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ART D'AUJOURD'HUI REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN • SÉRIE 2 • NUMÉRO 5 • AVRIL MAI 1950 • PRIX 225 FRS

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SOMMAIRE 1. Espace animé, par Michel Seuphor. Vision en mouvement, par Moholy Nagy. L'évolution de la notion d'espace, par Liliane Guerry. Espace temps, par Béothy. La couleur dans l'espace, par Del Marle. 14. Les masques diaboliques du Lötschental, par Cécile Agay. 17. Photogrammes, par Boudaille. 18. Deyrolle, par Charles Estienne. 22. Le Musée d'Antibes et Picasso, par Dor de la Souchère. 26. * Lapicque, par R.V. Gindertael. 28. Expositions. 32. Bibliographie. En dernière page de couverture, Critique de la Critique, par P.E. Sarisson. --- ESPACE ANIMÉ Au commencement il n'y avait rien, puis il y avait quelque chose. Quelque chose c'était un mouvement et le mouvement créait l'espace. Un objet qui se meut, c'est l'espace se connaissant. Il n'y a pas d'espace sans l'objet qui se meut. Toute la création c'est quelque chose qui se meut de là à là. Entre les deux points extrêmes il y a l'objet se mouvant et l'espace se connaissant. Comme deux sexes. Le frottement de quelque chose au vide. Et la lumière fut. Et le vide est maintenant un vide éclairé, un vide se connaissant. Se connaissant vide et recevant toutes les constellations. Ivrement vide, ivrement éclairé, brassé par tous ces corps, ému par tous ces mouvements. Et tous ces corps et tous ces mouvements sont amoureux du vide. Le vide est animé, le vide a maintenant une forme qui est le mouvement de tous ces corps. Le mouvement dessine perpétuellement une forme qui est le corps du vide. Une forme qui se crée et s'efface dans le même temps, un corps qui est et qui n'est pas, quelque chose articulant le rien, une évanescent qui est pourtant sensible, une inexistence qui est pourtant déterminée, un tracé net et qui meurt aussitôt. La loi la plus impénétrable de l'univers : le mouvement ; le mystère fondamental de toute chose : CE qui anime le vide. Calder a découvert, il y a vingt ans, que cela pouvait aussi se transposer dans l'art. Et voilà que nous avons ce grand enfant, cet enfant démiurge, qui crée des constellations qui ressemblent à des arbres, qui invente des cosmogonies valsantes et tintantes, qui rythme des espaces et donne une âme au vide. Le vide chante, le vide rit. Ce qui n'est pas est doté de vie, ce qui est indéterminé devient précis. L'inanimé est transfiguré en joie, le RIEN sera un merveilleux objet de possession pour l'objet qui se meut. Il n'y a plus de néant, il n'y a plus de vide : tout est amour, tout tourne. Le créateur est passé là. L'artiste fait son œuvre. Michel SEUPHOR, 10 Mars 1951. --- Les études monographiques dont nous commençons ici la publication ont pour seul but de réunir une documentation de base sur les artistes contemporains. Pour en varier l'intérêt, nous ne suivrons aucun ordre de classement chronologique et nous ferons place à toutes les valeurs nouvelles, jusqu'aux plus jeunes. Suivant le modèle de cette première double page, chaque étude comprendra : un portrait de l'artiste — une notice biographique — un catalogue succinct des œuvres principales indiquant pour chacune d'elles : période, date, titre, format (haut. sur larg. en cms.) et propriété — une bibliographie — et un bref commentaire de l'œuvre dont l'évolution sera représentée par une suite de reproductions datées. --- La couverture de ce numéro a été réalisée d'après un projet de Madame Marie-Anne Febvre-Desportes. Le Comité de la Revue ayant chargé les élèves de l'Atelier d'Art Abstrait J. Dewasne E. Pillet, 10, rue de la Grande-Chaumière d'étudier des projets de couverture, la maquette de Monsieur Nicolas Ionesco a été primée. Les envois de Monsieur Bidolleau, de Mademoiselle Souala Raoua et de Madame Halley, dont nous donnons ci-dessous les reproductions, ont été particulièrement remarqués. Le Comité a été très sensible à la valeur d'ensemble des travaux et félicite les élèves de l'Atelier d'Art Abstrait pour leur conscience à réaliser des maquettes répondant aux nécessités de l'édition, sans rien perdre de leurs qualités plastiques. A.. A. --- Mlle Souala RAOU DA. --- M. Nicolas IONESCO. --- Mme HOLLEY. --- M. BIDOILLEAU. ---

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CALDER. Aspects d'un mobile. (photos Henrot)

