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BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
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LE GRAND PALAIS ET LES SOCIÉTÉS D'ARTISTES
Une inscription solennelle placée au frontispice du Grand Palais sur l’avenue d’Antin constate que cet édifice a été consacré par la République à la gloire de l’art français.... et cependant, on sait, par une expérience annuelle, quels locataires successifs et variés l’État y abrite : les autos, les avions, les machines agricoles, sans compter les chevaux, les poules et les poissons. Les Sociétés d’Artistes qui en bénéficient entre temps estiment, non sans raison, que les concessions qui leur sont faites sont trop rares et les voisinages qu’on leur impose un peu compromettants.
Tout dernièrement à l’une des séances de la Semaine des Travailleurs intellectuels que présidait M. Albert Besnard, M. André Léveillé développa et fit voter par la section des arts plastiques et graphiques de la C. T. I., le vœu que « en attendant la construction du Palais des Expositions, soit établi un statut régulier et définitif des concessions du Grand Palais aux Sociétés artistiques ».
Définitif? le mot est peut-être un peu gros et dangereux ; ces concessions ne sont pas et ne doivent pas être des « concessions à perpétuité » et la bonne volonté de l’Administration des Beaux-Arts, qui n’est pas niable, doit pouvoir s’allier avec quelque souplesse.
L’affectation du Grand Palais aux manifestations agricoles et industrielles n’aura qu’un temps, espérons-le. Il y a des moments où des nécessités occasionnelles s’imposent. La guerre fit du Grand Palais une caserne et un hôpital. L’exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 l’utilisera tout entier pendant toute une saison. N’était-il pas légitime d’autre part, et l’on se souvient à peine aujourd’hui des protestations violentes que l’événement souleva, d’y accueillir les Indépendants au même titre que les Sociétés plus anciennes, dites officielles?
Aucune d’elles n’a du reste aujourd’hui de raison valable pour se parer de ce titre et se déclarer investie de faire à elle seule le Salon, que l’État a renoncé à organiser lui-même. L’État reste libre en principe de concéder comme il lui plaît les locaux qui lui appartiennent.
Nous en verrons bien un exemple cette année même, puisque, pendant la période classique du printemps et de l’été 1923, nous aurons au Grand Palais trois salons simultanés au lieu de deux, le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts ayant concédé à la Société des Artistes Décorateurs, qui le lui avait demandé dès l’année dernière et qui a obtenu gain de cause cette année-ci, des locaux qui reviennent d’ordinaire, pour partie, à la Société nationale des Beaux-Arts qui les a offerts de bonne grâce et pour partie à la Société des Artistes Français qui n’a cédé qu’à l’autorité ministérielle. Le Ministre a jugé en effet qu’il y avait lieu de laisser agir à sa guise et sous sa responsabilité propre une Société qui compte déjà vingt ans d’existence et qui a fait ses preuves dans l’asile trop étroit aujourd’hui que lui avait offert libéralement jusqu’ici l’Union centrale des Arts Décoratifs.
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NOUVELLES
La Municipalité parisienne a commémoré le 27 janvier dernier, par deux séances solennelles, l'une plus intime tenue le matin à l'hôtel Lepeletier de Saint-Fargeau l'autre plus mondaine, l'après-midi, dans la salle des Fêtes de l'Hôtel de Ville, le vingt-cinquième anniversaire de la Commission du Vieux-Paris.
On a abondamment et justement rappelé l'utile besogne de protection et de sauvegarde vigilante, d'étude et d'exploration perspicace accomplie par la Commission; des causeries spirituelles et érudites de MM. Camille Jullian et Henry Martin sur les anciens noms de rues et sur les Prévôts des marchands, puis une présentation par M. Louis Bonnier de quelques projections typiques tirées de ce Casier archéologique de la Ville de Paris, qui constitue dès maintenant un répertoire de premier ordre des richesses d'art et des aspects de la capitale, ont été suivies ou entremêlées de parties de concert où l'on a entendu les chanteurs de Saint-Gervais, Mme Yvette Guilbert et la Société des Instruments anciens.
A l'occasion des jeux de la huitième Olympiade, qui auront lieu au stade de Colombes, du 15 mai au 27 juillet 1921, des concours d'art seront organisés où l'on n'admettra que des œuvres inédites, inspirées de l'idée sportive. Des médailles seront décernées aux trois meilleures œuvres de chaque catégorie.
La commission des arts, présidée par M. le marquis de Polignac, comprend des jurys de littérature, architecture, sculpture, peinture, musique, respectivement présidés par MM. Jean Richepin, Frantz-Jourdain, André Michel, Olivier Sainsère et Ch. Widor. Une exposition réunira les œuvres relatives aux sports.
Tous les journaux ont annoncé vers la fin de janvier la vente d'un tableau célèbre de Manet qui, de la collection Faure était passé dans la collection Arnhold, de Berlin. Le Bon Bock du Salon de 1873 est un des tableaux certainement les plus brillants et les plus populaires de Manet. On pourra le revoir, du reste, ces jours-ci à Paris, car, contrairement au bruit qui avait couru tout d'abord, il n'a pas passé directement d'Allemagne aux Etats-Unis et sera exposé à partir du 10 février, à Paris, chez M. Paul Rosenberg, rue de la Boëtie, au bénéfice de la Fraternité des Artistes.
