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4e Année. — Numéro 9
1er Mai 1926
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
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L'EXPOSITION D'ORFÈVRERIE FRANÇAISE AU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
On ne saurait trop louer l'exposition d'orfèvrerie française organisée au Pavillon de Marsan. C'est la plus importante qui ait encore été réalisée et il serait difficile de renouveler un pareil effort. En effet, si les Musées et les amateurs qui ont prêté les objets n'ont confié qu'une partie de leurs richesses, du moins le choix qui a été fait nous assure que cette partie représente la fleur des principales collections. Cette exposition somptueuse nous donne de l'ancienne orfèvrerie civile en France une idée d'ensemble pour la première fois aussi complète ; elle permet des rapprochements et des comparaisons qui d'ordinaire sont assez malaisés entre les diverses époques et parfois les divers travaux d'un même maître ; elle confronte les ouvrages de Paris et ceux des provinces ; elle montre même l'évolution des procédés techniques. Elle fait le plus grand honneur à MM. L. Melman, Paul Alfassa et Jacques Guérin, conservateurs du Musée des Arts Décoratifs, qui l'ont organisée, et aux collectionneurs et aux érudits, qui ont répondu à leur appel : M. Carte Dreyfus, conservateur-adjoint des Objets d'art au Louvre et M. Jacques Helft, l'expert estimé qui avait conçu le projet d'une exposition analogue et s'est galamment effacé devant le Musée des Arts Décoratifs ont apporté à l'organisation leur compétence et tout leur dévouement.
Ils ont trouvé l'appui et le concours des collectionneurs les plus éminents, et d'abord ils ont largement puisé dans la collection de M. Puiforcat : cette collection, formée par un amateur exigeant doublé d'un technicien expérimenté, ne contient que des pièces triées. M. David Weill, toujours généreux, a libéralement ouvert son trésor d'argenterie. MM. Léon Helft fils ont apporté leurs objets les plus somptueux ; M. Reubell quelques numéros choisis dans les raretés de son cabinet. En somme, aucun des possesseurs de belle argenterie, qui ont été sollicités, n'a refusé de contribuer à une œuvre séduisante. Quelques pièces ont été empruntées à la collection d'un raffinement exceptionnel formée par une femme d'un goût exquis, Madame L. Burat. La baronne James de Rothschild s'est privée pour un mois d'un objet d'importance. Le Musée du Louvre, le Musée des Arts décoratifs de Strasbourg et celui de Vienne (Autriche) sont représentés. Enfin, S. M. le Roi de Suède et leurs Altesses Royales les princes Eugène et Charles de Suède ont bien voulu envoyer des pièces d'Auguste, prélevées sur leur service de table, célèbre et cependant peu connu.
Aussi l'exposition d'orfèvrerie française brille-t-elle à la fois par la qualité et par l'abondance. Hier encore on pouvait croire qu'il ne subsistait en France qu'un nombre infime d'œuvres authen-
Biberon de malade, début du xvie siècle
(Collection David Weill)
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tiques des Germain. M. G. Bapst en inventoriait une dizaine, et il fallait aller à Saint-Pétersbourg ou à Lisbonne pour en voir davantage. Mais voilà qu'il nous est montré à la fois sept pièces de Thomas Germain, dix huit de son fils, François Thomas Germain, et quatre pièces de leur homonyme, Pierre Germain.
Auprès de cette réunion imposante, deux autres séries inoubliables : une vitrine où se retrouvent les objets les plus anciens et celle qui contient la vaisselle d'or.
Comme on devait le prévoir, les œuvres du xvie siècle ne s'imposent pas par le nombre, mais elles se signalent par leur beau caractère et leur robustesse. On admire d'abord les pièces prêtées par le Musée du Louvre, l'aiguière de Bourbon en cristal monté et gemmé, et surtout les vaisselles de la chapelle du Saint-Esprit, pièces parisiennes qui n'ont pas été faites exprès pour l'Ordre, mais sans doute achetées chez plusieurs orfèvres à l'occasion d'une cérémonie entre 1582 et 1589, objets de fabrication courante à la fin du xvie siècle et pourtant si fiers dans leur dignité un peu rude : le flacon à chaînes, du type des ferrières à porter le vin du Roi, est là tel qu'il figura si longtemps dans les armoiries du grand échanson. Les deux bougeoirs carrés de M. Junius Morgan semblent dater presque de la même époque ; mais suivant toute probabilité, ils ne remoncent pas au-delà du règne de Louis XIII et peuvent provenir d'un atelier de Clermont-Ferrand.
Nous n'avions pas revu depuis l'exposition de 1900 l'aiguière de jaspe montée en or, provenant des ducs de Hamilton, et qui appartient aujourd'hui à la baronne James de Rothschild. La voici, et on a placé tout auprès la gravure de Boucher fils qui représente le couvercle, l'anse et le pied de cet objet avec exactitude. Baspt attribuait à Thomas Germain, sans preuve suffisante, cette aiguière qui ne porte pas de poinçon de maître, et dont le poinçon d'année peut signifier 1736-37.
Deux autres précieuses vaisselles d'or, un gobelet contemporain de Louis XIII, appartenant à M. Puiforcat, et une chocolatière du début du xvime siècle, à Madame Martin Le Roy, gardent aussi l'incognito.
Moins secrète, l'aiguière en cristal de roche du Musée du Louvre avoue le poinçon de Jean Ecosse et le charmant cabaret-jouet de la collection David Weill présente, dans son coffret de vieux laque gainé de tabis rose, une petite chocolatière en or, signée du poinçon d'Ambroise Nicolas Cousinet.
