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4e Année. — Numéro 11 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • L'EXPOSITION DES FEMMES PEINTRES DU XVIIIe SIÈCLE Ce n'est pas un des moindres charmes de l'art au xviie siècle que cette floraison de talents féminins que l'on voit s'y épanouir. Certes, avant cette époque des femmes s'étaient fait remarquer comme artistes, mais aucune n'était parvenue à la gloire, tandis que, dès la Régence, la Vénitienne Rosalba Carriera, dans tout l'éclat de sa renommée, reçue par Crozat comme une princesse de l'art, nous apporte la mode du pastel et, à la fin du siècle, Mme Vigée-Lebrun consacrera ses toiles les plus séduisantes à la souveraine de Trianon avant de parcourir l'Europe dans un sillage d'adulations. Et ces deux noms illustrent appartiennent à une phalange qui compte dans ses rangs, Mmes Labille-Guiard et Vallayer-Coster, Milles Gérard et Mayer pour ne citer que les artistes les plus connues. Au reste, l'Académie royale de peinture, plus libérale que notre Institut, avait ouvert depuis longtemps ses portes aux femmes et, au cours du seul xviiie siècle, elle en appela sept à siéger parmi elle. Le féminisme artistique doit notamment retenir la date de 1783 comme une des plus glorieuses de ses annales puisqu'elle marque l'entrée à l'Académie des deux célèbres rivales, Mmes Vigée-Lebrun et Labille-Guiard. La biographie de ces artistes révèle chez la plupart une même particularité digne d'être notée. Beaucoup sont filles de peintres ou d'artisans comme Mmes Vigée-Lebrun, Vallayer-Coster, Angelica Kaufmann et Mlle Duparc ; beaucoup aussi unirent leur destinée à celle d'un confrère, comme Mme Labille-Guiard, qui épousa en deuxième noces, André Vincent, le fils de son maître, Mmes Roslin Chaudet, de Romance-Romany, Le Moine, sans compter Mme Vigée-Lebrun qui fut, pour son malheur, la femme du peintre-marchand Lebrun. On sait, ou plutôt on devine, la tendresse équivoque que Fragonard éprouva pour sa belle-sœur et élève, Marguerite Gérard, et l'on n'ignore pas quel amour profond et douloureux se portèrent mutuellement Prud'hon et Constance Mayer. Ainsi, presque tous ces talents s'éveillèrent au sein de la famille, ou s'épanouirent dans l'atmosphère du foyer conjugal ou de l'exaltation amoureuse. Peut-être, est-ce là le secret du manque d'originalité et du caractère d'intimité qui se révèlent dans les œuvres réunies rue de la Ville L'Evêque. Et c'est, sans doute, aussi un trait bien féminin que l'abondance de portraits et de scènes d'intérieur qu'on y rencontre. L'on sait, en effet, combien les MLLE LEMOINE. Mme Vigée-Lebrun dans son atelier. (A MM. Wildenstein, Paris)

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femmes éprises, en général, de romanesque sont impropres à la création imaginative. Ces constatations n'enlèvent rien au très réel intérêt que présente l'exposition dont l'heureuse initiative revient à M. le Prince Poniatowski. Les peintures, pastels, estampes et miniatures, qu'elle réunit, judicieusement choisis, mettent en valeur très à propos des artistes peu connus et nous permettent d'instructives comparaisons. Un parallèle s'impose, tout de suite, au visiteur. Appendues face à face, les œuvres de Mmes Vigée-Lebrun et Labille-Guiard semblent se défier et solliciter notre arrêt. La première nous montre le portrait de la Duchesse de Polignac, tandis que la seconde nous présente celui du Duc de Choiseul, et nous hésitons, séduits par l'élégance raffinée de l'image féminine, attirés par les qualités vigoureuses et probes du second portrait ; mais cette indécision se dissipe en portant notre attention sur d'autres objets de comparaison. Les portraits de la mère de la Pompadour et de Mme Elisabeth, ceux du Comte et de la Comtesse de Montciel révèlent chez leur auteur des dons de pénétration psychologique, une aptitude à saisir la caractéristique d'un type, une sûreté d'exécution qui nous font nous prononcer en faveur de Mme Labille-Guiard au désavantage du peintre charmant, mais superficiel, de Marie-Antoinette. Une des révélations de cette exposition, pour un grand nombre de visiteurs tout au moins, aura été la présence des deux toiles de Françoise Duparc, prêtées par le Musée de Marseille. Cette artiste provençale presqu'inconnue mérite une mention spéciale. Sa Tricoteuse et sa Vieille sont de très beaux morceaux où se retrouvent quelques-unes des qualités que nous admirons chez Chardin et chez Fragonard. Nous reproduisons ici une des œuvres les plus agréables de l'exposition : c'est une scène d'intérieur où Mlle Lemoine s'est représentée dans l'atelier de Mme Vigée-Lebrun, recevant l'enseignement de la célèbre artiste. De cette petite toile se dégage une impression d'intimité charmante. C'est une note semblable qui domine dans les œuvres de Marguerite Gérard sans atteindre au même degré de simplicité. De Mme Vallayer-Coster, on nous montre quelques très belles natures mortes qui n'ont que le défaut de trop rappeler celles de Chardin dont l'imitation est flagrante. Et puisque nous avons délibérément négligé l'ordre chronologique, terminons en disant qu'en présence des portraits exsangues et sans vie que nous a laissés la Rosalba, nous sommes un peu étonnés des succès remportés de son vivant par l'artiste. Sans doute, ces images ont-elles un certain charme : celui des choses passées qu'anime un sourire fané — leur grâce a peine à nous émouvoir. Notre compte-rendu serait incomplet si nous ne signalions pas le très précis et instructif catalogue que M. Carlo Jeannerat a dressé