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ART & DÉCORATION NUMERO 12 --- revue fondée en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
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ART & DÉCORATION NUMERO 12 --- revue fondée en 1897 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
SOMMAIRE POSTES DE DIRECTION par Boris J. Lacroix --- LES POTERIES DE PICASSO par Jean Cassou --- LE XIXe SIÈCLE ET LA SOBRIÉTÉ DES LIGNES par Pierre Migennes --- PEINTURES DES GROTTES DE LASCAUX par Bernard Champigneulle --- UNE GRANDE PIÈCE DANS UN PETIT APPARTEMENT --- ASPECTS DIVERS DE L'ŒUVRE DE JEAN PICART-LEDOUX par Louis Cheronnet --- LES VILLAS D'ANDREA PALLADIO par Jean-Charles Moreux --- L'ART DE MESURER LE TEMPS par Marcel Zahar --- LE « MISERERE » DE ROUAULT --- INFORMATIONS PLASTIQUES 49, LES EXPOSITIONS, L'ART DÉCORATIF A L'ÉTRANGER, etc. --- HORS-TEXTE, EN COULEURS UNE POTERIE DE PICASSO TROIS VILLAS DE PALLADIO (Aquarelles de Jean-Charles Moreux.) FONDÉE EN 1897, S'EST ADJOINT LES REVUES : L'ART DÉCORATIF, LES ÉCHOS D'ART, L'ARCHITECTE * PARAIT 4 FOIS PAR AN Tous droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les modèles publiés sont et demeurent la propriété de leurs auteurs ; toutes les reproductions ou les imitations, même partielles, sont interdites et seront poursuivies par les auteurs. PRIX DE L'ABONNEMENT (4 NUMÉROS) : France, fr. : 1.100. — Grande-Bretagne : £ 1.70. — Autres pays d'Europe, fr. : 1.350. Continent américain : $ 5,50. — Autres pays : $ 5,50 ou £ 1.70. LE NUMÉRO EN FRANCE : Fr. 300. Conformément à une décision syndicale : en cas de changement de prix, les abonnés seront servis jusqu'à concurrence de la somme figurant à leur crédit. A toute demande de changement d'adresse joindre 20 francs en timbres-poste. Chèques postaux, Paris 261,69. LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE, PARIS, OPÉRA 65-38 --- ART & DÉCORATION NUMÉRO 12 CHEF DE PUBLICITÉ ANDRÉ J. BAHRY (H. E. C.) --- CE NUMÉRO A ÉTÉ ÉTABLI SOUS LA DIRECTION D'ALBERT LÉVY PAR BORIS J. LACROIX BERNARD CHAMPIGNEULLE CONSEILLER ARTISTIQUE
POSTES DE DIRECTION... ANDRÉ BERTRAND. Le bureau d'un directeur dans une importante usine d'automobiles. Le mobilier et les boiseries sont en frêne gris verni, aux garnitures chromées. Les tiroirs s'ouvrent automatiquement sur simple pression d'un des boutons visibles sur l'épaisseur du plateau. Sièges en frêne gris garnis de cuir naturel. Les portes visibles à gauche desservent un dégagement d'entrée et une série de placards. Sur le grand meuble du fond quatre abattants peuvent démasquer plans ou graphiques piqués sur fond de liège. L'éclairage, encastré dans le plafond, est assuré par une série de tubes fluorescents (réalisation Philips) placés dans de petites gouttières en staf et dont le flux lumineux est réfléchi par une série de vouteins placés au-dessus. Plafond ivoire, murs coquille d'auf, tapis vert mousse. NAPOLÉON — qui ne s'y connaissait pas seulement en stratégie militaire — assurait qu'il faut de grandes « maisons » aux hommes qui ont de grands emplois et si le mot « standing » n'avait pas appartenu à la langue de ses vieux ennemis les Anglais on peut penser qu'il l'eût, avant la lettre, employé dans le sens que nous lui donnons couramment maintenant dans notre langue. En effet, si le fonctionnalisme d'une installation de bureaux ressortit avant tout au genre de travail qui doit s'y effectuer ou au caractère des fonctions qui doivent s'y exercer, il ne saurait être limité à ces seules considérations matérielles, surtout lorsqu'il s'agit de postes de direction. La puissance d'une firme, le caractère de son activité, la personnalité de son ou de ses animateurs peuvent, doivent même, souvent trouver leur expression concrète dans le volume d'un meuble, la couleur d'un bois, le moelleux d'un tapis ou le fini d'une poignée de porte.
