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LES ARTS N° 122 Février 1912 JEAN GOSSAERT. — SAINT DONATIEN Au Musée de Tournai. — (Exposition de Charleroi)
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LES ARTS N° 122 Février 1912 JEAN GOSSAERT. — SAINT DONATIEN Au Musée de Tournai. — (Exposition de Charleroi)
MONUMENT DE LA FAMILLE COTTREL (1395-1400) Pierre grise A la Cathédrale de Tournai. — (Exposition de Tournai) LES EXPOSITIONS RÉTROSPECTIVES de Tournai, Malines et Charleroi (1911) La Belgique paraît être vraiment la terre bénie des expositions rétrospectives. Il est incroyable de penser à tout ce qui s'est mobilisé d'œuvres d'art ancien dans cet actif et ingénieux petit pays, depuis une dizaine d'années. Cela a été, à Bruges, les Primitifs flamands, puis la Toison d'or; à Anvers, Rubens, Van Dyck, Jordaens ; à Bruxelles, une centennale belge, des tapisseries et des objets d'art, puis la mémorable Exposition Albert et Isabelle de 1910, sans compter, entre temps, une exposition d'art français du XVIIIe siècle; à Liège, la grande rétrospective de 1905, et l'Exposition Del Cour de 1909; à Dinant, la manifestation locale des batteurs et fondeurs de cuivre..., et j'en oublie certainement. Loyalement épris d'art et passionné pour la mise en valeur du passé national, le grand public fait fête à ces évocations pour lesquelles les amateurs comme les collections publiques, le clergé comme les municipalités se dépouillent à l'envi. Il y a bien eu parfois quelques protestations d'archéologues grincheux; des conservateurs méticuleux se sont trouvés pour se plaindre de ce qu'on leur avait demandé cinq fois, dans la même saison, le même objet. On a prétendu qu'il fallait enrayer cette rage de déplacement et laisser un peu les objets exposés à leur place légitime, n'envoyer qu'aux manifestations vraiment intéressantes, de caractère et de but éducatifs nettement définis. Mais on a trouvé des prétextes, on a serré les programmes, on a préparé savamment les recherches, et l'entrain ne s'est pas ralenti; l'intérêt même des manifestations spécialisées à un artiste, à une industrie, à une région, s'est corsé pour l'historien et le curieux, las des manifestations encyclopédiques et confuses qui trop souvent, ailleurs, n'avaient servi que de répertoires à la brocante. Partout et toujours, à l'annonce d'une manifestation de ce genre, les bonnes volontés se coalisent et, si divisé que l'on soit sur d'autres points, on oublie à peu près ses divisions lorsqu'il s'agit de l'honneur d'un artiste, d'une ville ou d'une industrie d'art. On a vu des comités d'expositions gouvernementales confier le soin d'une rétrospective à un MONUMENT DE LA FAMILLE DE SECLIN (1400) ? Pierre grise A la Cathédrale de Tournai. — (Exposition de Tournai)
LES EXPOSITIONS RÉTROSPECTIVES député de l'opposition libérale et, réciproquement, celui-ci ne pas trouver de plus ferme soutien pour son œuvre que dans le cardinal-archevêque de Malines et dans son clergé. Les travaux officiels de classement et d'inventaire qui se poursuivent méthodiquement dans certaines provinces fournissent une base aux enquêtes des organisateurs, et les querelles de clocher ou les antagonismes de race ne servent qu'à exalter le patriotisme local, ou à accentuer comme une revendication de caractère ethnique, la paisible collecte des œuvres d'art local ou régional. Il est de ces enthousiasmes à qui rien ne résiste et il arrive parfois que c'est hors des frontières que l'on réussit à aller chercher les preuves du génie artistique des ancêtres. Les collaborations internationales ont largement aidé le succès des grandes réunions de Bruges en 1902, de Bruxelles en 1910. Le Gérard David de Rouen, les Rubens de Valenciennes se sont déplacés plus facilement, peut-être, pour aller en Belgique que s'il s'était agi de les amener à Paris, et, cette année même, n'a-t-on pas vu Lille et Valenciennes tendre à Tournai, par-dessus la frontière, une main libérale qu'elles refusaient à leurs voisins, plus proches, de Roubaix? Bruxelles avait reçu des Van Dyck d'Angleterre et des Rubens de Prusse. Il est venu des tableaux de Budapest à Charleroi et il ne faut pas désespérer de voir un jour revenir temporairement de Berlin à Gand les morceaux exilés du plus glorieux ensemble qui soit dans l'histoire de la peinture flamande... Trois expositions rétrospectives se sont ouvertes l'été dernier, d'importance et de signification assez diverses nous l'allons voir, à Tournai, à Malines et à Charleroi. Nous voudrions souligner ici le caractère et l'intérêt de chacune d'elles, rappelant à ceux qui y sont passés, faisant connaître à ceux qui n'ont pu s'y rendre, quelques-uns des objets les plus significatifs qui y ont figuré. L'Exposition de Tournai était essentiellement locale et limitée aux industries d'art qui ont fait, jadis, la gloire et la fortune de la ville; l'administration communale avait pris, chaque année, l'habitude de consacrer une exposition à l'une ou l'autre des industries du métal ou du bois, du livre ou des tissus, encore vivantes dans l'ancienne capitale du Tournaisis. Mais c'est une récapitulation générale qu'on avait tentée cette fois. On n'avait pas craint, pour cela, de bouleverser le Musée communal installé dans une partie de l'ancienne Halle aux Draps et démublé, du reste, d'une partie de ses œuvres de peinture les plus intéressantes au profit de l'Exposition de Charleroi, dont nous parlerons tout à l'heure. La grande salle des peintures
