Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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LES ARTS N° 125 Mai 1912 --- SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS. — SALON DE 1912 --- Photo Vizzarona. --- DAGNAN-BOUVERET. — MARGUERITE AU SABAT (Société nationale des Beaux-Arts)

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SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS SALON DE 1912 On prétend que le jury de la « Société nationale » s'est montré cette année terriblement sévère, et que nombre de jeunes exposants sont restés sur le carreau. Les juges de la « Nationale » étant des artistes de valeur, et — qui en douterait? — des hommes justes, nous ne saurions nous permettre d'incriminer un verdict rendu sous toutes les garanties d'impartialité. Toutefois, les « accidents » de 1912 nous seront ainsi un valable prétexte à faire, avant notre annuel compte rendu, une petite incursion rétrospective dans le passé, et à dire deux mots de cette redoutable question des jurys de peinture. C'est au milieu du siècle dix-huitième qu'un des plus importants prédécesseurs de nos sous-secrétaires d'État aux Beaux-Arts, M. Le Normand de Tournehem, créa le premier jury de peinture. Les ouvrages à examiner furent déposés le 17 août 1748 dans la Galerie d'Apollon, et, huit jours après, le 25 au soir, la sentence était rendue. La Commission dudit jury était ainsi composée : le directeur de l'Académie des Beaux-Arts, les deux recteurs et douze professeurs, soit quinze personnes éminemment qualifiées. Ce premier des jurys fut-il impartial? Hélas! il était composé d'hommes, c'est-à-dire de créatures faillibles, sujettes à tous les préjugés, à toutes les passions; d'artistes, c'est-à-dire d'êtres sensibles, impressionnables à l'excès. Enfin la camaraderie — la bonne comme la mauvaise — y devait avoir sa part. Cette commission académique prononça le dignus es intrare, et le veto; on marqua au dos des toiles exclues cet R (refusé) à la craie, qui, depuis cent cinquante années, impose la terreur aux infortunés débutants. Ce qui est assez grave en l'espèce, c'est que ce jury n'avait pas uniquement à se prononcer sur la qualité esthétique des œuvres, mais aussi sur leur moralité. En 1763 Baudouin, l'un des plus spirituels petits-maîtres du XVIIIe, fut refusé pour « tendances blâmables » (sic). Sa toile intitulée Prêtre catéchisant des jeunes filles fut retirée sur une plainte de l'archevêque de Paris. On était également exclu pour « excès dithyrambique ». Debucourt se vit renvoyer à l'atelier son Trait de bienfaisance du Roy. Louis XV le Bien-Aimé se montra, en cette occurrence, d'une modestie bien ombrageuse. Son glorieux aïeul le Roi Soleil était moins susceptible. Louis XIV admettait volontiers qu'on le représentât auréolé de toutes les vertus humaines et même divines, puisque le maréchal-marquis de La Feuillade allait chaque main s'agenouiller place des Victoires devant l'image équestre du souverain divinisé en Apollon. En 1785, l'une des gloires de notre école de statuaire CAROLUS-DURAN. — PORTRAIT DE MILLE CÉCILE B...

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SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS. — SALON DE 1912 Photo Vizcarosa. A. ROLL. — FEMME EN BLANC

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LES ARTS française, l'immortel Houdon, fut « recalé »... pour inconvenance. Sous la Révolution, le jury fut supprimé à deux reprises, en 91 et en 93, par les assemblées républicaines. David (on sait que le futur peintre des Aigles et du Sacre devait, avant de faire sa cour à Napoléon Ier, être le plus farouche révolutionnaire, et même qu'il présida la Convention) supprima les jurys parce que « tous les hommes sont égaux ». Il est assez piquant de voir le maître, de qui s'est réclamée l'école traditionaliste du xixe siècle, se poser en ancêtre des Indépendants, qui tel Blanqui ne voulant « ni Dieu ni maître », ne veulent « ni jury ni récompenses ». En 1830, les romantiques furent refusés en bloc par les classiques, ou plutôt par les classicistes, sectaires daviadiens, issus de Guérin et de Girodet-Trioson. Et, dès lors, les injustices ne cessèrent de succéder aux injustices. Delacroix fut la principale victime. Ce jury de l'Institut le refusa plus d'une fois au Salon. (Il convient E. BURNAND. — LE JARDIN d'ajouter que le même Institut le repoussait également quand il sollicitait d'entrer sous la coupole. Delacroix, déjà l'auteur des Massacres de Scio, se vit préférer par l'Académie, Schnetz en 1837, Langlois en 1838 et Couder en 1839. « J'ai été vingt ans livré aux bêtes! » s'écrie mélancoliquement le grand peintre dans une phrase de son Journal. En 1841, un admirable paysage de Théodore Rousseau, l'Allée des Châtaigniers, dont le prix dépassa cent cinquante mille francs lors d'une vente récente, fut refusé comme « trop peu idéalisé ». Ce fut un scandale. Ary Scheffer, cordial confrère du maître paysagiste, exposa bruyamment l'Allée des Châtaigniers dans son atelier. Quelques artistes courageux se solidarisèrent avec eux, entre autres Tony Johannot et Decamps, qui, pour protester, refusèrent d'exposer au Salon. En 1842, Corot est refusé avec le Baptême du Christ, actuellement à Saint-Nicolas du Chardonnet. En 1843 et 44, tous les Chintreuil sont chassés.

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AMAN-JEAN - LES ÉLÉMENTS Panneau décoratif commandé par l'État pour un amphithéâtre de la nouvelle Sorbonne Photo: Véronique.

