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4e Année. — Numéro 5
1er Mars 1926
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
LE " MAGASIN DES IMAGES D'ART "
aux Musées du Cinquantenaire de Bruxelles
Le rôle éducatif des musées ne fait question aujourd'hui pour personne. Nos amis d'Amérique l'ont bien compris : le développement et l'aménagement de leurs musées, les services annexes qui y fonctionnent visent à donner une culture artistique à un public de plus en plus étendu. On a, chez nous, depuis la guerre surtout, accru sensiblement les moyens de diffusion dont disposent les musées : cours, conférences-promenades, vente d'images, de catalogues et de publications diverses. Mais les meilleures intentions, pour des raisons matérielles, peut-être, arrivent à borner rapidement ces efforts à la constitution d'une élite semi-mondaine, d'un noyau d'abonnés payants et d'amateurs de demi-luxe.
D'utiles exemples nous viennent de Belgique où les musées royaux du Cinquantenaire en particulier, sous l'impulsion aujourd'hui d'un savant, qui est en même temps un homme d'une activité méthodique et généreuse singulière, M. Capart, ont créé tout un « service éducatif » indépendant, association privée et, suivant son titre même, « sans but lucratif », où des souscriptions particulières veulent « éviter de demander à l'Etat qui a d'autres charges, les sommes nécessaires à l'organisation de ces services » et où les bénéfices, s'il y en a, sont employés à perfectionner l'ensemble et à fournir à certaines catégories de visiteurs gratuits, aux groupes scolaires notamment, des guides autorisés et compétents. L'institution de ces visites scolaires accompagnées par des assistants des musées est la partie la plus originale et la plus significative du programme de M. Capart.
Il vient d'y joindre un Service de vulgarisation par l'image qui ne l'est guère moins. Tandis qu'ailleurs la vente des photographies et même des cartes postales subit la hausse forcée de tous ces articles et qu'on insiste peut-être même un peu trop sur les images de luxe et les livres chers, plus profitables évidemment aux intermédiaires, comme à la caisse officielle bénéficiaire des revenus de la vente, on se préoccupe à Bruxelles, comme en Amérique (il s'agit justement d'une alliance féconde entre les préoccupations artistiques et démocratiques des deux pays) de répandre, en très grand nombre, des images d'art suffisantes et à très bon marché.
Une entreprise privée américaine, The University Prints, sous la direction d'un ancien professeur d'université de Boston, M. H.-H. Powers, a créé des séries de planches d'un format commode (0 m. 14 × 0 m. 20) qui ne comprend pas moins de 5.000 sujets reproduits en similigravures exactes et lisibles, avec des légendes qui, au contraire de celles de tant de cartes postales, sont précises et sûres. 500 pièces de sculpture grecque et romaine, 500 d'art italien primitif, 500 d'art classique, 250 seulement d'art français et espagnol (on saisit bien là, tout de suite, l'injustice ordinaire qui est faite à notre art français et qui tient souvent à la pénurie de nos collections photographiques), 150 de peinture anglaise, etc. Le service éducatif du Cinquantenaire, par un accord avec l'entreprise américaine, s'est assuré déjà un stock de 2.500 sujets qu'il peut livrer au public, soit par volumes de 500 planches, soit par planches séparées, 100 exemplaires valant 27 francs, un exemplaire 0 fr. 30, et cela malgré la différence des changes, dont la baisse permettrait de ramener le prix de l'unité plus près du prix normal américain qui est de 1 cent 1/2. On conçoit l'intérêt pour la documentation, l'étude artistique ou historique, pour le professeur ou pour l'étudiant, l'écolier ou le simple curieux, de pareilles séries si abondantes, embrassant toutes les périodes de l'histoire de l'art, judicieusement composées et légendées, alors que les séries courantes de la carte postale commerciale, si utiles cependant, sont généralement choisies au hasard, trompeuses ou insuffisantes quant au texte, et éternellement incomplètes, à quelque endroit qu'on cherche à se les procurer.
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Le succès du « magasin » installé au Cinquantenaire, intelligemment organisé et surveillé, s'est affirmé dès les premiers jours; il grandira au fur et à mesure qu'il sera à même de fournir des documents plus abondants, plus spéciaux même, car M. Capart songe à faire éditer de son côté des séries particulièrement intéressantes pour les Pays-Bas et avec texte français. N'y aurait-il pas intérêt à ce qu'une pareille tentative de diffusion artistique fût connue chez nous et complétée aussi du point de vue français?
Paul Vitry.
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NOUVELLES
- L'Ecole des Arts décoratifs. — M. Daladier, ministre de l'Instruction publique, vient d'approuver un projet élaboré par la commission spéciale de l'administration des beaux-arts en vue de la construction d'une nouvelle école des Arts décoratifs et de bâtiments consacrés à des expositions permanentes sur les terrains de l'Alma. Cette décision nous fait espérer que bientôt des locaux spacieux et appropriés à leur destination abriteront une institution dont l'utilité a été confirmée par la manifestation de l'an dernier et qui, depuis de longues années, ne disposait que de bâtiments insuffisants et délabrés.
- La Société des Amis du Louvre. — L'assemblée générale de la Société des Amis du Louvre a eu lieu au pavillon de Marsan le 24 février, sous la présidence de M. R. Koechlin qui a prononcé un éloge ému du secrétaire général de la société, M. Lucien Henraux qui vient de disparaître prématurément. Le compte-rendu administratif a été présenté par M. Metman, le compte-rendu financier par M. G.-Alexis Godillot. Pour terminer, M. Gaston Brière, conservateur-adjoint au musée de Versailles, a lu une notice sur la Formation des collections de Peintures françaises au Louvre.
