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4e Année. — Numéro 6 15 Mars 1926 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • LA RENAISSANCE DES CITÉS Son œuvre et ses projets Ne prononçons pas de mots à effet, ne chan- tons pas la complainte de «la grande pitié des Intellectuels». Mais, on doit le reconnaître, ce sont eux, littératureurs, artistes, savants, les plus durement éprouvés par la présente crise écono- mique. Leurs gains n'ont pas suivi la hausse des traitements et salaires. Dans maints cas, ces gains sont ceux de 1914. Il arrive même qu'ils soient sensiblement plus faibles. Bien entendu, des ro- manciers, des peintres, des musiciens connaissent la vogue et ce qui s'ensuit. Mais ces brillantes exceptions ne doivent pas faire oublier les diffi- cultés où se débat le grand nombre. De cet inquiétant état de choses résultera, ce n'est pas douteux, un sérieux mouvement inter- professionnel. Une première manifestation signifi- catrice en est l'organisation de la C. T. I. (Confédération des Travailleurs intellectuels). D'ailleurs, des voix autorisées ont essayé de remuer l'opinion : Georges Lecomte dans l'Illustration, Gabriel Alphaud, dans Comœdia ; et l'on ne saurait trop relire le petit volume, à l'argumentation serrée, où M. Jules Sageret étudie à fond le problème et définit la doctrine du Syndicalisme intellectuel. Néan- moins, l'agitation n'est pas encore assez una- nime pour attirer, comme il le faudrait, l'atten- tion du public et, conséquemment, la sollicitude des pouvoirs publics. Heureusement, des dévouements isolés prennent de grandes initiatives. Telle la générosité de M. et de Mme Deutsch de la Meurthe, grâce à laquelle furent bâtis les pavillons du boulevard Jourdan, noyau d'une Cité universitaire, abri déjà de cen- taines d'étudiants. Aujourd'hui, c'est La Renaissance des Cités qui veut créer des logis pour les travailleurs de la science, des lettres et des arts. La Renaissance des Cités est bien une œuvre d'entraide sociale, mais à caractère scientifique. C'est une femme, Mme Tarrade-Page, qui eut, en 1916, l'idée de grouper, sous le patronage des plus hautes personnalités françaises et étrangères, des hommes de compétence indiscutable pour offrir des conseils techniques, juridiques, esthétiques aux com- munes des régions dévastées. Ainsi, pouvait être hâté, la guerre finie, le relèvement des villes et villages par une application réfléchie des principes et des méthodes modernes de l'urbanisme. La- Leur considérable, fort peu voyant, assistance d'un ordre tout spécial, qui, austère et discrète autant qu'active, n'a jamais changé de physionomie. Son œuvre à peu près terminée à Chauny, à Reims, à Coucy-le-Château, dans maints centres de l'Aisne, de l'Oise, de la Marne, la Renaissance des Cités a conçu l'idée qu'en aidant l'élite française à résoudre le problème du logement — un des plus angoissants — ce serait encore construire pour la France. Elle a pu obtenir que le bénéfice de la loi Ribot

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BEAUX-ARTS (qui a institué une sorte de caisse pour l'édification de maisons à petits loyers destinées à des familles vivant d'un faible salaire) s'étendit aux travailleurs de professions libérales. Grâce à la sympathie de M. Henri Sellier, l'animateur de l'Office public des Habitations à bon marché du département de la Seine, un magnifique emplacement a été mis à la disposition de la Renaissance des Cités. C'est près de Robinson, à 8 kil. de la porte d'Orléans. On pourra bâtir d'abord 7 hectares dans un parc six fois plus grand et environné de terrains immenses que rien n'empecherait de couvrir de maisons. Ainsi s'éleverait une sorte de bourgade, dotée, bien entendu, des écoles nécessaires, de bibliothèques, de salles de conférences, d'un cinéma, de coopératives, etc... Ce sont là rêves d'avenir, projets de réalisation un peu lointaine, mais non chimérique. Pour l'instant, il faut se contenter de l'espoirance que cent maisons, bientôt, se dissémineront sous les ombrages d'arbres centenaires, dans une futaie d'aspect seigneurial, à proximité de la terrasse dont notre illustration montre un fragment. Cette terrasse domine, jusqu'au bout de l'horizon, une plaine de verdure, poétique, par son étendue, sa paix et son sourire. Pour édifier ces cent maisons, dont chacune aura un jardin, l'Office des Habitations à bon marché ouvre à la Renaissance des Cités, un crédit de 38.000 francs par maison. Somme suffisante — viabilité comprise — pour des logis où n'est pas prévue la pièce de travail de l'artiste, de l'écrivain ou du savant. Il faut donc que la Renaissance des Cités fasse un appoint qui ne peut être inférieur à 12.000 francs par maison. Déjà cet appoint est assuré pour un premier petit groupe de constructions où les architectes, MM. Payret-Dortail et Pierre Sardou ne demanderont pas mieux que de tenir compte, dans la mesure du possible, des suggestions des futurs occupants. Un apport de 12.000 francs donne au donateur le droit de désigner (même s'il reste anonyme) le ménage locataire-bénéficiaire d'une maison, à condition qu'il puisse être agréé par la Renaissance des Cités, ait au moins un jeune enfant et que le père ou la mère exerce une profession libérale. Le barème des loyers, fixé par le Département de la Seine était, ces dernières années de 635 francs à 1.335 francs annuels (impôts compris). Les familles les moins chargées d'enfants payaient, bien entendu, les loyers les plus élevés dans les maisons les moins grandes, les ménages n'ayant qu'un seul enfant devaient verser 2.000 fr. par an. Quelles que soient les modifications apportées par des lois nouvelles, les loyers du Plessis-Renaissance seront toujours trois fois moins forts que ceux qui ne bénéficient pas de l'entraide sociale. La Renaissance des