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3e Année. — Numéro 8 15 Avril 1925 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • LE PAVILLON DE LA REINE AU CHATEAU DE VINCENNES affecté à la Bibliothèque et au Musée de la Guerre Le château de Vincennes, grandiose et vénérable, étreint, dans une même enceinte, de purs joyaux du xve siècle et deux pavillons Louis XIV d'un style noble et sévère. L'un d'eux, le mieux conservé, le Pavillon de la Reine, témoigne de l'équilibre, du sens de l'harmonie propres aux architectes de notre grande époque classique. Il abrite depuis quelques mois les collections des Bibliothèque et Musée de la guerre dont une partie est déjà livrée au public et dont l'autre le sera bientôt. Le visiteur, qui entre au Château par la grande poterne, traverse la cour dans toute sa longueur et aperçoit au fond et à gauche le bâtiment couronné d'urnes décoratives qui oppose la grisaille de ses pierres à la transparence du ciel. De hauts pilastres grimpent le long de la façade, encadrent les fenêtres et supportent une élégante frise de triglyphes. Malgré l'injure du temps et en dépit de transformations malheureuses, le pavillon, vu du dehors, garde intacte la majesté dont furent empreints ses beaux jours, majesté qu'il doit à l'architecte Le Vau qui le termina en 1659, après cinq années de laborieux travaux. Ce pavillon est d'abord la résidence de Monsieur, frère de Louis XIV, qui occupe l'aile Nord. La reine mère, Anne d'Autriche, s'installe avec Mazarin dans l'aile Sud. C'est là que meurt le cardinal deux années plus tard et c'est à partir de cette époque que le jeune roi délaisse peu à peu Vincennes pour Versailles (1). Le dernier séjour du souverain date de 1668; le départ a lieu au lendemain d'une brillante réception d'ambassadeurs siamois. Pendant tout le xvme siècle le pavillon est livré à l'abandon avec ses grands salons pompeux avilis par des badigeons grossiers et morcelés par de méchantes petites cloisons. Quelques familles sans nom et sans intérêt s'y établissent successivement; il est à signaler pourtant qu'en 1740 les cuisines sont transformées, pour peu de temps, en ateliers de la Manufacture de porcelaine dont Charles Adam tente l'exploitation. En 1804, c'est dans le fossé, qui borde le Pavillon de la Reine, qu'est fusillé le duc d'Enghien. Napoléon Ier, frappé par les dégradations dont souffrait ce bel édifice, fait exécuter quelques réparations en 1808, les cloisons inopportunes sont abattues, une rapide mise en état permet alors à Daumesnil, l'héroïque gouverneur militaire d'y établir ses quartiers. Mais cette restauration, toute superficielle, laisse le bâtiment si délabré qu'en 1822 le Service du génie demande et obtient sa désaffectionation. Les peintures, les lambris sont arrachés et les salles, dépouillées de leurs antiques ornements, utilisées comme Ecole des officiers d'artillerie de la garde. Le bâtiment compte alors si peu qu'il est question, en 1841, de le raser complètement et de le remplacer par huit casemates. (1) Louis XIV occupait le pavillon opposé dit « Pavillon du Roi ». Voir : F. de Fossa. Le Château de Vincennes. Paris 1908. Tome II, in-1°. Le pavillon de la Reine à Vincennes

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Un événement inattendu le sauve de la destruction, c'est la nomination du jeune duc de Montpensier au commandement de l'artillerie de Vincennes. Afin de loger dignement le fils de Louis-Philippe, le maréchal Soult fait entreprendre une réfection complète du pavillon ruiné; l'architecte Fontaine dirige les travaux, le Garde-meuble royal fournit en abondance meubles et tableaux et l'école d'artillerie émigre au rez-de-chaussée. Tout est prêt dès 1842 et le duc en fait sa résidence officielle jusqu'en 1848, date à laquelle la Révolution le contraint à l'exil. Il est remplacé par le général de Cottignies qui installe ses services dans l'aile Nord. Sous le Second Empire et la Troisième République le bâtiment est occupé par les bureaux de l'artillerie; récemment évacués ils ont fait place Michel Dorigny. Apollon et les Muses. Plafond de la Salle des Gardes. à l'important service de documentation historique contemporaine que dirige M. Camille Bloch (1). Mais si la façade a gardé son visage, l'intérieur de l'édifice a vécu tant de bouleversements qu'il est impossible de reconnaître aujourd'hui sa splendeur primitive. Seul le grand escalier reste le témoin éloquent du temps-passé; même les plafonds ont été déplacés ou remaniés, toutes les boiseries sont récentes. Les salons princiers, autrefois décorés par les Michel Dorigny, Philippe de Champagne, Monnoyer, Lepicié et Lancret, gardent pourtant quelques vestiges de leur ancienne richesse. Signalons deux plafonds de Michel Dorigny (1617-1665): le premier dans l'aile Nord vante la gloire de Philippe d'Orléans avec cette devise: Non nisi grandia canta; le second dans la Salle des Gardes est mieux conservé, il représente un (1) Signalons la présence d'une Cour martiale qui siègea dans les salles du rez-de-chaussée du Pavillon de la Reine aussitôt après la Commune et qui prononça 18 exécution d'insurgés (1er juin 1871). Signalons également les réceptions en l'honneur du Roi de Siam (1898) et du Shah de Perse (1900). Apollon et son cortège de Muses d'une belle tenue décorative et d'une grande douceur de tons. Il repose sur une corniche somptueusement ornée de sculptures peintes, de vases et de guirlandes fleuries due au sobre et riche pinceau de Philippe de Champagne (1602-1674). Dans cette même Salle des Gardes s'épanouissent, depuis 1843, quatre grands panneaux du xviie siècle. Trois d'entre eux sont de Joseph-Marie Vien (1716-1809), ils évoquent, dans un style un peu froid: Flore (1773), Venus (1773) et Diane (1770) et furent la propriété de la comtesse du Barry au château de Louveciennes. Le quatrième provient du Petit Trianon, il est signé Lagrenée l'aîné (1724-1805) et célèbre avec grâce la déesse des moissons (1769). Après ces agréables