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ART & DÉCORATION REVUE MENSUELLE DE L'ART MODERNE --- ÉDITIONS ALBERT LEVY LE SALON JUIN 1928 DES ARTISTES DÉCORATEURS LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE, PARIS --- CE NUMÉRO FRANCE : 15 frs.

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BERGUE FER-FORGÉ BATIMENT ET DECORATION INTERIEURE 10.R. DESRENAUDES PARIS XVI TEL.WAGRAM 10-98. GRAND-PRIX ARTS. DECORATIFS 1925 EXPOSITION PERMANENTE --- Voilà le résultat que vous obtiendrez avec les FUSILS GUINARD de qualité supérieure la plus PERFECTIONNÉE TIR A LONGUE PORTÉE GARANTIE MISE en JOUE PARFAITE réglée pour le Chasseur Maison GUINARD, 14, av. de l'Opéra, PARIS --- BRUNET, MEUNIE & Cie 13, Rue d’Uzès, PARIS Téléph. Central 42-74 Gutenb. 26-33 Télégramme : Brunet-Uzès-Paris TOUS TISSUS ET TAPIS POUR AMEUBLEMENTS CRÉATIONS MODERNES REPRODUCTIONS D’ANCIENS Usine principale à LE QUESNE (Somme) --- E.-J. VÉROT 3, boulevard Richard-Lenoir, 3 PARIS (XIe Arri) MEUBLES MODERNES ÉBÉNISTERIE - SCULPTURE - DÉCORATION Éditeur des œuvres de M. A. Frichet HORS CONCOURS, MEMBRE DU JURY Exposition Internationale des Arts Décoratifs, Paris 1925 --- Faites relier l’Année parue de “Art et Décoration” en vous servant des emboîtages spéciaux Chaque emboîtage contient 1 semestre Prix de l’emboîtage.. . . . . . . 10 francs Port en sus (France, 2 fr. ; Etranger, 3 fr.)

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ART ET DÉCORATION ET L'ART DÉCORATIF Rédacteur en chef : Léon Deshairs 32e année --- SOMMAIRE - LE XVIIIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS PAR H.-A. MARTINIE - CHRONIQUE : - CONCOURS, EXPOSITIONS, VENTES, LIVRES --- TOUS LES DROITS SUR LES ARTICLES ET LES REPRODUCTIONS SONT RÉSERVÉS POUR TOUS PAYS. LES MODÈLES PUBLIÉS SONT ET DEMEURERENT LA PROPRIÉTÉ DE LEURS AUTEURS, TOUTES REPRODUCTIONS OU IMITATIONS, MÊME PARTIELLES, SONT INTERDITES ET SERONT POURSUIVIES PAR LEURS AUTEURS. --- Ce numéro spécial : - France : 15 fr., Pays à demi-tarif : 16 fr. 50, Autres Pays : 18 fr. FRANCE - Le Numéro : 8 fr. 50 - L'Abonnement (12 numéros) : 85 fr. ETRANGER - I. PAYS À DEMI-TARIF POSTAL, LE NUMÉRO 40 FR. — L'ABONNEMENT 100 FR. - II. PAYS À PLEIN TARIF POSTAL, LE NUMÉRO 41 FR. 50 — L'ABONNEMENT 115 FR. - EMBOÎTAGES (CHAQUE ÉMBOÎTAGE CONTIENT UN SEMESTRE) 10 FRANCS. - (PORT EN SUS : FRANCE, 2 FRANCS. ÉTRANGER, 3 FRANCS). - DEMANDER LE TARIF SPÉCIAL POUR LES ANNÉES PARUES, BROCHÉES OU RELIÉES - COMPTE CHEQUES POSTAUX 6690 - R.C. SEINE 64696 - TÉLÉPHONE : LOUVRE 33-87 --- PARIS LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, RUE DE L'ECHELLE

