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4e Année. — Numéro 8
15 Avril 1926
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
LA PROTECTION DES MONUMENTS HISTORIQUES
Le Touring-Club de France vient de publier sous ce titre une jolie et utile plaquette illustrée qui rentre dans l'ordre d'action de son Comité des Sites et Monuments.
Celui-ci, aidé des comités locaux constitués dans chaque département, s'est donné comme tâche la préservation des richesses pittoresques et monumentales de la France, l'étude des propositions de classement, la défense de toutes nos valeurs artistiques contre les attaques de tout genre, les moyens d'en faciliter l'accès ; il opère depuis longtemps, en liaison avec l'administration des Monuments historiques, à laquelle il a fourni, sans tapage, d'utiles suggestions, des indications précieuses, un appui moral efficace.
Rien n'était plus utile que de réunir et de mettre à la disposition de tous, comme on vient de le faire, les textes de loi et décrets qui régissent actuellement les monuments historiques : la loi du 31 décembre 1913, l'extrait de la loi de finances du 31 décembre 1921 et le décret d'administration publique du 18 mars 1924, d'y ajouter enfin les éclaircissements nécessaires, les indications sur la marche progressive des idées qui ont abouti à cette législation, les commentaires, tels que ceux du rapport de M. Théodore Reinach en 1912 à la Chambre des Députés qui fit aboutir le vote de la loi de 1913, les additions qui purent être apportées à celle-ci et surtout en faire ressortir les résultats obtenus et la manière sage, prudente, aussi ferme et peu vexatoire à la fois que possible, dont procède l'administration des Monuments historiques. Tout cela, c'est M. Paul Verdier, aujourd'hui chef du bureau des Monuments historiques qui s'en est chargé dans une notice abondante et claire d'une quarantaine de pages, où il reconnaît du reste, dès l'introduction, tout ce qu'il doit au beau livre que M. Paul Léon a consacré en 1917, chez Laurens, aux Monuments historiques.
Il n'était que juste de rappeler ainsi dès l'abord le nom de celui qui est depuis de longues années l'animateur et le modérateur du service, et dont l'esprit de mesure et de finesse est partout dans les principes posés et les résultats obtenus.
Classement des immeubles et des meubles, des propriétés publiques et des propriétés privées, extension progressive de ce classement limité aux «monuments-types» et étendu peu à peu aux principales productions de l'art architectural en France à toutes les époques, 6.350 immeubles inscrits au lieu des quelques centaines, 1702 exactement, en 1900, et 30.000 objets inventoriés, surtout depuis 1905. Instances de classement qui permettent d'agir à l'occasion avec toute la rapidité désirable, inventaire supplémentaire lequel contiendra toutes les reliques du passé qui précisent la physionomie d'un pays en même temps qu'elles sollicitent la curiosité des archéologues, protection des abords des monuments, édifices endommagés en 1914-1918, vestiges de guerre etc. Telles sont les questions successivement abordées et que nous ne saurions résumer toutes ici, non plus que celles devenues si graves, avec l'augmentation du prix de la main d'œuvre et des matériaux, des ressources mises à la disposition du service pour satisfaire à des charges croissantes : 8.950.000 francs de crédit budgétaire en 1925 dont la presque totalité est absorbée par les travaux de strict entretien et de grosses réparations. Il est vrai que des fonds de concours extra-budgétaires, venant des particuliers, des communes, ou des conseils généraux, ont pu s'élever en 1925 jusqu'à 44% du crédit de l'Etat et que la précieuse institution de la Caisse autonome des Monuments historiques permettra aux libéralités de s'exercer au bénéfice de cette institution essentielle dont M. Verdier a retracé avec une parfaite lucidité et une expérience déjà consommée les différents modes d'activité, les besoins et les ressources.
Paul Vitry.
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NOUVELLES
- Légion d'honneur. — Par décret en date du 27 mars 1926, M. le docteur Charles Richel, membre de l'Académie des Beaux-Arts et de l'Académie de Médecine, est promu à la dignité de grand-officier.
- Le Centenaire du Romantisme. — M. Lamoureux, ministre de l'Instruction publique, vient d'être saisi par le directeur des Beaux-Arts du vœu émis dans sa dernière séance par la commission des expositions destinées à commémorer le centenaire du Romantisme.
Saisie de divers projets, la commission, sur la proposition de M. Louis Barthou, a émis à l'unanimité le vœu que :
1° En 1927, une exposition d'œuvres pré-romantiques ait lieu à la Bibliothèque nationale et au Musée Victor-Hugo, le Théâtre-Français pouvant à cette époque donner une reprise de Cromwell ;
2° En 1930, une grande exposition romantique, sans restriction de date aucune, soit organisée par le Louvre, la Bibliothèque nationale, le Musée des Arts décoratifs, le Petit-Palais et la Maison Victor-Hugo. Cette exposition comprendrait des manuscrits, des livres, des peintures, des sculptures, des dessins et des estampes.
- L'Hôtel de Rohan. — L'on sait qu'une décision récente a affecté l'hôtel de Rohan, devenu vacant par suite du déménagement de l'Imprimerie nationale, aux services des Archives trop à l'étroit dans les bâtiments de l'hôtel de Soubise, mais les dépendances de l'hôtel avaient été revendiquées par la Commission de récupération des immeubles appartenant à l'Etat, qui en proposait l'aliénation. La Commission des Monuments historiques vient, à l'unanimité, de repousser cette prétention en n'autorisant que la vente des bâtiments longeant la rue des Quatre-Fils. En prenant cette décision, elle a eu en vue la sauvegarde du magnifique bas-relief de Robert Le Lorain, Les Chevaux d'Apolon, qui décore les anciennes écuries des cardinaux de Rohan et de la cour des écuries tout entière.
