Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

ART & DECORATION REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE ÉDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS JUILLET 1928 2, RUE DE L'ECHELLE, PARIS --- CE NUMERO FRANCE : 8 fr. 50

Page 2

CHEMINS DE FER DE L'EST CIRCUITS D'AUTO-CARS au DÉPART de GÉRARDMER La Compagnie des Chemins de fer de l'Est organise cette année deux nouvelles excursions par auto-cars au départ de Gérardmer. Du 20 Juin au 16 Septembre, tous les mercredis et tous les samedis, un circuit reliera Gérardmer à Strasbourg et, tous les jeudis et tous les dimanches, les touristes pourront aller de Gérardmer aux Trois Epis, par les cols du Bonhomme, de Louchpach et de la Schlucht, le Lac Blanc, le Lac Noir. Des billets spéciaux à prix réduit pour excursions combinées en chemin de fer et auto-car seront délivrés dans les principales gares du Réseau pendant la période de fonctionnement de ces circuits. Pour tous renseignements complémentaires, s'adresser soit aux gares de Paris et de Nancy (Bureaux des Renseignements), soit au Service Commercial, 13, rue d'Alsace, Paris (10e). --- CHEMINS DE FER DE PARIS A LYON ET A LA MEDITERRANEE CARTES DE 1 A 2 MOIS donnant droit à la délivrance DES BILLETS A DEMI-TARIF Les gares des Grands Réseaux français délivrent des cartes de voyage à demi tarif, valables 1 ou 2 mois. Le prix des cartes valables un mois est : 270 fr. 30 en 1re cl.; 218 fr. 95 en 2e cl.; 142 fr. 80 en 3e cl. Celui des cartes valables deux mois est : 450 fr. 50 en 1re cl.; 364 fr. 90 en 2e cl.; 238 fr. 10 en 3e cl. Munis de ces cartes, les voyageurs peuvent demander des billets à demi-tarif sur n'importe quel parcours des grands réseaux français. Ils ont intérêt à se munir d'une carte à demi-tarif de 1 mois au lieu de prendre des billets simples toutes les fois que le trajet à effectuer pendant 30 jours dépasse 1.200 kilom. en 1re cl., 1.440 km. en 2e ou 3e cl. La réduction augmente avec la distance : pour 2.000 km. elle atteint 20 % en 1re cl., 14 % en 2e et 3e cl. La validité des cartes peut prendre date de n'importe quel jour au gré du touriste. Pour des déplacements de plus longue durée, il est délivré des cartes de 3 mois, 6 mois, un an. --- CHEMINS DE FER DE L'ETAT RELATIONS DIRECTES & PRATIQUES ENTRE PARIS ET LA PRESQU'ILE DE CROZON-MORGAT En vue de faciliter les relations entre Paris et la presqu'ile de Crozon, des billets sont délivrés de Paris-Montparnasse et de diverses gares du Réseau jusqu'à la gare de Crozon-Morgat par Brest. Le prix de ces billets combinés comprend non seulement le transport par voie ferrée, mais encore celui des voyageurs et bagages de la gare au port de Brest et sur le bateau qui dessert la gare du Fret. Aller : - Départ de Paris-Montparnasse. à 20 h. 10 - Arrivée à Brest . . . . . . à 6 h. 50 - Départ du port de Brest . . . à 7 h. 30 - Arrivée à Crozon-Morgat . . . à 8 h. 42 Retour : - Départ de Crozon-Morgat . . . à 17 h. 33 - Arrivée au port de Brest . . . à 19 h. 05 - Départ de Brest . . . . . . à 20 h. 20 - Arrivée à Paris-Montparnasse. à 7 h. 20 Cette relation directe constitue non seulement la voie la plus économique pour se rendre dans cette splendide région de la vieille Bretagne, trop inconnue jusqu'ici où l'on peut visiter Camaret, le Château de Dinant, la Pointe de Pen-Hir et la plage idéale de Morgat, mais elle a l'avantage de permettre aux voyageurs de connaître la traversée dans des conditions très confortables à la célèbre rade de Brest. --- TOURISME ET VILLÉGIATURE Au moment des vacances et des départs pour la campagne et les bains de mer, nous croyons devoir rappeler au public que les Chemins de fer de l'État ont installé, pour la saison estivale, des bureaux de tourisme dans leurs gares de Paris-Saint-Lazare (Salle des Pas-Perdus, porte 105), et de Paris-Montparnasse (terre-plein, place de Rennes). Ces bureaux, dirigés par un personnel compétent, sont ouverts au public de 10 h. 30 à 19 heures (dimanches et fêtes exceptés). Les touristes désireux de visiter les belles régions de l'Ouest et du Sud-Ouest de la France trouveront là, gratuitement, tous les renseignements qui leur seront nécessaires pour villégiaturer ou excursionner dans ces lieux. Les itinéraires, moyens de transport locaux, prix d'hôtels, agences de location, etc., peuvent être indiqués immédiatement aux personnes qui fréquenteront ces bureaux.