décorations il ne reste qu'à citer deux dessus de portes peints par l'ornemaniste Jacques Rousseau (1630-1693), les toiles de style Louis-Philippe ne méritant même pas une simple mention. Quelques-unes d'entre elles encadrent la cage du grand escalier, œuvres médiocres de Meynier, Lanceron, Coutan et Dassy. Le Pavillon de la Reine, digne de survivre, a l'heureuse fortune d'appartenir désormais à une jeune et robuste organisation qui le sauvera de la déchéance et de la mort. Henry Marguery. NOUVELLES Légion d'Honneur. — Par décret, en date du 29 mars 1925, le sculpteur Alfred Boucher est élevé à la dignité de grand-officier; M. Adrien Blanchet, membre de l'Institut, est nommé chevalier. A la Bibliothèque nationale. — M. François Courboin qui, depuis la mort d'Henri Bouchot, dirigait le Cabinet des Estampes avec un dévouement et une érudition que tous les chercheurs et les artistes appréciaient, prend sa retraite. C'est notre excellent collaborateur M. P.-A. Lemoisne, dont on connaît les belles études sur Eugène Lami, Gavarni et l'art japonais, qui lui succède. Ouverture de l'Exposition des Arts décoratifs. — Sur la proposition de M. Fernand David, commissaire général de l'Exposition des Arts décoratifs, M. Raynaldy, ministre du Commerce, vient de fixer la date d'ouverture de l'exposition au mercredi 29 avril. La veille, une cérémonie solennelle d'inauguration aura lieu au Grand-Palais, sous la présidence de M. Doumergue. Le logement des touristes pendant l'exposition des Arts décoratifs. — Le Commissariat général de l'Exposition, d'accord avec les Syndicats d'Hôteliers, a créé un office spécial, destiné à faciliter le logement des touristes qui viendront à Paris, à l'occasion de l'Exposition. Toutes les demandes de renseignements peuvent être

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BEAUX-ARTS adressées dès maintenant à l'Office du Logement, Syndicat d'Initiative de Paris, 4, rue Volney, 2e. Monuments aux morts de la guerre. — En ces dernières semaines, plusieurs monuments commémoratifs de la Grande-Guerre ont été inaugurés. Citons parmi les principaux celui d'Asnières, œuvre du sculpteur Roussel et de l'architecte Monestès; celui de Moulins, dû à la collaboration du statuaire Pourquet et de l'architecte Mouret; enfin, celui de Noyon, œuvre du sculpteur Pinchon. Expositions provinciales. — Les sociétés artistiques de province, dans le but louable de contribuer à l'éducation esthétique de leurs concitoyens et d'attirer en leurs villes les touristes qui circulent pendant la belle saison, organisent, chaque année plus nombreuses, des expositions. C'est ainsi que la ville de Tours organisera pendant la grande semaine du 9 au 16 mai, le cinquième salon des artistes tourangeaux, que le 24 mai s'ouvrira à Périgueux un saon périgourdin, qu'à Angers une exposition des Beaux-Arts aura lieu du 27 au 30 juin et que Brest et Concarneau projettent pour les mois de juin et de juillet des manifestations du même genre. Découvertes archéologiques au Cambodge. — Selon le journal d'Hanoï France-Indochine, d'importantes découvertes archéologiques ont été faites récemment au Cambodge. Des débroussaillements exécutés dans la région de Kiang-Thom ont révélé l'existence d'une vingtaine d'édifices dont plusieurs en excellent état de conservation: des murs d'enceinte, un bassin rectangulaire de 25 mètres sur 20 mètres, entouré de gradins, des sanctuaires, un nombre important de tours. Celles-ci, dont la hauteur atteint parfois 30 mètres, sont de formes différentes: rondes, octogonaes ou à quatre faces, généralement en briques sculptées avec colonnes et linteaux en grès, également sculptés. Dans une de ces tours, on a trouvé une sorte de table, formée de colonnes ciselées, soutenant une dalle carrée de 2 m. 50 de côté, au-dessous de laquelle se trouve une pierre tombale portant des inscriptions. Découverte archéologique à Gizeh. — Les fouilles archéologiques exécutées par la «Boston Harvard Expedition», près de Gizeh, sur l'emplacement de la nécropole royale ont donné de très importants résultats. Des rues entières ont pu être dégagées, mais la découverte capitale a été celle du tombeau du pharaon Seneferu, roi de la IVe dynastie. La tombe du souverain retrouvée, à l'extrémité d'un mastaba, à une profondeur de 150 pieds, a révélé aux archéologues de remarquables sculptures en bas-relief et d'intéressants documents épigraphiques. Le tapis persan de la Couronne d'Autriche. — Ce tapis célèbre, connu sous le nom de Tapis de l'Empereur, vient d'être vendu à Vienne à un commerçant londonien. Le prix payé n'est pas connu, mais le tapis passait pour valoir une dizaine de millions de francs. Décorant le grand escalier du palais de Schönbrunn, ce tapis, qui fut tissé vers 1550, est à fond rouge, avec une bordure vert émeraude et décoré de fleurs et d'animaux, dont le dessin révèle cette influence chinoise qui apparaît dans beaucoup de tapis persans du xviie siècle. Ces tapis sont d'une extrême rareté. L'Angleterre en possédait déjà un exemplaire d'une réelle beauté, celui de la mosquée d'Ardabil qui est conservé au musée de South Kensington. Une exposition de numismatique à Madrid. — Il vient de s'ouvrir à Madrid au Musée archéologique une importante exposition numismatique. Plus de 4.000 pièces de monnaie d'or ont été réunies. La plupart des séries de l'histoire numismatique de la péninsule y sont brillamment représentées, sans compter les monnaies romaines et celles des Pays-Bas. NECROLOGIE Dernièrement est mort Léon Michel-Lévy. Il laisse une superbe collection, qui compte notamment quelques chefs-d'œuvre de notre art du xviiie siècle. Georges Lormier, conseiller général de la Seine-Inférieure et directeur du Musée de céramique de Rouen, est décédé le 25 mars. Le 24 mars, dans sa 68e année, mourait Fernand Gerbaux, conservateur honoraire aux Archives nationales. On annonce de Bruxelles, la mort du sculpteur Thomas Vinçotte. Artiste de grand talent, célèbre par ses bustes des souverains belges, sa décoration du Palais Royal et son monument du Congo, récemment terminé. Il était membre correspondant de l'Institut de France. Le grand collectionneur anglais Sir George Donaldson, est décédé le 18 mars à Hone, près Brighton, à l'âge de 79 ans. Le 6 avril ont eu lieu les obsèques d'Elie Berger, membre de l'Institut, professeur honoraire à l'Ecole des Chartres, conservateur du musée Condé, à Chantilly, décédé dans sa 74e année. Léon Melchissec, qui fut l'un des meilleurs chanteurs de l'Opéra et qui professa au Conservatoire de 1891 à 1923, est mort le 24 mars, à l'âge de 82 ans. Le célèbre ténor polonais Jean de Reszké vient de mourir à Nice. Né à Varsovie en 1853, il obtint les plus grands succès sur les principales scènes d'Europe et d'Amérique, notamment à l'Opéra de Paris, où il créa le rôle de Siegfried. ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 27 mars: Sur le rapport de la commission des antiquités nationales, les médailles suivantes sont décernées: Première médaille: M. Cotte, Documents sur la préhistoire de la Provence. Deuxième médaille: MM. Maurice Jusselin et Brandon. L'église Saint-André et Saint-Nicolas de Chartres, études et projets de restauration. Troisième médaille: M. Léon Borne. Les sites de Montferrand, Thoraise, Torpes, Corcondray aux treizième, quatorzième et quinzième siècles. Des mentions sont attribuées notamment à MM. Jeantou (Les cheminées sarrasines), Oursel (Le rôle et la place de Clung dans la renaissance de la sculpture en France

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BEAUX-ARTS à l'époque romane), Georges Paul (L'abbaye bénédictine de la Chaise Dieu, recherches historiques et héraltiques). M. Enlart présente et commente les photographies et un estampage de monuments découverts en Chypre, par M. Luigi Baldassare et par M. Z. Pierides : une dalle funéraire gravée avec épitaphe française de 1340 ; un blason porté par des génies qui doit dater de 1164 à 1468 et appartient au style italien de la Renaissance. M. Diehl annonce que M. Protich, directeur au musée national de Sofia, l'a informé de la découverte en Bulgarie, d'un trésor trouvé à Valtchi-Trin et composé d'objets en or, dont le poids total dépasse 12 kilogrammes. Il y a là des vases de formes diverses et des couvercles à incrustations d'argent. M. Camille Jullian informe l'Académie de la découverte, à Trèves, d'une nécropole romaine. Société nationale des Antiquaires de France Séance du 18 mars M. Prinet entretient la société d'un psautier anglo-saxon du xie siècle qui entra dans la bibliothèque du Duc de Berry après avoir appartenu à la reine Jeanne de Boulogne. M. Gabriel Millet étudie les peintures de l'église de Curtea de Arges du xive siècle et y distingue ce qui appartient à l'école Macédonienne et à celle de Constantinople. M. Jean Vallery-Radot présente une médaille commémorative des travaux de restauration dirigés au Palais de Justice par l'architecte Peyre. Séance du 25 mars M. de Mély présente la photographie d'un plat qui décorait la façade de l'hôtel de ville de Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne), qu'il indique être une majolique orientale, sans doute apporté de Syrie par le vicomte de Saint-Antonin au commencement du xie siècle. M. Lefebvre des Noëttes revient sur la question de l'hypocauste chez les Romains, dont les archéologues ont, suivant lui, communément négligé dans leurs restitutions les cheminées nécessaires cependant à son fonctionnement. MM. Formigé et Mayeux discutent ses opinions sur la valeur de ces procédés de chauffage. --- MONUMENTS HISTORIQUES Seine-et-Oise. — Au cours de sa dernière séance, la Commission des Monuments historiques a précisé, sur la demande de la Commission des Antiquités et Arts de Seine-et-Oise, les parties classées des restes du château neuf de Saint-Germain dont notre collaborateur, M. de la Tourrasse, a signalé ici-même tout l'intérêt (Beaux-Arts, 1er novembre 1923, p. 276). En voici la désignation : 1° Le pavillon Henri IV et la grotte ; 2° Le grand mur de soutènement en pierres et briques du temps de Henri IV, décoré de bossages vermiculés et de médaillons, qui surplombe la route du Pecq ; 3° La façade et les deux grottes de l'ancienne galerie dorique avec les deux rampes et la terrasse qui les surmontent ; 4° Les façades du Pavillon dit de Sully, en contre-bas de la route du Pecq, ainsi que les terrasses et les galeries voutées, vestiges des anciens jardins. Basses-Alpes. — Les cloîtres romans sont assez rares en France pour qu'on s'efforce de conserver ceux qui sont parvenus jusqu'à nous, même lorsqu'ils sont en partie ruinés. C'est le cas de celui de Ganagobie dont deux des galeries sont presque entièrement détruites. Aussi vient-on de le classer, après de longues négociations, pour permettre la sauvegarde des galeries subsistantes dont les larges arcs surbaissés, encadrant les trois baies de chaque travée, sont d'une architecture sévère d'un très grand caractère. Cl. Mon. historiques Ganagobie. Restes du cloître. Indre-et-Loire. — Lorsque M. Paul Vitry a rendu compte (Beaux-Arts, 1er décembre 1924, p. 305) de l'inauguration, à Tours, du monument élevé à Ronsard, il annonçait que l'administration des Beaux-Arts se préoccupait de la sauvegarde des restes du prieuré de Saint-Cosme où vécut et mourut le poète. C'est aujourd'hui chose faite. Mais, si un simple arrêté ministériel a suffi pour classer la salle capitulaire du xie siècle, la maison à lucarnes et l'escalier Renaissance, dont les deux propriétaires ont donné leur consentement, il a fallu passer outre au refus des autres propriétaires et classer par décret les restes de l'abside et le bâtiment dit «le Prieurat» qui fut le logis même de Ronsard. Ainsi se trouve réalisé le vœu de tous ceux qui ont pensé que l'on devait à la mémoire du grand poète de conserver intacts des vestiges modestes, sans doute, mais charmants encore, de ce prieuré de Saint-Cosme cher à son cœur et que son séjour a rendu à tout jamais célèbre. Jean Verrier.