MM. Helft sont les heureux possesseurs de la cafetière de platine exécutée par Marc Etienne Janety. Cet orfèvre fut le premier à utiliser industriellement le platine pour des services de table et des objets de parure, à un époque où ce métal,
nouvellement découvert, coûtait beaucoup moins qu'aujourd'hui et où d'ailleurs son emploi était interdit dans certain pays. Janety se proposait d'abord de donner au public un métal ressemblant à l'argent, mais plus solide et inoxydable. Il offrit un service à café à la reine Marie-Antoinette pour lancer son invention. Dans la suite il développa la fabrication des objets destinés aux sciences. A l'exposition de 1802, il présentait un bassin d'une contenance de cinq cents litres. Quelle valeur matérielle aurait aujourd'hui un tel vase, étant donné la densité de 21,5 et le prix de 105.000 francs le kilogramme ?
Dans les quatre salles de l'exposition les meilleurs maîtres sont représentés par des œuvres caractérisées et que les organisateurs ont pu maintenir sensiblement dans l'ordre chronologique. Après les Germain, les Loir, les Balzac, les Cheret, Regnard,
R. J. AUGUSTE. Terrine et son plateau, 1775-76
(Collection de S. M. le Roi de Suède)
Allain, Joubert, Lenhendrick, Dutry, les Cousinet, les Chamberl, Frankson, Ferrier, les Carron et tant d'autres plus ou moins connus, pour arriver aux Auguste, et finir avec Biennais et les contemporains de Napoléon. Robert Auguste tient une place importante avec des pièces capitales telles que la terrine du roi de Suède, la soupière de la collection Puiforcat ou les seaux à glace du baron Robert de Rothschild ou le service de M. Cartier. Mais je dois dire qu'on s'attendait un peu à ce triomphe de Robert Auguste. Ce qui est une révélation pour les amateurs parisiens, c'est plutôt la vitrine de Strasbourg et la somptuosité de ses vermeils si précieusement ciselés.
Il y a aussi beaucoup à apprendre dans les deux ensembles de pièces provinciales, ingénieusement groupées face à face ; une série de vaisselles du Midi, où Toulouse, Montpellier, Aix se signalent par une certaine exubérance ornementale et font un
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contraste saisissant avec les formes simples jusqu'à l'austérité de Lille ou de Saint-Omer.
Quelques tabatières d'or envoyées de Londres par M. Phillips et une collection de montres à MM. Gelis et Olivier ; des gobelets et des tasses à vin assez nombreux appartenant à plusieurs amateurs donnent une heureuse impression de diversité parmi tant de vaisselles de table ou de toilette.
On pourrait tracer une histoire du couvert en France et décrire les procédés de fabrication devant les trois vitrines ou s'alignent les modèles de cuillers et de fourchettes les plus variés qui aient vu le jour pendant deux cent cinquante ans. On pourrait, en examinant les salières, les moutardiers et maint autre petit ustensile produit pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle, suivre les premiers essais et les progrès de la fabrication mécanique ; on verrait même apparaître le plaqué et le doublé avec l'établissement des manufactures de J.-V. Huguet à l'Hôtel de Fer et de Tugot et Daumy à l'Hôtel de Pomponne.
Une exposition aussi copieuse et aussi instructive, devait poser un certain nombre de problèmes de détail, elle n'y manque pas, mais elle pose surtout un problème d'ordre général. L'histoire de l'orfèvrerie française n'est pas même ébauchée. Pour l'établir sur des bases sûres, il faudrait pouvoir inventorier les œuvres qui ont subsisté et établir le lieu, l'atelier et la date de leur fabrication et cela ne sera pas souvent facile, et d'ailleurs n'a pas encore été essayé.
Dans les catalogues d'expositions ou de ventes les pièces d'argenterie sont rarement datées et très exceptionnellement attribuées. Quelques noms reviennent parfois ; le baron Pichon les citait, il y a cinquante ans, il les révéla à Paul Eudel, à Germain Bapst, à William Cripps ; sans chercher davantage, les gens avertis savent qu'il a existé non seulement des Ballin et des Germain, mais des Chéret, des Joubert, des Auguste ; une douzaine de maîtres au total. Sur ce point l'Exposition d'Orfèvrerie française marque un progrès important. Malgré la dangereuse rapidité avec laquelle le catalogue a dû être établi, plus de quatre cents pièces ont été attribuées et datées de façon suffisamment probable et cent dix maîtres parisiens nommés, dont la plupart assez ignorés.
Nous commençons à peine à voir clair dans les marques de l'orfèvrerie parisienne. Pour les marques de province, nous sommes encore moins avancés, d'autant qu'un certain nombre de données fausses ont été répandues chez les amateurs par les manuels à la façon de celui de Ris-Paquot. On annonce un répertoire des maîtres de Strasbourg par M. Adolphe Riff ; les archives des orfèvres de Strasbourg et les plaques de leurs poinçons ont été conservées. Les noms de MM. Adolphe Riff et Haug nous garantissent qu'ils en tireront un bon répertoire. Il y a quelques années déjà, le marquis de Granges de Surgère a étudié les marques bretonnes et M. Louis de Grandmaison celles de Tours. Dans chaque province, il y a des érudits fidèles à leur petite patrie qui recueillent les souvenirs locaux et piochent le fond des archives publiques et privées. Nous attendons de leur travail patient et consciencieux une documentation exacte qui manque jusqu'aujourd'hui.
Henry Nocq.
NOUVELLES
- Une Exposition du Livre italien. — Dans la seconde quinzaine de mai une double exposition consacrée au Livre italien des origines au XVIIIe siècle, s'ouvrira au Pavillon de Marsan et à la Bibliothèque Nationale. Les manuscrits conservés par ce dernier établissement seront exposés rue Richelieu avec les manuscrits prêtés à cette occasion par les bibliothèques publiques italiennes ou provenant de certaines collections privées. Les livres imprimés et les reliures seront réunis au Pavillon de Marsan.
- Le Grand Prix de Rome de sculpture. — L'Académie des Beaux-Arts a admis au concours définitif pour le Grand Prix de Rome de sculpture dix logistes classés dans l'ordre suivant : M. Patrisse, Mlle Deghaye, MM. Bazin, Bazin (sic), Clerc, Couvignes, Letourneur, Joffre, Gelin et Morenon.
