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3e Année. — Numéro 14 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • L'EXPOSITION INTERNATIONALE DES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES LES ARTS DE LA TERRE ET DU METAL La Céramique Pour apprécier la beauté d'une architecture et celle d'un meuble, on pourrait dire que la commune raison suffit, à condition d'être éclairée par le goût et dégagée des conventions scolaires. Pour connaître un objet d'art interviennent des éléments beaucoup plus complexes. Il faut pénétrer dans le secret du métier. Il ne suffit pas de constater une forme agréable, une silhouette heureuse, un décor ingénieux : il faut supputer les qualités d'exécution, le judicieux emploi des moyens techniques et surtout le parti que, des propriétés de la matière, a tiré l'artiste. Mais plus qu'aucune autre cette étude a des attraits. Seule, elle établit une correspondance entre l'œuvre et le spectateur, seule, elle donne à celui-ci un critère valable. Entre une ferronnerie de forge, exécutée au marteau, et la même composition, réalisée par les procédés nouveaux de soudure, le grand public n'aperçoit peut-être aucune différence. Les deux choses n'ont toutefois aucune ressemblance aux yeux d'un connaisseur. Entre une céramique industrielle et l'œuvre unique d'un artiste, il n'y a rien de commun : ce serait tomber dans une étrange erreur que de les comparer. Elles sont faites par le même outillage, mais non de la même manière. (Géo Rouard, éditeur). Les substances minérales, que le céramiste applique, en poudres délayées dans une gomme liquide, sur la pâte qui deviendra le grès ou la porcelaine, sont toujours des oxydes. Le traitement par le feu les décompose : ils perdent leur oxygène qui laisse, à l'état instable, une base métallique prête à se combiner avec les gaz élaborés au grand feu. L'industrie, qui cherche des séries parfaites, a grand intérêt à régulariser la composition des milieux gazeux : elle travaille donc au feu d'oxydation, c'est-à-dire qu'ouvrant tout

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BEAUX-ARTS SIMMEN. Vase en grès. grand les orifices de ventilation, elle fait circuler dans son four une atmosphère riche en oxygène. Un artiste, au contraire, ne cherche à créer que des œuvres uniques, dont chacune soit la cristallisation d'une idée, et, dans une certaine mesure, une expérience nouvelle. Il travaille généralement au feu de réduction, c'est-à-dire en chargeant son atmosphère de gaz carboniques, afin de provoquer des combinaisons beaucoup plus riches en effets de couleur et beaucoup plus variées. Il lui faut donc déterminer ces combinaisons et conduire son feu de telle manière qu'à la température à laquelle se dissocieront les substances colorantes, l'atmosphère gazeuse contienne les éléments de substitution propres à stabiliser à nouveau les bases métalliques libérées. Le beau métier du céramiste connaît d'autres difficultés : elles tiennent à la matière même du support. Le grès, à la vérité, se traite avec une certaine facilité. Sa pâte, une argile mêlée de soude, est éminemment plastique. Elle est cohérente et robuste, et c'est un spectacle émouvant que celui du potier qui, dressant la forme sur le tour, modèle un vase aux beaux flancs. La rétraction qu'au feu subit le grès, s'accomplit en deux étapes. Un premier passage au feu de dégourdi l'exonère de son eau. Sur la forme sensiblement amincie et qui ne perdra plus, au traitement définitif, qu'une faible proportion de son volume, l'artiste peut donc poser, sans crainte de trahison, son revêtement d'émail. Le travail de la porcelaine est beaucoup plus compliqué, plus difficile et plus aventureux. La porcelaine est une substance pulvéruente et maigre, qui se congrège mal et reste extrêmement friable et fragile jusqu'au moment où le grand feu, l'attaquant directement, en opère la transmutation. Elle n'essuie, en effet, aucun dégourdissement préalable. Elle se réalise tout d'un coup, dans sa matière et dans son émail, — dans sa chair et dans son épiderme : il va sans dire qu'il ne s'agit pas, ici, des applications postérieures d'or ou de peinture, fixées au petit feu ; celles-ci ne relèvent pas plus du métier du céramiste que l'aquarelle appendue au mur ne relève de l'architecture. De l'art du