- Les Amis de la cathédrale de Reims. — La Société, que préside aujourd'hui M. Charbonneaux après le regretté Eugène Lefèvre-Pontalis, a continué activement son effort et le résultat des appels lancés par elle lui a permis tout récemment de faire à la caisse des Monuments historiques un versement de 109.000 francs à destination spéciale des travaux de la grande rose qui viennent d'être autorisés par la Commission des Monuments historiques et qui doivent être exécutés par le verrier rénois Simon sous la direction de l'architecte Deneux. Le devis accepté par la commission s'élève à 120.000 francs et la société, qui n'arrête pas sa propagande, espère en couvrir bientôt la totalité et, après la réfection de la rose, permettre aussi celle de la galerie des rois.
- Les Amis de Carthage et des Villes d'or. — Sous les auspices de la Société des Amis de Carthage, le 13 février une conférence a été faite, à la salle Comedia par M. Formigé, architecte en chef des Monuments historiques sur les Théâtres antiques de l'Afrique du Nord.
Avant la conférence, M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, avait prononcé une allocution.
- Le Centenaire du Romantisme. — On s'est arrêté à la date de 1827, date de l'apparition de la préface de Cromwell de Victor Hugo et de l'exposition au Salon de Sardurapil de Delacroix, pour commémorer l'an prochain le centenaire du Romantisme. Des manifestations théâtrales et musicales sont prévues au Français, à l'Opéra et dans les différents théâtres de Paris, des fêtes populaires au Palais-Royal et Place des Vosges. On annonce aussi une importante exposition rétrospective qui aurait lieu au Jeu de Paume des Tuileries, une rétrospective du mobilier et du costume au Pavillon de Marsan, des expositions de manuscrits et de gravures à la Bibliothèque Nationale, au Musée Victor-Hugo, etc...
- A la Commission du Vieux-Paris. — Au cours de la dernière séance tenue par la commission du Vieux-Paris, deux lectures ont été faites par M. Henry Lemonnier, membre de l'Institut, sur le séjour de la pension Verdol à l'hôtel Carnavalet, de 1851 à 1861, et par M. Lucien Lambeau qui a évoqué le souvenir de Mme de Sévigné, née dans une maison de la place des Vosges.
A propos des jardins de l'hôtel Biron la commission a renouvelé son vœu antérieur pour leur conservation intégrale et leur aménagement en promenade publique.
- L'Orangerie des Tuileries. — Au cours d'une de ses dernières séances, la commission des monuments historiques a voté les crédits nécessaires pour achever la transformation de l'Orangerie en musée.
- La Transformation de l'hôtel Astoria. — On se souvient des protestations violentes que provoqua, dans la presse et chez tous les parisiens soucieux de la beauté de la capitaine, l'érection des domes de l'hôtel Astoria qui gâtent si fâcheusement l'ordonnance de la place de l'Etoile. Le temps passait et l'on commençait à désespérer de voir jamais disparaître ces malencontreuses superstructures, lorsque dernièrement la préfecture de la Seine communiquait une note d'après laquelle la société des grands hôtels de l'Etoile allait procéder sous peu aux démolitions réclamées.
- Un nouveau don de M. J. Rockefeller. — M. John D. Rockefeller junior a fait don au roi Fouad et au peuple égyptien d'une somme de dix millions de dollars pour l'établissement d'un grand musée et d'un institut archéologique au Caire.
- Découverte d'une nouvelle tombe de pharaon. — D'après un communiqué officiel du gouvernement égyptien les collaborateurs du docteur Georges Resner, chef de la mission archéologique Harvard-Boston, qui a repris, au pied de la grande pyramide, dite de Chéops, les fouilles interrompues en mars 1925, viennent de mettre au jour, près de cette pyramide, un tombeau remontant à plus de cinquante siècles. Ce tombeau serait probablement celui du pharaon Senefru, prédécesseur de Chéops. La tombe fut découverte à trente mètres de profondeur et renfermait un sarcophage orné d'or. Tout à côté, appuyées contre l'arête du sarcophage, se trouvent des perches à tête d'or, celles qui, sans doute, servirent à soutenir le baldaquin pendant la cérémonie funéraire; sur le sol il y a une multitude d'objets et en particulier un grand vase en or.
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NÉCROLOGIE
Le 11 février, le peintre Frédéric Montenard est mort dans sa soixante-dix-huitième année à Besse (Var). Epris des paysages ensoleillés de la Provence, il fut au cours de sa longue carrière l'interprète constant des aspects de sa contrée natale. Il exécuta un grand nombre de panneaux décoratifs qui ornent les murs de la Sorbonne, de l'Hôtel de Ville de Paris et d'un certain nombre de monuments publics de province. Ami de Mistral, il avait illustré les œuvres du grand poète.
Frédéric Montenard avait réuni une importante collection de tableaux et d'objets d'art du XVIIIe siècle, notamment des dessins de Fragonard.
Lucien Henraux, secrétaire général de la Société des Amis du Louvre, est décédé à Neuilly le 8 février. Durant les quinze années qu'il a occupé ces délicates fonctions, tous ceux qui l'approchèrent purent apprécier ses qualités d'intelligence et de dévouement.
