Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'AMOUR DE L'ART
RENÉ HUYGHE DIRECTEUR
V
LA RÉTROSPECTIVE D'ART FRANÇAIS
L'EXPOSITION GERICAULT
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MAI 1937
PRIX : 15 FRANCS
RÉDACTION, ADMINISTRATION, PUBLICITÉ : ÉDITIONS DENOËL, 19, RUE AMÉLIE, PARIS (7e) — TÉLÉPHONE : SÉG. 90-99, INV. 17-09
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L'AMOVR DE L'ART
DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE
DIRECTEUR-ADJOINT : GERMAIN BAZIN
Secrétaire de la Rédaction : MICHEL FLORISOONE
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REVUE MENSUELLE
DIX-HUITIÈME ANNÉE
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Comité d'Honneur :
Madame la Princesse CAETANI DE BASSIANO ;
Madame COLETTE ;
M. PAUL BAUDOUIN, amateur d’Art ;
M. BERNARD BERENSON ;
M. ABEL BONNARD, de l’Académie française ;
M. GABRIEL COGNACQ, membre du Conseil des Musées nationaux ;
M. DAUTRY, ancien directeur général des Chemins de fer de l’État ;
M. D. DAVID-WEILL, membre de l’Institut, président du Conseil des Musées nationaux ;
M. HENRI FOCILLON, professeur à la Sorbonne ;
M. le Comte HUBERT DE GANAY ;
M. JEAN GIRAUDOUX ;
M. ALBERT S. HENRAUX, président de la Société des Amis du Louvre ;
M. ÉTIENNE NICOLAS, amateur d’Art ;
M. EUGENIO D’ORS, de l’Académie espagnole ;
M. GEORGES RENAND, amateur d’Art ;
M. PAUL VALERY, de l’Académie française.
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MAI 1937 — N° V
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SOMMAIRE
LA RÉTROSPECTIVE D’ART FRANÇAIS
Préface ………………………………………… GEORGES HUISMAN
Directeur général des Beaux Arts.
Notices historiques …………………………… GERMAIN BAZIN
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CHRONIQUES MENSUELLES
LES EXPOSITIONS :
L’exposition Géricault ……………………… PAUL ADRY
LES LIVRES :
Livres sur Van Gogh ……………………… René HUYGHE
Livres sur l’Art Français …………………… R. H.
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FRANCE : 120 FRANCS
BELGIQUE : 130 FRANCS FRANÇAIS
ÉTRANGER : 190 et 220 FRANCS FRANÇAIS
Rédaction, Administration, Publicité : ÉDITIONS DENOËL - 19, Rue Amélie, PARIS (7e)
Chèques Postaux 1469-03
Reg. Com. Seine 244,131 B
Téléphones : Sécur 90-99 — Invalides 17-09
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PRÉFACE
L'Exposition de 1937 n'aurait pas été complète, elle ne fut point apparue à ses innombrables visiteurs comme un miroir exact des doubles préoccupations techniques et esthétiques de notre grand pays si elle avait négligé la mise au point d'une vaste manifestation rétrospective, exclusivement consacrée à la gloire et à l'illustration de l'Art Français.
Quelle que fût la fermeté du dessein, quant à la nécessité de cette rétrospective, il était possible de choisir entre diverses réalisations. Fallait-il reprendre les conceptions d'une exposition universelle antérieure et dresser le bilan définitif d'un siècle d'art ? Fallait-il faire choix d'une des périodes les plus fameuses de notre création artistique, moyen âge ou siècle de Louis XIV, ou siècle des Philosophes et la ressusciter, pour la plus grande joie des regards, dans un cadre approprié ?
Tous ces projets étaient les uns et les autres fort séduisants, mais, après les avoir étudiés avec soin, il apparaît que les curiosités exigeantes du goût contemporain, aussi bien que les ambitions légitimes de 1937, réclamaient plus encore. A côté du visage de la France contemporaine, fière à juste titre de son cerveau et de ses bras, n'était-il pas nécessaire de ressusciter, depuis les origines jusqu'à 1900, les aspects de l'Art Français dans ses créations les plus variées ? Et c'est ainsi que fut confiée à un Comité restreint d'administrateurs et de spécialistes l'exécution de cette rétrospective, « Chefs d'œuvre de l'Art Français », dont l'ampleur, la variété et les dimensions dépassent, aujourd'hui, tout ce que l'amateur le plus éclairé, le conservateur de musée le plus audacieux n'avaient jamais osé espérer, même en songe.
