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ART ET DÉCORATION MARS 1926 FÉLIX VALLOTTON, PAR PIERRE DU COLOMBIER. — LES PÂTES DE VERRE DE DÉCORCHEMONT, PAR RENÉ CHAVANCE. — AUGUSTE GUÉNOT, PAR ROBERT REY. — L'ENSEIGNEMENT DE L'ART DÉCORATIF EN AUTRICHE, PAR M. P.-VERNEUIL. HORS-TEXTE : PÂTES DE VERRE, PAR F. DÉCORCHEMONT. CHRONIQUE : INFORMATIONS, CONCOURS, VENTES, LIVRES. --- EDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS --- CE NUMERO : France : 8 fr. 50

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ART ET DÉCORATION et l'Art Décoratif REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en Chef: Léon Deshairs 30e année. — N° 291 Tous les droits sur les articles et le reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue. Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs. --- PRIX POUR 1926 I. France, le Numéro : 8 fr. 50 L'Abonnement (12 numéros) : France, 85 francs II. Pays ayant adhéré à la Convention de Stockholm : Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Cuba, Espagne, États-Unis, Ethiopie, Grèce, Hongrie, Italie et Erythrée, Lettonie, Luxembourg, Paraguay, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, U.R.S.S., Uruguay, Yougoslavie. Le Numéro : 10 francs L'Abonnement (12 numéros) : 100 francs III. Autres pays Le Numéro : 11 fr. 50 L'Abonnement (12 numéros) : 115 francs EMBOITAGES (chaque emboitage contient un semestre), 10 francs (Port en sus : France, 2 francs. Etranger, 3 francs) Demander le tarif spécial pour les années parues, brochées ou relétées --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, Rue de l'Échelle, PARIS (1er) Compte chèques Postaux 6690 R.C. Seine 64696 Téléphone Louvre 33-87 --- GALERIE EDGAR BRANDT FERRONNERIES . LUSTRETERIE . OBJETS D'ART EXPOSITION PERMANENTE 27 BOULEVARD MALEHERBE / PARIS BUREAUX ET ATELIERS / 101 B2 MURAT PARIS TELEPHONE: AUTENIL 07.95 12.40

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ART ET DECORATION ÉDITIONS ALBERT LÉVY — LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, Rue de l’Échelle — PARIS Téléphone : Louvre 33-87 — Chèques Postaux 66-90 --- OUVRAGES SUR L’EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS VIENT DE PARAITRE INTÉRIEURS EN COULEURS Recueil de 50 planches en trichromie représentant les meilleurs intérieurs de la section française et accompagnées d’une préface par M. Léon Deshairs Conservateur de la Bibliothèque des Arts décoratifs Rédacteur en chef d’Art et Décoration frs. 250 BATIMENTS ET JARDINS Recueil de 100 planches en héliogravure précédées d’une introduction et de notes par Michel Roux-Spitz Architecte - Grand Prix de Rome Rédacteur en chef de L’Architecte frs. 200 DENTELLES DE L’EUROPE CENTRALE Recueil de 64 planches en phototypie groupant plus de 150 motifs de dentelles avec une introduction par Marie Dormoy frs. 125 PARAITRONT INCESSAMMENT ÉTOFFES ET TAPIS ÉTRANGERS Recueil de 75 planches en phototypie dont 55 en couleurs avec une introduction par M. P.-Verneuil frs. 200 LA FERRONNERIE Recueil de 64 planches en phototypie groupant plus de 120 motifs de fer forgé des sections française et étrangères avec une introduction par Henri Martinie frs. 125 Tous ces ouvrages existent reliés avec une majoration de prix de 20 francs --- DEMANDEZ LES PROSPECTUS SPÉCIAUX