Dernièrement est mort, à l'âge de soixante-dix ans, André Gédalge, professeur au Conservatoire national de musique, inspecteur général des Beaux-Arts. Second prix de Rome en 1885, Gédalge était chargé du cours de contrepoint et de fugue.
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ACADEMIES SOCIETES SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 5 février
M. Jorga, membre étranger, donne lecture d'un rapport au nom de la commission des monuments historiques de Roumanie sur les résultats des fouilles effectuées dans ce pays l'an dernier. En Dobroudja ont été relevées une centaine d'inscriptions ; en Transylvanie, des recherches ont été effectuées sur l'emplacement de l'ancienne capitale des Daces ; en diverses régions ont été notées des traces de la civilisation gête au troisième millénaire ; à Valeni-del-Monte, où une fresque a été dégagée dans l'église, permettant d'établir que des artistes crétois s'inspirant de l'art italien étaient venus travailler en Roumanie.
M. Lefebvre des Noëttes discute l'authenticité d'une intaille qui fit partie du trésor de Thisbé et qui appartient au collectionneur anglais sir Arthur Evans. Cette intaille représente deux archers tirant de l'arc et un char avec son timon. L'attitude anormale des archers indique que l'auteur était un artiste peu au courant du maniement de l'arc, né par conséquent dans un pays où ce maniement était peu usité.
M. Salomon Reinach soutient l'authenticité de l'intaille et indique l'originalité de l'œuvre qui démontre qu'il ne peut s'agir d'un faussaire.
MM. Pottier et Fougères estiment que les « solécismes choquants » de l'intaille semblent indiquer qu'elle ne saurait dater d'une époque où les artistes avaient le plus grand souci de la vérité des détails.
Séance du 12 février
M. Blanchet donne lecture du rapport, au nom de la commission, du prix Duchalais : ce prix de 1.000 fr. est attribué à M. le docteur Baillehache pour ses travaux de numismatique française et en particulier sur les ateliers de Saint-Mihiel et de Saint-Lô.
Séance du 19 février
L'Académie procède à l'élection d'un membre libre en remplacement du comte Paul Durrieu récemment décédé.
Au deuxième tour, M. Henry Cochin est élu.
M. le commandant Espérandieu présente l'original d'un bas-relief qu'il a découvert récemment dans ses fouilles du Mont-Auxois : il s'agit d'un dieu et d'une déesse debout, les jambes croisées ; le dieu tenait sans doute un sceptre ou une lance. La déesse semble seulement ébauchée. L'ouvrier paraît ne l'avoir ainsi traitée que pour mieux permettre l'adhérence d'une couche de stuc colorée qui la recouvrait et dont il reste encore en quelques endroits des traces.
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MONUMENTS HISTORIQUES
Nord. — Au cours des travaux de terrassement nécessités par la reconstruction de l'église de Comines, on vient de remettre au jour deux tombes peintes intérieurement, du plus haut intérêt historique et archéologique.
Il s'agit des sépultures de deux personnages de marque : Jean de La Clyte, seigneur de Comines, mort en 1443 et sa femme, Jeanne de Ghistelle, décédée en 1431. On sait que Jean de La Clyte était l'oncle du fameux homme d'état, le premier de nos historiens, Philippe de Comines.
Ces tombes, construites en briques, offrent une cavité suffisante pour y introduire le cercueil (1). Ce qui en fait la particularité insigne, c'est que l'une et l'autre sont décorées intérieurement d'inscriptions, d'armoires, de croix et de scènes peintes.
(1) Elles mesurent 2 m. 45 de longueur sur 0 m. 65 de largeur et 1 m. 80 de profondeur.
Tombes peintes du XV° siècle à COMINES (Nord).
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La tombe de Jeanne de Ghistelle porte l'inscription suivante en lettres gothiques peintes en noir, entre les mots de laquelle on a intercalé alternativement quatre blasons et quatre croix latines et potencées peintes en ocre :
Tombes peintes à COMINES (Nord).
Hier leecht begraven Janne van Ghistelle de welke staerf int. jaer. ons. heeren dusentich cccc ende xxxi den neghensten. dach. van octobre (1).
Les armoiries sont, partie à dextre, de La Clyte, de gueule au chevron d'or accompagné de 3 coquilles, 2 en chef, 1 en pointe, à l'écu bordé d'or, à senestre, de Ghistelle, de gueule au chevron d'hermine.
Les deux petits côtés de cette sépulture sont décorées de deux fresques, l'une entière bien conservée, représentant sainte Anne assise tenant la Vierge, l'autre mutilée figurant la Crucifixion, dont seul le saint Jean et un bras du Christ subsistent.
Dans l'autre tombe se développe l'inscription funéraire de Jean de La Clyte, sans croix et avec deux blasons seulement, aux armes du seigneur:
Hier liet begraven Jan va de Clite rudder here van Comene die staerf den xuit dach in vetmaet int jaer os heen mcccxliii (2).
Les petits côtés sont ornés de deux grandes étoiles à huit branches formées de deux croix fleurdélisées.
Ces tombes sont les premières retrouvées en France de ces caveaux polychromés dont on connaissait déjà quelques exemples en Flandre (3) et
(1) Ci-gist sous terre Jeanne de Ghistelle, laquelle mourut en l'an de Notre Seigneur MCCCXXXI, le neuvième jour d'octobre.