Page 3

Villa à Hyères Mallet-Stevens, architecte UNE VILLA MODERNE A HYERES A quatre kilomètres de la mer, au versant sud de ce rempart contre le mistral qu'est la colline du Casteou, la vieille ville d'Hyères se chauffe au soleil. Jadis un château féodal couronnait le monticule. Il fut rasé au temps de Louis XIII. Mais on voit encore, dans la brousse, les ruines de son mur d'enceinte, flanqué de distance en distance, de hautes tours carrées. De ces ruines, vue admirable sur la presqu'île de Giens, la rade, les îles baignées d'azur de Porquerolles et de Port-Cros. C'est là que le vicomte et la vicomtesse de Noailles ont voulu avoir une villa d'hiver. Ils ont trouvé en Mallet-Stevens l'architecte le plus apte à comprendre et à réaliser leurs desseins. S'adapter parfaitement au terrain, ne rien perdre de la vue, s'imprégner d'air et de lumière, tels étaient les premiers points du programme. De là, ces terrasses en gradins qui font penser à quelque Kasbah. De là, ces bâtiments en longueur où toutes les pièces, sauf la cuisine, l'office et l'atelier, ont pu être exposées au Midi. De là, ces larges baies qui regardent au loin. Malgré l'importance de ses masses, la villa s'harmonise avec un paysage aux teintes fines. C'est que tout pittoresque inutile en est exclu et que la couleur en est discrète. Le crépi gris de ses façades ne fait pas tache au milieu des oliviers et des pins comme ces enduits brun-rouge ou moutarde qui

Page 4

ART ET DECORATION Mallet-Stevens, architecte sévissent sur la Côte-d'Azur, sous prétexte de « néo-provençal ». Les arbres, chefs-d'œuvre du sol et des ans, ont été, autant que possible, respectés. Ici, un vieil amandier refleurira au printemps. Là, jaillissent au-dessus d'un mur les flèches sombres des cyprès. Vue de la plaine, cette construction neuve se relie si bien avec les ruines qu'elle semble un rejeton du château défunt, un rejeton en béton armé, poussé non pour la défense mais pour l'hospitalité la plus large. Ceux qui l'habitent ont plus de raisons que beaucoup d'autres d'aimer et de respecter un brillant passé. Mais, précisément parce qu'ils le respectent, ils se gardent de le piller. Jeunes, amis des sports et de la vie au grand air, sympathiques aux nouveautés

