Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
Page 1
ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- Les Salons de 1906
LÉONCE BÉNÉDITTE
- Le Monument Segantini
PIÈRENS-GEVAERT
- La Sculpture aux Salons
PAUL VITRY
---
JUILLET
1906
---
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LA FAYETTE PARIS
Prix de la Livraison : 2 fr.
---
10e Année, N° 7
Page 2
Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
---
ABONNEMENT ANNUEL
Paris & Départements . . . . . . . . . . . . . . . 20 francs
Étranger . . . 25 francs
Prix de la Livraison : 2 francs
L’Année parue ...
Page 3
---
Mme C.-H. DUFAU
Fragment de Décoration
---
LES SALONS DE 1906
QUELQUES PEINTRES — QUELQUES TABLEAUX
---
L’exposition de Fantin-La-tour qui coïncide avec les Salons, n’aurait pu s’ouvrir plus à propos pour l’enseignement du public et des artistes. Elle offre un contraste, qui a frappé tous les visiteurs, avec la production à laquelle nous ont habitués nombre de ses plus illustres confrères. Il y a là, pour la jeunesse, une précieuse leçon de probité, de conscience, dans la recherche de la vérité et de la beauté, par l’exemple des simples et hautes vertus qui font les belles œuvres et les grands artistes. Dans le dévergondage général de nos expositions, la pauvreté des idées pittoresques et la veulerie de la technique, cet art, loyal, honnête, ému et savant, qui possède le charme et la vigueur, peut fournir matière à de sérieuses méditations.
Il faut avouer, toutefois, qu’un peu après le milieu du siècle dernier, lorsque ces œuvres, aujourd’hui unanimement admirées, firent leur apparition, le spectacle des Salons était à peu près le même. La peinture se dissolvait dans l’insuffisance et la médiocrité des pratiques d’école. L’inspiration trainait dans les éternelles redites de l’histoire, de l’allégorie et des sujets antiques plus ou moins mesquinement rajeunis par un petit renouveau archéologique et, dans toutes ces reliques fades du passé, si l’on semblait, de loin en loin, s’occuper du présent, ce n’était guère que sur le mode invariable du portrait ou sous les aspects dérisoires de la peinture dite « de genre ». Fantin fut, à ce moment, l’un des premiers du petit groupe de talents exceptionnels qui réagirent avec ardeur contre ces déplorables tendances et essayèrent d’imposer une vision vraiment pittoresque de la vie moderne.
J’ai cité ce mot admirable qu’il écrivait, en 1864, à son ami le graveur Edwin Edwards : « Il me semble que l’on peut se considérer comme ayant fait un grand progrès quand l’on voit que c’est tout près de soi que c’est beau. »
1.
Page 4
Art et Décoration
C. COTTET
Portrait de Mme J.-L. B.
C'était alors une grande nouveauté et une nouveauté assez difficile à faire accepter que de peindre ce que l'on voyait autour de soi, car il a fallu près d'un demi-siècle pour que cette conception de l'art fût assez généralement répandue dans l'Ecole.
L'œuvre de Fantin, en effet, présente en plus cet intérêt à côté qu'elle marque une date historique, le point de départ résolu de la traduction par l'art de la vie bourgeoise contemporaine. On avait bien, antérieurement, et non sans nombreux tâtonnements, tourné les difficultés de l'expression de la vie rurale. Mais la représentation de la vie bourgeoise dans son milieu, son décor, ses costumes, faisait, avant Courbet et ses élèves, hésiter les plus courageux.
Les générations actuelles ont bénéficié de tous les efforts tentés depuis ce jour par les maîtres du réalisme et de l'impressionnisme et ce n'est pas, chaque année, sans une heureuse surprise, que l'on voit les jeunes artistes regarder autour d'eux avec une intelligence de plus en plus clairvoyante des éléments si exceptionnellement pittoresques que présentent les réalités de notre temps dans les milieux de la vie bourgeoise. La femme, avec l'élegance et l'éclat de ses toilettes que l'industrie moderne a permis de répandre jusque dans les classes les plus modestes de la société, l'homme lui-même avec la grâce passée de ses « complets » et la correction funèbre de ses habits, ont été enfin vus en art avec les mêmes caractères esthétiques que nous leur prêtons dans la vie. Par la compréhension des éléments vraiment pittoresques et expressifs qu'ils renferment, ils nous donnent de l'existence de notre temps des peintures qui ne sont pas seulement des images mais des tableaux. Ce sont quelques-uns de ces exemples récents que je voudrais signaler comme une des rares constatations instructives de nos Salons.