La Société des architectes diplômés par le gouvernement a renouvelé son bureau pour 1923. Ont été élus : MM. G. Legros, président; A. Bérard, A. Arvidson, L. Mougenot, vice-présidents.
Sont promus ou nommés dans la Légion d'honneur, à l'occasion du 1er janvier :
Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts :
Grand-croix : M. Gabriel Fauré, de l'Institut, directeur honoraire du Conservatoire de musique.
Chevalier : M. Bauthian, chef de bureau à la Direction des Beaux-Art.
Et à l'occasion du cinquantenaire de l'Ecole pratique des Hautes Etudes.
Officier : L.-E. Scheil, de l'Institut, directeur d'études (antiquités assyriennes).
Chevaïers : MM. Max Prinet, directeur d'études (histoire) et Marcel Poète, directeur d'études (histoire de Paris).
Ministère du Commerce et de l'Industrie :
À l'occasion de l'exposition internationale d'architecture de Gand (1921) :
Commandeur : M. Frantz Jourdain, architecte, p. sident du Salon d'automne, président de la section française.
Ministère des Régions libérées :
Chevalier : M. Fernand Israë', conservateur des Musées de Saint-Quentin.
ENSEIGNEMENT
Des modifications importantes se sont produites récemment dans le régime des Ecoles professionnelles de la Ville de Paris. Tandis que Boule, Estienne et Diderot gardaient leur programme spécial et technique relatif au meuble, au livre ou au fer, les deux Ecoles Bernard Palissy et Germain Pilon, déjà groupées administrativement, ont été réunies à partir du 1er janvier dernier, sous la direction de M. Eugène Belville, dans des locaux nouveaux de la rue Dupetit-Thouars, sous le titre d'Ecole Municipale des Arts appliqués à l'industrie. Un programme, également renouvelé, d'enseignement théorique général donné le matin et d'enseignement technique spécialisé donné dans des ateliers, l'après-midi, a été très ingénieusement et rationnellement combiné par le Comité de Patronage de l'Ecole et l'Inspecteur de l'Enseignement artistique et professionnel de la Ville, M. Adrien Bruneau, qui avait assumé pendant les derniers mois de l'année dernière la direction intérimaire des deux écoles. Les ateliers de céramique, de sculpture sur pierre et sur bois, de dinanderie et d'orfèvrerie, de peinture décorative, de fresque, de dessin appliqué à l'illustration, etc., vont s'ouvrir successivement et la direction en a été confiée, comme professeurs ou comme chefs de travaux, aux techniciens les plus réputés, tels que MM. Seguin, Hairon, Hamm, Prou, Bagge, Henri Marret, etc. Un rôle particulièrement important de conseil artistique général a été confié à M. Montagnac.
Conférences du Louvre
4. quai des Tuileries
Vendredi 16, à 17 heures. M. André Michel, professeur au Collège de France : La Chapelle des Médic's.
Mercredi 21, à 20 h. 45. M. Diehl, professeur à la Sorbonne : Le Musée de Constantinople.
Vendredi 23, à 17 heures. M. Boreux, conservateur-adjoint des Musées nationaux : Le Musée Egyptien du Caire.
Mercredi 28, à 20 h. 45. M. André Michel, professeur au Collège de France : Le Musée de Montpellier.
Conférences du Musée Guimet
Dimanche 25, à 14 h. 30. M. J. Toutain, directeur à l'Ecole des Hautes Etudes : La prétendue énigme d'Alésia.
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ACADEMIES SOCIETES SAVANTES
Academie des Inscriptions et Belles Lettres
Seance du 2 fevrier.
M. Homolle annonce le deces de M. Delachenal.
M. Camille Jullian communique la decouverte, par M. Marsan, d'une inscription a Borderes-Larere, pres Luchon.
Après neuf tours de scrutin, l'election du successeur de feu Paul Girard est remise au 9 fevrier, MM. Goelzer et Gsell ayant obtenu seulement 16 et 15 voix aux trois derniers tours.
Academie des Beaux-Arts
Seance du 27 janvier.
Sont elus jures-adjoints pour les concours de Rome. MM. Maurice Denis, Lucien Simon, Iatisson, Saint-Germier, Aubry, Friant, Albert Laurens, peintres; Desruelles, Octobre, Landowski, Lombard, sculpteurs; Bonnet, Umbdenstock, Andre, Defrasse, architectes; Dropsy, Dautel, graveurs; Lappara, Paul Vidal, Alfred Bruneau, compositeurs.
Pour les concours Roux (prix de 35.00 fr.), l'Academie fixe ainsi les sujets:
Peinture: "Laissez venir a moi les petits enfants."
Sculpture: Un enfant groupe avec un animal, destines a decorer "le centre d'un bassin circulaire."
Architecture: Un escalier monumental dans un grand jardin.
Enluminure: "Le frontispice d'un livre consacre a Tristan et Iseult."
Seance du 3 fevrier.
La section de peinture presente, dans l'ordre de ses preferences, comme candidats au fauteuil de feu Leon Bonnat, MM. Forain, Friant, Maxence, Saint-Germier, Dawant - et ajoute a cette liste les noms de MM. Schommer, Gorguet, Renard, Auburtin et Patricot.
