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3e Année. — Numéro 13 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • CINQUANTE ANS DE PEINTURE FRANÇAISE 1875-1925 Par une trêve excusable à son programme habituel, l'Union centrale des Arts Décoratifs consacre en ce moment ses salles d'exposition à la pure peinture, laissant les manifestations, qui se sont préparées chez elle, se développer ailleurs avec l'ampleur et la diversité que l'on sait. Le Musée du Luxembourg, dont elle usurpe ainsi quelque peu le rôle, ou du moins complète l'action, est lié dans ses présentations par toutes sortes de contingences, dont l'insuffisance de ses locaux n'est pas la moindre. Il s'est composé au jour le jour par les acquisitions officielles et par certains dons; il ne peut se renouveler d'un coup de baguette, tandis que la présente réunion, provisoire et pour ainsi dire instantanée, tenue encore tout de même par des considérations inévitables, approche infiniment davantage du caractère idéal qu'un homme de goût éclairé et éclectique pourrait vouloir lui donner, s'il était libre de puiser à sa guise dans les collections tant françaises qu'étrangères, les ateliers des artistes ou les réserves des marchands. Un homme de goût? d'un certain goût, naturellement; car toute entreprise de ce genre comporte un choix, c'est-à-dire de l'arbitraire. Dans l'énorme et composite production moderne où individus, écoles, groupes et chapelles se bousculent les uns les autres, il ne saurait être question de représenter par cent ou cent-cinquante numéros toutes les tendances, toutes les manières, tous les talents qui ont fleuri successivement ou simultanément, des plus traditionnels aux plus extravagants, en passant par les moyens et les isolés. La statistique n'est pas de l'histoire et l'histoire comportera, n'en doutons pas, un choix. Peut-on prévoir ou devancer cette sélection qui se fera par l'action lente et sage du temps? M. Metman et ses collaborateurs, qui ont assumé sans s'abriter derrière aucune commission, aucun corps constitué, la responsabilité de cette expérience, sont d'esprit trop avisé pour avoir prétendu faire autre chose qu'un choix d'œuvres significatives et ils reconnaissent que tout choix, par sa nature même, est critiquable. On leur a reproché des lacunes, moins souvent des introductions inutiles; il est certain qu'ils auraient pu, qu'ils auraient voulu, représenter parfois tel artiste par un morceau plus marquant que celui sur lequel ils sont tombés. Il n'en reste pas moins qu'ils ont, non sans peine, constitué pour le plaisir de nos yeux et de notre esprit un ensemble infiniment séduisant et instructif. MANET, Jeanne (Portrait de Mlle de Marsy). (Collection de Mrs Payne-Bingham, New-York) 1er Juillet 1925

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BEAUX-ARTS Cet ensemble part des maîtres disparus aux environs de 1875-1880 : Corot, Courbet, Daumier, Manet dont l'influence s'est marquée si notablement sur les générations, qui ont suivi, soit par leur puissance réaliste et caractériste, soit par leur sens lumineux des valeurs et des lumières nuancées et vibrantes. La conquête de l'atmosphère par les grands impressionnistes vint ensuite avec Claude Monet, parti des réalités vigoureuses de son portrait de femme de 1868, pour arriver aux évocations irradiantes de ses Meules ou de ses Cathédrales, Sisley, Pissaro, Renoir et, immédiatement après, les techniques renouvelées et accen- tuées dans le même sens de Seurat et de van Gogh ; puis, c'est l'effort puissant, instinctif et rude de Cézanne, représenté ici par des pièces exceptionnelles, une nature morte qui appartient à Claude Monet, un paysage du Jas de Bouffan et un portrait de Jeune homme à la tête de mort, d'une solidité magistrale. Les individualités divergentes, contemporaines de ce passage du réalisme à l'impressionnisme et au néo-impressionnisme, n'ont pas été négligées. Puvis et Carrière, Fantin-Latour et Degas, Cazin et Gustave Moreau marquent leur place avec des morceaux de choix. Les classiques, quoique présents, ont peut-être été moins bien traités : Baudry, Bonnat, Carolus Duran, Hébert ; ils sont représentés cependant ; de même, parmi les contemporains, que la plupart de ces peintres intelligents et habiles, jadis considérés dans certains milieux comme audacieux et novateurs qui ont bénéficié des trouvailles de l'impressionnisme et qui sont des maîtres classés aujourd'hui : Besnard, Blanche, Ernest Laurent, Henri Martin ; comme aussi ceux qui, voulu rent par une réaction contre l'impressionnisme, qui se généralisera par ailleurs, ramener la peinture à un mode plus sévère et plus écrit : Cottet, Ménard, Simon, Prinet. Mais on a tenu aussi et surtout à présenter à leur rang, à côté des vétérans de la peinture claire comme Guillaumin et Lebourg, ces artistes passionnés de nuances délicates et de vibrations harmonieuses, comme