Parmi les maîtres, jeunes encore, qui ont contribué à diriger leurs contemporains vers cette orientation nouvelle de l'art appelé à être l'interprète fidèle de notre vie, M. Charles Cottet occupe une première place. A vrai dire il avait jusqu'à ce jour été plutôt frappé par les accents des milieux populaires et particulièrement par les caractères pathétiques des existences vouées aux luttes contre la mer. Dans cet ordre d'idées, il a créé nombre de pages qui ne s'oublieront pas. Mais, si son ami Lucien Simon s'était partagé entre les populations bretonnes et les intérieurs bourgeois, Cottet ne s'était point hasardé encore dans une voie qui est plus spécialement celle du portrait et de l'analyse. Or, il est plutôt ou du moins il semblait plutôt porté vers les grandes et fortes synthèses. Il a tenté, cette année, une expérience, maintes fois entre-
Page 5
Les Salons de 1906
prise, mais aujourd'hui poursuivie avec obstination et, il faut ajouter, couronnée de succès.
Prenant un modèle donné, une jeune personne au type assez singulier, dont les caractères lui sont justement, grâce à une heureuse circonstance, familiers par sa construction et sa physionomie, car il se trouve qu'elle est bretonne, M. Cottet s'est attaché à l'étudier et pour ainsi dire à l'apprendre de manière à la pénétrer vraiment en portrait. L'exposition de la Société nouvelle reconstituée, l'exposition française de Bâle, nous avaient donné déjà des interprétations très remarquées de ce personnage. Les trois figures en pied exposées au Salon complètent avec bonheur cette série et présentent au public un Cottet pour ainsi dire nouveau, qui n'était guère connu sous ce jour que de ses amis. D'un côté, Mme J.-L. B. est de profil, à droite, coiffée d'un large chapeau de paille à nœud noir, en robe beige et chemisette blanche sur le fond gris jaunâtre des lambris d'un intérieur. De l'autre, elle est debout sur un tapis bleu, en chemisette isabelle et en robe rayée noir et blanc, son chapeau « bergère » à la main. Au milieu, enfin, et par un très délicat effet de lampe qui éclaire de sa lumière rosée les fleurs du chapeau, le collier de grosses perles d'ambre, la jeune fille est de face, en robe loutre, en gants gris, debout sur le tapis bleu et jaune, projetant sur le mur l'ombre portée de son corps. De toutes parts, les accords sont les plus rares et les plus expressifs, c'est-à-dire les plus en harmonie avec la physionomie du modèle et M. Cottet n'avait pas montré encore une pareille souplesse dans la traduction des caractères individuels.
C'est la preuve qu'il n'y a pas de meilleure école que l'étude du portrait à la condition toutefois de le considérer toujours en peintre et non pas seulement en descripteur minutieux, détaillant successivement chaque trait. C'est par le portrait compris ainsi de haut que Fantin est arrivé à trouver l'expression plus générale de la vie bourgeoise, de même que de notre temps, Lucien Simon. C'est par le portrait qui les maintient devant la nature que nos jeunes contemporains ont marqué les étapes de leurs progrès. Nous en trouvons cette année maint témoignage.
Tel, par exemple, M. Pierre Laurens. Ses premiers essais faisaient bien pressentir une nature de peintre, mais sa main encore inexpérimentée pour des ouvrages d'une certaine étendue, montrait quelque mollesse. L'étude
Les deux Miroirs
L. CAUVY
Page 6
Art et Décoration
J.-M. AVY
---
imagination qui aient ému les hommes, Millet, on ne peut toucher autrui que si on est touché soi-même.