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[35] 15 AVRIL 1925 117 BULLETIN DES MUSÉES LE BUSTE DE RÉAUMUR PAR J.-B. LEMOYNE au Musée du Louvre Nous avons dit récemment par quelle heureuse opération le buste de Réaumur, par J.-B. Lemoyne, était entré, avec les Enfants à la Chèvre de Sarrazin, dans nos collections de sculptures modernes. Ce buste, qui est visible aujourd’hui dans la salle Coustou, n’était pas, à vrai dire, un inconnu. Gaston Le Breton en avait signalé l’existence dès 1882 au Muséum d’Histoire naturelle, dans sa no- Cl. Serv. phot. B.-A. J.-B. LEMOYNE. Buste de Réaumur (Terre cuite). (Musée du Louvre) tice sur J.-B. Lemoyne et l’Académie de Rouen (1), qui est, jusqu’ici, le seul travail d’ensemble consacré à ce beau sculpteur. L’Inventaire des Richesses d’Art, rédigé par H. Jouin et H. Stein, l’avait enregistré en 1889 (2) et Stanislas Lami en fait mention dans son Dictionnaire. Mais, après avoir été exposé dans les anciennes galeries de zoologie, il était enfermé par précaution dans une (1) Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des Départements. Paris, 1882. (2) Paris. Monuments civils. T. II, p. 104. armoire, non loin du chapeau haut de forme de Cuvier. Il avait été moulé, du reste, sous Louis-Philippe, pour la constitution des galeries de Versailles où un plâtre figure sous le no 1835 du catalogue de Soulié et le creux en existait dès longtemps à l’atelier de moulage du Louvre. On s’était même avisé officiellement, il y a une trentaine d’années, d’en faire faire une copie en marbre par le sculpteur Espié, copie consciencieuse jusqu’à la signature, hormis la date qui a été inscrite, 1761 au lieu de 1751. Ce marbre moderne suffira à rappeler dans les galeries du Muséum le souvenir de René-Antoine Ferchault de Réaumur, physicien et naturaliste, tandis que la terre cuite débarrassée d’une odieuse couche de faux bronze qui l’empâtait, a pris une place d’honneur dans le musée de la sculpture moderne. Admirablement conservée et d’une finesse de touche exquise, elle présente dans notre série de bustes de J.-B. Lemoyne un intérêt capital à côté du brillant, mais un peu superficiel Noël-Nicolas Coypel, œuvre de jeunesse datée de 1730, du Gabriel et du Trudaine qui datent de 1760 et 1767 et dont le métier savant est un peu plus froid. Cette période des environs de 1750 est celle de la pleine maturité de Lemoyne; c’est celle où, déjà célèbre par ses grands monuments de Bordeaux et de Rennes, par ses tombeaux de Fleury et de Mignard, il exécute le Fontenelle dont la terre cuite est à l’Institut et le marbre à Versailles, le La Tour de Saint-Quentin, le Florent de Vallières de Tours, effigies d’une souplesse merveilleuse et dignes des plus grands maîtres du portrait sculpté. P. V. MUSEE DU LOUVRE Peintures et Dessins Le département des peintures au Louvre vient de s’enrichir d’une admirable esquisse d’Eugène Delacroix relative au tableau du Bucher de Sardanapale, dont on se rappelle l’entrée récente et sensationnelle dans nos collections. L’esquisse, d’une liberté de facture et d’une fougue de pinceau extraordinaires, avait été léguée par Delacroix lui-même à son exécuteur testamentaire, M. Rivet, preuve de l’intérêt qu’il y attachait. L’héritière de celui-ci, Mme de Salvandy-Rivet, vient de le léguer au Louvre. Elle lui a légué en même temps un beau portrait par Paul Delaroche de M. de Salvandy qui fut ministre de l’Instruction publique sous Louis-Philippe.