(2) Ci-gist sous terre Jean de la Clyte, chevalier, seigneur de Comines qui mourut le 13e jour de juin en l'an de Notre Seigneur 1443.
(3) G. Van den Gheyn. Les Caveaux polychromés en Flandre, Gand, 1889. — Ibid. Les Tombeaux polychromés en Zélande, Bruxelles, 1890.
dont, en 1924, des travaux exécutés à Warneton (Belgique), à quelques kilomètres de Comines, avait permis d'exhumer deux spécimens très remarquables, d'un siècle environ antérieurs à ceux de Comines (1).
Avisée de cette découverte, l'administration des Beaux-Arts s'est préoccupée aussitôt de sauvegarder ces remarquables tombaux dont on connaissait d'ailleurs l'existence par une relation de l'ouverture officielle qui en avait été faite en 1752 (2).
Dans l'impossibilité de les laisser sur place, où, d'ailleurs, ils n'auraient pu être visibles, on a décidé de les transporter provisoirement à quelques mètres de là, en attendant qu'un emplacement définitif puisse leur être assuré dans la nouvelle église.
Pour permettre ce transfert, on habillera cette construction de briques, assez fragile, d'une chemise de béton armé qui assurera la rigidité du bloc entier. On pourra ainsi conserver définitivement, tout en laissant la possibilité de les voir et de les étudier, des monuments si curieux par leur date certaine, la qualité des peintures qui les
Détail d'une des tombes peintes de COMINES (Nord).
ornent, ainsi que par la rareté de leurs dispositions et de leur ornementation (3). Jean VERBIER.
(1) Fernand Beaucamp. La Découverte archéologique de Warneton. Bull. de la Commission historique du département du Nord. t. xxxii, 1925 p. 243-266 fig. et pl.
(2) Dervaux. Annales religieuses de la ville de Comines. Lille, 1856, p. 115.
(3) Les détails de cette courte notice m'ont été fournis par M. M. Bruchet, archiviste et conservateur des antiquités du département du Nord, que je prie de vouloir bien accepter ici mes très vifs remerciements.
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BULLETIN DES MUSÉES
UNE ESQUISSE POUR LE “ SACRE ” DE DAVID au Musée du Louvre
Le Louvre a récemment acquis, avec le généreux concours d’un membre du Conseil des Musées qui désire garder l’anonymat, une précieuse esquisse de David pour le Sacre, qui évoque le souvenir
Louis David. Esquisse pour le Sacre.
Cl.$^5$ Serv. phot. B.-A
d’un détail bien connu de l’exécution de ce tableau. On sait que Napoléon ayant pris la couronne des mains du Pape Pie VII se l’était mise lui-même sur la tête, voulant montrer par là qu’il ne tenait son pouvoir que de lui-même. La narration officielle de la cérémonie mentionne cet épisode, et le dessin d’Isabey et de Percier qui illustre ce récit nous montre l’empereur de face plaçant lui-même la couronne sur sa tête. Se conformant à la vérité, David avait peint, sur son grand tableau, Napoléon, la main gauche sur la poignée de son épée, posant de la main droite la couronne d’or sur sa tête. Le Louvre possède un beau dessin de la figure de Napoléon dans cette attitude; mais ce geste en vé-
rité, manquait de noblesse et de grâce. Aussi n’est-il pas surprenant qu’il ait été critiqué par Gérard lorsqu’il se rendit, accompagné de Barbier-Walbonne dans la chapelle de la Sorbonne servant à David d’atelier pour l’exécution de cette grande peinture. C’est Gérard, d’après Delécluze et Jules David, qui suggéra l’idée à David, au cours de cette visite, de représenter Napoléon couronnant Joséphine, en s’inspirant du tableau de Rubens représentant le
couronnement de Marie de Médicis. Le conseil était bon, encore fallait-il qu’il fut agréé par l’empereur. David dut prendre l’avis des personnages de l’entourage de Napoléon dont l’approbation était tout d’abord nécessaire. On peut supposer qu’une esquisse sommaire fut demandée alors au peintre afin que la décision supérieure put être prise en connaissance de cause. C’est cette esquisse rapide, exécutée sur un calque à la plume pris sur le dessin très poussé qui avait été la première pensée du grand tableau (1), où certaines parties sont
(1) Ce dessin qui mesure à un centimètre près les mêmes dimensions que l’esquisse passa à la vente pos-
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très sommairement indiquées, mais où le groupe de Napoléon et de Joséphine est particulièrement précis, qui vient d'entrer au Louvre. Elle présente certaines variantes avec le tableau définitif qui ne permettent pas d'y voir une copie. Elle était conservée dans la famille à qui le Louvre l'acquit depuis qu'un ancêtre, peintre lui-même, l'acheta à un élève de David de qui il prenait des leçons. Elle ne fut jamais prêtée à une exposition et était demeurée jusqu'ici ignorée des historiens de David. Elle est d'une coloration plus claire, plus vive que le tableau définitif et cela est fort naturel parce qu'elle fut exécutée plus rapidement et que les couleurs ainsi ne s'assombrirent pas. On sait que David avait cherché à éclaircir sa palette pour peindre le Sacre, ayant été très sensible aux succès que Gros avait obtenus avec les harmonies chaudes et colorées de ses tableaux. C'est un très précieux et délicat document qui vient se joindre, dans nos collections nationales, à ceux que possède déjà le Louvre sur cette œuvre grandiose.
Jean GUFFREY.
