Extrait
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1re - Année N° 13
2e 50
1er Juillet 1925
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REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES
ÉDITÉE PAR LES
“NOUVELLES LITTÉRAIRES”
L’ART VIVANT
ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS
PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE
LES ARTS DE LA FEMME
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SOMMAIRE :
Renoir……………… Georges Rivière
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Plan de Paris (XIVe Arr.) Alexandre ArnouxDessins de Guy Dolian
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Paolo Uccello ……… Marcel Brion
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Le Musée de Marseille… J.-L. Vaudoyer
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L’Imagerie populaire … Clément-Janin
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L’Art Lyonnais ……… Maximilien Gauthier.
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Le Théâtre à l’Expositiondes Arts Décoratifs. André Blum
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L’Art et la Mode ……… Clarisse.
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Exposition d’Art Oriental. Albert Meybon
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Les Arts de la Femme… Edmée
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Art Ancien Espagnol… Illustrations
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Les grandes ventes ……… Charles Bourgeat.
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Actualité Artistique …… Illustrations
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Faits Divers
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Les Expositions……… Fels
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Informations.Calendrier des Expositions.
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Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD
Rédacteur en Chef : FLORENT FELS.
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Vente et Administration :
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1re Année - N° 13. 2fr. 50 1er Juillet 1925
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RENOIR
L’Hôtel des Ventes vient d’être le théâtre d’un événement qui laissera un souvenir mélancolique dans l’esprit de tous les amis de l’art français. En quelques heures, les cent soixante tableaux de Renoir, que Maurice Gangnat avait mis trente années à réunir, ont été dispersés aux quatre coins du globe.
J’ai vu se constituer, pour ainsi dire, au jour le jour cette unique collection consacrée — à part quelques toiles de Cézanne et de Vuillard — à un seul artiste, celui pour qui j’ai tant d’affection et de vénération. C’est avec tristesse que je vois disparaître un ensemble grâce auquel il était possible d’apprécier dans la plus large mesure la prodigieuse variété de facture et d’inspiration du peintre et, en outre, de se rendre compte combien était profond en lui le souci de se perfectionner. La variété de son œuvre est due pour une bonne part à ce souci de progrès. Jamais complètement satisfait de ce qu’il produisait, il entreprenait l’œuvre nouvelle avec la croyance — justifiée — qu’il améliorerait sa facture et ferait mieux qu’auparavant. Cette recherche inlassable de la perfection, Renoir l’a poursuivie jusqu’aux derniers jours de sa laborieuse carrière. Pendant l’été 1919, tandis que j’étais auprès de lui dans sa maison d’Essoyes, il travaillait à une grande figure nue : une femme accroupie et vue de dos. Il n’était pas content d’une partie de son travail, la luminosité des chairs ne répondait pas à ce qu’il désirait : « Il y manque quelque chose, me disait-il, et je ne vois pas encore bien ce qu’il faut faire. Quel métier difficile ! » Le lendemain, quand je vins le retrouver à l’atelier, un peu avant l’heure du déjeuner, il me montra une petite toile sur laquelle il venait de peindre — sans modèle — la même femme nue. « Ca y est, me dit-il content, j’ai trouvé. » C’était, en effet, éblouissant de jeunesse et de lumière : un chef-d’œuvre. Dans l’après-midi, il remania sa grande toile ; ce fut l’affaire d’une heure pour transfigurer le tableau. Tout entier à son travail, l’artiste ne semblait ressentir ni douleurs, ni fatigue. « Cette fois, ça y est », dit-il, satisfait
RENOIR A VINGT ANS.
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L'ART VIVANT
LA FEMME A L'ÉVENTAIL (1880)
d'avoir triomphé de la difficulté. La vie du peintre a été ainsi faite de joyeux labeur et d'affreux tourments physiques.
La joie du travail a toujours soutenu Renoir, elle l'a fait vivre. Il l'a éprouvée dès l'adolescence, quand il était peintre sur porcelaine. C'était alors à peu près le seul plaisir qui lui fût permis dans la condition modeste où le sort l'avait placé.