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FAIENCES PERSANES récemment acquises par le Musée du Louvre Diverses céramiques persanes, acquises récemment par le département des Objets d'art, enrichiront d'une façon notable cette série que des efforts méthodiques ont constituée depuis une vingtaine d'années. La plus remarquable de ces pièces est un vase ovoïde, émaillé de vert. Son décor est gravé sur un engobe mince qui recouvre la terre, d'un ton rose clair. Dans les creux l'émail a formé des épaisseurs noirâtres, accentuant ainsi l'effet obtenu par la gravure. Le sujet représenté est d'une importance assez exceptionnelle. Au centre de la composition un éléphant, marchant vers la gauche, porte sur sa nuque son cornac et sur son dos un personnage assis, couronné, la main droite levée (2). Devant ce groupe s'avance un homme de profil à gauche, tenant un long bâton. Derrière l'éléphant un autre personnage est assis de face, les jambes repliées, sur une sorte de trône à haut dossier dont la base est décorée de deux têtes humaines; il lève la main gauche et regarde à sa gauche un homme qui s'approche, de profil à gauche, les mains tendues en avant. Derrière ce personnage un autre homme debout, de profil à droite, les mains levées, fait face à celui qui précède l'éléphant. Tout le fond est couvert de rinceaux stylisés dont les éléments sont, tantôt des palmettes épanouies, et tantôt des feuilles plus étroites, disposées de part et d'autre de tiges sinuices, à courbes régulières. Le col du vase est droit et muni de quatre petites anses plates. Le type des personnages est très particulier; leurs visages larges, presque carrés, sont coiffés de bonnets ou de couronnes d'où pendent des rubans (ou des touffes de cheveux ?), qui encadrent leurs joues; leurs yeux, très grands, sont toujours dessinés de face, même dans les têtes de profil, ce qui leur donne un air assez archaïque. Les jambes sont très courtes, comme si le dessinateur n'avait pas su leur réserver la place nécessaire. Le sujet même de cette composition, d'une ampleur inusitée, laisse deviner des influences de régions plus orientales que la Perse. Le prince monté sur un éléphant rappelle des scènes fréquentes dans l'art hindou, et l'attitude du personnage assis, les jambes croisées, évoque aussi l'extrême-orient. (1) Hauteur 0 m. 265. Il a été cassé et recollé; le col est en partie moderne. (2) Il serait intéressant de comparer ce groupe à celui que montre un bol persan du Louvre: cf. G. Migeon, Musée du Louvre; L'Orient musulman, Paris, Morancé, 1922, pet. in-4°; no 124 et pl. XXIX (). Tous ces caractères, si particuliers, rattachent ce vase à un groupe de céramiques dont les premières arrivèrent sur le marché européen il y a peu d'années. Plusieurs d'entre elles montrent des personnages offrant le type particulier que nous trouvons ici; d'autres représentent des animaux (généralement des lions ou des bœufs) se détachant sur les mêmes rinceaux d'un modèle presque stéréotypé. Certains détails de l'ornementation sembleraient dénoter quelques restes d'influences sassanides (1). Leur provenance, qu'on n'avait d'abord pas pu préciser, est maintenant connue; elles n'ont pas été déterrées à Rei (Rhagès), — qui avait jusqu'à présent fourni la grande majorité des faiences persanes de ces époques, — mais à Zendjan, ville située à environ deux cent cinquante kilomètres au nord-ouest de Téhéran. L'exactitude de cette origine, dont M. Pézard avait eu connaissance pour certaines pièces (2), nous a été confirmée récemment par un diplomate français qui a visité, au cours de ces dernières années, une partie de la Perse et qui a recueilli sur place une série intéressante de céramiques anciennes. (1) M. Pézard l'avait déjà remarqué, à propos d'une cruche du Louvre, dont il sera question plus loin. (2) M. Pézard, Céramique archaïque de l'Islam, Paris, 1920, in-4°. Voir p. 96 et s., 221 et s.; mais il n'a pas groupé les pièces qu'on pourrait attribuer à ces ateliers. Cl. serv. Plot. B.A.

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BULLETIN DES MUSÉES Voici donc un nouveau groupe de faïences orientales assez clairement déterminé ; le Louvre en possède quelques échantillons importants, notamment une grande cruche émaillée de vert, décorée d'un personnage debout tenant une hache (1), et une coupe émaillée de jaune, ornée d'un bœuf au galop se détachant sur le fond habituel de rinceaux stylisés (2). Malheureusement les dates de ces diverses pièces ne sont pas encore aussi nettement précisées que leur origine. Si l'on avait d'abord cru pouvoir les assigner à une période assez reculée, on tendrait plutôt maintenant à les rajeunir : la coupe du Louvre, ornée d'un quadrupède galopant, a été attribuée au xe siècle dans un ouvrage récent (3), alors que M. Pézard l'avait datée du vint. Il serait, sans doute, exagéré de pousser plus loin et d'expliquer leur archaïsme par la persistance de certaines traditions populaires. On peut admettre qu'elles doivent dater, pour la plupart, du xe au xve siècle, qu'elles doivent être postérieures aux faïences des ateliers de Samarra (ixe siècle), et antérieures aux œuvres si raffinées que Rei produisit au xive siècle. En attendant la découverte d'objets datés par des inscriptions, ou de documents précis, on devra se contenter de ces indications provisoires. Aussi bien nos connaissances en matière de faïences orientales évoluent rapidement : toute cette céramique nous était, il y a quinze ans, presque entièrement inconnue. Notre ignorance sera du moins un peu diminuée, sur certains points, grâce à d'autres pièces récemment acquises du voyageur français auquel nous faisions allusion tout à l'heure. Dans les séries qu'il a rapportées il nous a très obligeamment permis de prélever des spécimens à provenances certaines (recueillis sur place par lui-même) (4) qui fourniront pour les classements futurs des éléments de comparaison très utiles. De Rei proviennent notamment : un bol blanc à parois très minces, à bords délicatement découpés; un bol émaillé de bleu-clair et un autre de violet, à légers décors gravés; un encrier émaillé de bleu; un petit pot à anse, orné de bandes bleues; deux cruches, une bouteille et un vase à anse, en terre blanchâtre non émaillée, dont deux sont ornés de motifs stylisés en relief, et qu'il sera intéressant de comparer aux pièces similaires