- A la Bibliothèque Sainte Geneviève. — Au cours du mois de mai s'ouvra, à la Bibliothèque Sainte Geneviève une exposition consacrée à La Vie pittoresque des Etudiants à travers les âges.
- Les Amis des Cathédrales. — Sous les auspices de la Société des Amis des Cathédrales, que préside M. Camille Enlart, membre de l'Institut, M. Jean Hure, organiste de Saint-Augustin, fera, le 17 avril, à la Maison Cavaille-Coll, une conférence sur La Facure d'orgue et son évolution. Des exemples seront donnés à l'orgue par M. Jacob, organiste de la Société des Concerts du Conservatoire.
Des visites aux églises d'Etampes et de Gisors sont prévues pour le 28 avril et le 2 juin. Elles s'accompagneront d'une conférence archéologique et d'une audition musicale par les Chanteurs des Amis des Cathédrales dirigés par M. H. Letocart.
- Le Prix de l'Appui des Artistes. — En 1914, Mme Giselle Bunau-Varilla, aidée par un groupe de généreux donateurs américains, fonda l'œuvre de l'Appui aux Artistes. La guerre terminée, le reliquat des sommes réunies fut affecté à la création d'un prix annuel de 6.000 fr. qui fut décerné dès 1921. En 1924, le comité de l'Appui aux Artistes décida que le prix consisterait dans l'achat d'une de ses œuvres à un artiste à ses débuts, œuvre qui serait ultérieurement offerte à un musée américain. C'est ainsi que cette même année, l'accord n'ayant pu se faire au sein du comité, le prix se trouva divisé entre MM. Mondzain et Brabo et qu'en 1925 il fut accordé à M. Pierre Bompard pour son tableau : Pêcheurs de Doelan.
- Le VIIe Centenaire de la Cathédrale de Tolède. — Le septième centenaire de la cathédrale de Tolède, dont la construction a commencé en 1226, sera célébré au mois d'octobre prochain.
Les autorités ecclésiastiques et civiles, des sociétés, comme celle des Amis de Tolède, l'Académie des Beaux-Arts et des Sciences historiques de la ville, la Commission royale de tourisme, s'occupent d'élaborer le programme des fêtes qui dureront deux semaines. Il est question qu'au cours de ces fêtes une journée soit particulièrement consacrée à commémorer la participation de la France aux œuvres qui font la gloire de Tolède et le culte qu'ont professé nombre d'écrivains français pour la vieille cité.
NÉCROLOGIE
Gustave Geffroy
GUSTAVE GEFFROY, président de l'Académie Goncourt, administrateur de la manufacture des Gobelins, est mort le 4 avril.
Né à Paris, en 1855, il débuta dans le journalisme aux côtés de Georges Clémenceau auquel il voua une amitié et une admiration qui ne se démentirent jamais.
Romancier de grand talent, attaché à la peinture des mœurs populaires, il publia L'Enfermé, L'Apprentie et Cécile Pommier, œuvres vigoureuses qui relèvent de l'école naturaliste.
Par son testament, Edmond de Goncourt le désigna pour être un des huit écrivains qui formèrent l'Académie à sa fondation. Mais plus importante encore est l'œuvre de Gustave Geffroy comme critique d'art. Adepte de l'esthétique impressionniste, il s'attacha avec passion à en faire triompher les principes et les représentants. En de nombreux articles, qu'il a réunis en huit volumes sous le titre : La Vie artistique, il défendit contre l'incompréhension, qui accueillit leurs débuts, des artistes comme Sisley, Pissarro, Carrière, Rodin, Renoir et Claude Monet au triomphe desquels il eut la joie d'assister.
Les lecteurs de la Gazette des Beaux-Arts eurent, à plusieurs reprises, l'occasion d'apprécier les rares qualités de la critique de Geffroy et ils se souviennent sûrement des pages pénétrantes qu'en 1924 il consacra au peintre Raffaëlli.
Mais l'art contemporain n'intéressait pas seul Gustave Geffroy et il publia une série d'études sur les Musées d'Europe qui témoignent de sa connaissance des maîtres du passé.
Nommé en 1908, administrateur des Gobelins, il s'ingénia à renover l'art de la tapisserie en conformité avec les principes qu'il avait défendus et c'est ainsi qu'Odilon Redon, Chéret, Monet, Forain et Maurice Denis reçurent des commandes de cartons pour l'antique manufacture.
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Le statuaire ANDRÉ ALLAR est décédé accidentellement à Toulon, sa ville natale, le 6 avril dans sa quatre-vingt-unième année. Élève de Cavelier, Danton et Guillaume, il remporta en 1839 le prix de Rome et au Salon de 1879 il reçut la médaille d'honneur pour les Adieux d'Alceste. Artiste au talent probe et classique, il exécuta notamment une Jeanne d'Arc pour l'église de Domrémy et les statues de Jean Goujon et de Jean Bultant pour l'Hôtel de Ville de Paris.
André Allar appartenait à l'Académie des Beaux-Arts et avait professé le cours de modelage à l'Ecole des Beaux-Arts.
ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 31 mars.