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LES ARTS En 1845, la Madeleine de Delacroix et la Cléopâtre de Chassériau. Désespéré, Chassériau creva sa toile. En 1846, c'est le tour de Millet. Puis la réaction se produit. Les romantiques se vengent et refusent les classiques attardés. En 1848, l'institution du jury est supprimée. De 1850 à 1860, nouvelle hécatombe, dont la principale victime fut le plus magnifique décorateur contemporain, Pierre Puvis de Chavannes. En 1859, Millet doit remporter dans sa maisonnette de Barbizon la Mort et le Bûcheron qui n'a pas l'heur de plaire au jury. « C'est affreux d'être mis à nu devant ces gens-là ! » dit Millet, reprenant à peu près la phrase d'Eugène Delacroix. En 1863, s'ouvrit, au Palais de l'Industrie, le « Salon des Refusés » sous le haut patronage de Napoléon III. Nous n'avons pas — et pour cause — à faire ici de politique, mais il faut reconnaître que l'Empe- reur avait en art, des goûts très fins et tout personnels. Contrevient aux sollicitations de M. de Nieuwerkerque, Napoléon III acquit des Corot pour sa collection particulière, et ne cessa de protéger Carpeaux que n'aimaient ni l'Institut ni les architectes. Au « Salon des Refusés » participèrent James Mac-Neil Whistler, Chintreuil, Fantin-Latour, Bracquemond, Yongkind, Alphonse Legros, Vollon, Manet, Chauvel, Jean-Paul Laurens. Le jury de 1872, présidé par Meissonier, refusa Courbet. Le jury de 1876, présidé par le même Meissonier, refusa Manet. C'est enfin, de 1874 à 1884, le calvaire des impressionnistes. Ces novateurs, dont la gloire n'est aujourd'hui contestée par personne (ils ont dessillé les yeux de tous les peintres contemporains, ils ont décrassé les palettes chargées de terres et de bitumes, ils sont entrés au Louvre, à la salle Moreau-Nélaton ; ils sont entrés dans l'histoire) furent chassés du temple comme des malfaiteurs : Claude Monet, Pissarro, Sisley, Degas, Guillaumin, Renoir, Cézanne, Berthe Morisot, provoquaient les huées et le fou rire des peintres dits sérieux, de la critique aveugle. On est aujourd'hui revenu à de plus équitables sentiments. Les réflexions qui précèdent, et qui sont d'ordre général, ne sauraient en aucune façon "Photo Vittarona. A. DE LA GANDARA. — PORTRAIT DE MILLE LINA CAVALIERI

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SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS. — SALON DE 1912 Photo Vizzavona. A. BESNARD. — PORTRAIT DE ÉMILE SAÜER

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LES ARTS concerner les artistes qui ont siégé au jury de 1912 de la « Société nationale ». Toutefois j'estime qu'il n'était pas inutile de les soumettre au lecteur des Arts. Entrons maintenant dans le Grand Palais. Un premier et agréable devoir nous incombe. Nous devons sans tarder féliciter les placeurs, qui nous ont présenté les œuvres avec une remarquable adresse, et un goût raffiné. Grâces en soient rendues à M. Georges Picard, l'un des plus brillants déco- G. LA TOUCHE. — LA CIBLE rateurs de notre temps, et à son coadjuteur, le délicat inti- miste Henri Morisset. Aussi bien est-ce un problème capital que celui du pla- cement d'un Salon. Nos ancêtres le savaient bien, qui en confèrent la mission à Portail et au grand Chardin. De même qu'une symphonie de Beethoven perd à être dirigée par un chef d'orchestre maladroit, et gagne à l'être par un kappelmeister savant et sensible, de même un Salon com- posé des mêmes éléments, n'a-t-il ni la même physio- nomie, ni le même caractère, si le « tapissier » — pour reprendre le vocable d'antan — est soucieux de mettre en valeur les gens de talent (qu'ils soient notoires, débu-

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SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS. — SALON DE 1912 WILLETTE. — LE MOULIN DE LA GALETTES (carton de tapisserie) (Appartient à M. Fenaille)

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LES ARTS tants ou inconnus) sans obéir à la routine et à la hiérarchie. La question du placement est essentielle. Je sais certains Salons qui furent fort monotones parce qu'on y pratiquait la « théorie du repoussoir ». Cette théorie consiste à placer, tout d'abord, au beau milieu de la cimaise, les ouvrages des gros messieurs dudit Salon. Puis, selon que leur tableau est sombre ou clair, on le « flanque » de tableautins clairs ou sombres qui sont là, non pour que le public les voie, mais pour accompagner, soutenir et rehausser la toile du peintre favorisé. Rien de plus insipide qu'un semblable placement. Au « Salon d'Automne » favorable aux initiatives audacieuses, on procède en opérant la « fusion des sections ». Et cette méthode est intéressante, parce qu'il n'est rien de plus morne que de voir juxtaposées comme dans un grand magasin, rayon des chaussures ou de la lingerie, deux cents aquarelles, ou cent cinquante statuettes. Les œuvres d'art doivent être groupées en bouquet, pour s'aider les unes les autres, selon la loi de solidarité intelligente qui devrait régir les rapports des hommes comme ceux de leurs productions. Grâce à M.M. Picard et Morisset, le Salon de la « Société nationale » a été magistralement disposé. COMPOSITIONS DÉCORATIVES La véritable mission de l'art pictural est de couvrir les surfaces murales et non de se restreindre au format du tableau de chevalet. Le présent Salon nous offre quelques importants spécimens de la peinture décorative. Bien que M. Maurice Denis soit maintenant revendiqué par la « Nationale », ses attaches, ses tendances, le groupe auquel il appartient, l'art auquel il s'est adonné, le classent DINET. — BAIGNEUSES (Appartient à Mme R. Michel)

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SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS. — SALON DE 1912 J.-J. SHANNON. — MISS KITTY SHANNON