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ART ET DÉCORATION REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE JUIN 1933 ÉDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS LES ÉCHOS D'ART --- CE NUMÉRO FRANCE 106.
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ART ET DÉCORATION REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE JUIN 1933 ÉDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS LES ÉCHOS D'ART --- CE NUMÉRO FRANCE 106.
ART ET DÉCORATION L'ART DÉCORATIF ET LES ÉCHOS D'ART 36e ANNÉE - RÉDACTEUR EN CHEF : L. CHERONNET TOUS LES DROITS SUR LES ARTICLES ET LES REPRODUCTIONS SONT RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS ; LES MODÈLES PUBLIÉS SONT ET DEMEURENT LA PROPRIÉTÉ DE LEURS AUTEURS : TOUTES LES REPRODUCTIONS OU IMITATIONS, MÊME PARTIELLES, SONT INTERDITES, ET SERONT POURSUIVIES PAR LES AUTEURS. PRIX, FRANCE : LE NUMÉRO 10 FRANCS. L'ABONNEMENT ANNUEL (12 NUMÉROS) 100 FRANCS. PAYS À TARIF POSTAL RÉDUIT : AFRIQUE DU SUD (UNION DE L'), ALBANIE, ALLEMAGNE, ARGENTINE, AUTRICHE, BELGIQUE, BRÉSIL, BULGARIE, CANADA, CHILI, COLOMBIE, CONGO BELGE, CUBA, ÉGYPTE, ÉQUATEUR ESPAGNE, ESTHONIE, ÉTHIOPIE, FINLANDE, GRÈCE, GUATÉMALA, HAITI, HONGRIE, LETTONIE, LIBÉRIA, LITHUANIE, LUXEMBOURG, MAROC (ZONE ESPAGNOLE), PARAGUAY, PAYS-BAS, PERSE, POLOGNE, PORTUGAL ET SES COLONIES, ROUMANIE, SALVADOR, TCHÉCO-SLOVAQUIE, TERRE-NEUVE, TURQUIE, U. R. S. S., URUGUAY, VENEZUELA, YOUGOSLAVIE. LE N° 12 FR. 50. L'ABONNEMENT ANNUEL 125 FRS. AUTRES PAYS : LE N° 15 FRS. L'ABONNEMENT ANNUEL 150 FRS. EMBOÎTAGES JUSQU'A 1931 INCLUS, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UN SEMESTRE ; À PARTIR DE 1932, CHAQUE EMBOÎTAGE CONTIENT UNE ANNÉE : 15 FRS (PORT EN SUS : FRANCE 3 FRS, ÉTRANGER 4 FRS). COMPTE CHÈQUE POSTAL : PARIS 66-90. TÉL. LOUVRE 33-87. TÉLÉGR. EDALYVDÉ, III, PARIS. PARIS, 2, RUE DE L'ÉCHELLE LES ÉDITIONS ALBERT LÉVY --- SOMMAIRE JUIN 1933 RENÉ HERBST, par André Boll. LES DESSINS POUR MODE DE MANSOUROFF, par Roger Nalys. LES RELIURES DE LATOUR, par René Chavance. FERNAND LABAT, par Maximilien Gauthier. AU MUSÉE D'ETHNOGRAPHIE : LES BAS-RELIEFS D'ABOMEY, par Jean Gallotti. LES ÉCHOS D'ART L'INAUGURATION DE LA GALERIE D'"ART ET DÉCORATION". NOTRE ENQUÊTE : ÉVOLUTION OU MORT DE L'ORNEMENT FRANÇOIS POMPON. NOUVELLES TECHNIQUES AU SALON DES ARTISTES-DÉCORATEURS. LES EXPOSITIONS, par Fabien Sollar. INFORMATIONS ET NOUVELLES. CONCOURS. --- jean perzel verrier d'art luminaire 3, rue de la cité universitaire (Parc montsouris) gobelins 77-24 --- PARTIR... PARTIR... POUR VOS DÉPLACEMENTS, UTILISEZ LE BILLET DE FAMILLE OFFRANT JUSQU'A ... 75% DE RÉDUCTION DÉLIVRÉ TOUTE L'ANNÉE RENSEIGNEMENTS DANS LES GARES DU RÉSEAU DE L'ÉTAT
QUELQUES MEUBLES MÉTALLIQUES D'AUJOURD'HUI RENÉ HERBST L'art décoratif moderne est attaqué, très attaqué. Il subit actuellement les assauts répétés de tous ceux qui vénèrent la tradition, prônent « l'artisanat » et exaltent le « folklore ». Pour défendre l'art décoratif moderne il existe deux catégories d'artistes : ceux qui fondent des théories et les expriment, en y adaptant leurs réalisations et ceux qui par leur travail raisonné et leur application réfléchie créent des principes fondamentaux. René Herbst se classe indiscutablement dans la seconde catégorie. Non pas que René Herbst n'ait pas d'idées, au contraire, mais il répugne à les aligner sur du papier et, à son point de vue un simple croquis en dit beaucoup plus qu'un long discours. Ce en quoi il a parfaitement raison. René Herbst a une assez juste conscience
