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3e Année. — Numéro 11 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • L'EXPOSITION DU PAYSAGE FRANÇAIS DE POUSSIN A COROT Parmi les expositions que chaque printemps fait s'épanouir, il en est trop peu qui soient mises au service de l'un de ces grands thèmes où l'art français montre le mieux sa persistante vitalité. Il est heureux que, de temps à autre, l'une d'elles se fasse le miroir d'une de ces flammes mouvantes, sans se contenter de celles qui sont entretenues autour du talent d'un seul artiste. S'il y a peu de ces expositions d'idées, c'est qu'elles sont plus difficiles et plus longues à organiser que les autres ; elles demandent mieux que des démarches : de véritables négociations diplomatiques, et, du fait même qu'elles font appel aux richesses artistiques d'un pays tout entier et souvent même de l'étranger, elles nécessitent des recherches plus étendues et une préparation plus lente. L'exposition du Paysage français aura connu ces difficultés et ces délais ; envisagée, avant 1914, par Henry Lapauze pour être réalisée l'année suivante, elle a été retardée de dix ans du fait de la guerre et c'est au moment où elle allait s'ouvrir qu'a disparu son initiateur. Il n'est que juste de rappeler avec quelle ardeur passionnée il mena cette entreprise au seuil du succès : à MM. Camille Gronkowski et A. Fauchier-Magnan qui lui ont apporté l'aide la plus efficace et le dévouement le plus constant dès le début, mais surtout dans ces derniers mois, revient le mérite d'en avoir achevé l'organisation et d'en avoir réalisé la présentation matérielle. A part un ou deux esprits chagrins et imprécis, l'unanimité s'est faite sur le très grand intérêt que présente, au point de vue de l'histoire de l'art du paysage, l'Exposition du Palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Non seulement les amateurs y ont trouvé les satisfactions espérées par leurs goûts personnels, mais les érudits ont reconnu qu'elle atteignait pleinement le but proposé : montrer comment, durant deux siècles, nos artistes ont compris et interprété le paysage. C'est le grand mérite de cette manifestation, d'être une exposition intellectuelle, et de montrer comment a progressé, à travers les époques, les tempéraments et les influences, la compréhension et le sentiment de la nature. Si l'histoire magnifique du paysage français a été déjà maintes fois esquissée, sinon entièrement faite, elle trouve ici la plus complète illustration que jamais érudit a pu rêver. Une luxueuse publication (1) conservera heureusement de ces 750 toiles et dessins un souvenir définitif, car il est bien certain qu'on ne reverra pas de sitôt pareille moisson glanée hors de Paris ! L'intérêt est, à ce simple point de vue, en rapport avec les difficultés vaincues : le roi d'Angleterre a prêté une admirable série de dessins de Claude Gellée que connaissaient seuls de rares privilèges. (1) Editions de la Gazette des Beaux-Arts. Etudes et catalogue, avec 80 planches hors-texte. Poussin. Le Triomphe de Pan. (Collection Paul Jamot) 1er Juin 1925

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BEAUX-ARTS giés ; le duc de Devonshire, le comte de Derby, le comte de Northbrook, sir Herbert Cook, M. Thomas Loyd, sir George L. Holford, entre autres, ont envoyé des toiles de Poussin et de Claude dont certaines mériteraient de demeurer en France. Les collections du prince Doria-Pamphili et du prince Barberini, la Galerie des Offices, les musées du Prado, de Dublin, de Bruxelles se sont dessaisis, eux aussi, de pièces capitales, comme ces deux tableaux de Madrid où Watteau a emprisonné un peu de ses rêves secrets. Plus de vingt musées de Paris et de France et les plus grandes collections privées ou marchandes se sont également ouverts aux organisateurs de l'Exposition : tous ont contribué, par leur désintéressement et leur bonne grâce, à la formation de l'ensemble de paysages le plus complet qu'il soit possible de réunir pour la période envisagée. Sans doute, quelques lacunes peuvent y être relevées : un Caruelle d'Aligny y est peu représenté et un Forest pas du tout, non plus qu'un Allegrain, mais la faute en incombe souvent aux possesseurs plus qu'aux organisateurs, et l'on comprend mal, entre autres, le refus de la Ville de Dijon de prêter le beau paysage d'Allegrain qu'elle possède dans son Musée. Il n'est pas indifférent, à ce point de vue, de trouver ici des noms de petits maîtres dont telle œuvre étonne par un élément de nouveauté : les curieuses esquisses de Desportes n'y surprennent-elles pas par le modernisme de leur facture et la sensibilité de leur vision ? Dans les dessins du xviie siècle entre autres, parmi les trésors du Cabinet Pâris de Besançon, quelle leçon n'y a-t-il pas à tirer des œuvres d'un Lebouteux, d'un Lefaiivre, d'un Berthelemy, si proches des grands maîtres qui, parfois, ont usurpé leurs noms sur des feuilles non signées ? Devant cette Chasse d'Oudry, ne pense-t-on pas à Courbet et un peu à Diaz ? Et ce charmant Pont de pierre de Valenciennes, n'évoque-t-il pas certaines toiles que peindra Français, quarante ans plus tard ? Ces découvertes d'individualités si bien douées sont savoureuses, mais le plus grand bienfait de cette exposition sera, nous semble-t-il, de pouvoir dégager et consolider en nous quelques impressions plus générales. Le xviiie siècle français sortira, de très loin, le grand