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ART ET DÉCORATION REVUE MENSUELLE DE L'ART MODERNE ÉDITIONS ALBERT LEVY AVRIL 1933 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2. RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS LES ÉCHOS D'ART CE NUMÉRO FRANCE 18 k
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ART ET DÉCORATION REVUE MENSUELLE DE L'ART MODERNE ÉDITIONS ALBERT LEVY AVRIL 1933 LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2. RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS LES ÉCHOS D'ART CE NUMÉRO FRANCE 18 k
ART ET DÉCORATION L'ART DÉCORATIF ET LES ÉCHOS D'ART 36e ANNÉE - RÉDACTEUR EN CHEF : L. CHERONNET TOUS LES DROITS SUR LES ARTICLES ET LES REPRODUCTIONS SONT RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS ; LES MODÈLES PUBLIÉS SONT ET DEMEURENT LA PROPRIÉTÉ DE LEURS AUTEURS ; TOUTES LES REPRODUCTIONS OU IMITATIONS, MÊME PARTIELLES, SONT INTERDITES, ET SERONT POURSUIVIES PAR LES AUTEURS. PRIX, FRANCE : LE NUMÉRO 10 FRANCS. L'ABONNEMENT ANNUEL (12 NUMÉROS) 100 FRANCS. PAYS À TARIF POSTAL RÉDUIT : AFRIQUE DU SUD (UNION DE L'), ALBANIE, ALLEMAGNE, ARGENTINE, AUTRICHE, BELGIQUE, BRÉSIL, BULGARIE, CANADA, CHILI, COLOMBIE, CONGO BELGE, CUBA, ÉGYPTE, ÉQUATEUR, ESPAGNE, ESTHONIE, ÉTHIOPIE, FINLANDE, GRÈCE, GUATÉMALA, HAITI, HONGRIE, LETTONIE, LIBÉRIA, LITHUANIE, LUXEMBOURG, MAROC (ZONE ESPAGNOLE), PARAGUAY, PAYS-BAS, PERSE, POLOGNE, PORTUGAL ET SES COLONIES, ROUMANIE, SALVADOR, TCHÉCO-SLOVAQUIE, TERRE-NEUVE, TURQUIE, U. R. S. S., URUGUAY, VENEZUELA, YOUGOSLAVIE. LE N° 12 FR. 50. L'ABONNEMENT ANNUEL 125 FRS. AUTRES PAYS : LE N° 15 FRS. L'ABONNEMENT ANNUEL 150 FRS. EMBOÎTAGES JUSQU'A 1931 INCLUS, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UN SEMESTRE ; A PARTIR DE 1932, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UNE ANNÉE : 15 FRS (PORT EN SUS : FRANCE 3 FRS, ÉTRANGER 4 FRS). COMPTE CHÈQUE POSTAL : PARIS 66-90. TÉL. LOUVRE 33-87. TÉLÉGR. EDALVYDE, III, PARIS. PARIS, 2, RUE DE L'ÉCHELLE LES ÉDITIONS ALBERT LÉVY --- SOMMAIRE AVRIL 1933 RENÉ LALIQUE, par Pierre Migennes. LA SALLE DE SPECTACLE DE RADIO CITY A NEW-YORK, par Jean Gallotti. LES GRAPHISMES PRÉHISTORIQUES DU SAHARA, par Léo Frobenius. UNE ÉCOLE FÉMININE D'ART DÉCORATIF, par Raymond Cogniat. BUREAUX INDUSTRIELS PAR PIERRE CHAREAU, par René Chavance. LES ÉCHOS D'ART NOTRE ENQUÊTE : ÉVOLUTION OU MORT DE L'ORNEMENT ? UNE CRISE DE CONSCIENCE, par Louis Cheronnet. LES EXPOSITIONS, par Fabien Sollar. LE DÉCOR AU THÉÂTRE — BIBLIOGRAPHIE. INFORMATIONS ET NOUVELLES. --- jean perzel verrier d'art luminaire 3, rue de la cité universitaire (pare montsouris) gobelins 77-24 --- CHEMIN DE FER DU NORD LE RÉSEAU DE LA VITESSE, DU LUXE ET DU CONFORT PARIS-NORD À LONDRES Via Boulogne - Folkestone. Via Calais - Douvres. Via Dunkerque-Folkestone. La Compagnie du Chemin de fer du Nord assure les relations entre la France et l'Angleterre par les voies maritimes les plus courtes. Services quotidiens dans les deux sens. SERVICES RAPIDES entre la France, la Belgique et la Hollande, l'Allemagne, la Pologne, la Russie, les Pays Scandinaves et les Pays Baltes. SERVICES PULLMAN Paris à Londres "Flèche d'Or". Paris-Bruxelles-Amsterdam "Étoile du Nord" Paris-Bruxelles-Anvers "Oiseau Bleu" Calais - Lille - Bruxelles. Pour tous renseignements, s'adresser : Gare du Nord à Paris
MAITRE-AUTEL EN DALLES DE VERRE LUMINEUX RENÉ LALIQUE Si attentivement qu'on ait suivi, depuis des années, l'œuvre de M. René Lalique, on ne peut se retenir d'un sentiment de surprise devant l'extraordinaire ensemble qui la résume au Musée des Arts Décoratifs. Trop à l'étroit dans les galeries habituellement consacrées aux expositions temporaires, il déborde sur les salles de collections; il garnit les vitrines et meuble de pièces considérables le centre des stands. Quelle variété, quelle richesse d'invention! Résultat d'un labeur incessant de près de quarante années, certes. Mais combien d'artistes peuvent offrir la preuve