à l'occasion de cette intéressante manifestation et pour lequel M. Louis Réau a écrit, avec sa haute compétence, une substantielle introduction. André LINZELER. NOUVELLES Légion d'honneur. Parmi les nouveaux officiers promus à l'occasion de l'Exposition des Arts décoratifs, nous relevons les noms suivants : MM. Benedictus, peintre décorateur ; Bayard, écrivain d'art ; Belloir, tapissier décorateur ; Bernard, sculpteur ; Bernel, ébéniste ; Bernheim, éditeur d'art ; Bonnaud, émailleur ; Brandt, ferronnier d'art ; Clouzot, conservateur du Musée Galliera ; Coppier, graveur ; Cornille, vice-président du comité de patronage de l'Ecole Boule ; Couyba, directeur de l'Ecole nationale des Arts décoratifs ; Decœur, céramiste ; Despiau, sculpteur ; Deville, conseiller municipal de Paris ; Dilly, artiste peintre ; Dubret, président des anciens élèves de l'Ecole des Arts décoratifs ; Dufrène, vice-président de la société des Artistes décorateurs ; Edmond Escholier, vice-président du Syndicat de la Presse artistique ; Fix-Masseau, directeur de l'Ecole des Arts décoratifs de Limoges ; Forestier, inspecteur général des arts des jardins ; Gentil, céramiste ; Herscher, architecte ; Magne, conseiller technique du Commissariat général ; Méheut, décorateur ; Metman, conservateur du Musée des Arts décoratifs ; Mora, journaliste ; Roland-Marcel, administrateur général de la Bibliothèque nationale ; Héraut, architecte ; Jallot, décorateur ; Vitry, conservateur des Musées nationaux ; Guillaume, sculpteur ; Janneau, administrateur du Mobilier national ; Jaulmes, artiste peintre ; Karbowsky, secrétaire de la Société nationale des Beaux-Arts ; Le Feuvre, décorateur ; Le Mault, entrepreneur de menuiserie d'art ; Letrosne, architecte ; Paquet, architecte ; Pontremoli, membre de l'Institut ; Rapin, décorateur ; Drésa, décorateur ; Schmied, graveur ; Sezille, architecte ; Sorel, architecte ; Sarious, architecte ; Dervaux, architecte ; Brillaud de Laujardière, architecte ; Bigot, architecte ; Flourney, éditeur ; Parenty, architecte. Conseil supérieur de l'enseignement des Beaux-Arts. Par arrêté du ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts en date du 14 mai 1926, MM. Forain, artiste peintre, membre de l'Institut ; Landowski, artiste sculpteur, et René Ménard, artiste peintre, membre de l'Institut, ont été nommés membres du conseil supérieur de l'enseignement des Beaux-Arts. Nomination. Notre collaborateur M. Jean Alazard, professeur à la Faculté des Lettres d'Alger, vient

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BEAUX-ARTS d'être nommé directeur du Musée des Beaux-Arts de cette ville. Un nouveau legs Léon Bonnat. — Par un décret du 6 mai 1920, l'Académie des Beaux-Arts est autorisée à accepter le second legs de 100.000 fr. qui lui a été consenti par Léon Bonnat, pour les arrérages en être distribués chaque année à des artistes peintres français dans le besoin. Le 89e Congrès archéologique de France. — Sous la présidence de M. Marcel Aubert, professeur à l'Ecole des Chartes, le congrès annuel de la Société française d'Archéologie se tiendra à Rouen du 7 au 12 juin. En outre des séances où seront présentées les communications, la visite d'un grand nombre de monuments situés aux environs de Rouen est prévue. Le Congrès international d'archéologie. — Ce congrès, qui s'est tenu au cours du mois d'avril, en Syrie et en Palestine, empruntait une importance particulière non seulement à la célébrité des lieux qui furent visités par ses membres, mais encore au nombre des nations qui y étaient représentées ; quarante-deux, en effet, avaient répondu à l'appel des organisateurs. Parmi ceux-ci, nommons en première ligne, M. Dussaud, conservateur au Musée du Louvre, qui fut vraiment l'animateur du congrès. Parmi les savants français, il faut mentionner encore la présence de MM. Michon, conservateur au Musée du Louvre, Virollaud, directeur des Antiquités en Syrie, Guignebert, professeur à la Sorbonne, Deschamps, secrétaire de l'Ecole des Chartes, etc. A Beyrouth, où les archéologues furent reçus par le Haut-Commissaire, M. de Jouvenel, quelques séances furent consacrées à l'audition des communications. Des excursions permirent ensuite aux congressistes de visiter Byblos, le Krack des Chevaliers, Palmyre, Baalbeck, Tyr et Sidon. En Palestine, le congrès tint ses assises à Jérusalem où il fut accueilli par le général Plumer, Haut-Commissaire britannique. Saint-Jean-d'Acre, Meggido, où une mission américaine exécute des fouilles, Beisan, les Lieux Saints, Capharnaüm, où une synagogue restaurée par les soins du P. Orfali, décédé accidentellement au cours du congrès, retint l'attention des archéologues, Beit-Jibbrim et, en Transjordanie, Meschetta et Petra furent successivement visités par les congressistes. Inauguration de monuments. — M. Painlevé ministre de la Guerre, a inauguré récemment le monument dû au sculpteur Rousaud élevé, au ministère de la Guerre, à la mémoire des fonctionnaires de ce ministère morts pour la France. — A l'occasion du cinquantenaire des pèlerinages modernes de Vézelay, une statue de saint Bernard, œuvre de M. Maxime Réal del Sarte, a été inaugurée le 30 mai dans la basilique de cette ville. Une œuvre retrouvée de Nicolas Bachelier. — Récemment, M. Lorette, archiviste départemental, avait réussi à identifier des fragments de sculptures conservés dans une église de Toulouse comme étant dus au ciseau de Nicolas Bachelier. Le comte Begouen, président de la Société archéologique du Midi, en partant de cette identification, vient d'attribuer au