vainqueur de ce tournoi pacifique, et ce ne sera que justice, car on l'ignore trop et volontairement, depuis que l'esprit séduisant des Goncourt a installé dans notre génération le goût exclusif du xviiie siècle : Poussin, avec la Femme de Mégare, au comte de Derby, le Triomphe de Pan, à M. Paul Jamot, et les Bergers d'Arcadie, au duc de Devonshire ; Claude Gellée avec ce mélodique et mystérieux Château enchanté, de la collection Thomas Loyd, et les deux Paysages, au comte de Northbrook, dominent leur siècle d'une compréhension du paysage plus réfléchie chez l'un, plus sensible chez l'autre. Il est instructif d'en rapprocher quelques belles toiles de Gaspard Dughet, si mal connu, et de Fr. Millet. Watteau, que les deux tableaux du Prado représentent magnifiquement ici, y apparaît comme un précurseur après lequel s'étend un immense vide de sensibilité. Sans doute, de splendides toiles de Boucher, d'Hubert Robert, de Fragonard arrêteront les visiteurs du Petit-Palais, par le charme de leur composition et le brio de leur facture : mais le sentiment du paysage en est absent, refoulé par les grâces pimpantes et les mines effrontées de ce temps où l'on préférerait le « petit des choses ». Avec Louis Moreau, dont les collections A. Veil-Picard et Wildenstein offrent une série très complète d'œuvres, on perçoit une compréhension nouvelle du paysage. Mais, à part un Georges Michel, dont M. E. May a prêté quelques tableaux d'un éclairage presque dramatique, quels artistes ont été, par la suite, étroits de cette émotion que révèle enfin la salle réservée à Corot ? Dans ce bref aperçu, signalons seulement cette toile étonnante venue du Musée de Saint-Lô, Homère chez les bergers, où le maître du paysage moderne rejoint, par delà deux cents ans, le maître du paysage ancien : il n'y a rien de plus « poussiennesque ». Un seul souhait subsiste, lorsqu'on quitte le Palais des Beaux-Arts : c'est que, un jour prochain, s'y ouvre la suite logique de cette belle manifestation : l'Exposition du Paysage français de Corot jusqu'à nos jours, qui acheverait de montrer l'unité, à travers les divergences d'interprétation, d'une conception et la permanence d'un sentiment au cours de trois siècles. François Boucher.

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BEAUX-ARTS NOUVELLES Congrès archéologiques. Le congrès annuel de la Société française d'Archéologie vient d'avoir lieu du 18 au 23 mai, à Blois, sous la direction de notre excellent collaborateur, M. Marcel Aubert, directeur de ladite société. Les congressistes ont visité Blois, Chaumont, Cheverny, Chambord et les églises les plus intéressantes du département de Loir-et-Cher. La Fédération archéologique et historique de Belgique prépare pour cet été un congrès jubilaire, qui se réunira du 2 au 5 août prochain, à Bruges. Outre les sections précédemment créées, deux autres nouvellement formées seront consacrées à la musicologie et à la liturgie. Au Petit-Palais. Le préfet de la Seine vient de nommer M. Camille Gronkowski conservateur du Petit-Palais. Collaborateur d'Henry Lapauze, au Palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris, depuis vingt-trois ans, il organisa avec ce dernier les expositions d'Ingres, de David, de Prud'hon et celle du Paysage français qui obtient auprès du public un si vif succès. Une exposition à la Comédie-Française. La Comédie-Française vient d'organiser, dans la grande salle de sa nouvelle bibliothèque, une exposition rétrospective consacrée à son histoire. Elle comprend notamment des dessins, gravures, tableaux et divers documents relatifs au décor et au costume ou évoquant le souvenir des grands artistes qui illustrèrent la maison de Molière. Inauguration de monument. Le 26 avril a eu lieu, à Alger, l'inauguration d'une statue élevée à la mémoire de Charles de Galland, qui fut longtemps maire d'Alger. Le monument est l'œuvre de Charles Bigonet, ancien pensionnaire de la villa Abd-el-Tif. A la Mémoire de Léon Bonnat. L'Académie des Beaux-Arts de Madrid a tenu le 19 avril une séance solennelle consacrée à la mémoire de Léon Bonnat. Parmi les nombreuses personnalités présentes se trouvaient l'ambassadeur de France et M. Forain délégué par l'Académie des Beaux-Arts. Un nouveau prix pour les illustrateurs de livres. L'Association pour favoriser l'illustration des livres en France a choisi, comme sujet de son premier concours annuel, l'illustration du Voyage de Chapelle et Bachaumont. Deux prix, l'un de 5.000 francs, l'autre de 1.000 francs seront décernés. Restitution d'un reliquaire. Un reliquaire de grande valeur, conservé dans la chapelle des Clarisses de Péronne, avait disparu au cours de la guerre et était passé en Angleterre. Sur une démarche du gouvernement français, le reliquaire a été récemment rapporté en France par un courrier d'ambassade et remis à l'évêque d'Amiens. Les Rayons X et l'identification des tableaux modernes. Dans sa séance du 14 avril, l'Académie des Sciences a entendu une communication faite par M. d'Arsonval, au nom de M. Grangérard, au sujet de l'application de la radiographie à l'identification des tableaux modernes. La méthode est fondée sur le principe suivant. En présence de l'auteur, on tire deux pellicules en même temps d'une portion du tableau. La texture de la toile ou des fibres du bois tient lieu en quelque sorte d'empreinte digitale et les deux pellicules, dont une suit le tableau et l'autre reste entre