Bonnard, Vuillard et Roussel, les post-impressionnistes ; ceux aussi pour qui la nature se traduit en larges plans colorés, subtilement harmonisés du reste, comme Marquet ou Flandrin, Lacoste ou Lotiron ; ceux qui se réclament d'une technique picturale robuste, volontiers dédaigneux de toute intellectualité, comme Du fresne, Bracque, Vlaminck, Segonzac, amis des lourdes natures mortes ou des paysages étouffés aux énergiques teintes sombres, tandis que la fantaisie libre et charmante d'Henri Lebasque, de Mmes Marval et Marie Laurencin, continue à s'épanouir en bouquets de couleurs fraîches et que d'autres reviennent aux solides pratiques du dessin et du modelé très arrêté, touchant parfois jusqu'aux simplifications volontaires d'un André Lhote, Asselin, Derain, Othon Friesz... et certes le choix devenait de plus en plus incertain : les classements, bien que proclamés parfois avec éclat, restent provisoires et les artistes les plus sincères, sans aller jusqu'aux fantasistes variations d'un Picasso, préparent de singulières surprises aux critiques et aux conservateurs de bonne volonté, trop pressés de les définir et de les embrigader. Paul Vitry. NOUVELLES Conseil supérieur des Beaux-Arts. — Par arreté ministériel, en date du 15 mai 1925, ont été nommés membres du Conseil supérieur des Beaux-Arts : MM. Ma naut et Jules Rein, amateurs d'art. Légion d'honneur. — Parmi les promotions et nominations dans l'ordre de la Légion d'honneur faites en vertu du décret en date du 21 mai dernier, nous relevons les suivantes : Au grade de commandeur, M. Diehl, membre de l'Institut. Au grade d'officier, MM. Foucher, directeur de la mission archéologique en Afghanistan ; Des ruelles, sculpteur ; Louis Mayer, dit Vauxcelles, critique d'art. Au grade de chevalier, MM. Henri Renard-Braull, professeur à l'Ecole nationale de céramique de Sèvres ; Louis Vollard, critique d'art ; Vuillemin, compositeur de musique ; Fernand Maillaud, artiste peintre ; Tony Tollet, artiste peintre ; Toussaint, statuaire.

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Les Récompenses au Salon des Artistes français. — La section de sculpture a accordé la médaille d'honneur au sculpteur Bouchard, pour l'œuvre magistrale que nous avons reproduite récemment, tandis qu'une fois de plus, les peintres ne pouvaient s'entendre pour décerner la médaille d'honneur à l'un de leurs confrères. A l'Académie française. — Dans sa séance du 11 juin, l'Académie française a décerné un prix de 10.000 francs à M. Camille Maucir pour l'ensemble de ses œuvres dont une grande partie comprend, on le sait, de remarquables essais sur l'art ancien et contemporain. Un Congrès international du Dessin. — Du 30 juillet au 6 août se tiendra le Ve Congrès international du Dessin. Cette manifestation, du fait de la présente exposition des Arts décoratifs, ne saurait manquer de présenter un intérêt tout particulier. Un monument à Albert Samain. — Dans le cimetière de Magny-les-Hameaux, où repose Albert Samain, le 7 juin dernier, a été inauguré un monument élevé à la mémoire du poète. C'est une plaque de marbre dans laquelle le grand talent de Mme Yvonne Seruys s'est plu à faire apparaître les deux muses chères à l'auteur du Jardin de l'Infante. La Fondation américaine pour la Pensée et l'Art français. — Comme par le passé, la Fondation américaine pour la Pensée et l'Art français distribuera, dans le courant de l'été 1926, à des littérateurs et à des artistes quatorze bourses de 12.000 francs. Les candidats sont priés de se faire inscrire, dès maintenant, au siège de la Fondation, 15, boulevard Montmorency. Les « Amis du Louvre ». — Le 19 juin, les Amis du Louvre ont visité le château de Maintenon. On sait que cette demeure rebâtie en 1503, par Jean Cotereau, surintendant des finances, a appartenu à Mme de Maintenon qui la légua à sa nièce, épouse de Maurice de Noailles, dans la famille de qui elle est restée. Dans le parc on remarque les restes de l'aqueduc inachevé par lequel J. Hardouin Mansart se proposait d'amener à Versailles les eaux de l'Eure. Les « Amis de Versailles ». — Les « Amis de Versailles » ont tenu le mois dernier, au Pavillon de Marsan, leur assemblée générale. M. Francastel, secrétaire général adjoint, a présenté le rapport moral sur l'exercice 1924, M. Metman, trésorier, le compte financier. Enfin, M. Patrice Bonnet, architecte en chef de Versailles, a lu un important rapport sur l'état des travaux entrepris grâce à la donation Rockefeller. Exposition d'Art lyonnais. — Depuis le xvie siècle, la ville de Lyon n'a cessé d'être le centre d'un actif mouvement artistique. Au siècle dernier notamment, elle a vu s'épanouir les talents d'artistes en qui se rencontraient certaines affinités qui permettent de parler d'une véritable école lyonnaise. C'est dans l'intention d'en mettre en lumière les caractères essentiels qu'une exposition d'art