Renoir est né à Limoges, le 25 février 1841. Son père était tailleur en chambre. La famille du peintre se fixa à Paris en 1844 et l'enfant ne garda aucun souvenir de son séjour en Limousin. Ce fut avant tout un Parisien. Tant qu'il fut bien portant, il ne quitta pas la région parisienne et n'alla pas plus loin que Bougival ou Saint-Cloud, le peuple de Paris l'attirait.
Son goût pour le dessin se manifesta de bonne heure, et c'est ce qui décida son père à le placer en apprentissage chez un peintre sur porcelaine du quartier du Temple. L'ambition de l'enfant, à cette époque, se limitait à entrer comme peintre à la Manufacture de Sèvres. Il se prépara très courageusement à l'examen d'admission qu'il jugeait difficile. J'ai sous les yeux, des carnets remplis de dessins exécutés par lui en 1857 — ils sont datés. Ce sont des copies de gravures du dix-huitième siècle représentant des animaux : chèvres, ânes, chiens, propres à servir de modèles décoratifs de vases ou d'assiettes. Quelques dessins sont des croquis faits d'après des tableaux. L'apprenti dépasse ici les limites de son métier. Ce sont tous des dessins soignés, méticuleux, très fidèles, mais on y sent déjà une grande habileté d'exécution ; ce ne sont pas les essais maladroits d'un enfant.
A vingt ans, Renoir avait abandonné son projet d'entrer à la Manufacture de Sèvres. La peinture à l'huile l'avait conquis et il copiait avec un zèle respectueux des tableaux de Delacroix et d'autres maîtres. Un peu plus tard, il entra à l'atelier Gleyre et, à cette époque, il se lia avec Monet, Sisley et Bazille, connut les peintres de l'école de Barbizon et profita des conseils de Diaz.
Les très rares toiles de Renoir peintes aux environs de sa vingtième année et qui ont échappé à la destruction témoignent de l'influence exercée par Delacroix sur le débutant. Cette influence dont il se dégagea assez vite — et presque à son insu — fut heureuse pour lui. Elle le conduisit à l'évolution dont nous pouvons noter les premières manifestations vers 1865. À ce moment des relations très intimes s'étaient établies entre Renoir, Cézanne, Monet, Sisley, Pissarro et Bazille. Il en résulta dans leur manière de concevoir la peinture des affinités qui, pour quelques-uns d'entre eux, confinaient à la ressemblance. Des paysages de Renoir et de Monet de ce temps lointain ont un aspect si voisin qu'il est difficile de distinguer à première vue si telle toile est de l'un ou de l'autre peintre.
Cézanne avait vite reconnu cette influence qu'exerçaient les uns sur les autres les peintres qu'il fréquentait. C'est principalement pour y échapper qu'il s'éloigna un peu du groupe naissant. Toutefois, la liaison ininterrompue des autres
LA SERVANTE (1909)
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peintres n’empêcha aucun d’eux de dégager rapidement sa personnalité. Alors que Monet, Pissarro et Sisley s’orientaient vers le paysage, Renoir s’adonnait principalement à peindre des figures. Les divergences n’allaien pas sans doute jusqu’à une opposition — loin de là — le portrait de femme peint par Monet en 1867, exposé en ce moment au Pavillon de Marsan, et celui d’« une Parisienne » — au Musée du Luxembourg — exécuté par Renoir en 1872 montrent ce qu’il y avait encore de commun entre les deux peintres peu de temps avant qu’ils prissent des chemins différents.
Renoir, à l’encontre de Monet, exposa deux ou trois fois au Palais de l’Industrie avant 1870 et ses toiles y furent remarquées par quelques artistes et des critiques — qui n’en parlèrent pas. Au Salon de 1870, il exposa, en même temps qu’une « Baigneuse », une « Femme d’Alger », simple modèle parisien affublé de pauvres oripeaux. Cette toile est une dernière réminiscence de Delacroix, mais surtout par le choix du sujet, car la manière de le traiter est déjà originale et s’éloigne sensiblement du romantisme de Delacroix — différence d’époque et d’ambiance.