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ART ET DECORATION Tourisme et Villégiature Les Chemins de fer de l'Etat viennent d'ouvrir pour la prochaine saison estivale leurs bureaux de tourisme des gares de Paris St-Lazare (salle des Pas-Perdus, côté Rome), et de Paris Montparnasse (terre-plein, place de Rennes). Complètement réorganisés et dirigés par un personnel compétent, ces bureaux sont ouverts au public de 10 h. 30 à 19 h. (dimanches et fêtes exceptées). Les touristes désireux de visiter les belles régions de l'Ouest et du Sud-Ouest de la France trouveront là, gratuitement, tous les renseignements qui leur seront nécessaires pour villégia-turer ou excursionner dans ces lieux. Les itinéraires, moyens de transport locaux, prix d'hôtels, agences de location, etc., peuvent être indiqués immédiatement aux personnes qui fréquenteront ces bureaux et, pour compléter leur documentation, des projections lumineuses sur toutes ces régions seront présentées tous les jours. Déjà bien connus du public, ces organismes vont rendre cette année des services encore plus appréciables et l'on ne peut que féliciter l'Administration des Chemins de fer de l'Etat de ce nouvel effort pour le développement du touri-me dans les régions qu'elle dessert. --- CHEMINS DE FER DE L'EST Société Auxiliaire de Transports Automobiles La Compagnie des chemins de fer de l'Est vient de consti-tuer avec le concours des principales Compagnies de Voies ferrées d'intérêt local englobées dans son Réseau, une Société de transports automobiles, auxiliaire du Réseau de l'Est, destinée à compléter, par un usage rationnel de la route, les services que le Grand Réseau rend à la région qu'il dessert. Cette Société projette notamment d'organiser des services transversaux de correspondances entre certains centres importants dont les relations sont actuellement lentes ou incommodes à raison des changements de trains qu'exigent les trajets à effectuer. C'est ainsi qu'elle envisage la mise en marche dans le courant de juin d'un service Troyes-Reims, via Sézanne-Epernay, ne mettant pas beaucoup plus de 3 heures pour parcourir la distance totale. Plusieurs services semblables seront mis en marche dans le courant de cette année et d'autres seront organisés l'an prochain. La Société envisage également l'amélioration des condi-tions de transports, en dehors du chemin de fer, des colis postaux et de diverses catégories de marchandises, par la desserte directe des expéditeurs et des destinataires. --- Le nouveau COLUMBIA PORTABLE STANDARD N° 109 prix : 800frs EN VENTE PARTOUT COUESNON & COUENNSON BRUXELLES ZURICH ALEXANDRIE

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Salle à manger, par CHARLOTTE PERRIAND LE XVIIIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS La visite du xviiie Salon des Décorateurs terminée, si l’on cherche quelque endroit où résumer ses impressions et réfléchir un peu, on n’en trouvera guère de plus propice que la salle des vitrines. On y revoit, excellemment mis en valeur, dans un champ spacieux et bien ordonné, les ouvrages de nos meilleurs artisans. Le grand vitrail de Barillet (en collaboration avec J. Le Chevallier et Th. Hanssen), conçu pour cette salle, mérite de retenir l’attention. Au mot «vitrail», nous associons d’ordinaire la féerie colorée des verrières du Moyen âge, nous souvenant à peine des vitraux en grisaille exécutés aux siècles suivants. Or, on ne voit aucune touche de peinture dans le vitrail de Barillet, qui dispense une lumière terne, comparée à la rutilance des vieux vitraux, et cela ne laisse pas de déconcerter. Pour traduire sa vaste composition, de thème moderne et de dessin très 1925, Barillet utilise des verres blancs,