les mains de l'auteur, pourront toujours, le cas échéant, par comparaison, permettre d'identifier l'œuvre. NÉCROLOGIE Le 11 mai, est décédé Léonce Bénédite, conservateur du musée du Luxembourg et du musée Rodin. Né à Nîmes, en 1859, il fut nommé, en 1882, attaché à la conservation du palais de Versailles. En 1886, il était appelé au musée du Luxembourg qu'il ne devait plus quitter et qu'il dirigea avec un dévouement et une compétence qu'on ne saurait trop louer. Président de la Société des Peintres orientalistes, de la Société des Peintres lithographes et de la Société des Peintres graveurs, toujours accueillant aux aspirations nouvelles, il participa d'une façon active à la vie artistique de son temps. Champion de l'impressionnisme, il ne dépendit pas de lui que cette école ne fût pas mieux représentée au Luxembourg. Un de ses motifs de légitime fierté avait été la création, à l'hôtel Biron, d'un musée consacré aux œuvres de Rodin pour le talent duquel il professait la plus vive admiration. C'est à son initiative que nous devons l'installation du musée du Jeu de Paume, aux Tuileries, et les belles expositions de peinture ancienne qui s'y ouvrirent en ces dernières années. Comme critique d'art, il laisse sur la plupart des maîtres contemporains des pages de la plus fine compréhension. André Caplet est mort, le 24 avril dernier, à l'âge de quarante-six ans. Il fut, au Conservatoire, l'élève de Lenepveu et de Xavier Leroux et remporta le Grand Prix de Rome. Sa grande admiration pour Debussy ne l'avait pas empêché de conserver toute sa personnalité et sa mort prématurée nous prive des chefs-d'œuvre que nous étions en droit d'attendre de l'auteur du Miroir de Jésus. Dernièrement est mort, à l'âge de soixante-dix-neuf ans, Marius Michel. Il était, parmi nos rejeurs d'art, la personnalité la plus en vue et tous les bibliophiles appréciaient hautement les œuvres parfaites sorties de ses mains. Jules Vernier, conservateur du musée départemental des Antiquités de la Seine-Inférieure, vient de mourir. Archiviste du département et archéologue distingué, il avait récemment publié un remarquable guide illustré des collections du musée des Antiquités. ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 1er mai M. Pottier présente un fascicule du Corpus vasorum, dû à sir Fred Kenyon, membre associé de l'Académie, et consacré aux collections du British Museum.

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BEAUX-ARTS Séance du 8 mai Lecture est donnée d'une lettre de M. Philippe Fabion, relative aux travaux qu'il compte exécuter à Fourvières. L'Académie accorde à M. Léon Roy une somme de 6000 fr., à prendre sur les revenus de la fondation Piot, pour poursuivre les fouilles d'Apollonie d'Epire. Académie des Beaux-Arts Séance du 25 avril M. Widor, secrétaire perpétuel, informe l'Académie qu'il a reçu, de S. M. Alphonse XIII, le décret faisant donation du terrain sur lequel se construit actuellement la Casa Velasquez. La construction, ajoute M. Widor, atteint en ce moment le deuxième étage ; l'appartement du directeur, M. Pierre Paris, et dix chambres de pensionnaires seront habitables pour 1926. On peut donc espérer que, dès l'année prochaine, la Compagnie y enverra ses premiers pensionnaires. M. Amiguet a fait à l'Académie une communication, accompagnée de projections, sur la vibration des couleurs et l'harmonie dans les arts. Séance du 2 mai M. Widor fait part à l'Académie de la décision prise récemment par le gouvernement, d'accorder la personnalité civile à l'Académie de France à Rome. Cette mesure permettra à la Villa Médicis de recevoir des legs ou des donations. Société nationale des Antiquaires de France Séance du 22 avril M. Prou lit une communication de M. Rostovtsef sur un bas-relief des Déesses mères trouvé à Alise. M. Toutain communique, au sujet d'une inscription romaine trouvée à Augst, près Bâle, une interprétation qui permettrait d'identifier le Sucellus des Gaulois avec le dieu Sylvain des Romains. M. Marquet de Yasselot communique une pièce de céramique persane nouvellement acquise par le Louvre, de fabrication encore inconnue, mais certainement antérieure au xime siècle, provenant de Zirgan, près Téhéran. M. Prinet communique un sceau du Musée d'Epinal, remontant aux environs de 1453 et appartenant à Jean de Rupt, gardien de Besançon pour le Duc de Bourgogne. M. Ebersolt communique les photographies de trois sculptures trouvées au mont Géant, près du Bosphore. Société de l'Histoire de l'Art français Séance du 6 avril La séance du 6 avril, consacrée à l'Histoire de la Musique, s'est tenue à la Salle Pleyel. M. Paul Brunold a présenté un clavicorde, instrument dont il a expliqué le mécanisme et prouvé, par des exemples, la douceur de sons un peu étouffée. M. André Tessier a étudié le trio, la Gamme, de Marin Marais, musicien de la fin du xviiie siècle. Ce trio (clavecin, violon et violoncelle), fut exécuté par M. Bruno'd, Mlle Merlange et M. Ratouis de Limay, ainsi que des pièces de Couperin, dont M. Bouvet analysa les œuvres de musique de chambre. --- DEUX EXPOSITIONS D'ART ORIENTAL Le mois de mai aura vu coïncider deux expositions d'art oriental des plus importantes. La première réunit, dans les salles de la Chambre syndicale de la Curiosité et des Beaux-Arts, rue de la Ville-l'Evêque, des envois des plus riches collections françaises et même de plusieurs collections étrangères. Cette exposition, admirablement présentée, comportant uniquement des objets d'un rare intérêt, se limite à une période qui va de l'époque archaïque au xve siècle. La salle, où sont groupés les objets d'art chinois, présente ainsi un ensemble remarquable. L'absence Les Etendards de la garde du Khalife. Baghdad. 