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3e Année. — Numéro 12 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE L'EXPOSITION INTERNATIONALE DES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES LA DÉCORATION INTÉRIEURE. LE MOBILIER Toute construction d'exposition est, par sa destination même, un étalage. Elle est aménagée pour être visitée, non pour être habitée. Qu'elle représente un palais, un petit hôtel, un appartement bourgeois, c'est toujours, dans le fait, un magasin. Sans doute, il y a là, pour l'architecte et surtout pour le décorateur, un programme facile et favorable : aussi bien quelques-uns des pavillons particuliers élevés sur l'Esplanade et sur le Cours la Reine sont-ils parfaitement réussis et d'ailleurs fort logiques. Mais comment apprécier l'architecture intérieure, si ce n'est en fonction d'une utilisation possible ? Un ameublement n'est pas un décor de convention : c'est une réalité qui répond, en principe, à des besoins définis. Il ne suffit pas, pour le juger, d'obéir à ses préférences personnelles et de dispenser la louange ou le blâme à des formes qui, jolies ou non, expriment tout de même des idées ; il faut examiner si la chose réalisée convient à sa fonction, si la forme en est rationnelle, enfin si les proportions en sont justes, ou le caractère élégant. Défions-nous des petites grâces tout extérieures, des taches amusantes et des galbes imprévus, des oppositions curieuses et des accords ingénieux. Soyons sensibles à leur attrait : — pourquoi nous priver d'un plaisir ? HENRI RAPIN et PIERRE SELMERSHEIM. Salon de réception d'une ambassade française. 15 Juin 1925

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BEAUX-ARTS 182 mais sans nous laisser abuser par des séductions sans durée. Sans doute, on pourrait soutenir, non sans sujet, que le décor intérieur n'est qu'une affaire de mode, qu'on le devrait changer souvent, car changer son « milieu » familier, c'est se renouveler soi-même; les psychologues, ou les psychiatres, approuveraient cette thèse que, sans s'être avisés de la formuler, certains artistes décorateurs appliquent en effet : car les « ensembles » tapageurs qu'ils composent, dénotent ce besoin de trouver perpétuellement hors de soi-même des excitants intellectuels. Mais à leur conception du décor intérieur s'oppose celle qui consiste à créer autour de l'habitant du logis une atmosphère de tranquillité pour laquelle ne conviendraient qu'une architecture simple, une décoration neutre et calme, des réalisations robustes, toutes choses qui éveillent un sentiment de stabilité. De ces deux principes contraires, l'exposition de 1925 présente, en nombre à peu près égal, les manifestations. Chez nos hôtes étrangers comme chez nous, l'esprit « décorateur » et modiste balance l'esprit « constructeur ». Maint ensemble curieux et plaisant n'est qu'une aquarelle, une fantaisie d'homme de goût amusé par une arabesque imprévue. Mais l'habitant ? L'habitant qui prétendrait vivre chaque jour dans ce décor né d'un caprice ? Il en sentirait bientôt le caractère tyrannique. Plus un décor « compte » par lui-même, plus ses couleurs, ses détails ou sa composition occupent l'esprit, plus il peut devenir importun. La fantaisie n'est tolérable que fugitive. On peut vivre dans l'instabilité, mais non dans un état de cette instabilité. Le succès de pareilles formules atteste seulement l'irréflexion de la clientèle et le caractère corrupteur des expositions. Dans cette atmosphère factice et chimérique, ce sont les imaginations piquantes qui plaisent, plutôt que le solide. Mais dans la réalité ? Va-t-on, rentrant chez soi, fatigué d'une journée laborieuse, n'y trouver que tentures murales ou papiers peints vêtements, meubles nains ou