lyonnais, comprenant des peintures, des soi-ries et des livres, s'est ouverte le 8 juin, en l'Hôtel de la Curiosité et des Beaux-Arts, rue de La Ville-L'Evêque. Au musée céramique de Sèvres. — Le 7 juin dernier, dans le salon d'honneur du Musée céramique de Sèvres, a été inaugurée une exposition qui durera jusqu'au 30 septembre. Il s'agit d'un très bel ensemble de porcelaines et de documents graphiques qui résume la production de la manufacture au cours de la période 1820-1840. NECROLOGIE L'archéologie vient de faire une grande perte en la personne de Théophile Homolle, décédé le 13 juin, à l'âge de 76 ans. Élève de l'Ecole normale, puis membre de l'Ecole d'Athènes, il fut chargé par Dumont de reprendre les fouilles de Délos auxquelles son nom restera attaché. Après un stage dans l'enseignement supérieur, il revint, en 1891, à Athènes comme directeur de l'Ecole et entreprit alors le dégagement du sanctuaire de Delphes, fouilles qui furent particulièrement fécondes en résultats. A son retour en France, il occupa successivement les postes de directeur des Musées Nationaux, puis d'administrateur de la Bibliothèque Nationale. Homolle appartenait à l'Académie des Inscriptions depuis 1892 et à l'Académie des Beaux-Arts depuis 1910. Le 15 juin est mort le graveur Albert Waltner, membre de l'Académie des Beaux-Arts. Né en 1846, Waltner avait remporté le prix de Rome pour la gravure. Interprète des maîtres anciens et modernes, il exécuta également un grand nombre de planches originales. Le 5 juin, est décédé le peintre Saint-Germer. Né à Toulouse en 1860, il eut pour maîtres Cabanel et Bonnat. Membre de la Société des Artistes français, il exposait chaque année au Salon des toiles qui presque toujours avaient pour sujet un aspect de Venise. Jacques Baugnies vient de mourir à l'âge de 50 ans. Beau-fils du statuaire Saint-Marceaux, il s'était fait remarquer en ces dernières années par de curieux essais de peinture sur tissu où se révélait un talent très personnel. W. Froehner s'est éteint récemment dans sa 92e année. Helléniste et numismate de valeur, il avait rempli, sous le Second Empire, les fonctions de conservateur adjoint au département des Antiques du Louvre. Lors de la publication de la Salammbô de Flaubert, il avait engagé avec l'auteur une polémique retentissante. Le statuaire Brou du Lys est décédé le 15 juin. Il était l'auteur notamment des bas-reliefs de la statue de Franklin à Paris et d'une statue de Jeanne d'Arc, de la famille de laquelle il descendait. ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 15 mai L'Académie procède à l'élection du successeur de Louis Havet. M. Maurice Holleaux, ancien directeur de l'Ecole d'Athènes, est élu au quatrième tour, par 19 voix contre 12 à M. Casanova et 3 à M. Michon. M. Enlart étudie le groupe des manuscrits de la généalogie des comtes de Boulogne, qui furent exécutés pour Catherine de Médicis, dernière héritière du comté. Il communique le plus beau de ces manuscrits, œuvre retrouvée du peintre nancéien Didier Richier. Il établit l'origine boulonaise de l'auteur du texte, le franciscain

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BEAUX-ARTS Jean d'Ancy, et la date des vitraux disparus de Vic-le-Comte, reproduits dans un autre manuscrit. Academie des Beaux-Arts Séance du 16 mai M. Widor informe la compagnie que M. Berthault, ancien président du tribunal civil de Laon, qui vient de mourir, lègue à l'Académie des Beaux-Arts l'hôtel qu'il possédait dans cette ville, ainsi que les collections de tableaux, œuvres d'art et bibelots qu'il y avait réunies. Le montant de ce legs peut être évalué à plus de trois millions. Un quart de cette fortune devra revenir à l'Académie des Sciences morales et politiques. L'Académie a entendu la lecture d'une notice consacrée à la vie et aux œuvres de Gabriel Fauré par M. Alfred Bruneau, son successeur. Séance du 13 juin L'Académie décerne le grand prix Jean-Jacques Berger, de 15.000 fr., destiné à récompenser l'auteur de l'œuvre la plus méritante concernant la ville de Paris, au peintre Henri Martin, l'un de ses membres, pour celles de ses œuvres qui décoront le Conseil d'Etat. L'ART ROUMAIN AU JEU DE PAUME L'exposition d'art roumain, qui a été organisée cet été au Jeu de Paume, sera pour beaucoup d'entre nous une révélation. La mort de Léonce Bénédite, qui en avait été le promoteur, en a assombri les débuts. Mais des concours dévoués et compétents, parmi lesquels il faut citer ceux d'un Draghiceanu, d'un Henri Focillon, d'un Stenesco, ont permis de mener l'œuvre à bonne fin. Et la lointaine petite sœur latine, qui a si vaillamment fait son devoir pendant la guerre, nous apparaît enfin sous un aspect digne d'elle. Nous savions qu'il existait un art roumain. Mais nous le confondions volontiers avec les autres arts de l'Europe orientale. Les plus avertis en faisaient un des derniers rameaux de