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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Sorolla y Bastida
C. MAUCLAIR
- Stylisation Étude dans les Arts anciens
E. GRASSET
- Les Pochoirs Japonais
J.-L. VAUDOYER
- Planche hors texte : Préparation des Raisins secs
SOROLLA Y BASTIDA
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OCTOBRE
1906
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LA FAYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr. — Étranger : 2 fr. 50
10e Année, N° 10
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET, LUCIEN MAGNE,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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ABONNEMENT ANNUEL
PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs
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L’Année parue ...
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M. SOROLLA Y BASTIDA
A critique d'art pourra mentionner en l'exposition de M. Sorolla y Bastida, faite à la galerie Petit en juin 1906, la plus considérable qui se soit vue à Paris depuis celle de M. Albert Besnard, révélée dans le même lieu et le même mois l'année précédente, et mise à part celle de Fantin-Latour qui fut posthume. Par l'importance de son groupement de cinq cents œuvres, par l'ensemble de ses conditions, la variété des sujets et de la technique, l'exposition de M. Sorolla est apparue comme un fait d'art notable, un sujet de curiosité, de discussion, de réflexion.
Elle a eu un très grand succès. Depuis plus de dix ans l'artiste envoyait aux Salons des Artistes Français des œuvres importantes : l'une d'elles est au Musée du Luxembourg, et toutes furent accueillies avec faveur, notamment l'an passé où des comptes rendus enthousiastes saluèrent le Soleil du Soir et l'Été. Cependant cette exposition aura été pour le grand public une révélation. Le peintre connu est maintenant célèbre. Cette réunion, rêvée par tous les peintres, est des plus périlleuses, et l'on a vu maintes fois des réputations enviables succomber à cette expérience ; je ne connais pas d'artiste moderne à qui elle ait plus merveilleusement réussi qu'à M. Sorolla. Il semble qu'il ait surgi, triomphateur ignoré la veille, tant le contraste a été grand entre son très honorable rang de peintre étranger, hors concours et décoré, et la gloire qui lui échut dès le premier jour de l'exposition Petit. Il arrivait pourtant à la fin d'une période des
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plus chargées, en pleine fièvre des Salons, et après une telle série d'expositions de toutes sortes que l'esprit et la rétine des plus acharnés amateurs de peinture demandaient grâce. Le public a paru retrouver toute sa fraîcheur d'impressions pour fêter cet art naturiste, comme si l'air maritime et salubre qui y circule avait tonifié brusquement les nerfs les plus lassés par l'admiration.
A l'écart du groupe des peintres espagnols modernes, si variés et si intéressants, MM. Zuloaga, Anglada, Rusinol, et pour des raisons différentes, M. Sorolla, leur ainé, s'est donc fait d'un seul coup une situation dont l'éclat subit dissimule la longue préparation. Cependant la presque unanimité des éloges a laissé place à quelques réserves sur les tendances elles-mêmes d'un artiste dont la technique reste indiscutée. J'aimerais apprécier ces réserves et ces tendances.
Avant de solliciter le raisonnement esthétique, le premier regard jeté sur l'exposition de M. Sorolla imposait une constatation péremptoire : celle d'une maîtrise picturale extraordinaire, celle d'un don de la nature. Il y a des artistes qu'on étudie, qu'on pénètre lentement ; on se familiarise avec eux, on les estime graduellement davantage, on les scrute, on les comprend, on les aime. Mais il y en a d'autres qui éblouissent et subjuguent en une seconde. Avant même d'avoir eu le temps de se faire une opinion, on subit une magie. On oublie ses théories, ses préférences, les objections qu'on tenait prêtes, les désirs qu'on apportait; toutes les petites défenses restrictives de l'esprit contre l'admiration tombent d'un seul coup. La volupté nerveuse, la joie sensorielle parle plus haut que la pensée. On peut garder au fond de soi des réserves, mais on se tait et on n'a qu'à s'incliner, parce qu'on est en présence d'un être humain qui, manifestement, a reçu un don mystérieux et souverain, et fut créé pour peindre comme l'oiseau pour voler. Ce n'est pas là le prestige du virtuose qui vainc toutes les difficultés ; c'est, bien au delà, l'état serein, radieux, d'un être pour qui les difficultés n'existent même pas, et qui peint aussi naturellement qu'il parle, sans même se douter
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M. Sorolla y Bastida
Pêcheurs à Javer
qu'il en puisse être autrement et que le tour de force perpétuel ne soit pas l'habitude de tout peintre. Devant des hommes ainsi doués, que faire, sinon s'émerveiller du caprice de la nature qui les mit à même de créer en se jouant, et en quelques minutes, ce que d'autres ne réussiraient pas en un an d'effort sincère, et même en toute une vie? « Il en est qui jamais n'ont connu leur idole, » et qu'à ceux-là se consacre notre pieux apitoiement; mais il en est qui la peuvent traiter en égale, et dont le travail n'est qu'une longue joie, une capituse volupté parce que leur œil et leur main sont de miraculeux instruments. Reconnaître ce miracle est une obligation indépendante de toute préférence personnelle ; il se manifeste en M. Sargent, en M. Besnard, en M. Zorn : même pour qui ne les aime pas, ce sont des hommes exceptionnels, inclassables. M. Sorolla y Bastida complète dans notre époque, ce quatuor.