géants, architectures à catastrophes, toutes choses dont la matérialité gâte et alourdit ce que leur invention pouvait avoir d'amusant. Encore est-ce moins leur caractère pesant que leur caractère irrationnel qui les rend insupportables. Si l'esprit de raison ne suffit pas à créer le beau, car il y faut encore cette sensibilité particulière qu'on appelle le goût, du moins y est-il nécessaire. Quelques-uns même, têtes plus géométriques, prétendent se contenter de la logique, et mettre la perfection du beau dans l'expression de l'utile. Quelles sont donc, aujourd'hui, les données d'un programme d'architecture intérieure ? En d'autres termes, quelles sont les conditions de la vie privée contemporaine, et quelles sont les ressources techniques nouvelles ? Il semble qu'un resserrement de la vie familiale favorise la fusion en une pièce unique, — le living room —, des petits salons, boudoirs et salles à manger que distinguait le xixe siècle. Cette pièce unique ne saurait, toutefois, manquer d'ordre : l'architecture, en effet, l'aménagement de manière à multiplier ses fins. Du bow-

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BEAUX-ARTS window il fait un petit boudoir, dans un angle il installe une bibliothèque, cette partie recevra la table de famille, plus loin sera le terrain de jeux des enfants. Nous reconstituons la Salle des ancêcères, unique théâtre de la vie privée jusqu'au xvm siècle, à la fois salle à manger et salle d'audiences. Des courtines ou des tapisseries y protégeaient la chaire du seigneur ou du bourgeois qui tranchait du seigneur, contre les vents coulis aspirés par les cheminées trop vastes. Parlant de Versailles, « on y est battue, confie Mme de Maintenon, d'un vent qui me fait souvenir des ouragans de l'Amérique. » Ce n'est qu'au dix-huitième siècle, que s'aménagent les « petits appartements » à cloisonnements fixes : les pamphlétaires nous l'apprennent, témoin Mirabeau, qui criaient à la décadence, parce qu'on heurtait les routines. Or, voici que l'ère des petits appartements s'achève : nous entrons dans celle du living-room. Une société qui voyage beaucoup ne saurait, d'ailleurs, avoir, en matière de décor intime, les mêmes goûts qu'une société sédentaire. Curieux d'hygiène, de scientifisme, nous condammons l'usage des épaisses tentures, des doubles rideaux, des portières dont la richesse et l'abondance donnaient à nos pères le sentiment de confort et de quiétude que nous demandons, nous, à la gravité des formes et au calme du décor. Si, toutefois, l'architecture intérieure, assouplie, se prête à des combinaisons infiniment variées, PIERRE SELMERSHEIM. Intérieur de l'auberge lorraine (Village français) cette révolution est l'effet de la découverte du ciment armé. Dans la pratique, le constructeur n'a plus à limiter la portée de ses fermes: la résistance du « matériau » dépasse les besoins normaux. L'architecture domestique inaugure une période nouvelle. Elle retrouve le droit aux vastes plafonds, que lui conférait, dans le passé, l'emploi des poutres de chêne : c'était là de l'architecture loyale. Celle du xixe siècle a vécu d'expédients. Ses plafonds, elle les faisait en blocage, en torchis de PIERRE ET TONY SELMERSHEIM. Vestibule d'entrée d'une ambassade française. plâtre et de voliges. Les fermes de ciment armé, constituant une ossature à la fois légère et solide, sont, à nouveau, le moyen d'une véritable architecture exprimant, par ses volumes et ses prises de lumière, ses distributions intérieures. Sans doute, le programme du logis moderne est conditionné par des ressources nouvelles : échappant à l'obligation de multiplier les supports et, par conséquent, les cloisonnements, disposant d'appareils ingénieux propres et commodes pour stériliser, ventiler, nettoyer, desservir, éclairer et chauffer l'appartement, l'architecture s'enferme dans des lignes plus simples qu'autrefois. Mais c'est dans l'aménagement du plan, dans l'organisation du logement et dans son adaptation à des besoins plus divers qu'elle affirme ses nouvelles possibilités. On aurait souhaité qu'à l'exposition des arts décoratifs, l'aménagement pratique de la maison, notamment l'installation du chauffage, eût cons-