Les deux parents du jeune peintre, M. Jean-Paul Laurens et sa femme, sont assis tous deux devant une table où le café est resté servi, à cette heure de délassement et de recueillement qui suit le repas. C'est l'hiver; dans le vaste intérieur que chauffe insuffisamment la haute cheminée romane, le maître, assis à droite, a recouvert ses épaules d'un manteau et sa tête est coiffée en arrière d'une petite calotte noire; il tient un livre d'une main et joue avec une cigarette de l'autre. A gauche, et vue de face, sa femme est assise dans un grand fauteuil de tapisserie, à oreillettes, une écharpe de l'Inde sur les épaules, son ouvrage de laine sur les genoux. La composition est calme, tranquille, recueillie, expressive autant par les attitudes, les gestes et la physionomie des personnages que par l'accord des figures avec le milieu, cette relation secrète qu'il y a entre les êtres humains et les témoins inanimés et quotidiens de leurs actes, et par le respect avec lequel sont étudiés non seulement ces traits aimés et vénérés, mais jusqu'à la nature morte, jusqu'à ses accessoires mobiliers dont chacun des éléments accoutumés et chers parle aux yeux du fils avec sa signification intime.
Ce sont, en somme, également des sortes de portraits que les deux toiles que M. Raymond Woog intitule : Laques et Intimités. Il y a là, à vrai dire, bien moins la préoccupation de pénétrer les caractères individuels d'une physionomie humaine que de faire œuvre proprement dite de peintre. Mais
---
directe de figures connues dans des milieux familiers l'a forcé à serrer son exécution, à diriger son observation avec plus de patience, de ténacité, de suite et par conséquent de fruit. Un progrès notable s'affirmait l'an dernier; le pas est décisif, cette fois, avec les portraits de ses parents.
Ce sont là, toujours, de ces figures qui portent bonheur. Il n'est rien de tel que de peindre ce qu'on connaît bien et ce qu'on aime. Les pinceaux les plus froids et les plus moroses ont trouvé, immanquablement, cette émotion qui constitue la sensibilité artistique lorsqu'il s'est agi de peindre les traits d'une mère ou d'un enfant. Comme le disait justement une des plus grandes et des plus simples
Page 7
Les Salons de 1906
G.-A. GRAU
« En Famille »
chacun doit suivre son tempérament et celui de M. Woog est incontestablement un vrai tempérament de peintre aimant la couleur et la matière pour la matière et la couleur. Il a une jeune vaillance et une belle hardiesse qui lui font rechercher la solution de problèmes pittoresques devant lesquels se dérobent trop souvent, aujourd'hui, les esprits timorés. Il n'a pas peur du ton, il cherche l'éclat et il le trouve sans vulgarité par le jeu habile des tons purs dans le concert enveloppant des neutres. Dans Laques une jeune femme, vêtue d'un manteau rose à fourrure grise et d'une robe noire, un grand chapeau noir ombrant son jeune front, est assise et appuyée contre un meuble de laque d'un superbe rouge relevé d'or que soutient en arrière la rousseur profonde d'un paravent japonais noir et or. Dans Intimité, l'effet, quoique moins concentré, n'est pas moins heureux. Une jeune femme
Page 8
Art et Décoration
H. RICHIR
En blanc
en robe grise rayée de noir et en matinée de soie rose, un ruban rose dans les cheveux bruns qui allume pour ainsi dire sa peau bistrée, est assise en avant d'un siège où sont accumulés des coussins jaunes et bleus s'accordant sur un fond de tapisserie.
Ce sont là des portraits, c'est-à-dire des images de femmes d'aujourd'hui dans le caractère que leur donnent le milieu qui les entoure, les vêtements qu'elles portent, et l'auteur pourrait les désigner nommément. Mais ce sont aussi et surtout des tableaux, car ces toiles se présentent avec des caractères généraux qui nous intéressent seuls, nous, public. C'est la même signification qu'offrent un certain nombre d'ouvrages signés de jeunes artistes attirés par les aspects de la vie moderne. Tel, le tableau de M. Grau : En famille.
