposition rétrospective. Je crois qu’on aura le même sentiment devant la belle exposition d’Art anglais qui s’ouvre en ce moment au Louvre et qui étonnera certainement tous ceux qui n’ont pas vu les musées de Londres et ses collections privées. Mais de même que nous trouvions dans la peinture française un climat,—puisqu’il faut bien employer ce mot —, qui est celui de notre littérature, ainsi trouvera-t-on dans les chefs-d’œuvre de l’art anglais une atmosphère qui ne surprendra aucun de ceux qui, même HOGARTH. — M. QUIN. National Gallery, Londres.

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s'ils n'ont jamais franchi le détroit, sont familiers avec la littérature anglo-saxonne, soit la classique, soit la moderne. On trouvera ici des portraits, des paysages et des scènes de genre. Ces portraits, ces paysages et ces scènes de genre, qu'ont-ils donc de particulier, que nous montrent-ils que nous ne trouvions pas ailleurs ? Le plus ancien des peintres représentés ici, c'est Hogarth. Hogarth est le vrai créateur de l'école anglaise, le génie-source qui a répandu partout ses flots tumultueux. Jusque-là l'Angleterre avait emprunté ses portraitistes à l'étranger : Holbein, Van Dyck. Le puritanisme de HOGARTH. — LES SERVITEURS DE HOGARTH. National Gallery. Cromwell fut une des causes du retard de la Grande-Bretagne à se créer un style artistique personnel. Ce style ne commence d'apparaître qu'avec le dix-huitième siècle et il apparaît avec William Hogarth, né en 1697. Notez que Daniel de Foë est né en 1660, mort en 1731 ; que Fielding parcourt sa carrière entre 1707 et 1754 ; que Smollett, né en 1721 meurt en 1771. Et si nous passons aux auteurs comiques, les dates de Congreve sont : 1670-1729 ; de Farquhar : 1678-1707 ; de Vanbrugh : 1666-1726. Il n'est que de citer ces noms pour qu'on voit aussitôt le rapprochement que je veux faire. On pourrait opposer à leur réunion l'influence de la Comédie française et en particulier de Molière sur les auteurs dramatiques de cette époque. Mais si l'inspiration a souvent pour origine la découverte de l'auteur de l'Avare et du Misanthrope, la peinture des mœurs, des détails, des caractères, demeure violemment et l'on pourrait presque dire farouchement anglaise. Ce qui frappe chez les hommes de cette époque, en dehors de la

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HOGARTH LA MARCHANDE DE CREVETTES National Gallery.

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violence des instincts, c'est le plaisir qu'ils prennent à la peinture de la vie. La réalité les amuse et les surexcite à la fois. C'est un alcool de nouvelle sorte qui agit sur eux puissamment et qui leur cause un plaisir immédiat. Ils sont trop anglo-saxons pour ne pas rester des moralistes ; ils entendent sinon prouver quelque chose, du moins donner des avis, des conseils, indiquer les erreurs, détourner leurs contemporains d'une mauvaise voie. Les tableaux de Hogarth, la Carrière d'un débauché, les Etapes d'une prostituée, pourraient se dérouler comme des films de propagande moralisatrice : on y apprendrait comment on doit se conduire et ce qu'il ne faut pas faire. Cependant ce n'est pas là l'essentiel : l'essentiel, c'est de peindre la vie et d'y prendre son plaisir. Cet appétit est particulièrement visible dans la célèbre Marchande de crevettes de William Hogarth. Il allume son teint ; il fait étinceler ses dents fraîches, briller ses yeux à la fois naïfs et malicieux. Hogarth l'a peinte avec une sorte d'emportement où l'on sent une joie personnelle. Les temps du puritanisme et de la réserve sont loin. L'imagination se débride, la sensualité éclate dans la juxtaposition des couleurs. Dans d'autres œuvres de Hogarth, la Porte de Calais, la Marche vers Finchley, c'est un grouillement humain, une agitation de foule, une liberté admirable d'attitudes et de gestes. Tout le monde vit et vit pour son compte, avec un maximum d'animation. L'amour, l'ivrognerie, les querelles privées, les farces, le comique, le tragique : tout cela se confond dans une prodigalité amusée et cependant farouche. La caricature n'est pas loin. Hogarth est trop satiriste pour ne pas la mêler à son dessin. Mais dans cette audace, dans cette impudeur, dans ce goût de peindre les bas-fonds, dans ce plaisir de déchirer le rideau des conventions et des préjugés, nous retrouvons l'esprit même de Swift, de Fielding, de Smollett ou du groupe des auteurs comiques. Fielding, lui aussi, moralise; il ne perd pas une occasion de nous dire où est le bien et où est le mal. Mais il s'amuse encore plus HOGARTH. — LE PETIT LEVER DE LA COMTESSE. Tate Gallery.

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WILSON. — LE SOMMET DE CADER IDRIS. Coll. Sir Edward Marsh. de ses inventions. Il peint Tom Jones avec une libre audace, nous montrant un homme tel qu'il est dans la multiplicité de ses appétits et de ses désirs. Ce n'est pas une bacchanale que cet art du dix-huitième siècle anglais : c'est une acceptation franche et libre de la vie avec une certaine crudité dans le dessin, la volonté de ne pas s'en laisser accroire et surtout une merveilleuse sincérité. Seul, Swift enténèbre le tableau ; sa tristesse est misanthropique ; sa satire, haineuse. Par là il échappe à son temps ; il va retrouver les esprits les plus amers de l'humanité. Les romans réalistes de Daniel de Foë, Moll Flanders et Lady Roxana, rappellent à tout instant les aperçus savoureux de Hogarth. Un des tableaux les plus pénibles, la rue du Gin, avec ses ensevelissements en pleine rue, ses ivrognes, ses squelettes, ses infirmes, ses pendus, ses querelles, fait un fond singulièrement tragique à ces images plaisantes. Mais en Angleterre le tragique n'est jamais loin. Ces enfants ont trop lu la Bible, tout jeunes, et dans une langue admirable, pour ne pas se souvenir que lorsqu'il s'agit du Dieu des armées, la catastrophe est proche. Ce pays de l'aise et du confort est aussi celui des visions apocalyptiques de Milton et de William Blake. Cependant ce dix-huitième siècle mouvementé, gras, brutal, qui voit la réalité de tout près et n'en a pas peur, est aussi celui des grands portraitistes élégants, l'époque de Reynolds, de Gainsborough, de Romney, de Raeburn, de Hoppner, de Lawrence, d'Opie. Des uns aux autres, on a l'air de changer de monde. Toutefois il ne faudrait pas croire que ces peintres idéalistes, ces habilleurs de modèles de cour, ces portraitistes respectueux et vigilants, mais qui tendent à faire des femmes des personnages d'opéra-comique, des déesses de parc à la Jean-Jacques Rousseau, des égéries rêveuses ou de mélancoliques enjouées, n'aient pas été aussi des observateurs. Un gentilhomme bernois, Béat de Muralt et qui a écrit sur les Anglais et les Français, des lettres dont Sainte-Beuve faisait grand cas, s'exprime ainsi sur les Anglaises : « Leur manière de se promener, dit-il des Anglaises, est une des choses qui marquent leur caractère : contentes d'être vues, elles marchent ensemble, le plus souvent sans se parler ; toujours