1237 (Bibliothèque nationale) de productions de la décadence restitue à cet art son véritable caractère : jusqu'au xve siècle, en effet, les raffinements les plus recherchés des artistes chinois aboutissaient à une réelle simplicité dans la forme, à une rare sobriété dans les couleurs. Il est permis de se demander en parcourant cette salle si aucun art a jamais été plus pur et plus classique. En premier lieu, on trouvera joints à des objets de même style et venus de diverses régions de l'Asie septentrionale et occidentale, et même de Thessalie, des bronzes et des jades provenant en grande partie des collections de MM. R. Koechlin et Ch. Vignier. La juxtaposition de ces objets provoque des comparaisons intéressantes. La sculpture est représentée par de véritables chefs-d'œuvre, notamment quelques terres cuites,

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BEAUX-ARTS provenant de la collection de M. Eumorphopoulos, de Londres. Les pièces de céramique des Tang, surtout celles des Song, ont une beauté que de tels objets atteignent rarement. De belles peintures des Tang, des Song et des Yuan complètent cette exposition et font de la salle d'Art chinois un ensemble unique. On y a joint quelques statues khmers, qui comptent parmi les plus belles qu'on puisse voir, notamment une tête de pierre de la collection de M. Blondeau. Bien entendu, l'art japonais, dont les productions ont été réunies dans l'une des salles voisines, est loin d'être d'un intérêt aussi prenant. Toutefois, parmi les laques et les poteries exposées et plus encore parmi les peintures, certaines pièces sont d'une véritable beauté, notamment celles qui proviennent de la magnifique collection de M. Vever. Plus intéressante est la salle d'art persan où l'on trouve un ensemble de céramique vraiment unique, comprenant des objets de l'époque sassanide et de la Perse musulmane jusqu'au xime siècle. De remarquables miniatures du xme au xve siècle ajoutent à l'intérêt de cette partie de l'exposition. Toutefois, c'est surtout à la Bibliothèque Nationale où a été organisée une autre exposition d'art oriental qu'on admirera les plus beaux spécimens de peinture musulmane. La collection de manuscrits orientaux de la Bibliothèque est, en effet, la plus belle qui existe avec celle du British Museum. Mais on a rarement l'occasion de voir ces livres si richement illustrés. Nous sommes tentés de faire passer au premier plan ceux de ces manuscrits qui ne sont décorés que d'arabesques et dont certains sont des merveilles. Certaines pages presque entièrement couvertes par des décorations de fond bleu, rappellent, par leur éclat, nos plus beaux vitraux du xne siècle et les tapis d'orient, par les motifs ornementaux. Ce sont, en général, des livres religieux exécutés du xme au xve siècle. La peinture d'imitation du xie et du xime siècle est moins originale et offre une notable analogie avec la peinture byzantine de la même époque. Elle est représentée par un grand nombre de manuscrits, dont le plus connu est un des exemplaires des Séances de Hariri. Les artistes persans, qui ont travaillé pour les conquérants mongols au xive et au xve siècle, ont connu un art beaucoup plus raffiné où se trouvent déjà développés tous les éléments qui font le caractère propre de la peinture musulmane. Un des plus beaux manuscrits de cette époque est certainement l'Histoire des Mongols de Rashid-ed-din. Mais, c'est surtout après la conquête de Timour que la Perse, à l'occasion d'une période de paix exceptionnelle, a vu se développer des écoles de peinture dont certaines productions peuvent être considérées comme des chefs-d'œuvre. Citons, en particulier, le Livre des rois de Firdausi dont les miniatures ont une fraîcheur et un charme poétique si précieux. Les miniatures exécutées au xvie et au xvne siècles à la cour des Grands Mogols, empereurs de l'Inde, sont également remarquables. En général, leur style ne diffère pas beaucoup de celui des miniatures persanes. Les artistes hindous se distinguent cependant par leur science du portrait. Gueikhatou, souverain mongol de la Perse instruisant le procès de généraux rebelles. Tauris, 1315. (Bibliothèque nationale) De beaux exemplaires figurent dans les vitrines de la Bibliothèque Nationale. Quant à la peinture proprement hindoue, également bien représentée, elle ne présente, à notre avis, qu'un intérêt secondaire. La Bibliothèque Nationale ne s'est d'ailleurs pas bornée à exposer ses manuscrits : elle nous montre une série d'estampes japonaises et c'est toujours un réel plaisir d'en voir des exemplaires de la qualité de ceux-ci que le Cabinet des Estampes doit au legs généreux du collectionneur Georges Marteau. En outre, une vitrine réunit les monuments sassanides, conservés au Cabinet des Médailles : qui sont parmi les plus beaux de cette catégorie. Le même département a également fourni des camées, des intailles et des monnaies orientales. La Manufacture de Sèvres a prêté enfin de beaux exemplaires de céramique musulmane ou

