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3e Année. — Numéro 9
1er Mai 1925
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
L'EXPOSITION RÉTROSPECTIVE DES SAINT-AUBIN
À une époque, où la valeur des objets, j'entends la valeur marchande, celle dont le cours se cote aux fluctuations de la mode ou de la Bourse, prime trop souvent la véritable valeur, qui, en l'espèce, ne devrait relever que du goût, il n'est peut-être pas inutile de citer certains chiffres qui en disent long sur l'engouement persistant de l'art du dix-huitième, en dépit de certaines prophéties chagrines.
Le Monument du Costume vient de « faire » en vente publique 522.000 francs avec les frais. Mieux encore, des ouvrages de documentation et d'érudition, relatifs aux artistes du dix-huitième siècle, se permettent eux aussi d'atteindre des cours impressionnants. Citons notamment, les Catalogues de ventes et livrets de Salons illustrés et annotés par Gabriel de Saint-Aubin, publiés par M. Emile Dacier, pour l'acquisition desquels il faut débourser aujourd'hui une somme dépassant dix fois celle de la souscription.
Les prix de vente n'étant autre chose que des aveux dépourvus d'artifice du goût contemporain, il n'était nullement téméraire dans ces conditions de tenter une rétrospective des Saint-Aubin et le succès de cette exposition, organisée sous la présidence du comte Louis d'Harcourt par la Société Artistique des Amateurs, a prouvé une fois de plus que l'art charmant du dix-huitième siècle ne cesse de compter de fervents admirateurs. Nul art, en effet, qui soit plus proche de nous et qui réponde mieux par son esprit, par son caractère, par son essence même, à des goûts qui sont de tradition en France. Or, cet art tout entier revit dans celui des Saint-Aubin, intéressante famille d'artistes, comme il y en eut tant sous l'ancien régime.
On connaît les caractères si différents de ces trois frères, les fils du brodeur Gabriel-Germain. À eux trois, ils représentent les différents aspects que pouvait revêtir un artiste du dix-huitième siècle.
Le premier, Germain, n'a pas encore complètement dépouillé le vieil homme : c'est en artisan qu'il dessine ses modèles de broderie ; mais c'est en fantaisiste accompli, laissant pour un temps le canevas et ses rigoureuses exigences, qu'il trace d'une libre et vive pointe ces fantasques Papillonneries humaines, devant lesquelles on évoque certaines singeries célèbres, avec les grimaces en moins.
La vie de Gabriel, candidat malheureux à l'Aca-
GABRIEL DE SAINT-AUBIN. Naumâchie des jardins de Monceau (Peinture)
(Collection de Madame Henri Dacier)
démie, fut tout entière partagée entre deux tendances absolument opposées. A vrai dire, en cet artiste, il y en a deux : l'un, c'est l'académicien manqué, qui rêve de faire de la peinture d'histoire et des allégories ; l'autre, c'est le délicieux bohème, le flâneur de la rue, véritable nouvelliste de l'eau-forte, faisant mordre sa planche comme un chroniqueur de génie rédigerait sa nouvelle, à l'affût des moindres indiscrétions, des échos, de tout ce qui fait le sel vite évaporé d'une conversation parisienne, légère et piquante comme de la
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mousse de champagne; c'est l'habitué des ventes, dont il note les prix, tout en crayonnant les tableaux adjugés en marge des catalogues; c'est le curieux impénitent et éclectique, aussi friand du cours du professeur à la mode que du bal d'Auteuil ou de la mascarade de Bezons. Il est bien évident que c'est ce Gabriel-là, et non le premier, qui a conquis la postérité.
Enfin, le troisième, le cadet, Augustin, représente l'artiste arrivé, l'académicien graveur du Roi, si surchargé de commandes qu'il n'y peut suffire,
célèbre avant la trentaine, à la fois comme dessinateur et graveur hors pair.
Parmi tant de belles choses sorties de la main des trois frères et si bien présentées dans le catalogue de M. Emile Dacier, petit modèle de clarté, de précision et d'érudition, il importe seulement de signaler l'inédit.
L'un des mérites de cette exposition, et non l'un des moindres, est, en effet, d'offrir, en dehors des pièces pour ainsi dire classiques, duement répertoriées et cataloguées, beaucoup de nouveautés et d'érudites identifications.
Parmi ces nouveautés, on doit signaler avant tout le très important Salon de 1767, de Gabriel, qui n'avait jamais été exposé, ni même reproduit, pièce capitale infiniment plus complète que les Salons de 1765 (inachevé) et de 1777.
M. Dacier, qui a pu suivre ce précieux dessin aquarellé et gouaché de vente en vente depuis celle d'Augustin de Saint-Aubin jusqu'à son entrée dans la collection Béjot, eut, en outre, le mérite d'identifier la date exacte de ce Salon, grâce à une inspection attentive des tableaux accrochés aux murs.
Jamais exposé non plus jusqu'à maintenant, le dessin d'Augustin, Vérus et l'Amour. N'est-ce pas le cas de murmurer aussi devant cette ravissante apparition:
«Et tout ce qui la voit a les yeux de l'Amour.»