même maître, en procédant par comparaison, des têtes sculptées en pierre qui figuraient au musée de Toulouse sans mention d'origine. Découverte archéologique. — Au cours de fouilles exécutées à Roquebillière (Alpes-Maritimes), on a découvert des tombes romaines et, dans une niche, des vases et des bijoux en pâte de verre. Une grotte voisine renfermait des ossements humains ainsi que des poteries néolithiques. Nouvelle exposition de la collection Cognacq. — Poursuivant la série des expositions partielles de ses collections, qu'il doit léguer à la Ville de Paris, M. Ernest Cognacq présente en ce moment dans la succursale de la Samaritaine, rue Daunou, un ensemble composé de tableaux, sculptures, miniatures, meubles appartenant à l'art des XVIIIe et XIXe siècles. Conférences sur le drapé à l'Ecole des Beaux-Arts. — Le Dr de Clérambault, médecin-chef de l'Infirmerie spéciale, conseiller technique du Protectorat marocain, qui a déjà fait avec succès en 1924 et 1925, des conférences sur les formes encore vivantes de la Draperie, spécialement la Draperie arabe, a donné les 29 et 31 mai, à l'Ecole des Beaux-Arts, deux leçons sur le Costume drapé arabe, complément de ses études précédentes qui doivent aboutir à un ouvrage considérable sur la question. Une exposition de l'art français au pays de Liège. — Le 15 mai a été inaugurée à Liège, dans le cadre de l'hôtel d'Ansembourg, une exposition qui groupe les plus belles œuvres que l'art français, du Moyen-Age au Premier Empire, a laissées au pays de Liège. L'Art français contemporain à la Haye. — Le 22 mai, en présence des autorités néerlandaises et françaises, a été inaugurée dans les salles du cercle « Pulchri Studio » à La Haye, une exposition française d'art contemporain organisée par la Fédération française des Artistes, l'Association française d'expansion artistique et par l'Union des Salons. Une exposition d'art belge à Berne. — Une intéressante exposition d'art belge ancien et moderne s'est ouverte ce printemps à Berne, au Musée des Beaux-Arts et à la Kunsthalle, organisée par le gouvernement belge avec le concours des autorités fédérales et de la Ville de Berne. Elle doit durer jusqu'au 16 juin. ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 14 mai. M. le comte Alexandre de Laborde fait hommage, au nom de la Société française de reproduction de manuscrits à peintures, d'une étude de M. Millar, assistant au British Museum, sur les Principaux manuscrits enluminés de Lambeth Palace, de Londres. Il est procédé à l'élection d'un membre libre en remplacement de M. Brutails. M. Dürrbach, correspondant de l'Académie et profes-

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BEAUX-ARTS seur à la Faculté des lettres de Toulouse est élu membre libre par 23 voix contre 16 à M. Labande. Séance du 21 mai. Lecture est donnée d'une lettre de M. Virollaud, directeur des antiquités de Syrie, annonçant que des fouilles seront commencées en octobre dans les environs d'Alep, sous la direction du P. Carrière. M. le président prononce l'éloge funèbre de M. Paul Foucart, doyen de la compagnie et de l'Institut. Séance du 28 mai. M. Pottier présente une brochure dont il est l'auteur : Le Dessin chez les Grecs. M. Salomon Reinach présente le premier volume du Catalogue illustré des œuvres d'art de la collection Lazaro. M. Fougère présente un ouvrage d'un architecte grec : L'Harmonie dans la composition architectonique. Académie des Beaux-Arts Séance du 8 mai. L'Académie procède à l'élection d'un candidat au fauteuil devenu vacant par suite du décès de M. Paladilhe. M. André Messager a été élu au deuxième tour par 22 voix contre 13 à M. Bachelet. L'Académie a admis en loges cinq concurrents au grand prix de Rome de composition musicale, qu'elle a classés ainsi : 1. M. Guillon, élève de M. Widor. 2. 3 et 4. MM. Franck, Gaujac et Tomassi, élèves de M. Paul Vidal. 5. M. Favre, élève de M. Widor. Séance du 15 mai. L'Académie des Beaux-Arts a décerné le prix Bailly, de 1.500 francs, à M. Paul Parent, pour ses ouvrages sur l'architecture des Pays-Bas et l'architecture de Lille aux siècles passés. L'architecte de la cathédrale de Reims, M. Deneux, correspondant de la Compagnie, lui a offert : Signes lapidaires et épures du xixe siècle à la cathédrale de Reims ; M. Marcel Nicolle : La Peinture française au musée du Prado. Séance du 22 mai. L'Académie a décerné le prix Monbinne de 3.000 francs à M. Laparra pour son opéra-comique, Le Joueur de viole; le prix Jeanbernat, de 2.000 francs, à M. André Blum, pour sa carrière artistique ; des prix Bernier, pour divers ouvrages, de 2.000 francs, à Mlle Duportal ; de 1.000 francs, à MM. Blanc, Boivin, H. Lefuel, Van den Borren, Brunold et Tessier ; de 500 francs, à MM. Pitrou et Gusman. Séance du 29 mai. Le prix Chartier (500 fr.), pour musique de chambre, est décerné à M. Jean Huré. M. Emile Buland donne lecture d'une notice sur la vie et les œuvres du graveur Waltner, son prédécesseur. LES PORCELAINES DE BING ET GRONDAHL Une double exposition présentait ces temps-ci à la Manufacture de Sèvres et à la galerie Rouard deux remarquables ensembles de porcelaines danoises de la manufacture Bing et Grondahl. On se rappelle le succès remporté à l'Exposition de l'an dernier par les deux grandes firmes qui rivalisent à Copenhague dans l'art céramique. Un accord heureusement conclu entre notre administration des Beaux-Arts et la manufacture Bing et Grondahl, faisant suite et pendant à un accord antérieur passé avec la Manufacture royale, vient de fixer en France quelques-unes des plus