l'art byzantin. Nous étions loin de soupçonner ce que les Roumains ont su mettre de fraîcheur, de spontanéité, de force vive et d'harmonieuse mesure dans la somptuosité des formules héritées de Byzance. C'est un art original et raffiné qui se révèle à nous. L'art roumain ancien est essentiellement religieux. Il faudrait pouvoir parler ici de l'église de Valachie massive et solidement assise, de l'église moldave, d'une sobre élégance un peu hautaine, simple nef allongée que surmonte un clocher. Il faudrait décrire la délicieuse église moldave d'Humor, dont la paroi extérieure s'orne d'un revêtement de fresques. En effet, moldave ou valaque, l'église roumaine ne se conçoit pas sans la fresque. Quelques-unes de ces peintures murales, amenées à grand'peine, et provenant de la célèbre église Saint-Nicolas de Curtea de Arges, nous permettent d'apprécier, en dépit de la formule byzantine, une intensité d'expression fort originale. Le Saint Jean-Baptiste que nous reproduisons, le Christ de majesté, le Saint Michel sont des figures d'une rare beauté. Les broderies religieuses sont la seconde richesse des églises roumaines. Ici, plus de formule byzantine. Les figures princières aux somptueux costumes sont de saisissants portraits. D'autres broderies représentent l'ensevelissement du Christ. Partout, ce ne sont que couleurs harmonieusement fondues, ors clairs sur un rouge profond, gris et roses mariés à l'argent, révélant un sens très fin des nuances. Mais voici qu'au milieu du xixe siècle apparaît brusquement l'art moderne. La Roumanie nouvelle se constitue et la vie occidentale entre avec fracas dans un monde calmement attaché à d'anciennes traditions. Les vieilles formules s'abattent. Une jeunesse avide de nouveauté, merveilleusement prête à saisir l'esprit d'occident, vient chez nous. Une conception d'art, que rien ne relie plus au passé, règne désormais. Trois noms dominent cette

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BEAUX-ARTS UNE EXPOSITION D'ART ANCIEN ESPAGNOL Le Comité de « la Demeure Historique », dont nous avons dit à plusieurs reprises ici, les buts si louables pour le maintien du patrimoine artistique français, a eu la pensée de consacrer son effort cette année et d’augmenter ses ressources en organisant, dans l’hôtel Jean Charpentier, une importante manifestation d’art ancien, puisant dans les collections, surtout françaises. Sous la présidence du duc de Noailles et avec la collaboration active et enthousiaste du Dr Carvallo, il a choisi l’art espagnol comme thème et a visé à nous offrir une réunion d’œuvres marquantes, de grand caractère austère et somptueux, depuis les curieux primitifs âpres et vigoureux, où les influences flamandes, françaises et italiennes se mélangent à doses variées, jusqu’aux portraits éclatants, si divers d’aspect et de manière, aux scènes de genre ou d’histoire, fougueusement enlevées par le pinceau de Goya. Toutes les promesses n’ont pas été tenues malheureusement et des œuvres curieuses son sens de la lumière. Luchian, impressionniste, qui sait être classique, nous offre l’excellent portrait d’une belle fille roumaine (reproduite ci-contre). La place nous manque pour parler des jeunes, où s’affirment de remarquables personnalités. Nous aurions voulu pouvoir dire toute la richesse des icônes, des bois sculptés, de l’orfèvrerie religieuse. Jetons au moins, avant de quitter l’exposition, un coup d’œil sur l’art populaire. Source continue qui jaillit des profondeurs de la race, l’art populaire n’a pas connu la brusque rupture avec la tradition. La céramique, les tissus, surtout — le peuple roumain a hérité de l’Orient la science des tissus — sont ornés de motifs anciens. Mais la gaité, l’ingéniosité native les parent de fraîcheur, et, sous les doigts de la femme roumaine, ces motifs semblent nouveaux. Et la douce harmonie des tons, signe de la mesure latine, donne à ces broderies, à ces tapis un charme unique. Puissent d’autres expositions suivre celle-ci et nous montrer peu à peu les richesses que récele ce pays plein de sève! Marcelle Flot. mais sujettes à discussion ont parfois remplacé les chefs-d’œuvre attendus. Les maîtres classiques du xvie et du xviiie siècle y jettent, malgré tout, l’éclat que l’on suppose, le Greco y paraît avec une Déposition de croix