Dans la section de peinture ont été admis à entrer en loge : MM. Clamens, Giest, Weill, Couturat, Bazé, MMlles Bousquet, Madeleine Leroux, Lucienne Leroux, MM. Bret et Bouroult.
- Effondrement du clocher de l'église de la Dalbade à Toulouse. — La presse tout entière a relaté les circonstances et les conséquences tragiques de ce terrible accident qui atteint un édifice auquel s'attache le nom d'un des plus célèbres artistes du Midi de la France, Nicolas Bachelier. Si l'on a malheureusement à déplorer la perte de vies humaines, la partie la plus intéressante du monument, la seule classée parmi les monuments historiques, n'a pas été atteinte par la chute des maçonneries. Le beau portail élevé à la façade Ouest en 1537 par l'architecte Michel Colin et sculpté par Mérignac Thailhaud, dit Manceau, est, en effet, indemne.
Quant au clocher lui-même, seule la partie basse était ancienne ; la flèche dont Nicolas Bachelier l'avait surmonté en 1556 avait été détruite à la Révolution et reconstruite en 1882.
- Les Amis de la cathédrale de Reims. — L'assemblée générale de la Société des Amis de la cathédrale de Reims a eu lieu à Reims le 16 avril. A l'issue de cette réunion, les membres de la Société ont été reçus dans les ateliers du peintre-verrier, Jacques Simon, qui a voué son activité à la restauration des vitraux de la
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cathédrale. Le même jour, sous la conduite de l'architecte en chef, M. Henri Deneux, ils ont visité les derniers travaux de la cathédrale, dont notre collaborateur, M. Jean Verrier, a entretenu récemment nos lecteurs (n° du 1er avril) : charpente de la toiture et mise en place des premiers vitraux de la Grande Rose.
Exposition des Femmes-peintres du dix-huitième siècle. — Au bénéfice de l'Appui maternel s'ouvrira, pendant le mois de mai, rue de la Ville-l'Evêque, une exposition consacrée aux œuvres des femmes-peintres du xviie siècle. Plus de trente artistes seront représentées, notamment Mmes Vigée-Lebrun et Labille-Guillard, Mmes Marguerite Gérard, et Angélica Kauffmann, Mmes Roslin et Vallayer-Coster, etc.
Les Saisons d'art en province. — Beauvais. — La VIIIe exposition annuelle, consacrée à l'histoire du siège du xvie siècle à nos jours, s'est ouverte le 14 avril et durera jusqu'au 4 octobre. Avec la collaboration du Mobilier national, qui a prêté des pièces provenant du Palais de l'Elysée et des ministères, de très beaux «Beauvais» anciens ont pu être réunis. La période moderne comprend un nombre important d'œuvres dues à des décorateurs contemporains, notamment une salle entière a été consacrée aux cartons de Gaudissart et aux meubles réalisés d'après ceux-ci. Les derniers travaux exécutés par les manufactures des Gobelins et de Beauvais complètent cet ensemble.
— Aix-en-Provence. — Le 28 avril une exposition a été inaugurée à Aix-en-Provence, dans l'hôtel d'Estienne de Saint-Jean, dont Pierre Puget dessina la façade, où J.-B. Daret décora un boudoir et qu'il illustra le passage de Louis XIV en 1660. Elle comprend une rétrospective des peintures de J.-A. Constantin (1756-1844) et une réunion de paravents et d'éventails des xviiie et xviiiie siècles qu'accompagnent des souvenirs du vieil Aix. A cette occasion un concours régional de ferronnerie a été organisé et un congrès des métiers d'art de la Provence se tiendra le dimanche 9 mai.
Découvertes de sarcophages à Vienne (Isère)
— A Vienne, des travaux, effectués sous la direction de M. Vassy, dans l'ancienne école maternelle installée dans des bâtiments qui firent partie de l'église Saint-Georges, ont amené la découverte de sept sarcophages, dont quelques-uns en bon état. Les plus anciens peuvent remonter au ve siècle et les plus récents au xe siècle, mais le texte des inscriptions, qu'ils portent, prouve qu'ils ont dû être réemployés vers le xive ou le xve siècle.
Un hommage au maître Besnard. — Un comité vient de se former pour offrir une épée, œuvre du maître Bourdelle, à Albert Besnard, qui doit être reçu à l'Académie française au mois de mai.
Les souscriptions peuvent être adressées à M. Pierre d'Espezel, rue de la Boétie, n° 39.
Une exposition Daumier à Berlin. — Dernièrement a eu lieu à Berlin une importante exposition consacrée à Daumier que vint inaugurer l'ambassadeur de France. Soixante-dix tableaux et un nombre à peu près égal de dessins et d'aquarelles avaient été réunis. Le Louvre avait envoyé l'Ane et les voleurs et une aquarelle : Etude de danseuses.
Un don Rockefeller. — M. John Rockefeller junior, qui a récemment doté si généreusement l'institut archéologique américain du Caire, vient de montrer une fois de plus l'intérêt qu'il porte aux recherches de ce genre en faisant don de quatre millions de dollars à l'école archéologique américaine d'Athènes pour lui permettre d'entreprendre des fouilles sur les flancs de l'Acropole.
C'est une occasion de déplorer une fois de plus la modicité des crédits alloués à nos savants qui se trouvent placés dans une situation d'humiliante infériorité dans des régions où précisément la science française connut autrefois une suprématie incontestée.
Un monument colossal à la gloire de Cervantes. — Les Espagnols projettent d'élever dans les plaines de la Manche un monument grandiose à Cervantes. Il s'agirait d'ériger deux statues colossales représentant Don Quichotte et Sancho Panca chevauchant leurs montures légendaires. Ces statues, coulées en bronze, atteindraient l'une cinquante-deux et l'autre vingt-huit mètres de hauteur. Des salons d'exposition seraient aménagés dans le corps des deux héros ; les yeux formeraient des terrasses pour contempler la vue et un phare s'allumerait à soixante-dix mètres du sol, à la pointe de la lance de Don Quichotte.