Cela n'implique pas une comparaison entre ces peintres. On a noté certaines analogies entre M. Besnard et M. Zorn, entre M. Besnard et M. Sorolla — et je reviendrai sur celles-ci pour les nier d'ailleurs. Un peintre aussi protéiforme que M. Besnard, ayant touché à toutes les formes et à tous les sentiments, s'apparente toujours par quelque côté à n'importe lequel de ses contemporains. Mais si l'on doit rapprocher ces quatre noms d'artistes dont les manières et les idéaux sont dissemblables, c'est uniquement pour constater en eux l'existence d'une faculté magique, distincte du talent et de son perfectionnement dû au labeur et à la volonté d'une âme qui s'exprime.
Il est loisible de quereller un artiste sur l'usage qu'il fait de cette faculté. Très rares sont, dans une époque, ceux qui la reçurent : les uns en remercient le destin en y ajoutant
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tout ce que le travail, le scrupule, la réflexion, le désir du style et de l'expression profonde, peuvent y contribuer. Les autres se bornent à jouir du présent mis dans leur berceau par les fées, et sont des « exprimeurs » magnifiquement aisés. Mais l'existence du don leur confère quand même, à elle seule, une sorte de grandeur. Ils sont nés glorieux, s'il est plus beau encore de le devenir. Ce sont des puissances de la nature.
Incontestablement M. Sorolla en est une, et cela se découvrait d'un seul regard en cette salle éblouissante où chantaient d'admirables poèmes de clarté. Tout semblait improvisé par un délicieux et puissant génie de la couleur, et chaque toile révélait la transcription instantanée des plus fugaces visions chromatiques par une main aussi prompte à peindre que le regard à percevoir. Dans ces deux cents tableaux et ces trois cents études, pas une trace d'hésitation : des tons posés une fois pour toutes, sans repentirs, avec une infaillibilité étrange, du bout d'un pinceau prestigieux : un dessin uniquement obtenu par le plan, le modèle et la valeur, dans la pâte : une exceptionnelle faculté de suggérer la qualité de chaque matière, les surfaces n'étant plus de la peinture, mais réellement de l'eau, de la chair, de la pierre ou de l'étoffe : une fougue frénétique, la plus folle joie de peindre résultant de la plus grande difficulté tentée — et tout à coup, auprès de ces pyrotechnies éblouissantes, de ces fanfares de laque, de chrome, de cobalt, les plus suaves notations en gris et beige, avec une réticence et une fragilité toutes whistlériennes. On avait l'impression d'une science illimitée, exaltée par l'ivresse créatrice, d'une science vivante et native.
Les thèmes de M. Sorolla furent très variés. Il tint à les faire tous connaître, afin qu'on pût juger de son évolution. On peut contester cette pensée : évidemment cent cinquante œuvres choisies parmi cette foule d'une opulence presque écrasante eussent donné de l'artiste un criterium de perfection, et constitué un groupement tel que nul autre peintre actuel n'en eût peut-être offert un pareil. Mais M. Sorolla, producteur fécond, tenait à imposer par la masse, et à dire avec probité
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Soleil du Soir
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non ce qu'il avait fait de mieux, mais tout ce qu'il avait fait; et dans une exposition individuelle résumant vingt années de peinture, ce point de vue en peut valoir un autre. Il y avait donc là des portraits d'hommes et de femmes, les uns presque académiques, les autres plus personnels, trois ou quatre très beaux; d'anciennes toiles, comme certaine nudité sur soie rose, d'un faire tout scolastique; des dessins, des recherches de paysages lumineux d'une facture très minutieuse, précieusement ouvragée, rappelant Fortuny; et enfin, en très grande majorité, les œuvres de pure étude atmosphérique: quelques grands tableaux, des figures, des scènes de plages, baignades, arrivées de barques de pêches, tumultueux embarquements de bestiaux, et une foule d'études minuscules, de bouts de panneaux, où, plus peut-être encore que partout, s'attestait la génialité picturale d'un notateur incomparable, plus proche de Monticelli que de l'impressionnisme.
