Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

ART D'AUJOURD'HUI REVUE D'ART CONTEMPORAIN - SÉRIE 2 - N° 2 - NOVEMBRE 1950 - PRIX : 180 frs --- POTE 13 M --- Géboulot Jacques 9 ans.

Page 2

Photographie pour le Musée d'Art Moderne par SOICHE SUMANI. SOMMAIRE 1 - Enfants. 17 - Bibliographie. 18 - Les Peintres de Haiti. 20 - Enquête auprès des Jeunes Peintres. 22 - Architecture de Fous. 23 - L’Art Psychopathologique à Sainte-Anne. 26 - Le Rayonnisme : Larionov — Gontcharova. 30 - Les Expositions. Photo CAUVIN

Page 3

D'AUJOURD'HUI REVUE D'ART CONTEMPORAIN - SÉRIE 2 - N° 2 - NOVEMBRE 1950 - PRIX : 180 frs ART Photo CAUVIN --- PRÉSENTATION Les enfants ne sont pas de petits bonshommes, des adultes en réduction. Ils forment, sous toutes les latitudes, et quelle que soit la couleur de leur peau, à quelque classe sociale qu'ils appartiennent par leurs parents, une humanité à part. L'enfance est un monde de soucoupe volante tombé d'une autre planète dans le monde inquiétant des hommes. Ceux-ci furent parachutés, eux aussi, autrefois ; mais ils ont à peu près tout oublié, d'autant plus qu'ils n'avaient pas compris grand'chose à leur être propre, tant ils étaient alors dressés, sermonnés, choyés, châtiés par leurs aînés, aussi incompréhensifs qu'incompréhensibles. Il y a plus d'affinités entre un enfant et ce sextuor saugrenu : un singe, un perroquet, un homme préhistorique, un poète et un artiste, qu'entre un enfant et son père. D'ailleurs lui-même est son vrai père, nous dit Freud, le père de l'homme qu'il deviendra plus tard. Sur le petit plateau plume de la bascule-vie, l'enfant fait équilibre à des cinquante, des quatre-vingts années d'existence ! Morveux d'aurore et frais de primevère les petits ont plus de grandeur le plus souvent que leur famille et leurs pions. Ils sont le printemps primitif, encore tout proche des dieux.