ART ET DÉCORATION VASE « GRAINES » d'un aussi constant effort de renouvellement, en même temps que d'une aussi remarquable unité de conception? Le placement adopté par M. Lalique, mélant tous les genres, toutes les étapes de sa production met heureusement en valeur cette diversité à la fois et cette unité. L'exposition y gagne une vie singulière. Pour en donner cependant un aperçu aussi clair que possible, — on ne saurait l'analyser en détail — il semble indispensable de reprendre l'ordre chronologique. Entre les successives recherches de l'artiste, quelle qu'en soit la dissemblance, s'établit d'ailleurs un lien très net qui permet de les rattacher les unes aux autres et d'en suivre la progression. On démontrerait sans beaucoup de peine qu'elles sont toutes commandées par des mobiles rationnels. Mais il faut à cet effet se résoudre à une revue méthodique, au risque de n'évoquer qu'imparfaitement le caractère de la chaleureuse démonstration du Pavillon de Marsan. Nous commencerons donc par les bijoux. Ils portent fort apparente la marque de leur époque. Plus exactement, ils rappellent à qui serait tenté de l'oublier que M. Lalique fut un des créateurs du style qui fleurit aux environs de 1900. Pour réagir contre la banalité des pièces qu'on lui donnait alors à œuvrer chez un joaillier, COUPE ET ASSIETTE
RENÉ LALIQUE il se tourna vers les motifs naturalistes où il percevait la possibilité de libres interprétations. Mais déjà une idée logique le guidait : le bijou n'est pas nécessairement un étalage de richesses, c'est une parure, un complément de la toilette. Par l'harmonie brillante qu'il réalise, il doit servir à rehausser la grâce de celle qui le porte, plutôt qu'à suggérer le chiffre de sa fortune. Cette idée se reflète d'abord dans la composition de ses œuvres. La coiffure féminine abondante se relève en hautes torsades. La robe ample et longue accorde des lignes compliquées. Réciproquement le peigne et le diadème, le collier, la broche et le pendentif peuvent prendre de l'importance. Ils empruntent aux fleurs et aux feuillages, aux insectes et aux oiseaux, voire aux corps de femmes nues, la souplesse de leurs courbes, la fantaisie de leurs ornements, les détails de leur ordonnance. Une ordonnance qui semble aujourd'hui un peu théâtrale peut-être. Mais il convient de se souvenir que M. Lalique, à ses débuts ne VASE AUX BICHES VASES « BEAUVAIS » ET « MONACO »
LUSTRE CRISTAL dédaigna point de parer des reines de théâtre, ainsi qu'en témoigne ici le dia-dème de Bérénice, pour Bartet. Et puis, encore une fois, il faut se reporter par la pensée aux modes de ce temps. La forme seule des chapeaux en dit long là-dessus. D'ailleurs les audaces de M. Lalique sont toujours étayées par la plus solide technique. Il a étudié tous les procédés de la joaillerie et les met savamment en œuvre. Grâce à cela non moins qu'à son goût raffiné, ses créations n'ont jamais l'aspect arbitraire que prennent fréquemment celles de ses contemporains ou de ses suiveurs. Les scarabées, les cigales, les papillons et les cygnes, les coqs, les paons, les reptiles peuvent s'affronter, s'unir, se mêler sur ses bijoux autour des sphinges et des androgynes preraphaeliques, ou bien s'épouser, se rejoindre les tiges des volubilis, les lianes des algues, les pétales du pavot, de l'iris, de l'ombelle; tout cet herbier, toute cette littérature gardent des qualités plastiques parce qu'utilisés suivant un rythme parfois secret mais rigoureux, parce que répartis suivant de justes proportions. L'idée directrice de M. Lalique se traduit encore dans le choix des matières qu'il emploie. Au lieu des gemmes précieuses, il se sert volontiers de pierres modestes, jusque-là dédaignées mais qui de leurs couleurs enrichissent sa palette : jades, onyx, sardoines, perles baroques, agates, corindons, cristal de roche. Il amène ou restitue à la joaillerie des substances dont elle tirait rarement parti, la corne, l'ivoire, la