Cités, par l'entremise de M. Charles Brun, donnera tous les détails voulus sur ce projet de fondation d'une Cité des Intellectuels, à la Sorbonne, le dimanche 21 mars, dans l'après-midi, au cours d'une séance consacrée au Problème du logement pour les Travailleurs de la Science, des Lettres et des Arts, sous le patronage de M. Paul Léon et la présidence de M. Maurice Bokanowski (1). Nouvelle gare de Concy-le-Château édifiée par le Chemin de fer du Nord sur les plans de la Renaissance des Cités. De nombreux dévouements sont acquis à ce dessein d'entraide sociale. Il dépasse de beaucoup les ordinaires préoccupations de la philanthropie. La Renaissance des Cités n'est pas naïve : elle ne croit pas sauver l'intelligence, l'art, le génie en édifant cent ou mille maisons aimables où de méditer en paix on ait la liberté. Mais elle est persuadée que de toutes parts doivent venir des exemples, des impulsions, afin que la partie pensante du pays ne languisse pas, ne se décourage pas, reste à son rang de guide. Th. HARLOR. --- NOUVELLES - Dans des Musées nationaux. — Par décret en date du 16 février 1926, le musée de Cluny, cesse de constituer un département des Musées nationaux. Ce (1) Prendront la parole : Dr Georges Küss, au nom des savants, M. Henry Bernstein, au nom des écrivains, M. Antoine, au nom des artistes dramatiques, M. Frantz Jourdain, au nom des peintres et sculpteurs. MM. Henri Sellier et Joseph Mége feront des exposés techniques. Projections commentées par M. de la Hautière. Poèmes dits par Mme Mary Marquet, de la Comédie-Française.

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BEAUX-ARTS musée est rattaché au département des Objets d'art du Moyen-Age, de la Renaissance et des temps modernes du musée du Louvre. Au Musée de la Guerre. — Une exposition d'œuvres d'artistes et d'écrivains morts pour la France, organisée au Musée de la Guerre, aura lieu au mois de mai dans la chapelle du château de Vincennes, avec le concours de la Société de l'Histoire de la Guerre, de la Société des Archives Littéraires des Écrivains et des Artistes morts pour la France, de la municipalité de Vincennes et du Groupe artistique de la région. Un comité de patronage a été constitué sous la présidence du ministre de l'instruction publique et des Beaux-Arts. Société des Amis du Louvre. — La dernière assemblée générale a approuvé la nomination au conseil de la société de MM. E. Sommier, Dr Viaud, Marcel Guérin, Albert Henraux et Paul Laurens en remplacement de MM. Léon Bourgeois, S. Dervillé, Chalandon, Ernest May et Th. Homolle, décédés. D'autre part, M. Edmond Potier, qui a quitté la conservation du Louvre, a été nommé membre d'honneur de la société et remplacé au conseil par M. Thureau-Dangin. M. le duc de Noailles, qui a reçu l'an passé la société en son château de Maintenon a été nommé également membre d'honneur de la société. Fouilles parisiennes. — Des fouilles entreprises, sous les auspices de la Commission du Vieux-Paris, sur l'emplacement de l'ancien enclos du Temple ont provoqué la mise au jour d'une galerie très ancienne couverte de fragments de pierres tombales dont plusieurs ont été déposées au musée Carnavalet. Société française de numismatique. — Samedi, 20 février, a eu lieu à la Sorbonne, sous la présidence de M. Adolphe Dieudonné, conservateur du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale, une conférence du Prince Michel Soutzo sur « Le Caractère chaldéen des poids romains ». On connaît la thèse originale de ce savant numismate qui voit dans les grains des céréales les principes de tous les systèmes pondéraux anciens, ce qui expliquerait des coïncidences frappantes. M. Théodore Reinach, sur la demande du président, a fait suivre cet exposé de quelques observations. Le Roi d'Italie numismate. — L'Académie royale des Lynx vient de faire paraître le tome IX du grand ouvrage : Corpus Nummorum Italicornum, dont Victor-Emmanuel III poursuit la rédaction depuis tantôt vingt années. Le volume comprend 792 pages et 44 planches en phototypie, exécutées par la maison Danesi de Rome. Il traite particulièrement des monnaies sorties des ateliers d'Émilie (provinces comprises entre le Pô, la Trebbia, l'Apennin et le fleuve Reno). L'atelier de Bologne fournira la matière d'une grande partie du tome X. Plus de 5.000 monnaies, provenant de 17 ateliers, sont classées et décrites dans le volume qui vient de paraître. Modène, à elle seule, remplit onze planches d'illustrations. Au Metropolitan Museum de New-York. — On avait annoncé dans la presse que la société du Metropolitan Museum de New-York allait recevoir un legs de M. Munsey qui se montait à la somme colossaie de 35 millions de dollars. Le dernier bulletin du Metropolitan Museum indique que cette information est prématurée, que les execu- teurs testamentaires de M. Munsey ont bien fait savoir au Metropolitan Museum que la succession Munsey, destinée dans la pensée du donateur « à servir à l'éducation et à la culture artistiques des générations à venir », serait affectée aux besoins du musée, mais le montant même de la succession, qui dépend de la liquidation de certaines entreprises, n'est pas encore fixé. Monuments et musées d'Extrême Orient. — Le gouvernement général de l'Indo-Chine préoccupé d'assurer la conservation et l'aménagement des magnifiques monuments d'Angkor qui sont de plus en plus visités, mais soumis à bien des risques, vient de créer une zone réservée comprenant les principaux monuments archéologiques du groupe d'Angkor et d'établir tout un programme d'entretien des édifices ainsi que de création de voies d'accès. D'autre part, le résident supérieur du Cambodge a créé à Pnom-Penh une bibliothèque et un musée indigènes qui a reçu de Battembang un lot important de livres sacrés, d'objets cultuels et de statues en