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ART D'AUJOURD'HUI REVUE MENSUELLE - NUMERO 2 - JUILLET-AOUT 1949 --- PRIX : 80 FRANCS
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ART D'AUJOURD'HUI REVUE MENSUELLE - NUMERO 2 - JUILLET-AOUT 1949 --- PRIX : 80 FRANCS
L'ART MURAL PALAIS DES PAPES - AVIGNON L'Association l'Art Mural lança son premier manifeste de Paris en 1935. Elle organisa héroïquement les Salons de 1935, 1936 et 1938 qui démontrèrent pleinement combien ses aspirations étaient justifiées puisque tous les plus grands peintres s'attaquèrent au problème mural, qui en peinture, qui en tapisserie, papiers ou matériaux divers peints. La guerre a interrompu notre activité et de nouveau nous voici lancés à la conquête des murs, puisque tel était notre mot d'ordre. POURQUOI L'ART MURAL ? Pourquoi nous sommes-nous lancés à la conquête des murs ? Pourquoi ? Et comment ? Ce pourquoi est notre raison d'être, car nous étouffions dans nos petits cadres verts, nos pincesaux se voulaient plus gros, notre mouvement de bras plus ample, plus fraternel. Nous avons voulu communiquer notre joie lumineuse à de plus larges foules. Notre petit tableau contenait surtout nos états d'âme et son cadre était le coffret précieux destiné à séduire le citétaire. L'espace et l'ambition sont entres dans nos yeux, nous avons trouvé que nos petits martires contre de grosses brosses et notre chevalet contre un échafaudage, la gomme contre le fil à plomb. Notre temps nous habitait tout à coup, exigeant en échange de son don unique que nous l'aissions à être. Cette exigence réciprocite est notre raison d'être, ce pourquoi nous sommes des peintres muraux. La peinture murale est liée à l'architecture qui, non seulement est son support, mais la motive, l'ordonne. Nous pressentons les grandes constructions de notre temps, nous voulons créer l'ouvrier peintre de ces edifices. Nous voici donc au « comment ? » de ma question initiale. Il y a le Mural d'intérieur et le Mural d'extérieur. À l'intérieur de l'habitat, il faut vivre au milieu de différents objets usuels. La peinture sera l'un de ces objets usuels. Elle devra voisiner avec la table, le piano, le bouquet de fleurs, la T.S.F. et devra permettre aux usagers de passer, de parler, de jouer. Ces exigences conditionnent l'œuvre peinte sur le mur : elle sera humble, accordée à l'ensemble ; elle ne devra pas détruire le mur, le bosseler, l'enfoncer, mais capter la lumière solaire ou artificielle et la renvoyer, recréée par le peintre. Il se peut qu'elle doive être à contre-jour, qu'une porte l'entame ; elle devra utiliser tous ces inconvénients. L'œuvre murale extérieure, qui aura de bien plus grandes dimensions, sera vue de plus loin ; elle devra se plier davantage encore aux conditions architecturales mais sa place sera mieux sauvegardée ; cependant elle devra être étudiée seule des perspectives corrigées. En outre, elle aura, dans l'esprit de l'architecte, une fonction constructive par ses couleurs. Certaines devront comporter des notes, des points d'orgue qui centreront tout l'ensemble ou le résumeront. Les matériaux à employer seront différents. Matériaux de support et matériau d'exécution seront de plein air. Il faudra fabriquer ces matériaux. Tout un art se leve qui sera de notre temps et non plus une adaptation plus ou moins habile du legs ancestral dont le langage et les techniques ne conviennent plus. Que devient le sujet en Art mural ? va-t-on me demander. Je réponds de suite que nous ne prétendons point défendre une esthétique aux dépens des autres. Chaque artiste défendra son point de vue que son époque acceptera ou refusera. En Art mural extérieur, le sujet sera peut-être seulement la prédominance d'une forme sur les formes environnantes, sa mise en valeur par l'amplitude de la surface, par la dissémination de ses couleurs ou encore par la variété des matériaux employés. Tout cela suffira dans la composition architecturée du tableau mural à créer le moule, le réceptacle pour l'œil et l'imagination du spectateur. Le sujet sera né de cette collaboration du créateur et du spectateur. Bien des artistes ont étudié des rythmes afin de construire, ainsi qu'en musique, des phrases peintes. Ces études font