nacre. Technicien toujours, il fait jouer les émaux, opaques ou translucides. C'est avec un œil de peintre qu'il crée ses bijoux et l'on ne peut nier la qualité des accords qu'il obtient de la sorte. Mais nous allons y voir quelque chose de plus. Parmi les matières qu'il utilise et auquel il demande des effets inédits, il y a le cristal artificiel et le verre tout simple qu'il teinte, coule et taille lui-même. Au reste il en fait déjà des pièces importantes, tels ces calices en verre blanc ou ocre sertis d'argent que nous montre l'exposition. Là se trouve le point de départ d'une orientation nouvelle. On sait comment, un parfumeur ayant demandé des étiquettes pour flacons à M. Lalique, celui-ci prétendit, au nom de la logique, composer le flacon tout entier. Ainsi s'engagea-t-il dans la verrerie. Il est permis de dire qu'il y porta son inspiration de joaillier. Le Pavillon de Marsan ne réunit point ses premiers flacons — le joli modèle des Libellules notamment, qui fut célèbre — mais il en présente d'autres analogues. Bien que l'esprit rationnel de l'artiste eût conçu tout de suite la forme commandée par la destination, ce sont encore des manières de bijoux, aux lignes précieuses, au décor abondant. Cependant la fabrication à laquelle M. Lalique est conduit par les circonstances lui ouvre des horizons nouveaux. Fabrication
RENÉ LALIQUE industrielle. Il va s'adonner au verre. Mais il s'y adonnera industriellement. Le fait est à noter car il influe à la fois sur le caractère de ses œuvres et sur la portée de son effort. Technicien, il explore les procédés industriels alors en vogue, il les perfectionne et les étend. Ses pièces seront moulées ou pressées. Tantôt le moule imprimera en relief ou en creux sur la surface externe les motifs qu'il invente et tantôt un noyau inscrira sur la surface interne le décor qui jouera par transparence. Le peintre qu'il est continue à faire intervenir la couleur, parfois en se contentant d'opposer les parties mates et les parties brillantes, souvent aussi en teintant le verre en y ménageant des reflets aurés, bruns, bleus, opalins ou presque noirs. Pourtant il ne recourrera guère à l'émail qu'il se plaisait à mettre en œuvre dans la verrerie. Nous n'en voyons à l'exposition que d'assez rares applications sur quelques vases, quelques flacons, et qui ne sont point des moins récents. Or dans la multiplicité de ses recherches il ne s'égare jamais. Chacune de ses trouvailles nouvelles porte un accent de volonté, de certitude. Et l'on peut croire que les méthodes industrielles auxquelles il se soumet y sont pour quelque chose. Elles ont un autre résultat, c'est de lui permettre de diffuser ses créations, tout en l'amenant à diversifier sans cesse leurs destinations. Il met de la beauté à la portée de tous et dans tous les éléments du logis. Force nous est ici de renoncer à suivre la marche des années. Il aborde presque en même temps tous les genres de production. Nous aurons mieux l'image de cette activité en parcourant les salles où voisinent les objets de pur ornement, vases, coupes, statuettes, bibelots ; les objets d'usage, miroirs, luminaire, meubles, décor de la table et la verrerie architecturale, vitraux et cloisons transparentes, jusqu'à ces constructions harmonieuses qu'il destine au chœur des églises. D'ailleurs la production en série n'em- pêche pas M. Lalique de nous donner des pièces uniques. Certains de ses vases, les plus délicats, sont exécutés par le moyen de la cire perdue qui autorise des rafli- nements de détails impossibles autrement mais entraîne la destruction du moule après usage. Il resterait à étudier l'évolution de la manière de M. Lalique au cours de ces quelques trente ans de labeur. Mais y a-t-il bien évolution? Sans doute ses œuvres SERVICE CRISTAL
ART ET DÉCORATION SERVICE « NIPPON » AVEC JARDINIÈRE « SAINT-HUBERT » SERVICE « BOURGUEIL »