Il peut y avoir des liens réels entre les divers personnages qui coopèrent à cette composition et chacun d'eux possède peut-être une individualité certaine. Mais que nous importe ! Ce qui nous intéresse c'est l'image, sinon vraie, du moins vraisemblable d'une scène de la vie de notre temps dans les milieux que nous sommes accoutumés à fréquenter. Ce que le théâtre est plus aisément parvenu à nous donner, la peinture est enfin arrivée à le rendre sans sortir de sa mission spéciale et, tout au contraire, en renouvelant ses moyens et en s'enrichissant d'éléments nouveaux.
Le réalisme du théâtre n'a sans doute pas été étranger à ce développement de la peinture dans un sens tout moderne. L'art pittoresque et l'art dramatique ont l'un sur l'autre une réciprocité d'influence qui se manifeste de longue date. On peut dire qu'un parallélisme constant existe dans ces deux arts, bien que l'avance, pour des raisons faciles à saisir, appartienne le plus souvent au théâtre. Ici la scène se présente, ainsi que nous l'observons en maintes pièces modernes dans lesquelles évoluent les actes de la société élégante. Nous sommes sur la terrasse d'un château, au bord d'une rivière ou d'un étang, de jeunes femmes, vêtues de toilettes d'été, sont groupées sous les yeux de la grand'mère, assise sur un banc, près de la rampe de pierre qui descend vers la nappe d'eau bleue. Au milieu d'elles l'inévitable uniforme, tandis que, formant comme le centre d'intérêt de ce groupement familial, une jeune maman, en robe jaune, met à dada un gros bébé sur le dos d'un terre-neuve, placide et bonasse.
Page 9
Les Salons de 1906
Avec M. J.-M. Avy, comme avec M. Etcheverry, c'est le même esprit, avec une intention plus marquée en sus. Chez ce dernier surtout où la pensée nettement satirique ajoute un élément de « genre » aux éléments purement pittoresques. Les Loups, en effet, — le lecteur en chambre du Catalogue aurait besoin de quelques explications — Les Loups, ce sont de jeunes messieurs corrects et féroces qui poursuivent de leurs assiduités une gracieuse jeune fille dont l'élégante toilette nous permet d'évaluer la dot. N'y a-t-il pas là comme un véritable intérêt scénique et dans le sujet un vrai titre de pièce?
Dans Fétée, M. Avy a présenté la scène d'une manière analogue, mais plus exclusivement pittoresque, c'est-à-dire en cherchant à faire valoir la grâce sinueuse d'une jolie jeune femme au milieu de l'élégance froide et correcte des habits noirs. Debout, en robe de satin blanc, une gerbe de fleurs d'une main, sous la clarté rosée des lumières artificielles, la jeune chanteuse se retourne du piano, où résonnent les dernières touches de l'accompagnateur, dans un mouvement intelligemment surpris de confusion modeste et heureuse.
Même sentiment de la vie moderne élégante chez M. Paul Dupuy. Vers les Cimes ! On voit d'ici le spectacle que nous eût jadis offert un tel titre. Inutile de faire intervenir le souvenir d'Ary Scheffer et de ses dérivés. Ne rêvez pas d'envolées dans l'espace avec des étoiles ou des flammèches sur le front. Il s'agit seulement d'un jeune excursionniste, à dos de mulet, qu'un guide conduit sur les pentes âpres des Pyrénées. M. Cauvy, également, dans un intelligent esprit de peintre, a cherché des combinaisons heureuses d'arabesque et de couleur avec une jeune femme, assise devant une psyché d'ébène, en robe blanche, un châle bariolé de l'Inde sur les épaules, qui est occupée à sa toilette de sortie.
Ce sentiment rare des harmonies dans le décor et les accessoires de la vie moderne se manifeste peut-être avec une aisance particulière chez certains artistes étrangers, plus spécialement dans la colonie américaine de Paris. Avec une faculté d'assimilation remarquable ils se sont pénétrés de nos enseignements et, moins gênés que nous par le passé, ils se portent avec moins d'embarras vers l'examen des réalités qui nous entourent. J'ai signalé déjà, l'an dernier, comme de très délicats harmonistes, MM. Frieseke et Muller. Cette année, le premier offre des images aimables de jeunes femmes dans des combinaisons très raffinées de roses, de corail, de capucine, jouant avec des gris et des verts; le second, M. Muller, ne nous touche pas moins agréablement avec la terrasse de son Café de nuit, groupant, dans la même attente, de jeunes femmes parées et armées sous les clartés blondes de l'électricité.