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BEAUX-ARTS dramatique et colorée, encore assez vénitienne d'al- lure (coll. de la comtesse de la Béraudière) et divers tableaux plus avancés comme le Saint Martin de MM. Bernheim-Jeune, Juan de Juanès avec une Sainte famille, signée et datée, très ita- lienne aussi (à M. Lucas Moreno). Herrera le Vieux s'impose avec le Saint Basile du Louvre et un dramatique Saint Augustin (à M. Ernest May). Le Dr. Carvallo a détaché lui-même de ses belles collections de Villandry une page importante qui Goya. Portrait de jeune fille. (Collection de M. Bemberg) vient de la collection de lord Clarendon, consa- crée à un épisode de l'enfance de Saint Bonaventure, guéri par Saint François. C'est à lui également qu'appartient l'une des œuvres caractéristiques de Ribera, le Sculpteur aveugle reproduit ci-contre. Velasquez est, comme l'on sait, infini- ment rare, hors du Prado; des difficultés insurmontables ont empêché certains apports escomptés. Une savoureuse étude de la tête de Marie-Anne d'Autriche (coll. Maurice de Rothschild), et divers autres morceaux plus discutés le représentent ce-pendant ici, de même que Zurbaran et Murillo, suivis de près par Juan del Mazo ou Valdès Léal, que nous connaissons moins et qu'une pareille exposition met en vedette, de même qu'elle nous incite à porter notre attention sur ces morceaux de sculpture, si violemment expressifs, qui pro-longent jusqu'en plein milieu des siècles classi ques l'accent poignant et religieux de l'art médiéval. LES RÉNOVATEURS DE L'ART APPLIQUÉ au Musée Galliera La direction du Musée Galliéra, dont on sait combien elle s'est efforcée de tout temps d'aider à la propagation de l'art décoratif moderne, a eu l'idée très juste de consacrer son exposition annuelle, parallèlement à la grande manifestation de l'exposition internationale, à récapituler, par un choix judicieux de pièces de toute nature, les efforts de rénovation qui ont abouti à la floraison actuelle. Elle y a été encouragée par le patronage de la Direction des Beaux-Arts et secondée par M. René Chapoullié, inspecteur général des arts appliqués, qui a rédigé une excellente préface au catalogue. C'est un hommage légitime aux bons ouvriers de la première heure, que l'Union centrale des Arts décoratifs avait déjà esquissé ce printemps dans les rétrospectives Robert, Brateau, Rivaud et Gaillard et dont la pensée se retrouve aussi dans le premier article consacré, cette année, dans la Gazette des Beaux-Arts, par la plume si auto-risée de M. Raymond Koechlin (mai 1925), à l'art décoratif moderne. Meubles, étoffes, verreries, céramiques, bijoux, livres, affiches, viennent témoigner du renouveau d'invention créatrice, un peu désordonné peut-être, mais ardent et bienfaisant, qui se manifesta avec les Gallé et les Grasset, les Charpentier et les Bellery-Desfontaines, les Chaplet et les Cazin, pour ne citer que les morts. Mais les vivants, qui ont continué leur effort sans se lasser et qui ont parfois heureusement évolué, Frantz Jourdain, Théo-dore Lambert, Lalique, Decœur, Dufrène, etc., sont là aussi, un peu surpris de se voir déjà absorbés par le Musée, à leur place légitime toutefois; car leur œuvre compte déjà dans l'histoire d'hier. Un peu mélancolique, mais très instructive, cette manifestation devait se faire au moment de l'ex-position actuelle. Englobée dans celle-ci, elle eut prêté peut-être à des confusions et à des malen-tendus. L'absence d'unanimité, qui caractérise l'é-volution du goût moderne, fait qu'il y a là des formules qui paraissent périmées à certains, tan-dis qu'elles semblent encore aventurées à d'autres. L'exposition Galliera remet les choses au point; elle eut pu être plus abondante ou plus complète. Telle qu'elle pouvait être dans ce cadre, elle est équitable et probante et il est à souhaiter qu'elle soit visitée comme elle le mérite. P. V.

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[53] 1er JUILLET 1925 207 BULLETIN DES MUSÉES MUSEE DU LOUVRE Peintures et Dessins Des négociations engagées depuis plusieurs mois, au sujet d'échanges entre la Bibliothèque Na- Cl. Giraudon Portrait de Jean le Bon attribué à Girard d'Orléans tionale et le Musée du Louvre, viennent d'aboutir heureusement, grâce à l'esprit de conciliation qui a animé les deux parties et aussi, grâce à la volonté tenace d'aboutir qu'ont manifestée M. Roland-Marcel, administrateur général de la Bibliothèque Nationale, et M. Pol Neveux, inspecteur général des Bibliothèques. Le Musée a obtenu le dépôt d'un tableau qui va être le plus ancien, parmi les œuvres de l'Ecole française. Il offre un intérêt considérable au double point de vue artistique et iconographique : c'est le portrait du roi Jean le Bon, peinture à la détrempe, exécutée vers 1359, probablement en Angleterre, pendant la captivité du prince et peut-être par son fidèle serviteur Girard d'Orléans. Tout à l'autre bout des séries historiques de peintures du Musée va prendre place le précieux tableau de RENOIR, que le fils de M. Gangnat a détaché de la collection qui vient d'être dispersée, la Gabrielle à la Rose, dont nous donnons ci-contre la reproduction. La vente de la collection Léon Michel-Lévy, le 18 juin dernier, a permis aux amis du Louvre d'acquérir pour les offrir au Musée deux œuvres qui combleront utilement des lacunes. C'est d'abord un petit tableau par Gabriel de Saint-Aubin, dont le Musée possédait seulement des dessins. Cette composition montre Voltaire en