LES ARTS --- MONUMENT DE JEAN DU ROS (vers 1438) Pierre grise A la Cathédrale de Tournai. — (Exposition de Tournai) Les pièces d'orfèvrerie, grâce aux poinçons, sont aussi faciles à reconnaître. Il en était sorti un grand nombre des églises de la ville et de la région, mais surtout du XVIIe et du XVIIIe siècle. Le trésor de la cathédrale s'était cependant dessaisi de la fameuse torche de la confrérie des Damoiseaux, gaine d'argent qui date du xive siècle, ainsi que de leur insigne, ou quignon, en argent et vermeil, représentant la pucelle de Tournai tenant les armes de la ville et de l'Empire et datant du début du xvie siècle; il avait prêté aussi une admirable croix reliquaire à double traverse, ornée de médaillons en argentniellé du xive siècle. Ce sont des orfèvres tournaisiens comme Guillaume Lefebvre qui ont entretenu dans la ville au xve siècle la prospérité de l'industrie de la fonte du cuivre pour laquelle elle rivalisa de bonne heure avec Dinant. On voit sur les fonts baptismaux de l'église de Hal, dont un fac-similé figurait à l'Exposition, la signature de Guillaume Lefebvre, avec la date de 1446, et l'on sait que c'est de Tournai même, de l'église Saint-Nicolas, que provient le beau lutrin daté de 1383 qui est aujourd'hui au Musée de Cluny. Soit en fac-similés, soit en originaux, on avait réuni une imposante série de ces aigles magnifiques et de ces chandeliers aux formes élégantes dus aux ateliers du moyen âge tournaisien et l'on voyait pâlir singulièrement à côté les bronzes dorés, maigres et secs, du début du xixe siècle, que l'on s'était amusé à rassembler en abondance comme produits de cette fabrique locale de Lefebvre-Caters qui inonda la Belgique et la France de ses pendules héroï-comiques. L'art de la tapisserie fut pratiqué à Tournai dès le xiiiie siècle, mais où sont aujourd'hui les tentures qui sortirent alors et dans les siècles suivants des métiers tournaisiens? On avait obtenu pour l'Exposition le prêt de la superbe Bataille de Roncevaux, de la collection Somzée, aujourd'hui servait à contenir les orfèvreries religieuses ou civiles, les galeries annexes dont une partie seulement, jusqu'ici, était affectée au Musée, renfermaient d'abondantes séries de céramiques. Enfin la grande salle des fêtes et les galeries du rez-de-chaussée, qui seront, un jour, affectées aussi au Musée permanent des Arts décoratifs tournaisiens, abritaient les pièces de grandes dimensions, telles que les tapisseries, les lutrins et les meubles ingénieusement répartis en salons installés dans les travées du pourtour. Aux quatre coins du hall, résumant pour ainsi dire l'enseignement de l'Exposition, quatre ateliers avaient été installés, montrant comme en action dans une reconstitution discrète et soigneusement documentée, sans pittoresque inutile, les industries essentielles dont les produits étaient représentés à l'Exposition : celle des tailleurs de pierre dont quelques ateliers modernes, comme ceux de l'école de Saint-Luc, ont essayé de reprendre les traditions ; celle des haute-lisseurs, où l'on voyait fonctionner un métier du type primitif à haute-lisse, sur lequel s'exécutait un tapis au point noué du genre Savonnerie, à côté d'un métier Jacquart employé pour la fabrication des tapis courants actuels ; celle des fondeurs de cuivre, avec la figuration des différentes opérations nécessaires à la fonte des cloches ou des grands chandeliers de laiton; celle enfin des porcelaniers, avec le four, les tours et les moules pour l'exécution des pièces de vaisselle. Nous n'avons pas l'intention de nous appesantir ici sur les séries de céramiques. Les porcelaines de Tournai en particulier ont trouvé en M. Soil de Moriamé un historien définitif, et la part prépondérante prise par celui-ci à l'organisation de l'Exposition explique l'abondante réunion de plus de huit cents pièces qui y avait été réalisée, comprenant les plus beaux exemplaires de la fabrique fondée par Peterinck en 1751. --- MONUMENT DE JACQUES ISAAK (1501) Pierre grise A la Cathédrale de Tournai. — (Exposition de Tournai) Phenom-Photos (Tournai).