notables productions de cet art si apprécié des visiteurs du Grand Palais de 1925. C'est cette série de céramiques destinée au Musée de Sèvres que présentait ces temps-ci notre manufacture nationale en regard des vitrines très bien garnies et très riches également de productions modernes qu'elle destinait en échange au Musée Bing et Grondahl. Ces témoignages durables de la sympathie et de la bonne entente de nos céramistes, joints aux paroles de courtoisie, qui furent échangées en présence du ministre de Danemark à Paris et du ministre de France à Copenhague, sont un des résultats les plus durables et les plus heureux de la grande manifestation internationale qui vient de se clore. En même temps, la galerie Rouard présentait au public parisien qui s'y est particulièrement intéressé les productions les plus nouvelles de la manufacture danoise. On y voyait notamment le sur- JEAN GAUGUIN. Taureau (Roche céramique) (Manufacture Bing et Grondahl)

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BEAUX-ARTS tout de porcelaine blanche modelé par le jeune sculpteur Kai Nielsen, trop tôt disparu, dont le motif central, une Amphitrite couchée, s'accompagne de ces jolies et souples figurines d'enfants jouant avec des dauphins dont nous reproduisons l'un ci-contre. D'autres séries de figurines grasses et pittoresques, aux mines imprévues et joviales sous leur couverte d'émail blanc, illustrent le thème des Vendanges et témoignent de la verve et du sens plastique de l'artiste dont quelques grandes figures de pierre ou de marbre douées des mêmes qualités ont pris place à la Glyptothèque et au musée national de Copenhague. D'autre part, ici et là, paraissaient des créations dont la matière nouvelle un peu rude, «la roche céramique», une terre cuite mêlée de grès, très résistante et douée d'un rétrécissement très mi- nime à la cuisson fait contraste avec les délicatesse des porcelaines courantes de la fabrication danoise. La plupart des modèles sont dus ici à un artiste qui porte chez nous un nom illustre. C'est Jean Gauguin, le fils du peintre, danois par sa mère, qui est devenu directeur des travaux d'art de la manufacture. Un groupe de grand style, un peu sauvage, figure Adam et Eve de chaque côté de l'arbre de la Science. Un Triton d'un naturalisme puissant prouve la belle réussite de certaines grandes pièces presque monumentales. Des animaux, cerfs, singes ou taureaux d'une violence de modelé farouche font preuve d'un style original et puissant capable aussi, témoin certaine petite biche en porcelaine, de délicatesses exquises. En grès ou en porcelaine d'autres animaux dus à Hans Syberg, par exemple, montrent des interprétations amusantes de la forme vivante, tandis que des séries de vases signés Sl. Holten Skovgaard exposent les résultats techniques de recherches nouvelles sur les couvertes blanches mates et voisinent avec les porcelaines décorées d'un style plus traditionnel déjà, mais toujours goûté du public, où se fait jour le sûr métier et le naturalisme ingénieux, de Mlle Cath. Olsen et de M. Achtion Fries. P. V. LE QUARTIER UNIVERSITAIRE ET LA VIE DES ÉTUDIANTS à la Bibliothèque Sainte-Geneviève Le distingué administrateur de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, M. Amédée Boinet, aime les contrastes. L'an passé, il s'était plu à évoquer, pour notre édification, les austérités de la vie janséniste en son double cadre de Port-Royal de Paris et de Port-Royal-des-Champs; cette année, bravant le reproche de corrompre la jeunesse, il nous conte l'existence terriblement dissipée que les étudiants parisiens menèrent au cours des siècles, et particulièrement les étudiants du Romantisme. Voilà un bien frivole exemple proposé à la jeunesse d'aujourd'hui à la porte même des Facultés! A en croire les documents que l'on nous montre, l'époque romantique fut l'âge d'or de l'étudiant. De nos jours, ce dernier achète souvent par de dures privations le droit à l'étude et, si les contemporains de Villon se sont acquis une réputation de francs lurons, leurs successeurs, astreints sous l'Ancien Régime à la stricte discipline des collèges, ne connurent pas les libertés propices aux joyeux ébats. C'est donc, surtout, une évocation du Quartier latin, tel que le connurent nos grands-pères qui nous est présentée au moyen d'un ensemble d'estampes judicieusement choisies où revit le peuple turbulent des étudiants et des grisettes parcourant les rues de la Harpe ou Saint-Jacques, ou dansant à la Grande Chaumière et à la Closerie des Lilas. Les lithographes triomphent, comme il fallait s'y attendre. Si Daumier dédaigna l'étudiant, Gavarni, en revanche, lui consacra une suite que publia le Charivari et où se retrouve toute la grâce primesautière de son crayon. De Ch. Philippon, nous voyons la Semaine des Amours et de Nicolas Maurin une Vie de lingère, en cinq épisodes, qui peut passer pour une des plus jolies suites que l'on doive à la litho. Quelques