On continue de discuter la reforme du concours de Rome: MM. Albert Besnard et Dagnan-Bouveret font adopter le principe de la figure peinte. M. Dagnan-Bouveret rappelle que des 1695, trois sujets etaient donnes a choisir aux candidats. Il en fut de meme en 1721, 1739, et 1748. En 1698, 1709 et 1711, on proposait deux sujets. Il ne s'agissait donc pas, en 1922, d'une innovation, contrairement a une opinion repandue.
Societe Nationale des Antiquaires de France
Seance du 31 janvier 1923.
Presidence de M. Marquet de Vasselot, president.
M. Marcel Aubert resume une notice de M. Puig y Cadaca, directeur de l'Institut des Etudes Catalanes sur les egises Wisigothiques d'Espange et plus particulierement sur la basilique d'Egara, a Terasse.
M. Enlart fait hommage d'un ouvrage de M. Regnier, Recueil d'excursions archeologiques dans le Vexin francais.
M. Martroye communique un memoire du baron de Baye sur l'ornementation a tetes humaines d'epees gauloises de l'epoque de la Tenne (IIe-Ier s. av. J.-C.).
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Seance du 7 fevrier 1923.
M. Paul Collinel, professeur a la Faculte de droit de Paris, est elu membre residant.
M. Max Prinet signale un brevair de Chartres du xve siecle, conserve a la Bibliothèque Nationale, dans tel quel on a transcrit un poeme latin en l'honneur de la maison d'Illiers et de ses armes.
LA PREMIERE PENSEE DU MONUMENT DE LOUIS XV A RENNES
par J.-B. Lemoyne
On sait que J.-B. Lemoyne, qui fut le sculpteur officiel de Louis XV, a execute au cours de sa longue carriere un nombre prodigieux de bustes du Roi, dont nous n'avons conserve que quelques exemplaires. Il avait ete charge en outre d'elever quatre monuments a la gloire du souverain. L'un d'eux, qui etait destine a Rouen et qui representait Louis XV porte par trois guerriers sur un pavois, ne fut jamais execute. Les trois autres
qui decoraient la Place Royale de Bordeaux, l'Hotel de Ville de Rennes et la cour d'honneur de l'Ecole Militaire a Paris, ont ete impitoyablement detruits a la Revolution.
La disparition de ces statues equestres ou pedestres ajoute encore a l'intert du beau modele
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en terre cuite que possède M. Marius Paulme (1) et qui est très probablement l'une des premières pensées de l'artiste pour son monument de Rennes. Cette esquisse inédite se distingue du monument définitif, — que nous connaissons bien grâce à des documents de toute espèce : gravures de Dupuis et de Le Mire, réductions en bronze et en terre (2), — par d'importantes variantes qui éclairent la genèse de l'œuvre et qui, par conséquent, valent la peine d'être précisées.
Le parti-pris général de composition, le costume, l'attitude de la statue royale sont presque les mêmes. Travesti en empereur romain (3), le front lauré, le Roi étend son sceptre au-dessus d'un trophée de drapeaux. Toutefois sa main gauche s'appuie ici sur une rame et son manteau est jeté sur les épaules au lieu de s'agrafer sur la poitrine. Le piédestal est arrondi comme dans le monument de Reims conçu par Pigalle, alors que plus tard il sera rectangulaire.
Mais la différence essentielle entre ce modèle et le monument, tel qu'il fut exécuté en bronze, c'est que le socle n'est accosté que d'une seule figure de femme, déroulant aux pieds du triomphateur une guirlande de lauriers. Pour équilibrer sa composition et la faire pyramider, l'artiste lui donne pour pendant un petit génie assis sur une ancre marine, qui élève vers le Roi un flambeau.
Ainsi on ne trouve dans cette maquette aucune allusion à la convalescence de Louis XV. après sa maladie de Metz en 1744 : c'est simplement l'hommage d'une province maritime (de là les attributs de l'ancre et de la rame) à un roi victorieux. Nous croyons pouvoir en conclure que ce modèle est antérieur à 1744. Notre hypothèse s'accorde parfaitement avec le témoignage de Patte qui fait mention dans ses Monuments érigés en France à la gloire de Louis XV de deux projets successifs, conçus l'un avant, l'autre après cet événement. « Après la maladie du roi, écrit-il en propres termes, les Etats de Bretagne ordonnèrent que le monument qu'ils avaient projeté d'élever précédemment au Roi aurait pour objet de célerbrer sa convalescence et ses victoires ».
Le monument définitif, commandé en 1749 et inauguré en 1754, répond bien à ce second programme. On sait les transports de joie qui accueillirent dans la France entière la nouvelle de
(1) Ce modèle, monté sur un très joli socle ancien, mesure environ 70 cm. de hauteur.
(2) Brière. Statuettes de terre cuite représentant le monument de Louis XV à Rennes. Bull. Soc. Hist. Art. fr., 1907, p. 130.
(3) Dans le projet du monument de Rouen, Louis XV est représenté au contraire en armure à la française.
la guérison de Louis le Bien-Aimé : ce fut à Paris et dans toutes les provinces une floraison d'ex-votos. L'hommage des Etats de Bretagne n'est qu'une des nombreuses manifestations de ce fervent loyalisme, alors sincère et spontané, auquel allaient succéder bientôt les adulations officielles et les grondements de révolte.
