Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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1re Année - N° 12
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15 Juin 1925
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REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES
ÉDITÉE PAR LES
“NOUVELLES LITTÉRAIRES”
L’ART VIVANT
ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS
PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE
LES ARTS DE LA FEMME
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SOMMAIRE :
Cinquante ansde peinture française. André Salmon.
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Les dessins de G.-J. Hugo. Edmond Jaloux.
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Plan de Paris, VIIIe Arrt. Francis de Miomandre.Dessins de Francis Smith
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M. Vollard ………… Basler.
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Portraits d’artistes : Kisling. Jacques Guenne.
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Décorateurs ………… G. Le Févre.
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Albert Dürer ………… Maximilien Gauthier.
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Art roumain ………… Pierre Courtion.
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La chambre d’enfant …… G. Remon.
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Les Carafes ………… Mauricedes Ombiaux.
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Chronique Artistique … Léon Werth.
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L’Art et la Mode …… Clarisse.
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L’Actualité Artistique … Illustrations.
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Technique picturale … J.-G. Goulinat.
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Les Expositions ……… Illustrations
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Page d’album ……… Jean Cocteau.
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Une exposition de statuairesiamoise …………… Albert Maybon.
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Les grandes ventes …… Charles Bourgeat.
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A travers le monde …… Illustrations.
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L’Humour de l’Art …… Dessins de André Foy.
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Informations. Calendrier des Expositions.
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Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD
Rédacteur en Chef : FLORENT FELS.
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Vente et Administration :
LIBRAIRIE LAROUSSE
13-17, Rue du Montparnasse
PARIS
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Compagnie Forestière et Commerciale du MARONI
Société Anonyme au Capital de 2.000.000 de francs
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La Compagnie importe
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1re Année - N° 12. 2 fr. 50 15 Juin 1925
L'ART VIVANT
DIRECTION-RÉDACTION PUBLICITÉ:
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Rédacteur en chef:
Florent FELS
Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes
Éditée par les "Nouvelles Littéraires"
DIRECTEURS-FONDATEURS:
Jacques GUENNE et Maurice MARTIN DU GARD
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Les abonnements doivent être adressés à la LIBRAIRIE LAROUSSE
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CINQUANTE ANS DE PEINTURE FRANÇAISE
1875-1925
Paris! Paris, la Rome nouvelle. Quelle ville au monde peut, en 1925, offrir spectacle aussi riche, aussi fécond, aussi excitant? L'Exposition du Paysage français, l'Exposition des Cinquante ans au Pavillon de Marsan, quand il y a l'Exposition des Arts décoratifs avec ses commencements d'œuvres permises par la saine audace des maîtres du Cinquantenaire, quand il y a même encore, toute proportion respectée, le Salon du Palais de Bois.
Paris, où les organisateurs de l'exposition du Pavillon de Marsan sont bien fondés à installer Picasso parmi les maîtres français; Paris, où affluent de tous les ateliers du monde, des artistes bien défendus contre les attaques des patriotes de retraites aux flambeaux, par l'accueil des beaux et bons esprits d'ici, artistes et écrivains, vrais exécuteurs testamentaires des princes de jadis conviant les meilleurs de tous les pays.
LA FEMME AUX LILAS, par Renoir.
COLLECTION BERNHEIM JEUNE.
Paris... Hélas! Quand l'exposition des Cinquante ans de Peinture française nous comble singulièrement, c'est le mot, devons-nous avoir le remords d'une joie si haute? Expliquons-nous, encore que bien assuré d'être déjà compris.
Nous savons trop quelle dût être, pour réussir comme il fallait, pour que ce fut bien une réussite, la ténacité des organisateurs. Des responsables investis d'une autorité officielle ne tinrent-ils pas pour aide précieuse l'obstination de collectionneurs ne prêtant telles œuvres que sous la condition du voisinage de telles autres?
Ces officiels, il leur fallut un courage égal au plus pur courage civique pour triompher de la hargneuse résistance des autres officiels, quand tout ce qui a représenté l'art officiel, l'enseignement officiel, apparaît — et logiquement — à ce point banni de cinquante années de l'art national.
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Nous savons trop ce que nous avons attendu, quand ailleurs on n’attendit point.