Un Musée Mozart. — Les admirateurs tchécoslovaques de Mozart se sont souvenus que le maître termina à Prague, en 1787, la partition de Don Juan, aussi viennent-ils de décider d'installer dans cette dernière ville, à la villa Bertranka, un musée consacré à sa gloire.
ACADEMIES SOCIETES SAVANTES
Academie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 16 avril.
M. Pottier offre à l'Académie, de la part de M. Giglioli, directeur des Antiquités et des Beaux-Arts d'Italie, le premier fascicule du Corpus vasorum antiquorum (partie italienne).
Sur le prix Raoul Duseigneur, un prix de 2.000 fr. est accordé à M. Boschy-Gimpera, professeur à l'université de Barcelone, pour l'ensemble de ses travaux archéologiques en Espagne, et une récompense de 1.000 fr est accordée à notre collaborateur, M. Elie Lambert, pour son volume : Tolède.
M. Pottier lit un rapport sur les fouilles de la nécropole de Cheik-Zenad, en Syrie, par le capitaine de La Basseterie et l'inspecteur Brossé. Après avoir énuméré les objets donnés par ces fouilles, M. Pottier commente plus particulièrement l'un d'eux, un rhyton en terre cuite, fort beau, qui se termine en tête de porc et qui est orné d'une frise peinte où l'on voit représenté un jeu d'enfants qui n'a pu être encore déterminé.
Séance du 23 avril.
La correspondance apporte un rapport de MM. Fabia et de Montauzan sur les fouilles de Fourvières, dont ils ont été chargés.
M. S. de Ricci présente le moulage du calendrier cellique de Coligny (Ain), inscription composée de deux cents fragments de bronze et conservée au Musée de Lyon.
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M. Pottier donne lecture d'une communication de M. Ch. Picard, sur une Coré gréco-égyptienne de Memphis.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 17 avril.
L'Académie décide de se faire représenter à l'inauguration du monument Poussin, qui aura lieu le 6 juin 1926 aux Andelys, par M. Rabaud, directeur du Conservatoire, et par M. Forain.
M. Widor, secrétaire perpétuel, offre à la compagnie, au nom de l'auteur, les ouvrages suivants : Boucher, premier peintre du roi et Nattier, peintre de la cour de Louis XV, de M. Pierre de Nolhac, de l'Académie française.
Société des Antiquaires de France
Séance du 7 avril.
Mgr Batiffol donne lecture d'un mémoire de M. Jean Hubert intitulé : « Quelques vues de la Cité au quinzième siècle dans un bréviaire parisien conservé à la bibliothèque municipale de Châteauroux ».
M. le marquis de Beauchesne étudie l'emplacement de deux villas de Pline le Jeune sur le lac de Côme.
M. Jean Babelon étudie un métaillon d'Henri II, d'une collection privée, et montre à ce propos comment les médailleurs des Valois savaient interpréter les crayons et les peintures.
Séance du 21 avril.
M. le comte de Loisne communique les noms de trois maîtres d'œuvre qui ont travaillé à divers châteaux, sous les rois angevins de Sicile.
M. de Mély signale une tuile de la série dite « d'Abgar » découverte dans un tombeau mérovingien, à Saint-Mathurin (Maine-et-Loire).
M. Du Mesnil du Buisson étudie un petit bronze représentant le Baal de Béryte.
M. Martin-Chabot donne des renseignements sur la chute du clocher de la Dalbade à Toulouse.
Société de l'histoire de l'Art français
Séance du 16 avril.
À la salle Pleyet s'est tenue la séance que, chaque année, la société réserve à l'histoire de la musique française. À cette dernière réunion, le xviie siècle fournit les sujets de deux communications. M. Tessier qui, avec M. Brunold, vient d'éditer les œuvres de Jacques Champion de Chambonnières, étudia ce compositeur en même temps naïf et précieux. C'est le fondateur de l'école française de clavecin et son influence se répandit à l'étranger.
M. Brunold révéla le curieux talent d'une femme, Elisabeth Jacques de la Guerre, en avance sur son époque par des modulations neuves et, aussi, par le sentiment intérieur, le lyrisme qu'exprime, entre autres, son trio. M. Brunold, qui, sur son authentique clavecin, avait précédemment joué plusieurs œuvres de Chambonnières, Mlle Merlange (violon) et M. Ratouis de Limay (violoncelle), parfaits exécutants, provoquèrent l'enthousiasme d'un auditoire agréablement surpris par la beauté de cette œuvre inconnue.
MONUMENTS HISTORIQUES
Aisne. — Nous avons indiqué précédemment (Beaux-Arts, 15 juillet 1923, p. 196-198) la gravité des dommages subis au cours de la guerre par la collégiale de Saint-Quentin et dans quelles conditions la restauration en avait été entreprise. Elle s'est poursuivie fructueusement sous la savante direction de M. l'architecte en chef Brunet et les travaux exécutés par lui au cours des deux dernières années ont sauvé définitivement ce bel édifice de la ruine qui le menaçait.
La tour-clocher, qui précède la nef à l'Ouest fortement ébranlée par les bombardements qui avaient notamment coupé les chainages établis au xvie siècle après l'incendie de 1669, menaçait de se détacher du reste de l'édifice et les maçonneries jointes par un mortier insuffisant se désagrégeaient rapidement. Pour assurer à cette construction une cohésion et une solidité nouvelles, on entreprit deux opérations successives : on injecta tout d'abord, sous pression, du ciment liquide dans les quatre murs de la tour après avoir pris soin de boucher tous les joints des parements par où le ciment aurait pu s'écouler ; puis on établit une ossature
SAINT-QUENTIN. Clocher de la Collégiale restauré
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de béton armé composée de poteaux partant du sol et de ceintures à trois hauteurs différentes. On a ainsi obtenu une armature entièrement rigide consolidant les quatre murs et reliant la tour aux
maçonneries de la nef. On remplaça ensuite dans ces murs les pierres en mauvais état et on couvrit la tour d'un toit en pavillon que termine une croix en fer forgé sans reconstruire le lourd pignon en maçonnerie qui la surmontait jadis sur la façade Ouest. Il est à remarquer que la charpente en ciment armé qui supporte cette toiture n'est pas, suivant le système employé à Reims, formée de petits éléments assemblés, mais moulée d'une seule pièce, ce qui lui donne une résistance absolue à l'action du vent malgré la faible section des poutres qui la composent.
