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ART D'AUJOURD'HUI REVUE D'ART CONTEMPORAIN • SÉRIE 3 • N° 6 • AOÛT 1952 • 300 FRS
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ART D'AUJOURD'HUI REVUE D'ART CONTEMPORAIN • SÉRIE 3 • N° 6 • AOÛT 1952 • 300 FRS
L'EXPOSITION Couverture : Tête d'ara, stylisée. 1. L'art ancien par Madeleine Rousseau 6. L'art baroque par R.V. Gindertael 8. La peinture du XVIIIe s. à nos jours par Léon Degand 11. L'art populaire par Julien Alvard 15. La XXVIe biennale de Venise par Léon Degand 18. "Le passage de la ligne" par R.V. Gindertael 23. Les expositions à Bruxelles par Delahaut 24. Le 4e salon de la jeune sculpture 26. Le 7e salon des réalités nouvelles 28. Azur et abstraction par Pierre Guéguen 29. A propos de l'art sacré contemporain par Gino Séverini 30. Les expositions 32. Informations La présentation et la mise en page sont de Sarisson --- ART D'AUJOURD'HUI Directeur : André BLOC - Comité : M. BLOC, L. DEGAND, DEL MARLE P. FAUCHEUX, E. PILLET Secrét. Gal de la Rédaction : Edgard PILLET Éditions de l'Architecture d'Aujourd'hui 5, Rue Bartholdi - Boulogne-sur-Seine Tél.: MOL. 61-80 - C.C.P. PARIS 1519-97 Abonnement : (8 numéros) FRANCE: 2.000 frs — ÉTRANGER: 2.300 frs DISTRIBUTEURS : Argentine : Editorial Victor Leru, Calle Cangallo, 2233 Buenos Aires. — Belgique : Eric Lemere « Formes nouvelles », 6, rue Ravenstein Bruxelles. — Brésil : Sociedade de Intercambio, Franco Brasileira Ltda, 75, Rue Barao de Ipepuninga Sao Paulo. — Italie : Saise, 24 Via Monte di Pietra, Torino. — Salto Via Santo Spirito 14, Milan. — Suède : Charles Fortin, 40, Bastugatan, Stockholm. — Uruguay : S. U. R. D., Maldonado 86, Montevideo. --- L'art ancien par Madeleine Rousseau Près de 700 œuvres de pierre, de métal, d'os, de terre, de bois, des peintures, présentées au Musée d'Art Moderne, auront, pendant trois mois, satisfait notre curiosité. Le réel succès de cette exposition aura-t-il accru la réputation de l'art ancien du Mexique ? Ce succès peut-on même affirmer qu'il est dû à la section archéologique ? Ces œuvres anciennes furent-elles pour nous une révélation ? A vrai dire, étant donnée l'importance des fouilles et des trouvailles dont on nous entretient depuis quelques années, on s'attendait à quelque chose de moins connu : la Musée de l'Homme, si riche en œuvres mexicaines, nous avait déjà habitués à ces formes. Seules, les têtes colossales de La Venta, dont on ne nous montre que des photographies, les fresques de Bonampak (Chiapas) et les statuettes de terre de la période archaïque nous étaient à peu près inconnues. Cette révélation de formes nouvelles va-t-elle aider l'art ancien du Mexique à conquérir l'Occident, comme le réussirent, avant lui, les formes de l'art néaire imposées par les Cubistes et celles de l'art mélanésien qu'après les poètes de 1920, les Surrélistes introduisirent dans le cycle de nos curiosités ? Jusqu'à présent, malgré la Musée de l'Homme, l'Exposition au Pavillon de Marsan vers 1925 et les antiquaires, on peut dire que l'art des Indiens (de Colombie britannique, en particulier) et celui des Eskimos ont séduit plus que les arts dits « précolombiens ». Un problème se pose qui mérite d'être abordé ici : pourquoi cette indifférence ? La même attitude de curiosité lointaine est adoptée à l'égard des formes de l'Inde et de l'Indochine : on les admire, on reconnaît en elles les témoignages de brillantes civilisations — qui peuvent, pour le moins, rivaliser avec celle de l'Occident — mais il ne semble pas qu'on trouve en elles, bien que leur perfection soit évidente, le même enrichissement que puisèrent, les artistes d'abord, et à leur suite, les amateurs et tout le public, dans les formes nègres d'Afrique et d'Océanie. L'exposition actuelle peut-elle faire lever, chez nos artistes, un nouvel enthousiasme ? Une rapide enquête menée à ce sujet ne permet pas de le prévoir ; pour que se réalise cette adoption de formes, il faut plus qu'une manifestation spectaculaire, il faut une rencontre qui se situe au delà des formes sur le plan de la réalité