LES EXPOSITIONS RÉTROSPECTIVES --- Page 5 au Musée de Bruxelles, mais M. Destrée, dans son récent catalogue (1910, n° 8), hésite encore pour cette pièce entre les origines bruxelloise, brugeoise ou tournaisienne, et je ne sache pas que les deux beaux panneaux de la série de l'Histoirie de Notre-Dame de Robert de Lenoncourt, que l'on avait fait venir de Reims, aient une origine plus certaine. Très abondants, par contre, et très certains étaient les spécimens de la fabrication tournaisienne des tapis de pied de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle qui, exécutés sous la direction de Piat Lefebvre, rencontrèrent un succès considérable et dont plusieurs furent destinés à l'empeur Napoléon. Le dessin original de celui du palais de la Légion d'honneur figurait à l'Exposition. De bons meubles gothiques, Renaissance ou modernes ornaient les différentes parties de l'Exposition, mais aucun ensemble ne présentait l'intérêt, sentimental, du reste, plus encore qu'artistique, de ce salon de Fontenoy que nous reproduisons ici et qui est celui où Louis XV vint passer la nuit au soir de la bataille de Fontenoy. Le château des Quatre-Vents, à Calonne, où il se trouvait, était depuis long- Photo Paul Becker (Bruxelles). MONUMENT DE SIMON DE LEVAL (1307) Moulage sur l'original de l'église de Basècles (Exposition de Tournai) temps déchu et transformé en ferme. La ville de Tournai a acheté récemment cet ensemble de boiseries élégantes avec la cheminée en marbre de Rance, le cadre de glace aux moulurations chantournées et les deux buffets qui l'accompagnent, pour le faire remonter dans son musée. Nous arrivons enfin à la sculpture qui paraît bien avoir été une des principales formes de l'art tournaisien dès le haut moyen âge, au moment où la ville, entraînée comme elle le fut du reste presque toujours au cours de son existence, dans le sillage français, manifestait déjà, avant ses rivales futures des Flandres et du Hainaut, une activité et une originalité très sensibles. En matière de sculpture décorative ou funéraire en particulier, une expansion active se produisit, dont les traces se retrouvent encore au XIIe ou au XIIIe siècle, dans mainte province française sous forme de fonts baptismaux ou de pierres tombales. Quelques ivoires et bon nombre de bois intéressants avaient été réunis surtout grâce à l'apport des collectionneurs lillois groupés par M. Théodore, conservateur adjoint du Musée de Lille. Nous reproduisons ici l'une de ces pièces, ---
LES ARTS Photo-Photo (Tournai). SAINT PHILIBERT Bois (A M. Claimpanain. — Lille) un saint Philibert avec un dragon à ses pieds, qui appartient à M. Claimpanain; bien qu’un peu tardive, la figure est encore d’un bon style; mais ce qui resterait à établir, pour celle-ci, comme pour beaucoup d’autres d’ailleurs, c’est son origine certainement locale qu’affirmait dans l’ensemble le catalogue de l’Exposition et que ne confirme, à notre connaissance, aucune marque d’atelier identique, aucun caractère spécifique évident : on ne rencontrait guère malheureusement d’équivalents dans les séries de l’Exposition; aux deux beaux bois de l’église de la Madeleine qui représentent une Annonciation et ont été attribués, avec quelque hardiesse peut-être, à Roger dele Pasture, qui sont des produits très probables en tout cas et très considérables de l’industrie locale. C’étaient au contraire des pièces de premier ordre et du plus haut intérêt historique et archéologique en même temps que de la provenance la plus certaine que cette série des monuments funéraires en pierre grise de la fin du xiv° et du xv° siècle que nous sommes heureux de pouvoir reproduire ici en assez grand nombre. En originaux, en moulages ou en photographies, l’Exposition nous présentait presque tous ceux qui comptent à Tournai et dans les environs immédiats. Il était regrettable seulement que ceux d’Arras n’y fussent pas représentés. C’était une bonne fortune, en particulier, de pouvoir étudier en belle lumière la réunion très importante de ceux qui furent jadis ramenés de couvents désaffectés