attribuées à la Mésopotamie. L'art des potiers de Zendjan est représenté par une grande coupe dont le décor, gravé sur engobe et émaillé de jaune-clair avec des coulées de vert, est formé d'une large bande couverte de rinceaux presque géométriques. Enfin, deux pièces typiques ont été trouvées à Amol, ville située au bord méridional de la mer Caspienne; si elles ont bien été fabriquées au lieu même de leur découverte, elles identifieraient des ateliers inconnus jusqu'à présent. Leur technique est assez particulière, car des taches d'émail vert y accompagnent, en la rehaussant, la gravure sur engobe. Ce sont deux coupes dont l'une (voir la figure) est couverte d'un semis de rosaces et dont l'autre est ornée, au pourtour, d'une large bande chargée de motifs très stylisés, et au fond, d'un semis de petits signes qui reproduisent des caractères chinois. L'influence de l'extrême-orient paraît d'ailleurs être l'un des caractères distinctifs de ce groupe; car un bol du même art (1) (acquis par le Louvre en 1919) montre deux lions dont l'allure assez particulière rappellerait aussi l'art chinois (2). (1) Acq. en 1919. M. Pézard, Céramique archaïque, pl. LVIII-LIX, (attr. au viiiie siècle). — G. Migeon, L'Orient musulman..., n° 33 et pl. XII. (2) Acq. en 1921. M. Pézard, Céramique archaïque, pl. LXVIII. — G. Migeon, L'Orient musulman, n° 36, pl. XIV. (3) Ernest Kühnel, Islamische Kleinlunst, Berlin, 1925, in-8°; fig. 44, p. 85. (4) Il nous a aussi confirmé que le curieux vase en faïence blanche, acquis l'an dernier (cf. Beaux Arts, n° du 1er décembre 1924, fig., p. 313) provient bien de Rei et qu'il l'a vu lors de sa découverte en 1922. Cl. S erv. Phot. B.-A. Coupe, art persan (Amel), x-xii° siècles. (Musée du Louvre) (1) M. Pézard, Céramique archaïque, pl. XL. (« viiie-viiiie siècle »). — G. Migeon, L'Orient musulman, n° 39, pl. XII, (« antérieur au xiiie siècle »). (2) D'autres pièces de cette série, (M. Pézard en a

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BEAUX-ARTS Ce sont d'ailleurs là seulement quelques-unes des observations que suggèrent toutes ces pièces, et nous laissons à d'autres le soin de pousser leur étude plus loin. Du moins la connaissance (encore bien imparfaite) que l'on a présentement de la céramique persane progresse graduellement; elle finira — le temps aidant — par devenir moins provisoire et plus scientifique. J.-J. MARQUET DE VASSELOT. AU MUSÉE GUIMET Exposition de récentes découvertes en Afghanistan et en Chine L'exposition, qui vient de s'ouvrir au Musée Guimet, a pour but de faire connaître les premiers résultats obtenus par la délégation archéologique française en Afghanistan. Des documents archéologiques chinois, dus à M. Sirén et à M. Lartigue, y ont été joints. Le Musée Guimet voudrait, dans la mesure du possible et par des expositions, permettre au public de suivre le grand effort archéologique, principalement l'effort français, qui se poursuit en Orient et en Extrême-Orient. Nous sommes, pour ces arts, dans la période des découvertes. Par des photographies, à défaut d'originaux, il serait bon que tous ceux qui s'y intéressent puissent connaître facilement, dès qu'ils nous apparaissent, les aspects nouveaux qui nous sont révélés. En 1922, M. Foucher signait avec le gouvernement afghan une convention donnant, dans ce pays, le privilège des fouilles à la France, pour une période de 30 ans. En 1923, M. et Mme André Godard rejoignaient M. Foucher et se livraient, pendant un an, à un travail de reconnaissance. Il ne s'agissait pas de récolter, mais de préparer les travaux futurs. Avant tout, il fallait savoir ce que l'Afghanistan pouvait nous offrir. C'est pourquoi M. et Mme Godard rapportèrent surtout des plans, des relevés, des photographies. Ils délimitèrent des champs de fouilles ne se livrant qu'à des sondages, particulièrement fructueux à Hadda. Les documents se divisent en quatre sections. De Kâboul, des photographies de stupas et de cette colonne qui marque la route de l'Inde; de Ghazni, des épreuves qui font connaître l'art musulman de l'Afghanistan et qui servent de lien entre l'art de la Perse et l'art musulman de l'Inde à ses débuts; de Hadda, des photographies des fouilles, des objets gréco-bouddhiques découverts et des fragments de statuettes de petite taille; publié plusieurs, dont certaines proviendraient de Vérmine, voir pl. XXXIX à XLVIII), témoignent des mêmes influences. Faudrait-il en rapprocher le grand plat du Louvre. (G. Migeon, n° 32, pl. XI), d'un dessin plus archaïque ou moins habile? de Bâmiyân, où M. et Mme Godard se sont arrêtés plus longtemps, des photographies et des copies des peintures. Ces deux dernières sections, les plus importantes, ont été pleines de révélations. L'art gréco-bouddhique, si intéressant par son iconographie, s'était surtout montré à nous jusqu'ici comme une copie, un peu mécanique quant au style, d'un art hellénistique déjà décadent. Jamais nous n'aurions pu croire, qu'après le début de l'ère chrétienne, nous rencontrerions des œuvres d'une telle souplesse, pleines d'une grâce et d'une fraîcheur surprenantes. Les grandes statues, en stuc friable, ont été malheureusement détruites; mais nous en avons des photographies et quelques statuettes et têtes de statuettes nous sont parvenues de Hadda. Grâce aux photographies, nous avons pu con- Cl. Musée Guimet Peinture de Bâmiyân (Copie de Madame Godard). naître le site si curieux de Bâmiyân, ses grands Bouddhas sculptés sur la falaise, dont le plus haut atteint 53 mètres, et surtout les peintures qui ornent les niches de ces colosses. Ces peintures ont été copiées, dans des conditions difficiles, par Mme Godard qui leur a conservé tout leur caractère. Elles sont précieuses pour l'étude des influences réciproques des arts du Sud de l'Asie et de leur mélange. Certaines sont comme un écho des peintures sassanides dont la disparition est si regrettable (personnage sur un char, donateurs avec coiffures sassanides); un groupe de deux personnages nous fait entrevoir ce que devait être la peinture gréco-bouddhique; ailleurs, nous sentons une parenté avec l'Asie centrale; enfin, la peinture que nous reproduisons et qui nous semble la plus belle, nous ramène à l'Inde, et paraît antérieure aux grandes cavernes d'Ajanta. ** Dans la partie chinoise de l'exposition, l'intérêt se porte principalement sur le Tien-long-chan.