matières précieuses. À la mémoire de Dickens. — A l'occasion de l'anniversaire de Charles Dickens, la maison qu'il habita longtemps à Doughty Street, à Londres, a été transformée en un musée consacré à la mémoire du grand romancier anglais. NÉCROLOGIE Henry Marcel La carrière d'Henry Marcel, qui vient de disparaître à l'âge de 72 ans après quelques années de retraite et presque d'oubli, avait été des plus brillantes et des plus remplies. Débutant par la politique où il fut le collaborateur de Jules Ferry, il continua par les Affaires Étrangères. Conseiller d'État et ministre plénipotentiaire, il devait en 1904 être appelé à la direction des Beaux-Arts, où son goût passionné pour tout ce qui touchait à l'art, son érudition personnelle singulière, la décision brusque et franche de son caractère lui permirent de marquer son passage par nombre de mesures heureuses qui secouèrent et rajeunirent l'atmosphère de la maison, entre la longue et prudente administration d'Henry Roujon et le sous-secrétariat politique de Dujardin-Beaumetz. Lorsque l'arrivée de ce dernier aux affaires l'eut obligé à qui ter la rue de Valois, il devint administrateur général de la Bibliothèque Nationale et il y inaugura, après celle des Primitifs français qu'il avait favorisée comme directeur des Beaux-Arts, cette série d'expositions de dessins des Clouet, des dessins et gravures de Rembrandt, de la miniature française, dont son neveu, M. Roand-Marcel, qui occupe aujourd'hui le même poste, a repris si brillamment la tradition. Il passa en 1913 de la Bibliothèque aux Musées nationaux, après avoir été en 1911 commissaire général de l'Exposition internationale des Beaux-Arts de Rome. La guerre l'empêcha de réaliser les projets qui bouillonnaient en lui et que retardaient, bien malgré lui, les lenteurs administratives. Il ne put ain i e ta ner qu'insuffi amment l'installation du Pavillon de Flore qu'il eut un moment à sa disposition après son abandon par les Colonies et il eut à présider à la terrible besogne de déménagement des collections en 1914 et 1918. Son activité intellectuelle

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BEAUX-ARTS qui avait été prodigieuse, les éclats de son tempérament ardent et combattif qui aimait jadis à foncer sur l'obstacle, s'atténuaient du reste après cette période troublée, laissant intacte sa curiosité universelle et la cordialité chaude de cet accueil un peu bourru qui avait étonné parfois, mais n'altérait pas la sympathie qui se dégageait de lui pour ses amis véritables. Il prit sa retraite en 1919; on le vit encore assez souvent au Louvre, aux expositions, chez les artistes qu'il aimait, puis le silence se fit. Il comptait parmi les collaborateurs et les amis les plus fidèles de la Gazette des Beaux-Arts, où il avait écrit un Salon ingénieux et perspicace en 1902, publié des lettres inédites de Millet et certaines œuvres, auxquelles s'attaçaient pour lui des souvenirs familiaux, du sculpteur Roland. Il avait rédigé des études sur Millet, sur Daumier, sur Chassériau et donna tout un volume sur la Peinture française du xixe siècle dans la collection de l'Enseignement des Beaux-Arts. Il s'était chargé, enfin, des chapitres sur l'Histoire de la peinture anglaise dans l'Histoire de l'Art d'André Michel. Mais que sont ces quelques pages d'impression auprès des innombrables carnets bourrés de notes que nous voyions Henry Marcel surcharger sans cesse de sa fine écriture serrée? P. V. --- ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 26 février M. Camille Jullian lit, au nom de M. Besnier, professeur à l'Université de Caen, une étude sur le trésor de Trapain, découvert près de Glasgow. Ce trésor, comme d'ailleurs les inventeurs et l'éditeur, M. Curle, l'ont tout de suite reconnu, a été enlevé en Gaule au temps des invasions germaniques, au début du cinquième siècle. Or, l'un des vases de ce trésor porte l'inscription que M. Théodore Reinach a seul complètement déchiffrée: Prymiaco ecclesiae Pictavensis. Il s'agit d'une localité ou plutôt d'un grand domaine devenu la propriété de l'église de Poitiers. Ce Prymiacus n'est autre que Prigny dans Les Moustiers, commune de la Loire-Inférieure, dans le pays de Retz, lequel dépendait alors du diocèse de Poitiers. Le trésor a du être pillé par les pirates vers 406, au temps de la grande invasion barbare; et nous savons précisément, par les légendes irlandaises et par la tradition de saint Patrick, qu'un roi irlandais, Nial, a opéré vers ce temps-là une descente à l'embouchure de la Loire. A plus de quinze siècles de distance on a remis au jour le trésor dérobé par les pirates scots dans une église de la Gaule. Ce trésor est d'ailleurs, au point vue archéologique, de tout premier ordre; et l'on peut dire que nous n'avons aucun ensemble plus complet de sculpture ou ciselure sur argent pour l'époque chrétienne. Séance du 5 mars. M. Camille Jullian signale un nouveau fascicule des publications du Musée de Leyde, administrées par M. Holwerda. Il renferme la description d'une villa gallo-ro- maine très complète, fouillée par M. Remonchamps entre Maestricht et Aix-la-Chapelle. On y a trouvé quatre inscriptions sur tablettes de bronze, qui sont des dédicaces de patronat en l'honneur du propriétaire de la villa, lequel fut un très haut personnage dans la cité de Nimègue. L'Académie entend le rapport de M. Pottier sur les travaux de l'Ecole archéologique de Jérusalem en 1924-1925. Séance du 12 mars. L'ambassadeur d'Italie fait remise, de la part du roi Victor-Emmanuel, membre associé de l'Académie, du tome IX du Corpus Nummorum italicorum. M. Camille Jullian communique un travail de M. Constans, professeur à l'Université de Lille, sur le classement des manuscrits de Jules César et sur la manière d'établir quelques corrections au texte, si