M. J. Loth présente une remarque au sujet du tréor de Traprainlaw, dont il a été question dans une précédente séance.
M. Théodore Reinach commente deux bas-reliefs de Milo, connus depuis soixante ans, mais en partie inexpliqués : l'un représente une Athéna archaïque dont la robe est ceinturée de serpents. M. Reinach montre que ce type se rencontre sur les monnaies sélucides représentant l'Athéna de Magarsos (Cilicie) ; l'origine des types est peut-être crétoise. Le deuxième bas-relief représente Tyché (la Fortune) tenant dans ses bras l'enfant Ploutos ; c'est la copie d'une statue célèbre de l'Athéniens Xénophon, dont l'original se trouvait à Thèbes. Les deux bas-reliefs sont reproduits sur des monnaies de Milo.
M. Léon Rey, chargé de mission archéologique en Albanie, rend compte des fouilles qu'il a exécutées en 1925 sur le site de l'ancienne Apollonie. Parmi les monuments découverts figure un édifice avec voûte en pierres appareillées. Cette construction, qui pourrait être un nymphée, date de l'époque macédonienne.
Séance du 9 avril
M. Frantz-Cumont a adressé, de Rome, une lettre relative aux fouilles poursuivies sur le forum d'Auguste : on a mis au jour une statue et une énorme base de pierre, qui a dû être jadis recouverte de marbre.
M. Léon Rey, chargé de mission archéologique en Albanie, poursuit sa communication, commencée à la précédente séance, au sujet des fouilles qu'il a effectuées l'année dernière sur le site de l'ancienne Apollonie. Au cours de la discussion, qui suit cette communication, MM. Holleaux et Ed. Pottier présentent des observations.
MONUMENTS HISTORIQUES
Seine-et-Oise. — L'année 1925 a été pour le château de Versailles et le palais de Trianon une heureuse « mise en train » des travaux dont la dona-
tion de M. Rockefeller faisait entrevoir précédemment la réalisation prochaine.
S'il y a eu peut-être quelque exagération dans les tableaux que l'on a tracés de la « grande misère » de Versailles, il n'en est pas moins vrai qu'il importait de ne pas laisser se prolonger des désordres et des délabrements dont la gravité s'augmentait de jour en jour. Aussi a-t-on commencé, par procéder à une revision complète des charpentures, des couvertures, des écoulements des eaux, des parties hautes des façades et des menuiseries, travaux peu apparents d'ailleurs, comme il convient, mais souvent délicats, car il ne faut pas perdre de vue que dans la construction de Versailles, effectuée en peu d'années, on a souvent usé de procédés techniques assez sommaires et qu'un beau décor dissimule
fréquemment des défectuosités d'une restauration difficile. Là où l'ardoise placée sur des charpentures de trop peu de pentes laissait filtrer la pluie, il a fallu adopter soit le plomb, soit le cuivre sans modifier pour cela la silhouette des toitures qui ne devaient pas se voir des parterres.
Les deux ailes des Ministres, l'aile Nord du château, le bâtiment de la Galerie des Glaces, l'aile Gabriel ont ainsi été révisés. On a terminé également la restauration de la vieille aile, entreprise depuis de si longues années, grâce à la dotation spéciale qui a été faite à cet effet par la caisse des Monuments historiques.
A Trianon, où les travaux n'ont pas été moins importants, une grave question se posait à l'architecte en chef, M. Patrice Bonnet, ainsi qu'à la commission spéciale qui exerce sous le contrôle de la commission des Monuments historiques la surveillance de ces travaux. Les marbres de Trianon, les fameux marbres aux couleurs adoucies, avaient perdu leur poli et se rongeaient chaque jour davantage. Aussi se décida-t-on à effectuer un nettoyage
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VERSAILLES. L'Aile de la Comédie.
à la vapeur qui enlève, on le sait, tous les parasites de la pierre sans attaquer celle-ci et à procéder à l'encausticage des marbres pour leur redonner leur brillant suivant un procédé dont on a fait usage depuis l'anquité. Mais, du même coup, les marbres reprenaient une teinte vive qui heurte notre œil habitué au « Palais de marbre rose ». Il faut se souvenir, certes, qu'à son origine les architectes du grand Roi avaient, sans doute, voulu autant de coloration dans le Trianon de marbre qui remplaçait le chateyant Trianon de porcelaine. Mais n'aurait-on pas préféré que l'encausticage fût un peu moins régénérateur de la couleur et que l'on s'efforçât de conserver une tonalité plus atténuée, à laquelle notre œil était fait ? Le temps se chargera à coup sûr de nous rendre ces teintes délicates.
On a décidé également, et les travaux sont en cours, de rétablir du côté des parterres le degré
VERSAILLES. L'Aile des Ministres.
uniforme qui se développait tout le long des façades et que les terrasses datant de Louis-Philippe avaient fait disparaître aux ailes. Ce sera là une très heureuse remise en état qui rendra à l'édifice sa véritable proportion.
Le Théâtre de la Reine, cette délicate fantaisie élevée pour Marie-Antoinette, a fait aussi l'objet de réparations importantes non seulement des couvertures, des façades, mais aussi de la salle elle-même qui a été rétablie dans ses dispositions primitives et où l'on va replacer prochainement le beau plafond de Lagrenée, auquel une restauration indispensable, mais discrète, a rendu sa valeur.