qu'elles expriment, qui les a déterminées. Dans les formes nègres et océaniennes, depuis près de cinquante ans, on reconnut une cosmogonie dont les éléments de base prenaient souder un caractère d'actualité que n'ont cessé d'accuser les nouveaux concepts de la science : un univers de forces, en perpétuelle interaction, créant et modifiant les formes de tout-ce-quise-vot, un homme, parcelle de l'énergie universelle, en étroite participation avec le Cosmos, et dont le corps n'est qu'un support formel (au lieu d'être la réalité que l'art copie depuis les Grecs), un ordre social, où la solidarité collective détermine le comportement individuel... Les formes nègres et mélangées introduisirent chez nous une pensée qui ressemblait à celle que nous cherchions à élaborer, au moment précis où s'opéraient un bouleversement de toutes nos conceptions classiques et où l'homme d'Occident cherchait à se situer dans un univers qu'il ne reconnaissait plus. Et l'artiste, plus sensible que tout autre aux fluctuations de la réalité, reconnut en ces formes qu'on avait baptisées « exotiques » ou « primitives » de nouveaux moyens plastiques pour exprimer une réalité occidentale qui s'avère proche de celle qui les avait déterminées. Ils trouvent en elles un encouragement à leurs inventions audacieuses et, après eux, tout l'Occident déciffrera en elles un aspect de notre réalité, de plus en plus différente de celle que voudrait perpétuer les dogmes et les formes classiques. L'art mexicain ne peut nous apporter un semblable enrichissement. Les formes archaïques, calmes et classiques — au sens occidental — des statuettes de Platlico ou de Copillo, celles des masques et statues de la période « olmèque », évoquent des souvenirs trop connus d'autres civilisations (en particulier l'Egypte) pour pouvoir encore nous étonner. Les dernières formes, depuis les Zapotèques jusqu'aux Azteques, macabres et morbides, manifestent une cruauté dont l'Occident présent cherche à se dépouiller et elles ne peuvent faire lever en nous qu'une réminiscence d'un passé dont nous voulons nous libérer. On peut être séduit — temporairement — par l'audace d'invention de certaines formes baroques, mais la réalité qu'elles expriment ne peut que nous repousser parce que trop contraire à ce vers quoi nous aspirons aujourd'hui. Ces formes mexicaines ne contiennent plus rien de notre réalité présente : la seule qui peut faire illusion, c'est cette figure d'Ara, assez inattendue dans l'art tolfèque (n° 569) dont l'aspect semi-abstrait a retenu l'attention de tous nos artistes. Mais ce cas demeure isolé, et il n'est pas suffisant pour faire lever un enthousiasme fécond. Pour justifier un retour vers des formes du passé, il faut plus qu'une admiration concentrée sur des formes, si parfaites soient-elles. L'exposition aura une autre portée : ces formes qu'elle nous propose nous apparaissent comme les témoins prestigieux de civilisations que nous commençons seulement de découvrir et qui se révèlent multiples. Leur richesse et leur diversité ne font que souligner d'étranges analogies que personne ne nous explique. Quelle peut-être la première race qui introduisit sur ce sol mexicain les pyramides, les pierres levées (obélisques), témoins d'un culte scolaire évident : les prêtres mayas saluaient le Soleil Le vant... ; pourquoi retrouve-t-on les « labyrinthes », les inscriptions hiéroglyphiques accompagnant les bas-reliefs qui couvrent les murs des palais, les pentes des pyramides ; pourquoi les « cribes », les prêtres-astronomes ; qui introduisit ces extraordinaires connaissances en astronome et mathématiques qui supposent des millénaires d'observations et qui, comme en Egypte, donnaient aux monuments de l'ancien Mexique, leur signification cosmogonique ; d'où vient cette passion de la chronologie qui fit dresser tant de monuments commémoratifs ; qui introduisit le mythe des quatre ancêtres primordiaux rappelant les quatre couples de l'Ennéade égyptienne ou les quatre ancêtres des Dogons qu'a révélés Marcel Griaula ? La légende, écrit Marcel Brion (La résurrection des villes mortes) prétendait que « les Mayas auraient possédé, il y a 10.000 ans, une civilisation admirable et que ce sont eux qui auraient civilisé l'Egypte » (t. I, p. 215 : Le secret des Mayas). Ces analogies que l'exposition accuse pourraient peut-être s'expliquer par une origine commune qu'il faudrait situer avant l'histoire ? Mais aujourd'hui l'ar-