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BULLETIN DES MUSÉES Ces grottes, récemment découvertes, ont été visitées par une mission japonaise, par M. Sirén et par M. Lartigue. De fort bonnes photographies exécutées par ces deux derniers, des estampages et une statue rapportés par M. Lartigue permettent d'en avoir une idée d'ensemble. Elles révèlent un aspect assez inattendu de l'art chinois, une grâce, une souplesse rare et étonnamment proche de l'art hindou. La première vague d'influence hindoue sur l'art chinois nous était connue, mais elle n'arriva en Chine qu'après avoir subi une assez grande évolution. On sentait qu'une seconde K'i-u-ping. Si, comme le style le fait supposer, ces sculptures sont de la même date que le tombeau (117 avant l'ère chrétienne) elles sont, avec le cheval écrasant le barbare du même tombeau, photographié par la mission Segalen-Lartigue-De Voisins en 1914, les plus anciennes sculptures chinoises en pierre actuellement connues. Le catalogue de l'exposition contient, avec la liste des photographies et des objets exposés, des introductions indiquant l'histoire des travaux et l'intérêt des découvertes. Des illustrations reproduisent, au trait, des détails des peintures de Bâmiyân. Philippe Stern. AU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS L'exposition Georges Desvallières Le Musée des Arts Décoratifs a été parfaitement inspiré en nous montrant, après l'œuvre de Maurice Denis, après le grand rideau du Théâtre de Lyon de M. Jaulmes, le significatif ensemble de peinture décorative que vient de terminer M. Georges Desvallières pour M. Jacques Rouché et qui doit prendre place dans la chapelle de son château de Saint-Privat, près d'Avignon. Des esquisses ou des fragments en avaient déjà été montrés à plusieurs reprises, mais il est intéressant de voir dans sa proportion et sa composition totale et son exécution définitive, l'œuvre émue, sincère et réfléchie qu'a conçue et réalisée M. Desvallières, en mémoire du sacrifice de la guerre. L'œuvre, quelque jugement que l'on en porte, commande le respect. Peut-être pourrait-on, du point de vue de l'ordonnance, en contester la plénitude sans repos qui emplit et étouffe un peu l'atmosphère de la pièce, relativement étroite, où elle se déploie. On est saisi par les effets violents et après où se retrouve je ne sais quel accent espagnol des grandes figures traditionnelles, par ce Dieu le Père terrible comme une figure du vieil Herrera, ce calvaire mouvementé et dramatique comme une composition du Greco, par ce meurtre d'Abel précieusement compliqué de tons rares et assourdis où reparaisent des souvenirs de Gustave Moreau, ce Christ sanglant enveloppé dans le drapeau du Sacré-Cœur où se retrouve le type du puissant Christ flagellé qui est exposé dans les salles voisines : tout cela émeut et s'impose plus que cela ne séduit et ne charme et l'on s'arrête avec soulagement devant le charmant ange lumineux de la Résurrection, le seul point où l'auteur nous laisse respirer, dans l'oppression de ces visions d'angoisse et de cauchemar. Quelques fraîches maternités des salles voisines sont là, du reste aussi, pour nous rappeler que M. Desvallières n'a pas toujours vu aussi sombre et aussi tragique et que sa religion peut à l'occasion être douce et humaine. Phot. Sirén Sculpture du Tien long chan. Art chinois bouddhique vague d'influence devait avoir eu lieu plus tard. M. Maître, il y a 25 ans déjà, en signalait l'aboutissement au Japon dans des monuments de la fin du vire, début du vire siècle. Elle se dévoile en Chine au Tien-long-chan. Les statues de ces grottes, d'une très grande beauté, nous montrent parfois un hanchement souple, des étoffes légères et transparentes qui nous font songer aux plus belles époques de l'art hindou, à des modèles admirables qui ont sans doute disparu. L'exposition est complétée, pour la Chine, par des photographies de M. Sirén : sculptures bouddhiques restées «in situ» et de M. Lartigue. Les plus intéressantes de ces dernières sont celles d'animaux frustes et réalistes, du tombeau de Houo

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MUSÉE DU LUXEMBOURG L'annexe du Musée du Luxembourg, située au Jeu de Paume des Tuileries, a été consacrée, à partir du 4 avril dernier, à l'exposition des récents achats de l'Etat. MUSÉE GALLIERA Pendant la durée de l'exposition des Arts décoratifs, la ville de Paris et le ministère des Beaux-Arts organiseront, au Musée Galliera, une exposition consacrée aux rénovateurs de l'art appliqué de 1890 à 1910. Elle sera réservée aux œuvres réalisées en France pendant cette période dans toutes les matières et toutes les techniques, aussi bien par les artistes vivants que par les artistes disparus. Aux collections du Musée du Luxembourg, du Petit-Palais, de Galliera et des manufactures nationales, seront jointes les œuvres prêtées par des collectionneurs ou les familles des disparus. AU MUSÉE VICTOR-HUGO L'exposition Georges Victor-Hugo Le peintre Georges Victor-Hugo, petit-fils du grand poète, vient de mourir. Il laisse une œuvre assez étendue d'un réalisme tantôt charmant, tantôt tragique, et dont beaucoup d'éléments viennent d'être réunis, par les soins habiles de M. Raymond Escholier, à la maison de Victor Hugo. Georges Victor-Hugo fit une peinture de demi-ton, reflet d'une époque très littéraire, où l'on chérissait la nuance plus que la couleur, où l'on ne dédaignait pas un certain vérisme mondain. GEORGES VICTOR HUGO. Dessin, plume et lavis. Ses études de jeunes femmes, ses portraits de Victor Hugo intime à Hauteville-House, ses fleurs, ses types d'enfant, sont dans la manière des premières œuvres de Roll, de Besnard. Certaines notations font penser aux esquisses de Forain. Peinture claire, désinvolte et pourtant