souvent défiguré par les copistes. La commission de la fondation Pellechet propose d'accorder: à l'église de Vismes (Pas-de-Calais), 8.000 fr.; à l'église d'Amponville (Seine-et-Oise), 5.000 fr.; à l'église d'Orcemont (Seine-et-Marne), 3.000 fr.; à l'église de Chalautre-la-Petite (Seine-et-Marne), 3.000 fr. --- Académie des Beaux-Arts Séance du 30 janvier L'Académie élit jurés adjoints pour le concours de Rome MM. Michelet, Descatoire, Jean Boucher et Bouchard, sculpteurs; Castel, Héraud et Azéma, architectes; Serre et Mayeur, graveurs en taille-douce; Morlon et Pillet, graveurs en médailles; Bachelet, Bloch et Ravel, compositeurs de musique. La vacance du fauteuil du peintre Lhermitte est déclarée. Séance du 20 février L'Académie procède à l'élection du successeur du peintre Lhermitte, et élit, au second tour de scrutin, M. René Ménard, par 22 voix sur 34. M. Dagnan-Bouveret offre à l'Académie, au nom de l'auteur, les Entretiens de J.-J. Henner, par M. Emile Durand-Gréville. Séance du 6 mars. Lecture est donnée de huit lettres de candidature au fauteuil d'André Michel; ce sont celles de MM. Camille Bellaigue, Adolphe Boschot, Fougères, Hourticq, Stanislas Lami, Pérate, René Schneider et Paul Vitry. M. Paul Léon présente son ouvrage: L'Art et les artistes d'aujourd'hui, et M. Lemonnier, le huitième volume des Procès-verbaux de l'ancienne Académie royale d'architecture. --- Société des Antiquaires de France Séance du 6 janvier M. Paul Vitry quittant la présidence de la Société où M. Ph. Lauer lui succède, prononce le discours annuel où il rend hommage aux membres de la Société décédés pendant l'année, notamment à Théophile Homolle et au comte Paul Durrieu. Séance du 20 janvier M. Lefebvre des Nouëttes étudie les intailles mycéniennes publiées dans le tome XXXXV du Journal of

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BEAUX-ARTS Hellenies studies et fait part de ses doutes sur leur authenticité. M. Dieudonné expose quelques considérations sur la frappe d'une monnaie d'or de Philippe VI. Séance du 27 janvier M. Fage communique la photographie d'une tête de femme sculptée à la fin du xve siècle et qui est conservée au Musée de Tulle et il la commente. M. Prinet détermine la provenance d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale qui contient les Dits de philosophes de Guillaume de Tignonville et le mortiflement de Vaine plaisance du roi René. Séance du 10 février M. Dieudonné commente une note de M. Eugène Lefevre relative à la figuration de l'Eglise et de la Synagogue sur les portails d'Etampes et de Saint-Benigne de Dijon. M. Demaison étudie un autel à Jupiter conservé avant la guerre dans le château de Cormontreuil, près Reims. Séance du 17 février M. G. Millet compare une peinture de Doura au thème chrétien de l'Annonce aux bergers. M. Mayeux étudie le clocher d'Evaux (Creuse) qu'il attribue à la fin du xie siècle. M. Darche présente des marques de potiers antérieurs à la fin du rye siècle. M. de Mély rapproche une amulette cabalistique de textes anciens sur la légende du démon de la séduction. Mgr Batiffol expose et critique une interprétation nouvelle proposée du symbolisme d'un sarcophage du ive siècle conservé au Musée de Latran. M. Jean Vallery-Radot donne les raisons pour lesquelles il date le donjon de Loches de la fin du xie siècle ou du début du xie. M. Deshoulières complète sa communication sur les peintures de la crypte de Saint-Aignan-sur-Cher. M. Jean Verrier communique les photographies des tombes peintes du xve siècle découvertes dans l'église de Comines (Nord). Société de l'Histoire de l'Art Français Séance du 5 février M. Huart reconstitue la Chapelle haute du château de Gaillon construite au début du xvie siècle, et dont plusieurs épaves — sculptures sur pierre ou sur bois — se retrouvent dans divers musées et collections. M. Jean Vallery-Radot fait une communication au sujet du Satyre buvant qui est conservé au musée de l'Ermitage et sur lequel Beaux-Arts a publié récemment un article où la question était reprise par le même auteur. M. Robert Rey étudie les peintures décoratives exécutées en 1889-1890, par Gauguin et le Hollandais Meyer de Haan dans une auberge du Pouldu. M. Rey donne également des indications sur la formation de Renoir élève de Gleyre à l'Ecole des Beaux-Arts. Séance du 5 mars M. Paul Vitry tente d'expliquer la genèse de la Danse de Carpeaux, grâce aux deux maquettes que possède le Louvre. La première, acquise en 1908, est, en réalité, une esquisse pour un groupe de la Musique, dont les figures et les données essentielles se retrouvent dans la seconde maquette, préparation évidente pour la Danse, mais différant de la réalisation définitive. M. Hautecœur communique le texte de contrats d'apprentissage pour de jeunes artistes au xviiie siècle. Les conventions font ressortir l'importance attachée à la pratique, la « cuisine » du métier. M. Jeannerat suggère que la miniature, exposée au Louvre sous le nom de Rosalba Carriera et où sont représentés un flûtiste et une claveciniste, serait une copie, par la soeur de l'artiste, d'un original envoyé par la Rosalba à Crozat pour Mlle d'Argenon. --- Suite de l'inventaire complémentaire des Monument historiques Nous avons signalé précédemment (Beaux-Arts, no 15 février 1925), que l'administration des Beaux-Arts avait entrepris de dresser, conformément aux dispositions de la loi du 31 décembre 1913, l'inventaire supplémentaire des monuments ou parties d'édifices dont le classement ne pouvait être obtenu, tout au moins quant à présent, et qu'il convenait cependant de protéger autant que possible contre des modifications ou des destructions. Ces travaux se sont poursuivis avec activité depuis lors d'un arrêté d'inscription et d'une notification, Reposoir, XVIIe siècle, à Noailac (Gironde).