ANDRÉ BERTRAND. Un autre aspect du bureau présenté à la page précédente. Les portes et le meuble d'appui sont également en frêne gris. Au-dessus, une carte ancienne des environs de Paris. Dans cette pièce d'attente pour les visiteurs, les sièges ont été traités dans un style colonairement très « automobile » ; leur monture souple est en tube chrome, garnie de drap gris aux passepoils de cuir naturel. Murs ivoire, tapis vert mousse. Rideaux de gros tissage blanc. PHOTOS MARCEL DUPUIS. Un bureau de direction n'est pas seulement l'instrument de travail de celui qui l'occupe, c'est aussi un argument de prestige à l'égard de celui qui y est reçu et il semble que le budget « publicité » doive en prendre sa part, au moins autant que le budget « équipement ». D'apparences, de destinations, de styles et de volumes très différents, mais d'égaux réussites, les deux ensembles présentés ici montrent parfaitement ce qui doit être accordé tant au pratique qu'au psychologique dans les préoccupations fonctionnelles de semblables installations. Leur confrontation est d'autant plus intéressante que les programmes différeraient davantage au départ : d'un côté, l'ensemble des services de direction occupant tout un étage au cœur d'une grande usine d'automobiles ; de l'autre côté, le bureau particulier d'un industriel dans le centre urbain le plus proche de son usine. BORIS J. LACROIX.
1. LES BUREAUX DE LA DIRECTION D'UNE USINE D'AUTOMOBILES André Bertrand, arch.-décorateur. --- SITUÉE aux environs de Paris et partiellement détruite par les bombardements de la dernière guerre, cette importante firme franco-américaine a appliqué à sa reconstruction les matériaux et les méthodes les plus modernes. Elle doit aujourd'hui à l'architecte Philippot un ensemble de bâtiments d'une excellente tenue architecturale. L'un d'eux, au porche monumental de grande allure, abrite tous les services administratifs et groupe dans la moitié de son premier étage les bureaux de la direction générale. C'est l'aménagement complet de dernier secteur, architecture intérieure et mobilier, qui a été confié à André Bertrand et dont on peut voir ici la réalisation. L'ensemble comporte un salon d'attente, une salle de conseil avec écran de projection cinématographique (voir Art et Décoration, N° 8, page 26), le bureau du directeur-président avec son salon particulier, le bureau du directeur général et une dizaine de bureaux affectés aux directions des différentes branches de l'affaire. Des bureaux de secrétariat correspondent à chaque service, le tout desservi par un long couloir aux parois laquées et au sol caoutchouté (voir Art et Décoration, N° 8, page 26). Cette réussite est avant tout l'œuvre d'un architecte et ne comporte aucun élément qui ne soit rigoureusement « construit ». Le parti adopté, strictement limité aussi bien dans la forme des meubles et le choix des matériaux que dans l'harmonie des couleurs, outre qu'il assure à l'ensemble une parfaite homogénéité, a permis de réaliser par petites séries et avec une relative économie la plupart des éléments : bureaux, sièges, boiseries, serrurerie décorative, etc. Cette homogénéité présente encore un avantage : ce que, pris séparément, chaque bureau pourrait avoir d'un peu ostentatoire n'est plus, vu dans l'ensemble, qu'un élément de l'expression collective de la puissance et du prestige d'une firme que tout proclame ici et derrière lesquels s'effacent les personnalités particulières de chacun de ses dirigeants. Le panneau de chêne naturel verni, auquel s'appuient le bureau et la table de dactylo, et le petit éclairage local suffisent à créer une zone d'accueillant confort bien propre à rendre le travail moins rebutant et à en accroître le rendement. Siège pivotant et réglable en tube chromé garni de drap vert à passepoils de cuir naturel. Corbeille à papiers en tôle perforée laquée ivoire, sortie de métal chromé. Plafond blanc, murs bleu clair, sol recouvert de tapis de caoutchouc vert. PHOTO MARCEL DUPUIS.