En même temps on réinstallait les quatre cloches dans l'ancien beffroi de charpente réparé. Aucune lézarde ne s'étant produite depuis lors, il y a tout lieu de croire que les moyens mis en œuvre par l'architecte, pour rendre sa solidité à cette importante partie du monument ont été pleinement satisfaisants.
L'année 1925 a été presque entièrement employée à la réfection des arcs-boutants et des contreforts de la nef au Sud et au Nord jusqu'au premier transept en même temps qu'on remontait complètement l'escalier situé au Sud de la nef. On procède actuellement à l'établissement d'une grande plate-forme-plancher à la base des fenêtres hautes de la
nef qui permettra tout en rendant au culte toute cette partie de l'édifice, de refaire les voûtes hautes presque entièrement détruites, comme l'on sait, ainsi que les fenestrages des grandes baies.
Tout en consacrant tous ses soins aux travaux si délicats de la collégiale de Saint-Quentin, M. Brunet n'en a pas poursuivi avec moins d'activité l'importante restauration de la cathédrale de Soissons. (Cl. Beaux-Arts, 1er octobre 1923, pp. 245-246).
Le gros œuvre de la tour Nord a été rétabli dans son état d'avant-guerre en même temps qu'on poursuivait la réfection des quatre travées détruites de la nef. Les murs goutterots sont maintenant remontés jusqu'au niveau des fenêtres hautes, les pieds droits de certaines d'entre elles sont même déjà amorcés, les voûtes des collatéraux entièrement terminées. Comme à Saint-Quentin, on lancera, au dessus du triforium actuellement rétabli, un plancher provisoire qui permettra l'exécution des ouvrages supérieurs, tout en laissant libres les parties basses.
Le transept a pu aussi, grâce à un don américain, être remis en état, tant le pignon Nord que les contreforts d'angle et leurs pinacles. Les vitraux de la rose du xive siècle en partie sauvés seront incessamment remis en place après avoir été complétés, tandis que ceux des douze lancettes situées en dessous de la rose ont dû être refaits complètement dans des tonalités se rapprochant des an-
ciennes, mais de facture assez libre dans la composition des cartons. Les belles verrières du xime siècle des chapelles du déambulatoire ont également repris leur place.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
MUSÉE DU LOUVRE
La Donation Comiot
Bien que constituée par trois tableaux seulement, cette donation peut cependant compter parmi les plus heureuses dont le Louvre ait depuis longtemps bénéficié, tant est exceptionnelle la qualité de ces trois tableaux. On est d’autant plus enchanté de les voir prendre dans nos collections nationales leur place définitive, que leurs auteurs sont actuellement parmi les peintres les plus recherchés par l’étranger. Leur cote est si élevée que nos musées ne peuvent plus guère songer à lutter avantageusement avec des galeries rivales mieux dotées. Ici encore l’intelligente générosité de nos amis a suppléé à nos ressources défaillantes.
Le plan ancien de ces tableaux est la Vue générale de Saint-Lô par Corot. La ville, que baigne la Vire, aperçue à droite, est dominée par les deux flèches de la cathédrale. Le tableau est demeuré inachevé, et permet de se rendre compte une fois de plus de la méthode du maître. Il couvrait la toile de teintes plates par grands plans, maintenant une harmonie grise qui largement indiquait par masses les diverses valeurs du ciel nuageux et du paysage. Après cette mise en place de l’ensemble, cette préparation qui pouvait être terminée en quelques heures, il revenait au cours d’une seconde séance pour mettre les accents d’ombre et de lumière précisant la forme et le caractère des maisons, du terrain et des arbres, ici par exemple, des deux tours de la cathédrale et des quelques édifices qui l’entourent. C’est à ce moment que le travail fut interrompu pour ne plus être repris. La toile fut trouvée inachevée dans l’atelier à la mort de Corot ; elle figura à la vente posthume (26-28 mai 1875) sous le n° 121 et fut adjugée 2.000 fr. à M. Febvre. Elle passa ensuite entre les mains du baron Gérard, qui la prêta à l’Exposition des Maîtres du Siècle, en mai 1886 (n° 46 du Catal.).
Au catalogue de la vente posthume de Corot, ce tableau est classé parmi les œuvres exécutées entre 1851 et 1855. MM. Alfred Robaut et Etienne Moreau-Nélaton (catal. n° 756) acceptent cette époque (1850-1855). Enfin à la seconde partie de la vente posthume de Corot où les dessins étaient vendus par lots, nous signalons, n° 546, un lot de sept feuilles de croquis exécutés entre 1844 et 1853 à la Villeneuve, Saint-Lô, Bourberouge qui fut adjugé onze francs à Durand-Ruel. Comprenait-il un ou plusieurs dessins pris à Saint-Lô, faut-il supposer qu’il s’y trouvait une ou plusieurs études pour le nouveau tableau du Louvre, enfin et surtout faut-il admettre sans hésitation ces indications du catalogue ? Autant de points que nous ne pouvons préciser. Cette mention ne contredit pas les précédentes, mais, s’il fallait les concilier toutes, il faudrait limiter l’exécution du tableau, peint certainement d’après nature, entre les années 1851 et 1853.
Faut-il s’en tenir à cette époque ? Ailleurs nous trouvons plusieurs mentions d’un séjour de Corot à Saint-Lô, pendant lequel, il travailla ; mais peut-être y demeura-t-il peu de jours, car dans le même mois il visita plusieurs villes. Les notes prises,
Serv. phot. B.-A.