avancer l'Art dans notre voie indiscutablement, l'Art mural ne pouvant être un art d'amateur. Ces recherches personnelles ne trouveront leur vérité qu'après des expériences murales, car les grandes surfaces réclament des morcellements bien différents de ceux des petits tabletaux ; le joli ne compte plus. Dans nos manifestes antérieurs, nous avons dit combien notre art était différent et en aucun cas concurrent, de l'art de chevalet. Nous le savons et c'est pourquoi nous voulons des murs à peindre et non plus présenter des toiles de chevalet agrandies sans but défini. Le visiteur ne trouvera plus ici l'adorable coucher de soleil à l'horizon, mais il retrouvera peut-être la même sensation dans cette gamme car l'artiste n'est pas sans avoir lui aussi, ressenti la beauté de ce spectacle. Cette fois-ci encore, nous nous excusons de ce que ce magnifique Palais des Papes ne nous serve que de stand de présentation. Nous aurions aimé, en effet, travailler sous la direction d'un maître d'œuvre et, avec toutes les disciplines que cela comporte, décorer ce Palais des Papes à titre d'exemple. Mais nous aurions encore préféré que l'on nous construise un Palais moderne afin que nous laissions témoignage. Cependant, il est bon de montrer encore une fois comment nos esthétiques différentes s'appliquent à l'ornementation murale et monumentale. Si la couleur est, comme je le pense, une énergie dont nous pouvons disposer pour notre bonheur, il est bon de la répandre, mais encore faut-il apprendre à s'en servir et, dans ce domaine, comme dans bien d'autres, ne pas la diriger contre nous. Les participations étrangères de haute qualité démontrent à quel point cette hantise de l'art monumental est internationale et nous sommes heureux de ce que la France propage son idéal et accueille ses disciples. SAINT-MAUR. GLEIZES.
CATALOGUE 1. Andre BAUDIN : Partie des huit cavaliers (1937) 120. 2. BISSIERE : Tapisserie (1949). 3. BORES : L'après-midi (1957) 1 m. 20 × 1 m. 70. 4. BRAUNER : Peinture murale (1949). 5. Bernard BUFFET : Le peintre dans son atelier (1948) 1 m. 45 × 2 m. 6. CALMETTES : Esquisse murale (1949). 7. CHACALL : Peinture. 8. CHASTEL : Decoration pour le bureau de poste de Sancry. 9. Robert DELAUNAY : Formes circulaires (1912-31) 2 m. × 2 m. 10. Sonia DELAUNAY : Prismes électriques (1914) 2 m. 50 × 2 m. 50. 11. DEWASNE : Peinture murale (1949). 12. Cicero DIAS : Peinture murale (1949). 13. DOMINGUEZ : Les Amoureux (1949), peinture murale 120. 14. ESTEVE : Composition (1932). 15. FOUGERON : Scene d'Italie (esquisse) (1948). 16. CARBELLE : L'attente (1949) 3 m. 05 × 3 m. 35. 17. Albert GLEIZES : Peinture. 18. HELION : Scene journalière (19:8) 1 m. 50 × 2 m. 05. 19. HUMBLOT : La musique, composition pour le Conservatoire de Paris. 1 m. 30 × 1 m. 95. --- Le Palais des Papes : Galerie du Conclave. "Notes de l'Espace". Eventire les platonds, recule les murs de la chambre, searle les parois de la forêt, fais ruisseler la terre. L'espace chez trop de peintres, semble une éjaculation à rebours. André MASSON. MAGNELLI : Apparition d'espace.
L'ART MURAL (SUITE) Si l'on considère l'ensemble d'une ville, d'une rue, d'une maison en rapport avec une action colorée extérieure, des possibilités considérables s'offrent immédiatement. Le poids au sol par exemple d'un immeuble s'allège, si la couleur s'en occupe son volume est attaqué. Des banlieues noirâtres et sinistres peuvent se transformer en secteurs gais et lumineux. Au point du vue général nous nous trouvons devant ce problème de la distribution couleur à un stade où je désordre publicitaire qui devore les murs peut devenir un ordre plastique naturel. On tend à cela, on commence à ordonner, à qualifier la demande colorée. La qualité en place au lieu de la quantité en désordre. Chaque individu a sa couleur, elle est consciente ou inconsciente mais elle s'impose dans le choix des dispositifs journaliers : meubles, clofes ou habillement. Le nouvel espace dans lequel ces objets usuels vont évoluer va de son côté subir l'influence du nouveau milieu. (Extrait à paraître dans le n° 3 d' « Art d'Aujourd'hui ».) Fernand LEGER. LEGER : Le transport des forces. (Fragment). Edgard PILLET. HELION : Scène journalière (Fragment).
