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1re Année - N° 15
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1er Août 1925
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REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES
ÉDITÉE PAR LES
“NOUVELLES LITTÉRAIRES”
L’ART VIVANT
ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS
PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE
LES ARTS DE LA FEMME
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SOMMAIRE :
La Formation de Paul Cézanne …………… Georges RivièreLes dessins des vases grecs … F. FelsPlan de Paris (XIe arrondt) René BizetDessins de Lucien BoucherPiranesi …………… Marcel BrionLe Musée de Grenoble … Léon MoucheActualité artistique ……… IllustrationsChronique artistique …… Léon WerthVoleries ………………… André Levinson« AUX ARTS DÉCORATIFS ».La mode ………………… ClarisseLe Pavillon Suédois …… Max Gauthier
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Les Grandes Enquêtes de l’Art VivantPour un Musée Français d’Art Moderne.Réponses de :Georges Rouault, Jane Renouardt, Henri Barbusse, Louis Marcoussis, Henri Kahnweiler, Léonce Rosenberg, Léon Werth, Jean Lurçat, Waldemar George, Irène Lagut, André Favory, Gabriel Mourey, Gabriel-Joseph Gros, Emile Bernard, Rolf de Maré, Marie Dormoy.Les Grandes Ventes …… Charles Bourgeat.A Travers le Monde.Informations.
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Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD
Rédacteur en Chef : FLORENT FELS.
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LA FORMATION DE PAUL CÉZANNE
Des livres de prix décernés à Paul Cézanne lorsqu'il était élève du Collège Bourbon, à Aix, ont été découverts récemment dans les combles d'une maison de campagne de la banlieue d'Aix ayant appartenu à Mlle Marie Cézanne, sœur du peintre. Ce sont : un second prix de version grecque, un premier prix de chimie et cosmographie (1857, classe de deuxième), un premier prix de version latine, d'autres encore. On ne cite pas, parmi eux, de prix de dessin. Il en eut au moins un, à notre connaissance. Mais un prix de dessin, au collège moins qu'ailleurs encore, n'a pas de signification du point de vue de l'art. Les récompenses obtenues par Cézanne en grec et en latin sont, par contre, une indication précieuse, parce qu'elles décèlent chez l'adolescent la prédilection qu'il manifesta toujours pour l'antiquité classique. La littérature greco-romaine n'a pas fait naître en lui cette prédilection, mais elle l'a éveillée, car Paul Cézanne était un pur méditerranéen qui portait en lui-même, dès sa naissance, la compréhension de l'antiquité. Les influences ancestrales autant que l'intelligence l'ont dirigé vers l'art et la poésie de la Grèce et de l'Italie. Il s'y sentait à l'aise et les siècles ne le séparaient pas de la vieille civilisation dont l'ancienne province romaine demeure encore imprégnée.
Virgile resta, d'ailleurs son poète favori. Peut-être trouvait-il dans les vers du plus hellénisé des écrivains latins une évocation des scènes qu'il réalisa de personnages nus évoluant dans un paysage antique et vraiment virgilien.
Son affection pour les lignes pures, les plans bien déterminés de la campagne provençale se remarque même dans les paysages exécutés dans l'Ile de France ; ceux-ci sont comme une transposition du somptueux décor du pays natal de l'artiste.
Le site préféré de Cézanne, l'arrangement du paysage tel qu'il le concevait, se trouve indiqué déjà dans les vers plaisants insérés en manière de badinage dans une lettre à Numa Coste datée de Paris, 5 janvier 1863 :
« ... Sur ce je regrette
Ce temps où nous allions sur les prés de la Torse
Faire un bon déjeuner et, la palette en main
Tracer sur la toile un paysage rupin.
Ces lieux où tu faillis te donner une entorse
Dans le dos, quand ton pied glissant sur le terrain
Tu roulais jusqu'au fond de l'humide ravin.
Et Black, t'en souviens-tu ? Mais les feuilles jaunies,
(1) Cette lettre et d'autres citées au cours du présent article appartiennent à la Société des amis de Cézanne à laquelle elles ont été données par une sœur de Numa Coste.
— I —
CÉZANNE EN 1889
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Au souffle de l'hiver ont perdu leur fraîcheur ;
Sur le bord du ruisseau les plantes sont flétries
Et l'arbre, secoué par les vents en fureur
Agite dans les airs, comme un cadavre immense.
Les rameaux dépouillés que le Mistral balance.