Mais par quel artifice était-il possible d'exprimer en même temps que l'hommage de la Bretagne à son roi triomphant sa joie de le voir rendu à la vie ? Lemoyne ne trouva rien de mieux que de grouper aux pieds de Louis XV, en face de la figure allégorique de la Bretagne, une allégorie de la Santé. « Ces trois figures concourent, comme dit Patte, à former une action.
« Près de la déesse, lisons-nous dans un mémoire présenté aux Etats par le sculpteur Lemoyne, le 24 novembre 1748, est un autel entouré de fruits précieux, image des vœux des peuples pour le rétablissement de la santé du Roy; l'autel est entouré d'un serpent qui s'élançe pour manger dans une patère que la déesse tient dans sa main; et par cet emblème (lequel est consacré dans toutes les médailles antiques), elle annonce à la Bretagne la certitude de la convalescence du Roy. »
Comme Lemoyne était peu familier avec la mythologie et qu'il n'avait certainement jamais entendu parler de la déesse Hygie que le traducteur du voyageur anglais Wraxall baptise ingénument Hygiène (1), il est évident que tous ces renseignements archéologiques lui furent soufflés par quelque bel esprit dont nous ignorons le nom.
Il est assez curieux de noter qu'il avait été devancé dans ce symbolisme par les Pensionnaires de l'Académie de France à Rome qui, dans une fête donnée en réjouissance du rétablissement de la santé du Roi l'an 1744, s'avisèrent de figurer « Hygie déesse de la Santé et Esculape, dieu de la Médecine, rendant aux vives prières de la France le Roi qui avait été dangereusement malade. »
A l'adjonction de cette figure allégorique de la Santé qui fait pendant à celle de la Bretagne, le monument définitif, encastré dans une niche de la tour de l'Hôtel de Ville de Rennes, a gagné non seulement en signification, mais en harmonie. L'arrangement plus libre et plus gracieux du premier projet qui était destiné, comme l'indique la forme circulaire du piédestal, à un monument isolé au milieu d'une place publique, n'aurait pas convenu au motif central d'un grand ensemble architectural, auquel s'imposait une rigoureuse symétrie.
Louis Réau.
(1) Wraxall. Tournée dans les provinces occidentales, méridionales et intérieures de la France. Rotterdam. 1777.
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Cl. Serv. Phot. B.-A.
MONUMENTS HISTORIQUES
Oise. — A l'occasion des restaurations qu'exigeait, après la guerre, la remise en état de l'ancienne cathédrale de Noyon, travaux dont nous nous proposons d'entretenir prochainement les lecteurs de cette revue, M. Collin, architecte en chef des Monuments Historiques, a été amené à pratiquer à l'intérieur de l'édifice des fouilles dont les résultats ont été particulièrement fructueux.
C'est d'abord l'exhumation de l'ancien jubé du xive siècle, dont on connaissait l'existence par les mentions relevées dans les archives par l'historien de la cathédrale, M. E. Lefèvre-Pontalis, et qui fut détruit au xviiie siècle, comme dans la plupart des cathédrales, pour permettre aux fidèles de mieux voir l'officiant. Le sol de la nef et du chœur a rendu, par fragments souvent infiniment petits, la presque totalité des pierres de ce jubé; un jeune architecte, M. Révillon, en a fait le rapprochement au prix de longs et patients efforts et il est arrivé à reconstituer la galerie qui couronnait le jubé, large de onze mètres, dont nous donnons la photographie.
Des traces de polychromie et de dorures visibles au moment où les fragments étaient retirés du sol mais qui, à l'air, ont pour la plupart disparu rapidement sans qu'il fût possible de les fixer, montraient que le jubé avait été peint une première fois au moment de sa construction, puis en 1630, date qui figure encore sur l'une des pierres retrouvées. C'est cette peinture qui a permis de repérer très exactement les deux piliers de la nef — les derniers avant le transept — entre lesquels le monument prenait place.
On ne peut évidemment songer à remonter actuellement le jubé à son ancien emplacement où, au xviiie siècle, on a élevé des grilles et le magnifique autel de marbre que Gouthière décora de ses bronzes, mais on a très heureusement pensé à le reconstituer dans une des anciennes sacristies du xive siècle, s'ouvrant sur le bras nord du transept, où il retrouvera un cadre digne de lui.
Sans avoir la magnificence sculpturale des jubés de N.-D. de Paris ou de Chartres dont les quelques bas-reliefs encore existants, nous font tant regretter la disparition presque totale, celui de Noyon, avec ses grands arcs surbaissés et sa baustrade aux multiples petites arcades trilobées constitue un exemple rare de ces élégantes constructions. Le jubé de la cathédrale d'Amiens dont un dessin du xviiie
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Noyon. — Dalle funéraire.
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siècle nous a conservé l'aspect présentait avec celui de Noyon de très grandes analogies.
En dehors de cette découverte capitale, de celle de fragments de l'ancien portail du xve siècle et d'un magnifique tombeau du xve siècle, d'une stèle gallo-romaine d'un très bon style, on a retrouvé à Noyon un certain nombre de pierres tombales gravées dont une surtout mérite une mention particulière.
