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ART & DÉCORATION NUMÉRO 11 --- revue fondée en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
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ART & DÉCORATION NUMÉRO 11 --- revue fondée en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
SOMMAIRE CE NUMÉRO A ÉTÉ ÉTABLI SOUS LA DIRECTION d'ALBERT LÉVY PAR BORIS J. LACROIX ART & DÉCORATION NUMÉRO 11 CHEF DE PUBLICITÉ ANDRÉ J. BAHR (H.E.C.) --- DOMAINE FÉMININ par GÉRARD BAUER, de l'académie Goncourt --- MEUBLES ET ACCESSOIRES DU GESTE FÉMININ par Louis Cheronnet --- BOUTIQUES NOUVELLES par Boris J. Lacroix --- MEUBLES D'HIER, DÉCORATEURS D'AUJOURD'HUI par Gaston Diehl --- DEUX MAISONS EN CALIFORNIE, de Richard J. Neutra par S. Gille-Delafon --- COSTUMES DE BALLET DU XVIIe SIÈCLE par Jean Silvant --- AU SALON D'AUTOMNE --- LA PSYCHOLOGIE DU CADEAU par Louis Cheronnet --- INFORMATIONS EN FRANCE ET À L'ÉTRANGER --- HORS-TEXTE, EN COULEURS PROJET POUR LA CHAMBRE D'UNE ÉTUDIANTE (maquette d'André Bertrand) COSTUMES DE BALLET DU XVIIe SIÈCLE LE BALLET DES QUATRE PARTIES DU MONDE. LA COUVERTURE COMPOSITION de Boris J. Lacroix --- FONDÉE EN 1897, S'EST ADJOINT LES REVUES : L'ART DÉCORATIF, LES ÉCHOS D'ART, L'ARCHITECTE PARAIT 4 FOIS PAR AN Tous droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les modèles publiés sont et demeurent la propriété de leurs auteurs ; toutes les reproductions ou les imitations, même partielles, sont interdites et seront poursuivies par les auteurs. Prix : France, le numéro, 300 francs ; l'abonnement annuel (4 numéros), 1.100 francs. Étranger : l'abonnement, 1.350 francs. À toute demande de changement d'adresse joindre 10 francs en timbres-poste. Chèques postaux, Paris 261.69. Il reste quelques exemplaires des numéros récemment parus. Se renseigner à l'administration de la revue. LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE, PARIS, OPÉRA 65-38
Une lampe d'ANDRÉ BERTRAND : le pied est en céramique grise et noire, l'abat-jour en parchemin naturel (édité par « Essais »). DOMAINE FÉMININ PAR GÉRARD BAUER, DE L’ACADÉMIE GONCOURT OUDOIR ou cabinet, la pièce où les femmes se font belles est bien celle qui fait le plus rêver les hommes. Les hommes jeunes du moins. L’âge venant, leur curiosité est défraîchie. Ils ont trop attendu, dans ces chambres devenues sans secret, que la toilette fût achevée : dernières attentions devant le miroir, paupières lissées, lèvres rougies, mèches soumises d’une main précise et lente. Mais à vingt ans l’on n’est pas admis à ces intimités. Du moins on ne l’était pas jadis ; et de quel cœur battant Rastignac entrait pour la première fois dans le boudoir de Mme de Nucingen ! Avec quel émoi encore, quoique ayant accompli ses apprentissages parisiens, il recevait de Mme de Bauséant, comme un témoignage suprême, le coffret où cette dame mettait ses gants : « Il y a beaucoup de moi là-dedans... Il y a toute une Mme de Bauséant qui n’est plus... Acceptez-le... » À l’âge de l’imagination, qui n’est pas toujours celui des apanages, nous avons pénétré dans ce domaine féminin avec les conquérants de Balzac. C’est Balzac, le premier, qui a décrit dans le roman français les parures de la femme, le cadre où vivaient ses héroïnes, les glaces où se reflétaient leur charmant visage, les divans de leurs repos. Paul Bourget, à la fin de l’autre siècle, n’a fait que reprendre la tradition du maître qu’il s’était choisi. Et, après lui, Marcel Proust, avec un art attentif et sensible à toute féminité, a su décrire la toilette de la
PHOTO M. DUPUIS. Une coiffeuse en sycomore blanc verni et dalle de glace claire polie, par J. RENOU et J.-P. GÉNISSET (édité par « La Crêmaillère). Flacons en cristal, de Thuret; mallette à bijoux en crocodile et bijoux de chez Kirby-Beard; brosses en plexiglass de « la Brosse ». Sur la chaise, un déshabillé en mousseline imprimée de Marcelle Chaumont.