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chinoise et de très beaux tapis persans du xvie siècle, appartenant à Madame la comtesse de Behague, contribuent, avec de belles tapisseries représentant des scènes orientales, à donner aux objets exposés le cadre qui leur convient. Georges Bataille. MONUMENTS HISTORIQUES Aude. — La petite ville de Lagrasse, qui conserve les restes d'une célèbre abbaye, classée depuis longtemps parmi les monuments historiques, possède aussi une intéressante église du xive siècle, excellent type des constructions rurales du Midi de la France à l'époque gothique. La nef unique, qu'accostent des chapelles comprises entre les contreforts sans saillies extérieures, est recouverte de voûtes d'ogives retombant sur des culs de lampe formés d'une tête humaine. Dans le chœur, sept beaux tableaux, représentant les sept sacrements, sont attribués à Ribéra ; ils sont classés, ainsi que le Christ et les six chandeliers de l'autel, en cuivre fondu et ciselé, datés de 1734. Isère. — La halle de la Côte-Saint-André est une intéressante construction du xvie siècle, que sa grandeur inusitée — 86 m. de longueur sur 29 m. de largeur — et la belle disposition de ses charpentes viennent de faire classer. Une curieuse mention, retrouvée dans les archives de la Cour des Comptes du Dauphiné, nous fait connaître qu'alors comme maintenant, la halle se composait de « cinq rangs ou allées : le premier s'appelle le rang des tisserands, le second des merciers, le troisième des marchands, le quatrième des cordonniers et le cinquième des tours des bouchers. » Joinville. Château du Grand Jardin. Haute-Marne. — C'est à Claude de Lorraine, que l'on doit la construction du château du Grand Jardin, à Joinville. La légende, rapportée par les historiens de cette belle demeure, veut qu'il l'ait entreprise pour faire oublier à sa femme, la vertueuse Antoinette de Bourbon, mère des Guise, les écarts de conduite qu'elle lui avait généreusement pardonnés. Après la mort de Claude de Lorraine, François, Henri et Charles de Guise en furent successivement propriétaires au xvie siècle. En 1688, la Grande Mademoiselle l'avait dans son patrimoine et le céda à Philippe d'Orléans, fils de Louis XIII. Il resta au siècle suivant la propriété de la famille d'Orléans, du Régent, puis de son fils. Vendu à la Révolution, il fut acquis, en 1856, par la famille de la propriétaire actuelle, Mme Salin, qui en a demandé le classement. Si l'édifice a eu à subir au cours du xixe siècle quelques remaniements fâcheux comme l'adjonction de la balustrade à pilastres et des lucarnes, l'installation d'un étage intermédiaire et la suppression des tourelles d'escaliers et des douves, l'ordonnance générale est restée intacte et c'est un fort bel exemple de l'architecture de la Renaissance. Ce vaste corps de logis à un seul étage, élevé sur un sous-sol et surmonté d'une haute toiture en ardoises, nous présente des façades simples aux fenêtres rectangulaires à meneaux de pierre, que séparent des pilastres accouplés. Un élégant avant-corps donne de la variété à la façade Est. La décoration sculptée des chapiteaux, de la frise, de l'entablement montre toute la fantaisie et la finesse des artistes du milieu du xvie siècle — c'est en 1566 que le château fut construit — avec ses bucranes, ses rinceaux, ses gaines feuillues, ses guirlandes, ses cartouches où les devises « Toutes pour une » et « Là et non plus », rappellent les circonstances qui poussèrent Claude de Lorraine à construire cette demeure. Jean Verrier.

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[49] 1er JUIN 1925 171 BULLETIN DES MUSÉES LA CIRCONCISION DE BARTOLOMMEO VENETO au Musée du Louvre Le Colonel Michel Friedsam, de New-York, vient d'offrir au Musée du Louvre un tableau Cette œuvre exécutée par l’artiste durant sa jeunesse montre ses tâtonnements. Du moins, la netteté des types, la recherche des harmonies colorées, le pittoresque de ce paysage septentrional témoignent déjà des facultés que le peintre développera dans ses tableaux postérieurs. Cl. Serv. Phot. B.-A. BARTOLOMMEO VENETO. La Circoncision. (Musée du Louvre) dont l’importance historique est aussi grande que le caractère d’art. Ce panneau, qui mesure 0 m. 86 sur 1 m. 41, représente la Circoncision. Il est signé de Bartolommeo Veneto et daté de 1506. Les articles de M. Adolfo Venturi, publiés jadis dans l’Arte, avaient fourni quelques renseignements sur cet artiste obscur dont la première œuvre connue est de 1502. Bartolommeo Veneto a repris, dans le tableau du Louvre, le type de la Vierge et de l’Enfant, qu’il a maintes fois traité et qu’il avait emprunté à Giovanni Bellini. Il a groupé autour de ces figures des personnages avec une inexpérience juvénile. On note d’ailleurs chez cet artiste des souvenirs de Marco Marziale, de Giorgione, de Titien; on s’a-perçoit qu’il connut les Lombards avant de séjourner à Milan. La Gazette des Beaux-Arts publiera sur cette œuvre un article spécial. Nous voulions seulement signaler aussitôt le geste généreux du Colonel Friedsam, qui va enrichir le Louvre d’un important tableau complétant très heureusement la série de ses primitifs de l’Italie septentrionale. L. H. MUSÉE DU LOUVRE Le legs Bourceret Dans sa séance du 4 mai 1925, le Conseil des Musées a accepté un legs fait par Madame Bourceret, fille de l’ancien commissaire-priseur Paul Chevalier, avec réserve d’usufruit, en faveur de son mari. Ce legs comprend un joli tableau de LANCRET, le Duo, et une montre pendentif à trois cadrans de l’époque Louis XVI.