Une autre nouveauté est la suite absolument inédite de treize pages de dessins de Gabriel, remarquables par leur prestigieuse facture et par leur indéniable intérêt documentaire. Dans ce recueil, les amateurs du vieux Paris, du Paris depuis longtemps disparu, retrouveront des vues d'une fidélité absolue de cet éphémère et charmant Colisée, qui semble, avec ses attractions multiples, ses jeux nautiques, avoir été pour les Parisiens d'avant la Révolution, un lieu de plaisirs, tel que Magic-City ou Luna-Park, au style près toutefois, car l'architecture de ce monument, qui a laissé son nom à une rue très fréquentée de notre Paris moderne, était fort soignée.
Glanons, ça et là, toujours dans l'œuvre de Gabriel, quelques identifications nouvelles de M. Dacier. Une prétendue scène de comédie italienne n'est autre chose, en réalité, que l'entrée d'un ballet jadis célèbre, les Fêtes vénitiennes. Une allégorie, la France accueillant une princesse de la maison de Savoie se transforme en Paris recevant le roi de Danemark: simple escamotage de princesse! Ces changements de sexe ne sont, d'ailleurs, que bagatelles pour les érudits; c'est merveille de les voir devenir, dans le domaine rétrospectif, des émules de Bertillon et redonner aux individus leur véritable personnalité.
Toujours grâce à M. Dacier, Antoine-Jean Amelot, secrétaire d'État, rentre, si j'ose dire, dans la peau de son personnage, usurpée jusqu'à présent par l'auteur dramatique Ancelot.
Une heureuse trouvaille dans les Mémoires secrets permet de transformer en élégants jeux de princes une anonyme scène de traîneaux. Enfin, signalons qu'il faut rendre à Gabriel de délicats modèles décoratifs pour assiettes, conservés à la Manufacture de Sèvres et jusqu'à maintenant attribués à Augustin.
Tel est le bilan des nouveautés les plus marquantes parmi les quelques 200 numéros du catalogue: on conviendra qu'il n'est pas mince, car l'on sait que l'œuvre de Gabriel est des plus dispersés. Il n'est que juste de féliciter, comme il convient, les organisateurs de l'exposition, et notamment le savant rédacteur du catalogue, si bien
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préparé par ses travaux antérieurs sur Gabriel de Saint-Aubin, sans oublier son collaborateur M. Edouard Girod de l'Ain, de nous avoir donné, en ces deux salles généreusement remplies de trésors, une élégante synthèse, particulièrement réussie, de l'œuvre des trois frères.
Jean VALLERY-RADOT.
NOUVELLES
Nominations. — Par arrêté du ministre de l'Instruction publique, en date du 10 mars, la présidence du conseil des Manufactures nationales et des Arts appliqués à l'industrie a été attribuée à M. Henry de Jouvenel, sénateur, la vice-présidence à M. Rameil, député. M. Pierre Berthelot a été chargé des fonctions de secrétaire.
Pour une période de six années, le conseil se trouvera ainsi composé : MM. de Jouvenel, sénateur; Rameil et Locquin, députés ; Paul Léon, directeur des Beaux-Arts; Labbé, directeur de l'enseignement technique; Hourticq, inspecteur général de l'enseignement du dessin; Frantz-Jourdain, président de la Société du Salon d'automne; François Carnot, président de l'Union centrale des arts décoratifs ; Albert Besnard, de l'Académie des Beaux-Arts ; Hairon, vice-président de la Société des artistes décorateurs ; Plumet, Bourdelle, Dufrène, Fenaille, Adrien-A. Hébrard, Massoul, Marinot, Lalique, Lippman, Poiret, Kieffer.
Légion d'Honneur. — Parmi les dernières nominations et promotions dans l'ordre de la Légion d'honneur, nous relevons les suivantes : Commandeur, M. Desbois, statuaire. Officiers, MM. Prouvé, directeur de l'école municipale et régionale des Beaux-Arts et des Arts appliqués de Nancy ; Tournaire, membre de l'Institut, architecte en chef du département de la Seine. Chevaliers, MM. Lefèvre, architecte en chef du palais du Louvre et des Tuileries ; Azéma, Balande, Capgras et Fujita, artistes peintres ; Rouault, conservateur du musée de Castelnau-dary ; Rouault, conservateur du musée Gustave-Moreau ; Pompon et Descatoire, sculpteurs ; Girette, architecte ; Mlle Bréval et M. Franz, artistes lyriques ; MM. Montcharmont, directeur des théâtres municipaux de Lyon ; Roze, directeur de théâtre à Paris ; Guillaume, jardinier en chef des Palais de l'Elysée, du Louvre, des Tuileries et du Palais-Royal ; Bénard, graveur.
Une Exposition d'art oriental. — Parmi les expositions annoncées pour le mois de mai, une des plus intéressantes sera celle d'Art Oriental, organisée rue de la Ville l'Evêque, au bénéfice de la Société de Charité Maternelle ; elle s'ouvrira le 4 mai et durera jusqu'à la fin du mois. On y verra réunies les plus belles œuvres d'art chinois, japonais et persan des hautes époques, que contiennent les collections françaises, et de magnifiques objets s'y joindront, venus d'Angleterre et de Belgique, des collections Eumorfopoulos, Rutherford et Stoelet. Le programme de l'exposition ne permettait pas d'exposer des porcelaines, mais les céramiques archaïques de la Chine, seront montrées en grand nombre, de même que les bronzes, notamment les curieux bronzes du nord de la Chine, de la Sibérie et du Caucase qui soulèvent de si importants problèmes archéologiques ; on verra aussi des peintures et des sculptures chinoises de grand intérêt. Le Japon sera représenté surtout par des poteries et des laques anciens. Quant à l'Orient musulman, ses céramiques « Guébri » et ses miniatures du xixe siècle seront une révélation pour le public. La juxtaposition de ces œuvres d'art des diverses parties de l'Asie, tentée pour la première fois, permettra des comparaisons nouvelles et, sans doute, diverses questions pourront être étudiées plus complètement qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, grâce à l'abondance et à la variété des œuvres réunies.