Mais ce sentiment de la modernité dans l'élégance, peu d'artistes, dans nos jeunes générations, l'ont au même degré que M. R. du Gardier. Il n'affectionne point l'éclat tapageur des toilettes, le milieu animé des cafés, des restaurants de nuit ou le décor luxueux des
R. WOOG
Intimité
Page 10
Art et Décoration
salons. Il se plaît, au contraire, à l'élégance dans la simplicité. Aussi recherche-t-il de préférence les scènes balnéaires ou sportives, dans la liberté du plein air et le négligé soigné des costumes de toile ou de flanelle. Inutile d'ajouter qu'il professe quelque tendresse pour les milieux britanniques. «Sur la Tamise» nous offre une de ces scènes de régates, chères à tout Anglais sans distinction de classe, attendues et célébrées comme des anniversaires nationaux. On sait ce que Manet, Renoir et les impressionnistes ont obtenu déjà de tableaux animés, vivants et grouillants dans la lumière avec les parties de canotage de la Grenouillère. Ici plus de débraillé bon enfant, plus de rapins ni de carabins en bordées dominicales avec les petites nièces de Mimi Pinson et de Musette. Les étudiants de Cambridge et d'Oxford ne connaissent pas la vie de Bohème. Gentlemen à la correction un peu mécanique, jeunes misses parfaitement distinguées, au corps mince assoupli par le tennis et le golf, sont assemblés sur les canots de chêne luisant dans leurs pyjamas marqués du coup de fer ou leurs jupes tailleur de laine blanche. Les uns sont debout, l'aviron en main, les autres nonchalamment accoudées sur des coussins Liberty décorés de larges pavots roses. Le vernis des embarcations reflète le bleu du ciel sur l'eau bleue aux remous vert sombre; les blancs des costumes se multiplient en valeurs variées, les chairs éclatent doucement et paisiblement dans leur fraîcheur égale et vive. Un coin de l'«Union Jack» fait flotter sa note cramoisie. On ne saurait tirer parti plus intelligemment pittoresque de ces éléments tout actuels de notre vie.
Il y a, dans la donnée réaliste, quelques autres tableaux qu'il est intéressant de noter à part, comme En attendant le miracle, de M. Gumery, qui nous dépênt, sous l'arcade d'une chapelle, une scène de religiosité toute méridionale, si méridionale même qu'elle en a un accent tout exotique. De vieilles femmes, de jeunes mères, un cierge en main, leur enfant dans les bras, sont accroupies sur les degrés, déguenillées, extatiques, étranges dans leurs ori-
Page 11
Les Salons de 1906
A. GUMERY
En attendant le miracle
peaux multicolores. Il y a encore, dans un tout autre milieu, l’Ovation de M. Laparra. J’ai parlé des rapports de la peinture et du théâtre. Le théâtre n’a pas seulement été un conseiller, souvent dangereux, pour la peinture, il a été pour elle et souvent avec bonheur, un sujet d’observations psychologiques et pittoresques.
Le maître qui, de notre temps, s’est plu aux effets singuliers que donne le bric-à-brac bariolé des décors, des accessoires et des costumes sous l’éclairage violent et en dessous de la rampe, ainsi qu’à l’étude de ce monde extraordinaire et artificiel des danseuses et des figurants, est Degas.
A sa suite, bien des regards curieux se sont portés vers ce peuple des coulisses dans son milieu postiche d’Alhambras et d’Eldorados en carton et en toile peinte. M. Paul Renouard nous a amusés avec la gymnastique des petits « rats » et les escalades des machinistes à travers les fermes et les portants. La Touche a largement aquarellé le public élégant des loges; le pauvre grand Carrière a traduit dans sa brume profonde les mimiques des spectateurs du théâtre populaire, Dinet, à ce Salon même, gradue et nuance avec une rare puissance d’observation et ce don exceptionnel de vie qui lui est propre, les diverses expressions, suivant leur caractère, d’un groupe de spectateurs arabes. M. Dewambez avait repris avec personnalité ces thèmes intéressants. Cette fois, M. Laparra