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ART ET DECORATION unis ou striés, des verres laiteux opaques, et des morceaux de miroir clair ou noir; en variant la disposition des verres à stries (verticalement, horizontalement, obliquement), il obtient une gamme de gris dont il joue adroitement. A ce vitrail, de l'autre côté du monument lumineux, répond la porte d'entrée en fer forgé dessinée par M. Expert, architecte, et réalisée magistralement par Raymond Subes, pour la nouvelle école des arts décoratifs. D'un dessin trapu, les deux battants de cette porte monumentale sont ornés de quatre motifs allégoriques, en fer forgé également, d'un symbolisme simple, qui apportent leur grâce savoureuse dans la rigidité nue des barres verticales. Une Minerve, traduite avec un sentiment populaire qui s'accorde bien au fer forgé, s'érite au sommet comme une divinité familièrement tutélaire. Les vitrines qui renferment les verreries sont placées face aux fenêtres, et il faut louer cette disposition qui fait jouer la lumière à travers les verres colorés comme à travers des vitraux. On revoit avec le même plaisir les verreries de Marinot, d'une forme ramassée et de tonalités profondes; de Sala, pièces uniques légères et lumineuses; de Théo Berst, dans la tradition alsacienne; de Navarre, les pâtes d'Argy-Rousseau; les œuvres de Daum, amples et nobles, se trouvent dans la salle d'entrée et parmi les ensembliers. On retrouve les prestiges de la matière informée et revêtue de couleur chez les céramistes qui, depuis si longtemps ont remis leur beau métier à l'honneur: Buthaud, Cazaux, Delaherche, Fau, Lachenal, Serré en tête; ou bien encore chez les artisans du métal. Par d'habiles incrustations de métal, Linossier joint à la pureté de la forme des juxtapositions de tons d'une chaude harmonie; Dunand (qu'on trouve dans une autre salle), au contraire, par le concours de la laque, obtient des contrastes éclatants; un nouveau venu, Llaurenson, montre une technique un peu incertaine avec des dons et du goût, débute favorablement. Même pour les produits de vente courante, la porcelaine et la verrerie témoignent de nobles soucis, mais il faut mettre hors de pair les services de table de Mme Suzanne Lalique, dont le dessin et le ton, d'une distinction toute personnelle, servent admirablement la blancheur et l'éclat propres à la porcelaine. On peut dire la même chose des services de Prunier exécutés par la Manufacture nationale de Sèvres qui, d'ailleurs, continue ses initiatives pour étendre le domaine de son activité. De petits animaux en faïences, une pendule d'après un modèle de Guino montrent une tendance à encourager. Il faut signaler, pour les mêmes raisons les vitrines de la faïencerie bretonne Henriot qui édite des modèles de Bouchard et de Méheut, entre autres. La reliure, aujourd'hui un art féminin, peut-on dire, recourt plus sobrement à la couleur. On n'y remarque guère d'erreurs. La reliure actuelle rejette les effets pittoresques, les compositions compliquées et l'ornementation abstruse. Elle se limite, à bon droit, à la préparation du cuir, à un décor strict auquel suffisent quelques MARTHE DEUTSCH

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LE XVIIIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS nuit nullement à leur réelle qualité d'art. Ainsi l'orfèvrerie. On trouve ailleurs les ouvrages de Cardeilhac et de Daurat, mais dans la salle des vitrines figurent, outre Lelièvre, les orfèvres danois qui se groupent autour de Georg Jensen. On connaît la simplicité des formes de Jensen, la grâce simple et nue où il se complaît et qui trouvent ici de nouvelles preuves, dans ses productions comme dans celles de ses disciples. La salle des vitrines n'est pas seulement une utile préface aux ensembles mobiliers. Son spectacle animé incite à penser que si l'art moderne a cause gagnée, c'est qu'il a gagné la femme à sa cause. Les femmes, pour des raisons psychologiques sur lesquelles il n'y a pas lieu de s'arrêter ici, sont par nature éprises de nouveau, tandis que l'homme en général rechigne au changement, entrave le plus qu'il peut les variations de la mode. Au début de l'art moderne, lorsque la femme, HÉLÈNE DURAND traits de dorure ou de couleur; les effets de mosaïque se bornent à deux tons. Les reliures exécutées à l'atelier de reliure et de dorure du Comité de dames de l'Union centrale des arts décoratifs participent de ces principes: Celles de Mlle de Léotard, parmi tant d'autres, restent un excellent exemple à cet égard. Les diagrammes rouge et or du Knock ou le triomphe de la Médecine, les cordages de mâture pour L'île mystérieuse, les réseaux de lignes pour Rhumbs et Autres Rhumbs, inspirés de l'œuvre même, donnent un tour bien spirituel à une ornementation au demeurant très sobre mais d'un grand effet. Enfin, il y a les objets faits d'une matière d'une telle beauté en soi que l'art de l'homme ne peut rien y ajouter, sinon une forme digne de faire valoir cette beauté. Ainsi la bijouterie, représentée ici par la tentative des plus intéressantes de bijoux en série de Bablet. Le prix modique de ses œuvres ne JACQUELINE RABAUD