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BEAUX-ARTS titué le thème commun des recherches ; il n'en est rien. Les ressources de l'éclairage seules ont fait l'objet d'études serrées. L'emploi de la lumière est, d'ailleurs, éminemment fertile en effets décoratifs. Il a renouvelé le décor intérieur comme l'emploi du ciment armé l'architecture intérieure. L'objet commun des artistes est de créer, par le concours opportun des formes, des couleurs, des lumières, un décor en quelque sorte polyphonique. Il ne s'agit plus de suppléer au jour naturel D'autres, témoin MM. Joubert et Mouveau, utilisent une large dalle suspendue qui réfléchit la lumière au plafond qui la renvoie. Mais parfois, le toit ne réfracte que les rayons d'un lustre: ainsi fait, notamment, celui du petit boudoir laqué vermillon de M. Paul Follot, ou celui de son fumoir somptueux, aux meubles d'ébène, aux sièges de bois doré. Il a quelque chose d'oriental qui fait penser à la magnificence pittoresque d'un Léon Bakst. Mais dans la réalité, de telles dispositions supposent un plan Cl. Henri Manuel LUCIE RENAUDOT. Studio exécuté par P. A. DUMAS. défaillant : but limité, utilitaire et privé de spiritualité ; mais de créer, par le moyen de la lumière, un ordre de beauté nouveau. Aux foyers lumineux localisés qui, faibles, fatiguent la vue et, trop intenses, blessent les yeux, les décorateurs modernes substituent des diffuseurs ou des réflecteurs. Le réflecteur normal est le plafond. La plupart des ensembliers l'utilisent à cet effet. Les uns l'éclairent par une rampe lumineuse, logée sur la corniche saillante qui le porte : tel est le plafond d'argent, en forme de toit de tente, du salon de Mme Lucie Renaudot ; telle aussi, la coiffe tronconique du cabinet de M. Paul Follot, et la voûte en berceau de la salle à manger de M. Bernaux. Pour la coupole de la bibliothèque de M. Pierre Chareau, c'est la lumière d'une forte lampe qu'elle répand. tout spécial; c'est là de l'architecture de petit hôtel particulier. Esprit ingénieux et raffiné, M. Paul Follot se fait une règle, en effet, de composer des décors dans lesquels on se sente éloigné du tumulte grossier des affaires et de la rue. De là, cette systématique et, d'ailleurs, intelligente recherche de l'artificiel. Un ensemble de M. Maurice Dufrène, au contraire, offre la solution d'un problème objectif. M. Maurice Dufrène, en même temps qu'il possède un crayon exceptionnellement fertile et facile, est l'un des esprits les plus ouverts et les plus positifs parmi nos modernistes. Les compositions, qu'il a réalisées pour le pavillon de la Maîtrise, attestent son réalisme autant que son goût ; trois d'entre elles, notamment constituent des formules entière-

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BEAUX-ARTS ment inédites de l'emploi de la fumière. Pour éclairer sa bibliothèque d'un jour méditatif et diffus, c'est derrière un ample panneau d'albâtre fermant un des deux angles aigus de cette pièce en losange qu'il loge ses foyers lumineux. Dans sa chambre de dame, c'est de l'encadrement d'un faux plafond central et de la bordure d'un grand miroir circulaire qu'émane doucement la clarté : elle rayonne autant du délicieux concert de tonalités blanches qu'y conduit magistralement l'artiste. Réalisant en- n'a-t-elle point pour