C'est une très grande dalle du xive siècle, en pierre noire de Tournai — elle mesure près de 4 mètres de long — à décor architectural gravé et incrusté de plaquettes de cuivre, elles-mêmes gravées; la figure et les mains du personnage — un chanoine dont aucune inscription ne révèle l'identité — sont de marbre; l'ensemble est dans un excellent état de conservation. Si au moyen âge ces pierres tombales incrustées de cuivres étaient assez fréquentes — les dessins de Gaignières nous en apportent le témoignage — il n'en sub-
siste guère d'intactes. Aussi cela qui v'ait d'être remise au jour à Noyon offre-t-elle une importance de premier ordre pour l'étude de ces monuments.
Pyrénées-Orientales. — Le port de Collioure dont le pittoresque paysage est si réputé parmi les artistes, possède à son entrée une curieuse tour circulaire couronnée d'un étage octogonal que recouvre une petite coupole à huit faces; elle servit sans doute jadis de phare; aujourd'hui elle fait office de clocher de l'église voisine. L'ensemble a été classé récemment ainsi que la partie encore subsistante des remparts. C'est au xvne siècle que fut construit l'étage octogonal de cette tour dont la partie basse remonte sans doute à la fin du xme siècle, ainsi que porte à le croire le testament de Jacques Ier, dit le Conquérant (1262-1276). M. Vidal, archiviste des Pyrénées-Orientales, y a en effet relevé la phrase suivante : « Portum quem nos incepimus facere. »
Haute-Vienne. — L'écrasement de deux piliers voisins de la croisée du transept de l'église romane de Saint-Junien a provoqué la chute de la coupole recouvrant cette partie de l'édifice. Des désordres dans la maçonnerie s'étaient manifestés depuis quelques jours et des mesures avaient été prises pour prévenir l'accident: l'entrée de l'église avait été interdite, l'étayage était commencé, mais n'était encore suffisamment avancé pour empêcher l'écroulement de ces piliers construits d'ailleurs en pierre de médiocre qualité.
Haute-Loire. — La presse s'est fait l'écho, il y a quelques mois, des craintes que suscitaient les dégâts causés par l'humidité dans la célèbre abbaye de La Chaise-Dieu. Les mesures qui ont été prises permettent de penser que cette magnifique construction et les œuvres d'art qu'elle contient seront préservées à l'avenir de nouvelles dégradations. L'isolement complet de l'édifice est assuré par la démolition d'une maison accolée au flanc nord où elle entretenait une constante humidité; les fenêtres seront munies de châssis ouvrant, permettant une aération meilleure; une rigole d'assèchement a été creusée au pied du mur endommagé; enfin, pour arrêter le développement du champignon « Ustilago carbo » qui menaçait de détruire la peinture murale de la Danse macabre, une formule donnée par l'Institut Pasteur va être utilisée.
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Nous signalerons enfin le classement d'un certain nombre de croix de carrefours dont le maintien en place est indispensable pour conserver à nos villes et surtout à nos villages leur caractère pittoresque: au Chesne (Ardennes), à Noves (Bouches-du-Rhône), à Montigny-sur-Armançon et à Thorey (Côte-d'Or), à Nouhant (Creuse), à Fougerolles et à Montipourret (Indre), à Beauregard (Lot), la croix « Gagnée » à Nancy, la croix de Hénouville (Oise).
Jean Verrier.
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[13] 15 FÉVRIER 1923 39
BULLETIN DES MUSÉES
MUSÉE DU LOUVRE
Les Collections de Léon Bonnat
On sait que les magnifiques collections de Léon Bonnat, dessins, peintures, sculptures, objets d'art, ont été léguées par lui aux Musées nationaux, à charge de les déposer au Musée de Bayonne qu'il
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Portrait de M. Leblanc, par INGRES.
avait déjà, de son vivant, enrichi d'une série de dons somptueux. Quelques pièces choisies et spécialement désignées resteront seules au Louvre pour y rappeler le nom du maître et de l'amateur éminent qui fut président, pendant plus de 25 ans, du Conseil des Musées nationaux.
Les collections viennent de quitter l'hôtel de la rue de Bassano qui doit être vendu d'après une clause du testament, avec les meubles et objets divers qui n'auront pas été retenus. Elles ont été déposées au Louvre afin d'être inventoriées. D'accord avec la municipalité de Bayonne, qui ne pourra recevoir les collections que dans le cours de cet été, la conservation du Louvre compte profiter de ce répit pour faire passer successivement
sous les yeux du public parisien les principales séries de la collection, dans une suite d'expositions provisoires que nous ne manquerons pas de signaler au fur et à mesure à nos lecteurs.
Sculptures du Moyen Age. — Les collections du Louvre, déjà très abondamment pourvues de statues et de statuettes de Vierges françaises du XIVe siècle, en pierre, en marbre ou en bois, ne seront pas cependant médiocrement enrichies par cette exquise figure, dont la provenance de l'Ile-de-France est certaine, non seulement parce qu'elle a été rencontrée à Beauvais et que le vendeur affirmait l'avoir recueillie dans la région même, mais parce qu'elle présente toutes les qualités de charme discret et raffiné, d'élégance mesurée et précise qui constituent l'atticisme de notre art gothique du xime et du xive siècle.
Auquel de ces deux siècles la figure appartient-elle ? Au second évidemment, bien qu'elle soit très voisine apparemment de la limite de l'un
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La Vierge et l'Enfant. Ecole française xive siècle.