Au Musée des Arts décoratifs. — Le 17 avril, dans le décor de la chapelle, que Georges Desvallières exposait au Pavillon de Marsan, les Chanteurs de Saint-Gervais ont donné une audition de musique religieuse ancienne, sous la direction de M. Paul Le Flem.
Les Amis des Cathédrales. — Les Amis des Cathédrales ont visité le 25 avril, la collégiale de Saint-Quentin, sous la conduite de M. Camille Enlart, membre de l'Institut. Au cours de la visite a eu lieu une audition musicale donnée par les Chanteurs des Amis des Cathédrales, sous la direction de M. H. Letocart. Une visite de la cathédrale de Chartres est prévue pour le 27 mai dans les mêmes conditions.
La VIIe saison d'art de Beauvais. — La saison d'art, que M. Ajalbert organise chaque année à Beauvais, sera ouverte du 25 avril au 10 octobre. Elle comprendra deux expositions ; à la Manufacture nationale : les Cartons de Beauvais et des Gobelins, de Coypel et d'Oudry à Paul Véra et Raoul Dufy ; à l'Hôtel de Ville, les Peintres de la fleur en 1925, de Claude Monet et de Maurice Denis à Le Sidaner et Van Dongen.
A l'Académie de Rouen. — Dans son discours de réception à l'Académie de Rouen, M. Jean Lafond, directeur du Journal de Rouen, a dernièrement fait revivre l'intéressante figure du grand peintre verrier de la Renaissance, Arnoult de Nimègue, qui travailla notamment à Rouen et à Tournai. Au moyen de projections, il présenta à ses auditeurs quelques-unes de ses œuvres maîtresses.
Fouilles archéologiques en Syrie. — Le journal de Beyrouth La Syrie, donne des détails sur les fouilles exécutées en Syrie par M. Frédéric Hrozni, professeur à l'Université tchèque de Prague. Le professeur Hrozni commença ses travaux en avril 1924 et découvrit dans la région de Caiffa des sculptures gréco-romaines du deuxième siècle après J.-C. Dans le Nord de la Syrie et dans la région de l'Euphrate, il reconnut l'emplacement du royaume Mitanni, si puissant au quinzième siècle avant l'ère chrétienne.
Depuis le 13 octobre dernier, dans la région de Tell-Enfals, l'Arpad de l'Ancien Testament, des fouilles de grande envergure ont été entreprises avec 300 ouvriers. On a mis à jour une muraille de 40 mètres d'épaisseur, reste de la forteresse devant laquelle le roi assyrien Taglatphalazar III fut retenu pendant quatre ans.
Une grande quantité de statuettes et de pièces diverses ont été trouvées : dieux à cheval portant un bonnet phrygien, déesses Astarté, inscription cunéiforme à la gloire de Taglatphalazar, etc...
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Découvertes archéologiques à Dijon. — Derrière des travaux de voirie exécutés dans la ville de Dijon ont mis au jour d'intéressantes sculptures datant de l'époque gallo-romaine, notamment une statue de femme debout, vêtue d'une longue tunique et d'une « palle » relevée au-dessus du genou. Le bras gauche soutient une corne d'abondance d'où émergent des fruits et des feuilles. Le sujet offrirait, disent les archéologues, de curieuses analogies avec les déesses mères découvertes, l'an passé, à Alise. Une autre statue haute de 1 m. 40 a été également trouvée. Elle représente un homme debout, vêtu d'un « sagum » et d'une toge qu'il relève de la main gauche, tandis que la droite s'appuie sur la poitrine. La draperie est traitée avec un art remarquable. L'une et l'autre statues portent encore des traces de polychromie.
NECROLOGIE
Le peintre John Sargent vient de mourir à Londres où il résidait depuis 1887. De nationalité américaine, il était né en 1858 à Florence; il avait fait son éducation artistique à Paris dans l'atelier de Carolus Duran dont le talent devait influer très fortement sur sa manière. Sargent se consacra de bonne heure au portrait et c'est dans ce genre qu'il remporta ses plus grands succès, notamment aux expositions universelles de Paris en 1889 et 1900. Jusqu'en 1903, il exposa très régulièrement aux Salons de la Nationale.
Le Luxembourg, la Tate Gallery et le South Kensington conservent quelques-unes de ses œuvres les plus remarquables.
Le 10 avril est mort, à l'âge de 58 ans, Henry Lapauze, conservateur du Palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Ses travaux sur l'art français et ses dons d'organisateur avaient fait de lui une des personnalités les plus marquantes de la vie artistique de ces vingt-cinq dernières années. Il avait eu à diriger la réorganisation des collections du Petit-Palais qu'il avait grandement contribué à enrichir et qui aujourd'hui constituent un des plus intéressants musées de la capitale. Il avait été un des plus actifs instigateurs des mesures qui furent prises en faveur du château et du parc de Versailles.