devoir de saisir et de dégager, sinon le bon, du moins le caractéristique et le principal ? Parallèlement aux éclairages indirects ou créés par diffusion, architectes et décorateurs ont composé nombre de modèles nouveaux d'appareils. Pour diverses qu'en soient les formes, ils se réduisent à deux types : la lanterne et la lampe à réflecteur. Un artiste à qui l'art moderne doit d'avoir pris conscience de certaines de ses aspirations Cl. Salaün MAURICE DUFRÈNE. Chambre de dame exécutée par LA MAITRISE. fin une salle à manger des plus intéressantes, sur un programme entièrement neuf, M. Maurice Dufrène fait jaillir de la table même, laquelle est une épaisse dalle de cristal portée par un piétinement de ferronnerie, une file de petits jets d'eau lumineux. L'on ne saurait, dans une étude nécessairement résumée, commenter l'effort de chacun. Il faut se limiter aux exemples saisissants, aux réussites parfaites, aux essais féconds : importe-t-il que tel artiste ait habilement placé son lustre dans son ensemble, si le lustre et l'ensemble sont ceux qu'il nous montre, depuis vingt ans, à chaque salon d'art décoratif ? Comme l'art lui-même, la critique profondes, M. Pierre Charreau, s'attache tout spécialement à ces recherches. Il a créé le modèle initial de ces appliques murales et de ces lampes faites de lames d'albâtre disposées, les premières en éventail, les secondes à plans entrecoupés comme les pétales d'une énorme rose : témoin ses lampes du salon d'un colon français en Indochine. A cette formule, M. Ruhlmann, M. Levard, M. Eric Bagge, d'autres encore, en opposent une autre : la lanterne à pans de verre incolore ou teinté, mobiles et pendants. A ces formes nouvelles, torchères et flambeaux, lustres de perles de verre composés par M. Ruhlmann pour l'Hôtel d'un collectionneur, et par MM. Sue et Mare pour le Musée d'art

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BEAUX-ARTS ment, il ne comporte aucune ornementation. C'est un appareil et ce n'est qu'un appareil. Mais il a, de l'œuvre de l'ingénieur, le style net et dépouillé. Ses reflets durs, sa silhouette sèche, son aspect froid possèdent même pour certains, cette beauté singulière qu'ils reconnaissent à la machine. Si l'éclairage artificiel, — nécessité positive —, a provoqué de nombreuses recherches, l'existence du jour naturel n'a pas été complètement oubliée par les artistes. Un point mérite, d'ailleurs, d'être relevé : ce sont généralement les purs décorateurs qui composent leurs intérieurs en fonction de l'éclairage artificiel, et les architectes praticiens, hommes de chantiers et de métier, qui pensent au soleil. Travaillant sur un programme évidem- contemporain et pour la Salle des Fêtes du Grand-Palais, globes éclairants et coupes de fruits lumineux, font une convenable escorte. Mais la véritable trouvaille dans ce domaine, paraît bien être l'appareil à réflecteurs multiples superposés de M. Poulhenningsen, qu'utilise dans ses stands la section danoise. Est-ce là une œuvre d'art ? Evidem- (page_340_270_350_200.png) ment établi par M. Paul Follot, l'architecte du pavillon Pomone, M. Louis Boileau, n'y a pas multiplié les baies. Composant d'accord avec MM. Ruhlmann et Levard le pavillon de Primavera, M. Henri Sauvage en laisse les murs aveugles. Pour l'Ambassade française, elle ne reçoit de l'extérieur aucune lumière, et quant aux clairières que créent, dans les Galeries de l'Esplanade où sont réunis les ensembles, quelques plafonds vitrés, elles sont occupées par des halls : quel artiste décorateur consentirait à se priver des secours discrets de la lumière électrique ? M. Maurice Dufrené par contre a tiré parti du jour naturel. Il l'introduit largement dans ses ensembles. Voulant même capter plus de lumière encore, il a construit la fenêtre de sa salle (page_340_270_350_200.png)

