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ART D'AUJOURD'HUI. — REVUE MENSUELLE. — N° 1. — JUIN 1949
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ART D'AUJOURD'HUI. — REVUE MENSUELLE. — N° 1. — JUIN 1949
Sur un mur dont le revêtement s'écaillle il est inutile de peindre : il s'illustre tout seul. Le pittoresque c'est cela même : ce qui s'effrite, ce qui change. Un cadavre en putréfaction est peut-être la chose la plus pittoresque du monde. N'y touchez pas, laissez-le faire. Il faut qu'il soit à l'aise, loin de l'homme rationnel, pour accomplir tous les stades de son cycle d'évolution dans la danse chaotique des éléments. Certains artistes imitent fort ingénieusement ce pittoresque de la désagrégation. Le cerveau est bon même à cela ; son plus grand raffinement est de simuler les instincts déchaînés (et cela ne casse rien). Mais voici un mur lisse, provocant de sa vierge beauté. C'est crime d'y toucher, crime de n'y pas toucher. L'irriter ? Le travestir en bergère ? L'endimancher académiquement ? Le rendre mol ? Le premier pas coûtera tout le reste. Lui apprendre l'amour, voilà ce qu'il faut faire. Le couvrir. Le rendre mûr. Le connaître dans toutes ses dimensions et qualités. Le marier à sa destination. Le faire autrement beau. Tout comblé de couleurs. Qu'il en rougisse d'aise. Michel Seuphor. LE MUR Un mur de KANDINSKI LE CORBUSIER : Peinture murale au Pavillon Suisse de la Cité Universitaire, Paris
CICERO DIAS : Peinture murale à Pernambouc, Brésil Photos Maywood. LE CORBUSIER Dans votre œuvre, Monsieur, permettez-moi de voir, avant tout, une volonté d'unité, appliquée, non plus comme au XIXe siècle, au seul édifice, mais à l'ensemble qu'est la cité. C'est en quoi vous vous opposez aux architectes du siècle précédent et rejoignez les grandes périodes de l'architecture où le monument était le centre insigne d'un tout et non un simple ornement, sans rapport avec les bâtiments utilitaires de la vie quotidienne. Nous avons vu, entre 1860 et la guerre de 1914, triompher un peu partout l'individualisme anarchique. Nous avons vu, au gré du bon plaisir et de la fantaisie de chacun, le chalet suisse s'élever à côté de la ville renaissance; le château aux tours gothiques voisiner avec le palais du XVIIIe, et les maisons les plus simples n'échappaient pas à ce désordre, un défaut commun de style ne suffisant pas à conférer l'unité. Vous avez compris, Monsieur, qu'une ville était un être vivant, dont les cellules dépendaient étroitement les unes des autres. C'est-à-dire qu'une ville devait être soumise à un plan spirituel. Voilà, me semble-t-il, la leçon que vous avez tirée de la tradition. Quant aux conventions qui régnaient dans l'architecture et gouvernaient le choix des matériaux, la distribution des surfaces, l'emplacement des ouvertures et jusqu'à la forme générale de la construction, vous avez eu le courage de penser que les ressources de nos techniques permettaient de les écarter. Vous avez été ainsi amené à chercher une utilisation toute nouvelle des moyens que le XXe siècle met à notre disposition. Je ne veux pas m'attarder sur la hardiesse de vos conceptions. Il n'est que de voir ses heureuses conséquences dans vos divers travaux. Mais puisque c'est une de vos fresques qui nous réunit ici, il me plaît de retrouver, dans cet ouvrage de décoration intérieure, vos deux qualités maîtresses, la volonté d'unité et l'audace. Vous avez compris, en effet, que la peinture ne pouvait être séparée de l'architecture et que si leurs moyens étaient différents, les mêmes principes, je dirais la même joie, devaient les animer. Aussi avez-vous pu légitimement écrire : « Architecture, urbanisme, peinture et sculpture, ont eu pouvoir d'absorber la passion d'une vie et, matériellement, le labeur de mes trente dernières années. Ma destinée est d'être liée à l'harmonie dans les entreprises rattachées au domaine plastique. » Allocution prononcée par M. Burckardt, ministre de Suisse à Paris à l'occasion de l'inauguration du panneau mural de Le Corbusier.