Il serait injuste de passer sous silence la part qu’ont eu Courbet, Manet, Corot, Jongkind dans la formation de l’art de Renoir et de ses compagnons. Ni Renoir, ni Monet, ni Sisley, ni Pissarro même — si indécis qu’il fût toujours — n’ont copié Courbet, Manet ou Corot. Mais les œuvres de ceux-ci ont été de bons guides pour ceux-là.
Dans une brochure au titre un peu long, parue en 1876 : La Nouvelle Peinture. A propos du groupe d’artistes qui expose dans les galeries Durand-Ruel, Duranty écrivait : « Le mouvement a, en effet, ses racines. Il est au moins
d’avant-hier et non pas d’hier seulement. C’est peu à peu qu’il s’est dégagé, qu’il a abandonné le vieux jeu, qu’il est venu au plein air, au vrai soleil, qu’il a retrouvé l’originalité et l’imprévu, c’est-à-dire la saveur dans les sujets et dans la composition de ses toiles, qu’il a apporté un dessin pénétrant, épousant le caractère des êtres et des choses modernes, les suivant au besoin avec une sagacité infinie dans leurs allures, dans leur intimité professionnelle, dans le geste et le sentiment intérieur de leur classe et de leur rang. »
Cette constatation est exacte avec la réserve que Duranty écrivait sous l’inspiration de Degas, véritable éditeur de la brochure, et que l’esthétique de Degas différait sensiblement de celle de Renoir. Lorsque celui-ci exécutait sur place sa grande toile du « Bal du Moulin de la Galette » il n’avait pas du tout l’intention de peindre un tableau de mœurs, à la manière de Degas notant des scènes de café-concert, des mouvements de danseuses de l’Opéra ou des attitudes de blanchisseuses. En outre, Renoir n’avait pas les mêmes partis pris que Degas, au sujet du naturalisme naissant. Il éprouvait pour Corot, en même temps que pour Delacroix, une admiration profonde et cela l’éloignait du réalisme de Courbet et de Manet. À une époque où le public éclairé ignorait en Corot le peintre de figures, c’était cette part du grand artiste que Renoir prisait peut-être le plus. Nous voyons aujourd’hui les amateurs et les critiques confirmer cette appréciation.
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L'ENFANT JOUANT (1904)
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L'ART VIVANT
C'est que Renoir était doué, au plus haut degré, du sens critique, c'est-à-dire du don de juger impartialement les œuvres des autres.
Cette impartialité, il l'appliquait à lui-même, et nul autre ne connaissait aussi bien que lui la valeur réelle de chacune de ses toiles. Il n'ignorait pas ce qui manquait à certaines et savait aussi ce qu'il y avait de bon dans d'autres. Ce n'était pas toujours les plus célèbres, les plus admirées qui le satisfaisaient. Toutefois; il y a dans l'œuvre de Renoir — en dehors de l'appréciation du peintre — certaines toiles qui jalonnent, pour ainsi dire, les étapes de sa carrière et marquent à grands traits les phases de son art. Ce sont : « Diane chasseresse » (1867), la « Baigneuse au griffon » (1870), le « Déjeuner sur l'herbe » (1872), « Lise », « l'allée cavalière au bois de Boulogne » (1873), « la Loge » (1873), la « Danseuse » (1874), « le Bal du Moulin de la Galette » et « la Balançoire » (1876), le « portrait de Mme Charpentier et de ses enfants », celui de « Jeanne Samary » (salon de 1879), « Les Canotiers » (1879), le « Portrait de Wagner » et ceux des « Enfants Bérard » (1882). Ensuite les grandes toiles de baigneuses, traitées à grandes touches, presque en teintes plates, les portraits, tel celui de Mme Robert de Bonnières, peinture lisse, bien éloignée de la facture du portrait de Jeanne Samary. Ces toiles peintes de 1883 à 1890 se ressentent de l'influence exercée sur le peintre par son voyage en Italie. Une autre gamme de couleurs, une autre facture succèdent à cette période. On y peut ranger toute la production de 1894 à 1910. Enfin, vient l'évolution qui nous apporta les nombreux tableaux des dix dernières années de la vie du peintre. Cette ultime série, si différente des autres, a déconcerté une partie du public. Elle n'occupe pas encore aujourd'hui, dans l'estime des amateurs et du public, la place à laquelle elle a droit, l'artiste n'ignorait pas la résistance de ses admirateurs, mais il n'en était pas surpris.