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et de l'autre et qu'elle garde dans la noblesse de sa figure et la simplicité de sa draperie des traditions évidentes du grand style français du xime; la Vierge de la Porte-Dorée d'Amiens qui appar-
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Vase en porcelaine de Paris fin du xviiie siècle.
tient au dernier quart du xme et la charmante et riquante petite Vierge du Louvre originai'e d'Abbeville qui dérive de la «soubrette picarde» de Ruskin, sont d'un art plus mouvementé et plus expressif, p'us raffiné dé'a et plus mièvre; si la nouvelle venue appartient au début du xive siècle, elle est sortie d'un atelier où les leçons et les habitudes de style de l'âge précédent étaient encore singulièrement vivaces.
P. V.
Objets d'art. — M. Jules Levée a fait don au Louvre en souvenir et au nom de sa femme, qu'il eut la douleur de perdre récemment, d'une paire de vases de l'époque de Louis XVI montés en bronze doré, en porcelaine dure de Paris, décorée sur fond bleu foncé d'émaux de couleurs sur paillons et de perles, par Coteau.
Ces vases sont un document céramique de la fin du xvime siècle qui peut, dans l'état de nos connaissances être considéré comme à peu près unique. Ils sortent de la manufacture parisienne du comte d'Artois qu'avait fondée le strasbourgeois Hannong en 1771. Ils portent en rouge la marque de Charles-Philippe, comte d'Artois, frère du roi et protecteur de cette fabrique de porcelaine du faubourg Saint-Denis.
L'émailleur Coteau est surtout connu par les nombreux cadrans de pendules de l'époque de Louis XVI, au bas desquels se trouve sa signature. Il est l'inventeur de ces émaux sur paillons accompagnés de dorures et de perles qu'il appliqua aussi sur des tasses en porcelaine de Sèvres, dont de rares spécimens sont encore conservés.
Nos deux vases portent en rouge la signature de l'émailleur avec une sorte de bâton que surmonte un chapeau. On pourrait, avec un peu d'imagination, supposer que cette marque, que nous n'avions relevée jusqu'ici sur aucune autre signature de Coteau, représente le chapeau de Gessler, et indique peut-être la nationalité de l'émailleur genevois.
L'inscription en noir relative à la cuisson au charbon de terre, accompagnée de la mention du jour où elle eut lieu, prouve l'intérêt particulier qui s'attachait à la fabrication de cette paire de vases, probablement unique, à la manufacture du faubourg Saint-Denis. Cette inscription et les marques, que nous reproduisons, se détachent sur la porcelaine blanche à l'intérieur des pieds.
La monture de bronze doré qui orne ces deux vases date comme eux de l'époque Louis XVI et est de qualité égale à celle de la porcelaine émaillée par Coteau.
Carle Dreyfus.
Marque placée sous le vase précédent.
MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
A l'exposition d'architecture des xvme et xvime siècles, qui a fermé ses portes le 4 février, succédera le 17 du même mois, la Première exposition d'Art décoratif contemporain organisée par l'Union centrale des Arts décoratifs : on y verra, outre des meubles, des étoffes, des laques, des peintures décoratives, un ensemble des travaux de l'Ecole Boulle et de l'Atelier du Comité des Dames de l'Union Centrale. Deux salles seront consacrées au service de table (céramique, verrerie, argenterie)
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[15] BULLETIN DES MUSÉES 41
MONNAIES DE LA TROUVAILLE DE MENDE
acquises par le Cabinet des Médailles
En 1913, un paysan découvrait, à Calandria, sur l’emplacement de l’ancienne Mendé, dans la péninsule de Pallène, en Chalcidique, un lot important de magnifiques monnaies grecques, dont on peut évaluer le nombre à 180 environ. Les pièces furent répandues sur le marché suivant une savante progression, avec cette adresse suprême qui, si elle fait la fortune des marchands, fait aussi le désespoir des érudits, en rendant vaine toute recherche sur les circonstances de la découverte et sur la composition originelle du trésor. Les pièces de Mendé ne commencèrent d’être offertes aux amateurs parisiens qu’il y a deux ans; onze variétés ont été acquises par le Cabinet des Médailles, dont elles sont venues compléter très heureusement les séries.
Leur intérêt, du point de vue de l’histoire de l’art, est de premier ordre. Les types de ces tétradachmes d’argent au flan large, d’un style si vigoureux dans sa minutie, nous présentent Silène tenant un canthare et étendu sur le dos de son âne, en des attitudes qui varient d’une pièce à l’autre, par l’effet de l’imagination souple et perpétuellement amusée du graveur. M. E. Babelon, qui a publié ces monnaies dans la Revue Numismatique (1922, p. 103 et suiv.), rapproche cette pose du vieux buveur de celle du Faune Barberini. Par leur style, par leur fabrique, les tétradachmes de Mendé s’apparentent aux monnaies des villes côtières de la Thrace et de la Macédoine. Mais un lien de plus unissait jadis Maronée, Acanthe, Téroné, Scioné, Mendé, c’était l’objet commun de leur négoce et la source réputée de leur richesse : le vin. Rappeler concurremment sur leur numéraire, avec une émulation sans cesse éveillée, les légendes locales concernant la découverte du vin par les Ménades ou par Maron, petit-fils de Dionysos, ou encore les plus que joviales histoires de Silène et des satyres, c’était, pour les producteurs des meilleurs crus, la plus naturelle et la plus efficace des récoltes
Peut-être aussi, ces belles et lourdes pièces étaient-elles émises et distribuées lors des fêtes du vin nouveau, lors de cette solennité de « l’ouverture des tonneaux », dont parle Plutarque, et qui faisait partie des Anthestéries.