Bref, est-il scandaleux d’écrire, qu’inaccoutumé, l’amateur français avait peine à croire à cet honneur qu’on lui faisait, et qu’il franchissait, un peu, le seuil du Pavillon de Marsan dans le sentiment de visiter un de ces nombreux musées étrangers, Allemagne, Amérique, Russie même, où, depuis plus de quinze ans, triomphe l’art français moderne.
Certes, accordons que nulle part n’avait encore été constitué un tel ensemble.
Mais c’est pour combien de journées? Tout ici est prêté. Tout en échappe à l’Etat comme à la Ville dans le moment qu’une si admirable constitution marque si clairement tout ce qui manque au Louvre et tout ce que devrait être le Luxembourg. Egalement, tout ce qu’il ne devrait pas être.
C’est égal, ceux qui, dès 1905, sacrifiaient une renommée confortable aux âpres joies des grandes découvertes ; ceux qui s’attachaient à la défense des maudits d’alors, n’espéraient pas une si complète revanche. Des œuvres préparées dans la cabane de la place Ravignan, chez Picasso, ingénues merveilles du petit atelier du douanier Rousseau, à Plaisance, aux solives enjolivées de gentillesse franco-russes, les premiers « faux-bois » que peignait Braque, rue d’Orsel, tout cela si près du véritable Louvre ! Si près qu’il faudra bien les y introduire tout de bon.
Il aura suffi de vingt ans de bonne foi. Vingt ans de vertu, j’ose l’écrire. Que cette vertu ait été, depuis peu, chèrement récompensée, tant mieux. Si le zèle d’une critique passionnée (et pourtant raisonnable) a fait aussi l’affaire des marchands, qu’y pouvons-nous? Je ne leur veux ni bien, ni mal. Notre « affaire » c’était d’aider à démontrer que nos révolutionnaires ne chambardaient rien que l’académisme, contrariant un peu des ainés admirables ne s’apercevant pas qu’ils étaient dans l’impasse tant le soleil bariolait joliment cette impasse, que nos révolutionnaires ne tendaient qu’à retrouver les voies classiques.
Aujourd’hui, et magnifiquement par l’exposition du Pavillon de Marsan, c’est prouvé. Donc, notre affaire aussi était une bonne affaire. Gros-Jean comme devant nous sommes contents, et bien payés. L’exemple est donné de haut. Riche, Delacroix vendait plus cher que Baudelaire. Et tant pis pour l’Etat, aussi maladroit client que mauvais marchand ; l’Etat acculé à la mendicité, dans le désastre de ses finances, ou au ridicule de son Louvre inachevé.
Dans l’excellent article qu’il consacrait, l’autre quinzaine, à la « Technique picturale », à propos de l’Exposition du paysage français de Poussin à Corot, M. J.-G. Goulainat écrivait véridiquement de l’école française qu’elle nous donne plus que toute autre « une idée de continuité ».
Au Pavillon de Marsan, cette vérité éclate. Par la vertu de qui? Des maudits de leur siècle, des héros du Salon des Refusés, de Courbet assez moqué pour qu’on ait pu composer un gros album des caricatures injurieuses qu’il inspira, à Renoir demandant le pain de sa jeunesse à des besognes mercenaires ; de Van Gogh le fou à Picasso le métèque ; du gentleman Manet tenu pour un butor à Derain traité de boche par l’Institut quand Derain était à Verdun (1).
Qu’est-ce à dire? Que toute lutte contre l’académisme est saine. Que tout académisme est absurde et funeste. Que total sera le discrédit dans lequel on doit tenir ces corps de maîtres constitués en Eglise où le Dogme (c’est-à-dire les principes) serait pis que méconnu, les œuvres d’un moment étant proposées en exemples éternels, l’œuvre tenue pour le principe immuable quand l’œuvre n’est qu’un moment de la fatale évolution.
C’est contre quoi toujours s’insurgera le génie.
Et ici génie signifiera aussi bien que « le talent suprême », tout ce qui dans l’art est sain. Ainsi toujours les vrais restaurateurs de l’ordre seront-ils — jusqu’à ce que se produise certain phénomène d’attention — traités de la façon que les conservateurs traitent les insurgés.
Il était naturel que les conservateurs fussent particulièrement féroces en France où s’est, depuis cinquante ans et dans une espèce de consentement universel, réfugié le Génie de la Peinture.