duchesse de Guermantes et tous les détails d’ameublement où une femme sait affirmer son goût et composer ce qu’on n’oubliera plus d’elle... C’est dans ce « temps perdu » que les jeunes gens d’aujourd’hui iront d’abord donner à leur désir l’image et le cadre d’une réalité. Ce pourrait être aussi dans un album comme celui où nous écrivons ces lignes : on connaît mal son temps parce qu’on continue souvent de vivre dans celui où l’on a pris pied solidement pour la première fois. Mais l’ingéniosité et l’art ne cessent de s’exercer, d’inventer, de chercher des solutions aux exigences de la vie — et de les trouver. Les femmes inspirent encore en France une civilisation délicate et suscitent un renouvellement constant chez les artistes qui les parent et chez ceux qui ornent et facilitent une existence devenue difficile. Toute femme, si modeste soit-elle, trouve ses instants de solitude, se crée le cabinet secret où elle recomposera chaque jour la grâce qu’elle recherche. Le miroir d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier. La lumière sait être à la fois plus savante et plus douce, la « psyché », moins cérémonieuse, le tabouret, plus discret; le nécessaire de voyage se fait plus léger ; et la place, plus mesurée, du boudoir à la cuisine exige des miracles dont on trouvera dans cet album plus d’un précieux exemple. Le romancier viendra sans doute qui reprendra la page des descriptions féminines là où Marcel Proust a terminé la sienne. Ces nouveautés, qu’on nous présente ici avec une minutie d’épure, prendront à leur tour le style du roman et s’associeront à l’histoire de quelques héroïnes délicieuses. Il s’agit pour l’instant de réalités séduisantes ; mais ce sont d’elles, nous le savons bien, que seront faits demain les songes de vingt ans... --- Décor de fenêtre par DOMI-NIQUE ; table basse laquée et grand lampadaire. PHOTO CRAVOL --- GÉRARD BAUER
LES MEUBLES ET LES ACCESSOIRES DU SUR LA PAGE SUIVANTE, EN HAUT : J. RENOU et J.-P. GÉNISSET. Un bureau de dame en chêne naturel sable garni de cuir naturel, avec éclairage intérieur (édité par « la Crémallière »). CE-CONTRE : DOMINIQUE. Une chambre à coucher que ses dimensions ont permis de trotter partiellement en boudoir-salon. Les sièges et le lit sont recouverts de satin. SUR LA PAGE SUIVANTE, AU CENTRE : Une ingénieuse table à ouvrage en acajou verni, dont les abattants forment couverte. L'intérieur, doublé de moire, est difficilement compartimenté, l'extérieur est gainé de daim. Au pied de ce meuble, ouverte, une trousse de couture en cuir qu'un fermoir extensible maintient ouverte ou fermée à volonté. Ces deux objets, ainsi que l'écharpe qui l'on aperçoit, sont de chez Kirby Beard. Siège de « la Crémallière ». --- JEAN ROYÈRE. Coin de repos dans une grande salle de bains. Chaise longue en métal, garnie de fourrure. PHOTO M. DUPONT J. RENOU et J.-P. GÉNISSET. Une coiffeuse en sycomore blanc verni. Des cloisons intérieures peuvent recevoir le flaconnage et la brosserie spécialement établis pour eux (édité par « la Crémallière »). Cadre en argent de chez Kirby Beard.