Admirateur passionné d'Ingres, il s'en était fait le pieux historien et avait réuni une très belle collection d'œuvres du maître. Outre ses travaux sur Ingres, il avait publié une étude sur les pastels de La Tour, à Saint-Quentin, et, tout dernièrement, une Histoire de l'Académie de France à Rome.
Il était le directeur des deux revues: La Renaissance de l'Art français et la Renaissance politique et littéraire.
ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 8 avril
M. René Cagnat, secrétaire perpétuel, donne connaissance à l'Académie d'un rapport communiqué par MM. Fabia et Germain de Montauzan, professeurs à la faculté des lettres de Lyon, sur les fouilles effectuées à Fourvières à l'aide des fonds attribués par la fondation Piot. Une section nouvelle de la voie d'Aquitaine a été dégagée. Cette tranchée était en contrebas de l'aqueduc du Mont-Pilat. Sur la voie, par suite d'une lacune dans le dallage de la chaussée, a été découvert l'égout, sur lequel étaient logées les conduites d'eau potable, comme partout à Lyon. Le dallage est très soigné et mesure 1 m. 80 sous clef de voûte.
M. Ch. Diehl communique une lettre de M. Papadopoulos annonçant la découverte récente à Constantinople, derrière le nouveau palais des postes, d'une annexe du palais de Nicéphore Botaniate, sans doute un bain.
M. Salomon Reinach annonce qu'on vient de retrouver dans la collection d'un amateur de New-York, M. James Loël, qui la conserve près de Munich, une statuette en bronze d'Hercule jeune assis, découverte à Feurs en 1820, et qui, remarquablement belle, n'était plus connue que par des moulages. Sans doute, des fouilles méthodiques poursuivies par les archéologues du Lyonnais et du Forez permettront de faire de nouvelles découvertes à Feurs.
Séance du 17 avril
A propos de la correspondance, M. Camille Jullian signale la découverte faite récemment, à Vaison, d'une dédicace à Mercure par un membre de la corporation des utriculaires.
M. Cagnat continue la lecture du rapport de MM. Fabia et de Montauzan sur les fouilles de Fourvières, en 1921.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 4 avril
M. Widor, secrétaire perpétuel, donne lecture d'une lettre de M. Pierre Paris, directeur de l'Institut français de Madrid, informant l'Académie que le directoire espagnol vient de procéder à la délimitation des terrains qui formeront le parc et les jardins de la Casa Velasquez. Ces jardins offerts par S. M. Alphonse XIII couvrent une superficie d'environ 4 hectares.
Séance du 18 avril
M. Ch. Widor, secrétaire perpétuel, demande que la salle de l'ancien Conservatoire du faubourg Poissonnière, menacée d'être concédée à une entreprise non musicale, demeure réservée à la musique. Cette salle, où l'acoustique est merveilleuse, fut construite il y a près d'un siècle, sur les dessins de Cherubini, alors directeur du Conservatoire. L'Académie s'associe à la démarche de M. Ch. Widor.
Société nationale des Antiquaires de France
Séance du 8 avril
M. Huard entretient la Société des boiseries de la Chapelle de Picardie, rue du Fouarre, à Paris, qui datent des premières années du xvi° siècle et dont quelques fragments sont déposés au Musée de Cluny.
Séance du 15 avril
M. de Mély présente la photographie d'une statue en bois, d'époque romane, dont l'origine est inconnue.
M. Lauer entretient la Société d'une série de manuscrits en onciale, provenant de Lyon.
M. Michon signale de nouveaux exemplaires d'une série de rebords de bassins de l'époque chrétienne primitive déjà étudiée par lui.
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TROUVAILLES ARCHÉOLOGIQUES EN CHYPRE
M. L. Baldassarre, directeur honoraire de la Banque Ottomane à Nicosie, et M. L.-Z. Pierides, de Larnaca, ont découvert et ont bien voulu me communiquer deux monuments intéressants pour l'histoire de la domination occidentale en Chypre.
L'un, trouvé à Casafani, près de l'abbaye de Lapais, est une petite dalle funéraire gravée, portant l'effigie d'une jeune fille encadrée d'une ar-cature où l'on peut lire : † CI GIT DAMOISELE JOANETE, QUI FU NIESSE DE FRERE MARTIN CARMOUN, QUI TRESPASSA [a] XXII JORS D'AVR. L'AN DE M.CCC.XLVIII. DE CRIST. Le costume présente deux dispositions curieuses : un surcot, fendu et lacé sur les côtés, serrant extrêmement la taille et par dessus, le petit corsage ouvert et très dégagé que portent encore les femmes grecques.
L'autre pierre, trouvée à Tersephanou, est un blason sculpté soutenu par deux génies nus, d'une exécution très rude. Il porte à dextre une croix de calvaire sur mont à trois coupeaux, représentation probable du Stavro Vouni, où l'on vénère la Croix du Bon Larron ; à senestre une tête de lion, semblable à celle d'un blason que j'ai trouvé en 1901 à Nicosie. Des inscriptions latines accompagnent cette sculpture. On y lit : ... PETRI. PODOCATHARI; EQUITIS. AURATI ET AUDITORIS HYERUSALEM AC SUORUM HEREDUM EST HOC OPIDUM, etc... La sculpture décorait donc le château de Tersephanou, propriété de Pierre Podocathari. Or, ce personnage, deux fois ambassadeur au Caire, est bien connu. A sa seconde mission, envoyé par la reine Charlotte de Savoie, il fut livré par le sultan au frère et compétiteur de la reine, Jacques IV. Celui-ci combla d'honneurs son prisonnier et s'en fit un serviteur dévoué. Chevalier de l'éperon d'or, il reçut, en 1464, le fief de Tersephanou; en 1468, il était mort. Le monument se place donc à coup sûr entre ces dates. Il est curieux de voir que la Renaissance italienne précéda dans le pays la domination de Venise et que Chypre adopta cet art longtemps avant la France.