Ci-dessus : Le petit salon d'attente attenant au bureau du président directeur général, avec lequel il communique par une double porte coulissante en tôle laquée ivoire perforée de petits hublots garnis de glace dépolie. SUR LA PAGE SUIVANTE : Le bureau du président directeur général. Bien que de ton plus clair et de dimensions plus imposantes, meubles et boiseries en frêne gris verni rappellent ceux des autres bureaux. Les deux téléphones blancs, encastrés, sont très « hollywoodiens », mais impossible de faire table rase d'un revers de main pour étaler de grands documents. Derrière le bureau, sur un panneau concave, agrandissement photographique (environ huit fois) d'un plan de Paris sous Charles IX, gravé en 1766 d'après une tapisserie conservée à l'Hôtel de Ville. Deux gorges lumineuses, équipées de tubes fluorescents, éclairent latéralement ce panneau et en assurent la mise en valeur ; éclairage fluorescent encastré dans le plafond (réalisations Philips). Profonds fauteuils garnis de cuir naturel ; table basse gainée de parchemin serti de frêne gris sur piétement de métal taqué ivoire. Lourds rideaux en satin blanc ivoire aux fenêtres, devant les stores « Kirsch ». Au sol, sur la moquette vert mousse, un grand tapis de haute taine naturelle qu'encadre le camail vert d'une « chaîne » discrètement allusive. Ci-contre : Le lavabo personnel; vasque et piétement monolithes en comblanchien s'appuient contre une paroi de glace encadrée de lumière diffuse. Le sol et les murs sont revêtus de comblanchien. PHOTOS MARCEL DUPUIS.

PHOTO MARCEL DUPUIS. --- Ci-dessus et en haut de la page suivante : Deux aspects de la salle à manger du directeur général, située au dernier étage de l'usine et dont deux murs sur quatre ouvrent par de larges baies sur un balcon circulaire. A droite, la partie réservée aux repas ; une rose des vents en marbre « vert de mer » a été mosaiquée au centre du plateau en Larrys de la table ronde qui repose sur un piétement de fer décoré « bronze antique ». La lumière émise par un hublot à lentille prismatique tombe à l'aplomb du centre de la table. Les sièges sont garnis de vache naturelle sur une monture en fer forgé. Sur les deux parois opposées aux baies se développe l'agrandissement photographique (environ sept fois) de deux gravures d'après Poussin. On songerait à un papier peint panoramique en camaten gris si l'agrandissement démesuré des traits de la gravure — avec le léger flou et la baisse de ton qui en résultent — ne donnait à l'ensemble une matière absolument propre, difficilement identifiable, mais plus proche de la tapisserie que du papier peint. Le discret filet lumineux qui amortit la rencontre du plafond avec ces panneaux leur assure à la fois éclairage, recul et relief. Sur la moquette vert mousse, un tapis de haute laine naturelle. L'autre partie de cette salle à manger semble une sorte de fumoir plus particulièrement affecté à la conversation qui accompagne la dégustation du café, des liqueurs et des cigares. Toute une paroi en glaces agrandit encore cette pièce aux dimensions déjà respectables mais, surtout, contribue habilement à en différencier les deux zones. Petites tables garnies de parchemin sur piétement de fer. Les sièges sont garnis de drap bleu lavande ou terre d'ombre. Remarquer le profil des pilastres, laqués gris bleu, aigu comme une proue de navire. --- En bas de la page suivante : La salle à manger des directeurs, nette comme un « carré » d'officiers. Table en frêne gris aux garnitures chromées et dont le profil des pieds rappelle celui des pilastres. Les sièges, également en frêne verni, sont recouverts de drap gris passepoïté de cuir naturel. Les deux parois latérales sont revêtues de stuc au ton de terre cuite rosée et strié de cannelures horizontales. Une longue niche éclairée, à fond de glaces, est destinée à recevoir des pots de fleurs ou de verdure. L'éclairage général est assuré par une série de hublots carrés encastrés dans le plafond et fermés par une plaque de verre prismatique. Au sol, tapis de caoutchouc rouge étrusque semé de pavés ivoire.