(1) Pour avoir dit la vérité sur les manœuvres des « bureaux de l’Institut » lors de l’Exposition de Madrid, 1917, j’ai eu l’honneur d’être le premier écrivain d’art, scrupuleusement enfermé dans sa fonction, censuré à larges traits.
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Personne ne me dément au Pavillon de Marsan. Pas même, ombres et vivants, Bonnat et Gervex ou Stevens et Béraud enchainés par cette apparence moins hautaine de l’académisme et qui s’appelle la mode. La leçon qu’on peut recevoir des Cinquante ans de peinture française est complète. Puissent la bien recevoir les plus jeunes des vivants sensibles au grand honneur d’être admis là. Ils m’ont compris. Je n’aurai pas besoin d’écrire pour eux un article bien pédant sur les origines de la paralysie académique chez les peintres de grand tempérament. On a précisément, comme à dessein, choisi le Gervex, Aux Ambassadeurs, qui limite le mieux ce passage de la vie à la mort officielle.
Mais courons aux merveilles.
Les curieux devant l’étalage et L’amateur d’estampes de Daumier, absolus chefs-d’œuvre de l’expression française. Richesse d’un style qui égale tant de simplicité à l’invention poétique. D’une main populaire, aristocratique peinture qui fait céder la parodie aux conditions du drame. Personnalité puissante qui permet sans en souffrir qu’on en évoque une autre, fraternelle dans le temps et dont elle ne dépend point. Chardin! L’intention du peintre d’Après le théâtre, l’attentif Jean Béraud put être pure. Il put faire hommage à Daumier, il n’est que de mode et d’époque et n’engendra que tel petit humoriste. Forain lui-même, dont Au Buffet n’est certes pas une des meilleures toiles et qu’on juge ici sur l’ensemble de son œuvre, vient de Daumier sans affirmer exclusivement Forain, si je puis dire. Mais Toulouse-Lautrec, à peine japonisant avec les gris-bruns et le rouge des bas de la Gouluc, le dépasse et, liant les époques, prépare l’avenir en reprenant jusqu’à des moyens du Delacroix des grandes compositions romantiques.
Delacroix que Fantin-Latour restreint, limite par cet aristocratism qui n’est, ça et là, que bon ton, mais qu’il prolonge tout de même, romantisme wagnérien, par les issues préparées au mariage de la plastique et de la musique, du tableau et de la symphonie. Les formes décadentes, extrêmement savoureuses un peu exclusivement datées, d’un tel art, on les retrouvera par exemple dans cette œuvre d’Aman Jean, laquelle est de surcroît, dans l’intention du peintre, un hommage à Goya.
Et ce sont ceux là les insurgés, les réfractaires!
Tout choix est par sa nature même critiquable, écrivent les rédacteurs du catalogue, allant au devant du reproche d’omissions. Il a fallu aussi compter avec une part de hasard quand on ne possédait rien et qu’on devait tout tenir de la bonne volonté d’autrui.
Ce n’est pas pour en arriver, voulant à tout prix introduire une critique par terreur de l’enthousiasme inélégant, à dire que le choix conditionné a trop corrigé le visage de certains maîtres.
Certes, la notion que le Port de la Manche et la Baie de Grandcamp fournissent de Seurat, dont dépend une telle part de l’art d’aujourd’hui, est trop sommaire. Ce qui est
ici plus fréquent, c’est une espèce d’épuration qui ne va pas sans dangers. Ainsi pour Cézanne, Le Jeune homme à la tête de mort explique sa gloire. C’est bien une toile pour le Louvre. Mais puisqu’ici ce n’est pas encore tout à fait le Louvre, on eut aimé y voir quelqu’une de ces splendeurs mal fichues dont tant de gens riraient encore si l’information n’avait fait de tels progrès. Quant à Rousseau le Douanier, encore que son Canal soit un parfait paysage français, qu’on ne me dise pas qu’on ne l’a pas choisi avec précaution.
On excusera ces digressions, cet examen à bâtons rompus. Je ne puis que donner le sentiment général d’une si noble manifestation, tenter d’établir d’indispensables relations. Cinquante ans de peinture française, c’est le titre d’un ouvrage capital, le couronnement d’une carrière. Je n’ai pas atteint la limite d’âge, je ne dispose que de quelques lignes et de quelques heures.