Les rochers, le ravin, le grand arbre au premier plan encadrant le paysage n'est-ce pas là un tableau que Cézanne a peint maintes fois ?
Dans une autre lettre de la même époque, écrite de Paris au même Numa Coste, le jeune peintre donne des renseignements sur ses occupations. Il habitait alors 7, impasse Saint-Dominique-d'Enfer, entre le Panthéon et l'Observatoire.
« Comme par le passé, je vais chez Suisse, le matin de huit heures à une heure et le soir de sept à dix. Je travaille avec calme ; je me nourris et dors de même. »
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Ce travail régulier, à l'Académie suisse — c'est à cette époque qu'il y peignit la célèbre figure « le nègre Scipion » qui appartient à Claude Monet — lui permettait d'attendre sans impatience le temps des vacances qu'il passait au Jas de Boufjan ; la maison de campagne des Cézanne. Il menait là une vie tranquille jusqu'au jour où le désir de retourner à Paris le prenait. Il devenait alors parfois irritable, parce que sa famille qui voulait le garder à Aix, contrecarrait son dessin.
« Je serais très embarrassé de te conter quelque chose de nouveau touchant la patrie absente pour toi », écrit-il à Numa Coste en juillet 1868..
« Je suis depuis mon arrivée, au vert à la campagne. » Il n'y vivait pas cependant tout à fait isolé des amis venaient le voir. Nous trouvons dans la même lettre quelques passages intéressants pour l'histoire anecdotique de la littérature du xixe siècle :
« ... Quant à Alexis (r), il eut l'obligeance de venir me voir, ayant appris par le grand Valabrègue (r) mon retour de Paris. Il m'a même prêté une petite revue de 1840, de Balzac... Il m'a promis de revenir me voir. Depuis plus d'un mois je ne l'ai revu. De mon côté et surtout depuis ta lettre reçue, j'avais, le soir, tourné mes pas sur le Cours, ce qui est un peu contraire à mes habitudes solitaires. Impossible de le rencontrer. Cependant un grand désir de remplir mon devoir me poussant, je tenterai une descente à domicile. Mais ce jour-là, j'aurai au préalable changé de chaussures et de chemise.
« Je n'ai plus de nouvelles de Rochefort et cependant la Lanterne a fait du bruit jusqu'ici.
« J'ai bien un peu vu Aufan, mais les autres semblent se cacher et un grand vide se fait autour de soi quand on manque du pays depuis quelque temps. Je ne sais si je vis ou si simplement je me souviens, mais tout me fait penser. Je me suis égaré, seul, jusqu'au barrage et à Saint-Antonin j'ai couché dans une paillère chez les gens du moulin : bon vin, bonne hospitalité. Je me suis rappelé nos tentatives d'ascension. Ne les recommencerons-nous plus ?...
« Je n'ai nulle distraction, sauf la famille, quelques numéros du Siècle où je cueille des nouvelles anodines. Etant seul je me hasarde difficilement au café. Mais au fond de tout ça, j'espère toujours.
(r) Valabrègue, littéraire et philosophe.
PAYSAGE dit « LE RAVIN ».
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PORTRAIT DE M. G. GEFFROY.
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(1) Paul Alexis, écrivain de talent et ami fidèle d'Émile Zora.
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“J'avais laissé cette lettre inachevée quand, en plein midi, Dethès et Alexis sont tombés chez moi. Tu penses bien qu'on a causé littérature, qu'on s'est rafraîchi, car il faisait très chaud ce jour-là.
“Alexis a eu la bonté de me lire une idée de poésie que j'ai trouvée vraiment très bien. Puis il m'a récité de mémoire quelques strophes d'une autre ayant pour titre : “Symphonie en la mineur”. J'ai trouvé ces quelques vers plus particuliers, plus originaux dont je lui ai fait compliment.”……
***
Dans une autre lettre écrite d'Aix, à la fin de novembre 1868, Cézanne donne encore à Numa Coste des nouvelles de Paul Alexis.
“M. Paul Alexis, garçon d'ailleurs très bien et on peut dire pas fier vit de poésies et autres. Je l'ai vu quelquefois durant le beau temps. Tout dernièrement encore je l'ai rencontré et lui ai fait part de la tienne.