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Les peintres, 1903 (Vallotton debout, à gauche; Bonnard, Vuillard, Cottet, Roussel) F. VALLOTTON FÉLIX VALLOTTON (1865-1926) Pour comprendre l'art de Vallotton, il n'est pas indispensable de connaître son siècle. Mais le contraste qu'il fait avec lui permet seul de saisir la forme de son originalité, et peut-être d'en mesurer la puissance. Retenons donc que, né en 1865, il est à un et deux ans près le contemporain de Vuillard, de Bonnard et de Roussel. Au début de sa vie artistique, vers 1885, l'impressionnisme est très loin d'être décrépit : accepté désormais par la critique, il s'installe, se révise. En 1884 le premier Salon des Indépendants se dit encore : Exposition des impressionnistes. Gauguin apparaît à peine. Quelle figure fait le petit Lausannois arrivé à seize ans, à Paris ? On dirait qu'il ignore cet art avancé. Sage élève, à l'atelier Jullian, de Jules Lefebvre et de Boulanger, il expose au Salon de Bouguereau et n'y surprend pas, même on le couronne. Mais les officiels devraient se méfier d'un bûcheur obstiné, qui travaille d'arrache-pied, dans sa chambre froide, sous une copie d'Albert Dürer. S'il échappe aux vibrations de la ligne dans l'atmosphère, aux fragiles séductions de l'instant qui passe, aux décompositions de la couleur, au pittoresque de la touche, leur routine à eux, officiels, n'existe pas pour lui. Dès sa jeunesse, il est imperméable aux influences, d'où qu'elles viennent, et il le restera toute sa vie. Les deux maîtres qu'il s'est choisis, et dont on rencontre,

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ART ET DÉCORATION Gravure sur bois des degrés divers, suivant les époques,l'inspiration dans son œuvre, Dürer et Ingres, caractérisent bien l'objet de ses recherches : un art où tout soit écrit par le contour, sans rien d'approximatif, où la dureté et la sécheresse ne soient pas craintes, mais où l'agrément ne soit que toléré, presque sans consentement de l'artiste, un métier enfin sans cuisine, mince et lisse, indestructible par sa simplicité même. Sans doute il est advenu à Vallotton ce qui est arrivé à tous les grands « linéaires », c'est que, parti d'une ligne conçue d'abord pour signifier étroitement la nature, il l'a aimée de plus en plus pour sa qualité propre d'expression, mais cette évolution a été indépendante de son entourage. Pourtant cet homme de vaste culture appréciait les arts les plus opposés aux siens, les plus torrentiels, les plus généreux : Rubens et Delacroix. Les jeunes savaient qu'il n'était guère de critique plus sûr que lui, et même, ce qui paraît contradictoire à son caractère, de plus bienveillant. Mais il ne laissait pas entamer une résistance réfléchie qui a, après tout, plus de grandeur que l'aveuglement d'un sectaire. L'équivoque, qui le rangeait auprès des officiels, ne dura pas longtemps : il Gravure sur bois

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FÉLIX VALLOTTON n'exposa que deux fois aux Artistes français, et dès 1891 il rejoignit les Indépendants, qui restèrent son Salon de prédilection. La nature même de son art ne lui ouvrait de portes ni à gauche, ni à droite. Il s'en souciait peu : sa vie était dure, mais il aimait la vie dure. Cette âme, au fond imprégnée de calvinisme, avait le sens que le travail doit rester un châtiment, qu'il n'a pas le droit d'être joyeux. A cette époque il fut conduit à exécuter des travaux de restauration pour le collectionneur Haro : il les dosait de manière à gagner juste le nécessaire pour vivre, mais s'arrêtait à ce point. De cette première période datent un certain nombre de portraits : portrait de lui-même peint vers 1886 (Musée de Lausanne), portrait de son père et de sa mère. Dans celui de Mlle Athis (1898) et surtout dans celui de Thadée Natanson (1897), le plus beau, se révèle la préoccupation d'Albert Dürer. Le parti choisi est familier au vieux Maître : le modèle vu de pleine face — visage large un peu comme Frédéric le Sage — auprès d'une fenêtre ouverte sur la campagne. Le dessin poursuit le détail jusqu'à la minutie, et les couleurs, assez chaudes, ont un luisant que Vallotton sacrifiera plus tard, de préférence, aux tons mats et froids. F. VALLOTTON Mais, concurremment, naît une œuvre abondante de graveur, d'illustrateur et de caricaturiste. Sa caractéristique est d'être limitée dans le temps, de 1891 à 1902 ou 1903. Au cours de ces années Vallotton collabore au Courrier Français, où il débute, puis à la Revue Blanche, au Canard Sauvage, à l'introuvable Revue Franco-Américaine, puis encore à l'Assiette au Beurre et au Rire, il illustre les Livres des Masques de Rémy de Gourmont (1896 et 1898), les Rassemblements (1896), et d'autres ouvrages mineurs, sans parler des planches isolées qu'il