à la cathédrale de Tournai et qui, naguère encore, entassés dans un couloir de sacristie, étaient, écrivait M. R. Koechlin dans la Gazette des Beaux Arts de 1903, l’objet d’une « incurie regrettable », impossibles même à photographeur. Waagen cependant, dès 1848, les avait commentés avec enthousiasme. MM. Lagrange et Cloquet (L’Art à Tournai, I, p. 446), M. Koechlin enfin, dans sa remarquable étude sur la Sculpture belge et les influences françaises que nous citons tout à l’heure, en ont montré toute l’importance. Il était convenu que, l’Exposition fermée, ils reprendraient le chemin de la cathédrale et quitteraient le Musée où ils avaient trouvé un asile provisoire et
LES EXPOSITIONS RÉTROSPECTIVES confortable; espérons que le chapitre aura dorénavant pour eux les égards qu'ils méritent. Il y aurait peut-être lieu, si l'on avait le loisir de revenir sur cette série de monuments, d'en préciser quelque peu et la date et le caractère. Waagen, qui les plaçait pour la plupart en plein xive siècle, y cherchait les origines du réalisme flamand et les signes précurseurs de l'art des Van Eyck et des Van der Weyden. M. Koechlin y a noté, surtout, la persistance de certains types traditionnels, images de convention figurant la Vierge assise, la Trinité ou le Christ juge qui procèdent bien de l'art gothique et de l'art gothique français antérieur. Il a souligné dans ces figures de donateurs, prétendus portraits véridiques, exécutés souvent un demi-siècle après la mort des personnages représentés, ou dans des ateliers très distants de leur patrie, plus de fantaisie réaliste que de naturalisme vrai. Il a noté aussi que le monument de Colard de Seclin que Waagen et, plus récemment encore, M. Hymans indiquaient comme daté de 1341 ne fut sans doute exécuté qu'à l'extrême fin du xive siècle. Deux personnages, en effet, y sont représentés : le père Nicolas, mort en 1341, et le fils Colard, mort en 1401. Cette constatation, du reste bien simple, avait été acceptée par le rédac- LE SALON DE FONTENOT Au Musée de Tournai. — (Exposition de Tournai) teur du catalogue de l'Exposition de Tournai, qui, dans son travail très soigneux et très critique, indiquait même, aussi la date de 1395-1400 seulement, pour le monument de la famille Cottrel, exposé d'ordinaire dans la cathédrale et daté encore par M. Koechlin lui-même de 1380. En sorte que la série proprement tournaisienne de ces bas-reliefs en pierre grise (aucun de ceux que nous connaissons dans les autres églises de la ville n'étant antérieur) ne commence guère avant le xve siècle. Il est donc impossible d'y chercher des antécédents aux puissantes sculptures réalistes qui se créèrent en France dès l'époque de Charles V. On ne saurait toutefois en négliger la signification et la valeur de nouveauté. Si nous convenons avec M. Koechlin que la suite des personnages en armures, avec leur raie au milieu du front et leur légère barbiche du monument Cottrel, celle aussi des femmes au visage régulier, enserré dans une guimpe uniforme est bien conventionnelle et banale, si nous pouvons même, grâce à la mise en lumière des morceaux de la cathédrale, souligner dans la délicieuse petite Sainte Anne du fragment reproduit à la p. 3, la survivance éclatante des types élégants et délicats du xive siècle français, nous devons, par contre, insister un peu plus que M. Koechlin ne semblait disposé à le faire, sur les qualités d'observation, sans grande puissance peut-être, mais précise, fine et pittoresque