Nord. — De récentes informations ont signalé le projet de démolition de la porte de Fives à Lille pour permettre le passage de voies suffisantes à la circulation actuelle. La commission des Monuments historiques, saisie des protestations qu'avait fait naître ce projet, a examiné la question au cours de la dernière séance et a été appelée à se pro-
VERSAILLES. Le grand Trianon.
noncer sur l'opportunité du classement de ce vestige de la ville du Moyen-Age. Il lui est apparu que seule la porte centrale remontait au xive siècle et que les bastions et les levées de terre dues à Vauban en avaient fortement altéré les dispositions.
D'autre part, les destructions du reste des fortifications laissent isolée cette porte en ruine, lui ôtant tout caractère et presque tout intérêt ; enfin son maintien en place nécessitait des expropriations importantes pour l'établissement des voies de détournement dont ni la Ville ni l'Etat ne pouvaient prendre à leur charge les frais considérables. Aussi la commission n'a pas cru devoir poursuivre le classement, demandant seulement qu'un pavage de couleur rappelât sur le sol l'emplacement et les dispositions de la porte de Fives. Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
MUSEE DU LOUVRE
Département de la Sculpture moderne
Le département vient de s'enrichir, grâce à une nouvelle libéralité de M. David Weill, d'une curieuse statuette en terre cuite de Chinard qui provient encore, par l'intermédiaire d'un M. de Vrégil qui en avait hérité, du fonds d'atelier de l'artiste dont le département avait déjà recueilli quelques fragments moins intéressants ou moins complets.
Il s'agit, comme le montre la reproduction ci-dessous, d'une figure de la République assise, coiffée du bonnet phrygien et appuyée sur deux tablettes dont l'une porte l'inscription Loix, l'autre Droits de
Serv. Phot. B.-A.
CHINARD. La République, statuette terre cuite.
(Musée du Louvre)
l'homme. Au revers, d'autres inscriptions : Liberté, Force rappellent la fureur épigraphique de l'époque révolutionnaire. De face, la date et la signature : Chinard inv. et fec le 2me Germinal an 2me de la République u. et ind., qui placent l'exécution de ce petit monument au printemps de 1794, nous montrent qu'il fut conçu en pleine fièvre révolutionnaire, très certainement, à Lyon, où Chinard résidait en ce moment, après son arrestation à Rome, qui avait fait grand bruit, et son incarcération passagère
au château Saint-Ange pour délits d'opinion et manifestations intempestives. Il était rentré dans sa patrie en triomphé à la fin de 1792 mais il n'avait pas tardé à devenir suspect de modérantisme et avait été emprisonné à nouveau. Libéré en 1794, il consacrait son talent, en le forçant peut-être un peu, à la glorification du régime nouveau. Il y a loin, en effet, au point de vue du style et du goût, des jolies et élégantes statuettes romaines d'Apollon terrassant la superstition et de Jupiter foudroyant la tyrannie, à cette figure d'une majesté voulue et un peu lourde qui garde une certaine grâce néanmoins dans le mouvement de ses bras, visibles surtout malheureusement au revers du monument et dans le pli de ses draperies.
C'est très probablement là, en effet, un projet de monument élevé sur quelque place publique dans quelque cérémonie officielle, une de ces maquettes de plâtre, de bois et de chiffons qui illustraient les fêtes révolutionnaires, y représentaient la Loi, la Liberté ou la République et disparaissaient le lendemain. Nous n'en avons gardé aucune : quelques images, quelques croquis nous en rendent compte et c'est du plus haut intérêt historique de pouvoir saisir comme ici en rondebosse réelle quelqu'une de ces allégories généreuses qui passionnaient les imaginations et ont marqué leur trace non seulement dans l'art officiel des régimes suivants, de la Paix impériale de Chaudet à la République démocratique de Dalou, mais dans la conscience des générations.
P. V.
Département des Objets d'Art
Grâce à la générosité de M. Eugène Mutiaux, le Département des Objets d'art vient de recevoir six pièces excellentes, qui enrichissent d'une manière très notable les séries de l'Orient et de l'Extrême-Orient.
Quatre d'entre elles appartiennent à l'art musulman. La plus ancienne est un bol en faïence où deux médaillons, contenant des figures en buste, se détachent en lustre métallique sur un fond crème. Trouvée dans la région d'Alep, elle a été publiée par M. Gaston Migeon (Manuel d'art musulman, 1907 ; p. 279 et fig. 231) qui l'a attribuée à l'art syro-égyptien du xue siècle, et elle a figuré à l'Exposition d'art oriental de Paris, 1925 (Catalogue, no 648 et pl. xrx). Bien qu'on doive se montrer très prudent quant aux dates de beau-
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coup de ces céramiques, on ne serait pas tenté de rajeunir celle-ci quand on la compare aux œuvres des potiers égyptiens de l'époque fatimite (xe-xiiie siècle) avec lesquelles elle offre des analogies indiscutables ; elle mériterait d'ailleurs une
Serv. phot. B.-A.
Pot. Rakka, xi'-xiiie siècle.
(Musée du Louvre)
étude spéciale, à cause de son décor très exceptionnel, où une influence de l'art byzantin semble persister.
Un pot à huit pans, dont les bandes verticales sont couvertes de rinceaux et d'inscriptions en caractères confiques, provient des ateliers de Rakka, sur l'Euphrate. La beauté de son lustre brunâtre, coloré de bleu, le range parmi les meilleurs spécimens d'une céramique aujourd'hui bien connue, qu'on peut attribuer au xie ou plutôt au xiiie siècle ; il a également été cité jadis par M. Migeon (Manuel, p. 258) et a figuré à l'exposition de 1925 (catal. n° 652).