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BEAUX-ARTS au propriétaire. Nous ne pouvons songer à reproduire ici, quelque intérêt qu'elle représentait une liste, même incomplète, de tous ces monuments, mais pour donner une idée à nos lecteurs des édifices de première importance qui sont colonnes trapues, surmontées de solides chapiteaux. Le curieux édifice situé dans la commune de Noaillac (Gironde), dont nous donnons la photographie, méritait malgré sa simplicité, de figurer à l'inventaire, c'est un reposoir, daté de 1685, sous lequel s'abrite un autel et que surmonte une croix. M. Brutails le signalait comme le seul exemple, de lui connu, d'un reposoir ainsi isolé. C'est aussi une très intéressante église que celle de Saint-Palais, dans le même département, qui construite entièrement au xive siècle, reproduit exactement les dispositions et l'ornementation des églises du xue siècle : voûtes en berceau à l'intérieur, façade décorée d'une arcature en plein-cintre suivant la mode des églises romanes de la Saintonge et du Poitou. Le beau château de la Marthouge, à Saint-Jean de Cole (Dordogne) remonte en partie au xve siècle, mais au xviiie il fut considérablement agrandi d'une vaste aile terminée par un gros pavillon carré. C'est aussi de cette époque que date le grand escalier, auquel ses lourds balustres carrés donnent infiniment de caractère. Nous signalons enfin dans le Calvados le château de Fervaques, qui comprend un curieux manoir du xve siècle bien conservé, une porte forti- désormais portés sur cet inventaire, nous avons choisi quelques exemples pris dans des régions très différentes, qui montreront que des trésors d'art souvent mal connus se dissimulent dans toutes nos provinces. Tout près de Paris, en Seine-et-Oise, l'église d'Avernes, nous montre un type excellent de l'architecture gothique en Ile-de-France : le cheur du xie siècle recouvert d'une voûte sexpartite dont les nervures aux profils vigoureux sont du meilleur style, la nef du xive siècle, séparée des bas-côtés par de solides colonnes aux chapiteaux largement sculptés et qui offrent la particularité d'être surmontés de tailloirs carrés posés en pointe. A Andrésy, dans le même département, c'est l'élégante ordonnance d'une belle nef du xine siècle que termine un chevet plat éclairé par une immense fenêtre du dessin le plus simple et le plus heureux, nef qui a été accostée en 1519 d'un vaste collatéral où l'architecte a eu le souci, assez rare à l'époque, de respecter autant que faire se pouvait l'œuvre de son prédécesseur, en reprenant en sous-œuvre les grandes arcades sans modifier les parties hautes de la nef et les voûtes. Dans la Haute-Vienne, les restes de la vieille abbaye de Lartige, à Saint-Léonard, ne pouvait manquer de retenir l'attention de la Commission. De l'église édifiée vers la fin du xie siècle, il ne subsiste que peu de choses, mais les arcades du cloître, de la même époque, d'une architecture robuste et même un peu fruste offrent de beaux exemples de fiée de la même époque, et le château proprement dit, du xvie siècle, vaste logis en briques et pierres à l'intérieur duquel subsistent encore de belles cheminées et de magnifiques boiseries du xviiie et du xviiiie siècles. Jean VERRIER.