Or, le songe merveilleux s'offre à tous nos regards. Pendant quelques mois, qui passeront trop vite, Paris s'enrichit d'un nouveau Musée d'Art Français, aussi magnifique qu'incomparable. Peintures, sculptures, tapisseries, manuscrits, dessins, gravures, art décoratif, rien n'y manque et, grâce à ce total approximatif de treize cents œuvres d'art, vingt siècles d'art français s'imposent à notre admiration et déchaînent notre enthousiasme.
Du monde entier, des collections publiques ou privées les plus fameuses, les œuvres sont sorties comme par enchantement et elles ont pris place — une place qui semblait les attendre — dans les salles de Musée récemment construites quai de Tokio. Si nous éprouvons une grande fierté que tant de nations, que tant de particuliers aient répondu à l'appel, combien devons-nous surtout témoigner de gratitude à l'égard de ceux qui consentirent, par des prêts généreux, à rehausser l'hommage que ce rassemblement des chefs-d'œuvre allait rendre à la France et à ses artistes. Et par le miracle de tant de bonnes volontés étrangères ou françaises, par la juxtaposition momentanée de tant d'œuvres que séparaient habituellement les unes des autres océans, continents ou plus simplement les murs de la vie privée, tous les visiteurs du quai de Tokio ressentiront ces joies profondes, ces joies sans mélange que sait dispenser aux hommes la vision des chefs-d'œuvre véritables, ceux de tous les temps et de tous les pays. A Athènes, à Rome, à Florence, à Chartres, à Versailles, dans les plus fameux musées d'Europe ou d'Amérique, les préoccupations quotidiennes et les soucis mesquins des visiteurs cèdent brusquement la place à l'admiration éperdue. Quel bonheur infini de songer que, pendant tout l'été de 1937, ce Musée du quai de Tokio deviendra, pour le monde entier, un reliquaire d'humanisme français où chacun goûtera, à sa guise, les leçons d'un art qui fut longtemps un art universel et qui demeure toujours, en tête de la civilisation européenne, un incomparable instrument de rapprochement et de paix !
Georges HUISMAN,
Directeur général des Beaux-Arts.
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XIVe SIECLE
L'ÉCOLE PARISIENNE
Fig. 1. — Anonyme vers 1390, Vierge et saints. Panneau du diptyque Carrand. Florence, Musée National.
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À l'époque romane la France connut une grande activité picturale sous la forme de la fresque. L'époque Gothique, avec ses cathédrales ajourées, fait disparaître la peinture murale religieuse mais par contre donne naissance à la peinture décorative profane, dont les nombreux exemples mentionnés dans les textes, ont presque tous disparus. La peinture primitive française a d'ailleurs considérablement souffert des destructions et il n'en reste plus aujourd'hui que quelques épaves.
C'est seulement dans le courant du xive siècle qu'en France la peinture tend à devenir un art autonome en se différenciant des autres arts de la couleur : miniature, tapisserie, vitrail, avec lesquels jusque-là elle demeurait plus ou moins indivise; L'existence d'un centre d'art pictural très actif est attesté à Paris par de nombreux documents; les noms de beaucoup de peintres, nous sont connus; une famille paraît avoir eu dans le siècle une position éminente à Paris, celle des peintres dit «d'Orléans»; ÉVRARD (suivi de 1292 à sa mort, 1357), GIRARD, († 1356) peintre de Jean le Bon; JEAN, peintre de Charles V à partir de 1361 et dont l'activité se poursuivit sous le règne de Charles VI. Mais on ne peut leur attribuer avec certitude aucune des peintures de cette époque qui nous ont été conservées, comme Le Portrait de Jean le Bon (vers 1359) au Musée du Louvre et le Parement de Narbonne (au même Musée) peinture en camaieu exécutée sur samit entre 1364 et 1377. Les rares panneaux conservés de la fin du xive siècle pouvant être attribués à l'école de Paris, se distinguent par une recherche de l'élégance linéaire, dernière fleur de ce style gothique raffiné, assoupli par l'italianisme dont la tradition fut constituée dans le premier quart du siècle par le miniaturiste parisien Jean Pucelle. De petit format, ils relèvent encore de la miniature. Le diptyque de Deutsches Museum à Berlin (fig. 2) est un parfait exemple de ce style parisien dans toute sa pureté; les formes gracieuses y sont légères jusqu'à l'immatérialité, les tons fins et nuancés, le style. Le diptyque du Bargello à Florence (fig. 1) figurant la Vierge entourée de saints et la Crucifixion sous une riche architecture sculptée doit avoir été peint vers 1390. Il présente les mêmes caractères avec toutefois un certain maniériste, une certaine tendance vers le «style profane» qui correspondent bien au règne de Charles VI.