C. Enlart.
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MONUMENTS HISTORIQUES
Basses-Alpes. — Le Conseil municipal de Sisteron et le Conseil général des Basses-Alpes ont, au cours de l'année dernière, insisté à diverses reprises pour que la citadelle de cette ville, déclassée comme forteresse et par suite rendue par l'administration de la guerre au Domaine, fût, avant son aliénation, inscrite sur la liste des Monuments historiques. On conçoit aisément que les habitants du pays aient à cœur de conserver intact cet
Blason du xv° siècle trouvé à Tersephanou.
Sisteron. La Citadelle.
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imposant ensemble de constructions militaires, d'un intérêt architectural de second ordre peut-être, mais auquel se rattachent tous les souvenirs historiques de la petite cité tassée à ses pieds et dont le pittoresque étonnant attire dans la région nombre de touristes et d'artistes.
L'Administration des Beaux-Arts s'est efforcée de donner satisfaction aux vœux ainsi exprimés et après de longues et laborieuses négociations avec le service du Domaine, il a été décidé que seraient classés parmi les monuments historiques le rempart supérieur, la tour de l'horloge, la chapelle, datée de 1417, qui conserve ses voûtes d'ogives retombant sur de beaux chapiteaux à feuillages sculptés et cette extraordinaire échauquette dite « Guérite du Diable », si audacieusement perchée au sommet du rocher qui surplombe la vallée. Quant au reste de la citadelle, murs, casemates et bâtiments élevés du xvie au xviiie siècle, il a été inscrit sur la liste des sites pittoresques.
Maine-et-Loire. — La vieille abbaye de Toussaint, à Angers, affectée à la manutention militaire, mais propriété de la ville, conserve de sa splendeur passée, outre les ruines de l'église du xive siècle, déjà classées parmi les monuments historiques, de beaux bâtiments du xviiie siècle, dont le Conseil municipal a demandé aussi le classement. Un curieux dessin, daté de 1740, conservé aux archives du département et dont nous donnons la reproduction encore inédite, montrant l'ensemble des bâtiments conventuels classiques et l'église gothique encore intacte, permet de se rendre compte de l'importance des constructions.
La Commission des Monuments historiques a cru toutefois, en raison des transformations trop profondes que certaines parties ont subi, ne devoir retenir pour le classement, que le portail sur la rue Toussaint, qui remonte à la première moitié du xviiie siècle, avec son décor de bossages et de pilastres à chapiteaux composites, son fronton surélevé et un peu lourd et, d'autre part, le grand escalier dont les voûtes d'arêtes, la belle rampe en fer forgé, et les curieuses corbeilles de fleurs et de fruits, qui couronnent les piliers, sont d'un très bon style.
Jean VERRIER.
Aude. — La cité de Carcassonne est encore une fois menacée. Un grand hôtel a déjà été construit qui défigure la noble silhouette de sa double enceinte. Un second hôtel, sans doute encore plus grand et plus menaçant, que le premier, est en cours de construction. Là, comme au Mont Saint-Michel, si l'on n'y prend garde, la Cité sera étouffée par de grandes bâtisses dont la masse et le style déshonoreraient ces sites fameux dans le monde entier.
Les Amis de la cité de Carcassonne ont élevé une vive protestation contre ce nouvel attentat. Les courtines et les tours, les lices, les vieilles rues, le château, Saint-Nazaire, sont aujourd'hui nettoyés, surveillés, protégés; il faut obtenir que le site historique et artistique de la Cité ne soit pas amoindri par des palaces, qui les écraseraient de leur masse criarde.
M. A.
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BULLETIN DES MUSÉES
UNE ESQUISSE DU “SARDANAPALE” DE DELACROIX
au Musée du Louvre
Nous avons annoncé sommairement le legs de deux tableaux par Mme de Salvandy, née Rivet,
l’esquisse de Delacroix pour la vaste toile représentant la Mort de Sardanapale, que le Louvre acquit du baron Vitta en 1923; « esquisse très poussée, aussi parfaite dans son genre que l’œuvre elle-même », nous avait dit M. Etienne Moreau-Nélaton dans son bel ouvrage Delacroix raconté par lui-
E. DELACROIX. Esquisse du « Sardanapale »
(Musée du Louvre)
au Musée du Louvre. L’un est le portrait, peint en 1846 par Paul Delaroche, du comte de Salvandy représenté dans le costume de grand maître de l’Université portant au cou le grand cordon de la Légion d’honneur. Comme ministre de l’Instruction publique à la fin du règne de Louis-Philippe, le comte de Salvandy a laissé un grand souvenir et d’heureuses créations, parmi lesquelles il nous est impossible d’oublier ici l’Ecole française d’Athènes et la Commission des Monuments historiques. Son portrait est de belle allure et sa physionomie y est très attentivement étudiée.