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[29] 15 MARS 1926 87 BULLETIN DES MUSÉES A PROPOS DU CIRQUE DE SEURAT au Musée du Louvre Seurat, mort en 1891, à l'âge de trente-deux ans, n'est connu du grand public que depuis peu de temps. Figure étrange et dont le souvenir est demeuré singulièrement vivant chez les rares artistes qui connurent de près son existence souriante et taciturne. Il avait un père moins pittoresque que celui de Toulouse-Lautrec, mais bien étonnant encore; ce père, ancien avoué du quartier de la Villette était un mystique mystérieux, manchot, au surplus; avec son jardinier qui faisait office d'enfant de chœur, il célébrait de saints offices dans sa petite maison de campagne du Rainey. Le fils, notre peintre, fut élevé, boulevard Magenta, loin des lycées. Cultivé pourtant, il entrait à quinze ans dans une école municipale de dessin, rue des Petits-Hôtels, non loin de l'Eglise Saint-Vincent-de-Paul. Puis, sans avoir eu beaucoup à lutter contre sa famille pour suivre sa vocation, il se fit inscrire à l'acler de Lehmann. Ce très estimable ingriste ne lui conseilla que de veiller à ce que des poils du pinceau ne restassent point pris dans la pâte, quand on peint, parce que leur ablation nuit ensuite au lissé de la couleur. En somme, sa véritable éducation artistique, Seurat la fit à la bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts, dans les ouvrages scientifiques de Chevreul et de Humbert de Superville. La physique et la chimie des couleurs le passionnaient. Il fit à Brest son volontariat. On dirait que, se méfiant de la griserie secrète où le plongeait la vue des prismes et des spectres colorés dont parlaient les expériences de Chevreul, il se soit systématiquement et tout d'un coup privé de ces délices. En effet, pendant trois ans il se contraignit à ne s'exprimer que par le blanc et le noir. C'est la période de ces admirables dessins où la clarté semble mouvante, où les noirs ont comme des palpitations. Au Salon de 1883, il exposa, pour la première fois, un dessin, toujours en noir et blanc, intitulé Broderies. Roger Marx le remarqua. Bel exemple de clairvoyance, mais aussi de scrupule professionnel : aller découvrir cet inconnu, Seurat, exposant pour la première fois, et aux dessins encore ! En 1884, la Baignade refusée rejetait Seurat vers les Indépendants qui s'ouvraient cette année-là dans des baraques appartenant à l'administration des Postes et sises en bordure de la rue des Pyramides, entre le Pavillon de Marsan et le Pavillon de Flore, sur l'emplacement, fraîchement déblayé, des Tuileries incendiées. La Baignade, après avoir été entre les mains de Félix Fénéon, se trouve maintenant à la Tate Gallery. L'an d'après, et toujours aux Indépendants, Seurat exposait Le Dimanche dans l'Ile de la Grande Jatte, que possédait Mme Lucie Cousturier, et qu'on peut voir à Chicago, je crois. En 1886, ce furent les Poseuses, dont M. Signac a l'esquisse, tableau qui passa dans la célèbre boutique de Vollard et que détient Kessler, à Weimar. Cl. Serv. Phot. B.-A. SEURAT. Le Cirque. (Musée du Louvre) L'année 1887 vit sortir Le Chahut, inspire par les soirées du « Divan japonais ». Il fut au poète Gustave Kahn, puis à M. Meyer Graefe, puis il entra dans l'admirable collection Kroller, de la Haye. Sa dernière grande toile — après la Parade, de la collection Bernheim-Jeune, tableau qui figure actuellement à la rétrospective des Indépendants

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BEAUX-ARTS [3o] — fut précisément Le Cirque, suggéré par les représentations du cirque Fernando (maintenant cirque Médrano). Le Cirque fut exposé aux Indépendants de 1891. Il resta longtemps dans la famille de Seurat. Il fut acquis par Signac, lors de la fameuse exposition organisée par la Revue Blanche. Puis il appartint à un citoyen américain, M. Quinn, qui a tenu généreusement à le léguer au Musée du Louvre. Remise solennellement à l'ambassadeur de France, l'œuvre, assurée pour un très gros prix, vient de parvenir au Musée, où elle a été présentée le 1er mars, au Conseil des Musées qui avait déjà accepté le principe de la donation, et où elle sera exposée prochainement dans une des anciennes salles des dessins, où figurent déjà des œuvres de Manet, de Berthe Morizot et de Toulouse-Lautrec. Seurat n'avait pas eu le temps d'achever tout à fait cette toile. Il l'estimait pourtant assez « finie » pour l'exposer à ce Salon indépendant de 1891 où il contracta le refroidissement dont il mourut. Après avoir habité rue de Chabrol, il était venu s'installer 130, boulevard de Clichy, avec Signac, son ami le plus intime. On sait que la technique de Seurat est la mise en application des découvertes scientifiques dont le principal mérite revient à Chevreul : division des tons, jeu des complémentaires, indication formelle des radiations lumineuses. Signac a minutieusement exposé et justifié cette « écriture colorée » dans son précieux ouvrage D'Eugène Delacroix au Néo-Impressionnisme, prouvant d'ailleurs que, consciemment ou instinctivement, les plus grands coloristes de tous les temps et de toutes les écoles, les avaient pressenties et plus ou moins employées. Par qui fut influencé Seurat ? Par personne. Il connaissait peu les impressionnistes proprement dits, d'ailleurs fort peu célèbres à cette époque. Toujours est-il qu'il fut le centre de tout un mouvement, dont les principaux acteurs se nomment Signac, Cross, Maximilien Luce, Theo Van Rysselberghe et dont l'ensemble constitue l'école néoimpressionniste. Seurat joignit à l'objectivisme qui faisait le fonds de l'Impressionnisme, un sens du mystère, de l'émotion contenue, qui rendent ses œuvres très troublantes. Dans toute sa peinture, la lumière, soit