DOMINGUEZ : Les Amoureux. L'Art Mural pourrait redevenir ce qu'il a toujours été - un excitateur, un provocateur du haut sentiment collectif. Mais l'on ne fait plus d'ART MURAL ou presque plus. Et les rares murs qui ont été peints, ou les rares statues qui furent placées dans des architectures, furent presque tous conçus, ou bien dans l'esprit académique le plus vieillot (gageure à une époque toute révolutionnaire) ou bien comme d'agréables divertissements des jours heureux, incapables de sonner avec la gravité du temps et d'offrir un compliment assez fort. Si le prix d'un tableau de chevalet, article de luxe (et il est déjà regrettable qu'il soit considéré comme tel) dépend pour beaucoup de la notoriété de l'artiste, celui d'une œuvre murale devrait être basé sur un prix de revient, ainsi que tous les autres éléments entrant dans la fabrication d'un édifice. Il en était ainsi aux époques où l'architecte, le sculpteur, le peintre, travaillaient d'accord. Le but de l'ART MURAL est de recréer cette liaison. OZENFANT (1932). CATALOGUE 20. JANNOT : L'adoration des bergers (1949). 21. E. de KERMADEC : Serenite (1939) 0 m. 89 × 1 m. 30. 22. LE CORBUSIER : Maquette et photographies d'une peinture murale de 44 m. au Pavillon suisse de la Cité Universitaire de Paris. 23. LE CORBUSIER : Carton d'une tapisserie d'Aubusson. 3 m. 65 × 2 m. 16. 24. LE CORBUSIER : Carton d'une tapisserie d'Aubusson. 2 m. 26 × 2 m. 26. 25. Fernand LEGER : Le Transport des Forces (1937) 5 m. × 10 m. Prête par le Palais de la Découverte. 26. André LHOTE : Peinture murale. 27. LIMOUSE : Scène marocaine (1947). 28. LORJOU : La chasse aux lions (1949). 29. André MASSON : Niobé (1947) 1 m. 78 × 1 m. 40. 30. MASSEMME : (1939-1944) 1 m. 30 × 1 m. 95. 31. MAGNELLI : Apparition d'espace (1948) 1 m. 30 × 1 m. 95. 32. André MARCHAND : Le déjeuner de midi (1945) 4 m. × 2 m. 33. Henri MATISSE : La Danse, prête par le Musée du Petit Palais. 34. Mireille MIALHE : Bal. 2 m. 50 × 3 m. 25. 35. MIRO : Composition. 36. André MINAUX : Composition (1949). 1 m. 28 × 2 m. 37. MONDRIAN : Composition, prête par le Musée municipal d'Asterdam. 38. NEJAD : Les opprimes (1947-1949). 2 m. 50 × 3 m. 39. Ben NICHOLSON : Composition. 40. OZENFANT : Après l'orage sur l'Hudson. 1 m. 96 × 1 m. 50. 41. PIGNON : Triptyque. 42. Edgard PILLET : Peinture (1949). 43. REBEYROLLES : Les jeunes filles de Malaxoff (1949). 2 m. × 5 m. 44. ROCHER : Madeleine (1949). 120 P. 45. Colette RODDE : Maquette pour une décoration. DEWASNE : Peinture murale. LORJOU : La chasse aux lions (Fragment).
CATALOGUE 46. Suzanne ROGER : Le 14 juillet (1939). 1 m. 30 × 1 m. 62. 47. ROHNER : La musique, composition pour le Conservatoire de Paris. 1 m. 30 × 1 m. 95. 48. ROUX : Le jardin du Luxembourg. 1 m. 93 × 1 m. 30. 49. SAINT-MAUR : L'oracle (1949) 2 m. 30 × 2 m. 60, peinture murale à contre-jour. 50. SAINT-MAUR : Sculpture : Danse d'éléments. 51. SOHEDLIN : "Alors qu'il y a remède" (1949). 1 m. 25 × 3 m. 25, esquisse d'une peinture murale à la circ. 52. SEVERINI : Sainte Marguerite de Cortone. 0 m. 89 × 0 m. 99, carton de mosaïque. 53. SEVERINI : Hommage à Bacchus. 1 m. 40 × 0 m. 60. 54. SCHNEIDER : Peinture. 1 m. 30 × 1 m. 95. 55. TAL CCAT : La caverne (1949). 2 m. × 2 m. 56. VASARELY : Peinture murale. 57. Jacques VILLON : Composition. SCULPTURE 58. AURICOSTE : Bas-relief. 59. COUTURIER : Bas-relief. 60. Marcel GILI : Sculpture murale monumentale pour Stade. Polychromie de Saint-Maur. 61. POUCHOL : Panneau destiné à un verger. 1 m. 40 × 2 m. 10, terre cuite enrobée. 62. ZADKINE : Appliques murales. 63. MAURELIERE : Mosaïque. DELAUNAY Robert : Formes circulaires. BISSIERE : Tapisserie (1949). SAINT-MAUR : L'Oracle. MONDRIAN : Composition.