train d'écrire la Pucelle. L'inspiration spirituelle lui est dictée par un Amour désignant les portraits des héros que chante ce poème. Une cafetière avec une tasse fait allusion à un autre mode d'inspiration, plus matériel, dont l'écrivain usait sans ménagement. Saint-Aubin garde intacts, dans cette allégorie, ses dons d'aisance et de fantaisie narquoise. La technique de son œuvre mérite qu'on s'y arrête ; l'artiste a pris comme schéma général un état de la gravure de Ransonnette sur le même sujet, exécutée d'après son dessin. RENOIR. Gabrielle à la Rose. L'autre pièce, acquise à cette vente, est un dessin de Durameau, que les Goncourt, jadis, avaient jugé digne de figurer dans leur collection. Signé et daté de 1767, il montre deux gen-

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BEAUX-ARTS tilshommes et une dame jouant aux cartes, à la lueur de bougies. Au Cabinet des Dessins du Louvre, Durameau était représenté déjà par plusieurs dessins, mais sur des sujets religieux ou mythologiques. Cette jolie scène de mœurs, caractérise G. DE SAINT-AUBIN. Voltaire écrivant La Pucelle. parfaitement la manière de ce petit maître délicat qui fut un moment garde des tableaux du Roi, c'est-à-dire un des prédécesseurs de nos conservateurs du Louvre. D'autre part, la munificence de Mme Lehmann et de ses enfants procure au Musée une œuvre charmante de Boilly, distraite de l'incomparable collection dont la vente s'est terminée récemment. C'est un petit tableau, intitulé L'Averse, représentant une famille — celle du peintre, a-t-on supposé — qui, dans une rue de Paris, traverse sur une planche, le ruisseau grossi par les pluies. Son entrée au Louvre permettra une confrontation intéressante entre cette petite composition et l'Arrivée de la Diligence — déjà au Musée — avec laquelle elle présente des affinités évidentes, autant par sa facture d'une délicatesse minutieuse que par le sentiment intime dont elle est empreinte. G. R. Dessins de la Collection Bonnat Le 8 juillet, les dessins, actuellement exposés, faisant partie des collections, léguées par Léon Bonnat, à Bayonne, seront remplacés par une série de dessins italiens, provenant du même fonds. Sculptures du Moyen Age Un don de M. Gouver vient de faire entrer au Musée un certain nombre de fragments, provenant du cloître roman de Saint-Genis-des-Fontaines (Pyrénées-Orientales). Trois colonnes avec leurs chapiteaux et leurs bases, en magnifique marbre des Pyrénées, rouge ou noir, ont été seules exposées pour le moment. Mais lorsque l'on disposera de la place nécessaire, deux arcades entières du cloître pourront être reconstituées et témoigneront de la richesse de cet art méridional; un peu frustes dans l'exécution, ses sculptures sont peut-être moins anciennes qu'elles ne le paraissent grâce à leur aspect archaïque et au caractère naïf de certains personnages sculptés sur l'un des chapiteaux, mais l'ensemble est d'une polychromie naturelle puissante et somptueuse. Antiquités Egyptiennes A sa dernière séance, le Conseil des Musées a décidé l'acquisition de pièces byzantines recueillies par M. Georges Bénédite, au cours de sa dernière mission en Egypte. Deux cents objets environ furent acquis dans la Haute et la Basse-Egypte : objets d'église d'époque copte, encensoirs, brûle-parfums, lampadaires et lampes, un lustre du type Corona lucis, bénitiers, enseignes de procession; à ces objets d'une destination purement religieuse s'en ajoutent d'autres qui, sans avoir ce caractère, sont BOILLY. L'AVERSE. décorés d'emblèmes religieux et d'autres relevant complètement de la vie civile: ustensiles, objets de toilette, jeux, etc... d'une origine nettement profane. En plus de cette importante collection d'anti-

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[57] BULLETIN DES MUSÉES 209 quités chrétiennes ou d'époque chrétienne, M. Bénédite a réuni plusieurs pièces d'époque pharaonique et aussi d'époque gréco-romaine, acquises en vue de combler certaines lacunes du département égyptien. UNE MAQUETTE DE CHINARD au Musée de Lyon Les musées de Lyon viennent d'acquérir un bas-relief en plâtre de Chinard intéressant, à la fois, par sa qualité et parce qu'il rappelle une œuvre importante, détruite depuis plus d'un siècle; et sur laquelle on n'avait jusqu'ici que de minuscules documents graphiques. En avril 1793, Chinard offrit au Conseil général de la Commune de Lyon d'exécuter à ses frais, à la façade de l'Hôtel de Ville, pour remplacer la statue de Louis XIV abattue par les Révolutionnaires, un groupe composé des figures colossales de la Liberté et de l'Egalité. Le modèle en esquisse soumis au Conseil fut exposé pendant 15 jours chez les représentants du peuple, Bazire, Rovère et Legendre. L'exécution fut rapidement poussée et, au début de septembre, le monument en plâtre put être inauguré. Le Bulletin du département de Rhône et Loire, en date des 3 et 