Page 5

UNE VILLA MODERNE A HYÈRES où s'expriment les désirs de leur génération, ils sont et ils veulent être de leur temps. Ils n'ont donc pris pour modèle ni telle ancienne maison de plaisance des environs de Paris, ni telle bastide provençale. Après les suggestions du site, les seuls conseils qu'ils ont écoutés sont ceux de leurs besoins et de leurs goûts. Ils ont souhaité une villa simple, de proportions harmonieuses, mais sans richesse de matière, une demeure où la seule forme du luxe fût un confort de bon aloi. Grands voyageurs, ils se sont rappelé les commodités d'un paquebot où, dans un étroit espace, tout est concerté, avec le minimum L'entrée des voitures

Page 6

ART ET DECORATION un mur. Mais ce mur n'a pas la sévérité d'un mur d'école ou de prison. Il concentre le plaisir de la vue plutôt qu'il n'y fait obstacle. Il empêche la dispersion des regards sur un trop vaste étendue. Comme en certains couvents italiens, il est trouvé de larges baies où s'encadrent des paysages choisis. Une des pièces où l'on d'encombrement, pour ne pas faire regretter la terre. Ils n'ont oublié ni le bar, ni le salon de coiffure des dames. Ils auront un tennis couvert. Ils ont banni les ornements. Mais l'architecte a apporté le plus grand soin à maintes dispositions pratiques : fenêtres à guillotine, portes qui coulissent dans les murs.... On se croit encore sur le chemin public et déjà l'on est entré dans la partie basse du jardin. Une rampe en pente douce conduit le visiteur dans une avant-cour avec spacieux garage. Un porche accueillant l'appelle et le voici devant le bâtiment principal et sur la première terrasse, qui tient à la fois de la cour et du verger. Verger, car si une allée rectiligne et cimentée la traverse dans toute sa longueur, tout le reste est pelouse verte, plantée d'orangers. Cour, puisqu'elle est fermée par Mallet-Stevens, architecte

Page 7

UNE VILLA MODERNE A HYÈRES s'abrite, aux heures où le soleil est trop généreux, occupe une cave voûtée, profonde et fraîche, reste d'un couvent disparu. Les autres, élevées de la hauteur de trois marches au-dessus de la première terrasse, communiquent avec le vestibule d'entrée d'où part l'escalier conduisant aux chambres. Voici, à gauche, un petit salon suivi d'une double salle à manger; puis, sur le prolongement du vestibule, l'atelier. La première salle à manger était trop petite. Elle a été doublée. Les deux pièces communiquent par une baie qu'on peut à volonté laisser ouverte, pour les réunions de nombreux convives, groupés autour de deux tables, ou fermé par des glaces coulissant dans le mur, les jours de repas intimes. Quant à l'atelier, à plafond vitré, il est haut et vaste à souhait. Un coin de pénombre y est ménagé pour les yeux sensibles. Chacun peut s'y isoler dans la lecture ou le travail tout en restant en compagnie. Il est peint en rose adouci et du même rose sont les garnitures de ses meubles. Aux murs, quelques plans saillants, que la construction ne justifie pas toujours, accusent la mode cubiste. La terrasse du petit salon Mallet-Stevens, architecte En somme, dans cette grande villa, la part de ce que les architectes appellent «la réception» a été volontairement réduite. Tout dit aux hôtes qu'ils ne sont point venus là pour vivre enfermés. Les exercices physiques favorisent les réunions en plein air. Une vaste piscine offre aux amateurs de natation son eau limpide. Ne la cherchez pas cependant dans les parties basses de la maison, modestement blottie dans le sol. C'est elle qu'on voit de très loin, tout au haut d'une aile latérale, presque au niveau de la tour-observatoire où le pavillon des

Page 8

ART ET DECORATION Vestibule Mallet-Stevens, architecte La piscine et la terrasse pour les sports