L'ART MURAL (FIN). MIRO: Composition. DÉFENSE D’AFFICHER LA PEINTURE MURALE? LE MUR? BEAUTE DES SURFACES QU’IL NE FAUT PAS TROUBLER? OUI, BIEN SUR. JE CONNAIS LA CHANSON, MAIS CE N’EST PAS LA MIENNE. OU DU MOINS JE NE LA CHANTE PAS SUR LE MEME AIR. LE TABLEAU ET LE MUR, DEUX FRÈRES ENNEMIS? SEULEMENT DEUX JUMEAUX. ILS SONT NES LE MEME JOUR, MAIS LE MUR EST L’AINE. IL S’AGIT DE SAVOIR SI LA PEINTURE CESSE D’ÊTRE DE LA PEINTURE PARCE QUE DE MOBILIÈRE ELLE DEVIENT IMMOBILIÈRE. JE NE CROIS PAS. LE DRAME DE GRUNEWALD PAR EXEMPLE, OU LES TORSADES DE GRECO, DU MOMENT QUE C’EST UNE FOILE OU UN PANNEAU, ON EN RESTE TOUT BAVEUX ET MOUILLE D’ADMIRATION. MAIS ON SE VOILE LA FACE A L’IDEE QUE CELA POURRAIT SE PASSER SUR UN MUR. QUELLE INCONCRUITE, MA CHERE. TROUER LE MUR, ATTENTER A LA MAJESTE DES SURFACES etc., etc... IL NE SE TROUE PAS POUR SI PEU. VOUS POUVEZ Y ALLER, ET CARREMENT. BISSIERE. SCHNEIDER. VASARELY : Peinture murale.
LA SCULPTURE EN FRANCE, DE RODIN A NOS JOURS Max Fourny, Directeur de la revue « Art et Industrie » et Waldemar George, Rédacteur en Chef, présentent avec le concours de Denise René, une exposition de sculpture dont le titre : « De Rodin à nos jours » laisse supposer l’importance. Nous en donnons un premier compte rendu à la page 24. --- LE SALON DE MAI Installé dans les vastes couloirs du Palais des Beaux-Arts de la ville de Paris, le Salon de Mai permet cette année aux artistes de donner de leurs travaux une idée plus exacte que l’on dernier. Voilà le Salon de Mai passé au rang de Salon patenté ; espérons que les plafonds officiels ne lui feront pas perdre cette saveur de liberté qui a été la sienne jusqu’ici. Cette confrontation générale des tendances actuelles permet de se faire une idée somme toute assez exacte de la valeur et de la force créatrice de ces tendances. Les uns restent résolument figuratifs, les autres qu’ils soient rigoureusement abstraits ou simplement de tendance abstraite, ou bien continuent de bâtir avec le concours d’une matière abondante des œuvres spontanées et libres, en général très sensuelles, ou bien recherchent dans un style plus dépouillé, une expression plus médiée, plus aboutie. En tête de cette dernière tendance vient Magnelli avec une toile où il a su faire passer sa puissante poésie de l’élan. Autour de lui sont groupés Vasarely qui expose deux compositions très audacieuses, cambrées et souples comme des joncs, Deyrolle avec une toile plus colorée et plus détendues que ses œuvres précédentes, Dewasne toujours incisif et contrasté, Pillet qui présente une composition d’une belle ampleur, ferme dans ses formes, opaline et douce dans son climat général, Lepien aux tons clairs et francs, Chapoval à la recherche d’une conversation de formes dans des tons gris comaiétus, Singier, hanté par ses bâtonnets turbulents, Radou avec un sens de l’espace qui ne va pas sans une certaine éloquence, Piaubert attiré par des noirs d’une belle maité, Signovert dont l’orientation paraît s’affirmer avec succès. Parmi ceux qui sont portés à travailler dans une pâte plus abondante, il faut citer Soulages qui s’affirme comme un peintre doué d’un lyrisme dramatique peu commun, Lanskoy avec une composition