céramiste, l'Exposition des Arts décoratifs atteste, en France et dans certains pays, notamment le Danemark, l'éclatante renaissance. Dans le domaine des recherches originales, elle montre de véritables chefs-d'œuvre de technicité, d'invention et d'habileté ; dans le domaine industriel, d'excellents modèles de vaisselle et de poterie décorative. Remarquons encore ici que la palette se réduit à mesure que le grand feu s'élève en température, la plupart des métaux se volatilisant à 1200 degrés. Mais de cette instabilité même, il est vrai, des praticiens expérimentés peuvent tirer parti. On sait, d'Emile Decœur, certaines pièces dont une première cuisson, faite au feu d'oxydation, n'avait laissé subsister qu'une sorte de préparation de fonds, sur laquelle un nouveau jeu d'émaux fut posé. L'école danoise paraît chercher avec prédilection les effets délicats dus à la volatilisation de la matière colorante. Un certain nombre de figurines, d'exécution d'ailleurs impeccable, révèlent, rehaussé par des touches d'or appliquées postérieurement, un dessous de ton bis Cl. Rouard LENOBLE. Vase en grès.

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BEAUX-ARTS produit par la volatilisation d'une première dorure. C'est avec un intérêt très vif qu'on étudie l'exposition de la céramique danoise. C'est une des manifestations capitales de l'Exposition. La porcelaine, le grès, la faïence ont également sollicité ces sculpteurs, ces décorateurs et ces praticiens de qui le Grand Palais réunit les œuvres. La porcelaine de Copenhague est renommée, et l'est avec raison. Sa matière est fine et pure, son émail est lumineux, ses formes, après 1900, représentèrent le modernisme le plus clairvoyant : elles restent aujourd'hui fort agréables, notamment dans les stylisations d'animaux observés avec beaucoup d'esprit. Les deux manufactures de porcelaine danoises ont maintenu cette technique. Mais chacune d'elles rivalisant d'efforts et de savoir, faisant appel au concours des artistes les plus différents, multipliant les recherches de laboratoire, s'ingénie à se renouveler. Dans l'ordre des formes, un jeune artiste, M. Malinowsky, attaché à la manufacture royale, rajeunit, avec une grâce et une fraîcheur toutes nouvelles, le charmant style du dix-huitième siècle : gestes coquets, pudeurs tardives, gaucheries savantes. Ses figurines orientales décorées sur émail, sont d'une exceptionnelle perfection. En M. Gerhard Henning, M. Malinowsky possède un émule. Tous deux usent du même procédé. C'est pareillement sur l'émail, à la manière ancienne, mais avec un sentiment précieux tout moderne que M. Gerhard Henning décore les vases flanqués de ENGELHARDT. Vase en porcelaine. (Manufacture royale de Copenhague). figurines dont la réussite, attendu leurs grandes dimensions, est fort remarquable. De la manufacture royale sortent aussi les céramiques de M. Jais Nielsen, réalisées, non pas en porcelaine, mais en grès assez rude. C'est d'un retour aux formules primitives que M. Jais Nielsen paraît attendre un renouveau. Il interprète avec une naïveté d'imager populaire les motifs bibliques dont il orne le flanc de ses énormes poteries ou qu'il modèle en haut-relief. En grès encore, M. Knud Kyhn a réalisé des morceaux qui comptent parmi les plus intéressantes et personnelles créations de la céramique moderne : un admirable masque de tigre, plusieurs groupes de singes, quelques figures humaines qu'on croirait sculptés dans une matière naturelle tant leur style est direct et franc. Mais à chacune des créations de l'illustre maison, la manufacture de Bing et Grondahl oppose une formule analogue. De telles émulations sont grandement favorables au développement des techniques. Aux porcelaines très pures, très soignées de détail, un peu précieuses — mais un certain raffinement ne va pas sans préciosité — de la manufacture royale, le regretté Kai Nielsen, mort en 1924, opposait une série d'œuvres également parfaites et de grandes dimensions, notamment ce grand surtout d'Amphitrite qui compte parmi les chefs-d'œuvre de la porcelaine. Trois dames, Milles Hegermann-Lindencrone et Fanny Garde et Mme Jo Hahn Locher, ont créé, d'autre part, un procédé des plus remarquables, celui de la porcelaine sculptée. Qui connait la faible plasticité de Cl. Rouard DECCEUR. Vase en grès.