Dewasne Magnelli Peinture murale de DEWASNE, à Cordes (Vaucluse) MONDRIAN : Mur de l'atelier du peintre, à Paris
LES EXPOSITIONS L'activité artistique n'a jamais été aussi grande à Paris. Les expositions se succèdent à une telle cadence que les critiques d'Art ne parviennent même pas toujours à les visiter toutes. Plus que jamais Paris est la capitale des arts. Or, à part quelques bulletins et journaux peu ou mal illustrés, aucune publication régulière, consacrée aux arts plastiques, n'offre aux artistes et amateurs d'art une tribune sérieuse pour permettre aux grands courants artistiques de s'affronter, et pour orienter des recherches plus ou moins cohérentes. D'autre part se pose, plus que jamais, le grand problème de la synthèse des arts. Malgré l'accord plastique qui s'affirme de plus en plus entre l'Architecture, la Peinture et la Sculpture, aucune occasion n'est donnée à cette synthèse de s'affirmer sur des exemples concrets. Afin de pallier à ces différentes lacunes, l'Architecture d'Aujourd'hui a pris la décision de faire paraître une nouvelle revue de qualité sous le titre : « ART D'AUJOURD'HUI ». Le premier numéro de cette publication mensuelle sort à l'occasion du Salon de Mai, et le second pour les Salons des Réalités Nouvelles et de l'Art Mural. La nouvelle publication ne comportera qu'un nombre de pages limité afin d'en rendre le prix abordable pour tous les artistes. Par contre, l'édition en sera très soignée. Les critiques d'art pourront s'exprimer en toute franchise et les recherches les plus audacieuses seront toujours encouragées. Dans chacun des numéros, plusieurs pages seront consacrées à l'un de nos meilleurs artistes contemporains. Nous commençons par un des plus modestes, mais par un admirable artiste : Henri Laurens, qui vient de réunir à Bruxelles presque toute son œuvre, 70 sculptures. Pourquoi Bruxelles ? Il est regrettable que Paris n'ait pas offert une de ses meilleures salles alors que tant d'expositions discutables encombrent les quelques locaux disponibles. Les prochains numéros consacreront une place importante à Fernand Léger, Magnelli, Calder et aussi à des jeunes dignes de prendre rang parmi les véritables maîtres de ce temps. Epanouissement de l'Art abstrait, exposition organisée par le Musée de Grenoble à la galerie Maeght Il faut être juste, on ne peut tenir rigueur à cette exposition d'avoir rapproché des œuvres qui ne sont pas toutes abstraites. Il n'est donc pas question de mettre en doute les liens qui peuvent unir des artistes tels que Kandinski ou Kupka à Villon, Braque ou Léger, mais on ne saurait trop souligner qu'il est dangereux de les considérer comme membres d'une même famille. À cette réserve près, sur le plan pédagogique, l'esprit de l'exposition ne peut manquer d'atteindre son but ; l'œil le moins exercé peut découvrir dans le parti-pris de glaçures d'argent de certaines toiles de Braque ce qu'est devenu le sentiment nouveau de la peinture et passer aux profondeurs marines ou célestes de Kandinski. Cette mission de diffusion de la sensibilité artistique moderne semble avoir été un souci majeur pour le conservateur du Musée de Grenoble. On aimerait pouvoir en dire autant du Musée National d'Art Moderne. La peinture abstraite y fait antichambre sans qu'on sache vraiment pourquoi et cette prudence confine à la tiédeur. Quel dommage que Magnelli ne soit pas Constantin Meunier. Décidément le monde est mal fait : les jeunes peintres n'écoutent personne, ils s'obstiennent à jouer avec le feu, à fréquenter les impasses et à sauter dans les précipices. Ces premiers maîtres de l'art abstrait, si on avait pu les mettre sous cloche on se serait évité bien des ennuis. Mais on n'empêche pas la vie et la force créatrice de passer par où il lui plaît. Julien ALVARD. Exposition « La Forme Parfaite » Présentation dans le cadre de la foire nationale suisse de Bâle, d'objets sélectionnés dont la forme est bien appropriée à la fonction et dont la plastique répond aux préoccupations contemporaines. Cette exposition est organisée par l'architecte suisse Max Bill. Salon de l'Imagerie Au musée Galliera, se tient le bouillonnant salon de l'Imagerie. Beaucoup de bonne volonté, mais mauvaise orientation générale. Quelques bons décorateurs se sont fourvoyés dans cette galerie. Charmes du Papier Peint L'exposition se tient dans les salons de la « Maison Française ». Nous aurions voulu partager l'enthousiasme de Waldemar George qui écrit : > Le papier peint est une source d'évasion et de plaisirs visuels d'une qualité très rare. Il est propice au rêve. Il aide à faire d'une résidence sans... Pour ne pas être méchants, nous éviterons tous commentaires, laissant à chacun le soin de se faire une opinion. Notons cependant un bon papier peint d'Edgar Pillet, égaré parmi de tumultueux papiers à ramages. Les ensembles les meilleurs sont de Jacques Adnet, Colette Gueden, Raoul Guys, Maxime Old, Raymond Subes.
Cette publication mensuelle, lancée en juin 1949, se consacre aux arts plastiques et vise à offrir une tribune sérieuse aux artistes et amateurs d'art. Elle aborde la synthèse des arts, notamment entre l'architecture, la peinture et la sculpture, et met en avant des artistes contemporains. La revue encourage les recherches audacieuses et la critique franche.