De la même époque date une petite cruche en faïence blanche, avec quelques taches d'émail bleu ; c'est une des pièces les plus réussies d'une technique extrêmement raffinée, qui donne l'impression d'une dentelle céramique ; son décor, formé de caractères confiques se détachant sur
de fins rinceaux, est ajouré dans la pâte, dont une couverte translucide remplit les interstices. Quand M. Migeon a publié cette cruche dans son Manuel (fig. 226 et p. 276), il la croyait d'origine égyptienne ; on estime plutôt aujourd'hui (Exposition de 1925 ; catal. n° 647 et pl. xix) que ces œuvres remarquables auraient été fabriquées en Perse.
Le dernier objet d'art musulman est une page de manuscrit, où un miniaturiste a peint quatre oiseaux (trois paons et une paonne), disposés en pyramide dans trois sortes d'arceaux superposés, sous une bande demi-circulaire à fond rouge. On l'attribue à l'art syrien de la dynastie des Ortokides (xiiie siècle), qui n'était pas encore représenté au Louvre ; cette page, qui a jadis appartenu à M. F. R. Martin, a aussi figuré à l'exposition de l'an dernier (catal. n° 655).
Enfin deux objets appartiennent à l'art de l'Extrême-Orient. Le plus ancien est un poignard, dont
Serv. phot. B.-A.
Couteau, Chine, époque des Han.
(Musée du Louvre)
la lame en jade est sertie dans une poignée de bronze, décoré de rinceaux et de motifs très stylisés. Justement remarqué à l'exposition de 1925 (catal. n° 638 et pl. i) il compte parmi les plus belles pièces de l'art chinois archaïque.
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BULLETIN DES MUSÉES
D'après un travail récent de M. Paul Pelliot (Jades archaïques de Chine appartenant à C. T. Loo et Cie ; Paris et Bruxelles, 1925 in-4° v. pl. III à VIII) ces armes singulières seraient des couteaux rituels et remonteraient à la fin de l'époque des Tchéou, dynastie qui a régné du xne au me siècle avant l'ère chrétienne.
Beaucoup plus récente est une petite boîte japonaise en laque ; de forme carrée, lobée, elle est ornée de vols d'oiseaux, en or sur fond noir. Elle a figuré en 1900 à l'exposition du pavillon impérial du Japon et à la première vente de la collection Hayashi (Paris, 1902 ; no 92). La délicate stylisation de son décor n'attirera pas l'attention du visiteur indifférent ; mais elle compte parmi les œuvres, très rares en Europe, de l'époque des ilôjo (1215-1332).
Cette brève note ne peut donner qu'une idée très imparfaite des six pièces de la collection de M. Mutiaux qui viennent d'entrer au Louvre, car plusieurs d'entre elles mériteraient des études approfondies ; nous avons seulement voulu signaler tout de suite une donation qui compte parmi les plus utiles — et les plus discrètement généreuses — que le département des Objets d'art ait reçues depuis longtemps.
J. J. MARQUET DE VASSELOT.
Céramique grecque
UNE SALAMMBO BÉOTIENNE
Le musée du Louvre a acquis récemment par les soins de M. Edmond Pottier une statuette qui est peut-être unique. Nous ne pouvons ici que la présenter au public et en signaler l'intérêt, nous réservant d'en approfondir ailleurs la signification religieuse.
Le thème plastique est très simple. Une femme est debout. Un serpent de grande taille s'enroule deux fois autour d'elle et descend sur le sol qu'a déjà touché sa tête. Tout le corps de la jeune femme se tend comme si elle s'élançait vers la gauche. Veut-elle donc échapper à l'étroite du reptile, ainsi qu'on le croirait tout d'abord ? Non. La tête renversée en arrière, les bras agitant le grand voile qui tombe de sa coiffure, elle danse. Le serpent, dont la tête semble vouloir pénétrer en terre, la maintient à la même place. Elle ondule rythmiquement mais ne se meut pas. Comme si un vent les creusait, les plis de la tunique dessinent les jambes. Et cependant le voile retombe sur lui-même sans déceler le moindre souffle. L'ondulation de l'étoffe n'est donc ici qu'un simple artifice du coroplaste imitant peut-être l'artiste qui créa le modèle. La haute coiffure de notre danseuse est caractéristique. Elle consiste en un polos surmonté d'un voile. Ce n'est pas une disposition habituelle. Il est peu probable que les femmes grecques se promenassent ainsi pompeusement parées. Le voile et le polos conviennent surtout aux déesses mères, dont ils sont la caractéristique. Mais ils conviennent également aux prêtresses de ces mêmes divinités dans l'exercice du culte. Il est donc probable que notre figurine représente une prêtresse exécutant une danse rituelle, dans laquelle le serpent sacré joue un rôle.
Le lecteur a déjà pu se rendre compte que la
Serv. Phot. B.-A.
Prêtresse dansant.
(Musée du Louvre)
terre cuite que nous lui présentons n'a pas une valeur artistique exceptionnelle. Si la pose est gracieuse, le mouvement souple, l'ensemble est alourdi par la volumineuse coiffure. Le voile lui-même paraît être fait d'une étoffe assez épaisse, peut-être en raison d'une prescription religieuse. Et cependant cette figurine a été trouvée en Béotie. On ne devinerait pas qu'elle est la sœur des jolies promeneuses que nous admirons. Il est vrai qu'elle est de beaucoup leur sœur ainée, car elle date d'environ le milieu du ve siècle tandis que celles qu'on nomme communément des « Tanagra » sont du IVe siècle. Le thème plastique non plus ne nous surprend pas. La « Salammbô » de Flaubert a rendu ce type presque banal. Mais réfléchissons à la date de notre figurine. Elle nous transporte au temps de Phidias, C'est en cela surtout que consiste l'intérêt qu'elle offre, car à cette époque nous
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BEAUX-ARTS
ne connaissons aucune représentation analogue. A quel culte peut-on donc rattacher notre prêtresse ?