Corot. Vue générale de Saint-Lô
(Musée du Louvre)
du vivant de Corot, par Alfred Robaut dans ses albums de dessins, notes peut-être précisées par des indications données oralement, nous renseignent sur ce voyage. Le carnet n° 38 porte le projet d’un itinéraire d’après lequel Corot visiterait en mai 1857 Domfront, Saint-Lô, Brest, Mantes, reviendrait en juin à Ville d’Avray, irait en juillet à Genève, où il exposait à ce moment, se rendrait en Auvergne en août, à Dunkerque en septembre, passerait en octobre à Ville d’Avray, Fleury, Dumax et verrait Gallard en novembre. Bien qu’un autre itinéraire soit noté dans le même carnet : Genève, Crémieux, Arras, Rouen, Rosny, Beaumont, Coudray, Dreux, Albon, nous savons que le premier fut adopté tout au moins en grande partie, car nous connaissons toute une série d’études exécutées à Dunkerque en septembre 1857 et nous savons aussi
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que Corot passa cette année là à Brest, à Mantes et à Saint-Lô. Ces mêmes notes de Robaut nous apprennent, en effet, que Corot exécuta des dessins à Saint-Lô dans l'album daté de 1857-58, catalogué sous le no 28 et dans un autre album, no19, non daté mais utilisé de 1855 à 1860, c'est-à-dire peut-être aussi pendant le voyage de 1857. Faut-il supposer que la Vue générale de Saint-Lô, donnée au Louvre par M. Comiot fut peinte alors ? Sa facture n'y contredit pas : souple, légère, précise, elle présente de grandes analogies avec celle des études de Dunkerque exécutées au mois de septembre, cette même année.
Avec ce chef-d'œuvre, M. Comiot fait entrer au Louvre le portrait du violoncelliste Pillet par Degas et un des plus beaux paysages de Renoir, exécuté en 1875-80. Nous aurons l'occasion d'en parler ici prochainement.
Un dessin de Prud'hon
Prud'hon, mal marié par suite d'une erreur de jeunesse, reportait sur ses jeunes enfants, durant les tristes années qui suivirent son retour d'Italie, le besoin de tendresse et d'affection de sa nature sentimentale. Il les a souvent représentés dans certaines œuvres de cette époque que la gravure a popularisées, leur mettant parfois des ailes au dos pour les déguiser en amours, et ces dessins toujours bien composés et généralement soigneusement exécutés ne constituent pas l'ensemble le moins original de son œuvre : rares sont les peintres qui ont, aussi heureusement que Prud'hon, figuré les enfants.
Pourtant dans la magnifique série de dessins de ce maître que possède le Louvre, et qui n'a de rivale que celle de Chantilly on pouvait justement regretter de ne voir aucune scène enfantine, lacune bien fâcheuse, que nous éprouvons la plus vive satisfaction à voir aujourd'hui comblée de la façon la plus heureuse. Un charmant dessin représentant l'Amour caresse avant de blesser, composition que grava B. Roger, a été donné récemment au Louvre par M. et Mme Martin-Sabon qui voudront bien trouver ici l'expression de vive gratitude de tous ceux qu'intéresse l'enrichissement de nos collections nationales.
On connaît plusieurs dessins préparatoires de Prud'hon pour cette composition : l'un qui passa à la vente posthume de Prud'hon le 13 mai
(1) Catalogue Robaud et Moreau-Nélaton, nos 761 à 770.
(2) Cet album appartient à M. Et. Moreau-Nélaton ; il fut donné à Corot le 11 mai 1857 par Mme Camille Bornier en « souvenir d'amitié ». Les notes très lacunaires de Robaud ont pu être complétées par M. Et. Moreau-Nélaton.
1823, fait partie de la belle collection de M. Léon Ferté, un autre, avec de légères variantes, appartenant à M. Louis Michon. Nous les avons mentionnés dans notre catalogue de l'œuvre de Prud'hon sous les nos 34 et 35. Comme nous avions raison de faire œuvre d'humilité et de réclamer dans la préface de cet ouvrage, l'indulgence pour les lacunes et les erreurs que sans aucun doute il contenait ! Nous devons avouer aujourd'hui que nous ne connaissions pas le dessin que possédaient M. et Mme Martin-Sabon. Ils voulaient bien alors nous signaler cette grave omission et nous inviter à venir chez eux voir cette œuvre exquise. Ils nous firent part peu de temps après de leur volonté de donner de leur vivant ce dessin au Louvre, et prirent la peine, tout récemment, de l'apporter eux-mêmes au Musée. Qu'ils soient remerciés de la gentillesse qu'ils mirent à faire ce don et qui ne surprendra pas leurs nombreux amis. Ils voulaient bien aussi me raconter l'histoire de ce dessin. Je vais essayer de la résumer ici.
Le cinquième fils de Prud'hon, Pierre, Nicolas Philopœmen, né à Rigny le 20 juin, 1795, sur la recommandation de Talleyrand entra, en 1811, à l'Ecole maritime de Brest, il fut nommé aspirant de 1re classe le 24 août 1815 et fut licencié en 1816. L'année suivante un ami de Pru'hon, M. Bour-saint, dont il avait peint en 1816 le portrait (no472 du catalogue de l'œuvre de Prud'hon) fut nom-
Prud'hon. L'Amour caresse avant de blesser (Musée du Louvre)
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mé directeur de la comptabilité au Ministère de la Marine. Il écrivit au maire de Saint-Servan, M. Delorme Villedaul, les 28 mai et 8 juin 1817, pour obtenir un poste d’officier pour le fils de Prud’hon sur un bateau de l’armateur, son ami. Certains passages de ces lettres sont à citer, ils prouvent le désintéressement et la délicatesse des sentiments dans lesquels Prud’hon avait élevé ses enfants : « Le père du candidat, plus habile que riche, ne demandait pas qu’on donnât à son fils de gros émoluments ; mais pour ne pas froisser les premières habitudes du jeune homme il désirait qu’il mangeât avec l’Etat-Major et qu’on le traitât avec quelque ménagement… c’est un jeune homme fort timide, docie et plein de bonne volonté, mais ayant besoin d’être encouragé… » et ailleurs : « … je me joins à toi pour lui recommander ce jeune homme qui, à travers son embarras et sa timidité, a de l’instruction, de l’honneur et de la bonne volonté… ». On sait que Philopœmen Prud’hon s’embarqua sur un bateau qui devait se rendre aux Indes ; mais, par suite de différends avec les officiers du bord, il se fit débarquer à l’île Maurice, où il s’occupa de commerce, végéta et mourut obscurément après 1824, sans que la date de sa mort ait été encore précisée.