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GABO. L'ESPACE DES ARTS PLASTIQUES par Léon Degand Chacun sait aujourd'hui que l'espace n'est pas nécessairement une notion simple et commune. Il est désormais légitime de reconnaître une infinité de conceptions différentes de l'espace. Mais, en matière d'arts plastiques, de quel espace s'agit-il ? L'espace, pour la science, est une étendue indéfinie, continue et contenant toutes les étendues finies. L'espace géométrique est supposé illimité. La géométrie euclidienne attribue à l'espace trois dimensions (1°), ni plus ni moins, au sein desquelles il est possible de construire, à toute échelle, des figures dites SEMBLABLES (2°). Tout espace qui ne répond pas à ces deux conditions n'est pas euclidien. Les espaces à 4,5 ou n dimensions ne sont pas euclidiens. L'espace-temps, de la théorie de la Relativité, est un système à quatre dimensions, la quatrième variable étant le temps et permettant de repérer de façon plus complète les phénomènes que l'on considère. Insistons-y : l'espace géométrique ne commence qu'à trois dimensions. Une étendue à deux dimensions n'est pas de l'espace. Une surface plane peut être envisagée dans l'espace, mais n'est pas de l'espace. L'espace est aussi une notion expérimentale, d'usage courant dans la vie quotidienne. Les objets que nous percevons autour de nous apparaissent pourvus d'une certaine étendue, d'un certain volume — en creux ou en relief —, d'une certaine forme, et situés à une certaine distance par rapport à nous et par rapport à d'autres objets. L'expérience nous impose donc la notion d'espace à l'occasion de nos démarches au sein du monde extérieur. Il a été démontré que la vue ne suffit pas pour se former une notion visuelle ou une notion quelconque de l'espace, ni pour apprécier correctement la situation d'objets dans l'espace ; du moins, à l'origine des expériences visuelles d'un individu (nous nous bornerons ici aux êtres humains). Un aveugle-né, immédiatement après sa guérison, est incapable, non seulement d'identifier, par les seuls moyens de la vue, les objets qui lui sont présentés, mais de les situer correctement dans l'espace. La vue ne suffit qu'après une éducation à laquelle collaborent nos activités motrices, tactiles et, parfois, auditives ou olfactives. Encore qu'il faille souvent nous déplacer, même quand notre vue est bien éduquée, pour nous rendre compte de près de la situation exacte d'un objet par rapport à un autre. Il y a tout lieu de croire que la vue seule n'est capable de nous instruire de l'existence que de deux dimensions, hauteur et largeur. Ce sont nos activités motrices et les opérations mentales dont elles s'accompagnent qui nous renseignent le plus efficacement et de la façon la plus probante sur l'existence de la troisième dimension, celle qui détermine l'apparition de l'espace tel qu'on le comprend d'ordinaire. Notons aussi que cet espace d'usage courant n'est pas illimité, comme celui de la géométrie, mais limité au champ d'investigation de nos sens. De quoi il résulte que la notion d'espace, au sens quotidien du terme, se rapporte exclusivement à certaines modalités de notre connaissance de ce que nous appelons, en matière d'arts plastiques, le monde extérieur, c'est-à-dire, le monde des apparences visibles, le monde considéré comme étendue à trois dimensions réelles et perceptibles. Hors de cet espace perceptible par l'intermédiaire de nos sens, pas d'espace, sinon scientifique et purement conceptuel. C'est dans cet espace d'usage courant que se situent les objets auxquels pensent peintres et photographes quand ils observent la « nature » ; et c'est cet espace encore dont sculptures et architectures occupent des portions. Est-ce bien de ce même espace, cependant, que se soucient peintres et photographes au moment de la représentation picturale ou photographique, du monde extérieur ? En d'autres termes, l'espace réel et l'espace figuré sont-ils identiques ? Oui, puisque l'espace réel et l'espace figuré possèdent chacun trois dimensions. Non, puisque l'espace réel possède trois dimensions réelles, et l'espace figuré seulement deux dimensions réelles, la troisième n'étant que suggérée. ALBERS.

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HANS UHLMANN. ANDRE BLOC. (photo: Henrot) Un objet à trois dimensions réelles n'est pas un objet à deux seules dimensions réelles, même si ce second objet passe pour la reproduction fidèle du premier. La perception du premier ne s'opère pas de la même manière que celle du second. Une vraie cruche, à trois dimensions réelles, n'équivaut pas au contour de cette même cruche, tracé sur une surface plane et agrémenté de quelques hachures figurant le relief. Pour identifier la première cruche, il faut une éducation visuelle, tactile, motrice, qui ne sera d'aucun secours pour identifier la seconde, qu'une éducation graphique sera seule à même de nous révéler. De même, si d'une fenêtre je regarde un canal, dont les deux rives s'en vont rejoindre un point unique à l'horizon, le triangle ainsi formé m'apparaît réellement dans un plan horizontal par rapport au plan vertical de ma fenêtre. Mais si le triangle du canal m'est présenté dans une image picturale ou photographique, il m'apparaîtra réellement, non pas en profondeur et dans un plan horizontal, mais en surface — sur la toile ou le papier — et dans un plan aussi vertical que celui de la fenêtre. Et s'il m'apparaît quand même en profondeur et dans un plan horizontal, c'est par suggestion, par interprétation de ma part, à la faveur de signes conventionnels de représentation dont la signification figurative m'est connue. L'espace réel du canal réel et l'espace suggéré du canal figuré nécessitent, pour être perçus, deux éducations différentes. PEYRISSAC. FEVSNER.