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BEAUX-ARTS 187 à manger sur le plan d'un paravent déployé, dont chaque feuille vitrée dirige vers les angles de la pièce les rayons qu'elle reçoit. A cette solution rationnelle, M. Agache s'est pareillement rangé : toute la devanture de sa « Maison de tous » est établie sur ce plan. M. Agache est l'un des architectes à qui l'on doit l'intéressant ensemble du Village français construit sur le Cours-la-Reine. Les hommes, qui s'en sont partagé la réalisation, ne sont point des militants de l'art moderne, marchant à l'aventure. M. Pierre Selmersheim a dressé les plans de l'auberge lorraine avec un goût sûr et robuste, et M. Levard ceux de la boulangerie, avec une fantaisie massive qui n'exclut pas la logique. Pour M. Brunet, l'auteur de la claire maison du Tisserand, M. Guillemonat,

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BEAUX-ARTS constructeur de la maison du Sabotier, M. Lucien Vaugeois, adroit adaptateur des formules modernes aux traditions bretonnes, c'est du programme qu'ils ont, en toute sincérité, déduit des solutions. Tous ont prévu dans leurs maisons des baies H. RAPIN. Salle à manger d'une ambassade française. amples et nombreuses ; pareillement M. Plumet qui fait, des halls occupant le rez-de-chaussée de chacune de ses tours, de vastes cages vitrées : tel est celui que nous reproduisons, où M. Hardion a, sans l'encombrer, installé le bar de Touraine-Anjou-Saumur. L'architecte, en effet, ne craint plus, en ajoutant largement les maçonneries, d'en compromettre la stabilité : le ciment armé permet aussi, dans cette direction, des recherches qui ne sont plus des hardiesses, mais un emploi rationnel de la matière. Un ensemble, voici quinze ans, consistait en un groupement d'objets contribuant au même effet. L'évolution, qui s'annonçait alors, atteint son terme logique : l'architecture se subordonne à l'effet total ; elle a cessé de commander aux arts « mineurs ». Elle ne fournit plus que sa partie dans l'orchestre. Le maître d'œuvres, aujourd'hui, n'est plus le bâtisseur : c'est l'ordonnateur de l'ensemble où le plan, l'aménagement intérieur, la lumière, les tentures et le mobilier comptent également. Il faut toutefois distinguer deux tendances : celle des coloristes représentée par M. Maurice Dufrène, et celle des ingénieurs, incarnée dans M. Pierre Chareau. La chambre féminine, dont on s'est efforcé déjà de décrire l'éclairage, est une des expressions les plus complètes qu'ait trouvées la première. C'est une harmonie de blancs. Blanches sont les tentures de moire, blancs les rideaux, blanc le velours qui revêt les sièges, blanc le tapis que couvre l'immense dépouille d'un ours polaire, blanc le lit et blanc son dessus. Elle est surtout une harmonie de courbes. Aucun angle n'y arrête le regard, c'est une ondulation sans commencement ni fin. L'alcoïve, où se loge le large lit, n'a pas de forme définie : du moins sa définition en jargon géométrique trahirait son caractère d'abri mollement dessiné, de niche indolemment laissée à l'état d'ébauche voluptueuse. En revanche, c'est avec autant de précision que de décision que M. Maurice Dufrène a composé la bibliothèque de son pavillon. Ici, rien que de net et d'arrêté : un bureau sobre, des fauteuils au style simple, un lambrisage que prolonge le beau pafond de bois; dans l'angle opposé à celui qu'occupe le panneau Cl. Rep. RUELMANN. Boudoir. Hôtel d'un collectionneur. d'albâtre diffuseur de lumière, règne un double rayonnage garni de livres. Latéralement, une baie rectiligne. Un effet d'ensemble à la fois intellectuel et viril : le cabinet de l'homme pour qui l'action serait la sœur du rêve.