Page 9

UNE VILLA MODERNE A HYÈRES Noailles, jaune et rouge, indique la direction du vent. Largement ouverte au midi, sans fenêtres sur les trois autres faces, elle occupe toute la longueur de l'aile, au-dessus des chambres des enfants. Cette situation dominante que le béton armé a permise est un agrément pour les baigneurs et c'est aussi un symbole. De grandes glaces qui peuvent surgir du sol en glissant dans l'ossature de béton permettent de fermer la piscine les jours de vent, ne serait-ce que pour protéger l'eau précieuse contre la poussière. Quand elles s'abaissent, les baigneurs trouvent devant eux, de plain-pied, une longue terrasse bordée d'arbustes, propice à la gymnastique et aux bains de soleil. Même souci d'hygiène, plus que de confort douillet, dans les chambres, au nombre d'une quinzaine. Elles sont petites, car à quoi bon une chambre vaste : on ouvre les fenêtres la nuit. Mais chacune d'elles a pour complément une salle de bains et une terrasse. Huit des chambres d'amis ont un porche pour coucher dehors. Celle du maître du logis se double d'une chambre en plein air, à l'américaine, avec lit de métal suspendu. Les meubles sont bien en harmonie avec une architecture dont toute l'élégance est faite de sobriété et de netteté. Dans un hôtel de Paris les chiffonniers anciens à estampilles illustres, l'ébénisterie précieuse. Ici, la simplicité. Ruhlmann même, représenté par un bureau de dame, dans le petit salon, anime un profil de trop de gracieuse souplesse. Ici on se plaît aux surfaces planes, aux formes élémentaires et rationnelles, relevées par des proportions agréables, aux angles vifs chers à Francis Jourdain, à Djo-bourgeois, à Mme Klotz, au laconisme raffiné de Chareau. Les appliques d'éclairage en plaques de verre ont été composées par Chareau ou par Perzel. Sur le sol en terrazolithe, peu de tapis, mais cubistes. Les meubles de l'atelier défient les variations de la température et sont lavables : les fauteuils confortables de Smith, garnis de caoutchouc, L'escalier conduisant aux chambres

Page 10

ART ET DECORATION ont des pieds en métal, laqué au Duco. Des sièges en tubes d'acier venus du « Bauhaus » de Dessau sont tendus de tissu caoutchouté. Ils se groupent autour d'une table de métal (marque Ronéo) laquée au Duco comme une carrosserie d'automobile. Point de pendules pittoresques ni d'horloges paysannes. Dans chaque pièce, un simple cadran de Francis Jourdain, tracé sur le mur, sans entourage, indique l'heure. Mais, fait rare et remarquable, toutes les aiguilles sont unanimes : l'électricité les commande. Un bas-relief de très faible saillie, par Laurens, sculpté au pilier du vestibule, un groupe énigmatique de Jacques Lipchitz, une œuvre de Brancusi représentent la sculpture dans cette maison accueillante au modernisme le plus aigu. Le groupe en bronze de Lipchitz se dresse au fond d'un jardin géométrique tracé par Guévrekian et il dessine et redessine successivement tous ses profils dans l'espace, grâce au mouvement de rotation lente que lui imprime un moteur caché. Quant aux peintures, elles forment une assez importante collection. Mais les toiles de Picasso, Braque, Juan Gris, Chagall, Max Ernst, Miro... ont fait retraite dans des armoires. Elles en sortent quand on veut les voir, comme, dans les maisons japonaises, les kakémonos. Non qu'elles soient jugées trop anecdotiques : les noms de leurs auteurs nous sont garants qu'elles ne pèchent pas par excès de réalisme mesquin. Mais des tableaux accrochés troublent les surfaces murales et retiennent la poussière. La disparition des toiles est sans doute la conséquence extrême du culte de l'hygiène, de l'ivresse de netteté qui règnent partout dans la villa d'Hyères. Les seuls ornements qu'on tolère ici, ou plutôt qu'on aime, sont les fleurs. Une petite pièce spéciale a été aménagée par Van Doesburg pour couper les tiges et grouper les arums ou les roses dans des vases au cristal limpide. LÉON DESHAIRS.

Page 11

VILLA, A HYÈRES Terrasse devant le petit salon R. MALLET-STEVENS, Architecte