Page 4

LE JASIS GRAPHIQUE OU LES GRIBOUILLIS Alors que c'est seulement à la dixième semaine que débute, chez le nouveau-né, l'orientation sonore, dès la troisième, l'œil, bien à son poste non à fleur de peau, mais le plus souvent exorbité, énorme, humide, est habité, si l'on peut dire par la vue. Si l'enfant songe, d'autre part, que l'enfant a beaucoup de retard sur les petits animaux, quant à la marche, on comprendra que, condamné à être porté, ne pouvant, crabillon, agiter que ses membres, cette vue soit son vrai centre : foyer optique et psychique, phare de toutes les conquêtes. Il est donc logique qu'ayant constaté une relation de cause à effet visuel entre le geste de tenir, par hasard, certains objets traçants : craie ou crayon, et la curieuse trace obtenue sur quelque support, tel une ardoise ou un papier à sa portée, le tout-petit ait fait de cet acte : tracer (ou tacher, s'il s'agit d'étaler des corps visqueux et des liquides) une démarche fondamentale, un moyen d'expression. Ce dessin est né, non du premier tracage ou tachage involontaire ; mais de la volonté, au contraire, d'obtenir des taches et des traces, au nom des yeux ordonnateurs, par la main exécutrice. Le bébé n'a pas assez de modes d'expression à sa disposition, pour sa double conquête du monde et de lui-même, qu'il puisse se refuser au dessin si on lui en fournit les moyens. Ses premiers essais de langage, vers 2 ans n'aboutissent qu'à un jasis oral, à un gazouillement où seules les mères se retrouvent. Aussi, simultanément il s'essaie au jasis graphique, au gribouillis. Il est encore bien démuni et, des premiers mois à cinq ou six ans, les spécialistes étudient trois sortes de prises manuelles. La saisie se fait d'abord à « pleine poigne » et si le traceur trace par tous les bouts, voire par les côtés, avec un crayon d'ardoise, tant mieux ! Vers quatre ans, c'est la « prise en bec ou empaumement », la base du crayon calée dans le creux de la main. Vers cinq ans enfin apparaît la saisie complète entre le pouce, l'index et le médius. Le jasis qui n'est, au commencement, que besoin de gribouiller, exutoire d'un mouvement, traduit cependant la vitalité enfantine, l'humeur du moment. « Il inscrit les réactions émotionnelles ou les rythmes habituels de l'enfant en traits hachés ou continus, rayonnants ou concentriques, ondulés ou angulaires. Il peut être déjà l'indice d'une crise affective ou d'un tempériment. Il n'est pas impossible que, sous des formes plus achevées, un dessin véritable ne retienne, plus tard, de cette phase impulsive ou instinctive, certaines structures fondamentales, propres à caractériser une sensibilité ou un type d'artiste. » (Dr Walton, Revue « L'Enfance », Octobre 1950.) De la Bavette à la Palette A l'époque 1900, quand abondaient les cartes postales en couleur représentant des bébés roses bien vernis, petits anges joufflus sortant des choux ou des œufs de Pâques, les premiers psychanalystes eurent le mérite de montrer l'enfant dans son naturalisme magnifique, bien différent de cette poésie vaselinée. Né respiratoire, le tout-petit devient un « digestif » jusqu'à six ans. Aussi les tâtonnements de l'expression graphique sont liés au cycle alimentaire. Tout ce que l'enfant émet hors de son corps, excréptions et régurgitations, sont, pour lui, choses curieuses, phénomènes incompréhensibles, cadeaux que sa petite majesté fait à son entourage ! C'est, dans cet esprit, que M. Pierre Naville peut dire que « la bavette souillée représente une première ébauche du graphisme, comme la palette du peintre est l'origine de représentations plastiques élaborées ». Les origines de l'art graphique et de l'art pictural sont donc organiques. D'autres preuves peuvent en être données. Enduire la peau est le premier essai plastique L'enfant porte tout à sa bouche, car il pense, primitivement, que tout lui est aliment. Les bébés, sur la plage, avalent et bavent du sable salé. Craies, crayons, fusains n'échappent pas au rite du goûter. Le dur est suçoté, grignoté ; le tendre, mangé seulement à moitié, barbouille la frimousse. Avant les gribouillis, le tout-petit s'enduit, autant qu'il peut, de toute matière, depuis les confitures jusqu'à ses déjections ! Il faut que tout son corps participe à la jouissance sèche ou liquide de l'enduit, du contact et de ses traces, soit qu'il se vautre sur l'herbe ou dans la poussière, soit qu'il barbote dans l'eau noirâtre des flaques, la boue, le cambouis. Il a une horreur naturelle sacrée de l'hygiène, ce qui prouve à quel point il a le sens des patines, des fards, du tatouage. Le premier art plastique a pour théâtre passif, le corps et pour théâtre actif, le corps encore : dans la danse. D'où chez les primitifs, les peintures et les incisions à même la peau ; d'où les merveilleux masques maoris et les tatouages de grand style.

Page 5

3 à 5 ans. Dicté par Jean-Loup (4 ans 1/2.) LE SOLEIL ET L'OMBRE A LA GUERRE Un grand homme donnait un coup de pied à la lune, un autre homme cognait le vent, un autre mangeait la pluie, un autre pincait le soleil et mordait l'ombre. Le soleil et l'ombre se défendent et coupent les hommes en deux coups de « sicrame », instrument qu'un lion et un tigre ont inventé. Et j'oublais le tindzidzindrín! et le Caguiguiguodu! Evelyne Calin 4 ans 1/ Photo CAUVIN