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BEAUX-ARTS pièces de Numa, pleines de verve, apportent une note finement libertine. Mentionnons les spirituelles estampes de Traviès et d'Henry Monnier qu'on ne peut manquer de retrouver lorsqu'il est question de la vie parisienne au temps du roi-citoyen. Enfin, notons une bien jolie aquarelle d'Eugène Lami, prêtée par M. Félix Doistau, et nous n'aurons donné qu'une énumération incomplète des pages qui méritent d'arrêter notre attention. Le cadre où s'amusa et aimait cette folle jeunesse, n'a pas été négligé et une série très complète de documents : manuscrits, dessins, gravures et peintures nous fait assister aux graduelles transformations que subit le quartier à travers les âges. Louons enfin, comme ils le méritent, les auteurs du catalogue, MM. Calot et Michon, qui, par leurs notices rédigées avec tact et érudition, préviennent toutes nos questions et doublent le plaisir de nos yeux de l'intérêt d'une leçon d'histoire. André LINZELER. --- MONUMENTS HISTORIQUES Le Plafond du théâtre du Petit Trianon Nous avons déjà signalé les travaux de restauration qui s'accomplissaient dans le théâtre de la Reine au Petit Trianon (p. 116) ; nous voulons fournir quelques renseignements complémentaires. Le bâtiment renfermant la salle de comédie fut élevé sur les dessins de Mique, intendant des bâtiments de la Reine, de juin 1778 à juillet 1779. L'extérieur, fort vulgaire, a été soigneusement réparé et assaini. A l'intérieur, la coquette petite salle va reprendre ses proportions élégantes par le rétablissement au niveau ancien du plancher de l'orchestre et la rectification de la forme du balcon. Quant à la grande peinture du plafond, elle a été déposée et restaurée au Louvre. Mique avait demandé la décoration de ce plafond de forme ovale, à Jean-Jacques Lagrenée le jeune (1739-1821). Le peintre exposa l'esquisse de sa composition au Salon de 1779 ; il terminait la grande décoration à la détrempe en juillet 1779 et on la logeait alors dans son encadrement. Lagrenée le jeune a représenté au milieu des nuées Apollon entouré des trois Grâces et de Muses ; Pégase et la Renommée volent dans les cieux, des Amours tenant des guirlandes de fleurs, des torches, relient les groupes et se jouent à travers les nuages. L'esquisse, qui en a été conservée, est pleine d'éclat et sa coloration fort séduisante. Le grand plafond devait avoir des qualités de vivacité et de fraîcheur, malgré sa matière naturellement fade ; le temps l'a fort altéré. Soulié exagère quand il écrit que cette toile fut « entièrement repeinte » au xixe siècle, il faut reconnaître cependant qu'elle a fort souffert des hommes et de l'humidité. Néanmoins des morceaux (ainsi le groupe de Pégase et quelques Amours) ont gardé des tons francs et purs. Les altérations grossières ont été adroitement effacées, des trous bouchés et la toile sera bientôt réinstallée à Trianon. Cl. Serv. phot. B.-A. LAGRENÉE LE JEUNE. Plafond du théâtre de la Reine à Trianon. Pour obtenir la résurrection complète de la salle où les courtisans entendirent jadis les acteurs royaux, il faudrait pouvoir rétablir les anciennes couleurs sur les murailles, mettre d'autres étoffes aux loges et au mobilier. Les sculptures, les femmes portant des girandoles étaient d'or jaune et vert, l'ébrasement de la scène peint en marbre blanc veiné, les balustrades, les piédestaux en brèche violette, les appuis des loges, des balcons, recouverts de velours bleu, les surfaces planes tendues de moire bleue, le rideau de gros de Tours bleu avec rehauts d'or... Contentons-nous des restitutions actuelles faites avec goût et prudence et souhaitons seulement quelques retouches encore pour atténuer la laideur de certains tons criards posés lors des travaux du xixe siècle. G. B.

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[53] 15 MAI 1926 167 BULLETIN DES MUSÉES MUSEE DU LOUVRE Peintures et Dessins Le Legs Cosson Un collectionneur, M. Paul Cosson, décédé en février dernier, avait laissé des dispositions testamentaires d'une grande libéralité en faveur du Louvre, dont les conservateurs recevaient mission, de choisir, dans son hôtel de l'avenue de Friedland, tous les objets susceptibles d'enrichir utilement le musée. La part du Département des Peintures s'est élevée à trente-quatre tableaux, un pastel, soixante-sept dessins ou aquarelles et dix miniatures. Il ne saurait être question d'étudier ici toutes ces œuvres. Nous nous bornerons à indiquer les plus importantes. Parmi celles qui sont antérieures au xixe siècle, il convient de signaler un Portrait de femme veuve et un Portrait de jeune fille désignée comme Mlle d'Aumale, tous deux de la fin du xvie siècle et vraisemblablement français. Le xvive siècle a fourni une bonne réplique du Repas de paysans de Lenain et une esquisse de Jouvenet, la Multiplication des pains, et pour les Hollandais, une amusante Partie de cartes de Berck-Heyde. La France du xvme siècle est représentée par un agréable pastel anonyme, Femme tenant une rose, par un délicat Portrait d'homme de Danloux, et aussi par des dessins : une petite sanguine de Watteau, l'auteur Hilas, qui a été gravée par le comte de Caylus, un lavis de Greuze, représentant la Grand'maman et deux petits portraits de Danloux, une jeune femme et un homme. Pour l'Italie de la même époque, le Louvre a retenu deux lavis de Domenico Tiepolo, l'Adoration de la Vierge et de l'Enfant Jésus et la Fuite en Egypte ; pour l'Angleterre un plaisant tableau de genre, les Deux Rivaux, par Singleton, deux portraits menus (huile et aquarelle) d'officiers britanniques par Lawrence. En ce qui concerne l'Espagne, le musée a acquis un tableau d'une importance toute particulière. C'est le portrait d'un jeune artiste par Luis Melendez, suivant l'orthographe la plus courante, ou Melendez, ainsi qu'est signée cette œuvre datée de 1746. Luis Melendez (1716-1780), fils d'un artiste italienisant et pédagogue, fondateur par anticipation; si on peut dire, de l'académie San Fernando à Madrid (car il mourut avant d'avoir réalisé son rêve), a montré une verve réaliste dans de nombreuses natures mortes. Dans le portrait de la collection Cosson son modèle (peut-être est-ce lui-même), un foulard noué à l'Espagnole sur l'arrière de la tête, montre triomphalement une Académie qu'il vient d'achever. Le visage est très vivant et expressif. Il frappe par son accent nerveux et énergique, par ce qu'il dégage de force intérieure. Ce sont les qualités que nous apprécions dans les portraits de Goya. La toile de Melendez est d'autant plus intéressante qu'elle annonce l'art de Goya dont elle permet d'étudier l'origine. Outre deux pastiches du grand maître espagnol par Lucas, M. Cosson avait réuni plusieurs dessins dans le genre des Caprices. Deux surtout sont à noter : Trois femmes examinant un enfant, et la Mala muger (mauvaise femme). Pour ne point Cl. Serv. phot. B.