Entre les Courbet d’une santé triomphale, d’un ordre humain si émouvant, Femme tenant des fleurs, la Dame à
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Pour beaucoup, Degas livrera de son talent une image élargie. Combien qui croyaient le connaitre s'étonneront de ce prompt épanouissement de chairs roses, d'un dessin si hardi et qui, déjà, fait pressentir Matisse.
Avec la suite des Renoir, la suite des Manet est peut-être le clou de l'exposition. N'oublions pas les hasards du choix. Ils furent ici d'un bonheur inouï. Mlle de Marsy, Victorine Meurand. Ce chef-d’œuvre : Edouard Manet et Mme Manet sur la Plage, La Chanteuse, La Maison, Fleurs. On songe au « sauvage splendidement civilisé » de Rimbaud, à l'homme nu revenu des terres brûlantes pour apprendre à l'Europe comment ça se porte, un frac.
Les maîtres de l'impressionnisme sont représentés par des œuvres propres à donner sur l'école qui fut libératrice, et que ceux de 1905 -1925 combattirent sans renier l'amour, des clartés parfaites. Il convient de situer hors du plan le Portrait de Mme G... (1868) de Monet. Peut-on rêver au peintre qu'il annonçait? Mais nous n'aurions eu ni la Gare Saint-Lazare, dix ans plus tard, ni le Westminster de 1902.
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l'ombrelle, Remise de chevreuils, Lac de Genève ; les figures de Corot d'une volupté d'au delà la volupté et ses paysages à l'examen de quoi plusieurs de nos jeunes, les meilleurs, s'inventent une manière nouvelle d'inquiétude jusqu'à se rendre, parfois, réticents, rit la Femme au bain d'Alfred Stevens. On a tout dit de celui-là qui côtoya les grands et fut jusqu'à choir dans cela même qu'il favorisait, la mise en chromo d'un érotisme à la portée des illustres bourgeoises. Ajoutera-t-on, sans reparler de son charme très réel, espiègle un peu, qu'il put être tenté d'introduire Ingres dans le siècle? Feydeau de la peinture, il est extraordinairement évocateur de peinture, de littérature, de chronique aussi, jusque des journaux de son temps! Il nous persuade (dans cinquante ans certains des vivants de cette exposition pourront permettre à nos héritiers de vérifier cette affirmation) que c'est chez ceux, que j'oserai nommer les premiers maîtres du second ordre, que se dénoncent le mieux toutes les intentions artistiques d'une époque.
Renoir n'est que Renoir, tyranniquement. Adorable tyran! Mais il l'est de telle façon qu'on admet un instant qu'il soit toute la peinture française. On ne prononcera aucun nom quand on aura articulé le sien, mais on imaginera le cortège des maîtres de tous les siècles à sa rencontre. Je dis bien à sa rencontre. Il va vers ce point où avenir et passé se confondent.
Quel choix heureux, de la Femme aux lilas de 1877 à la Baigneuse de 1903 !
Monticelli, avec ses blancs sales — est-ce que cela papillota jamais? Le kaléidoscope est-il cassé où avons-nous appris à nous servir autrement de nos yeux? — ne sort pas grandi de la confrontation. Bastien-Lepage... oui, il eut pour élève Marie Baskirtcheff. Baudry, Carolus-Duran, Hébert, Henner... songez, jeunes artistes, à la mort de la jeunesse. Assez pauvre représentation de Puvis, de Moreau.
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LA DAME EN VERT, par CLAUDE MONET
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Avant d’aborder les vivants, réunis en deux salons carrés, voyage au pays symboliste, ou prétendu tel. Tu seras sym- boliste! enseignait par l'image Gauguin dont l'Esprit veille, de l'époque taïhitienne, doit quelque peu à l'aîné casanier, Odilon Redon, dont bien peu connaissaient la Barque rouge. Il y a Carrière. On disait qu'il était le Verlaine des peintres. Ni Verlaine, ni Carrière n'ont de descendants. Pourtant Ver- laine est assis, radieux, parmi les immortels. Mais il y a bien du purgatoire en Carrière. Il est étonnamment daté. Comme ses brumes dont on respirait l'odeur à travers tant de revues alors jeunes vont s'ouvrir à propos pour découvrir le coloris des intérieurs d'une anarchie cossue, de Bonnard, Vuillard et leurs amis. Les revues citées plus haut en seront tout éclaboussées. Il y aura aussi un rien d'odeur de soufre. Art de l'affaire Dreyfus!