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BEAUX-ARTS Une nouvelle exposition de dessins de la Collection Bonnat A dater du mercredi 5 juin, une nouvelle exposition de dessins donnés avant 1922, au Musée de Bayonne, par Léon Bonnat a été présentée dans les salles habituelles. Elle comprend encore d’admirables pièces des écoles allemande, flamande, et hollandaise. UNE EXPOSITION A LA BIBLIOTHÈQUE SAINT-GENEVIÈVE Port-Royal et le Jansénisme L’exposition de Port-Royal et le Jansénisme, qui vient de s’ouvrir à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, aurait tout aussi bien pu s’intituler : En marge des « Provinciales ». En effet, en réunissant cet ensemble si complet et si judicieux de documents iconographiques, M. Amédée Boinet a donné d’un des chapitres les plus intéressants de l’histoire religieuse du xvie siècle, le commentaire le plus attrayant et le plus instructif. L’an passé, l’érudit archéologue s’était plu, en une exposition semblable, à nous retracer l’histoire de la Montagne Sainte-Geneviève, dont l’établissement, qu’il administre aujourd’hui, occupe le sommet. Cette année, poussé par un désir de conquête très louable, il annexe le quartier voisin de Saint-Médard et pousse une pointe jusqu’à Port-Royal-des-Champs. Par l’image, il réussit avec un rare bonheur à nous présenter, dans le cadre où ils vécurent, les héros et les héroïnes de l’aventure janséniste ; c’est ainsi qu’il nous promène du vallon de Magnyles-Hameaux à Port-Royal de Paris, devenu aujourd’hui l’hôpital de la Maternité, et nous quitte au cimetière de Saint-Médard où vint se jouer, sur le tombeau du diacre Pâris, l’épilogue du drame pathétique qui se déroula dans la conscience d’un Saint-Cyran, d’un Arnauld, d’un Pascal et des femmes de grand cœur qui partagèrent leurs angoisses. Outre les nombreux documents, que la Bibliothèque Sainte-Geneviève possède sur Jansénius et ses disciples, M. Boinet a su grouper quantité de pièces du plus haut intérêt qui proviennent de collections publiques ou privées. Le musée de Versailles, notamment, a prêté les œuvres de tout premier ordre qu’il vient d’acquérir de la famille Gazier où elles étaient conservées, depuis plusieurs générations avec une piété tout imprégnée d’authentique jansénisme. C’est ainsi qu’il nous est donné de voir les portraits de Saint-Cyran et de Le Maître de Sacy, par Ph. de Champaigne, qui proviennent de cette ancienne collection. De Ph. de Champaigne, nous devons noter encore la double effigie de la Mère Angélique et de la Mère Agnès, prêtée par le comte de Bourbon-Busset, et le portrait de la fille du peintre, Catherine de Sainte-Suzanne qui appartient à Mme d’Amboix de Larbont. A côté des peintures et complétant la galerie des grands jansénistes, mentionnons aussi une très importante série de portraits gravés par Nanteuil, Edelinck, Van Schuppen, etc... Un buste en bronze du Grand Arnauld, attribué jadis à Girardon, venu du Louvre, s’ajoute à la collection de bustes justement célèbre que possède la Bibliothèque. Des manuscrits, des livres imprimés, des objets divers, notamment la machine à calculer inventée par Pascal, des documents topographiques complètent cet ensemble et ressuscitent des personnages que nous avions parfois quelque peine à évoquer à travers l’austérité des discussions théologiques. Nous ne saurions, sans injustice, passer sous silence le catalogue rédigé, à propos de cette exposition, par MM. Calot et Michon qui par la clarté et l’érudition de leurs notices fournissent le visiteur de tous les renseignements désirables. A. LINZELER. BIBLIOTHÈQUE ET MUSÉE DE L’OPÉRA Une nouvelle exposition de dessins anciens et documents divers vient d’être organisée et inaugurée, le 27 mai, à l’Opéra, par les soins diligents de M. Bouvet. Elle comprend des documents précieux et curieux sur les décorations et les habits de théâtre des xviiie et xviiiie siècles. MUSÉE CERNUSCHI Faisant suite aux précédentes expositions consacrées aux arts de l’Asie, une deuxième réunion de documents nous est présentée depuis le 25 mai, par M. d’Ardenne de Tizac ; elle comprend cette année un choix abondant de morceaux de statuaire siamoise et khmer. MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS Après l’exposition philatélique qui avait attiré au Pavillon de Marsan un public très nombreux et un peu étranger aux habitudes du Musée, une manifestation d’art d’un intérêt exceptionnel va s’y tenir pendant le mois de juin. Laissant à l’Exposition le soin des Arts décoratifs, l’Union centrale pour cette fois, s’attaque à la peinture moderne et nous présente un choix magnifique d’œuvres des cinquante dernières années (1875-1925), sur lequel nous reviendrons certainement.