-A. MELENDEZ. Portrait d'un jeune artiste. (Musée du Louvre) quitter l'Espagne, nous citerons enfin, pour l'époque moderne, deux importants tableaux de Zuloaga, une grande figure d'homme décharné, et une ville espagnole pittoresque. La plupart des œuvres, qui composaient la collection Cosson, appartenaient au xixe et même au xxie siècle. Elle offrait plusieurs Ingres dont une étude pour l'Angélique, un Courbet, Remise de cerfs au crépuscules, de nombreux Harpignies (cinq grands

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paysages et quantité d'aquarelles), une étude de Ricard pour le Portrait de madame Feydeau, un Monticelli, Femmes dans un bois, et un vigoureux portrait d'homme de Carpeaux. Pour l'époque plus récente, nous rencontrons quatre petits tableaux de Carrière, une Tête de jeune garçon, de la première manière, une Tête d'enfant une Tête de femme et une Femme allaitant un enfant, enfin une Plaidoirie devant un tribunal par Forain. Parmi les dessins et les aquarelles, plusieurs sont à signaler tout particulièrement ; d'abord, une petite composition qui offre pour le Louvre une indéniable valeur documentaire, car elle nous montre le baron Denon, directeur-général du Musée central des Arts, examinant des tableaux ; une belle étude de nu féminin par Prud'hon ; une poétique Danse sous les arbres de Corot ; une humoristique Soirée mondaine de Lami ; un Portrait d'homme quelque peu caricatural par Henry Monnier ; parmi les aquarelles d'Harpignies, une jolie Vue de Rome prise du Pincio et une Berge de la Seine aux Tuîères ; deux Fantin-Latour, Femmes lisant et le Ballet des Troyens ; un croquis à la plume de Rodin d'après son Age d'airain ; enfin, quatre dessins de Forain, qui a traité dans un esprit moderne des sujets comme le Reniement de Saint-Pierre et les Pélerins d'Emmaüs, la Communion donnée par le Christ, l'Extrême-Onction. Les indications sommaires, qui précèdent, montrent la variété et la sûreté du goût de M. Cosson ; le Département des Peintures doit une particulière et juste gratitude à la mémoire de son bienfaiteur. Sculptures du moyen âge Le Conseil des Musées dans sa dernière séance, a voté l'acquisition de deux importantes statuettes du xve siècle de l'école bourguignonne, qui appartenaient à un amateur parisien et étaient déjà connues par leur moulage au Trocadéro. Nous y reviendrons très prochainement. MUSÉE CARNAVALET Moins de trois semaines après la clôture de l'Exposition Sévigné, Carnavalet vient d'ouvrir une salle nouvelle. Cette fois encore, il s'agit d'évoquer une grande femme de lettres, mais combien différente de la châtelaine des Rochers ! George Sand a élu domicile dans la maison de la Marquise. Elle a choisi, pour s'y fixer, la petite aile du midi où vécut l'abbé de Coulanges et ce voisinage imprévu ne laisse pas que d'être assez piquant. Pour l'expliquer, hâtons-nous de dire que l'auteur d'Indiana n'entre pas seule à Carnavalet. Elle y arrive entourée de précieuses reliques familiales : les portraits de sa grand-mère, Aurore de Saxe, de son bisaiel, le Maréchal dont Latour a fixé l'image, et d'Aurore de Koenigsmark, mère du vainqueur de Fontenoy. De telles figures sont bien à leur place, en ces salons de claires boiseries où le passé a mis son empreinte. Il pouvait sembler imprudent de les exposer à

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côté de productions du xixe siècle, conçues dans un tout autre esprit. Mais, comme les gens de bonne compagnie trouvent toujours un terrain d'entente, les œuvres d'art d'une certaine classe ne font jamais mauvais ménage. Nous avons donc tenté l'épreuve. En face du pastel de Latour, voici une peinture de Delacroix : le portrait de George Sand exécuté pour Buloz vers 1834. Mme Pailleron, qui le possède aujourd'hui, a bien voulu nous le prêter, à l'occasion de cette ouverture. Sous un aspect plus grave, la bonne dame de Nohant nous est représentée par Couture, tandis qu'une toile de Charpentier, exposée au salon de 1839, nous la montre fine et nerveuse, en pleine période romantique. Cl. Serv. Phot. B.