UNE ESQUISSE POUR LA « DANSE » DE CARPEAUX au Musée du Louvre
Un arrêté ministériel récent vient d'attribuer au Musée du Louvre la maquette que nous reproduisons ci-contre et qui était conservée jusqu'ici à l'agence des travaux de l'Opéra. L'exposition de l'œuvre de Charles Garnier au Pavillon de Marsan avait permis de la mettre en lumière et les organisateurs de celle-ci en avaient saisi tout l'intérêt en la rapprochant d'autres esquisses prêtées par le Louvre et provenant de l'atelier de Carpeaux.
Ce rapprochement pose, du reste, un petit problème d'histoire que nous ne nous flattions pas de résoudre ici définitivement, mais dont nous voulons simplement rapporter les données. Charles Garnier, dans son livre sur le Nouvel Opéra, raconte, que Carpeaux, chargé du groupe de la Danse lui avait soumis une première esquisse qu'il a encore sous les yeux au moment où il écrit (1881), celle-là même qui vient d'entrer au Louvre, et que, la trouvant peu intelligible, il suggéra au sculpteur, qui s'en serait emparé avec joie, l'idée du groupe au mouvement endiablé que l'on sait.
Mais, d'autre part, le fils du sculpteur, Charles Carpeaux, publiait (vers 1894) une esquisse moins thume de David le 17 avril 1826 et fut adjugé 1.500 francs à M. Imber. Nous ignorons où il se trouve actuellement. Le Louvre, en revanche, possède les dessins de la Distribution des aigles et du Départ pour l'hôtel de Ville, premières pensées des deux tableaux qui devaient accompagner celui du Sacre et dont un seul fut exécuté.
poussée de la première pensée du groupe de l'Opéra qu'il intitulait La Musique, en expliquant dans sa notice (La Galerie Carpeaux, Paris, s. d. p. 15) que c'est le sculpteur Guillaume qui aurait reçu primitivement la commande de la Danse, qu'il aurait ensuite échangée avec Carpeaux, chargé de la Musique. Cette esquisse, entrée au Louvre en 1908 y fut cataloguée, d'après la tradition de la famille et d'après aussi la vraisemblance des attitudes et des attributs (l'un des personnages est appuyé sur
Cf. Serv. phot. B.-A.
Esquisse pour la Danse de Carpeaux (Plâtre).
(Musée du Louvre)
une lyre), comme un projet pour un groupe de la Musique.
Depuis, tandis que Chesneau, peu explicite du reste, avait semblé admettre l'explication de Garnier, les récents historiens de Carpeaux, jusqu'au dernier, M. Mabille de Poncheville, ont suivi la version de la famille. M. Laran même, dans la notice (p. 71-72) de la monographie de L'Art de notre temps, en 1912, avait aperçu la contradiction et l'expliquait par une confusion qui se serait établie dans la mémoire de l'architecte. Nous étions très tentés de rester d'accord avec lui et de considérer encore comme représentant la Musique l'esquisse plus poussée que nous venons de recueillir au Louvre. Celle-ci est appuyée sur une architecture qui nous montre qu'à la suite de l'ébauche première si largement et hardiment massée, que nous pos-
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sédions déjà, le sculpteur avait reçu de l'architecte des indications précises pour la mise en place. Pourtant les personnages, drapés à l'origine, étaient nus cette fois, la lyre de l'homme était remplacée par une torche renversée (?) et la femme tenait un tambour de basque et portait dans le dos des ailes de papillon ou de libellule. Ce changement d'accessoires serait-il l'indice de l'échange déjà effectué entre les sculpteurs ? et Carpeaux aurait-il voulu faire passer sa composition primitive sous un titre nouveau par une simple modification des attributs ? L'intervention de l'architecte s'expliquerait alors : les deux personnages sont dans une attitude de repos inexpressif et le génie qui plane sur le groupe et leur souffle ses conseils semble bien encore signifier l'inspiration musicale, bien différent du vibrant éphèbe qui devait entraîner plus tard la ronde des bacchantes déchaînées. Les deux versions peuvent peut-être se concilier par cette hypothèse.
Paul Vitry.
MUSEE DU LOUVRE
Peintures et Dessins
Le Musée du Louvre a recueilli de l'héritage du peintre Lhermitte un tableau considérable de DEHODENQ, la Danse des Nègres à Tanger, qui avait paru au Salon de 1874 et avait été publié dans l'ouvrage de Léonce Bénédite sur le maître orientaliste (p. 116).
Lhermitte avait légué, d'autre part, aux Musées Nationaux deux tableaux d'Alfred Stevens qui figureront provisoirement dans l'annexe du Luxembourg consacré aux écoles étrangères, avant d'entrer au Louvre.