“Il brûle de partir à Paris sans le consentement paternel. Il veut emprunter quelque argent sur le crâne paternel et s'enfuir sous d'autres cieux où l'attire, d'ailleurs, le grand Valabrègue — qui ne donne guère des signes de vie. Alexis donc te remercie de penser à lui; il te rend la pareille. Je l'ai traité de paresseux, un peu. Il m'a dit que si tu savais ses embarras (un poète doit toujours être gros de quelques Iliade ou plutôt d'une Odyssée personnelle) tu l'excuserais. Que ne lui donnes-tu un prix de diligence ou autre analogue. Mais, je conclus à ce que tu lui pardonnes, car il m'a lu quelques pièces de vers qui font preuve d'un talent non médiocre. Il a déjà richement la pâte du métier.”
Revenant à ses propres occupations Paul Cézanne ajoutait: “Je travaille toujours beaucoup à un paysage des bords de l’Arc. C’est toujours pour le salon prochain. Sera-ce celui de 1869 ?”
***
A cette époque Cézanne espérait encore vaincre l'hostilité du jury du salon. Il persistait à croire qu'il avait le droit d'exposer au Palais de l'Industrie comme tant d'autres peintres qui ne le valaient pas.
Pendant ses séjours à Aix le peintre passait ainsi ses heures de loisirs dans la compagnie de ses amis d'enfance ou de jeunesse. Avec eux il se sentait en confiance et ne redoutait pas de leur part les sarcasmes ou les plaisanteries qui l'irritaient dans les réunions d'artistes et de littérateurs des cafés parisiens. A vrai dire, quand il était à Paris, Cézanne ne se sentait à son aise nulle part, pas même dans le gîte qu'il avait choisi. Il déménageait fréquemment espérant toujours rencontrer le logis où il se plairait. Parfois, il fuyait la capitale, trop bruyante pour sa sensibilité et s'en allait chercher un refuge dans la banlieue ; à Alfort, à Auvers et à Pontoise, résidences de son ami Pissarro, à Chantilly ou dans les environs de Fontainebleau.
Au fond c'est en Provence seulement qu'il se trouvait bien. C'étaient ses amis aixois et les paysans provençaux qui le charmaient. Ceci est surtout vrai pour les vingt dernières années de sa vie. Dans sa jeunesse il avait du plaisir à vivre à Paris pendant quelque temps, d'abord il y trouvait des éléments d'étude qui lui manquaient à Aix; en outre il comprenait bien que c'était seulement à Paris qu'il pouvait se faire connaître et triompher de l'hostilité du public. Ce
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NATURE MORTE
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L'HOMME À LA PIPE.
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désir de vaincre n'avait rien que de très légitime chez un artiste conscient de sa valeur mais qui ne mêlait à cette certitude aucun sentiment de basse vanité ni désir de lucre.
Les lettres que Cézanne en sa jeunesse écrivait à ses amis témoignent de sa quiétude. On n'y trouve jamais de récriminations. A Aix, il peint consciencieusement et modestement soit aux environs de la ville, soit dans son atelier du Jas de Bouffan. C'est dans ce coin de terre qui semble aussi bien propice que l'Hellade aux poèmes homériques que Paul Cézanne a conçu ses groupes de figures nues qui par l'inspiration s'apparentent aux scènes peintes par Nicolas Poussin. Cette analogie n'est pas de la part de Cézanne une réminiscence. Les deux peintres ont simplement bu à la même source. Mais tandis que le Normand dut aller en Italie pour s'y abrever, le Provençal dès sa naissance l'entendit sourdre et tout enfant y puisa les premières gouttes dans ses mains. Les personnages de Poussin et ceux de Cézanne ont la même noble attitude et se meuvent dans un cadre pareil. Il reste pour différencier les deux peintres les siècles qui les séparent et le tempérament personnel de chacun des artistes, d'où une facture et une technique différentes, l'une plus simple que l'autre.
La technique de Cézanne est très complexe, elle est aussi très instable résultat d'une perpétuelle recherche. C'est un trait commun entre lui et Renoir. Il en est encore un autre : pour tous les deux, Delacroix fut l'initiateur. L'un et l'autre le copièrent pour apprendre à peindre. Dans une lettre (datée de Paris, 27 février 1864) Cézanne écrit à Numa Coste :
«... Quant à moi, mon brave, j'ai cheveux et barbe plus longs que le talent... Je n'ai plus depuis deux mois touché à ma (toile) d'après Delacroix. Je la retoucherai, pourtant avant que de partir pour Aix, ce qui n'aura lieu, je crois, que vers le mois de juillet....
" Il y aura dans deux mois, c'est-à-dire en mai, une exposition de peinture comme celle de l'an passé. Si tu étais ici nous parcourerions ça ensemble."