-A. Houdon. Buste de Claudine Houdon. (Musée Carnavale) Bon nombre de ses familiers se groupent autour d'elle dans cette galerie : Calamatta, le célèbre graveur, dont Ingres a dessiné le portrait, Chopin surpris au piano, Maurice Sand par Calamatta, auquel nous devons également une belle silhouette de Delacroix. Enfin, de Delacroix lui-même : un paysage de Nohant et un pastel évoquant une scène de Lélia. Dans les vitrines s'accumulent aussi les objets d'art et les documents les plus divers : depuis la riche tabatière offerte par Louis XV au Maréchal de Saxe et ornée d'une miniature qui révèle le faire de Liota, depuis le cachet du vainqueur des Flandres, formé de deux petits canons, jusqu'aux bijoux de George Sand et à son dernier manuscrit. Un tel ensemble serait disparate si l'unité même du sujet n'en assurait la cohésion. Mais, l'esprit de famille aidant, personnages du xvinte siècle et célébrités romantiques ne sont nullement surpris de se rencontrer sur la cimaise. Ils se reconnaissent, d'un cadre à l'autre, échangent des regards d'intelligence, ont l'air de dire : « Nous sommes chez nous ». Et tous approuvent unanimement le geste libéral de leur petite-fille, Mme Lauth-Sand, qui vient d'offrir au Musée parisien cette collection si précieuse et si fertile en grands souvenirs. Jean Robiquet. MUSEE DES ARTS DÉCORATIFS L'exposition du Livre Italien au Pavillon de Marsan a été ouverte le 26 Mai, quelques jours après celle de la Bibliothèque Nationale qui la complète. Nous reviendrons prochainement sur cette importante manifestation, disons seulement aujourd'hui qu'elle réunit un choix remarquable de manuscrits, de livres imprimés et de reliures provenant des plus célèbres bibliothèques italiennes ou de collections particulières non seulement de France et d'Italie, mais aussi d'Angleterre et des Etats-Unis. MUSEE DE L'ARMÉE On vient d'ouvrir au public en annexe au Musée de l'Armée la galerie historique des plans en relief des places de guerre conservés aux Invalides et dépendant du Service Géographique de l'Armée. Le public sera admis à visiter ces curieux documents de notre histoire militaire les Mardis, Jeudis et Dimanches de 14 à 17 heures. MUSEE GALLIERA A partir du 4 juin, le Musée Galliera consacre ses salles d'exposition au Bronze et Cuivre dans l'art décoratif moderne. Une section rétrospective montre un choix d'objets exécutés dans les mêmes matières au xvinte siècle. MUSEE DE CALAIS La ville de Calais a eu la bonne pensée, nous l'avions déjà annoncé, de créer un musée de la Dentelle dans lequel elle montrera au public des dentelles à la main ainsi que des exemplaires de toutes les dentelles mécaniques qui ont été fabriquées depuis l'origine. L'inauguration de ce musée a été faite le 17 avril devant les autorités calaisiennes et les représentants des différents syndicats intéressés à l'industrie tullière. Les premiers métiers à tulle sont arrivés à Calais en 1816, l'application de la mécanique Jacquard date de 1833, et dès 1841, les fabricants calaisiens

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BEAUX-ARTS demandaient l'installation d'un musée industriel, afin de leur permettre de créer des articles imités des dentelles véritables. De nombreuses années se sont passées avant qu'on ait pu mettre ce projet à exécution, puisqu'il vient seulement d'être réalisé. Des prêts importants ont permis de montrer au public des types des diverses sortes de dentelles; ces prêts ont été faits par le Musée des Arts décoratifs de Paris grâce à la bienveillante intervention de M. Metman et par plusieurs collectionneurs belges qui ont bien voulu envoyer des documents extrêmement intéressants pour une durée de six mois. Le nouveau Musée a reçu, en outre, de la Manufacture de Beauvais des esquisses peintes ayant servi à l'exécution de tapisseries précieuses. De plus il a été installé une salle de travail dans laquelle les fabricants, dessinateurs et esquisseurs calaisiens pourront trouver toutes sortes de documents permettant la création de nouveautés. MUSÉE DE COLMAR Progressivement les diverses salles du Musée de Colmar ont été réorganisées en commençant par celle des Primitifs où trône l'incomparable polyptique de Martin Schongauer. Des salles ont été créées pour la peinture moderne dans la tribune de l'ancienne chapelle et dans le rez-de-chaussée de l'aile gauche où s'enassaient jadis les objets du Musée d'art décoratif, ainsi qu'au premier étage de la même aile une vaste salle claire pour la collection de peintures, gravures et dessins d'Extrême-Orient donnée par Mme Langweil. Plus récemment encore le musée d'art décoratif s'est reconstitué clair, gai, pittoresque sous la direction de l'actuel conservateur M. J.-J. Waltz, plus connu sous son surnom de Hansi, qui a donné à cette vaste galerie laissée par la bibliothèque le nom de «Salle André Waltz». Son père, en effet, travaillait au Musée depuis 1867 et, ayant maintenu la tradition française au Musée jusqu'à la dernière guerre, il eut la joie d'en commencer la présente restitution à la française avec le concours de la Société Schongauer. Mais il ne s'agit pas seulement de réorganisation, il s'agit aussi d'enrichissements. La chambre gothique de Kienzheim près Kayserberg est venue récemment prendre place au Musée. Mais nous voudrions signaler surtout cette magnifique pierre tombale du chevalier Ulric de Husz qui est une œuvre capitale du xive siècle et provient du couvent des Antonites d'Issenheim comme le retable de Mathias Grunewaldt. Elle a été acquise en 1923. La même année et du même endroit le Musée recueillait une épitaphe datant du xve siècle de Nicholas Nussbaum, vicaire du Haut Chœur de la cathédrale de Strasbourg, bienfaiteur du couvent des Antonites. Depuis, un Saint-Roch en bois originaire de Pfaffenheim et deux évêques en bois du xvie siècle sont venus encore enrichir cette petite collection de sculptures placée sous la tribune de la chapelle qui complète si utilement l'enseignement des peintures de Schongauer et de Mathias Grunewaldt placées dans le voisinage, en montrant l'activité et le caractère des ateliers locaux du xve et du xvie siècles. P. V. MUSÉE LORRAIN A NANCY Le Musée lorrain a bénéficié en 1924 du don considérable de la collection Thiery Sola qui comprenait une suite magnifique de planches de cuivre de Callot, une série de jolies statuettes en terre cuite du xviiie siècle dont beaucoup paraissent appartenir à l'Ecole des Adam, enfin, un important triptyque peint de la fin de l'époque gothique, qui peut être attribué à l'école rhénane ou mosane, et sur lequel nous nous proposons de revenir ici. Cl. Floury Pierre tombale d'Ulric de Husz. (Musée de Colmar)