D'ART MEXICAIN chéologie suit une autre piste et tente de trouver l'origine en Asie : les arguments qu'elle invoque paraissent souvent puérils au profane (par exemple la forme des yeux des statues...) La place faite aux Mayas dans cette exposition est décevante : les œuvres sont qualifiées de « maya-toltèques » et sont datées d'une période très récente ; le peu que l'on croyait connaître du Mexique ancien s'évanouit : plus de Mayas, plus de Totonaques ; mais, par contre, on nous impose des civilisations nouvelles : celle de l'Occident, celle du Golfe... Quant aux Tarasques que l'on croyait être des survivants attardés, on les rejette dans un passé lointain, au delà des Mayas... Le visiteur curieux est dérouté. L'exposition, si elle comble les regards, laisse l'esprit vide, avec une soif de connaissance non satisfaite ; et l'on s'étonne de la précision de la chronologie des archéologues qui datent ces civilisations à une année près, alors qu'on sait si peu de choses sur leur existence même. D'ailleurs, on s'étonne aussi, de la courte durée de chacune d'elles; il est difficile d'admettre qu'il fallut si peu de siècles pour inventer tant de conventions, élever des monuments si considérables dont rien, en Occident, ne peut donner une idée : il faut regarder vers l'Egypte, l'Inde du Sud ou l'Indochine pour trouver des ensembles comparables, auprès desquels nos cathédrales, jamais achevées, font piètre figure ! Comment des civilisations si étonnantes par leurs monuments et leur science (les Mayas connaissaient l'usage du zéro bien avant que nous n'ayons ressenti le besoin de l'employer...) ont-elles pu se succéder ou coexister en si peu de siècles ? Quel peuple les avait précédées, avait amoncelé les connaissances qui permirent leur épanouissement ? En présence de tant d'énigmes, le profane suppose que, malgré toutes les découvertes récentes, l'histoire ancienne du Mexique reste à faire. Une seule date nous paraît certaine : celle de 1521 qui, avec l'arrivée des conquistadors, mit fin à ces brillantes civilisations et vit les autodafés de manuscrits ordonnés par les prêtres chrétiens anéantir des connaissances millénaires... Cette chronologie des archéologues — qu'on nous dit sans mystère — permet de dater les œuvres à un jour près ! Mais elle ne concorde pas avec les récits que rapportent les quelques manuscrits sauvés de la destruction ; d'autre part, elle coïncide si exactement avec l'ère chrétienne que l'on voudrait bien connaître la base astronomique qui a permis d'établir une telle concordance ! Tout cela laisse un grand trouble dans nos esprits. Cette confusion historique s'aggrave d'une ignorance que l'on semble cultiver : celle de la signification des œuvres. On nous donne des noms de « dieux » mais sans nous initier à leur valeur cosmogonique ou sociale : sur ce point les descriptions du catalogue sont particulièrement inutiles. Si l'on se reporte aux livres qui sont à la portée du public, on se perd dans les contradictions. Jacques Sous-telle (La pensée cosmologique des anciens mexicains), Marcel Brion, Gilbert Médioni (Art Maya), nous apportent des données que l'on pouvait, avant l'exposition, faire concorder, mais qui perdent désormais toute signification avec la nouvelle classification qu'on nous impose. Où en est l'archéologie du Mexique ? Le visiteur l'ignore ; il lui reste à regarder. Le groupement de tant d'œuvres souligne des analogies dont l'esprit ne peut se libérer. Un ouvrier ajusteur m'écrit que ces formes lui sont apparues comme les « petites filles » de celles de l'Egypte... Adaptées à d'autres lieux, à d'autres conditions de vie, elles correspondent à d'identiques analogies dans la cosmogonie telle que nous la présentent Soustelle