Maintes fois, me montrant ses dernières toiles, il déclarait sans amertume : « Cela ne sera pas accepté avant quinze ou vingt ans. Il faut d'abord que la peinture se fasse, que le temps ait passé dessus, et, ensuite, que le public s'habitue à voir ces tons-là. J'ai éprouvé la même résistance de la part des amateurs chaque fois que j'ai modifié ma facture. Après « la Loge » et « la Danseuse », on me conjurait de ne point changer ma manière. Il en a été de même après « la Balançoire ». Heureusement que je n'ai jamais tenu compte de ces objurgations ; peu à peu, tout a passé. »
Ces changements fréquents de facture ne sont pas, on le pense bien, dus à des caprices de l'artiste, à des engouements passagers pour telle ou telle technique. Ils sont le résultat d'une constante observation, d'une incessante critique du travail. C'est en vue de se perfectionner que Renoir changeait de méthode. Dans une lettre qu'il m'écrivait de Marseille, le 27 février 1882, il disait : « Je vais beaucoup mieux et j'espère être bientôt rentré... J'ai hâte d'être rentré à Paris pour reprendre mon petit train-train de travail. J'ai beaucoup étudié et beaucoup à faire. J'espère que ma maladie va me donner la santé pendant plusieurs années pour pouvoir produire et chercher encore beaucoup. »
Il avait alors plus de quarante ans. Jusqu'à son dernier souffle il a produit et cherché beaucoup.
La recherche de progrès techniques le poussait à peindre tout ce qui lui tombait sous les yeux et pouvait présenter quelque difficulté à vaincre. La variété des sujets dans son œuvre, les moyens divers, pastel, aquarelle, gravure, qu'il employa parfois sont le résultat de cette constante préoccupation. Si les figures dominent parmi sa prodigieuse production, il a été aussi un paysagiste de premier ordre, un incomparable peintre de fleurs et de natures mortes. Paysages, fleurs, natures-mortes n'ont été le plus souvent que des études, des essais faits en vue de l'exécution de figures, des recherches de tons ou de valeurs. Parfois aussi ils ont été les passe-temps d'un homme qui ne laissait passer nul jour sans peindre,
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L'ART VIVANT
SUR LA TERRASSE (1881)
l'on me retarde toutes les fois. Ce soir, le chirurgien m'a dit que j'en avais pour des semaines. Le vrai, c'est qu'il n'y a aucun progrès et je suis sûr d'avoir une infirmité de plus. A part cela, j'ai bon appétit. Tout va bien... Je t'écrirai à mon prochain curage.
Ainsi torturé par la maladie, il ne cessait de peindre ; c'est ce qu'indique le « tout va bien » de sa lettre. Et rien dans son travail ne décelait les souffrances qu'il endurait, ses baigneuses gardent la sérénité des déesses et ses paysages sont toujours des coins du paradis.
Il faut beaucoup de patience aux peintres pour supporter les caprices des modèles, belles dames ou professionnelles. Elles leur font perdre beaucoup de temps, en général, par leur manque d'exactitude dans les rendez-vous fixés pour les séances. Combien fallait-il que Renoir, malade, gardât de cette patience pour ne point renoncer à se servir de modèles ?