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BEAUX-ARTS LES EXPOSITIONS LES SALONS DE 1926 Les Artistes français et la Nationale La Sculpture Si la peinture, aux deux Salons de 1926, n'a pas beaucoup tenu ce qu'on pouvait espérer de l'époque incohérente, mais féconde en promesses de tout genre, que nous traversons, la sculpture, du moins, offre quelque dédommagement à l'œil de l'observateur attentif. Non, certes, qu'elle soit illustre. Ni dans l'un ou dans l'autre des deux arts, le Salon de 1926 n'est destiné à marquer, craignons-le. Du moins la sculpture se maintient et demeure honorable. C'est le cas de remarquer, une fois de plus, même dans les inégalités annuelles, une certaine constance de valeur générale qui est bien le propre de notre école française de sculpture, fidèle en cela à une tradition séculaire. Nul autre pays d'Europe n'est aussi Desruelles. Buste d'Alfred Boucher. (Salon des Artistes français) « sculpteur » que le pays français. Et comme, d'autre part, les nouveautés en sculpture sont plus rares que les caprices de la mode en peinture, le « modernisme » entame moins profondément un art auquel les jongleries de la couleur sont étrangères, et qui, en dépit des pires audaces des novateurs, doit compter avec ces deux nécessités majeures, le galbe des volumes et les lois de la stabilité. Aucun talent ne prévaut contre des silhouettes déplaisantes au regard, ou contre des équilibres instables qui menacent ruine. La sculpture, art de poids, art de lenteur aussi, exclut les effets momentanés, les improvisations « drôles ». En sculptant sa « drôlerie », l'artiste a le temps de se raviser, et, s'il corrige l'humour par l'étude, le voilà du coup sur le chemin du sérieux, et tout y gagne. Témoin les admirables « pochades », si statuaires tout de même, d'un Daumier. Sous le vaste velum du Grand-Palais qui étale sur cette blanche assemblée gesticulante et muette une nappe solennelle de lumière uniformément tamisée, une sorte de recueillement s'empare instinctivement du visiteur, surtout à ces heures matinales où la solitude règne autour des socles si harmonieusement disposés. Un coup d'œil sur cet ensemble inspire toujours un grand respect pour cet art si long, si sérieux, si peu rénumérateur d'ordinaire, et qui continue à compter tant de fervents. Honorons en bloc ces grands laborieux que sont les statuaires, voués à une besogne trop souvent ingrate. Et remercions-les de cette persévérance, en ces temps si difficiles pour l'artiste, avant de demander à chaque œuvre, comme jadis le critique à une certaine sonate : « Sonate, que me veux-tu ? ». Ce qu'elles veulent, ou ce qu'elles visent, ces œuvres, toutes, c'est l'expression d'une vérité physique, ou d'une sensibilité spéciale, ou d'une idée générale, traduite, au moyen de la nature vivante, observée directement, ou stylisée. Et de là, dans un langage commun, tant d'expressions différentes, tant « d'idiotismes » personnels, tant de dialectes distincts, à côté de tant de formules apprises, et de « poncifs » plus ou moins déguisés. Aussi les disparates sont-elles presque aussi nombreuses qu'en peinture, et ce sont des heurts pour l'esprit comme pour les yeux, quand on passe des bustes aux « sujets », de la sculpture iconique à l'épisode sentimental ou pittoresque, de la statue en pied au groupe représentatif et du groupe au monument d'ensemble, expressif d'une pensée générale, ou décoration de grande allure, destinée à consacrer de sa masse parlante une grande place, un promontoire, une avenue nationale, un cap, ou un sommet. A de telles destinations sont vouées et comme consacrées les œuvres capitales d'un Rodin, d'un Bourdelle. Et, naguère encore, l'un ou l'autre Salon en vit de ce genre. Celui-ci n'en voit pas. Ce n'est pas, cependant, que certains grands morceaux des « Artistes français » (il n'y en a aucun à la « Nationale »), soient dépourvus d'ambition. Deux surtout, et tous deux dus à des artistes américains, sortent de la foule, et accrochent le regard. Mais pourquoi faut-il que ces deux monuments soient aussi choquants que « frappants »? Autant il est difficile de les omettre, autant il est impossible de les admettre. Mme Gertrude Whitney a voulu symboliser l'historique débarquement des Américains à Saint-Nazaire. Belle idée. Mais que fait ce grand diable de soldat debout sur les ailes d'un aigle gigantesque, dans l'attitude d'un plongeur qui va dire : « Une, deux, trois, je pique une tête ! ». C'est ici que le sublime côtoie le ridicule. Et, de même, ce monument aux morts de M. Andrew O'Connor, avec sa croix triplée où se tortillent, à côté d'un Christ nouveau style, je ne sais quels « poilus » suppliciés, dans une architecture aussi baroque que les personnages appendus ? Et pourtant cet artiste est capable d'un vérisme vraiment vrai, témoin ce « marin » qui fait face à cette élucubration trop « américaine ». Dirons-nous que de telles singularités nous rendent indulgents pour le projet, colossal aussi, de « Monument au Gaucho », de M. Zorilla de San Martin, pour Montevideo, dont les morceaux décèlent, à travers plus d'un manquement, une certaine puissance ? Nous le dirons, et même nous irons jusqu'à trouver des