L'exposition à laquelle Cézanne fait allusion était le Salon des Refusés. Autorisé par le ministre des Beaux-Arts en 1863 il ne le fût pas l'année suivante.
Si Eugène Delacroix fut le véritable maître de Paul Cézanne, si c'est dans les œuvres de ce grand artiste que le jeune peintre chercha et trouva sa propre technique, là s'arrête l'influence de celui-là sur celui-ci.
Paul Cézanne, du reste, redoutait par dessus tout l'influence que même à son insu il pouvait subir. De là vint son isolement volontaire. Il avait pleine conscience de l'originalité de sa facture, et de sa faculté propre de réaliser ses sensations, c'est pour cela qu'il se gardait, quelque plaisir qu'il y trouva, à vivre trop longtemps en contact avec d'autres peintres.
Il se défendait cependant et avec raison d'être un peintre révolutionnaire; il se croyait et il l'était bien, aussi classique qu'aucun de ses devanciers parmi les maîtres reconnus. Il apportait une note personnelle dans l'art mais non un art nouveau; voilà quelle était sa pensée.
Toutefois cette note personnelle avait une telle ampleur qu'elle a déterminé une orientation nouvelle de l'art moderne.
Ce ne sont pas seulement les peintres qui ont demandé leur direction à Cézanne; les sculpteurs, les décorateurs, les architectes eux-mêmes se réclament plus ou moins de lui.
Nous ne pensons pas que Paul Cézanne eut donné son assentiment à toutes les manifestations de cet art nouveau issu pourtant du sien. Elles sont souvent si inattendues qu'elles déconcertent le spectateur le plus bienveillant, Mais faut-il pour cette raison leur jeter l'anathème? Non. Rappelons-nous quelle hostilité agressive se manifesta pendant plus d'un quart de siècle contre Cézanne, Renoir, Monet et leurs compagnons.
Les artistes qui nous surprennent par une esthétique si différente de celle que nous avons connue jusqu'à la fin du siècle dernier auront leur heure, eux aussi, du moins ceux d'entre eux qui auront apporté dans cette évolution une sincérité naïve pareille à celle de Cézanne, un tempérament original comme l'était le sien, une égale ardeur au travail et un aussi complet désintéressement.
Cézanne pur artiste a mené la vie d'un sage. Sans être indifférent au mouvement qui portait vers lui, tant de jeunes artistes, il vécut à l'écart de l'agitation que son œuvre avait provoquée. Isolé pendant la plus grande partie de sa vie, sa fin survenue à la fin d'octobre 1906 fut si inattendue que ses amis ne purent assister à ses derniers moments. Il avait 67 ans et il était bien loin d'avoir donné tout ce qu'on pouvait attendre de lui.
Georges Rivière.
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LES DESSINS DES VASES GRECS
COUPE D'EUPHRONIOS
Photographies Giraudon
Comme elle eut des sculpteurs incomparables, la Grèce antique posséda la plus riche pléiade de peintres de l'Antiquité.
Cicéron, Pline, Lucien et Pausanias en décrivent les travaux les plus célèbres.
Au siècle d'Alexandre les œuvres peintes n'étaient point regardées comme de simples objets d'ornementation mais comme de véritables trésors, dont la jouissance n'appartenait pas seulement au particulier qui s'en était rendu acquéreur, mais à tous les citoyens. Plusieurs artistes portant le nom patronymique de Pythagore furent des premiers peintres et l'un d'eux fut le premier paysagiste. Ils eurent l'usage de signer leurs œuvres, coutume qui se perdit plus tard, et à laquelle on doit l'incertitude des attributions des tableaux et sculptures du moyen âge. Ils eurent parfois aussi le souci de commenter par des inscriptions placées au bas des figures, le nom des personnages représentés, ainsi que le but de l'action. Les premiers peintres se confinaient à certains sujets; Aristodème représentait des lutteurs, Nicias des femmes, Denis des hommes. La première femme dont le nom nous soit parvenu et qui est vraisemblablement la patronne des femmes-peintres est Timarète. Elle eut grande réputation en son siècle.
Les peintres grecs participaient aux jeux olympiques et disputaient les prix, en concurrence avec les poètes, les orateurs et les philosophes.
Ce fut à ces jeux olympiques qu'Æchion, présentant un tableau Le Mariage d'Alexandre et de Roxane, l'intendant des jeux lui accorda non seulement la couronne, mais sa fille qui, dit la chronique, était aussi belle que vertueuse.