Nous ne pouvons entrer ici dans le détail d'une discussion qui nous entraînerait trop loin. Notons seulement que la statuette réunit des éléments qui jusqu'ici semblaient inconciliables : la gravité matronale, la pose extatique, le rôle enfin que paraît jouer le serpent.
Chacun de ces éléments caractérisait jusqu'à présent un culte bien distinct. Le polos et le voile conviennent à Demeter. Le serpent accompagne constamment Athéna. Il est aussi familier à Déméter. Les Ménades, dans leurs transports frénétiques, le brandissent. L'extase, si contraire au rationalisme des Attiques, est fréquente dans le cycle de Dio-
Thèbes même qui représente une déesse assise sur un fauve. Or si nous comparons notre danseuse à la déesse assise, nous apercevons d'in-déniables ressemblances dans le vêtement, la coiffure, la familiarité du grand serpent, la technique même. Il en résulte que ces deux représentations se rapportent à un même culte. Comme nous avons vu, le caractère extatique de notre statuette restreint les possibilités de comparaison : le choix ne peut porter que sur un culte orgiastique, celui de Cybèle. Il en résulte que la déesse assise, que l'on avait jusqu'ici prise pour une Déméter est, à n'en pas douter, la grande mère des Dieux.
Ainsi la danseuse est probablement une prêtresse de Cybèle. Sa danse est sacrée. Soit qu'elle mime un des épisodes les plus anciens de la vie de la déesse — ignoré de nous —. Soit que le contact du serpent la remplisse d'un délire divin, et fasse d'elle une sorte de Pythie, elle nous révèle un aspect nouveau de ce culte. Bien qu'obscur encore, le problème a l'attrait que suscitent toujours les religions dont les mystères nous troublent d'autant plus que nous les entrevoyons à peine.
M. L.
MUSEE DE SCULPTURE COMPARÉE
Moulages récents
L’œuvre de documentation et d’éducation accomplie au Musée du Trocadéro se poursuit sans relâche. Point n’est besoin d’y insister. Nous voudrions simplement noter ici les nouveaux moulages dont le musée s’est enrichi depuis la guerre.
Ce sont d’abord deux figures gallo-romaines, dont les originaux ont été récemment trouvés dans la vallée du Rhône, à Sainte-Colombe-les-Vienne. Ces statues ayant été vendues, les moulages en sont particulièrement précieux. L’une est une cariatide un peu plus grande que nature. L’autre est une petite statue féminine assez mutilée ……ont le torse est encore drapé des plus gracieux plis.
Un morceau bien connu, des débuts de l’art roman, est le Dieu de majesté dans une gloire elliptique qui se trouve dans le déambulatoire de Saint-Sernin de Toulouse. On l’a moulé ainsi que l’un des anges ailés et l’un des apôtres qui le flanquent.
Notons qu’à Toulouse également on a reproduit une autre pièce fameuse du Musée des Augustins, le fragment des Signes du Zodiaque que l’on nomme d’après l’inscription gravée : Signum leonis et qui représente deux figures féminines aux jambes croisées, tenant l’une un lion, l’autre un bélier.
Dans la galerie vitrée de Passy, M. Enlart a consacré toute une travée aux fonts-baptismaux. Il a réuni à ceux qu’il possédait déjà le moulage des fonts de pierre de Wierre-Effroi près de Bou-
Serv. phot. B.-A.
Cybèle assise sur un fauve
(Musée du Louvre)
nysos : le délire saisit aussi bien le dieu que les Silènes ou Ménades de son thiase. Mais chacune de ces caractéristiques exclut l’autre. L’extase est tout à fait étrangère à la claire religion d’Athéna, ainsi qu’à celle de Déméter. Car, si cette dernière admet à Eleusis, une initiation et des mystères, son culte ne connaît pas le délire divin. En revanche, l’extase convient parfaitement au culte de Dionysos ; elle est de règle dans les orgies. Mais le costume de notre danseuse, surtout sa coiffure éloignent toute possibilité de rapprochement. Aucun culte purement grec ne peut donner satisfaction. Il nous faut chercher là où se trouvent les cultes orgiastiques, en Asie-Mineure. Celui de Cybèle se présente immédiatement à l’esprit. Mais comment l’admettre en Béotie ?
Le Louvre possède une figurine provenant de
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logne-sur-Mer. Ils sont ornés de personnages et de bêtes ailées à becs d'oiseaux et à queues de poissons.
Le Musée royal de Copenhague a offert le moulage d'un admirable Christ d'ivoire qui semble être un travail français de la première moitié du xme siècle et qui se trouve à l'église abbatiale d'Herfulsholm.
Plusieurs pièces viennent de Reims. On sait que la maison des Musiciens a été en partie détruite et la façade démontée. On a pu ainsi sauver le principal ornement de la façade, les cinq statues, celle du seigneur au faucon et de ses quatre musiciens, placées chacune dans une niche trilobée supportée par une figure grotesque en corbeau. Ces statues ont été apportées au Trocadéro, où l'on constata qu'elles portaient encore des traces de peinture. On en moula les têtes. Pour deux des statues on fit un estampage complet en reconstituant le cadre, l'arc trilobé, le corbeau, le mur de soutien.