4 septembre 1793, en a donné une description qui constitue une véritable glose iconographique et souligne les intentions du sculpteur. Gravure d'après le bas-relief de Chinard. (Bibliothèque de Lyon) union qui fait leur force et qui doit épouvanter les tyrans coalisés contre eux. La Liberté plante la pique au milieu du faisceau; elle est surmontée du bonnet; la Liberté y attache ses regards et de la main droite elle tient une couronne civique pour ceux qui sauront la mériter. De l'autre côté, l'Egalité, sa compagne immortelle, dans une attitude simple et cependant imposante, range tous les Français sous le même niveau devant la loi, pour exprimer qu'ils ne sont égaux que devant elle; ce qui est figuré par ses tables qui forment le fond du monument et sur lesquelles on se promet de graver les Droits de l'Homme et du Citoyen et les lois de la République dont les titres se lisent au dessus des deux statues." (1). L'œuvre, avant même d'être mise en place, avait été l'objet de vives attaques et le sculpteur avait été "forcé par les cris de la malveillance et (1) J'emprunte cette citation ainsi que la presque totalité des faits sur lesquels je m'appuie à Salomon de la Chapelle dont l'étude sur Joseph Chinard, sculpteur lyonnais, suivie d'un catalogue, parue dans la Revue du Lyonnais, en 1896 et 1897, demeure la source essentielle sur notre artiste. Il y faut joindre l'article Chinard du dictionnaire de Stanislas Lami, un article de M. Cantinelli, dans la Gazette des Beaux-Arts, 1905, t. I., à propos de l'Exposition rétrospective lyonnaise de 1904, le catalogue, avec préface par Paul Vitry, de l'Exposition Chinard au Pavillon de Marsan, en 1909-1910 et les articles au sujet de cette exposition de Tourneux dans Les Arts, novembre 1909 et de Charles Saunier, dans la Gazette des Beaux-Arts, janvier 1910.

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BEAUX-ARTS de la calomnie à découvrir cet ouvrage avant sa perfection. » On jugeait équivoque le geste du bras droit de la Liberté et le comédien Dorfeuille allait répétant : « Ce b... de Chinard nous a pris notre diadème républicain pour lui en couronner les fesses ». Tout cela, on le remarquera, se passait dans Lyon assiégée, depuis le 8 août, par l'armée de la Convention. Au lendemain de la prise de la ville, les calomnies se multiplièrent contre Chinard ; on reprit les propos de Dorfeuille, on y joignit d'autres accusations aussi ineptes. Il fut incarcéré en octobre 1793. Le conventionnel Boisset, qui prit la cause de l'artiste, crut le devoir défendre contre ces imputations dans un mémoire justificatif qu'il produisit en sa faveur, le 6 février 1794. Quelques jours plus tard, Chinard était acquitté par la Commission révolutionnaire. Chinard avait eu l'intention de remplacer les caryatides qui avaient encadré la statue de Louis XIV et qui flanquaient son groupe par « deux trépieds, sur lesquels brûleraient des parfums »; cette transformation si conforme à l'esthétique du moment ne fut pas effectuée. Le groupe lui-même, en plâtre, ne pouvait être que provisoire. Les événements ne lui furent pas favorables ; les esprits s'en désintéressèrent bientôt ; on ne songea pas à une exécution en matière définitive. Exposé, comme il l'était, aux intempéries, il tombait en ruines en 1810; on le fit alors disparaître (1). L'emplacement qu'il avait occupé resta vide jusqu'en 1827, date à laquelle lui fut substituée la statue de Henri IV par Legendre-Héral, qui est encore en place aujourd'hui. De l'œuvre détruite, il demeurait une petite gravure, conservée à la Bibliothèque municipale de Lyon dans le fonds Coste n° 527, image d'ailleurs, tout à fait précise. Mais on n'en connaissait ni esquisse, ni maquette. Il y a quelques mois, un marchand de chaussures de Chambéry écrivit à la ville de Lyon pour lui proposer un bas-relief en plâtre, par Chinard. L'achat fut immédiatement décidé. Comment une pièce semblable a-t-elle pu se conserver en demeurant tout à fait ignorée ? C'est, sans doute, qu'elle n'était pas entre les mains de collectionneurs ou d'amateurs ; pour ceux qui la possédaient, elle constituait une relique révolutionnaire. Le père du récent possesseur, qui habitait La Verpillière, à une trentaine de kilomètres de Lyon, fréquentait les milieux républicains avancés ; l'œuvre lui (1) Gonon, Lyon en 1793, Lyon 1847, p. 25, n° 2. On trouve dans cet ouvrage entre les pages 24 et 25, en hors-texte, une reproduction fautive et d'une valeur documentaire nulle du groupe de Chinard. avait été offerte par un militant lyonnais, Auguste Morlon, et celui-ci la tenait de Lagrange, représentant du peuple, en 1848 et 1849, un des promoteurs de l'insurrection de Lyon, en 1834. Le bas-relief s'était ainsi transmis comme un emblème politique d'un caractère plus ou moins subversif. C'est le bruit fait depuis quelques années autour de Chinard qui a amené le vendeur à