Tétradrachme d’argent de Mendé.
La date des plus récents de ces tétradachmes de la trouvaille de Mendé, dont la plupart n’ont à peu près pas circulé et sont à fleur de coin, ne peut être fixée plus bas que 424 avant notre ère. Ils sont donc contemporains de Paconios de Mendé, l’auteur de la Niké d’Olympie. Par conséquent, on est fondé, comme le propose M. E. Babelon, à discerner, dans l’habileté exquise de l’artiste qui en grava les coins, une trace de l’enseignement de ce sculpteur, de même que les monnaies de Thèbes au type d’Héraclès rappellent d’une façon très précise les têtes d’athlètes sculptées par le grand Béotien Myron d’Eleuthères.
Jean BABELON.
LE SARCOPHAGE DE LA VALBONNE
au Musée de Nîmes
Par la générosité de M. Demotte, antiquaire à Paris, les Musées archéologiques de Nîmes viennent de s’enrichir d’une pièce de très grand prix, qui est à placer au premier rang de leur série chrétienne. Il s’agit d’un sarcophage de marbre blanc, conservé pendant fort longtemps dans l’ancienne chartreuse de la Valbonne, près de Saint-Michel-d’Euzet (Gard), et qui en avait été enlevé depuis un certain nombre d’années.
Le monument se compose d’une cuve légèrement évasée, avec un couvercle taillé en forme de toit. La face postérieure est sans aucun décor (1).
Huit pilastres cannelés, y compris ceux des angles, divisent en sept compartiments la face antérieure du sarcophage. Au centre le Christ, représenté dans l’un des actes de sa vie humaine.
(1) Elle mesure 2 m. 02 de long, sur 0 m. 73 de large et 0 m. 47 de haut. Son épaisseur, quelque peu variable, est en moyenne de 0 m. 09.
Tétradrachme d’argent de Mendé.
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apparaît debout, de face, drapé du pallium, sous une tenture relevée; il est imberbe et jeune, à cheveux longs couvrant les épaules, et, des deux mains, porte devant lui le rouleau de la nouvelle Loi. A chaque extrémité un disciple, tourné vers
Sarcophage de la Valbonne.
le Christ, vêtu comme lui et placé de même sous une tenture. Celui de gauche, barbu, tient de la main gauche un rouleau (volumen) et, de l'autre main appuyée sur sa poitrine, semble témoigner de son attachement au Pédémoteur. A sa gauche est un coffret placé sur le sol. Le disciple de droite est imberbe; il tient aussi, mais des deux mains, un rouleau qu'il paraît offrir.
Les quatre autres compartiments sont occupés, de façon symétrique à partir du Christ, par des plantes de style ornemental, composées latéralement de dix larges feuilles et d'une plus petite au sommet, issues de trois tiges juxtaposées, et par deux rinceaux sortant d'un vase.
Les faces latérales sont décorées pareillement de rameaux de vigne et d'une rosace de douze feuilles de laurier, dans un cadre circulaire.
Le couvercle présente, par devant, trois panneaux dont celui du milieu est rempli par un chrisme, contenu dans un cercle avec des feuilles à chaque angle. Ce chrisme est à l'envers, probablement par la maladresse du sculpteur. Les deux autres panneaux, du même style que ceux de la cuve, offrent aussi deux rinceaux de vigne analogues mais non identiques. La face opposée est couverte d'imbriations. La face latérale droite contient une rosace de laurie semblable à celle de la cuve, accostée d'un rampeau de vigne et d'un bouquet de style ornemental. L'autre face n'a qu'un bouquet qui en occupe tout le champ. Les arêtes du toit sont marquées par des feuilles de laurier.
Ce sarcophage, dé à connu par une courte description d'Edmond Le Blant (1), n'est pas seule-
(1) Les sarcophages chrétiens de la Gaule, p. 106 et pl. XXVIII, fig. I.
ment d'une certaine va'eur intrinsèque, c'est aussi le spécimen peut-être le plus remarquable de la sculpture funéraire du sud-ouest à l'époque mérovingienne. En effet, tandis que les sarcophages de Provence et de la vallée du Rhône procèdent nettement de modèles romains et sortent d'ateliers suffisamment habiles, ceux d'Aquitaine, beaucoup plus tardifs, confinent à la barba ie. Les premiers surabondent de scènes bibliques. Le frappement du rocher par Moïse, le passage de la mer Rouge, David et Goliath, la chute des caillès dans le désert, la Nativité, le Baptême du Christ, la Résurrection, etc., décortent constamment ces sarcophages d'inspiration romaine et groupent sur d'étroits espaces des personnages fort nombreux. Les seconds, au contraire, ne présentent que peu de personnages et ne sont riches que de motifs ornementaux parmi lesquels les rameaux de vigne tiennent la première place. Les sculpteurs du sud-ouest savent encore copier les figures; mais ils se dispensent le plus souvent d'y recourir.