A Reims aussi, on trouva dans les fondations du jubé de la cathédrale, une tête jetée sans doute au rebut par un sculpteur du xme siècle. Elle est seulement épannelée et l'on peut parfaitement se rendre compte de la méthode de travail et du coup de ciseau. L'intérêt de ce moulage est à ce sujet très vif.
Citons encore, avant de quitter le xme siècle, deux statues de prophètes trouvées dans la Seine, près de Moutiers-la-Celle. Les originaux sont au Musée de Troyes. M. Enlart les a placées près des moulages de Saint-Urbain de Troyes, dont les originaux du xme siècle accusent déjà les caractères du xve.
La principale salle de la galerie de Passy a été l'objet d'un remaniement pour permettre le placement d'un morceau important du xive siècle, le portail du cloître de l'ancienne abbaye de Fontenelle, à Saint-Wandrille. M. Chappée, propriétaire de l'abbaye, a, en outre, donné le moulage d'une curieuse clef de voûte du cloître. M. Enlart a pu en indentifier le sujet assez compliqué. Son explication paraîtra dans le prochain fascicule du catalogue du Musée du Trocadéro.
De la cathédrale de Strasbourg sont venus le tympan de la porte du transept Sud, la pathétique Dormition de la Vierge, ainsi que l'adorable Synagogue, le deuxième étage du pilier des Anges, et le groupe du Séducteur et de la Vierge folle. On peut comparer l'art encore très français de ce dernier couple avec le même sujet qui provient du portail Ouest de la cathédrale de Bâle. A côté de la sculpture alsacienne, l'œuvre allemande est d'une épaisse et lourde gaieté.
Passons au xve siècle. De la crypte de la cathédrale de Bourges vient le gisant du tombeau duc Jean de Berry. Les pieds sont appuyés contre un merveilleux petit ours enchâiné et muselé, si moderne de facture qu'on le croirait presque fait d'hier.
De la fin du xve siècle date cette Vierge de Pitié de Notre-Dame de Montluçon. Mais l'original est polychrome et le plâtre blanc du moulage ne saurait en rendre le caractère émouvant. De la même époque date la piscine d'un des oratoires de la chapelle de Vincennes. On y reconnaît, amenuisé, dentelé, raffiné, l'admirable décor de roses
Cl. Enlart
Porte du cloître de Saint-Wandrille.
(Seine-Inférieure), Moulage.
si largement traité au portail Sud de Saint-Denis.
Pour le xvie siècle, le Musée de Versailles a donné au Trocadéro le moulage de la curieuse statue priante de Diane de Poitiers, provenant de son tombeau jadis à Anet et dont on peut rapprocher la Diane du tombeau de Louis de Brézé à Rouen, dont le moulage est voisin.
L'église de Tilloloy (Somme), qui a été détruite pendant la guerre, contenait le tombeau de Françoise de Soyécourt (†1620). La figure en a été conservée et moulée.
Les réserves du Louvre ont fourni deux moulages de statues priantes du xviiie siècle. L'une est celle d'Anne Dauvet, femme de Philippe le Bouteiller de Senlis, dont l'original est dans l'église de Moussy-le-Vieux. L'autre, exécutée par Michel
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Bourdin en 1663, représente le maréchal François de la Grange, seigneur de Montigny (†1617) qui se voit dans la crypte de la cathédrale de Bourges.
Citons enfin deux pièces qui posent deux petits problèmes. L'une est le buste en plâtre qui se trouve à la Bibliothèque de Versailles et porte la signature de Caffieri, 1776. Quelle est cette jeune femme si gracieuse, au nez audacieux, l'air dolent et hardi, une guirlande de roses aux cheveux, un sein nu et menu, l'épaule ronde et glissante ? Les Goncourt y voulaient voir la Dubarry. C'est évidemment faux. M. de Nolhac y croit reconnaître une danseuse de l'Opéra.
Enfin, parmi le fonds d'atelier, que Rodin a légué au Musée, se trouve un remarquable moulage d'un chapiteau de type roman et dont le sujet n'a pu encore être identifié. La corbeille est ornée de deux chevaux affrontés. Ils sont montés par deux rois couronnés, l'épée à la main, et dont les têtes soutiennent les angles du tailloir. Le curieux c'est qu'entre les chevaux, sous une patte cabrée, se glisse et s'effare un petit gnome contrefait et affreux. Quelle est cette scène et d'où vient ce chapiteau ?
Luc Benoist.
MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
Une importante exposition d'orfèvrerie française du seizième siècle au début du dix-neuvième s'est ouverte au pavillon de Marsan le 12 avril.
Nous reviendrons ultérieurement sur cette intéressante manifestation, mais nous signalons dès aujourd'hui que cette exposition réunit pour la première fois des œuvres empruntées aux grandes collections de France et de l'étranger et que S. M. le roi de Suède, notamment, ainsi que la famille royale de Suède ont bien voulu envoyer quelques pièces particulièrement précieuses.