MUSÉE DE VERSAILLES
Le Camp de Saint-Omer en 1788 par Swebach dit Fontaine (1)
Le Conseil des Musées Nationaux vient de voter l'acquisition, pour les Galeries historiques de Versailles, d'une charmante peinture militaire, représentant Le Camp de Saint-Omer en 1788, qui formera un digne pendant à la Revue de la Garnison de Strasbourg par le marquis de la Salle en 1781, très jolie toile offerte au même musée, peu de temps après l'armistice, par Mme Normand. Les deux tableaux, qui ne sont pas, d'ailleurs, de la même main, représentent un défilé de troupes au milieu d'une grande affluence de badauds. Les uniformes éclatants des soldats, les toilettes élégantes des femmes donnent à ces deux toiles la
(1) Ce tableau a été identifié et signalé à la Société de l'Histoire de l'Art français, il y a quatre ans, par M. Jean Vallery-Radot. Cf. Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français (1922), p. 126. N. D. L. R.
même note allègre et pimpante, martiale et mondaine tout à la fois. La Revue de Strasbourg a été identifiée depuis longtemps, si les personnages du groupe principal ne le furent que récemment. Quant à la nouvelle acquisition du Musée de Versailles, elle demeura inconnue jusqu'en 1922, époque à laquelle elle fut exposée chez un antiquaire parisien. Depuis lors, elle a figuré à différentes expositions et en dernier lieu à l'Exposition du Paysage français. En revanche, l'esquisse préparée en vue du tableau, et qui est conservée actuellement dans la collection Doistau, est connue de longue date. On en trouve mention, pour la première fois, dans le catalogue de la vente Decloux (1898), où elle figure sous le titre erroné La Plaine des Sablons.
Il nous parut impossible de retenir ce titre pour plusieurs raisons. La première, c'est que, sous l'ancien régime, il n'y eut pas de camp dans la plaine des Sablons, lieu-dit dont le souvenir s'est perpétué dans le nom de la rue des Sablons du Neuilly actuel. Le seul déploiement militaire auquel cet emplacement servait de cadre, était la revue annuelle de la Maison du Roi. Or, la quantité de tentes figurant dans le tableau prouvait clairement que ce dernier représentait un camp. En second lieu, aucun des monuments de la ville qui se profile à droite du tableau, ne pouvait être identifié avec un monument parisien. Entin les mouvements de terrain très accentués de cette prétendue « plaine » n'existent pas à Neuilly.
Quel est donc le camp que nous avons sous les yeux ?
Nous n'eûmes pas de peine à démontrer que la scène se passait, non point aux portes de Paris, mais dans les environs de Saint-Omer et nous avons cru pouvoir la dater de 1788. On sait, en effet, qu'un camp fut établi à Saint-Omer, à cette époque, et qu'il dura du 5 avril au 25 septembre.
On disait officieusement que Louis XVI avait ordonné ces manœuvres en vue de parfaire l'éducation militaire du duc de Bourbon. Mais la véritable raison de cette importante concentration de troupes était la suivante : il s'agissait de parer à toute éventualité, lors de la discussion, qui s'éleva entre l'Autriche et la Hollande, à propos de l'ouverture de l'Esaout. C'était le Prince de Condé qui avait le commandement des troupes ; à ses côtés étaient le duc de Bourbon et le duc d'Enghien. « Officiers et soldats, dit l'historien de la maison de Condé, tous virent avec un orgueil mêlé d'attendrissement, ces trois générations d'une race auguste et toute guerrière ».
Il est évident que le nom de Condé dut être extrêmement populaire au mois de septembre 1788, à Saint-Omer. Nous n'en donnerons pour preuve qu'un détail de minime importance, mais sur le-
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quel on ne nous en voudra pas d'insister, car c'est lui qui commença à nous donner la solution du problème.
Devant l'une des pittoresques guinguettes établies sur le monticule qui forme le fond du tableau, une pancarte est clouée, en guise d'enseigne, sur un poteau. Et sur cette pancarte on lit : Au café de Condé. Cette inscription n'est lisible que sur le tableau : elle n'existe point sur l'esquisse.
Cette simple indication était un trait de lumière qui éclairait tout... Si l'on fait état, en effet, des différents rapprochements que suggère le tableau, on arrive, en effet, à cette conclusion. D'une part, cette scène militaire se passe à la fin du règne de Louis XVI, comme le prouvent la coupe des uni-
Le Camp de Saint-Omer par Swebach dit Fontaine.
(Musée de Versailles.)
formes, la toilette des femmes et jusqu'à un échantillon de l'anglomanie contemporaine, représenté par une voiture extravagante, dénommée whisket. D'autre part, le nom de Condé déchiffré sur l'enseigne évoque le souvenir du camp de Saint-Omer.
Il n'y a donc plus qu'à procéder à une vérification topographique : elle est également concluante.
Un plan du camp de Saint-Omer, conservé aux Archives historiques du Ministère de la Guerre, montre que ce camp s'étendait au Sud de la ville, entre la colline qui domine Arques, d'une part, et le village de Wisques, d'autre part. Il était donc établi presque entièrement sur le plateau traversé à l'Est par la chaussée d'Hesdin et remontait, vers l'Ouest, l'un des contreforts de la hauteur sur laquelle est bâti le village de Wisques. En outre, le plan mentionne à l'Ouest de la chaussée d'Hesdin, sur le front de bandière, la perche du guai. Cette perche « où l'on tirait l'oiseau » n'est autre que le grand mât incliné, parfaitement visible sur le tableau. Ce détail significatif d'une part, et de l'autre, l'exacte concordance des mouvements de terrain représentés par le peintre avec ceux figurant sur la carte au 1/80.000e emportent la conviction : la preuve topographique est faite.
Au centre de la composition, on remarque un personnage considérable, si l'on en juge par les égards dont il est entouré, qui s'apprete à descendre de cheval pour monter dans son carrosse. Le cocher, le postillon, le piqueur portent la livrée chamois avec la culotte rouge et le chapeau noir,
galonné d'argent : c'est la livrée de Condé. Il était donc bien tentant d'identifier ce personnage avec le Prince de Condé en personne, hypothèse qui devient certitude lorsque l'on examine l'uniforme à parements et revers cramoisis dont ce dernier est revêtu. C'est l'uniforme du régiment Colonel-Général. Or, l'on sait que le prince de Condé occupa la charge de Colonel-général de l'infanterie jusqu'en mars 1788.