L’autre tableau est un rare chef-d’œuvre : c’est même (1), T. Ier, p. 87, où il ne manque pas de la reproduire, fig. 61. Cette peinture est la réalisation rapide, la matérialisation d’une magnifique vision ; l’exécution en est hâtive, fougueuse, précipitée : il faut que l’œuvre soit terminée avant que la vision s’évanouisse ou s’estompe. A l’étude, elle apparaît comme ayant été peinte en deux séances ; elle fut reprise, après un premier travail, en plusieurs endroits, avec une couleur très liquide, très délayée dans le vernis au copal dont Delacroix, revenu depuis peu d’Angleterre, où il avait appris
(1) Laurens, Paris, 2 vol. in-4e, 1916.
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ce procédé, fit alors usage, ce qui donne aux œuvres de cette époque, un si vif éclat et leur assure une si bonne conservation. Sur cette toile sont déjà fixées les grandes lignes, l'harmonie des couleurs et les principales figures de la composition définitive. Ici, toutefois, les personnages, le roi surtout, ont un plus grand volume que dans le tableau, où les figures sont, en revanche, plus nombreuses, où des accessoires sont disposés au premier plan, dissimulant les madriers du bûcher et les flammes qui apparaissent sur l'esquisse. Certains gestes trop brutaux sur la première image ont été ensuite atténués.
Il y a un an le Louvre ne possédait aucune esquisse de Delacroix. En 1924, M. le baron Vitta lui donnait, au mois de juin, la première pensée de La Bataille du Pont de Taillebourg; il reçoit aujourd'hui l'esquisse du Sardanapale, d'une dizaine d'années antérieure. Les différences sont grandes entre les deux toiles. La Bataille de Taillebourg était une commande de l'Etat pour le Musée de Versailles et la verve du peintre ne s'y trouvait pas aussi à l'aise que dans un sujet choisi; une discipline devait s'imposer à son esprit et à sa main. L'esquisse devait sans doute être montrée à quelque commission dite compétente, à quelque autorité de qui dépendait peut-être la commande ou l'acceptation définitive de la composition. Elle devait plaire. Aussi, quelque grande que soit sa valeur d'art, et admirable son exécution, on sent quelque correction, sinon quelque contrainte, dans sa facture. Rien de semblable dans l'esquisse du Sardanapale, conçue et exécutée en pleine liberté, venue, pour la seule satisfaction du peintre, dans la joie de voir se réaliser une grandiose image. Cela lui assigne le rang le plus élevé dans ce genre et fait songer aux plus belles esquisses de Rubens; elle ne leur est pas inférieure.
Delacroix en savait la valeur et la conserva toujours chez lui. Peut-être avait-il aussi une particulière tendresse pour cette œuvre si mal accueillie du public. Nous avons signalé en son temps l'hostilité, presque l'indignation, que déchaîna le Sardanapale exposé au Salon de 1827-28. La presse fut impitoyable. Le critique du Moniteur universel admet cependant que quelques personnes trouvaient ce tableau sublime. Une heureuse trouvaille, amicalement communiquée, de notre ami Gaston Brière donne le nom d'un des admirateurs et l'opinion d'un tel homme vaut mieux que le jugement de toute une foule. Dans une lettre à sa femme datée de 1829 (édition Paris C. Levy, 2 vol. in-8°, 1896, T. Ier, p. 79), Victor Hugo parle du Sardanapale en ces termes: «... chose magnifique et si gigantesque qu'elle échappe aux petites vues». Nous sommes heureux de pouvoir citer Hugo parmi ces premiers admirateurs de ce tableau au moment même où entre au Louvre cette esquisse qui fut léguée par Delacroix à son exécuteur testamentaire, le baron Rivet. La fille de celui-ci, Mme de Salvandy a voulu qu'elle figurât dans nos collections nationales; elle a bien mérité, par cette généreuse pensée, de compter désormais parmi les bienfaiteurs du Musée du Louvre.
Jean GUIFFREY.
MUSEE DU LOUVRE
Peintures et Dessins
Nous donnons aujourd'hui la reproduction d'un tableau, récemment acquis par le Louvre, au su-
jet duquel le nom de Watteau a été prononcé. Cette attribution fera l'objet d'un examen attentif dans une étude que publiera ce mois-ci la Gazette des Beaux-Arts. Il se peut que cette toile soit le portrait d'un artiste. Quelques-uns ont pensé que c'était le portrait d'un artiste par lui-même.
Une nouvelle exposition Léon Bonnat
Une nouvelle exposition de dessins donnés autrefois par Léon Bonnat au Musée de Bayonne a été organisée à partir du 29 avril dans les salles où avaient été montrées les séries précédentes (Ingres et Géricault). On y peut voir cette fois un ensemble de dessins de l'Ecole française du
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BULLETIN DES MUSÉES
Chapiteau bourguignon, xixe siècle.
(Musée de Louvre)
xvie au début du xixe siècle, qui commence avec Dumoustier pour aller jusqu'à Prudhon et comprend notamment de beaux morceaux de Claude Lorrain et de Watteau, ainsi qu'une esquisse de Puget, morceau fort rare et un charmant dessin de Clodion.