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[51] BULLETIN DES MUSÉES 173 MUSEE DES ARTS DÉCORATIFS La Collection de bijoux du XIXe siècle donnée par M. Vever La collection de bijoux du xixe siècle, que M. Henri Vever vient d'offrir au Musée des Arts décoratifs étant des plus complètes, présente un intérêt Cl. Giraudon Parure. Epoque de la Restauration. capital pour l'histoire des arts appliqués, car la plupart des bijoux importants de la première moitié du siècle dernier ont été brisés ou remontés plusieurs fois, par suite des bouleversements politiques ou des changements inévitables de la mode. Cette très rare collection n'a-t-elle pas servi, d'ailleurs, à M. Vever de documentation pour établir sa précieuse et définitive étude sur la « Bijouterie au xixe siècle » ? Il a eu la généreuse pensée d'offrir au public, avec les preuves de son travail érudit, les pièces capitales d'un art, que lui et les siens, ont singulièrement enrichi. La collection débute avec la période révolutionnaire. A côté de médaillons avec bonnets phrygiens, on trouvera de ces bracelets que les Merveilleuses portaient au poignet, au coude et à l'épaule : ils étaient simples, pour ne pas distraire l'attention de la pureté des formes que l'on devinait sans peine sous les légers péplums. Les bijoutiers de l'Empire, Auguste, Biennais, Nitot, Odiot créèrent des modèles qui convenaient au faste de la cour et à l'opulence des bourgeois. Les parures de diamants, conçues dans un style pompeux, faisaient ressembler celles qui les portaient à des « vitrines ambulantes », nous dit M. Vever. On remarquera auprès de camées antiques, que les femmes portaient en collier ou en sautoir, lorsqu'elles voulaient les étaler avec plus de profusion, des peignes et de charmants lorgnons. Sous Louis XVIII, la bijouterie commença par suivre à peu près le même développement que les autres branches de l'art décoratif. On se lassa de l'antique et on emprunta des éléments à la nature ; les parures furent composées de fleurs des champs, d'épis de blé. Les diamants, que l'on trouvait trop chers, furent abandonnés pour les topazes naturelles ou brûlées, les améthystes, le cristal jaune, les aigues-marines. Puis la mode se prit d'engouements successifs, gothiques, romantiques ou autres : ce furent des breloques appelées « charivari », des croix « à la Jeannette » que l'on suspendait après un ruban noir, des bagues surnommées « prudences » ou « amitiés », des chaines dites « de galérien », des ornements connus sous le nom de « cuirs », des boucles de ceinture très hautes et étroites, des « ferronnières », d'autres bijoux encore ornés de coraux, de jais, ou d'acier poli et faceté, ces derniers fabriqués sous l'influence anglaise. En voulant réagir contre cette mode anglaise et surtout contre le style « à la cathédrale » (« l'attirail féodal » ainsi que le nomme M. Vever dans son ouvrage), la bijouterie chercha à s'inspirer de la Renaissance. Ce fut d'abord Charles Wagner, venu de Prusse en 1830, qui l'engagea dans cette Cl. Giraudon Bijoux romantiques (en haut, bracelet par FROMENT-MEURICE) voie, puis Froment-Meurice dont nous reproduisons le curieux bracelet à cassolette, véritable chef-d'œuvre de mauvais goût. Si, par économie, sous Louis-Philippe, on avait

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BEAUX-ARTS inventé les bijoux « similor », la France du Second Empire fut prodigue et la bijouterie fut capable de prendre un essor considérable. Alexis Falize introduisit les émaux dans les bijoux, Massin perfectionna leurs montures (elles se nommèrent « illusions ») et Robin obtint des Anglais le secret pour conserver le ton chaud de l'or, malgré les alliages. La mode fut aux camées à tête blanche sur fond noir, aux pendants d'oreilles, « hottes » ou « amphores », aux colliers à « pampilles », aux bijoux de style hippique « genre anglais » ; et, vers 1867, influencés par Rossigneux, ainsi que par la collection d'antiques de Campana, les bijoutiers fabriquèrent du « néo-grec ». Après 1870, la découverte des mines du Cap, permit aux artistes d'employer les diamants à profusion. Les « reproductions botaniques », les branches fleuries, les rubans de brillants, les guipures de dentelles, d'une « légèreté aérienne », les torsades de perles, furent les parures en vogue de cette époque, sans oublier les colliers de chien. À l'aurore du Style Moderne, avec Georges Fouquet, Froment-Meurice, Lalique, Templier et d'autres artistes de talent, M. Vever fut un des principaux créateurs de l'art nouveau de 1900. Dans ses modèles, dont le dessinateur Grasset avait le plus souvent fourni la composition, se trouvent savamment unis des émaux très rares à des ors différemment colorés. Ici s'arrête cette collection inestimable. Non seulement elle nous enseigne beaucoup de choses, mais elle nous procure le plaisir de revivre par l'imagination avec toute une société disparue, qui rêva de ces bijoux et se complut à ces parures. Marcel Weber. AU MUSÉE DE STRASBOURG Le Musée des Arts Décoratifs de notre ville vient de recevoir un legs très important, comprenant le mobilier, les portraits, l'argenterie et tous les souvenirs des familles nobles alsaciennes de Lewenhaupt et de Stralenheim. Le testateur, M. Frédéric Claparède, ingénieur constructeur à Argenteuil, avait épousé, en 1899, Mlle Amélie-Mina-Caroline Maurice, fille du général Maurice et de Caroline-Auguste, née de Stralenheim. Mme Claparède, (on se le rappelle) avait été tuée, le 27 septembre 1922, dans un terrible accident d'automobile, près de Cernay, le lendemain même du jour où elle avait fait connaître aux Musées de Strasbourg que son testament concernant les souvenirs de sa famille était arrêté en leur faveur. La majeure partie des œuvres et objets d'art entrés ainsi au Musée des Arts Décoratifs proviennent des familles de Stralenheim et de Lewen- haupt, toutes deux d'origine suédoise et habitant l'Alsace depuis le début du xviie siècle, et des familles apparentées de Koenigsmark, de Linange-Westerbourg et de Linange-Dabo, de Sinclair, de Buttler, de Legner, etc. Le legs comprend plus de 70 