On voit donc le réel intérêt historique présenté par cette toile. Sa facture n'est pas moins remarquable. On est également frappé de la vie singulière qui l'anime. On admire cette quantité prodigieuse de personnages, de cavaliers, de soldats, de voitures, groupés sans confusion, malgré leur nombre, sur les différents plans de la composition. Et le cadre extrêmement pittoresque ne nuit en
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BULLETIN DES MUSÉES
rien à l'unité de l'œuvre : l'intérêt demeure concentré sur le personnage principal, le prince de Condé.
Quel est donc le nom de l'artiste qui doit être prononcé devant cette œuvre anonyme reflétant le réalisme des écoles du Nord, touché par la grâce française ? N'appartient-il pas à ce groupe de petits maîtres, Taunay, Debucourt, qui s'étaient mis si résolument à l'école de Téniers et de Wouverman ? On songe à Swebach, dit Fontaine. Mais aussitôt une objection se pose, celle de la jeunesse de l'artiste. Cette objection est-elle sérieuse ? Sans
doute, il naquit en 1769. Mais ne savons-nous pas que dès l'année 1783, il avait déjà exposé un Intérieur de prison au Salon de la Correspondance ? En 1787, il signe un très curieux dessin colorié et rehaussé de gouache, représentant les types du Boulevard, charge amusante, dont le côté caricatural rappelle certains personnages du tableau que nous étudions.
Enfin, nous avons retrouvé mention d'un tableau de Swebach, passé à la vente De Pillon (1806), dont le sujet est à rapprocher de celui du Camp de Saint-Omer. Malheureusement la description pèche par le défaut de précision : « Ce tableau, forme de frise, offre la vue d'un camp avec tous ses détails. On y voit nombre de figures, soldats et chevaux groupés avec le plus grand art... ».
Les dimensions $(0.60 \times 0.28)$ sont à trois centimètres près, celles de l'esquisse conservée dans la collection Doistau. Nous fournissons ce renseignement pour ce qu'il vaut en faisant observer toutefois que le tableau de la vente De Pillon était peint sur bois, alors que l'esquisse de la collection Doistau est une peinture sur papier marouflée sur toile.
Jean VALLERY-RADOT.
MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
A partir du 3 mars, les salles d'exposition du Pavillon de Marsan seront consacrées à la présentation d'un ensemble de tapis créés, sous la direction et l'inspiration du regretté Gustave Fayet (1865-1925) dans ses ateliers de la Dauphine, ainsi qu'à une rétrospective de l'œuvre peint et gravé d'Odilon Redon (1840-1916).
On compte ensuite réaliser le projet à l'étude depuis un certain temps d'une exposition de l'Orfèvrerie française civile depuis les origines jusqu'au commencement du xixe siècle. Enfin les mois de mai et juin verraient une manifestation dédiée au Livre italien analogue à celle qui eut naguère tant de succès au Pavillon de Marsan, en l'honneur du Livre français.
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS
Un décret du 22 janvier a consacré le don, fait à l'Etat pour la Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts, d'une importante collection de dessins et de gravures, principalement des écoles françaises et italiennes du xviiie siècle.. Cette importante et libérale donation a pour auteur M. Jean Masson, l'amateur bien connu qui restera chargé de l'installation et de la conservation de sa collection. Celle-ci doit prendre place dans une des salles du premier étage du bâtiment des Etudes de l'Ecole des Beaux-Arts, dite Salle de la Construction ou Salle Louis XIV, spécialement aménagée à cet effet. Nous aurons certainement l'occasion d'y revenir.
BIBLIOTHÈQUE DE LYON
Une exposition de reliures
M. Henry Joly, conservateur de la bibliothèque, a organisé récemment, dans le grand salon de ce dépôt, une très remarquable exposition de reliures où le choix heureux des pièces de qualité, que possède la ville de Lyon, lui a permis de faire suivre à ses visiteurs l'évolution complète de cet « art délicat qui est, depuis des temps immémoriaux, le plus bel hommage rendu à la noblesse du livre » selon son heureuse expression.
Un catalogue luxueusement édité aux frais des Amis de la Bibliothèque de Lyon et illustré de magnifiques phototypies conservera le souvenir de cette manifestation.
M. Joly, qui en est l'auteur, a donné sur chacune des reliures exposées de claires et précises notices qu'il a fait précéder d'une courte mais substantielle introduction où, sans prétendre faire une histoire, même abrégée, de la reliure, il a montré grâce aux spécimens qu'il présentait au public, les principales modifications qu'a subies au cours des siècles l'art d'orner les couvertures des livres.
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Jusqu'au xvie siècle, on le sait, c'est par des ais de bois que les manuscrits et les premiers essais de l'imprimerie sont protégés; ces ais de bois sont nus ou recouverts soit de parchemin, de peau de truie, de veau ou de daim, soit pour les livres de
luxe d'étoffes précieuses, drap d'or, soie, velours, ou même, jusqu'au xive siècle, de métal doré, gravé ou estampé, de plaques d'ivoire sculpté, d'émaux, de gemmes: c'est ainsi que se présente le riche psautier, qui provient du trésor de la cathédrale et où figure un Christ en croix de cuivre émaillé, entouré de la Vierge, de saint Jean et deux anges portant la lune et le soleil dans un encadrement d'émaux et de cuivre doré où s'enchaînent des cabochons de verre de couleur, œuvre remarquable d'orfèvrerie qui peut remonter au début du xive siècle.