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BEAUX-ARTS M. PEDERSEN. Statuette en porcelaine. (Manufacture royale de Copenhague). l'indocile matière, et d'autre part, les précautions inouïes qu'exige la mise au four de pièces dont les étais et les supports rétractiles doivent accompagner les mouvements de contraction, reste confondu devant de telles réussites. On peut contester le style de ces grands vases revêtus d'herbages et de coquilles marines, ou de larges fleurs aux gras feuillage, mais non la patiente habileté ni le rare savoir de leur exécution. A cette virtuo- JEAN GAUGUIN. Grès. (Manufacture de Bing et Grondahl. Copenhague). sité, d'ailleurs, l'une des trois collaboratrices, Mme Jo Hahn Locher ajoute un autre talent : elle crée des émaux mats, tout blancs ou rehaussés de notes grises, de la plus exquise délicatesse. Enfin, c'est des fours de Bing et Grondahl que M. Jean Gauguin, fils du maître de Tahiti, maître lui-même ès arts du feu, vient de tirer cette nouvelle matière, qui tient de la terre cuite et du grès, se pétrit comme l'argile plastique et doit au feu, tout à la fois, l'inaltérabilité et la dureté : la roche céramique. Dans cette rude et robuste pâte, M. Jean Gauguin modèle d'étranges et barbares Cl. Lapina GENSOLL. Vase en porcelaine dure. Décor de grand feu. (Manufacture nationale de Sèeres). figures d'animaux et d'homuncules, voire de véritables statues, au style pur et simple comme celui du treizième siècle. Il y affirme, avec une originale et fertile imagination, la vision du mouvement la plus énergique et la plus hardie. Il est à noter que, de tous les pays où se manifeste une renaissance de la céramique, celle qui la cultive avec le plus de succès et d'éclat, le Danemark, est aussi le seul à conserver le goût des « rustiques figulines ». Il est vrai que la Hollande expose, dans son stand de la galerie de l'Esplanade, quelques images de vieilles, d'oiseaux et d'animaux, d'inspiration japonaise et d'exécution minutieuse ; que les Tchécoslovaques, témoin M. Hubert Kovarik, exécutent, en faience blanche, d'intéressantes stylisations des formes féminines.

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BEAUX-ARTS Mais l'art céramique, d'une manière générale, abandonne l'interprétation de la figure humaine. Il attache plus de prix à créer de beaux vases au galbe robuste que ces délicats bibelots. Notons ce symptôme de l'évolution du goût moderne. Les devanciers plaçaient l'homme au centre de leur monde et de leurs idées. Ils rapportaient à lui l'univers ; nous sommes devenus plus modestes, et savons, d'autre part, aimer les formes pour elles-mêmes, indépendamment du motif qu'elles rappellent. D'ailleurs, à Copenhague même, toute une jeune école élabora un art qui vaut par les for- Vase en faïence décorée. (Manufacture royale de Copenhague). peut y avoir plus de beauté dans l'union d'une forme simple et d'un émail rare que dans une pièce richement peinte et rehaussée d'or. La parfaite pureté de la porcelaine que créent nos ateliers nationaux justifie, il est vrai, dans une certaine mesure, la formule de Sèvres. Il y a intérêt à maintenir cette sorte de parangon de la porcelaine transparente, d'autre part, il peut y avoir quelque mérite à conserver une tradition qui nous vient du XVIIIe siècle et qui trouva, par exemple à Delft et à Tournay, des expressions exquises. Mais on voudrait voir les savants prati- Cl. Lapina GAUVENET. Vase en porcelaine dure, décor de grand feu. (Manufacture nationale de Sèvres). mes et par les matières, témoin les porcelaines bleues « peau de serpent » de M. Proschowsky. Depuis de longues années, les nôtres ont accompli cette évolution. Il n'est pas un céramiste de quelque autorité qui sacrifie encore au sujet. A peine la figure humaine fournit-elle à certains d'entre eux, plus décorateurs que proprement potiers, tel M. René Buthaud, d'ingénieuses dispositions de lignes et de tons. En thèse générale, l'art français, épuré, châtié, spiritualisé, cherche ses éléments d'intérêt dans les seules beautés de métier. Sans doute, le goût du décor sévit encore à Sèvres comme dans tous les grands établissements à caractère officiel. Il sera très difficile de faire admettre à des praticiens, qui réduisent l'art qu'ils exercent à l'habileté professionnelle, qu'il J.-J. ADNET. Vases en faïence décorée. (Atelier de la Maîtrise).