ART ET DÉCORATION de ses possibilités. Il est indépendant, parfois batailleur, voire irrascible... C'est un esprit curieux, avide de connaître, désireux de produire... Au lendemain de la guerre il organise, en collaboration, la première section d'art urbain au Salon d'Automne. Il se passionne pour les étalages. Les étalages! Qui donc conserve encore le souvenir lointain d'un étalage de grand magasin vers 1920?; de ce bric-à-brac extraordinaire, de cette profusion de marchandises accumulées, dispersées, mélangées..., de ce chaos d'objets hétéroclites qui espérait vainement attirer l'attention du passant. Eh bien René Herbst fit place nette. Il balaya toutes les idées préconçues. Il imagina des dispositifs nouveaux et séduisants. Il mit de l'ordre, de la clarté... Il fit un choix judicieux parmi les produits à mettre en valeur, bref il considéra la vitrine comme une sorte d'affiche plastique qui amusait le public, l'intriguait, l'obligeait à s'arrêter... La vitrine était devenue, comme par miracle, une forme des plus frappantes de l'art publicitaire. En ce temps-là les mannequins de cire faisaient fureur..., véritable Musée Grévin de la rue. Leurs attitudes compassées, leurs perruques fadasses, leurs cils bien noirs, comblaient de délices une foule qui raffole du « bien imité ». Herbst tua le mannequin de cire. Il le remplaça, avantageusement par des silhouettes, en bois ou en verre, dont la stylisation n'était pas le moindre attrait. Et voilà Herbst baptisé « étalagiste ». Erreur, indubitable erreur... Certes Herbst fut l'instigateur infatigable de cette nouvelle forme de l'art des étalages, certes Herbst fut à la tête de ce bouleversement (immédiatement exploité par d'autres...) mais cela ne fut, cela ne resta pour lui qu'un moment de son activité. Dès 1926 ses recherches le poussent à utiliser le métal dans l'ameublement. Le meuble en guidon de bicyclette comme le surnomme d'emblée le profane. Pourquoi le tube nickelé? Parce que c'était le seul matériau répandu TERRASSE ET JARDIN CHEZ L'AGA KHAN
dans le commerce, celui qui par ses propriétés mêmes, permettait de résoudre aisément toutes les nécessités du programme. Contrairement à d'autres décorateurs Herbst ne vise pas l'originalité à tout prix. Pas «de porte à faux» inutiles, ni de patins recourbés; il estime qu'un siège ne peut être stable que s'il est solidement campé sur quatre pieds..., réservant pour les tables et autres meubles portatifs la conception du «traîneau». Là encore son ingéniosité l'incita non seulement à modifier les meubles courants mais aussi à en inventer d'autres qui correspondent à ce qu'on est en droit d'attendre «d'outils» d'un usage constant. On peut donc prétendre que, loin d'appauvrir le répertoire habituel de l'ameublement, le métal a poussé René Herbst à l'enrichir de formes nouvelles. Herbst «l'étalagiste» était devenu Herbst «l'homme acier». Erreur, nouvelle erreur. René Herbst a utilisé l'acier comme un architecte utilise le ciment, simplement comme un «matériau» nouveau. Il