La diversité de ces œuvres montrait que, si M. Sorolla avait toujours été en possession d'un don inouï, ses tendances et ses goûts n'en avaient pas moins connu l'hésitation, et presque l'inquiétude: sa conscience avait erré, si sa main et son œil n'avaient jamais failli. La série de ses portraits accusait à ce point de vue d'intéressants symptômes; les uns, effigies féminines en robes de bal, portraits de bourgeois, étaient d'excellentes choses propres à faire honneur à nos officiels les plus cotés, mais sans originalité marquée. D'autres valaient plus, par la recherche aiguë du caractère; un portrait de M^ Guerrer en costume de théâtre, un autre d'une dame en mantille noire, faisaient penser à Goya de la façon dont M. Zuloaga y fait songer. Enfin quelques figures d'Espagnols célèbres, M. Echegaray, M. Blasco Ibanez, M. le Dr Cajal, M. Perez Galdos, M. Beruete, M. Canalejas, traitées puissamment, avec des noirs profonds, des constructions larges, de beaux méplats, des carnations pleines de vie et d'énergie, attestaient un peintre capable de faire paraître sur la chair réelle l'âme, le caractère, la pensée individuelle, les signes professionnels de ses modèles. Un portrait de garçonnet debout auprès de deux fillettes en rouge rappelait les meilleures figures de M. Lavery. Toutefois, tous ces portraits restaient un peu lourds dans leur solide affirmation des types, un peu trop uniformes dans le contraste des faces éclairées et des fonds ou vêtements sombres.
C'était d'un excellent ouvrier, d'un scrupuleux peintre, mais d'une personnalité insuffisante. Un autre artiste eût pu les signer. Il en est tout autrement des marines et des études. Cela, c'est à M. Sorolla, et bien à lui, et à lui seul.
Assurément, depuis l'exposition Besnard, personne ne nous avait donné la sensation de cette force heureuse qui s'accroît, qui multiplie ses ressources de tableau en tableau, et qui, d'œuvre en œuvre, s'explique à soi-même et s'exalte jusqu'à cette sorte d'ivresse de peindre au delà de tout obstacle: en sorte
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Les Roses-thé
qu'au lieu de s'atténuer, comme devant les roueries de la virtuosité, la sensation du visiteur se renforce et se magnifie. Il y avait sur ces murailles une explication splendide et frémisante des triomphes de la nature, le poème ensoleillé, tumultueux, irisé, de la mer méridionale. Personne n'avait jamais à ce point exprimé le tumulte et la transparence de la vague, la plongée des corps nus dans l'eau, la fanfare des grandes voiles claquant au vent du large, obèses sous la brise qui les emplit, et déployant en plein azur d'immenses drapeaux de lumière. Il fallait remonter aux plus belles pages de Claude Monet, à la série du golfe Juan, par exemple, pour trouver l'équivalent de certaines mers étales, vertes et dorées comme des scarabées, de certains rochers blancs ou rouges dont l'éclatant incendie, soleil valencien, était presque insoutenable. Là tout était magistral, la tonalité, le mouvement marin, la structure des masses rocheuses, la valeur, la vie, la fougue superbe de l'exécution. Enlevées sur nature en quelques heures, ces pages ivres de brise marine et de clarté égalaient les plus surprenants miracles de la notation impressionniste.