Raffaëlli déjà vieillissant ne peindra pas un second Clé- menceau. Vallotton va passer de l'illustration de Jules Renard à cette peinture sèche et roide, secrètement ardente, aux limites de l'académisme, sage et romanesque à la fois. On a dit : Cabanel. Avec moins de commodité, plus véridiquement on eut pu dire Bœcklin.
Mais le vieux Raffaëlli dont la Parade n'est là que pour nous faire goûter davantage celle de Seurat, pourquoi ne nous avoir pas offert l'une de ses banlieues, juste de quoi donner à méditer sur les ouvertures qui permirent à Vlaminck et Utrillo de s'affronter?
Or, je m'étais promis de ne pas parler ici des vivants qui réunis plusieurs fois l'an. D'autant qu'à peine ai-je nommé des plus grands parmi les disparus, Van Gogh plein d'atroce gloire, ou l'oublié Vollon. Des vivants admis, je dresserai simplement la liste. Certains ont crinière blanche, bon Signac! Et Favory a-t-il trente ans? D'autres, Picasso, Van Dongen, sont enfin traités comme ils doivent l'être, en compatriotes. En un mot, une telle liste a valeur de très particulier hommage : A. André, Baignères, Baschet (soit), Besnard, Bissière, Blanche, Boldini, Bonnard, Boussingault Braque, Charlot, Cottet, M. Denis, Derain, Desvallières Dethomas, Déziré, C. Dufresne (qui se dépasse ici), Dufy, Espagnat, Favory, Flandrin, Forain, Friesz, Gay (soit), Gimmi, Guérin, Jaulmes, Lacoste, La Fresnaye trop longtemps éloigné et dont le Paysage est d'une puissante distinction, Laprade, Laurencin, Laurent, Lebasque, Lebourg, Lhermitte, Lhote, Lobre, Lotiron, Mare, Maillol, Manguin, Marchand, Marquet, Henri Martin, Marval, Matisse, Ménard, L.-A. Moreau, Moreau-Nélaton (soit), Ottmann, Picasso, Piot, Prinet, Puy, Rouault, Roussel, Segonzac, Signac, Simon (soit), Utrillo, Valdo Barbey, Vallotton, Van Dongen, Vlaminck, Vuillard, Waroquier.
C'est une chose difficile à affirmer dans le siècle même. Pourtant, ne vous apparaît-il pas que ceux du dernier jour traînent après eux bien moins du siècle, des modes, des tics du siècle ?... Ils ont pu, sans dénoncer grâce et fraicheur de sentiments, remonter « aux principes mêmes ». L'ordre clas- sique les récompense.
Hé! On retrouve plus d'une rubrique de l'art vivant ; l'art de ceux qui, selon le mot de Derain, le terrible méditant dont un Nu doré de feu couvert dit assez la méditation, ont voulu, faisant fi d'une « vaine conscience » aller au-devant du drame. Le salaire, c'est la paix dans la gloire quand meurt le siècle avec son bruit et ses hommes à ce bruit soumis.
André SALMON.
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L'HOMME À L'OREILLE COUPÉE, par VAN GOGH.
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VALENTIN LE DÉSOSSÉ ET LA GOULUE DANSANT AU MOULIN-ROUGE
par TOULOUSE-LAUTREC.