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Fig. 2. — Anonyme vers 1380, Crucifixion et Apparition du Christ. Berlin, Deutsches Museum.
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L'ÉCOLE DE DIJON ET L'ÉCOLE D'AVIGNON
XIVe SIÈCLE
En dehors de Paris, les deux autres grands centres de la peinture en France à la fin du xive siècle et au début du xve siècle sont Dijon et Avignon.
A Dijon les ducs de Bourgogne, faisaient travailler depuis la fin du xive siècle des artistes originaires des Flandres, comme JEAN DE BEAUMETZ († 1396), MELCHIOR BROEDERLAM d'Ypres (suivi de 1381 à 1409-1410), auteur de deux panneaux au Musée de Dijon, JEAN MALOUEL (suivi de 1396 à sa mort, 1415) et HENRI BELLECHOSE, coauteurs du Martyre de Saint-Denis au Musée du Louvre. Ces artistes apportèrent en France un certain goût pour le réalisme qu'ils allièrent au style français. Les artistes les plus représentatifs de ce style franco-flamand sont les frères POL, HERMAN ET HENNEQUIN DE LIMBOURG qui entre 1411 et 1416 exécutèrent pour le duc de Berry, oncle de Charles VI, les admirables Très Riches Heures du duc de Berry, du Musée Condé à Chantilly. Ce livre est un remarquable exemple de la conjonction d'influences française, flamande, italienne qui caractérise la peinture en Europe entre 1390 et 1420 et qui a fait donné au style de cette époque le nom de « cosmopolite ». Les deux panneaux de Musée Mayer Van der Bergh à Anvers reproduisant la Nativité et la Crucifixion, et qui proviennent d'un polyptique démembré (fig. 3) sont parfois attribués à Melchior Broederlam. Leur style est en réalité beaucoup plus français avec une certaine tendance à la caricature importée des Flandres.
Sous l'action des papes, Avignon fut de 1340 environ à 1480 un grand centre de style cosmopolite. Des artistes italiens et français travaillèrent au palais des papes, chacun suivant sa spécialité, les italiens exécutant les grands cycles religieux, les français les décorations profanes représentant des scènes de la vie princière, des épisodes de chasse et de pêche au milieu de la forêt, (fresque de la Tour de la Garde Robe) thèmes naturalistes originaires du Nord. Un cycle de fresques de cette nature provenant de Sorgues près d'Avignon, vient d'être acheté par le Musée du Louvre (fig. 4). C'est un insigne témoin de cet art courtois, chevaleresque, raffiné dont la littérature française a conservé tant d'exemples, mais dont les expressions picturales sont devenues très rares.
Fig. 3. — ANONYME VERS 1400. LA NATIVITÉ. ANVERS. MUSÉE MAYER VAN DEN BERGH.
Fig. 4. — ANONYME VERS 1460. SCÈNE AMOUREUSE. FRÉSQUE PROVENANT DE SORGUES (VAUGLUSE). MUSÉE DU LOUVRE.
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L'ÉCOLE DE LA LOIRE
XVᵉ SIÈCLE
Interrompue dans son essor en 1415 par les désastres de la guerre de Cent Ans, l'école de peinture française renaît vers 1440. Mais Paris déserté par les rois n'est plus jusqu'au XVIIe siècle qu'un centre d'art de second ordre. La Loire au contraire où résident les rois de France devient le grand foyer créateur de l'art français de Charles VII à Louis XII.