Mais on y trouvait, à l'analyse, des qualités solides, une assise, un savoir, que bien peu d'impressionnistes ont pu montrer dans leur art captivant mais vacillant où la vibration chromatique trop souvent dévore les formes et détruit la stabilité de l'architecture du sol. Une connaissance profonde de la forme humaine permettait à M. Sorolla de faire surgir de l'eau écumeuse et smaragdine des corps nus dont l'anatomie était impeccable. Telle toile radieuse, par exemple celle où deux gamins sortaient à demi de la vague pour se cramponner à l'amarrage d'un canot blanc, n'était pas seulement merveilleuse par la hardiesse de
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la mise en cadre, par l'audace de remplir entièrement un grand tableau avec de l'eau, sans ciel, par la diaprure du fluide marin, par l'in-candescence inouïe des blancs de l'esquif; l'œil s'y attachait avec le sentiment de la sécurité absolue, parce que tout, en cette vaste étude frénétique, était parfaitement à sa place, parce que sous la peau des nageurs, dont la luisance humide était criante de vérité, se devi-naient des muscles et une ossature dessinés par un maître du mouvement. Cette maîtrise de la forme, nullement académique mais tou-jours amoureuse des vérités de l'organisme mouvant, se retrouvait dans toutes les figures de M. Sorolla. Selon la dimension, selon l'opportun-ité, une indication synthétique suffisait, ou une minutieuse étude s'offrait au regard : mais toujours, sous l'irradiation lumineuse, les saillies d'un bras nu, les nodosités d'une main de pêcheur, le gonflement d'un muscle crural, la cambrure des côtes sous la chair d'un thorax, l'attache d'un nez ou d'une mâchoire demeu-raient rigoureusement vérifiables, sans une faute, sans un escamotage, et restaient pourtant subordonnés au caractère, à la synthèse, à l'impression générale.
C'est un jeu, pour M. Sorolla, que de placer à un point donné d'un tableau une valeur essen-tielle, de composer avec deux ou trois taches où l'œil est ramené logiquement, de définir les plus insaisissables caprices du contre-jour, de donner un ton aux ombres les plus neutres, de jeter de bas en haut le reflet d'une eau verte sur le torse orangé d'un marin qui se penche, de déployer une voile blanche sur un ciel blanc, de verser l'ombre d'une roche sur l'écume d'une vague, de noter le ton du soleil oblique sur le pelage d'un taureau ou le ton de l'ombre d'une rose blanche sur un corsage de linon blanc, d'harmoniser le profond indigo d'une mer entre l'ocre rougeoyant d'une falaise et les bruns dorés d'une plage à l'ombre, de grouper vingt personnages nus sur une grève où l'eau clapote, de les faire courir, rire, gam-bader, crier, briller sous le ciel de flamme, tandis que s'exalte l'envol des vastes voiles de
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M. Sorolla y Bastida
balancelles. C'est un jeu, pour un tel peintre, que de peindre des personnages de grandeur naturelle en clair sur clair, blouses bleu ciel sur fond de ciel bleu, corsages blancs sur murs blancs : de définir le frisselis du soleil, les jours torrides, sur une mer presque mauve comme au clair de lune, de faire chanter la coque vermillonnée d'un steamer, rouge à hurler, sur le cobalt sirupeux de la Méditerranée en temps de mistral, de franger du feuillage noirâtre des orangers l'écarlate d'un talus éventré, montrant sa terre argileuse aux ardeurs assourdies de sang séché.
Mais c'est aussi un jeu, pour M. Sorolla, dessinateur, de modeler la jambe maigre d'un vieux matelot, le torse potelé d'un marmot, le cou tendineux d'une vieille, le sein fleuri d'une belle fille, le dos d'un tâcheron, et de différencier ces musculatures : cet homme sait dessiner tout, enchâsser un œil brûlant dans une arcade profonde, faire saillir un maxillaire, crisper une main, emplir de son exact volume de chair un vêtement; il sait le secret de la matière d'un rocher, d'une eau, d'une toile au vent, la forme d'un gréement, la différence de plongée d'un bateau plein et d'un bateau vide, l'anatomie d'un taureau, d'un cheval, comme la forme d'une grappe de raisin; il sait faire sentir la pesanteur d'une mer horizontale, l'aspect de plaine aride, opaque, plombée, de cette mer sous certains soleils et dans certaines perspectives montantes, suggérer la place exacte du soleil dans le ciel en des marines où l'eau occupe tout le tableau jusqu'au haut du cadre : il sait la couleur précise du bordage d'une barque sous un ciel d'orage, le ton spécial d'une rose-thé
La Dame à la mantille noire
au couchant sur un mur rose, et la tonalité d'une peau féminine sous un linge violet dans de l'eau verte. En un mot, il sait tout, il perçoit et il rend tout, avec une acuité et une rapidité affolantes, et son langage pictural est d'une richesse, d'une verve, d'une joie, d'une abondance inouïes, se riant des difficultés qui feraient peiner et pâlir tout autre peintre, et qui ne semblent qu'accroître son désir de rendre l'excitation magnifique d'un regard et d'une main qui ne refusent rien l'un à l'autre.
La sorte de joie païenne et triomphante de