Le service rendu par M. Boursaint était d’importance et, à cette occasion, Prud’hon toujours généreux et aimable, donna à son ami le dessin qui vient d’entrer au Louvre et qui, peut-être, représente Philopœmen enfant. M. Boursaint eut une rapide et brillante carrière administrative ; il devint commissaire général de la Marine, conseiller d’Etat, membre du Conseil de l’Amirauté, directeur de la comptabilité des fonds et invalides, commandeur de la Légion d’Honneur etc… Il mourut, à 52 ans, le 4 juillet 1833.
Son élève, son ami, son successeur dans quelques-unes des charges qu’il avait occupées, fut M. Claude-François Blanchard, à qui il légua entre autres objets son portrait et le dessin de Prud’hon représentant l’Amour caresse avant de blesser. M. Blanchard publia en 1834 la correspondance de M. Boursaint, ouvrage tiré seulement à 200 exemplaires non mis dans le commerce et orné en frontispice de la gravure de Maurien d’après le portrait de Prud’hon. Après 52 ans de service au Ministère de la Marine, M. Blanchard mourut, commandeur de la Légion d’honneur, en septembre 1868. Il léguait le dessin de Prud’hon à sa cousine, grand-mère de Madame Martin-Sabon, qui, elle même, était sa filleule, et qui en hérita de son aïeule le 18 octobre 1875. Ainsi ce dessin ne fut jamais mis en vente ; de plus il ne figura à aucune exposition.
Sa rare qualité ne peut manquer d’exciter l’admiration des visiteurs du Louvre. Son pendant, représentant le Coup de patte du chat, est conservé dans la collection Chévrier, dans le plus bel ensemble de dessins de Prud’hon que possède un collectionneur.
Jean Guffrey.
Une aquarelle d’Alfred de Dreux
Le concours toujours prêt des Amis du Louvre a permis d’acquérir une aquarelle d’Alfred de Dreux (1810-1860), signée et datée : 1832 (Dimen-
Serv. phot. B.-A.
ALFRED DE DREUX. Groom et chevaux
(Musée du Louvre)
sions : H. 0,347. L. 0,270). Auparavant, ce petit maître romantique n’était représenté au Musée que par un dessin de sa prime jeunesse, le Maquignon, insignifiant, mais qui atteste son goût précoce pour les chevaux, ses modèles de prédilection. L’aquarelle dont nous parlons, prouve combien son auteur avait observé et connaissait le noble animal ; elle peut supporter une confrontation avec des sujets semblables traités par Géricault ou Delacroix. Digne d’eux serait le pur sang qui, ici, présente sa croupe et dresse la tête, prêt à hennir, appelant un camarade qui galope au loin ; l’impatience ride sa robe noire et feu, au poil luisant, que recouvre partiellement une couverture bleu-jaune-rouge à capuchon. Ce corps soyeux, cette étoffe bigarrée constitue un morceau savoureux. Non moins appréciable est le motif du groom, campé sur un de ces
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BEAUX-ARTS
petits chevaux, barbes ou poneys, dont l'artiste semble avoir raffolé ; car il les donne pour montures à ses amazones rêveuses, en de sentimentales scènes de genre aux titres symboliques : Matinée de Printemps, Soirée d'Automne, qui, popularisées par la gravure, connurent, sous la Monarchie de juillet, une vogue assez tôt épuisée. L'aquarelle, qui vient d'entrer au Louvre, nous prouve qu'Alfred de Dreux ne méritait pas un oubli total.
G. R.
MUSÉE DE STRASBOURG
En même temps qu'il laissait au Musée du Louvre une série judicieusement choisie de chefs d'œuvre de l'art français, M. Ernest May, dont la mort récente créa un vide dans bien des milieux artistiques, fit don au musée des Beaux-Arts de Strasbourg de deux tableaux du plus grand intérêt pour la capitale de l'Alsace.
L'un d'eux concerne l'édifice où est logé ce musée : le Château des Rohan. C'est la peinture originale, en grisaille, de François Lemoine, d'après laquelle Cars grava la thèse de doctorat en Sorbonne de François-Armand-Auguste de Rohan-Soubise-Ventadour, cardinal et prince-évêque de Strasbourg. Ce prélat, connu sous le nom de « l'abbé de Soubise », était le neveu et successeur d'Armand-Gaston de Rohan, pour qui fut construit, de 1730 à 1742, sur les plans de Robert de Cotte, le palais épiscopal de Strasbourg, le château des Rohan. La « Thèse », composée comme la plupart de celles qui sortirent de l'atelier de Cars, porte, entouré d'une architecture enrichie de figures allégoriques, dans sa partie supérieure, un hommage au Roi, où les génies de la France, de la Guerre, de la Victoire, du Commerce, de la Religion, se groupent autour d'un Louis XV jeune et beau, vêtu à l'antique et un rameau d'olivier à la main ; dans la partie inférieure, sur une draperie tenue par des amours, l'esquisse illisible du texte de la dissertation.
François Lemoine mourut en 1737. C'est donc avant cette date que doit se situer la peinture. Mais la gravure de Cars ne peut avoir été exécutée que quatre ans plus tard, car « l'abbé de Soubise » soutint sa thèse en 1741 seulement. Lemoine avait donc fait cette composition, dont l'éucçon d'ailleurs est resté en blanc, en prévision d'une commande de thèse pour un grand seigneur qui put oser la dédier au roi.