n'a nullement la superstition du nickel, et sa dilection pour le brillant est parfaitement justifiée par les grandes facilités d'entretien. En sorte que si le meuble en métal a été assez facilement adopté par les snobs, il est appelé surtout, dans un avenir prochain à devenir le meuble en série du français moyen. Du reste il n'emploie, pour ainsi dire jamais, le métal exclusivement seul, il le marie adroitement avec le bois, les tissus, le jonc tressé, ayant à cœur d'éviter pour la peau, un contact souvent déplaisant. Aussi lorsqu'on confie à René Herbst un ESCALIER MUR BEIGE, RAMPE LAQUE VERTE ET ACIER INOXYDABLE CHEZ L'AGA KHAN programme de «haut luxe» il utilise bien volontiers les bois précieux, les laques, les étoffes soyeuses... J'en veux pour preuve le somptueux intérieur aménagé pour l'Aga Khan. Thème extraordinaire, certes. On n'installe pas un Prince tous les jours. Examinez les photographies qui accompagnent cet article, vous verrez immédiatement que René Herbst a su réaliser ce programme particulier avec un sens parfait du luxe. Il a facilement abandonné l'élément de série. Il s'est échappé très aisément du «standard» courant.
Ci-contre : SALLE DE BAIN MUR : LAQUE ROSE. PLAFOND BLANC BEIGE. SOL RECOUVERT DE LINOLÉUM NOIR, BLANC ET GRIS. CHEZ L'AGA KHAN Ci-dessous : NURSERY MEUBLES ET BOISERIES EN CITRONNIER. MUR RECOUVERT DE TISSU BLEU D'HÉLÈNE HENRY. SOL : LINOLÉUM BLANC
Ci-contre : ENTRÉE CHEZ M. S... ÉCLAIRAGE PAR RÉFLEXION PORTE-FLEURS ET AQUA- RIUMS EN ACIER BRUNI. Ci-dessous : GALERIE DONNANT SUR LE SALON ET SALLE À MANGER CHEZ L'AGA KHAN
PETIT SALON. DIVAN-CANAPÉ EN PALISSANDRE ET SATIN CHEZ L'AGA-KHAN BUREAU ACAJOU ET MÉTAL. SIÈGE ACAJOU ET VELOURS DE LAINE VERT. VITRAIL DE BARILLET
TABLES GIGOGNE ACAJOU ET ACIER CHROMÉ CHEZ M. S... CHAISE LONGUE CITRONNIER ET SATIN BLANC CHEZ L'AGA KHAN
STAND MÉTALLURGIQUE A L'EXPOSITION COLONIALE Mais ne croyez pas que cela s'est fait au détriment du confort. Ne croyez pas non plus qu'il a, le moins du monde négligé le pratique. Il a su pour de « l'exceptionnel » faire exceptionnel. Parmi les problèmes récents qui transformèrent l'aspect décoratif de l'habitation, celui de l'éclairage fut un de ceux qui occupa, dès le début, une place prépondérante. La routine, comme ailleurs, opposa la plus farouche résistance. De même que « l'ère du gaz » connut la suspension avec son celadon, qui n'était qu'un démarrage de l'antique lampe à pétrole, de même les premiers lustres électriques revêtirent l'aspect des appareils à gaz « à becs renversés », sans compter les candélabres-appliques et les lustres à bougies et autres luminaires singuliers. Là encore René Herbst fit œuvre de novateur. Il fut un des premiers à utiliser la lumière électrique d'une façon rationnelle. Il comprit, très vite que l'éclairage devait faire partie de l'aménagement des intérieurs, que l'éclairage indirect, l'éclairage par réflexion, donnait une lumière diffuse extrêmement agréable et reposante, qu'elle supprimait « l'éblouissement », lumière, en tous points, comparable à la lumière du jour et que si ces nouvelles possibilités n'entraînaient pas la suppression totale des lampes et des lustres, elles nécessitaient cependant l'abandon absolu des formes désuètes et inadaptables. Le lustre, en