marine, soit sylvestre, soit artificielle a de délicats frissonnements. Les Impressionnistes avaient voulu peindre l'atmosphère. Il semble que pour Seurat la lumière ait été une sorte de matière. Le professeur Langevin n'a-t-il pas démontré que la lumière a un poids et qu'on peut faire dévier un rayon lumineux en dehors de la ligne droite ? On dirait que Seurat en avait le sentiment. Et, sans parler de l'impression secrète et parfois même dramatique que donnent ses silhouettes, soit dans ses dessins en noir et blanc, soit dans ses peintures, la luminosité de l'ombre estivale (dans la Grande Jatte), celle des plaines suburbaines (dans la Baignade) prend un aspect en quelque sorte tactile. Le Cirque est un document des plus précieux de l'activité avec laquelle se sont poursuivies les recherches picturales, hors des groupes officiels, à la fin du xixe siècle, en même temps qu'une œuvre émouvante puisqu'elle constitue le Chant du Cygne de Seurat, un des « luministes » les plus subtils qu'on ait jamais connus. Robert Rey. MUSÉE DU LOUVRE Peintures et Dessins Un don récent des Amis du Louvre vient d'enrichir d'une nouvelle unité la si intéressante série de préparations, déjà entrées au Musée, qui nous permettent de surprendre et de suivre Delacroix dans l'élaboration de sa Mort de Sardanapale ; je fais allusion à l'esquisse léguée par la comtesse de Salvandy et aux dessins offerts par le baron Vitta. Ce nouveau dessin — à la pierre noire avec un motif : tête de cheval, au lavis d'aquarelle — offre, avec des têtes d'animaux, deux études pour le corps du serviteur que l'on voit dans le tableau, attirer à lui un cheval, et pour une figure d'esclave nègre, vue de dos, que nous ne retrouvons pas dans la composition définitive. L'acquéreur de cette belle pièce à la vente du maître, un peintre de tableaux militaires, du nom d'Armand-Dumaresq, n'a pas craint de la profaner par des inscriptions inutiles et erronées : dans l'angle inférieur droit la date : 25 février 1864 (jour d'une des enchères), avec sa signature dûment paraphée, puis à gauche, dans le bas : No 251 du catalogue de la vente d'E. Delacroix. Frise régnant entre les archivoltes. (Ce no 251 correspondant, en effet, à un des dessins pour la décoration du Salon du Roi, au Palais-Bourbon). Le Musée a acquis, d'autre part, un curieux portrait de femme âgée signé de Louis Boulanger. G. R. MUSÉE DU LUXEMBOURG M. Charles Comiot a donné au Musée du Luxembourg le joli tableau de Georges Victor-Hugo qui avait figuré dans une exposition récente au Musée Victor-Hugo (nous l'avons reproduit à cette occasion, voir Beaux-Arts, 1925, p. 122) et qui représente le look-out de la maison du poète à Guernesey. Un buste de bronze du peintre Willette, par Sandoz, a été donné par M. Jean Nelis.

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[3r] BULLETIN DES MUSÉES Enfin, le Luxembourg devra à la générosité de Sir Joseph Duveen et à l'intelligente initiative de ses conseillers ordinaires, divers tableaux qui viendront à propos compléter ses collections de peintures modernes formées au cours incertain des achats officiels, en particulier deux tableaux d'Utrillo et un de Suzanne Valadon. ** L'annexe du Musée au Jeu de Paume, à peine réinstallée, vient d'être en grande partie modifiée provisoirement pour une exposition d'art argentin moderne qui a été ouverte au public le 10 mars. On annonce, comme devant lui succéder, une exposition d'art hollandais moderne. MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS Exposition Redon et Fayet Odilon Redon aime la musique, les beaux livres et la rêverie. Sa santé fragile le condamnait à un travail mesuré, et pendant longtemps il ne s'ex-prima que par la gravure et la lithographie. Sa réputation légitime en souffrit. Il passa ainsi, pendant des années, pour un penseur obscur et un poète, lui qui était au contraire un pur peintre et Mallarmé consacrait ce malententu quand il lui écrivait : « Vous agitez dans vos silences le plu-mage du Rêve et de la Nuit ». ODILON REDON. Le Char d'Apolion. En réalité la valeur de Redon est dans son art visible. Cet art lui donne une physionomique unique et par son caractère absolu d'exception, et par la place relative qu'il prend entre l'impressionnisme dont il disait « qu'il était pour lui trop bas de plafond » et la renaissance moderne du rythme décoratif. En un mot trop sommaire, il relie Monet à Van Gogh. Ce qui le caractérise, c'est un équi-libre rare qui allie le mystère du clair-obscur classique avec la tache du décor moderne, et cette complexité le libère des strictes définitions où on voudrait l'enfermer. Ses fusains, ses gravures, ses lithographies, ses noirs, comme il disait, gardaient sa prédilection, peut-être parce qu'ils furent longtemps méconnus dans leur pure valeur picturale, dans leurs couleurs blanche et noire. Le sujet faisait tort au métier. On ne voulait voir dans ses illustrations que des métaphores, suivant le mot de Gourmont, où il mettait la logique au service de l'invisible. Mais, malgré Redon, on peut leur préférer, avec tout le monde, ses pastels, cette flore idéale, plus immédiatement parlante aux yeux et d'une variété si subtile, qu'ils semblent les éléments d'une suite musicale. Tout jeune il avait été initié à la vie des plantes par le botaniste Armand Clavaud. Mais Redon n'est pas un botaniste! Dans ses pastels de fleurs il n'est pas plus réel que dans ses fu-sains. Son art n'est pas un art de plein air, mais un art de chambre ou plutôt de chapelle. Sa flore est essentiellement imaginaire et c'est ce qui a fait de lui un grand décorateur. Redon connut Gustave Fayet dont il fit une pensive sanguine. Il exécuta à l'abbaye de Fontfroide Tapis de GUSTAVE FAYET.