en soupçonner la valeur et à chercher à s'en défaire ; je tiens à ajouter qu'il a, par ses prétentions modestes, facilité notre acquisition. L'œuvre n'est pas signée. Mais l'authenticité en paraît indubitable. Elle répond exactement à la description donnée par le Bulletin du Département de Rhône et Loire et à l'image du fonds Coste. Nous la suivons depuis une cinquantaine d'années, et qui aurait songé, il y a cinquante ans, à pasticher Chinard ? qui l'aurait su faire avec cette finesse ? Le morceau avait été fracturé, mais, par bonheur, dans des parties secondaires. On avait eu, de plus, l'idée déplorable de le revêtir d'une couche de peinture à l'huile gris clair, qui a pu le préserver, mais l'a empâté. Le morceau mesure 0,63 de haut sur 0,54 de large ; le relief est assez ressenti, il atteint jusqu'à 0,055. La reproduction ci-jointe me dispense d'un commentaire esthétique ; elle dit suffisamment l'élégance de l'exécution et l'aisance avec laquelle Chinard y a manié ces allégories qui lui étaient familières. Sommes-nous en présence du plâtre du modèle original soumis par Chinard au jugement des magistrats municipaux lyonnais ? L'exécution très égale, très sûre, où rien ne trahit l'hésitation ni le repentir inciterait à ne pas le penser. Il se pourrait que Chinard ait exécuté une réduction de son groupe, peut-être avec l'intention de l'éditer et, dans ce cas, il serait possible que notre morceau ne fût pas unique et que d'autres répliques puissent en réapparaître quelque jour. Pourtant, dans ce cas, il semble que l'artiste aurait signé, comme il le faisait volontiers. Quoi qu'il en soit, cette acquisition vient s'ajouter, au musée de Lyon, de la façon la plus heureuse au bel ensemble d'œuvres de Chinard, qui y ont été déjà réunies. Nous possédions la célèbre Madame Récamier, Persée délivrant Andromède, le vase de la Malmaison, des bustes, des médailons, des esquisses, des copies d'après l'an-tique, mais nous n'avions ni bas-relief ni aucun exemple de l'activité intense de l'artiste, pendant la période révolutionnaire. De toutes façons, nous pouvons nous féliciter d'un enrichissement qui a, de plus, une signification locale et illustre l'histoire de notre Hôtel de Ville. Léon Rosenthal.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ESPAGNE Deux acquisitions récentes du Musée du Prado Le Musée du Prado s'est enrichi, tout récemment, de deux œuvres importantes du xve siècle : l'une est un magnifique Van der Weyden — la Vierge de Pitié avec St Jean et un donateur. Cl. Moreno R. VAN DER WEYDEN. Vierge de Pitié avec St Jean et un donateur. Vierge de Pitié avec St Jean et un donateur — l'autre est un primitif espagnol, un Saint Michel terrassant le démon. Le tableau de Van der Weyden était conservé depuis longtemps dans une grande famille espagnole, celle de Mandas, et a été cédé au Musée par les héritiers du dernier duc. Il ne paraît pas avoir été connu des historiens les plus récents du peintre, comme W. Bürger. On sait que le thème apparaît plusieurs fois chez Van der Weyden ; et deux tableaux notamment ont une étroite parenté avec celui du Prado : celui du musée de Bruxelles et celui de la collection Powis à Londres ; le motif central, la Vierge soutenant le corps du Christ, est presque identique dans les trois tableaux. Mais, à Bruxelles, une Madeleine remplace le donateur ; à Londres, la disposition est un peu différente, et Saint Jérôme apparaît avec Saint Dominique. Un tableau du Kaiser-Friedrich-Museum de Berlin est seul entièrement semblable à celui de Madrid, les couleurs exceptées ; mais c'est une œuvre d'atelier qu'on attribue parfois à Robert Campin et qui était considérée généralement comme la copie d'un original perdu. Le tableau de Madrid pourrait être cet original, car c'est une œuvre de tout premier ordre. La vigueur du dessin, l'éclat du coloris, où le lilas de la robe de la Vierge, le vert vif sur un fond bleu ciel du manteau de Saint Jean s'accordent magnifiquement aux carmins du donateur et aux blancs des linges et du voile — l'admirable ciel aux lourds nuages blancs qui élargit si heureusement la scène (qui manque à Bruxelles et à Londres) — tout rappelle, malgré l'exiguité relative du format, les plus grandes œuvres du peintre. Et le Prado, si riche pourtant en tableaux flamands, n'en avait pas de plus beau. Sans être d'une qualité si haute, le Saint Michel est une œuvre très intéressante. Il appartenait à un hôpital de Zafra, petite ville située aux confins de l'Andalousie et de l'Estramadure. Il avait beaucoup souffert lorsqu'il fut acheté par le Musée et a été fortement, mais très habilement, restauré. Cl. Roig Saint Michel terrassant le démon. Primitif andalou du xv° siècle. L'auteur en est inconnu : de l'inscription que porte l'épée du saint et qui doit être une signature, on n'a pu décrypter que les deux premières lettres (MN, abréviation probable de Mar-