temps qu'objet décoratif avait définitivement vécu. Il était avantageusement remplacé par des gouttières en métal, des plateaux de verres transparents ou translucides, des « avancées » opaques, des corniches..., bref par tout un matériel neuf à créer de toutes pièces et dont la forme, l'aspect, la matière, devenaient étroitement commandé par « les courbes de répartition des intensités lumineuses ». Herbst, l'homme acier, se mua en « ingénieur éclairagiste ». Herbst : l'homme acier, étalagiste, éclairagiste. Herbst a été tout cela, Herbst l'est encore, Herbst est mieux et plus. Car à force de se tourner vers la réalisation des problèmes techniques René Herbst regarda l'auto, l'avion, le paquebot..., il admira les pylones
RENÉ HERBST élégants que la légèreté des armatures rend tellement inexistants, tellement transparents qu'ils se fondent dans le paysage..., et lorsqu'on lui posa le problème ardu d'un stand industriel, démontable, susceptible de traverser toute la France sur quelques tracteurs, Herbst sut admirablement profiter de la leçon de l'ingénieur. Il conçut, rien qu'avec des éléments de série, une armature légère, une sorte de cirque volant couvert d'une immense bâche facilement pliable. On comprendra peut-être alors pourquoi ce farouche indépendant, ce décorateur qui ne veut pas faire de décoration, cet ingénieur artiste, qui cependant n'est jamais tombé dans « la mystique de la machine » déconcerte tous ceux, et ils sont nombreux, qui désirent faire entrer, de gré ou de force, un créateur dans une catégorie bien délimitée. Pour les architectes Herbst est un ingénieur, pour les ingénieurs Herbst est un artiste, pour les décorateurs il est tour à tour ingénieur ou architecte, mais pour les uns comme pour les autres Herbst est considéré comme un homme dangereux. Dangereux par ses audaces, dangereux par son esprit inventif, dangereux par la variété de son talent... René Herbst, est au fond le véritable artisan moderne — dans le sens noble du mot —; il est de ceux pour lesquels le métier et la technique restent à la base de toute création artistique. Il a banni de son travail, volontairement, toutes préoccupations essentiellement esthétiques. Il porte tout son effort sur les nécessités d'ordre pratique. Cet indiscipliné de nature, ce révolté permanent n'accepte qu'une discipline : la discipline de la technique. Qui mieux est, non seulement il l'accepte, mais il la motive, il en subit même le joug avec un certain plaisir, il aime la difficulté, il la cherche et une de ses plus grandes satisfactions consiste à l'avoir vaincue. Qu'il le veuille ou non René Herbst est un artiste. Ses dons innés, son goût de la belle forme, des heureuses proportions, son sens de l'harmonie, toutes ses qualités, il peut les nier si cela le divertit, mais il les exerce au profit de toutes ses créations. STAND A L'EXPOSITION COLONIALE

Cette édition de "Art et Décoration" explore l'art décoratif moderne à travers plusieurs articles. Elle présente des travaux de René Herbst, notamment ses meubles en métal et ses réalisations pour l'Aga Khan, ainsi que des dessins de mode de Mansouroff et des reliures de Latour. Le numéro aborde également l'évolution de l'ornement et les nouvelles techniques présentées au Salon des Artistes-Décorateurs.