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BEAUX-ARTS des décors qui couvrent sans peine de grandes surfaces, ce qui montre sa puissance intérieure de lyrisme. Gustave Fayet, de son côté, subit profondément l'influence de l'artiste et de l'ami. Il composa, d'après des souvenirs de promenades, des décors imaginaires sur des thèmes floraux ouvertement inspirés de la manière du maître. Un côté pratique de son esprit le poussa à réaliser ces projets et il fonda son atelier de la rue Dauphine où son collaborateur, M. Dumas, fit tisser, d'après ses modèles, des tapis au point noué. La manufacture de la Savonnerie avait déjà tissé des cartons d'O. Redon, mais c'était là une erreur, au point de vue technique, dont les tapis de Gustave Fayet ne se sont pas entièrement dégagés. Ils sont cependant essentiellement différents des compositions de Redon et ordonnent de purs décors. Les meilleurs sont ceux dont l'utilisation est le plus facile. Ceux-là ont leur surface bien remplie, leur palette tout entière ou chaude ou froide, la valeur relative des taches très peu différente, l'arabesque des lignes discrète. Dans ce cas, un tapis de Fayet est un beau poème imprécis et qui n'en est pas moins agréable parce qu'il n'est pas au dernier goût du jour. Cependant comme bien d'autres tapis d'aujourd'hui, ceux-ci manquent d'une bordure large, au ton soutenu : on dirait des tableaux sans cadres, mais tout de même de charmants tableaux. Luc Benoist. MUSÉE GALLIÈRA L'exposition d'été du Musée sera consacrée aux applications du cuivre et du bronze dans l'art décoratif moderne. MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DE QUIMPER Les archéologues et les amateurs d'art s'étaient émus, il y a quelque temps, surtout en Bretagne, de la disparition d'un monument funéraire du xve siècle conservé dans une propriété particulière, dit tombeau de Troilus de Mondragon. Nous apprenons avec plaisir que le monument acquis par un antiquaire a pu être racheté pour le Musée archéologique de Quimper où il figurera désormais, grâce au concours du Conseil général du Finistère, de la Société archéologique du Finistère, et de la Sauvegarde de l'art français qui est intervenue très utilement dans cette occasion. M. Waquet, conservateur du Musée de Quimper, qui s'est employé activement depuis de longs mois, pour obtenir cette solution, présentera très prochainement à nos lecteurs cette importante acquisition de son musée. MUSEE MASSENA A NICE L'acquisition par la municipalité de Nice de la villa Thompson, placée dans une magnifique situation, dans le quartier des Baumettes, et la donation, qui l'a en partie déterminée ou précipitée, de l'œuvre du peintre Jules Chéret, par le baron Vitta, vont entraîner l'abandon des locaux du Musée municipal actuel, avenue Notre-Dame. Les travaux d'installation vont commencer à la villa Thompson et l'on parle d'une inauguration pour l'entrée de l'hiver prochain. La Société des Beaux-Arts de Nice a poussé plus que quiconque à la réalisation de ce séduisant projet, et c'est elle qui a contribué jusqu'ici activement à l'enrichissement du Musée, soit par le don des reproductions de fresques anciennes des églises de la région exécutées par le Père Mossa, soit par le don d'œuvres d'artistes modernes. Elle souhaiterait se voir attribuer pour ses expositions des locaux dans le nouveau Musée. En attendant, elle organise, à partir du 15 mars prochain, dans le Musée municipal actuel, son trente-deuxième Salon et peut-être serait-il sage pour elle de se contenter dans l'avenir de ces locaux moins éloignés du centre que ceux de la villa Thompson, de se les assurer pendant qu'ils vont être disponibles et de ne pas risquer d'être expulsée ailleurs par suite des accroissements auxquels elle aura contribué elle-même.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ETATS-UNIS Un nouveau buste de Washington Dans sa dernière chronique (février 1926), la revue d'art américaine International Studio reproduit sous la rubrique « Here and everywhere », un buste inédit de George Washington par Houdon provenant de Charlottesville, en Virginie et exposé présentement dans la galerie Milch, à New-York. Cette très intéressante découverte ne saurait laisser indifférents les admirateurs français du plus grand de nos sculpteurs du xvième siècle (1). Nous ne connaissions jusqu'à présent que deux types du portrait de Washington où le général est représenté à l'antique. Dans le beau marbre acquis en 1918 par le Musée de Stockholm il a la poitrine nue comme un héros d'Homère. Dans la terre cuite léguée en 1880 par Walferdin au Musée du Louvre, il nous apparaît en Cincinnatus drapé dans une toge romaine dont les plis retombent sur l'épaule gauche et portant en écharpe une sorte de baudrier. Nous possédons de ce type à la romaine, qui semble avoir été particulièrement goûté des contemporains, plusieurs répliques en différentes matières. M. Edward Tuck, qui a si généreusement réservé ses admirables collections au musée parisien du Petit Palais, a offert au Musée de Boston un exemplaire en marbre, identique à la terre cuite du Louvre, qui porte la date évidemment erronée de 1778 ; il faut lire sans doute 1787 puisque Houdon n'a connu Washington que lors de son voyage en Amérique, en 1785. En 1800, Lucien Bonaparte, qui faisait fonction de Ministre des Beaux-Arts, commande à Houdon un buste de marbre de Washington pour la galerie des Consuls; cette réplique tardive est celle qui se trouve aujourd'hui au Musée de Versailles. Mais Houdon n'avait-il pas modelé en outre, à la suite de son séjour à Mount-Vernon, où il fut l'hôte du général, un buste de Washington en costume moderne ? Il y avait tout lieu de le présumer pour différentes raisons. La première est que, dans la célèbre statue du Capitole de Richmond, Washington est représenté non, comme l'auraient voulu les antiquomanes, dans une « nudité héroïque », ou en toge d'imperator romain, mais en uniforme de général américain. Peut-on croire que dans la série d'études et de bustes qui précéda ou suivit l'exécution de la statue, Houdon, si soucieux de vérité, se soit systématiquement abstenu de représenter son illustre modèle, tel qu'il l'avait vu. Tout porte à croire qu'avant de le travestir à l'antique, comme l'exigeait le goût de l'époque, il le représenta au naturel. Nous sommes d'autant plus fondés à postuler (1) Je tiens à remercier ici très vivement M. James H. Hyde qui m'a aimablement communiqué cette information. Houdon. Buste de Washington, plâtre provenant de Charlottesville (Virginie). Houdon. Buste de Washington, terre cuite. (Musée du Louvre)