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BEAUX-ARTS GoupY. Assiette en porcelaine. (Rouard, éditeur). ciens que forme Sèvres tenter aussi quelques aventures. On voudrait voir ces ateliers, capables d'un effort aussi sérieux et aussi cohérent que celui qu'a suscité l'admin.strateur de la manufacture, M. Lechevallier-Chevignard, et dont témoigne le pavillon de l'Esplanade, renouveler leurs recherches et ne pas se contenter de rajeunir les formes et les décors, mais aussi les matières céramiques. Techniciens du grès, comme MM. Lenoble, Simmen, Massoul, Raoul Lachenal, Catteau ; de la porcelaine, comme M. Decœur, tous les hommes qui donnent des directions à l'art contemporain adoptent néanmoins un style dépouillé. Ils considèrent qu'un abus d'accidents pittoresques a pour effet d'altérer le style. L'œuvre des deux maîtres de la céramique française contemporaine, MM. Decœur et Lenoble, est à cet égard, pleine d'enseignements. M. Lenoble est un praticien de race. Il possède une compréhension singulièrement aigue de cette matière compacte et grasse, rude et charnue, le grès, dont il sait, par de légers reliefs, ou par quelque marque du travail, animer la surface. M. Lenoble n'est pas moins habile à tirer parti du feu. Quelques-unes des œuvres qu'il expose, à l'Ambassade de France, dans l'Hôtel du Collectionneur organisé par M. Ruhlmann, et chez les Artisans contemporains réunis par M. Geo Rouard, en témoignent avec une autorité magistrale ; ce sont des vases de grande dimension, cingulés d'un large bandeau floral, dont le beau dessin, puissamment résumé, généreux et plein, se détache en bis sur un champ évidé plus sombre. SUE et MARE. Vase de fruits en faïence blanche. (Compagnie des Arts français). Encore M. Lenoble conserve-t-il un certain goût du décor. M. Emile Decœur ne demande d'effets qu'à la matière même. Aucun ornement, si ce n'est parfois un rang de perles marquant leur épaulement, n'altère la simplicité de ses nobles vases. Aucun effet de couleur n'en trouble la tranquillité. Cependant, telle est la perfection d'un art savant et sûr entre tous que sa gravité même est intéressante ; elle se change en intensité ; elle impose à la pensée du spectateur un grand sentiment de concentration et de claire volonté. M. Decœur est, en effet, l'un des artistes à qui les arts du feu doivent le plus de découvertes. Il fut le premier à tenter, avec succès, l'application des engobes sur le grès ; le premier, restaurant les procédés des céramistes chinois, il employa la porcelaine en qualité de support, renonçant à ses classiques effets de translucidité pour assurer à SUE et MARE. Cafetière en faïence blanche. (Compagnie des Arts français).