qui est une véritable toison de couleurs, Pallut dont les harmonies pâles et sourdes souffrent un peu de la puissante voix de ses voisins, Manessier qui reste le beau peintre que l’on connaît et présente une toile aux harmonies particulièrement graves au côté de laquelle l’envoi de Lapicque paraît d’autant plus déchaîné et vibrant, Poliakoff dont le naturel reste le caractère dominant et combien attachant. Auprès d’eux, Marie Raymond fait un envoi très remarquable par sa richesse et sa maîtrise et Duvillier présente trois toiles qui permettent de juger de la qualité et de la spontanéité de ses dons. On retrouve Duthoo un peu replié sur lui-même dans des petits formats assourdis et feutrés, Rollier tourné vers des harmonies discrètes d’un sentiment intérieur très pénétrant, Pa’azuelo très calme et très chaud, Atlan qui n’a pas donné ici la mesure de son talent. Hossiasson très maître de sa forme. Entre ces deux tendances se tient l’œuvre nerveuse de Schneider et d’Hartung, Schneider représenté par une composition en bourrasque, impulsive et orageuse, Hartung fidèle à son style tourbillonnant qui s’exprime ici dans une toile excellente. Enfin Domela trouve dans la gouache une expression nouvelle moins austère, plus tempérée. Marez-Darley a peint avec conscience une toile aux harmonies amorties et bien accordées. Si l’on passe du côté de ceux qui sont restés franchement figuratifs et qui se trouvent placés sous le double patronage de l’humanité prométhéenne de Léger et de la puissance discrète de Braque, signalons 1. HAJDU : Stete. 2. LE LOUARN : Gravure. 3. TAJIRI : Groupe de famille. Boissonnet montre, par l’envoi d’une petite toile savoureuse ce qu’on pourra espérer de lui lorsque les tentatives timidement formulées dans sa deuxième toile se seront affirmées. En abordant l’hommage à Gruber on est un peu gêné par la proximité d’un ensemble de toiles particulièrement colorées et vivantes ; le sentiment d’abandon et de misère qui se dégage de son œuvre ne paraît pas avoir trouvé chez cet artiste son expression véritable. Avec Vénard qui présente une toile très intéressante on aborde une tendance assez émouvante, celle de la déréliction et qui est le thème central de Buffet et Minaux, Buffet dont l’envoi n’est pas sans donner à réfléchir. L’effort que ce jeune peintre s’est imposé ou laissé imposer depuis un an est véritablement effrayant. On aimerait apprendre qu’il a envoyé promener tout le monde. Pons présente une toile dont on ne comprend pas très bien le sens, mais colorée et vivante, Coutaud continue d’animer son petit théâtre de métamorphoses, Mottet et Lorjou sont égaux à eux-mêmes. Citons pour terminer deux envois d’une extraordinaire saveur l’un comme l’autre d’une légèreté de graphisme et d’une finesse de tons tout à fait exceptionnelle, celui de Miro et celui de Dominguez. d’excellents envois de Dayez, de Pi-gnon, de Lagrange, très amples et très sûrs dans un genre où ils ont fait leur preuve, deux toiles remarquables de musicalité de Bercot, les petites toiles de Theo Kerg et de Willy Mucha, un portrait d’un graphisme monumental de Saint-Maur, un village de Roussillon d’Eskenasi d’une grande sûreté de composition.