portraits (peintures, pastels, miniatures, silhouettes, dessins, etc.), parmi lesquels il en est de très beaux. Nous citons notamment une tabatière en or, avec un portrait miniature du Maréchal de Saxe, qui, on le sait, était fils d'Aurore de Koenigsmark, belle-sœur d'un des comtes de Lewenhaupt. Le mobilier date surtout de l'époque comprise entre la fin du xviiie siècle et l'Empire. On y voit plusieurs armoires alsaciennes, puis, de l'époque Louis XIV, une pendule de genre Boulle, signée par Balthazar Martinot à Paris, vers 1700 ; plusieurs commodes, secrétaires et petits meubles des époques Louis XV et Louis XVI. Un mobilier Empire datant du mariage, en 1810, du comte Ch. Auguste de Stralenheim, lieutenant-colonel aux grenadiers à cheval de la Garde impériale, avec Mlle Charlotte de Lewenhaupt. De la même époque, date la belle série de vaisselle en argent qui remplit une vitrine. Plusieurs autres contiennent des bijoux, des faïences, des porcelaines, des joulets anciens. Enfin, les plans, vues et archives de la Seigneurie et du Château d'Oberbronn, depuis le xive siècle. C'est un petit aperçu d'histoire et d'histoire de l'art en Alsace, vue à travers les différentes générations d'une seule famille. Le legs Claparède est installé provisoirement dans la salle d'exposition du Musée Historique, Pont du Corbeau.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ETATS-UNIS L'Exposition internationale d'architecture de New-York La France a apporté une large participation à l'exposition internationale ouverte, à New-York, au Grand Central Palace à l'occasion du congrès de l'Institut des Architectes américains. La section française a été organisée par M. Jacques Greber, le maître constructeur auquel on doit les plans d'aménagement de Philadelphie et la création de si beaux jardins tant aux Etats-Unis qu'en France et en Italie, et par M. Schommer, secrétaire de la Commission des Monuments historiques, avec le concours du Bureau d'échanges et de propagande artistique du Ministère des Beaux-Arts. La section française comprend deux aspects, l'un nettement moderne, très nettement même, ne comportant que des œuvres toutes récentes, prouvant l'évolution et les progrès du goût national en France, principalement depuis la guerre, l'autre rétrospectif. Quelques très beaux dessins anciens ont été extraits des recueils d'archives pour placer, en quelque sorte, la production des maîtres d'œuvre de notre temps sous le patronage des grands maîtres qui s'appellèrent Mansart, J.-A. Gabriel, Le Nôtre et Soufflot. On ne saurait assez remercier les artistes qui ont bien voulu représenter la France à New-York, à un moment où leur activité est orientée vers des objets immédiats. Aussi bien est-ce d'une façon très diverse que l'architecture nationale apparaîtra là-bas : l'on y verra la Cité-jardin de Drancy, de M. Bassompierre; le Presbytère de Saint-Christophe de Javel, de M. Besnard; les nouvelles annexes du Bon Marché, de M. Boileau ; le Musée Pasteur de Strasbourg, le Tombeau de la famille Keller, de M. Danis. M. Fraissinet s'y montrera avec les hangars d'Orly, M. Tony Garnier avec une délicieuse villa, construite à Saint-Rambert-l'Ile-Barbe, M. Granet avec les perspectives des importantes usines qu'il a construites à Wambrechies (Nord). M. Greber, lui-même, a envoyé les plans d'un jardin à Cannes et différentes vues de l'hôtel de la comtesse Pecci Blunt, qui attestent la délicatesse comme la sûreté de son goût. M. Jaussely, urbaniste, expose les plans d'aménagement et d'extension de Barcelone et M. Laprade, les vues de la nouvelle ville indigène de Casablanca. M. Mar-rast ne pouvait être oublié, et c'est à Saint-Louis de Vincennes que le public des Etats-Unis atta-chera son nom, de même que MM. Perret ver-ront le leur évoquer l'image de Notre-Dame du Raincy. Quant à M. Nénot, il a songé que l'Institut Océanographique était un bâtiment capable d'intéresser ses confrères d'Outre-Atlantique et il représente à New-York l'Académie des Beaux-Arts et ses traditions centenaires, qui ne s'offensent pas de tout l'esprit scientifique et moderne déployé par M. Pontremoli dans son Institut de Paléontologie humaine. La variété de conception, l'ingéniosité des plans et des élévations que cette exposition montrera dans son ensemble, prouve que dans le domaine de l'Architecture comme en tout autre, la France n'est pas en retard sur les autres nations de l'Europe. Très incomplet assurément, ce choix n'en fait pas moins grand honneur aux maîtres d'œuvres qui en ont fourni le principal, aux dévoués organisateurs qui en ont rassemblé les éléments. CHRONIQUE MUSICALE Opéra : Esther, princesse d'Israël ; tragédie lyrique en trois actes de MM. André Dumas et Sébastien-Charles Leconte ; musique de M. Antoine Mariotte. Mathurins : Le 1er Spectacle du « Théâtre Bériza ». Hommage à scriabine, par Boris de Schlözer. Esther, malgré ses qualités de générosité, ne relèvera guère le théâtre lyrique et semble confirmer que le genre se meurt. Le livret met en scène l'héroïne biblique, l'élue du roi Assuérus que hante la condamnation de Vasthi. On sait comment Esther, qui a révélé au roi sa naissance et sa race, se vengera avec son oncle Mardochée du ministre Aman dont ils ont surpris le dessin : « Israël périra dans trois jours ». Après une nuit de massacre que permet Assuérus, la princesse d'Israël et Mardochée chanteront le triomphe de leur peuple éternel. La partition de M. Mariotte, également l'auteur d'une Salomé qui indisposa Richard Strauss (Romain Rolland aplanit le différend), procède du drame wagnérien et montre combien cette conception, si loin de nous, ne convenait qu'à Wagner qui la réalisa à l'image de sa pensée. Si l'auteur d'Esther n'a point hérité des qualités du thaumaturge de Bayreuth, tous ses défauts apparaissent ici: les développements symphoniques ralentissent à tous moments l'action qui devient longue et fastidieuse; un orchestre, qui mobilise tous ses renforts et prodigue cymbales et glockenspiel, décapite avec sang-froid les chanteurs les plus puissants. Il faut cependant reconnaître la solidité de cette loyale