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ART D'AUJOURD'HUI REVUE MENSUELLE DECEMBRE 1949. PRIX DU NUMERO : 100 FRANCS - N° 5
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ART D'AUJOURD'HUI REVUE MENSUELLE DECEMBRE 1949. PRIX DU NUMERO : 100 FRANCS - N° 5
RENCONTRES FORTUITES J. BAZAINE SEURAT --- Rencontres fortuites certes puisque deux démarches aussi radicalement opposées que celle du photographe coulant les rues à l'af-tut du spectacle le plus "banal" et du pein-tre abstrait se mouvant dans son univers d'images suggérées par l'emotion et une cer-taine objectivité passive aux forces créa-trices, ont pu — superficiellement — finir par se rencontrer au détour de cette boutique, de cette verrière, de cette ombre portée. Aucune malice n'a — c'estil nécessaire de le dire — preside à ces parallélismes; les dé-tracteurs de l'art abstrait pourront y trouver de nouvelles armes comme les défenseurs un plaisir amuse. Qu'importe, le dernier mot restera toujours au créateur. A. A.
Le lieu, les objets, éléments du tragique qui entourent un homme se sont transformés. L'effet tragique s'est accusé par la dépoétisation même de ces lieux et objets. Nous ne sommes plus à la noblesse d'un crâne que tient Hamlet dans le cimetière mais au sor- dide d'un café où se trouve Antoine Roquentin devant une soucoupe douteuse sous douze lampes électriques dont deux d'allumées. De même sont poignants dans une vitrine, la vision de douzaines de chemises d'homme faites en série, le lyrisme des barbouillages de peintres en bâtiment, la rigueur d'une devanture métallique de boucherie ou une série de cols durs pour bureaucrates dans un univers de Kafka. Boutons et boîtes de conserve, autant d'objets mornes et inaperçus que la photographie sort de leur torpeur. Quand seule, une épreuve photographique, fixant la multiplication d'un seul de ces objets arrive à nous en donner une idée inquiétante, leur vie ne s'arrête plus et nous envahit. De là, naît l'émotion. Emotion qu'exalte le contraste entre la pauvreté, l'insi gnifiance de l'élément employé et le vaste champ qui peut s'ouvrir à l'imagination. Il est souvent question de la photo-document. Mais quoi de plus déconcertant que de comparer plusieurs portraits d'une même personne, pris à la même époque. Aussi para doxal qu'il paraisse, et même si l'opérateur n'y met pas d'intention, à partir de données précises, mesurables, la pho tographie interprète. PHOTOGRAPHIES ET TEXTE DE BOUBAT P. LOHSE
ADAM L'exposition d'Adam chez Maeght est une des manifestations personnelles les plus singulières qui se sont produites depuis longtemps à Paris. Un ensemble composé de gravures, de sculptures et de tapisseries d'un même auteur est plutôt rare. Et la surprise s'accroît quand on constate que, dans chacun de ces modes d'expression l'artiste est éteint jusqu'à l'extrême pointe de son effort et de sa conception plastique avec une puissance et une obstination qui dénotent un tempériment exceptionnel. Adam est outillé pour le combat. Il sait comment l'aborder, comment utiliser à son profit les résistances particulières de cet indispensable adversaire : la matière, le matériau en proie aux décisions du créateur. Dans chacune de ses œuvres toutes les conditions de la lutte sont clairement exposées. Personne ne demeure dans le vague, ni l'artiste, ni le spectateur. Les gravures d'Adam sont souvent complexes de composition. Elles ne sont jamais embrouillées, ni dans leur esprit, ni dans leur exécution. Une extrême richesse d'expression par masses de blancs et des divers gris. Une simplicité volontaire du métier, réduit aux combinaisons du trait. Aucun romantisme, fumeux et allusif. Un classicisme, plutôt, qui ne laisse rien dans l'ombre ; une discipline rigoureusement acceptée, grâce à quoi la gravure prend en quelque sorte cet aspect tonique et solide de certains beaux tissus rêchés. Cette attitude, Adam l'a gardée dans ses tapisseries. Ici aussi Adam n'a prête aucune attention au chant des sirènes. Il a préféré suivre son démon personnel. On pouvait tout craindre de l'adaptation d'une gravure en noir et blanc aux nécessités techniques de la tapisserie. Les premières expériences d'Adam sont concluantes. La Dame de Cœur parle un langage monumental dont on est en droit d'attendre de beaux développements. Malgré tout, c'est dans sa sculpture qu'Adam pousse le plus loin ses investigations. L'atmosphère y est tendue. Le sculpteur, avec tout l'ensemble de ses facultés, y est inten- sément présent. Il ne cache rien. Le jeu des volumes et des plans, le rythme, les lignes de force, les points de tension sont aussi manifestes que les réussites et les parties susceptibles d'être discutées. Et peut-être est-ce là précisément la caractéristique de la sculpture d'Adam : elle ne nous laisse pas tranquilles. On la discute ou on ne la discute pas - mais elle interdit le repos, la serénité. Elle nous touche directement, dans quelque zone essentielle de nous-mêmes, d'une manière qui appelle une réaction. On avouera que ce n'est pas là un mince mérite. Léon DEGAND
- SCHNEIDER
Cette revue mensuelle présente des articles sur diverses expositions et artistes. Elle inclut des réflexions sur les rencontres fortuites entre l'art abstrait et la photographie, une analyse de l'exposition d'Adam chez Maeght, et une présentation des principes généraux du Néo-plasticisme par P. Mondrian. L'ouvrage aborde également l'évolution de l'art de Mondrian et ses origines.