Les Grecs, par un décret, assurèrent à la peinture le premier rang parmi les Arts Libéraux. À Thèbes, le peintre qui faisait « un mauvais tableau (?) » était condamné à payer une amende. Il était prescrit aux artistes de représenter les personnages plus beaux que nature.
Que sont devenus les tableaux et fresques de Bularque, le plus ancien des peintres grecs, d'Hippias, de Polygnote, le premier qui peignit avec quatre couleurs, orna le protique d'Athènes de tableaux représentant les victoires que les Grecs remportèrent sur les Perses, et qu'un proconsul romain enleva vers le IVe siècle; d'Apollodore, de Pauson, de Zeuxis (400 av. J.-C.) dont le faste fut tel, qu'après avoir acquis en peu d'années une fortune considérable, il se refusait à vendre ses tableaux, en dotant les Grands et les Villes « parce que, disait-il, nul prix ne peut payer l'Art ». Aux Jeux Olympiques, il se montrait vêtu
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GANYMÈDE, FRAGMENT D'UN CRATÈRE.
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comme un prince, couvert d'une robe pourpre sur laquelle son chiffre était tracé en lettres d'or. Il peignait lentement et comme on le lui reprochait : « Qu'importe, puisque je peins pour l'immortalité ». On rapporte qu'ayant un jour peint
des raisins dans une corbeille, les oiseaux vinrent les becqueter et qu'il mourut de rire devant le portrait qu'il fit d'une vieille femme burlesque. Non moins orgueilleux était son contemporain Parrhasius, dont le talent fut formé, dit-on, par Socrate, et qui se disait « né pour peindre les Dieux ». Pausias, Pamphile, enfin Protogène et le plus grand de tous, l'ami d'Alexandre de Macédoine, Apelle.
La peinture ne fut donc point pour les Grecs un fait isolé, comme en Égypte. C'est un art qui eut toute son évolution, genèse, perfection et décadence.
De toute cette production rien ne reste. On peut supposer que les Peintures de Pompéi et d'Herculanum sont filiales des helléniques. Mais nous restent du moins les plus parfaits vases que l'homme eut pétri, couverts de dessins plus simples et plus fins que nuls autres, et qui semblent suivre non seulement les progrès de l'art pictural, mais en acquérir les sujets.
Car, comme au XIVe siècle, nos tapissiers français copièrent leurs sujets sur les beaux évangéliaires, les potiers grecs pour leurs figures s'inspirèrent des peintres les plus illustres.
L'art grec avec ses statues aux modèles conquis par une lente connaissance des courbes de la chair, ses architectures conçues en fonction des paysages qu'elles ne suppriment ni n'écrasent d'une masse parasite, les gravures de ses vases où les signes d'une intelligence subtile ayant déduit puis transcrit une impulsion mouvementée de la vie, donne là des expressions d'une jeunesse radieuse.
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L'art grec est souriant ; un sourire que nous ne retrouverons que chez les statuaires romans, au seuil de nos cathédrales. Sourire éparpillé chez les Chinois dans l'œuvre des Tchou et des Han, sur les animaux et les figures des poteries Incasiques, chez les sculpteurs de fétiches africains, sourire tellement inconnu des Egyptiens, inexistant dans l'art contemporain, sauf chez les impressionnistes et le douanier Rousseau.
C'est que les artistes grecs, malgré la perfection de leur civilisation, ont gardé la croyance au pouvoir agissant de l'image. Leur foi aux fétiches et aux vertus magiques des idoles fut le premier stade vers les impératifs catégoriques dont il faut accorder le bénéfice absolu aux civilisations helléniques.
Au cours du ve siècle A. D. au sentiment de l'absolu acquis dans le domaine philosophique correspond l'idée du beau absolu.
C'est que la philosophie et l'esthétique grecques sont expérimentales. L'idéal est situé dans l'humain : le Grec a créé Dieu à son image et lui souhaitant une apparence sublime, il recherche dans l'homme les formes les plus parfaites pour en doter sa divinité. Depuis le temps où les dieux sont descendus sur la terre, ils accomplissent les fonctions humaines, et c'est dans des attitudes familières qu'on rencontre Vénus détachant sa ceinture, Mars étendant les bras en se portant sur la jambe arrière pour lancer le javelot, Marsyas se mirant dans les rivières.