PHOTOS MARCEL DEPUIS.
2. LE BUREAU PRIVÉ D'UN INDUSTRIEL Georges Védres, archi.-décorateur. Un industriel dont l'usine est à plus de 20 kilomètres de Paris est sollicité par quantité de tâches, d'obligations et de contacts dont beaucoup ne peuvent être assurés que dans la capitale même. Il n'envisage pas d'avoir à Paris, pour sa firme, des bureaux. Ce qu'il lui faut c'est une sorte de pied-à-terre de travail : il loue une pièce unique, de 9 m. 20 sur 3 m. 90, dans un « building » du centre et confie à Georges Védres le soin de rendre ce local apte aux services qu'il en attend. La surface disponible, déjà modeste, a dû être encore réduite par l'obligation de construire une double paroi devant les fenêtres pour pallier leur mauvaise distribution, leur inconvénient et l'indigence de leur point de vue. Il n'y avait plus un centimètre carré à perdre et l'on peut voir sur le plan avec quelle habileté, toute architecturale, ont été réparties les trois zones principales : secrétariat, bureau de travail, coin de repos et de conversation. C'est encore sur le plan que l'on peut s'assurer qu'aucune forme n'est arbitraire ; certaines lignes semblent s'effacer d'elles-mêmes pour inviter au passage et cela donne un charme et un style très personnels à l'ensemble. Les bois naturels apparents, les gros tissus, les lignes dépouillées affirment une simplicité fort éloignée de la pauvreté et d'où la sensibilité n'est jamais absente. C'est dans la qualité de l'exécution, le souci du détail et un accueillant confort qu'il faut chercher l'impression de luxe qui se dégage d'une installation exempte de toute recherche ostentatoire, mais qui n'en sert pas moins efficacement le « standing » et la personnalité particulière de son occupant. Dans le petit vestibule, un canapé pour les visiteurs qui attendent. L'exiguïté de ce coin, large d'à peine plus d'un mètre, est corrigée par une glace qui crée de la profondeur et dont la disposition et la forme concourent à une ambiance très « chemin de fer ». Au-dessus de la glace, dans une rainure, une lampe fluorescente. Tissu en tainage écossais gris, vert, noir et blanc. Coffres et tablettes en frêne naturel poncé ; boiseries en même bois disposé en frises verticales. Remarquer la rondeur généreuse des griffes en bois qui maintiennent les glaces. E1 - Dans le prolongement du panneau qui supporte la glace, sur un revêtement en frises horizontales de frêne poncé, sont disposées les patères, aux formes très étudiées, où pourront être accrochés chapeaux et pardessus. E2 -
PHOTO SCHALL. Ci-dessous : plan général de l'installation. Le bureau de la secrétaire ouvre directement sur le vestibule ; une glace claire aux bandes dépolies le sépare virtuellement du canapé d'attente sans trop enfermer ce dernier. Au-dessus de cette glace, une lampe fluorescente dans la rainure d'une gouttière en bois. Tout de suite à droite, visible à travers les bandes claires de la glace, une petite niche recèle un réchaud électrique permettant de réchauffer un repas léger, de préparer du thé. Par ailleurs ce bureau, dont pas un centimètre carré n'est perdu, est doté de tous les agencements de travail ou de classement nécessaires. Un rideau de bois articulé peut fermer le casier du fond. Lampe de bureau à éclairage fluorescent (modèle de J. Chatain, édité par B.A.G.) derrière laquelle on aperçoit le panneau perforé qui dissimule le radiateur de chauffage. La grande baie, vitrée de verre « cristal », est fixe, la ventilation étant assurée à travers les persiennes latérales aux lames en forme de V renversé. Sièges mobiles et réglables de chez Flambo.

Cette revue d'art et de décoration présente plusieurs articles sur le design et l'architecture. Elle explore les aménagements de bureaux de direction dans une usine d'automobiles, les poteries de Picasso, le mobilier et les styles du XIXe siècle, ainsi que les peintures des grottes de Lascaux. D'autres sujets abordés incluent les villas d'Andrea Palladio et l'œuvre de Jean Picart-Ledoux.