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BEAUX-ARTS ses revêtements d'émail, soutenus par la subtile matière, une contexture à la fois transparente et profonde. Il y a là tout un savoir. A ses réalisations, aucun des confrères de M. Decœur n'oppose aucune équivalence. Il n'y a pas de courtoisie qui puisse engager à taire l'évidente faiblesse des céramistes britannique, encore attachés aux formules de 1900, habiles ouvriers assurément, mais aussi dépourvus du sens de la matière que du génie des formes. Quelques flammés constituent leur unique effort. Leur porcelaine de table même est dénuée d'intérêt. On cherche, en vain, dans ce vaste hall qu'occupent au Grand Palais, les vitrines britanniques, un modèle un peu nouveau, témoignant de quelque invention et de quelque agrément. Du moins, certaines nations, comme la Suède, qui se bornent à montrer de la céramique usuelle, ne créent-elles rien qui soit indifférent ou banal. Ses porcelaines de table sont cherchées dans la forme et dans le décor ; certains modèles, même, sont charmants, témoin ce service dont une série de filets bleus concentriques, entourent les volumes d'une sorte de clissage léger. Dans ce domaine, cela va sans dire, le Danemark a produit nombre de modèles intéressants. Une seule nation rivalise avec lui, c'est la France. Notre industrie céramique fait des assiettes blanches, uniquement timbrées d'un monogramme discret, proprement exquises. M. Geo Rouard, qui fut l'un des premiers, dans l'industrie, à discerner la viabilité de l'effort moderne et des plus énergiques à le seconder, M. Géo Rouard est aussi le seul avec M. Jean Luce, à montrer un ensemble de modèles bien étudiés. La plupart sont dus à M. Marcel Goupy, décorateur ingénieux et plein de goût, qui sait donner de l'intérêt, sans insistance ni lourdeur, à des décors élégamment simples, et renouveler avec bonheur les éternels motifs du décor : les treillages et les fleurs, les corbeilles et les vases de fruits. M. Jean Luce, lui, cherche des effets plus marqués. Il compose avec une volonté de stylisation plus arbitraire et, faïencier, se plaît à conserver à ses décors une sorte de caractère populaire. Dans cet art de la faïence, l'on peut regretter que peu de recherches aient été tentées. Du moins, MM. Sue et Mare montrent-ils, dans leur Musée d'Art contemporain, un ensemble de grosses pièces, au

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beau ton crème, aux formes pleines, dans la composition desquelles s'affirme à nouveau le grand goût et le large style des deux collaborateurs. La Verrerie L'art du verre, comporte les mêmes catégories que l'art céramique. Il utilise pareillement, deux matières différentes, car le cristal industriel est une autre chose que le verre. Il admet une décoration surajoutée, comme la céramique admet la peinture à l'émail. Mais aussi, l'artiste qui connaît les propriétés de la matière et sait les exploiter logiquement et dans leur sens obtient des effets incomparables de pureté, de grâce, et de nouveauté. Le métier du verre est encore un métier, au sens complet du terme. C'est même celui qui demeure le plus fidèle à ses pratiques primitives. Sans doute, ainsi qu'aujourd'hui l'industrie céramique, au lieu de tourner la barbofine de porcelaine, travail difficile et minutieux, la fait mouler par des apprentis, l'industrie verrière, au lieu de souffler les pièces d'un certain volume, travail également laborieux et dont la conduite exige une grande expérience, les fait couler. Mais faut-il regretter la désuétude des vieilles méthodes? L'art ne trouve-t-il pas son compte à l'adoption des procédés mécaniques? CL. Bernès-Marbouteau GRUBER. La Pêche. Vitrail pour la salle à manger d'une ambassade. LALIQUE. Vase en verre. C'est là une grave question, qu'il n'est pas inutile d'examiner. Toute une organisation professionnelle et législative s'applique actuellement à restaurer l'apprentissage. On fait appel à l'école, on institue des taxes pour alimenter une sorte de Werkbund, à la vérité timide. Mais les jeunes gens n'en désertent pas moins les métiers devenus ingrats. Dans une des rares villes où subsiste une verrerie, s'est installée voici quelques années, une fabrique de bonneterie : travail facile, propre, sans danger et relativement bien payé : le recrutement des verriers s'est incontinent tari. Pourquoi ces jeunes gens resteraient-ils attachés au dur métier peu rémunérateur, le consommateur n'admettant pas de payer un verre de table, même grossier, à son véritable prix ? Sans doute, le métier même a BARILLET. Vitraux du Pavillon de Mulhouse.