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ART ET DECORATION F. VALLOTTON fait paraître. De cette œuvre la partie la plus importante ce sont les bois, si l'on entend largement ce mot et si l'on y comprend des dessins à l'encre de chine à effets de bois, qui ont été en réalité reproduits par le zinc. Dans ce domaine Vallotton est un inventeur : c'est lui qui inaugure le bois à effets brutaux, sans hachures, ni demi teintes, et dont la qualité résulte d'un équilibre plus ou moins subtil des noirs et des blancs purs. Les masques, d'abord. Il les créait avec une incroyable facilité : contemporains, personnages historiques, Vallotton les recomposait sur des documents infimes, parfois une mauvaise photographie, et il en faisait des effigies si définitives, que Lautrec — un autre contemporain de Vallotton — aimait à vanter leur caractère de « cachet ». Ce sont aussi ce qu'on appelerait aujourd'hui, d'un mot bien ambitieux, des synthèses littéraires. Qui oublierait le Schumann pensif, le visage appuyé sur un doigt, ou le Dostoïewski souffrant, ou l'Edgard Poe, dont le contour de l'orbite dessine une ligne inquiétante, ou ce Verlaine, que nous reproduisons ici, débraillé, sinistre et sensuel, prêt à un mauvais coup ou à un viol. Quant aux scènes de la rue, aux scènes familières, elles n'ont peut-être pas la même originalité. Vallotton y cherche souvent une arabesque,

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FÉLIX VALLOTTON F. VALLOTTON un imprévu de composition, qui sont excessivement de leur époque, qui évoquent les japoneries de 1900, et aussi Lautrec. Or, Vallotton n'était pas décorateur. Mais elles permettent de pénétrer très avant dans la sensibilité de l'artiste, qui est peut-être le seul point par où il communique avec son temps: le temps de Mirbeau dont Vallotton est l'ami, de Jules Renard, du Théâtre libre, de la tranche de vie. Les écrivains sont pleins de cette délectation morose, de ce pessimisme désespéré qui fait regarder l'univers comme un fruit pourri en dedans. Vallotton se plaît à cette fureur négative. Il est bien rare que ses caricatures fassent rire, elles sont généralement amères (L'anarchiste, 1892) et souvent sinistres. Connaissez-vous le Mauvais pas (1893), où l'on voit des croque-morts, s'efforçant de descendre un cercueil qui se coince dans les courbes d'un escalier trop étroit? Mais, malgré le romantisme du sujet, pas le moindre romantisme d'inspiration : elle demeure sèche, rêche. Pourtant l'esprit de l'homme n'était point, comme on pourrait le supposer, pénible; il jaillissait au contraire avec une étonnante spontanéité, sans la moindre élaboration. C'était plutôt une vision permanente et originale des choses, que le brusque éclat d'une saillie à l'emporte-pièce, habilement amenée. Mais cette vision était une vision désenchantée. Vers 1903 la jeunesse de Vallotton est révolue. Le voici avec ses amis Bonnard, Vuillard et Roussel, dans le grand tableau « corporatif », qui est un de ses plus beaux portraits. De ce moment à la guerre ils assisteront au déclin de l'impressionnisme,