de bon ton, souvent séduisante, rarement vigoureuse. La guerre vint offrir à Georges Victor-Hugo une inspiration nouvelle. C'est elle qui lui suggéra ses tableaux les plus émus; et je crois que parmi les œuvres reproduisant de brefs sites ravagés, de menues et tragiques scènes de la tranchée, les toiles de Georges Victor-Hugo sont les plus puissamment évocatrices. Elles sont traitées, pourtant, sans précision linéaire ou anecdotique, sans insistance narrative, de cette manière un peu hachée, un peu floue habituelle à l'art de Georges Victor-Hugo; mais on éprouve devant elles, aujourd'hui que les voilà réunies dans la maison célèbre, ce qu'on avait éprouvé naguère au pavillon de Marsan, la première fois qu'elles furent exposées en groupe. Ces tableaux sont le fait d'un esprit profondément frappé par des spectacles qui cachaient tant de tragique et tant d'angoisse sous une apparence presque anodine; et mieux que tout autre, Georges Victor-Hugo sut montrer ce qu'il y avait de menace dans la simple masse de coton jaune (matelas soudain éparpillé dans le ciel par l'invisible main de quelque prestidigitateur géant), d'un gros schrapnell éclatant au-dessus d'un sol blême et nu, mais où l'on sent que des tranchées circulent, à fleur de boue, comme des veines à fleur de peau. Robert Rey. UN PAYSAGE DE REMBRANDT au Musée d'Aix-en-Provence Notre éminent collaborateur, le Dr Bredius, dont on connaît les beaux travaux et la compétence universellement reconnue sur l'école hollandaise et

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[43] BULLETIN DES MUSÉES 123 en particulier sur Rembrandt dont il possède lui-même quelques œuvres admirables déposées au Mauritshuis de la Haye, ou installées dans le Musée dont il a fait don à la ville de la Haye, a bien voulu nous envoyer du midi de la France, où il réside actuellement, la note suivante concernant un tableau du Musée d’Aix. Quand, en 1900, je visitai le Musée d’Aix, déjà un paysage, attribué dans le catalogue à Cornelis Decker (le nom de Conrad Decker est inscrit sur le cadre) attirait mon attention spéciale. Je croyais alors reconnaître dans cette peinture la main d’un peintre inconnu, très rembranesque, dont le Musée de Groningue possède un paysage, largement brossé et très remarquable. Récemment, en regardant le tableau de nouveau, je fus frappé plus encore de la ressemblance REMBRANDT. Paysage. (Musée d’Aix-en-Provence) avec les paysages connus de Rembrandt lui-même, peints entre 1635-1640 et publiés dans l’ouvrage de Bode et le recueil très répandu : Klassiker der Kunst. C’est le même éclairage de tous ces tableaux, avec la lumière très concentrée sur une partie du paysage : ici, sur l’eau, au milieu, et le pont, le pont qu’on revoit sous d’autres formes et sur le tableau d’Amsterdam, et sur les tableaux de Brunswick et d’Oldenbourg, le dernier récemment acquis pour le Musée de Berlin et reproduit cette année dans la Zeitschrift für bildende Kunst. Le ciel, d’un bel effet, est tout à fait digne de Rembrandt ; les figurines, la voiture avec les chevaux en action de monter près du pont, la manière dont les arbres sont peints, le petit obélisque dans le fond, tout fait penser au grand Maître. La couleur un peu claire et, dans les arbres, très jaunâtre rappelle beaucoup le paysage qui était jadis au Musée d’Oldenbourg. Les roseaux, un peu durement trai- tés se retrouvent dans le paysage avec Diane et Actéon, prêté depuis longtemps au Musée Royal de la Haye par le Prince de Salm-Salm d’Anholt (Klassiker der Kunst, p. 168). Je crois donc, que le Musée d’Aix possède, non pas un, mais deux Rembrandt: la magistrale étude d’après lui-même, que l’on a, à tort, longtemps considérée comme un pastiche, et ce paysage, appartenant à cette série de paysages de sa première période, bien différents encore du grand paysage de Cassel, mais certainement intéressants, comme tout ce qui est sorti de la main du grand Maître de la Hollande. Le tableau, sur toile, mesure $64 \times 95$ centimètres. A. BREDIUS. AU MUSÉE DE BOURG-EN-BRESSE La collection archéologique du Musée de Bourg s’est accrue récemment d’une pièce importante : l’ancienne cuve baptismale de Notre-Dame. Sa forme octogonale à pied unique la classe dans cette catégorie de fonts dont on connaît des spécimens de la fin du xixe siècle, mais qui n’apparaissent en nombre qu’à partir du xve. Quoique d’aspect très archaïque, elle ne peut avoir été exécutée avant le milieu du xime siècle; car c’est seulement alors que Notre-Dame, simple chapelle, mais sanctuaire vénéré et desservi par de nombreux prêtres, réunit dans son enceinte presque tous les habitants de la commune. Beaucoup y suivaient les offices à cause de la légende dont s’auréolait sa fondation, mais beaucoup aussi parce que l’église paroissiale, située à Brou, — c’était celle qu’allait remplacer le fameux édifice de Marguerite d’Autriche, — leur paraissait trop loin du centre de la cité naissante. A ce moment, il devenait possible de commander pour Notre-Dame des fonts de pierre. Mais il paraît encore plus probable, à cause de la forme des arcatures qui l’ornent, que la cuve du Musée date du xive ou du xve siècle; elle serait donc postérieure aux fonts de Saint-André de Bagé et de Saint-Paul-de-Varax. En tout cas, elle fut parmi les premiers fonts qui servirent, à Bourg, à baptiser selon le mode dont l’usage continue; car, jusque vers la fin du xie siècle, c’est par immersion que l’on conférait le baptême, à certaines dates déterminées et, en général, pour les seuls adultes. L’ensemble de cet ouvrage est consciencieux et lourd. L’intérieur en a été façonné depuis le haut jusqu’aux trois trous d’écoulement par des moyens primitifs. Le bord, très légèrement biseauté, a beaucoup de rugosités; et, sur le trèfle de l’un