L'autre tableau est une œuvre capitale du peintre Philippe-Jacques Loutherbourg, né à Strasbourg en 1740 et mort à Londres en 1812. C'est un berger de l'Apennin, entouré de son bétail ruminant avec inquiétude sous l'approche d'un orage. Cette grande composition, d'une étonnante chaleur de coloris, est datée de 1767, donc deux ans après que Diderot eut remarqué le jeune artiste, et un an avant que, sur présentation d'un sujet de Catelle, celui-ci fut reçu à l'Académie, âgé seulement de 28 ans. Loutherbourg semble avoir réalisé dans cette toile tout le programme qu'en 1765 lui traçait l'auteur des Salons : « ... Va voir le soleil se lever et se coucher, le ciel se colorer de nuages. Promène-toi dans la prairie, autour des troupeaux... Va voir l'orage se former, éclater et finir, et que, dans deux ans d'ici, je retrouve au Salon les arbres qu'il aura brisés, les torrents qu'il aura grossis, tout le spectacle de son ravage !... »
M. Ernest May, qui était vice-président de la société des Amis des Musées de Strasbourg, avait enrichi précédemment le Musée des Beaux-Arts
PH.-J. LOUITHERBOURG. Le Troupeau sous l'orage (Musée des Beaux-Arts de Strasbourg)
d'œuvres de Philippe de Champagne, de l'atelier des Le Nain, de Sébastien Bourdon, de Georges Michel, de Gustave Brion, de Charles Cottet. Avec lui disparaît un des plus fervents bienfaiteurs des collections strasbourgeoises.
H. H.
MUSÉE DE DIJON
L'installation du Musée de Dijon va pouvoir se compléter prochainement et se transformer par suite du départ de l'Ecole des Beaux-Arts, du bâtiment qu'il partage depuis si longtemps avec elle. On va enfin pouvoir accrocher et présenter au public la série considérable des tableaux de la collection Dard, si riche en primitifs rhénans et suisses dont M. Mercier a déjà présenté une preuve à nos lecteurs lors de l'exposition Suisse du Jeu de Paume en 1924. (Voir Beaux-Arts 192., n° 18).
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
PAYS-BAS
L'Exposition de la Nature morte au panorama Mesdag à La Haye
Le panorama Mesdag est une des attractions, ancienne déjà, de la Haye, ville d'art entre toutes. Ce panorama n'est point en cause ici ; dans ce genre qui ressortit à peine à l'art pictural, il représente une réussite si remarquable qu'il faut en parler quand l'occasion s'en présente, comme c'est aujourd'hui le cas. Il montre la plage et le village marin de Scheveningen, tout proche de La Haye ; site dont les paysagistes de la Hollande ont fort souvent tiré d'heureux partis. Pour le mettre en valeur, Mesdag avait utilisé le plus ingénieux des procédés : il avait fait couler un gros cylindre de verre, quelque chose comme une tranche coupée dans un gargantuesque verre de lampe. Il s'était mis au centre de ce cylindre et avait inscrit, à la sépia, sur la surface interne du cylindre les lignes et les fabriques du paysage, vu à travers ce manchon transparent.
Puis le cylindre avait été placé au milieu de la plateforme du panorama. On alluma une forte lampe au centre du cylindre, à l'endroit même où s'était trouvée la tête du peintre pendant que celui-ci avait pris sa vue. La lumière projetait, sur l'im-mense manchon de toile destiné à recevoir la pein-ture, les indications à la sépia calquées par le peintre sur nature. Il n'y avait plus qu'à dessiner ces ombres et l'agrandissement automatique se trou-vait effectué.
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Les locaux attenant au panorama proprement dit furent aménagés en musée. Mais les œuvres contenues dans ce musée sont annuellement mises en resserre et les salles servent à l'exposition temporaire de groupements par sujets. Cette année ce sont des natures mortes de l'école hollandaise que M. G. Knuttel, le savant et actif conservateur du musée municipal de La Haye, fut chargé de réunir.
Cette exposition est véritablement splendide. On y trouve des œuvres fort anciennes où les artistes, n'osant pas encore représenter les victuailles pour le seul plaisir des yeux et pour simples évocations gourmandes, réservent dans un coin du tableau, une petite fenêtre. On aperçoit par cette baie telle ou telle scène biblique, prétexte naïf aux étalages comestibles qui resplendissent sur les premiers plans.
Mais ce quit y a de plus émouvant, je dirais même de plus philosophiquement instructif, c'est de constater combien l'aspect sous lequel se présente un simple broc de bois, un poisson, une miche de pain, peut varier (l'objet restant le même) suivant l'état de l'âme qui caractérise telle ou telle époque.
Dans certain tableau, de Floris van Schoten, ce poisson, ce broc, cet écumeoire, sont considérés en quelque sorte individuellement ; et l'on devine que l'artiste lui prête comme une pensée, qu'il comprend, avec laquelle il converse.
Plus tard, on a l'impression, en revanche qu'un
M. Claesz Héda, par exemple, voit surtout en l'objet un fils de l'industrie humaine, encore animé d'une vie propre, certes, mais dont les rapports avec l'homme ne sont pas plus intimes ni plus réci-proques que ceux d'Adam avec son créateur. Et c'est alors le petit drame muet qui se joue non plus entre le peintre et l'objet, mais entre les objets voisinsant sur la même table, qui fait l'intérêt du tableau. Lorsqu'on en arrive à Abraham van Beyeren, le cartesianisme domine. La splendeur matérielle des objets, de leurs tons, importe seule au peintre, même s'il s'agit d'un simple zeste de citron. L'artiste n'est plus le partenaire des objets, mais leur maître. Il agence leur groupement. Il n'est plus étreint par le mystère des formes, c'est lui qui les modèle et qui règne sur leur somptueuse