GESTE FÉMININ Il y a plus d'autorité dans la grâce de la femme que dans toute la volonté de l'homme. En cela l'art décoratif moderne rejoint les exemples de la Bible et de l'Antiquité. Pendant presque tout le xixe siècle et le commencement du xx°, la femme a régné sur les appartements, non seulement en se réservant des pièces particulières chères à son confort et à son climat psychologique, mais aussi en imposant son goût en général pour tout l'aménagement de la demeure. D'où ce triomphe du style tapissier qui n'aurait pu exister sans son amour de la fanfreluche et de l'étoffe traitée de mille façons plus compliquées les unes que les autres. Le « modern style » et ses souples langueurs ne lui convenaient pas moins. Il fallut la réaction du rationalisme et du fonctionnalisme pour que nos compagnes risquent d'être vaincues avec d'autant plus de facilité que l'évolution sociale et économique les autorisait de moins en moins à posséder des asiles personnels au sein du logis commun et logiquement agencé. Le cabinet de toilette devenu le « bloc sanitaire » fabriqué en série, le salon devenu living-room, souvent une chambre commune, supprimant tout espoir de boudoir, tout comme la nouvelle (suite de l'article page 16.) --- PHOTO M. DUPUIS. DUPRÉ-LAFON. Agencement d'un placard en penderie, tiroirs à linge, étagères à chapeaux et rateliers à chaussures. A droite : MAX INGRAND. Un miroir encadré de glaces taillées, gravées et décorées. --- PHOTOS M. DUPUIS. PHOTO J. COLLAS.
Ci-dessus : ANDRÉ BERTRAND. Lampe liseuse en fer forgé, surmontée d'un petit sujet en céramique. Plateau mobile en chêne naturel. Abat-four garni de rabane légère (édité par « Essais »). Les ciseaux que l'on voit sur la table appartiennent à la trousse de couture, en box jaune, de chez Hermès, qui est posée à côté. A gauche : JACQUES ADNET. Meuble cabinet en ébène, formant secrétaire. Abattam et tiroirs garnis de cuir blanc, piétement en bois doré (édité par la Compagnie des Arts Français). Ci-contre : COLETTE GUEDEN. Coffret à ouvrage au couvercle bombé; l'extérieur est laqué noir, l'intérieur gainé de bois clair (édité par Primavera).
MAXIME OLD. Tables « gigognes », pour servir le thé, en acajou verni et métal doré ; les plateaux sont en glace claire. La légèreté et l'élégance particulières de ces petits meubles les destinent tout naturellement à un intérieur féminin. DUPRÉ-LAFON. Cette coiffeuse-psyché, en trène blond verni, à dessus de marbre, ne laisse pas d'être d'une très grande élégance en dépit de la sévérité presque rigide de ses lignes. PHOTO M. DUPUIS.
DUPRÉ - LAFON. Une chambre de jeune fille, où tout est fraîcheur, depuis la ligne des meubles, la blondeur des bois, la blancheur du fond des tissus, jusqu'à celle des marbres et du tapis de haute laine. DUPRÉ - LAFON. Le coin du secrétaire dans une chambre de dame. Ce meuble en frêne blond verni est gainé intérieurement de drap « rouille ». Le pied du grand lampadaire est gainé de parchemin naturel. Au premier plan, on aperçoit la cheminée, en pierre et briquettes. SUR LA PAGE SUIVANTE, HORS-TEXTE : ANDRÉ BERTRAND. Projet pour une chambre d'étudiante, sous les toits. C'est dans la couleur surtout que l'on a cherché le caractère féminin d'une installation où, par ailleurs, tout est ordonné pour une vie équilibrée et laborieuse. L'étude, le rangement, le repos trouvent dans ces 16 mètres carrés, répartis en zones très distinctes, les surfaces et les volumes qui leur sont strictement nécessaires. Fraîcheur sans frivolité et ordre sans sécheresse caractérisent ce projet. PHOTO M. DUPUIS.


Cette édition de la revue "Art et Décoration" explore le thème du "domaine féminin" à travers des articles sur les meubles, les accessoires et l'aménagement des espaces dédiés aux femmes. Elle présente des créations de designers et d'artistes, mettant en lumière l'évolution des styles et des fonctions des boudoirs et des coiffeuses, ainsi que l'influence des femmes sur la civilisation et l'art décoratif.