LES ARTS --- LUTRIN SCULPTÉ Bois. — xve siècle A l'Église Saint-Laurent à Zummel. — (Exposition de Malines) qui apparaissent dans le Colard de Seclin (1401), le Jacques Isaak et sa femme (même date) ou le Simon de Leval (1407) de l'église de Basècles, qu'un moulage représentait à l'Exposition de Tournai. Nous devons aussi insister sur la grandeur de style qui paraît en progrès, presque d'une année à l'autre, dans la série chronologique de ces monuments; des draperies multiples aux plis minces et collant au corps de certaines images de vierges, nous arrivons à l'ampleur magnifique des draperies de celle de Basècles, dont le visage aussi, plus large et moins gracieux, prend quelque chose de la plénitude et de la bonhomie qu'offriront plus tard nos vierges françaises du xve siècle. D'où viendra l'initiative et l'exemple? il est assez difficile de le dire, mais ce qui semble manifeste, c'est que dans ses proportions modestes, cet art des premières années du xve siècle à Tournai est en accord avec l'art monumental qui va s'épanouir à la même date précisément, à La Ferté-Milon ou à Dijon. Notons du reste aussi que, tandis que le style français ou bourguignon évoluera assez rapidement, la formule des fabricants d'ex-votos tournaisiens est à peu près fixée au début du xve siècle, pour une période de cinquante à soixante ans, témoin le monument funéraire de Jean du Bos, qui date des environs de 1428, ou tant d'autres, à Saint-Nicolas et à Saint-Jacques de Tournai, le calvaire avec donateur, en pierre blanche, de la cathédrale daté de 1470 que nous reproduisons, ou à Sainte-Waudru de Mons. Bien rares seront les tentatives iconographiques originales, comme celle du monument de Jean Fiévez (1425) aujourd'hui au Musée de Bruxelles, où apparaît comme dans la sculpture bourguignonne, le costume des pleurants encapuchonnés. MALINES L'Exposition rétrospective de Malines, qui coïncidait avec la réunion dans cette ville du Congrès des sociétés belges d'archéologie, avait été organisée avec une active diligence et un souci particulièrement scientifique, par M. le capitaine de Witte et M. Camille Poupeye, sous la direction de M. le Dr G. van Doorslaer; placée dans le centre ecclésiastique le plus considérable de toute la Belgique et sous le patronage direct du cardinal-archevêque de Malines, il était naturel qu'elle mit au premier plan de ses préoccupations l'art religieux ancien et même moderne et cherchât, en même temps que les archéologues et les curieux, «à intéresser, ainsi que le déclarait le catalogue, le jeune clergé, dont les industries d'art religieux attendent, en grande partie, leur essor». Des facilités particulières s'étaient rencontrées pour sortir des églises de villes et de villages les objets du culte, et si l'on avait renoncé à en étendre la mobilisation à toute la Belgique, la province d'Anvers tout entière avait été mise à contribution et avait révélé quantité de pièces curieuses généralement peu connues. On voulait aussi se servir de l'Exposition pour jeter les bases d'un --- CHRIST CRUCIFIÉ Laiton. — xv° siècle A l'Hôpital de Gheel. — (Exposition de Malines) Photo J. Fourdin.
LES EXPOSITIONS RÉTROSPECTIVES RETABLE DE SAINT-QUIRIN Bois. — Début du xvie siècle A l'Église Saint-Pierre et Saint-Paul de Loenhout. — (Exposition de Malines)
LES ARTS --- VIERGE ASSISE Bois. — xve siècle Collection Van Herck (Anvers). — (Exposition de Malines) Musée diocésain d'art religieux, « où se conserveraient les vénérables reliques du passé, mises hors d'usage par l'usure et exposées, dès lors, à la détérioration ou à l'éparpillement ». Excellent exemple que peut nous donner un pays, pourtant essentiellement catholique et respectueux des choses du passé, pour la constitution de ces musées régionaux qui sont peut-être le seul espoir de salut de nos trésors d'églises exposés à toutes les aventures! A l'Exposition religieuse étaient jointes une Exposition du folklore local pour laquelle on avait reconstitué quelques intérieurs malinois et surtout une Exposition des métiers d'art malinois, évocation à peu près uniquement rétrospective dans une ville qui a perdu presque toute activité industrielle, où l'industrie de la dentelle, par exemple, est loin d'avoir la vague d'autrefois, et où celle du cuir doré, créée au xvie siècle à l'imitation de Cordoue, a entièrement disparu. L'art du cuivre fondu, de la dinanderie, où les gens de Tournai revendiquent, à côté de ceux de Dinant, nous l'avons vu, leur part légitime, fut aussi pratiqué à Malines dès le xvie siècle et quelques-unes des pièces les plus considérables, qu'ait produites cet art au point de vue monumental, tels