Moins luxueuses, mais fort curieuses également, sont ces reliures de peau estampée à froid où, à côté de motifs purement ornementaux, les artistes ont représenté des scènes religieuses, Annonciation, Nativité, Jugement dernier, Martyr de saint Sébastien, etc., qu'accompagnent des inscriptions également poussées au fer.
A partir du xvie siècle, les ais de bois disparaissent remplacés par des plats de carton qu'on recouvre de cuir orné de filets et d'entrelacs dorés, lesquels nécessitent l'emploi de fers à chaud pour fixer l'or. C'est sans doute au grand imprimeur vénitien, Alde Manuce, que l'on doit cette importante modification dans l'art de la reliure, innovation dont le succès se prolongera jusqu'à nos jours. Aussi bien, l'exposition nous présente-t-elle quelques belles reliures de ce type, sorties des ateliers d'Alde Manuce, et de ces reliures «mosaiquées» également inventées par lui, où l'intervalle des filets est rempli de pâtes colorées, mode d'ornementation très en honneur à Lyon où par la suite on continua presqu'exclusivement à en exécuter. C'est grâce à un lyonnais, le trésorier de France Grolier, grand amateur de reliures, que l'on doit surtout l'introduction dans notre pays de ce mode de décor d'origine italienne. Il faisait exécuter de somptueuses reliures pour sa propre «librairie» et la bibliothèque en possède deux très beaux exemples dont l'authenticité est affirmée par le nom du propriétaire lui-même figurant sur l'un des plats.
Un imprimeur français, dont le nom dans l'histoire du livre domine tout le xvie siècle, Geoffroy Tory, contribua aussi à la production de ces belles reliures où le mélange des filets dorés et des fers à froid donne aux plats des volumes une variété et une richesse qui ne furent peut-être égalées à aucune autre époque.
Nos rois de France de l'époque de la Renaissance, dont le goût éclairé donnait aux arts une
impulsion souveraine, eurent aussi leurs reliures personnelles où leurs emblèmes voisinent avec leurs armes, le hérisson et l'hérmine de Louis XII, la salamandre de François Ier, les HD liés de Henri II. Puis ce furent au xviiie siècle les armes de France
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entourées des colliers des ordres royaux qui ornèrent le plus souvent les reliures. Les artistes, qui exécutaient dès lors ces décorations, en général sur maroquin, nous ont laissés leurs noms; c'est Georges Drobet, Nicolas, Clovis et Robert Eve, Le
Reliure du XVIIIe siècle.
(Bibliothèque de Lyon.)
Gascon, Florimond Badier, Du Seuil, qui surent donner à leurs ornements tant de variété et de richesse.
Bien que moins riche en reliures du xviie siècle que pour les époques précédentes, la bibliothèque de Lyon possède néanmoins quelques beaux types de ces charmantes compositions de festons et de guirlandes dont les artistes d'alors ornèrent les maroquins comme les murs et les étoffes avec une souplesse indéfiniment renouvelée.
Une vitrine nous présente entin de belles reliures romantiques aux motifs géométriques souvent empruntés à un gothique quelque peu fantaisiste et des œuvres des Bozérien, des Simier, des Capé, des Thouvenin, qui ne sont guère qu'une imitation,—admirable d'exécution d'ailleurs—des travaux de leurs devanciers, où les relieurs de la fin du xixe siècle se sont trop souvent cantonnés. J. VERRIER.
MUSEE PROVENÇAL DU VIEUX-TOULON
Un poêle en faïence de Moustiers du XVIIIe siècle
A l'occasion d'une exposition de faïences provençales, le musée du Vieux-Toulon a placé dernièrement dans une de ses salles un poêle en faïence de Moustiers du xviie siècle qui mérite de retenir l'attention des amateurs par l'importance de ses dimensions et la valeur artistique de son décor.
D'une hauteur qui dépasse trois mètres, ce poêle se compose d'un caisson contenant le foyer et se terminant à sa partie supérieure par une corniche formant encorbellement. Sur ce corps inférieur, au-dessus d'une embase divisée en trois petits panneaux, s'élève un fût que surmonte une coupole presque sphérique qui est le pot-à-feu du poêle. Le tout est couronné par un vase enguirlandé. Les deux premiers éléments, qui présentent le plus d'intérêt, comptent neuf panneaux décorés de paysages animés que relient entre eux des consoles cantonnées. Les panneaux peints en camaieu bleu sont encadrés d'ornements colorés en jaune de style rocaille. Les consoles comportent des feuillages et des cordons en relief dont le modèle a été emprunté aux albums de Meissonnier, tandis que les rocailles peuvent, dans une certaine mesure, être rapprochées des bronzes ciselés par Caffieri. Le
Poêle en faïence de Moustiers (XVIIIe siècle).
(Musée provençal du Vieux-Toulon.)
jaune a été employé pour leur coloration à l'exclusion du bleu.
Ce poêle, longtemps relégué sous les combles des bâtiments de l'Intendance maritime de Toulon et donné, en 1868, au musée de la ville par le mi-