Dans l'œuvre de Renoir, peintre de figures, il faut donner une place à part au portraitiste. Aucun autre n'a aussi profondément scruté l'âme de son modèle et n'en a exprimé l'essence en quelques traits concis. Notons que Renoir n'aimait pas faire un portrait, même celui d'une jolie femme. Il y réussissait toutefois pleinement, que ce fût une effigie d'homme ou une gracieuse silhouette féminine. En juin 1912, MM. Durand-Ruel rassemblèrent en une belle exposition cinquante-huit portraits peints par Renoir entre 1867 et 1912. Ce n'était qu'une faible partie de ceux qu'il exécuta. Dans le lot figuraient les portraits de William Sisley, père du paysagiste (1867), de Claude Monet (1875), de Sisley (1876), de M. Chocquet (1878), de Cézanne (1880), de Lestringuez (1885), de Mme de Bonnières (1889), de la famille de l'artiste (1896), de Pierre Renoir (en 1891 et 1897), de Mlle Jeanne Baudot (1898), de Jean Renoir enfant (1900 et 1901), de Mme Joseph Durand-Ruel (1911), de Mme de Galea (1912). Il manquait, entre autres, à cette exposition les portraits de Mme Charpentier, de Mlle Diéterle, de Mme Edwards, de Maurice Gangnat, de Bernstein, de Colonna Romano, d'Ambroise Vollart, etc.
Quelques touches légères, presque imperceptibles, placées au coin des lèvres, dans le dessin des yeux, animent le visage. L'attitude libre et non pas imposée ou provoquée par l'artiste achève d'individualiser le personnage. Il vit. C'est une chose difficile que d'amener le modèle à ne pas poser.
DANSEUSE (1909)
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QUAND L'ÉTAT DE SA SANTÉ OU LE CAPRICE D'UN MODÈLE NE LIU PERMETTAIT PAS DE PEINDRE DES FIGURES. TOUTES CES BELLES CHOSSES PEINTES QUI RÉJOUISSENT NOS YEUX SEMBLENT AVOR ÊTÉ CRÉÉES PAR UN HOMME EN BONNE SANTÉ ; ELLES SONT L'ŒUVRE D'UN ARTISTE QUE DES SOUFFRANCES PHYSIQUES ONT TENAILLÉ PENDANT LES VINGT DERNIÈRES ANNÉES DE SA VIE, ET QUI FUT TOUJOURS DE SANTÉ PRÉCAIRE.
EN JANVIER 1903, SON ÉTAT ME PARAISAIT SI GRAVE QUE J'AVIS INSISTÉ POUR QU'IL CONSULTAT UN MÉDECIN TRÈS INTELLIGENT QUE JE LUI RECOMMANDAISS. IL AVAIT FINI PAR ACCEPTER — LAS DE RÉSISTER À MES INSTANCES — MAIS À PEINE L'AVIS-JE QUITTÉ QU'IL M'ÉCRIVAIT :
« Je t'écris pour que tu ne déranges pas ton médecin. Je me connais, je ne ferai rien de ce qu'il me dira. Avec mon caractère, quand on a des maladies, on les garde — à moins qu'elles veuillent bien s'en aller dégoûtées de n'être pas soignées. »
DEUX ANS PLUS TARD, LA MALADIE FAISANT D'IMPLACABLES PROGRÈS, IL ME MANDAIT DE CAGNES :
« ...J'ai très mal aux mains, je ne t'en dis pas plus long... Je me porte à merveille, il fait un temps divin. Je n'ai que mon pouce qui m'empêche d'écrire... »
LE MAL GAGNAIT TOUJOURS. LE 15 NOVEMBRE 1911, JE RECEVAIS UNE LETTRE OÙ PERÇAIT LE DÉCOURAGEMENT :
« Je viens d'être encore gratte par un chirurgien. Je le serai encore dans huit jours, et encore, et encore. Je ne sais quand je pourrai m'asseoir, je commence même à désespérer,
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AUGUSTE RENOIR (1911).
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devant le peintre, à rester naturel. Kenoir y parvenait presque toujours et lorsqu'il ne pouvait y réussir, il renonçait au portrait.
Ce naturel de la pose, il le voulait dans tout ce qu'il peignait. Les modèles professionnels, en raison d'une habitude prise dans les ateliers, sont pour la plupart incapables de donner un mouvement qui ne soit pas conventionnel ou dramatique. Aussi le peintre leur préférait-il des modèles occasionnels : camarades complaisantes ou jeunes femmes recrutées dans tous les milieux, mais particulièrement, on en conçoit la raison, dans le monde des ouvrières.