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PLAN DE PARIS
HUITIÈME ARRONDISSEMENT
PAR
FRANCIS DE MIOMANDRE
Dessins inédits de FRANCIS SMITH
Il n'est peut-être pas tellement bon d'habiter un pays pour qui veut le décrire. Un peu de recul, ici comme en tout, est nécessaire, et la preuve c'est que les voyageurs savent découvrir dans les contrées qu'ils visitent mainte chose qui échappe aux indigènes. Depuis tantôt douze ans que je suis citoyen du seizième, je jette sur ce royaume charmant un regard sans doute un peu trop nationaliste. Tandis que quand, par hasard, il m'arrive de descendre en ce huitième arrondissement où je demeurai naguère, je m'y sens certes dépaysé, mais dans cet état d'âme ingénu, frais et vacant si propice aux fécondes découvertes. Quand le métro me dégorge place de la Madeleine, il me faut un instant pour faire le point, pour opérer entre les Trois-Quartiers qui sont là réellement et les Galeries Lafayette qui leur ressemblent à tant d'égards une sorte de discrimination, à quoi m'aide d'ailleurs l'insensible changement du décor d'alentour le fameux restaurant Durand, où dinait le général Boulenger et où l'on savait fabriquer de si bons soyers n'est plus. Une grande agence de voyages l'a remplacé. Et Conard, le libraire, est venu s'installer auprès d'un bureau de tabac qui a une réputation locale aussi grande que celle de la « Civette » du Palais-Royal. L'épicier Fauchon s'est agrandi de maint salon de thé, mais il n'offre plus (signe des temps) à déguster à ses clients cet excellent Anjou dont il avait le secret. Heureusement que la maison Hédiard est toujours là, refuge de notre exotisme gastronomique, temple des rougailles de marque, des figues du Portugal et des peladillas.
J'ai toujours vu là Jules Simon, en marbre, effigie troublante de la sagesse démocratique, mais pendant de longues années, j'avais la consolation d'admirer une sorte de refuge de pain, sur le terre-plein d'en face, une fontaine de pierre, sans eau, mais si délicieusement ouvragée, qu'on pouvait rêver devant elle, comme au centre d'une petite ville un peu herbeuse. Hélas ! Aujourd'hui, à la place de la fontaine, s'érige, assis sous une muse absurde, un Victorien Sardou de bronze vert, qui m'a pour toujours enlevé le tout petit reste de sympathie que j'éprouvais à l'égard de ce maître des ficelles dramatiques.
La place de la Madeleine n'en reste pas moins un très beau site. Il n'y aurait qu'à en retirer la Madeleine elle-même, qui est bien le plus imbécile des monuments que l'on doit à la renaissance néo-grecque en notre pays. À vrai dire, personne n'est jamais entré dans l'intérieur de cette église dont la destination est en effet de constituer une sorte de toile de fond à la grande scène en escalier sur laquelle se déroule le premier acte de tant d'unions élégantes. Tout, en effet, est disposé pour cette sorte de cérémonie, depuis la grille, si décorative, jusqu'au fameux marché aux fleurs,
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dans lequel les bedeaux et les garçons d'honneur n'ont qu'à puiser pour venir ensuite répandre aux pieds de la mariée des corbeilles de roses et de lilas, sous les yeux éblouis des midinettes au cœur sans envie.
Je m'abstiendrai également de parler des midinettes, encore qu'elles soient chez elles dans ce quartier où se trouvent les sept dixièmes des maisons de couture, et qu'à certaines heures la rue leur appartienne. Mais, au fur et à mesure que la mode s'uniformise, elles ont de moins en moins l'air de midinettes, et il faut un coup d'œil exercé pour les distinguer d'avec les demoiselles de plaisir qui portent le même chapeau cloche et la même stricte redingote.
Un coup d'œil exercé, ou simplement les suivre. Et alors, on voit bien qu'elles prennent modestement l'autobus, au lieu d'aller humer quelque cocktail au Bœuf sur le toit.
A propos de cet établissement, détruisons une légende, chère au cœur des Anglais et des Américains de passage dans la rue Boissy-d'Anglas. Il n'est pas vrai que M. Jean Cocteau passe là ses nuits, à hurler des vers de sa composition, en remplaçant le nègre de la batterie. M. Jean Cocteau, qui demeure tout près de là, rue d'Anjou, préfère rester chez lui, à lire et à écrire, comme tous les autres poètes (j'entends ceux qui ont la chance de posséder un domicile), et la seule fois où je l'ai vu dans ce bar, il y était entré pour faire plaisir, justement, à un écrivain américain qui tenait à son idée. Mais je n'ai pas d'espoir que cette rectification serve à quoi que ce soit. Les légendes ont la vie dure. Celle qui veut que M. Jean Cocteau dirige un orchestre nègre enchante trop de gens, qui n'ont pas le loisir de lire Le Discours du grand sommeil.