Sculptures du moyen âge
Les fragments décoratifs de l'époque romane, qui n'étaient guère considérés autrefois qu'à titre de documents archéologiques recueillis et entassés dans les musées d'antiquités locaux, sont devenus de nos jours objets de curiosité et particulièrement recherchés des amateurs et des musées étrangers. Aussi avons-nous vu se mobiliser fatalement nombre de débris vénérables appartenant à des restes d'édifices détruits en totalité ou en partie, qui échappent le plus souvent, par leur caractère de propriétés privées, aux mesures de protection du service des Monuments Historiques. Quelques classements opportuns ont pu être prononcés, mais le classement même ne saurait empêcher le déplacement et la vente, en France, d'un fragment détaché, considéré comme meuble. Le seul moyen efficace, pour retenir et conserver à l'étude des fragments particulièrement précieux, est de les faire entrer dans nos collections publiques; l'application de ce moyen ne saurait toutefois, vu l'abondance des fragments qui circulent et le prix qu'ils atteignent rapidement, être qu'assez exceptionnelle et doit porter seulement sur des morceaux de valeur toute particulière.
C'est ainsi qu'en a jugé le Conseil des Musées en acquérant récemment les deux beaux chapiteaux que nous publions ci-contre.
L'un est originaire de la Bourgogne et porte sur ses deux faces latérales (c'était un chapiteau engagé) deux magnifiques rosaces d'un style plutôt classique et sur la face antérieure un animal fantastique, un basilic à tête de coq et à queue de serpent, où le caractère oriental de la figuration s'indique très nettement. L'exécution large et puisante en fait un morceau de décor monumental de valeur singulière.
L'autre passe pour venir d'une église voisine de l'abbaye de Moissac. Jadis encastré dans la muraille et transformé en bénitier, il est possible qu'il ait, avant cette utilisation fortuite, appartenu à quelque partie détruite du cloître célèbre, à moins qu'il ne provienne de quelque autre édifice de la région où les mêmes ateliers de sculpture auraient été appelés à travailler vers le milieu du xxe siècle. Il couronnait, en tous les cas, à l'origine, un couple de colonnettes et était destiné à être vu de beaucoup plus près. Les rinceaux d'entrelacs perlés où se mêlent des monstres et des feuillages, la grecque qui court sur le tailloir sont très caractéristiques de ces ateliers
Chapiteau languedocien, xme siècle.
(Musée du Louvre)
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languedociens, de même que la pierre de grain fin et susceptible d'un travail de sculpture, presque de ciselure, très délicat.
P. V.
MUSÉE ET BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA
M. Charles Bouvet, l'administrateur du Musée et de la Bibliothèque de l'Opéra avait organisé, dans les magnifiques salles de ce Musée, qui occupe, comme l'on sait, les locaux officiels du théâtre réservés, dans les plans primitifs, à la réception du chef de l'Etat, une exposition commémorative du cinquantenaire du nouvel Opéra et du centenaire de la naissance de son architecte.
Le souvenir de Charles Garnier y a été abondamment évoqué grâce surtout aux documents iconographiques légués naguère par sa veuve au Musée de l'Opéra et à ceux qui avaient pu y être joints. Six portraits peints par Boulanger, Saintin, Barrias, Gérôme, Baudry et Carolus Duran, à côté de quatre dessins dus à Baudry encore, le grand décorateur du Foyer de l'Opéra, Bida, Benouville et Boulanger.
On avait groupé également un certain nombre de documents iconographiques relatifs à l'Opéra et à sa construction, des études et esquisses de quelques-uns des peintres qui travaillèrent à la décoration de l'édifice, entre autres de précieuses esquisses de Gustave Boulanger que M. Charles Bouvet a eu le mérite de retrouver et d'identifier dans les cartons du dépôt dont il a la garde et où il ne cesse de faire d'intéressantes découvertes. Il se propose d'ailleurs de publier à leur sujet une étude spéciale et les a dès maintenant incorporées à la galerie du Musée.
On avait mis enfin, temporairement sous les yeux du public un ensemble de manuscrits musicaux des xixe et xxie siècles; qui constituent la richesse essentielle de la maison.
MUSÉE DE GRENOBLE
Notre collaborateur, M. le Dr Bredius, qui nous révélait récemment un tableau de Rembrandt classé parmi les anonymes ou les peintres secondaires du Musée d'Aix-en-Provence, poursuivant son enquête sur nos collections provinciales et y découvrant sans cesse de nouvelles richesses, s'est arrêté dernièrement encore au Musée de Grenoble et a communiqué au Burlington Magazine du mois de mars une étude sur un portrait d'homme attribué à Herrera le Jeune qu'il croit pouvoir donner à Velasquez et considère comme une œuvre de la jeunesse de ce peintre.
C'est un portrait de grandeur naturelle représentant un homme barbu debout devant une table, tenant une chaîne d'or dans la main droite et dans la gauche une paire de gants bruns. Il avait été acquis en 1843 pour le Musée de Grenoble par M. Bedotti et était considéré alors comme un «original de Velasquez» : c'est à cette attribution traditionnelle que revient le Dr Bredius, contrairement à l'attribution à Mayno qui avait été donnée par le Dr Mayer dans son Histoire de la Peinture espagnole et à celle que le Musée de Grenoble avait adoptée, à Herrera. Le Dr Bredius s'appuie notamment sur la facture de l'oreille et des mains, sur la peinture du col et sur la qualité du fond gris sur lequel s'enlève la figure énergique. Il compare celle-ci à un portrait du poète Luis Gongora, dont l'original a été récemment découvert et publié en 1921 par le Dr Mayer lui-même dans la Zeitschrift für bildende Kunst avec quelques autres peintures attribuées à la jeunesse de Velasquez.