Les nus de Renoir, aux poses si naturelles et si élégantes, sont chastes et sensuels à la fois, mais d'une sensualité supérieure, celle qui est indispensable pour donner la vie aux personnages. Il se dégage de ces figures aux formes plantureuses une noblesse pareille à celle qu'on admire dans la belle statuaire grecque. Ce sont des Vénus et non des filles.
L'amour de Renoir pour les formes féminines, la dilection qu'il éprouvait à en reproduire les contours, à en magnifier la chair par la magie de la couleur était dans l'esprit de l'artiste quelque chose de divin. C'était le culte rendu à Vénus éternelle. Ce culte respectueux de la Beauté distingue Renoir de ceux qu'on lui donne avec quelque raison pour prédécesseurs. Il n'y a jamais chez lui le libertinage d'un Boucher ou d'un Fragonard.
Il tient un peu d'eux et leur doit beaucoup. Pas plus qu'aucun autre grand artiste, il n'est le produit de la génération spontanée.
Mais il est incontestablement un peintre d'une puissante originalité, un de ceux qui, avec Delacroix, Corot, Manet, Cézanne, Monet, ont été les artisans magnifiques de notre gloire nationale et maintiennent en nous la foi en la France immortelle.
Georges Rivière.
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L'ART VIVANT
PAOLO UCCELLO
C'est une figure étrange parmi les peintres du Quattrocento. Autour de lui passe la vie ardente et joyeuse de Florence, les troubles populaires, les fêtes, les enthousiasmes que suscite chaque œuvre nouvelle exposée sur la Place de la Seigneurie. Recherche fervente de la beauté dans l'ivresse des belles formes, dans la révélation de l'art antique. La splendeur des corps nus ressuscite, on exhume des statues, et des manuscrits. L'agenouillement pieux des siècles précédents est devenu une danse de printemps. Les nymphes reparaisent dans les bois, les Dieux, jeunes et beaux, reviennent...
Ce peintre a résisté à l'ivresse qui emportait ses compagnons. En regardant les formes, il les a mesurées, il a cherché une loi des nombres dans la ligne d'une épaule, la courbe d'un sein, les broderies d'un manteau. Des chevaux caracolant devant lui ; il écarte l'aspect de la matière vivante, et, avidement, il les décompose en volumes abstraits. Sous le vêtement passager des choses périssables, chairs, muscles, arbres couverts de fleurs et de fruits, il fouille jusqu'à ce qu'il ait trouvé l'essentiel, la ligne indestructible, la masse éternelle ; cette signification mystérieuse qui enchaine les objets, et les ordonne pour la jouissance de notre esprit. Il devine que le sentiment esthétique est la conscience des rapports ; que cette conscience se cache derrière un plaisir matériel, mais que celui-ci n'est que l'enveloppe, et qu'il faut déchirer cette enveloppe pour atteindre la vérité.
L'art est opération pure de l'esprit, des règles immuables dirigent cette opération. L'artiste est l'instrument, inconscient le plus souvent, de cette élaboration secrète. Il a, cependant, la révélation que le monde est un théorème vivant, qu'il est, et ne pourrait être autrement sans se détruire.
Les Florentins le traitent de fou. Ne s'enferme-t-il pas chez lui, des mois entiers, refusant d'ouvrir sa porte à ses amis ? Ses recherches sont suspectes. On l'accuse, sans doute, de sorcellerie. N'est-ce pas une alchimie que la décomposition de la matière qu'il poursuit ? Il « perd son temps », nous dit Vasari, il dessine des figures géométriques inouïes et logiques. La ronde des belles femmes, couronnées de fleurs, et des pages sveltes, passe sous ses fenêtres tandis que, penché sur ses dessins, il murmure : « Quelle belle chose que la perspective ! ». Annonciateur d'âges à venir il retrouve en même temps les lois artistiques d'époques disparues. La puissance numérique contenue dans une statue égyptienne qu'il ne connaît pas, l'équilibre des pyramides et des cylindres construits comme une équation et aboutissant à une image de scribe, il l'imagine de nouveau dans la peinture d'une bataille. Personne, alors, ne le comprend. Le message qu'il apportait était trop profond et trop haut ; lui-même, peut-être, n'en avait pas deviné toute l'étendue.
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