LE MUSEE LYONNAIS DES ARTS DÉCORATIFS
L'œuvre d'éducation artistique et d'enseignement professionnel entreprise au Musée des Tissus par la Chambre de Commerce de Lyon, se complètera dorénavant dans un autre Musée qu'elle a fondé, avec le concours de généreux donateurs lyonnais. L'hôtel, où il est installé, se trouve situé dans un quartier voisin de la place Bellecour. Sur l'emplacement des jardins qui en occupaient une grande partie jusqu'au milieu du xixe siècle, de riches particuliers avaient élevé des constructions, dont quelques-unes subsistent encore. Celle, qui abrite le Musée et qui se voit au no 30 de la rue de la Charité, fut bâtie en 1739, sinon sur les plans, du moins sur l'inspiration de Soufflot, pour Jean de Lacroix, seigneur de Laval, conseiller à la Cour des Monnaies de Lyon. Elle est contiguë à l'hôtel Bertaud, édifié en 1734 pour Claude Bertaud de la Vaure, voyer de la Ville et qui abrite depuis 1872 l'Ecole de Commerce. L'ensemble architectural formé par ces maisons et par celle qui leur est voisine, au no 30 de la rue Sainte-Hélène, conserve heureusement le souvenir des confortables demeures particulières où vivait la grande bourgeoisie d'autrefois.
L'hôtel de Lacroix-Laval a été acquis en 1919 par un groupe d'amis des arts, qui en ont fait don à la Chambre de Commerce de Lyon, à condition pour elle d'y installer et administrer un musée, où seraient exposés les objets retraçant l'histoire
des arts décoratifs depuis le moyen-âge jusqu'à la période moderne. La pensée des hommes excellents, qui ont eu cette initiative, rejoint celle qui avait présidé jadis à la création du Musée d'Art et d'Industrie, dépendant également de la Chambre de Commerce. De nos jours, un certain nombre d'institutions similaires fonctionnent en France et rendent d'appreciables services aux architectes, décorateurs et ouvriers d'art qui bénéficient de l'étude directe des œuvres placées sous leurs yeux, sans attendre l'occasion, souvent trop rare, d'un voyage à Paris. Mais il importe de remarquer que c'est à Lyon, centre important d'industries artistiques, qu'on vit s'ouvrir pour la première fois dans notre pays, un musée d'art industriel, sans aucune intervention de l'Etat. L'idée, lancée en 1856, est sans doute reprise aujourd'hui sous une
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autre forme ; mais le but qu'on se propose d'atteindre de nos jours n'a-t-il pas été indiqué, il y a 70 ans, par Natalis Rondot, quand il écrivait dans son rapport d'étude présenté à la Chambre de Commerce de Lyon : « Si le Musée devait ne
disposition des appartements a été ramenée à ce qu'elle était primitivement et on s'est attaché à laisser à la vieille maison son caractère d'hôtel particulier. Le jardin, qui était à peu près inculte, a été transformé en parterre français, d'après le dessin de M. Edouard André, architecte-paysagiste, et s'harmonise avec le style du bâtiment du Musée et avec celui de l'Ecole de Commerce, dont le mur de séparation a été abattu pour faire place à un escalier de pierre orné d'une grille ancienne en fer forgé.
Les objets exposés proviennent soit de l'ancien Musée d'Art et d'Industrie, soit du Musée des Tissus de la Chambre de Commerce, soit de legs et de dons. A ce fonds, définitivement acquis, sont venues s'ajouter des pièces obligament prêtées par des amateurs et collectionneurs, par le Cardinal-archevêque de Lyon et par le Mobilier national. Au rez-de-chaussée, on a exposé le Trésor de la Cathédrale Saint-Jean ; la collection de tapisseries d'Aubusson, de meubles du xviie siècle, de médailles et de monnaies donnée par M. Amédée Gonin ; une collection de faïences, dont plusieurs d'origine lyonnaise, ont été données par M. Charles Damiron ; une suite d'aquarelles et de dessins de Fragonard, de Pillement, de Delafosse, de Berjon ; un ensemble de meubles, de tableaux, d'objets d'art, de tapisseries des Gobelins appartenant à des particuliers et au Mobilier national.
servir qu'à rendre plus faciles les emprunts au passé, il n'y aurait pas lieu, à coup sûr, de s'y intéresser vivement ; mais c'est notre espérance qu'en présence de ces œuvres célèbres et de ces styles divers, on verra mieux l'impuissance des procédés actuels et qu'on abandonnera cette voie battue de l'imitation mesquine, sans but, sans honneur et sans succès ».
Natalis Rondot écrivait à une époque où il était opportun de signaler l'impuissance des procédés et de protester contre l'imitation plus ou moins servile. Les efforts tentés aujourd'hui et les résultats obtenus par certains artistes contemporains témoignent que la période de la routine est passée ; et celle des recherches fécondes, qui se poursuivent sous nos yeux, nous donne toute confiance dans l'avenir. La vue des œuvres anciennes rassemblées dans notre nouveau musée contribuera à la formation du goût ; celle des œuvres modernes, qu'on se propose d'y accueillir également, montrera l'évolution des formules décoratives depuis l'âge classique et depuis l'époque récente où l'on se contentait de copier et de pasticher.
Le Musée lyonnais des Arts décoratifs a été inauguré le 20 juin 1925 par M. de Monzie, ministre de l'Instruction publique. Sa création date donc d'hier. Il se développera méthodiquement avec le temps. Deux étages de l'hôtel ont été aménagés pour recevoir les collections. La
Le premier étage est occupé par les salles où sont exposés des ferronneries, des bois sculptés, des toiles de Jouy, un certain nombre de costumes Louis XV et Louis XVI ; une collection d'armes