et Médioni. Autrefois on attira l'attention sur ces faits capitaux. Par leur technique et leur décor, les objets d'or du Mexique sont identiques à ceux de l'Afrique Occidentale ; les vases tripodes en céramique peinte sont plus proches, par la forme, des « kudos » de bronze de Gold Coast que des tripodes chinois ; les fresques de Bonampak font songer aux peintures des tombes égyptiennes ; et si les visages mayas ressemblent à ceux des Papous de Nouvelle-Guinée, les têtes colossales de La Venta évoquent l'Afrique plus que l'Asie. Il y a vingt ans, les archéologues tenaient un langage fort différent de ce que l'on entend aujourd'hui. Dans un numéro que « L'art vivant » consacrait au Mexique le 15 janvier 1930, on peut lire : > « Les Nègres figurent avec fréquence dans les plus anciennes traditions des peuples américains » ; et Carlos Cuervo Marques ne craint pas de formuler une hypothèse audacieuse : « Il est très possible qu'à une époque lointaine la jeune Amérique fût un continent noir. » Sur ce point précis les archéologues de 1930 ont des avis différents, mais tous admettent que, premier ou second, le nègre occupe une place essentielle dans le peuplement de l'Amérique : après les Nègres seulement seraient venus les Asiatiques. Aujourd'hui encore, le Dr Paul Rivet admet le peuplement mélanésien qui justifierait, à la fois, les analogies qu'on relève avec l'Océanie et avec l'Afrique. Le rôle joué par le Nègre dans les civilisations proto-historiques a, par ailleurs, été souligné par Cheikh Anta Diop dans une thèse intitulée : > « Qu'étaient les Egyptiens ? » A défaut de connaissances satisfaisantes que ne nous ont pas encore données les archéologues, et pour orienter la curiosité suscitée par cette belle exposition, pourquoi ne pas rêver à cette hypothèse plus féconde que celle d'une origine asiatique qu'on peut difficilement justifier pour ces civilisations mexicaines ? M. R. --- CIVILISATION ARCHAÏQUE (1.560 à 100 av. J.-C.). Zacatenco, Copileo, Ticoman, de Mexico, District Fédéral ; Tlatilco, Etat de Mexico ; Chupicuaro, Etat de Guanajuato ; Atlahuapan, Etat de Morelos, Capula, Etat de Michoacan. Villes de grands modelleurs de terre cuite qui, par la technique du « pastillage », créèrent des petites figures d'hommes et de femmes, pleines de grâce, de fantaisie et de sentiments humains.
1. PECTORAL, représentant « Mietlanteuhtli », dieu de la Mort, luxueusement paré — avec deux dates de calendrier. Or. 115 grs. Ph. Gisèle Freund. 2. PIERRE A MARQUER, pour joueurs de balle dans le creux de laquelle on voit un joueur avec sa balle et des glyphes de calendrier représentant les nombres 9-7-17-12-14 et se terminant par 7 Zotz, 11 Ix, c'est-à-dire l'an 590 de notre ère. Pierre calcaire compacte. Maya. Chinkultic. Chiapas. 3. BRASERO, représentant la tête colossale du dieu de la Pluie. Mixteca Puebla. Tehuantepec. (Oaxaca). Ph. G. Freund.
4. MASQUE, avec ornements d'oreille rectangulaires Jade verdâtre, Archaïque supérieure, olmèque (Vera Cruz). 5. PANHUEHUETL ou tambour de guerre avec, en bas relief, les symboles de l'eau et du feu. Bois, Aztèque (Mexico). 6. ENTOURAGES, pour yeux et bouche, utilisés pour un masque. Or. Collection Peabody Museum, Harvard University, Cambridge, Massachusetts. Toltèque Maya. Chichen Itza. (Yucatan.) 7. FEMME accouchant probablement, déesse de l'Enfantement (Tlazoltéotl-Ixcuina). Celle-ci était aussi la déesse du Maïs, de la Fertilité des Fleurs et de l'Art du Tissage, Aztèque. 8. EHECATL, dieu du Vent, tête tondue, nu avec une ceinture, traits naturalistes. Masque buccal représentant un bec d'oiseau. Basalte. Aztèque. Calixtahuaca.
Cette revue d'art contemporain, dans son numéro d'août 1952, présente une série d'articles explorant divers aspects de l'art. Les sujets abordés incluent l'art ancien mexicain, l'art baroque, la peinture du XVIIIe siècle à nos jours, l'art populaire, la biennale de Venise, ainsi que des expositions à Bruxelles et des salons d'art contemporain. Des critiques partagent également leurs réflexions sur des expositions et des débats artistiques.