Les déformations, les êtres hybrides ou monstreux issus d'un proche Orient ont cédé la place aux beaux corps en mouvement. Les divinités n'ont point la taille, les proportions gigantesques de celles de l'Inde, de l'Égypte ou de l'Assyrie, mais on les rencontre au bord des fontaines, au coin des bois d'oliviers, et au carrefour des routes elles indiquent le chemin aux voyageurs égarés.
De la beauté physique et morale les Grecs ont fait une fin. Grâce aux philosophes on en connaît la loi, qui est équilibre heureux entre la force et la grâce. On y trouve un absolu, absolu concret, né d'abstractions successives ayant conduit à la connaissance par déduction, par raisonnement de tout le possible. Ainsi approchèrent-ils de la perfection, de la ligne pure.
Le vase antique est la plus humble expression de l'art grec, et c'est cependant la seule qui nous permette d'entrevoir ce que fut la peinture.
Les vases grecs sont des objets d'usage courant, destinés aux repas, aux funérailles et aussi à l'exportation. On en trouve en Asie, sur les rives du Danube et jusqu'en Provence ;
on en trouve le plus grand nombre en Etrurie, ce qui les fit désigner longtemps sous le nom de vases étrusques.
La peinture de vase est considérée comme un art industriel. À sa perfection on peut juger de ce que pouvait être un
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L'ART VIVANT
HYDRIE PEINTE PAR PAUPHAIOS.
Zeuxis, un Polygnote. De figures noires jusqu'à la fin du vie, le vase se couvre de figures rouges à la fin du vie, puis au ve de rouges et de noires combinées et parfois d'un ton jaune clair. Quand l'art est certain de ses conquêtes il s'individualise, mais il ne sera chez les hellènes épris de mesure, que différencié par des nuances et non par des oppositions. Cependant partisans des vieux principes, de la peinture noire, des sujets mythologiques religieux, et partisans de la peinture claire, aux sujets pittoresques, aimables, s'inventivent jusque sur les inscriptions des vases où ils se lancent des défis. Euthymidès ayant décoré une amphore d'un sujet tiré de l'Iliade, La remise des armes à Hector en présence de Priam et d'Hecube, signe son œuvre et ajoute : « Jamais Euphronios n'en fit autant ».
COMBAT D'AJAX ET HECTOR, PEINTURE PAR DOURIS.
Après une période assez riche, toute animée des souvenirs de l'Égypte et de l'Orient, où la pieuvre mycénienne concourt avec les animaux et plantes stylisées à l'ornementation des vases, l'invasion dorienne amena dans le Péloponnèse la disparition de l'art achéen. Les graves doriens, prison-
niers de leurs inquiétudes politiques et morales, sont des législateurs soucieux avant tout d'organisation sociale. Les personnages des vases du Dipylon (souvent cités comme exemple de l'art du viiie siècle), ont une raideur toute asiatique, une attitude presque militaire, alignés comme dans un bas-relief assyrien ou égyptien. Au viie siècle, la symétrie se rompt, le vase d'Aristonophos représente un combat naval qui est déjà une recherche de mouvement et de pittoresque. Au viie siècle, à Sicyone et Corinthe, la population ionienne reprenant son activité, la peinture s'y développe, peinture noire rehaussée de rouge et parfois de retouches blanches. Cimon de Cléonées au vie siècle, parvint à exprimer le raccourci, le pli des étoffes. Il songe à l'anatomie. A ses personnages, il donnait une expression par la disposition des yeux, et du caractère aux visages. Substituant à la figure noire le polychrome, il note le jeu des muscles et
LUTTE DU THESSEE ET DE MINOTAURE.
c'est le premier pas vers le réalisme, grâce à la technique renouvelée, prête pour les chefs-d'œuvre de Douris et de Brygos.
Quant au métier lui-même, il demande à l'artiste une sûreté de main absolue. L'esquisse est tracée avec un instrument pointu. Elle entre profondément dans la fine argile et rend difficile les retouches, quoique certains traits soient corrigés par la suite, mais rarement chez les maîtres potiers. Sur ce premier dessin, l'artiste applique le noir (qu'on suppose être un oxyde de fer, mais dont la composition n'a pu être retrouvée). Ni les acides, ni les frottements n'entament ce vernis. Il est posé au pinceau, pinceau tenu à pleine main comme le font les artistes japonais, pinceau qui n'est parfois composé que d'un poil, pouvant déposer soit une goutte de couleur qu'on étale, soit un trait tenu ; les rouges viennent donner les modelés, les inscriptions et signatures.
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