Cette école d'Aquitaine ne fut pas d'ailleurs aux i productive que l'aur'e Cinq sarcophages seulement peuvent être rapp ochés de ce'ui de la Valbonne, et l'on n'en connaît que deux qui lui soient tout à fait comparables par certains détails. L'un est à Castelnau-de-Guers, près de Pézéras et reproduit les plantes ornementales et les rinceaux qui le décorent, mais dessinés d'autre manière. L'autre est à Moissac et passe pour avoir contenu les restes d'un saint abbé du xie siècle. Il n'a pas de figures, mais les plantes ornementales et les rinceaux sont presque pareils (1).
Tous ces sarcophages doivent dater du viesi-c'e ou de la fin du vie. Ceux de la Valbonne, de Castelnau-de-Guers et de Moissac, un peu moins éoignés que les autres de l'art romain, pourraient être les plus anciens.
Em. ESPÉRANDIEU.
MUSÉE DE CETTE
La ville de Cette vient de recevoir en don d'un amateur local, dont on peut, parait-il, espérer encore d'autres libéralités, M. Jules Thomas, quatre toiles et un pastel qui ont été installés dans une salle spéciale portant le nom du donateur. Ce sont des œuvres signées de Jules Lefebvre, François Flameng, Carrier-Bel'euse, Antoine Vol'on et Franc Lamy, dont le choix dénote un goût très classique et ne risque pas de précipiter les amateurs de Cette, qui semblent du reste s'en réjouir, vers un goût révolutionnaire.
(1) Ibid., pl. XXXII et XXXVI; cf., pour les trois autres, pl. IV, XXXIII et XLVI.
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CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
AUTRICHE
Tandis que financiers et hommes politiques s'efforcent de remettre l'Autriche sur pied, il est intéressant de noter que la vie intellectuelle de Vienne, si intense jadis, reprend peu à peu. Un excellent annuaire du professeur Tietze, « Wiener Jahrbuch für bildende Kunst », nous trace le tableau de l'activité artistique au cours de l'année 1922.
On sait qu'une admirable exposition de tapisseries de la maison impériale a eu lieu au Palais du Pelvédère; d'autres analogues suivront, et ce sont là des manifestations capitales et bien propres à attirer les amateurs de toute l'Europe et de l'Amérique; de même, le Salon de peinture n'a pas manqué d'attrait. Mais il faut surtout noter le renouveau des Musées. En attendant qu'ait pu prendre corps le projet d'organiser à leur intention la Roto-de de la Hofburg, laissée inachevée avant la guerre, on s'est décidé à faire à Leipzig, en vue de constituer un fonds d'acquisitions, une première vente des doubles des gravures de l'ancien Cabinet des Estampes, réuni aujourd'hui à l'« Albertine », et cette opération a parfaitement réussi; M. Tietze cite toute une série de gravures, modernes surtout et souvent françaises, acquises avec le produit de la vente et qui enrichiront sensiblement la collection, dont ces séries étaient assez pauvres.
Les Musées de peinture ont reçu le legs de la collection Oswald de Kutschera, riche en ouvrages du xive siècle italien; certains morceaux ont pu être repris des Palais impériaux, tels deux Cranach, et même on signale quelques acquisitions: un portrait de femme de Van der Helst, un Sebastiano Ricci et un curieux portrait de Goya par lui-même.
ETATS-UNIS
Les grands Musées des Etats-Unis se sont ouverts depuis longtemps aux œuvres classiques de notre art français et même aux morceaux les plus marquants de certains maîtres de l'école moderne. Ce sont là d'excellents ambassadeurs de l'art français en Amérique; mais on signalait récemment les dons abondants et variés par lesquels un des mécènes les plus connus de New-York, M. Otto H. Kahn a témoigné de sa sympathie active non seulement pour l'art français en général, mais pour les artistes, même jeunes et relativement peu connus, dont il a acquis et distribué un grand nombre d'œuvres aux Musées de Brooklyn, de Philadelphie, de Hartford, d'Indianapolis, de Charleston, etc.
M. Otto H. Kahn est un grand amateur de théâtre et de musique et c'est grâce à son appui que le théâtre du Vieux-Colombier et la Société des Concerts du Conservatoire ont pu se produire à plusieurs reprises à New-York. Mais nos peintres aussi lui doivent beaucoup, tels les Brissaud, Lepape, Marty, Boutet de Monvel, Jeanès, Emile Bernard, Hugues de Beaumont, Bernard Naudin et beaucoup d'autres, moins connus ou moins lancés, dont il n'a pas attendu la mort ou le grand succès pour pour reconnaître les qualités.
DÉCOR THÉATRAL
Décors et costumes de Drésa pour La Flûte enchantée.
Il est certain que Drésa a pris grand plaisir à imaginer le cadre et les costumes des personnages de La Flûte Enchantée de la façon la plus propre à accuser la verve, la grâce, l'abondance inventive, l'esprit et l'élégance classique de la musique de Mozart; cela aussi bien par les lignes générales que par les détails, par les tonalités que par les formes.
S'effaçant volontiers dans les scènes où le musicien exalte plus particulièrement le poème, Drésa n'en affirme pas moins son concours chaque fois que, soucieux de son rôle de peintre, il juge nécessaire de créer entre les couleurs et les sons