les fonts baptismaux de Zutphen ou ceux de Bréda, qui n'ont pas moins de quatre mètres de haut, portent la signature de Gilles van den Eynde et de Josse de Backer, deux Malinois. Dans son genre, le grand Christ en laiton d'origine très probablement malinoise que nous reproduisons ici, et qui appartient à l'hôpital de Gheel, est aussi une pièce d'un intérêt exceptionnel par ses dimensions (il mesure cinquante-huit centimètres de haut) et par son style qui s'écarte du caractère de formule industrielle des produits d'ateliers ordinaires pour atteindre à la qualité d'une sculpture expressive et unique. A côté du travail du cuivre, l'orfèvrerie était surtout représentée par des pièces postérieures au xvie siècle, parmi lesquelles on notait cependant un beau calice daté de 1493, appartenant à la chapelle de l'archevêché de Malines. Il est assez intéressant de rapprocher des travaux du métal, ce très curieux lutrin en bois qui est conservé dans l'église Saint-Laurent à Zammel, et dont le catalogue semble vouloir attribuer l'aigle au xiii° et la colonne au xve siècle. Nous ne voyons guère de raison de les séparer l'un de l'autre et donnerions volontiers à l'ensemble, comme date moyenne, le xive ou le début du xve siècle. L'exécution minutieuse et le réalisme d'attitude de l'oiseau ne permettent guère de l'attribuer au xiii° siècle; si cette attribution cependant était juste, l'intérêt de la pièce n'en serait encore que plus grand, car elle aurait certainement précédé tous les aigles de métal qui furent fondus sur ce même modèle, ou à peu près, depuis la fin du xive siècle. Quoi qu'il en soit, il est certain que c'est surtout à partir DÉTAIL DU TRIPTYQUE DE LA LÉGENDE DE SAINTE ANNE À l'Église de Maria-Ter-Heyde. — (Exposition de Malines)
TRIPTYQUE DE LA LÉGENDE DE SAINTE ANNE École Anversoise. — Début du XVIe siècle A l'Église de Maria-Ter-Heyde. — (Exposition de Malines) du xve siècle que la sculpture sur bois se développa dans le Brabant avec une intensité particulière et commença de produire ces ensembles de sculpture pittoresques qui, soit dans les décorations civiles des plafonds de bois, comme celui de l'hôtel de ville de Louvain, soit dans les statuettes, soit, surtout, dans les innombrables retables, manifestèrent le génie plastique, la verve réaliste et dramatique des imagiers, des huchiers nationaux. M. Joseph Destrée a jadis étudié, en d'excellents articles, ce développement de la sculpture brabançonne du moyen âge. Bruxelles paraît avoir été l'un des premiers centres de cette production si active dont les traditions passèrent ensuite dans les ateliers d'Anvers et dont les produits se répandirent sur l'Europe, comme ceux des ateliers de sculpture en pierre de Tournai s'étaient répandus un peu plus tôt. On a signalé depuis longtemps les marques propres aux uns et aux autres de ces ateliers, à Bruxelles, la marque BRUESEL, le maillet et le compas; à Anvers, la main coupée et le castel. D'assez nombreux fragments des ateliers brabançons avaient pu être réunis à Malines, et de belle qualité; tel un Ensevelissement du Christ, qui provenait de l'église Notre-Dame, à Bornhem. Sur aucun, toutefois, l'on n'a retrouvé de ces marques spécifiques dont nous parlions tout à l'heure. Nous croyons, néanmoins, que l'on peut attribuer en toute certitude aux ateliers de Bruxelles la jolie statuette de Vierge assise, avec l'Enfant Jésus feuilletant un gros livre, CHAPELLE À RELIQUES OU JARDIN CLOS 1ère moitié du XVIIe siècle A l'Hôpital de Malines. — (Exposition de Malines)

Cet ouvrage, numéro 122 de la collection « Les Arts », couvre les expositions rétrospectives de Tournai, Malines et Charleroi qui se sont tenues en 1911. Il détaille les œuvres d'art ancien présentées, mettant l'accent sur la sculpture, l'orfèvrerie, la tapisserie et le mobilier, avec une attention particulière portée aux productions locales de Tournai. L'article explore également les origines de la peinture en Wallonie et présente des artistes comme Jean Gossaert, Nicolas Neufchâtel, Joachim Patinir et Henri de Bouvignes.