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ART ET DECORATION Étui à cigarettes, argent, laque et coquille d'œufs, par Gérard-Sandoz --- et des mieux doués, G. de Feure, professait la même opinion. Dans une étude sur l'œuvre abondante de ce dernier parue dans cette revue (I), Octave Uzanne écrivait : « En bon psychologue et en amoureux de la beauté, M. de Feure estime que la femme possède une influence prépondérante sur le mode général de décoration. Les appartements, les théâtres, les salons, les expositions sont pour ainsi dire décorés selon le même mode qui préside au port des toilettes, des manteaux, des chapeaux de luxe.... Ah! apprendre aux femmes ce qui conviendrait le mieux à leurs capricieuses métamorphoses, les ramener à la simplicité, aux grandes lignes, à la sobriété des teintes délicates, subtiles et belles!... » Les jeunes décorateurs, attachent le plus haut prix aux qualités de construction et (I) Art et Décoration, 1901, IX, p. 77. Étui à cigarettes, laque et coquille d'œufs, par Gérard-Sandoz --- dans un salon Louis XV, servait le thé, la main qui tenait la théière, Louis XV, naturellement, s'ornait sans scrupule de bagues modernes. Ce rapprochement, ce contact ne la choquait pas plus que de s'asseoir, en robe de 1900 et avec une écharpe en liberty, dans une bergère xviii^e siècle. Peu à peu, les bijoux, les vases et divers bibelots, les tissus surtout, introduisirent insidieusement l'art nouveau dans la maison, parmi les styles. De ces objets, les nouveaux éléments décoratifs passèrent au mobilier, puis à l'habitation tout entière. Sans cette préparation ornementale, on peut croire que l'art moderne, malgré ses progrès et un goût plus sévère, aussi bien chez les artistes que chez le public, eût connu un sort différent. Il est intéressant, à ce propos, de rappeler ici qu'aux premières tentatives de décoration moderne, un artiste des plus féconds

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LE XVIIIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS d'architecture. Ils usent aussi de la couleur avec une extrême et une exquise sobriété. Les réussites qui les louent déjà, la distinction à laquelle ils atteignent, un charme tout de vigueur justifient pleinement leurs ambitions. Grâce à eux, la preuve est faite qu'un art nouveau, dépouillé de tout ornement purement décoratif, est viable dès maintenant et reçoit déjà l'adhésion du public. Par surcroît, il se pourrait aussi qu'il fût celui qui réponde le mieux aux impératifs modernes de confort, d'hygiène, de netteté, de simplicité. Et ce n'est nullement par hasard, entre autres choses, qu'un groupe de jeunes artistes ont cherché simultanément une solution au meuble de métal : le métal, sous la forme ingrate et antidécorative de tube, les tentait par cela même et permettait de renouveler les formes. C'est une joie de considérer avec quel bonheur ils ont joué la difficulté et l'ont surmontée. Pour le mobilier, il importe de distinguer les meubles en bois et ceux en métal. Les premiers, aussi bien les meubles isolés que les ensembles, continuent de s'attacher aux qualités que nous sommes aujourd'hui habitués à rencontrer, et à exiger. Ces qualités, nous les retrouvons dans le meuble d'appui de Lelieu Montagnac, pour un meuble de même genre, cherche un renouvellement de forme en évasant les côtés vers le haut en forme de soufflet : parti plus décoratif qu'architectural. Le « bureau du décorateur » de Stéphany, avec son plateau en demi-cercle d'un dessin large, répond bien à son objet, permet le déploiement des plans et dessins. L'étoffe charmante qui recouvre les sièges du coin de salon de René Crevel attire les visiteurs. Plus loin, ils stationnent devant la salle tripartite de Rapin, et c'est à la coiffeuse que semblent aller leurs préférences. Dans la chambre à coucher pour un yacht, Raymond-Nicolas montre une imagination un peu lugubre qui détourne l'attention de réels mérites d'adaptation. Le studio de Printz est conçu pour un homme dont les travaux de l'esprit font la tâche essentielle. L'heureuse disposition de l'ensemble en deux compartiments sans que l'unité de la pièce soit rompue, la facilité d'accès à tous les rayons, la commodité du bureau dont la surface se double sans complication, la douceur de l'éclairage, d'autres détails pratiques exciteront l'envie de bien des écrivains. On ne trouve que des éloges pour les trois pièces de Bouchet : chambre à coucher, boudoir, salle de bains. La distribution des pièces, les rapports de proportions des meubles et de l'espace, leur accord avec la tonalité générale, si harmonieuse, prédisposent à goûter la douceur de vivre. Maurice Jallot suit l'excellent exemple que donna son père dès le début de sa carrière. Sa salle à manger, sérieusement et intelligemment étudiée, semble déjà le résultat d'une expérience et d'un goût éprouvés. Celle de M. Fréchet, en ébénisterie de bois clair satiné, marqueterie et bronzes argentées, loue dignement Mlle Max Vibert