RENÉ LALIQUE les plus anciennes peuvent sembler à la fois plus timides et plus chargées d'ornements. Nous avons déjà remarqué qu'elles naissent en quelque sorte du bijou. On y retrouve les mêmes motifs empruntés à la flore et à la faune que d'ailleurs M. Lalique n'a point cessé de mettre à contribution. Des rondes de figures nues, des théories de poissons, des envolées gagnent encore en sobriété : telle amphore, tel grand calice s'érigent presque nus ; de tel verre à boire la jambe seule se découpe en un léger motif portant la coupe qui s'ouvre toute pure comme une corolle, telle assiette à dessert s'orne uniquement au centre d'une manière de monogramme et, sur le marli, d'un fin réseau de perles. Echo de l'austérité en vogue? Question de d'oiseaux, des guirlandes de fleurs ou de feuillage habillent entièrement les premières pièces. Et peu à peu, les formes s'enhardissent, s'amplifient; le décor se localise. Il ceinture la panse ou couronne le col d'un vase, il se répartit plus discrètement sur les frises lumineuses, se simplifie, se réduit aux lignes essentielles sur les bibelots. Évolution peut-être mais, davantage, technique plus franche parce que toujours plus sûre. Toutes proches de nous enfin les œuvres matière plutôt, le cristal dont M. Lalique fait aujourd'hui presque constamment usage, voulant de larges surfaces unies qui mettent en valeur sa limpidité. Question de destination aussi car si l'artiste adopte, d'une part, un style plus dépouillé et s'en réfère principalement, quand il convient, pour obtenir la qualité séduisante d'un objet à l'eurythmie de ses volumes, en même temps il revient au décor pour composer un surtout transparent ou pour ériger les éléments de son autel et de sa table de communion qui dressent
ART ET DÉCORATION immaculés, dans leur symbolique blancheur, des tiges de lys et des anges aux ailes déployées. Mais toujours — on ne saurait le méconnaître — dans un cas comme dans l'autre, ses trouvailles portent, très apparente la marque de sa personnalité, du premier coup d'œil on distingue une invention originale qui demande à la nature ses modèles et lui doit sa grâce spontanée, qui cependant se plie à des lois strictes dont elle tire son caractère continu. Fidélité à une conception d'art rationnel, aussi loin des fantaisies arbitraires que de l'utilitarisme anonyme, prodigieuse fécondité soutenue par un étonnant esprit de création qui ne se lasse pas d'élargir les applications du verre en lui conférant les qualités d'une substance précieuse, ainsi se caractérise l'œuvre de M. Lalique si heureusement évoquée par cette exposition. PIERRE MIGENNES. LE COQ BOUCHON DE RADIATEUR SURTOUT LUMINEUX - LES TULIPES -
VUE GÉNÉRALE DE LA SALLE LA SALLE DE SPECTACLE DE « RADIO-CITY » A NEW-YORK Nous avons, dans un récent numéro, dit brièvement ce que doit être le Rockefeller Center à New-York. La construction de cette cité cyclopéenne, à l’intérieur du gigantesque Manatthan, progresse rapidement et déjà deux buildings y sont achevés. L’un est celui qui forme le motif central; c’est actuellement le plus haut du monde. L’autre occupe l’un des angles, en bordure de la Sixième Avenue; il a reçu le nom de Radio City et nous pouvons aujourd’hui, grâce aux descriptions détaillées qui nous en parviennent, grâce surtout aux photographies que nous en avons reçues, donner à son sujet quelques précisions. L’édifice se compose de deux parties distinctes: deux immenses théâtres et, au-dessus, une tour de vingt-cinq étages. Extérieurement, la plus notable particularité de cet immeuble est l’opposition que forment les murs aveugles des théâtres

Cette publication d'avril 1933 de la revue "Art et Décoration" présente un article détaillé sur l'œuvre de René Lalique, couvrant ses bijoux et sa transition vers la verrerie industrielle. La revue aborde également des sujets tels que l'art décoratif, les graphismes préhistoriques du Sahara, et une école féminine d'art décoratif. Elle inclut des critiques sur les expositions et des discussions sur l'évolution de l'ornement.