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BEAUX-ARTS Une telle composition suppose l'accord parfait de ses éléments. C'est l'équilibre sur la corde raide. Tout autre est le principe de l'art de M. Pierre Chareau, qui consiste en l'établissement d'une mesure commune entre le cube de la pièce et le volume des meubles qui la peupleront. Toutes les masses y sont à l'échelle : l'accord ne risque donc point d'être rompu par une altération de l'arabesque générale. C'est la bibliothèque de l'Ambassade française, installée dans les galeries latérales de la Cour des Métiers, qu'a composée, pour l'exposition, M. Pierre Chareau. L'œuvre exprime à merveille les préoccupations de son auteur. Son plan comporte une chapelle circulaire inscrite dans un rectangle. Des rayonnages en tapissent les parois extérieures : aucune décoration accessoire. Pour la chapelle, montée sur quatre piliers de bois, elle se coiffe d'une calotte hémisphérique, réfléchissant la lumière d'une forte lampe. Le travailleur veut-il en atténuer l'intensité ? Il réduit la surface du réflecteur, en déployant les panneaux d'une boiserie dont chaque pan, rayonnant autour d'un axe commun, obture, au sommet de la voûte, un segment du cercle, et, dans le plan vertical, entre ce plafond mobile et la corniche, un secteur du cylindre. Sans doute, le problème que résout ainsi M. Pierre Chareau comportait d'autres solutions. La plus simple eut été d'éteindre l'électricité, mais l'ingénieux artiste aime le rare. Il faut convenir que, dans ce domaine, il règne avec une incomparable autorité. Dans le décor intérieur, comme dans l'architecture, se manifeste donc l'opposition de deux systèmes : celui qui accumule les éléments d'intérêt et celui qui les condense ; l'abondant et le laconique, le décoratif et le rationaliste. Au premier groupe, il faut agréger les Ruhlmann et les Groutt, les Follot et les Sue et Mare, les Domin et les Joubert, les René Gabriel et les René Prou, les Renaudot et les Henri Rapin, les Montagnac et même les René Herbst, les Mallet Stevens et les Pierre Legrain ; car l'utilisation systématique des formes anguleuses peut procéder du même principe que celle des formes courbes. Pour être un constructeur, il ne suffit pas de percevoir avec sensibilité la beauté géométrique : ce n'est là qu'un moyen décoratif analogue aux autres. Artiste au goût très personnel et très sûr, M. Ruhlmann a organisé pour lui seul, un pavillon construit sur l'Esplanade par M. Patout, qui s'y est surpassé. M. Ruhlmann crée surtout des meubles isolés : ses ensembles sont des groupements arbitraires, — mais judicieux —, d'œuvres indépendantes, mais parfaitement choisies. Ce sont déjà des musées : mais des musées où l'on peut vivre. Là, le charmant artiste a voulu donner la mesure de son

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talent : son pavillon est l'une des réussites les plus complètes et les mieux venues de l'Exposition. Toujours élégant, M. Ruhlmann a su, composant une salle à manger, être robuste ; mystérieux, composant une piscine ; simple en même temps que raffiné, composant une chambre à coucher féminine. Pour son grand salon, où de petits fauteuils de cuir ingénieux et vraiment rationnels voisinent avec un beau mobilier de tapisserie de M. Gaudissard, il démontre qu'en effet le terme de relations entre les éléments d'un même décor est CHAREAU. Bureau de la Bibliothèque d'une ambassade française. nouveau par son programme et par sa conception: sa coiffeuse à combinaisons, comportant miroir à trois faces et tiroirs latéraux simultanément commandés. De l'Ambassade française organisée par la Société des Artistes décorateurs, c'est la salle de culture physique et le fumoir qu'aménage M. Francis Jourdain : discrète mais claire affirmation de réalisme. Qu'est en effet, le meuble moderne, c'est-à-dire; à quels besoins répond-il ? Le problème n'est complexe qu'en apparence. Sans doute, certaines de ses données sont générales et communes à toutes les catégories de meubles : telle est la tendance universelle à la simplicité des formes et le goût unanime des surfaces nues. D'autres sont particulières à chacune de ces catégories. En tout état de cause, quelque confusion qu'engendre fatalement la coexistence de deux