Les participations étrangères ne présentent pas l'intérêt qu'on était en droit d'attendre d'elles. Celle de l'Italie est particulièrement incompréhensible. A vrai dire l'Angleterre est la seule à présenter un choix cohérent. Jankel Adler, Colquhon, Sutherland, Heron sont à la hauteur de leur passé. Le panneau de la Belgique est singulièrement pauvre, celui de l'Autriche insuffisant. Notons la présence d'Israël dont on aurait aimé un envoi plus important, notons également un bon tableau de Szénés pour la Hongrie et pour les Etats-Unis trois gouaches de Paul England. Le Danemark bien qu'il n'ait qu'un seul exposant est fort bien représenté par deux toiles très sûres de Mortensen. Venant après la toute récente exposition du Musée Rodin, les salles de sculptures n'offrent pas le même intérêt que les salles de peintures. On connaissait déjà les beaux volumes de Gilioli et de Schnabel. Il convient de signaler parmi les œuvres de qualité, une grande composition en plâtre de Tajiri, une stèle « ossianesque » de sentiment de Hajdu, une forme humaine dans sa gangue de pierre de Wotruba et dans les petites sculptures, les envois de Descombin, Lipsi, Gili, un marbre de Josobsen, un montage de Lardéra. Laurens et Lipchiz président à cet ensemble où Beothy participe avec deux sculptures d'une extrême sveltesse. Le drame de tous les salons (et le salon de Mai n'y échappe pas cette année) c'est la fatigue qu'ils arrivent à provoquer chez le visiteur. On ne peut se concentrer et se disperser tout à la fois. La section de la gravure en supporte ici les conséquences. Les gravures en pâtissent d'autant plus que de par leur esprit et leur petit format, elles demandent un état de détente et de méditation qui n'est certes pas celui du visiteur. Pourtant les gravures et les lithographies exposées sont dans l'ensemble excellentes. On aimerait s'attarder devant l'humeur mystérieux de Vieillard, devant la finesse de style de Le Louarn ; citons avec le regret de ne pouvoir nous y arrêter les burins de Yersin, de Flocon, de Prébandier, de Fiorini, les gravures de Trémois pour « l'Annonce faite à Marie » et signalons pour terminer: un beau dessin gouaché d'Ubac, ombreux et moelleux, ainsi que deux dessins de Taslitzky dont le trait mobile et irrité rappelle celui de Roger Wild sans en avoir la fermeté ni la richesse. J. ALVARD PICASSO A LA MAISON DE LA PENSEE FRANCAISE Les toiles exposées à la maison de la Pensée Française permettent de constater qu'il n'y a pas cette année de nouveau « tournant » Picasso. Ceux qui sont fascinés par ses terribles portraits retrouveront là des émotions connues. On reconnaîtra mieux Picasso avec sa violence et sa désinvolture habituelle dans des portraits d'enfants qui paraissent avoir été une source d'inspiration nouvelle et féconde. Mais on peut préférer à ses œuvres colorées, les tons de cendre et de charbon dans lesquels il a peint quelques-unes de ses meilleures toiles. Les statues humaines qui s'y profilent ont le poids et l'austérité d'un monument sorti du fond des âges et certaines de ses natures mortes sont en quelque sorte l'expression la plus aboutie d'un style sans égal. J. A. CHAGALL L'exposition qui se tient à la Librairie la Hune, à l'occasion de la parution de l'ouvrage de Raisa Maritain « Chagall ou l'orage enchanté » permet de confronter avec quelques beaux dessins et deux admirables toiles dont la fameuse « Révolution », les pages autobiographiques de Belle Chagall « Lumières Allumées » dans lesquelles on retrouve, on peut dire à la lettre, la peinture de l'enfance Juive et Russe de Chagall. Et cette confrontation n'est pas sans apporter un témoignage et une confirmation de la profondeur vécue de l'irréalisme de ce peintre. J. A. Vitrine d'Exposition du no 1 d'« ART D'AUJOURD'HUI » à la Librairie-Galerie : LA HUNE, boulev. St-Germain, St-Germain-des-Pres, PARIS. Le domaine du TOUCHER Une exposition a réuni récemment à la galerie Mai les œuvres de trois peintres, Dany Arnal et Dmitrienko et celles d'un potier Marc Bachofner. On ne trouve pas dans leur peinture une parenté qui les eut appauvri, mais une sympathie qui donne à leurs toiles un climat général très homogène. J. A. PIAUBERT. DMITRIENKO.
CONSTRUCTION MODERNE FRANÇAISE Unité d'habitation Le Corbusier à Marseille - Les pilotis.
RECHERCHES POUR CONDUIRE A UNE SCULPTURE DESTINEE A L'ARCHITECTURE. — LE CORBUSIER 2. Bois sculpté. 2. Béton pour être polychromé, coulé dans des coffrages de bois. (Unité d'habitation en construction au Boulevard Michelet, Marseille).

Cette revue mensuelle, numéro 2 de juillet-août 1949, explore le thème de l'art mural. Elle présente des réflexions sur la nature, la fonction et les applications de la peinture murale dans l'architecture intérieure et extérieure, ainsi qu'un catalogue détaillé d'œuvres et d'artistes exposés, incluant des peintures, tapisseries et sculptures.