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BEAUX-ARTS 225 des attraits singuliers : mais seule une élite peut y être sensible. Il faut de hautes et rares qualités morales pour sacrifier sa commodité au plaisir de faire œuvre personnelle. On alléguera les vieux artisans qui faisaient, eux, œuvre d'artistes. Mais ils ne pouvaient faire autrement, faute d'outillage mécanique. Ils étaient originaux en dépit d'eux-mêmes. En tout état de cause, le machinisme moderne détermine des conditions de travail moins pénibles. La plupart des ouvriers s'y adaptent avec préférence. A l'industrie de chercher à composer des modèles pour l'exécution mécanique, au lieu de s'épuiser à galvaniser le corps mort de l'apprentissage. Que n'établit-elle de belles formes simples et robustes, qu'aime, d'ailleurs, le goût contemporain, au lieu d'utiliser la machine à contrefaire, mal et froidement, les effets savoureux du travail à la main ? Le métier du verrier sera, d'ailleurs, l'un des plus tardifs à se renouveler. Sans doute, certaines coupes épaisses pourraient être, et sont, en effet, coulées en moule. Les pièces décoratives, en pâte de verre colorée dans la masse et décorées de reliefs, sont elles-mêmes exécutées ainsi et l'œuvre charmante de style et de couleur d'un Decorchemont, atteste les ressources qu'un artiste y peut trouver. Mais il n'est que le souffle humain pour donner aux bulles de verre les beaux gonflements que marquent les luisants précis et nettement écrits. Le métier du verrier comporte presque uniquement l'intervention de l'artisan, qui doit avoir achevé sa pièce dans un temps donné, sans interruption ni correction. Son outillage est des plus primitifs. Un long tube d'acier du bout duquel le praticien effleure la surface d'un vaste creuset incandescent, enfermé dans le four. Ce premier noyau dans lequel l'artiste ménagera tout de suite le passage du souffle, sera, dans la suite, enrobé dans une ou plusieurs couches de verre, cueillies — c'est le terme — de la même manière. Mais cette matière en fusion tend à couler à terre. Le verrier doit donc rattraper perpétuellement sa chute en tournant sans arrêt sa canne entre ses doigts : non d'une manière égale et régulière, mais opportunément. C'est par le souffle qu'il donne la forme à la pièce. Une verrerie se modèle par l'intérieur. Les instruments professionnels ne servent qu'à compléter les effets

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BEAUX-ARTS du souffle. Ces instruments sont eux-mêmes fort simples : un cube entaillé d'un segment de sphère et muni d'un manche — la mailloche — pour galber les formes courbes, une palette pour aplanir les droites, enfin des pinces, les unes métalliques descendant direct des maîtres du dix-huitième siècle, M. Lalique peuple, avec beaucoup de goût, son pavillon particulier de ses plus récentes et importantes créations. C'est ainsi qu'il oppose à ce délicat service que porte la table de sa salle à manger de sycomore incrusté d'argent, l'énorme vase fait de plaques de verre assemblées, dont le jeu de reliefs fait valoir à la fois la transparence et la délicatesse. C'est là un procédé particulier à l'artiste. Pour obtenir des effets de profondeur, M. Maurice Marinot, au contraire, creuse dans le verre incolore, des sillons, des crevasses, des failles, dont les ombres légères animent d'une vie mystérieuse la lumineuse matière. Occupant une vitrine dans la galerie de l'Ambassade, exposant dans le pavillon de MM. Sue et Mare, M. Maurice Marinot règne sur- EDGAR BRANDT. Grille en fer forgé du pavillon Ruhlmann. les autres munies de lames de bois, pour modeler les lèvres des vases. L'installation du verrier n'est pas moins primitive : elle se compose d'un banc, muni de deux tiges d'acier, perpendiculaires à son axe et sur lesquelles, au cours des opérations de moulage, le verrier appuie et tourne sa canne. C'est là, tout l'outillage. Car le four, au contraire de celui du céramiste qui constitue proprement un instrument de travail, ne sert qu'à fournir la matière utilisable. De ces moyens sommaires, un artiste sait néanmoins tirer un admirable parti. Peu de matières possèdent la spiritualité du verre. Ses effets sont infiniment variés ; il recèle toutes les possibilités, il concrétise toutes les hypothèses du goût. Il peut affecter la gracie la plus fragile et la robustesse la plus puissante. Il peut être clair et diaphane comme un glagon, épais comme le limon. C'est à M. René Lalique, d'orfèvre devenu verrier, qu'est due la renaissance du verre en France. Resté fidèle aux formules décoratives qui font de lui un Porte d'entrée de la bibliothèque de Reims. SAINSAULIEU, architecte. Schwartz-Haumont, ferronnier. tout dans la boutique de la curiosité moderne, organisée sur le pont Alexandre par M. Adrien Hébrard, fondeur d'art. Voici du maître, des verres émaillés, des verres gravés de diverses teintes et décorés dans la masse. Il semble qu'il n'y ait ressource du verre que n'aît exploitée M. Maurice Marinot, procédé technique qu'il n'aît développé

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BEAUX-ARTS ou perfectionné. Ses émaux, c'est au grand feu qu'il les applique, au grand feu de verrier qui n'est pas le grand feu de céramiste. Il les applique de telle manière, pour obtenir des effets plus rares et plus riches, que parfois c'est l'oxyde le plus fusible qui constitue le ton de fond. Soufflant et réalisant lui-même, M. Maurice Marinot crée des formes aussi nouvelles que nobles, des alliages de matières aussi heureux que savants. Son œuvre, infiniment variée, n'atteste pas seulement un savoir et une habileté exceptionnels, mais l'inépuisable invention, la faculté de voir d'une manière originale, la personnalité profonde que possèdent seuls les maîtres. Des œuvres de cette qualité sont, à l'Exposition, sans rivales. Quelque talent et quelque goût qu'affirment les verriers français et étrangers, ce sont toujours des décorateurs : ils composent d'agréables aquarelles que des praticiens réalisent. Les œuvres, évidemment, n'en sont pas plus mauvaises, mais elles conservent un certain caractère d'anonymat. En effet, l'auxiliaire à qui fait appel l'inventeur du décor ne saurait être libre, il ne saurait improviser, imaginer une solution peut-être plus heureuse, et c'est justement sa fidélité scrupuleuse au projet qui prive la réalisation de toute nouveauté d'accent. Les verreries décorées d'émaux composées par les Jean Luce et les Marcel Goupy n'en sont pas moins charmantes. Le goût des deux artistes, l'un plus soucieux de style et plus hardi, l'autre plus attentif aux besoins généraux, se manifeste avec éclat dans leurs œuvres exposées, celles de M. Jean Luce au Grand Palais, dans la classe du verre, celle de M. Goupy dans le pavillon des Artisans Français. La verrerie française a d'autres champions : la cristallerie de Baccarat témoigne d'un intéressant désir de renouvellement : ses coupes, ses jardinières, ses vases de cristal épais aux formes très simples, aux proportions très belles, révèlent une intelligente adaptation aux formules modernes. La verrerie lorraine de Daum s'attache, non seulement à maintenir le métier de Gallé, mais encore à renouveler ses procédés décoratifs selon le goût nouveau. L'étranger n'offre que peu de manifestations intéressantes en matière de verrerie. Les plus originales pourraient bien être les œuvres d'un artiste