civilisations, l'une ouverte aux idées nouvelles, l'autre attardée dans le passé, l'on peut KAY FISKER. Bureau de tourisme. (Pavillon danois) moins l'identité des formes que l'équilibre des volumes. Les ensembles que réalisent, témoin celui de leur pavillon de l'Esplanade, MM. Louis Sue et André Marc se conforment, au contraire, à la règle de l'unité ; encore les deux savants collaborateurs prennent-ils, avec elle, des libertés que ne se permet aucun de leurs émules. Aucun, si ce n'est un maître intéressant entre tous, M. Francis Jourdain. M. Francis Jourdain est le rationalisme incarné. C'est un esprit clair, absolument dégagé des conventions de style. Il ne sait pas faire de belles formes dans l'abstrait. Il n'est pas un calligraphie. Il n'est pas l'homme qui trouve, au bout du crayon, de jolis projets décoratifs. Mais il est l'inventeur du seul meuble moderne qui soit KOTARBINSKI. Cabinet de travail. (Section potonaise)

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BEAUX-ARTS aisément dégager les indices caractéristiques de l'évolution qui s'accomplit. Elle suit celle de l'architecture, qui suit celle des mœurs. L'architecture élabore des plans qui prévoient de multiples placards : en même temps le meuble-bahut se réduit à de faibles proportions. La vaste armoire à linge disparaît, le grand buffet à deux corps ne se fait plus. Sans doute les « trousseaux » comptés par douzaines, orgueil de nos mères-grand, se réduisent-ils aujourd'hui, même en province, à des nombres plus modérés. Sans doute aussi les « services » de porcelaine et de verrerie sont-ils limités au nécessaire : on voyage plus que naguère, on ne trouve plus d'appartements, il n'y a plus de serviteurs, on diminue son train de maison ; on ne veut plus s'encombrer d'une charge incommode de linge qui se démode et de services de table, qu'il est plus amusant de renouveler. D'ailleurs, le meuble haut ne se fait plus : affaire d'esthétique. Son volume, « comptant » trop, déséquilibre le décor. D'autre part, la place du linge personnel n'est plus dans la chambre mais dans la salle de bains, qui devient, elle, une des pièces organiques de l'appartement moderne. On fait, pour l'y ranger, des commodes à tirettes plates, meubles rationnels et d'esprit nouveau. Dans la section da-noise, aménagée dans la Galerie des Invalides, figure même un élégant dressoir, œuvre de M. Cl. Rep CHAREAU. Fauteuil (Bibliothèque d'une ambassade française). Hansen, dont le cadre médian enferme une série de tirettes plates réservées à l'argenterie. Le meuble utilitaire est d'ailleurs le plus intéressant. Lui seul comporte des solutions ingénieuses. Il n'est pas un petit meuble décoratif, pas un petit cabinet haut perché, pas un petit bureau-rognon qui vaille, pour un homme de sens, la mallette-armoire de M. Louis Vuitton. Réalisation d'ordre industriel, Cl. Rep CHAREAU. Fauteuil (Bibliothèque d'une ambassade française). si l'on veut. Mais l'art du meuble n'est-il point, par nature et destination, d'ordre industriel ? Ce ne sont pas seulement les gros meubles qui se font bas, mais aussi les sièges. Ils se font amples et bas, à l'exemple des « confortables » anglais et des « capitonnés » du Second Empire. Fait curieux, le fauteuil de cuir n'a pas encore acquis ses lettres de noblesse ; régnant dans le bureau, c'est à peine s'il pénètre au salon. Il faut la hardiesse de M. Ruhlmann et son rare talent à donner du style et de l'élégance à des éléments simples pour introduire le siège de cuir parmi les fauteuils aux bois apparents. Il le fait d'ailleurs avec bonheur, et le délicieux ensemble qui constitue l'élément capital de son pavillon doit à sa variété sa bonhomie charmante, son intimité choisie et son habitabilité : vertu précieuse entre toutes, et combien rare ! Mais cette conjuration tramée contre le siège de cuir ne résistera pas à la généralisation du living-room. On étudie d'ailleurs, une sorte de fauteuil qui joint l'élégance de la forme et la richesse de la matière au pratique de la construction. On connaît, de M. Francis Jourdain, des fauteuils à renversement ; de M. Pierre Chareau, des fauteuils à crémaillère. MM. Selmersheim et Monteil en exposent ici-même. Pour les fauteuils de cuir à bois non apparent, ils ne figurent ici