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ART ET DECORATION le directeur de l'Ecole Boulle. La table à abattants, les chaises à dossier de bois incurvé, d'un dessin élégant et robuste, témoignent du désir d'adaptations nouvelles réalisées par un homme de goût et de métier également sûrs. La « chambre d'apparat » de Ruhlmann justifie bien son appellation. Le lit en corbeille, posé ingénieusement sur trois larges pieds, éveille des idées de volupté joyeuse, bien qu'il soit profond comme un tombeau, à l'instar du divan de La Mort des Amants. Dans cet ordre d'ameublement, il est toujours remarquable de voir comment Ruhlmann excelle à concilier «l'apparat» et une distinction nerveuse. On rêve devant la salle de bains de Roux-Spitz comme devant un idéal trop lointain; d'un luxe sobre, elle servirait aussi de frigidarium en été, mais en hiver...? Pour son salon de dames d'un palace, René Prou a établi de larges fauteuils dont il faut surtout apprécier le confort; une petite fontaine jaillissante parmi des fleurs fait de la fraîcheur. Les voyageuses fatiguées se délasseront volontiers dans ces modernes caqueoires. Louons ensemble deux ébénistes éminents: un ainé, Léon Jallot, un jeune, Kohlmann. Léon Jallot témoigne d'une jeunesse d'inspiration extraordinaire avec sa chambre ivoire, si bien appropriée au charme pointu de la jeune fille d'aujourd'hui. Le dessin de la coiffeuse et du lit, notamment, apportent, dans cet esprit, une remarquable expression d'art moderne. De la fantaisie, du goût, un beau métier, une couleur où le soleil aime jouer, nous attendons tout cela de Kohlmann, et le trouvons dans sa chambre de dame pour le Studium-Louvre. Cet ébéniste de race, qui rajeunit avec bonheur les formes les plus traditionnelles, — comme dans son chiffonnier, où l'ornement rectiligne souligne la construction, — n'est pas prisonnier de sa technique. Lui aussi vient contribuer à l'élaboration du meuble métallique, avec un fauteuil de bureau élégant. Cette même liberté, cette même hardiesse, on les retrouve chez Maurice Dufrène, et cela ne laisse pas d'émerveil quand on évoque la carrière déjà si remplie de cet artiste. Dans sa «maison commune» il se dépense en ingéniosités multiples; meubles combinables, tentures flottantes, sièges métalliques largement assis. Mais plus que toute autre chose peut-être, le dispositif de chauffage central par la partie inférieure de la rampe en fer forgé de l'escalier paraît susceptible des plus heureuses applications. L'innovation la plus remarquable de ce Salon, on la trouve dans la place importante faite au meuble métallique dont nous avons déjà rencontré, chemin faisant, des essais isolés. Les jeunes artistes que nous allons voir maintenant ont systématisé son application à l'ameublement complet, ainsi que cela s'est fait déjà en Allemagne. L'intérêt commun des meubles métalliques de Matet, Djo-bourgeois, René Herbst et Charlotte Perriand réside dans l'aveu catégorique de la matière, dans la recherche franche de formes nouvelles, issues des qualités de souplesse, de résistance et de légèreté du tube d'acier. Il ne s'agit donc point, ici, de pourvoir d'une armature métallique des meubles d'une forme consacrée, en obturant les vides par des panneaux de bois ou de la tapisserie, mais de meubles où le métal intervient

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LE XVIIIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS LÉON JALLOT essentiellement comme élément constructif et décoratif. Ainsi, sur un piétement de tabouret en tube d'acier, Djo-bourgeois, Charlotte Perriand tendent une simple toile, dont le ton rare fait tout le prix. Pour les chaises et les fauteuils, un large bourrelet sur le dossier, un coussin amovible sur le siège assurent le confort désirable. Au surplus, pour lever les objections, il n'est que de regarder sans parti pris. Au stand du Studium-Louvre, encore, dans le boudoir de Matet, d'une si agréable tonalité et d'un goût séduisant, le vaste canapé en tube d'acier étiré, matelassé de petits cousins parallèles en peau de porc, paraît si accueillant qu'on souhaite de s'y asseoir; de plus, on le soulève sans effort. Mais c'est devant les ensembles de Djo-bourgeois, de René Herbst et de Charlotte Perriand qu'on juge le mieux des possibilités artistiques du meuble en métal. Dans son living room, Djo-bourgeois s'impose par un goût hautain et délicat. On s'étonne qu'un pareil enchantement résulte de moyens aussi simples: des lignes droites, deux ou trois tons, mais celles-là d'une telle proportion, ceux-ci rares et d'un rapport exquis, soit qu'ils se juxtaposent sur les rideaux et portières