MUSÉE D'ANTIBES
Nous avons annoncé l'an dernier (Beaux-Arts, 15 mai 1924) la constitution à Antibes du groupe ligurien d'études scientifiques et archéologiques et son projet d'installer un musée dans l'ancien château de cette ville qui servait jusqu'à ces dernières années de résidence au gouverneur militaire et venait d'être désaffecté. Les pourparlers continuent entre l'Etat et la municipalité d'Antibes qui a voté, en février dernier, un crédit de 500.000 francs pour l'achat du château. On espère que l'accord se fera et que ce local spacieux et pittoresque pourra servir à la conservation des objets découverts dans la localité et ses environs et qui en évoquent le riche passé archéologique.
MUSÉE DE LOCHES
On a inauguré récemment, au cours d'une cérémonie officielle, sous le nom pittoresque de Musée du Terroir, un charmant musée de souvenirs locaux qui est installé, depuis déjà quelque temps, grâce aux soins diligents de M. Jacques Rougé, dans une des vieilles portes de la cité lochoise, dans le voisinage de la maison du peintre Lansyer déjà installée en Musée et avec laquelle il communique par un jardin en terrasse. Depuis les objets archéologiques jusqu'aux témoignages plus récents, et qui disparaissent chaque jour, des usages du pays, des ensembles très évocateurs y ont été réunis de façon agréable et pittoresque et si ce nouveau musée du folk-lore n'atteint pas à l'ampleur de ceux d'Arles ou de Honfleur, il aura aussi son importance et son charme pour tous ceux qui s'intéressent au passé d'une région si fréquentée et attirante par elle-même.
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
TCHÉCO-SLOVAQUIE
La galerie moderne de Prague
Après s'être organisée socialement et politiquement, la république Tchéco-slovaque s'organise artistiquement, et Prague est en passe de devenir une des plus actives capitales d'Europe.
En attendant que soit construit un musée assez vaste pour abriter toutes les richesses artistiques de la ville, on a utilisé ce qui existait déjà. Le Rudolphinum, en complète réorganisation, sera affecté à la peinture ancienne et comprendra, en plus de l'ancien fonds, très restreint du reste, de nombreux dons et les intéressants achats et découvertes faits par le Dr Krammac.
La peinture moderne, et par là il faut entendre celle du xixe siècle, a été installée dans un bâtiment provisoire, à l'orée d'un parc qui, au Nord, borde la ville. L'aménagement intérieur est des plus modernes. Les murs sont tendus d'une toile gris verdâtre, le sol recouvert d'un tapis dans les mêmes tons afin d'éviter les reflets, et les tableaux, disposés sur un seul rang, sont suffisamment espacés les uns des autres pour ne pas se nuire.
Les deux premières salles formées par les anciens achats du gouvernement autrichien, contiennent bon nombre de peintres allemands : Liebermann, Justitz, Munck et quelques autres artistes régionaux d'intérêt secondaire.
Dans les salles suivantes sont les artistes tchèques, avec Svabinsky, le grand rénovateur des arts graphiques qui fut à la fois graveur sur bois, aquafortiste, et fit aussi des dessins rehaussés de couleur, curieux au point de vue technique et d'un très beau sentiment.
Une salle entière est consacrée à Mikulandska Alès, né vers 1840, qui fut pour la Bohême le créateur de la peinture moderne. Il est ici représenté par de grandes décorations faites pour un hôtel de Pisek, petite ville située sur la Vltava, où Alès a représenté des scènes de la vie des chercheurs d'or, scènes qu'il avait journellement sous les yeux, puisque des parcelles du précieux métal avaient été trouvées dans le fleuve. Au-dessous sont les esquisses des décorations pour le Théâtre National de Prague, exécutées une première fois en 1864, reprises en 1882, lors de la reconstruction du théâtre après un incendie, et qu'il ne put malheureusement terminer, la mort l'ayant surpris avant l'achèvement de l'édifice.
Une autre salle est entièrement consacrée aussi à Slavicék, un des grands noms de l'art tchèque.
Slavicék fut, dans toute la force du mot, un indépendant. Il eut à peu près le rôle et la place qu'occupe chez nous Monet. C'était un artiste probe, consciencieux, que certains peuvent ne pas aimer, mais qui force l'estime. Il eut sur ses contemporains une très grande influence et forma un groupe d'élèves intéressants. Il fut fortement influencé par l'impressionnisme, étant né en 1860, mais cependant sut garder un dessin serré. La grande Vue de Prague, prise du Hradschin, au début d'un printemps incertain, sous le ciel mouvant de mars, est d'un émouvant lyrisme. Ceinturée par les eaux rapides de la Moldava, surmontée de ses tours et de ses clochers qui l'allègent, de ses dômes somptueux, la ville s'étend comme une belle captive. Cette toile, Slavicék l'a conçue pendant les heures tragiques que vivait la Bohême lorsqu'elle était asservie par l'Autriche. Les autres toiles qui l'entourent, natures mortes, paysages, portraits, ne sont pas moins belles. La production de Slavicék aurait été encore beaucoup plus importante si, en 1910, une mort tragique et prématurée n'avait interrompu trop tôt sa carrière.
De Manès qui fut, comme l'a dit Masaryk, de la belle et glorieuse époque qui a préparé la libé-