De la Madeleine, une pente, rigoureuse comme celle des fleuves, déverse le flot des passants vers la place de la Concorde, par le canal de la rue Royale. Il est doux, dans le crépuscule d'été, assis à la terrasse de Weber, de le regarder couler, encore que quelques obstinés, hantés par l'esprit de la contradiction, s'acharnent à remonter le courant, sous prétexte de je ne sais quelles occupations qui les appellerait du côté des gares de l'Est et du Nord. Ils en sont d'ailleurs punis d'avance. On le voit à leur air triste. Quel contraste avec la figure joyeuse, épanouie, de ceux qui se laissent porter dans l'autre sens.
Quand il était jeune — je veux dire quand il n'était ministre que de la Marine — M. Aristide Briand déjeunait chez Weber. Il n'avait qu'à traverser la chaussée. Aujourd'hui, c'est chez Larue, mais vous voyez qu'il est resté fidèle au quartier. Au Weber, venaient aussi, mais la nuit, finir des bombes commencées rive gauche, le délicieux Jean de Tinan, qui nous en a laissé dans ses œuvres des croquis inoubliables, et le subtil Toulet, encore qu'il préférait le bar de la Paix. Il demeurait alors au square Delaborde, en compagnie du deux, du patient, du spirituel Curnonsky, le meilleur camarade qui soit au monde.
Plus bas, c'est le Maxim's, un peu déchu de sa splendeur, mais qui tient le coup. L'ombre de Feydeau est toujours là, Feydeau l'habitué quotidien du lieu, Feydeau avec son éternel cigare et son regard fin à qui rien n'échappait. On eût dit, que de minuit à quatre heures du matin, toute la vie parisienne, voluptueuse, forcenée, nonchalante, vicieuse, venait défiler là, uniquement pour amuser Feydeau, qui nous en amusait ensuite. Il n'en faut pas plus pour rendre un lieu historique, pour le fixer en quelque sorte dans l'aspect où il doit désormais nous apparaître. Maxim's a pu changer, se mettre à la mode, il n'en restera pas moins le cabaret des années 1900, avec ses filles froufroutantes, ses tziganes, ses longues nuits de noce élégante. Et les Allemands avaient beau venir là en troupes, hurler des chants du temps d'Arminius en cassant des bouteilles de champagne, l'atmosphère restait française et de benne compagnie. Par quel mystère, je n'en sais rien. Mais c'est un fait.
La place de la Concorde a fort bon air avec son obélisque, ses fontaines et cette piste immense aménagée spécialement pour les évolutions des automobiles. Tout cela est très connu. Ce que l'on sait moins c'est que la nuit, toutes ces statues de villes de France qui la parsèment entrouvent leurs socles et il en sort des armées de balayeurs. C'est pourquoi cette place est toujours si propre, malgré ses vastes dimensions. On se demande pourquoi cette ingénieuse utilisation des statues n'est pas employée partout ailleurs. Certes, il est troublant de voir Lille ou Strasbourg éventrer leurs flancs généreux pour en laisser jaillir des balais et des pelles, mais après tout pas plus que de voir, dans les cafés, éclore d'un œuf magique de nickel l'aile mouillée d'un oiseautorchon. Le phénomène est identique.
Tels que nous les ont décrits les poètes de l'antiquité, les Champs-Elysées n'étaient pas un séjour très agréable. Rien n'y avait de consistance. Quand on cueillait un fruit il se fondait en vapeur, et si l'on rencontrait un ami, pour peu qu'on l'abordât avec quelque vivacité, on lui passait au travers. Combien je préfère nos Champs-Elysées à nous, ceux du VIIIe. Malgré tous les changements qu'ils ont subis, ils restent délicieux, surtout le soir, quand les éclaire, au lieu du soleil larvaire qui règne ici, la lumière, autrement vive et réconfortante des planètes électriques, pareilles à des perles ou à des opales. Langer, Le Doyen, Laurent, Ambassadeurs, Alcazar d'Été qu'on est bien à diner sous vos ombrages, pour peu naturellement qu'on y soit invité par quelque ami étranger, car les moyens normaux d'un Parisien lui interdisent à tout jamais ces fantaisies somptuaires. Certes, il est plus économique d'aller, le jour, voir les attelages de chèvres, les carrousels d'enfants, et ces deux théâtres de Guignol, aux deux côtés de l'avenue Marigny, où l'on joue des pièces d'une rapidité et d'une intensité qui n'est pas sans rappeler la première manière de M. Bernstein, avec plus de
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