La personnalité la plus remarquable de cette école est JEAN FOUQUET, né à Tours vers 1415, peintre en titre de Louis XI, qui avait fait un voyage en Italie avant 1447 et qui mourut en 1481. Il pratiqua à la fois la miniature et la peinture avec un sens particulièrement aiguisé de l'esthétique propre à chacun de ces arts. Son œuvre de miniaturiste la plus célèbre est le manuscrit des Heures d'Etienne Chevalier, dont les miniatures détachées sont conservées pour la plupart au Musée Condé à Chantilly. Dans les livres d'Histoire, qu'il a illustrés il continue la tradition du réalisme anachronique et pittoresque des frères de Limbourg; ses paysages montrent déjà les caractères qui seront ceux du paysage français jusqu'à Corot : sentiment très fin des valeurs, simplicité du site, vision synthétique, ambiance calme.
La seule peinture sur panneau de Jean Fouquet dont l'authenticité soit incontestée est le diptyque de la Vierge et d'Etienne Chevalier (Musées de Munich et d'Auvergne, fig. 5); son style monumental peut paraître surprenant de la part d'un enlumin- neur; mais la simplification des volumes poussée jusqu'à l'abstraction révèle bien la même vision synthétique que les paysages des miniatures; le modèle lisse comme de l'ivoire est le modèle traditionnel de la sculpture française.
L'admirable Pieta de Nouans (fig. 6) découverte il y a quelques années dans l'église de cette localité tourangelle relève de l'art de Jean Fouquet auquel elle s'apparente étroitement. Le modèle lisse qui amortit les aspérités, les draperies calmes, l'expression grave et toute intérieure du pathétique sont des caractères spécifiquement français. Le réalisme que révèle l'étude d'un modèle individuel est tempéré par la recherche d'une certaine idéalisation : l'artiste généralise un modèle individuel qu'il a pris dans la réalité et qu'il reproduit plusieurs fois.
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Fig. 6. — ÉCOLE DE TOURAINE. XVᵉ SIÈCLE. DÉPOSITION DE CROIX. ÉGLISE DE NOUANS (INDRE-ET-LOIRE).
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L'ÉCOLE DU BOURBONNAIS
XV° SIÈCLE
À partir de 1460 on constate en France une libération progressive de la contrainte du style flamand, véhément, pathétique, expressionniste, originaire de Claus Sluter et qui imprégna notamment la sculpture. L'école de la Loire joua un rôle particulièrement actif dans cette libération. L'art si tempéré de Jean Fouquet tend vers la recherche de l'harmonie, démarche semblable à celle que connaît l'Italie à cette époque. Il semble que l'art français va accomplir sans heurts, par des voies naturelles, le passage du Moyen Âge à la Renaissance. Vers la fin du siècle une légère influence italienne vient se conjuguer avec cette tendance naturelle de l'art français. Elle se distingue nettement chez le plus grand peintre français de la fin du siècle, demeuré malheureusement anonyme : le MAÎTRE DE MOULINS, appelé ainsi d'un grand retable de la cathédrale de Moulins exécuté vers 1498 (fig. 8) et montrant la vierge en gloire entourée d'anges, accompagnée des portraits en priant du duc Pierre de Bourbon et d'Anne de Beaujeu, fille de Louis XI. Le modelé est rond, lissé, harmonieux comme chez Jean Fouquet, mais la plénitude des formes, le coloris dénotent une influence probable de Ghirlandajo. Tous les types du maître se ressemblent entre eux; on sent que les préoccupations de l'artiste sont avant tout d'ordre esthétique; il n'emprunte plus ses modèles à la nature et tend vers la même impersonnalité des types qu'on rencontre chez son contemporain Giovanni Bellini. La comparaison du Saint Maurice avec un donateur du Musée de Glasgow (fig. 7) et de l'Étienne Chevalier de Jean Fouquet montre bien ce processus de l'idéalisation. On a pensé que le Maître de Moulins pouvait être Jean Perréal, célèbre artiste du règne de Charles VIII et de Louis XII qui a voyagé en Italie et qui a travaillé au tombeau du duc François II à Nantes, très voisin par le style du retable de Moulins. On sait que cet artiste a excécuté plusieurs de ses productions pour la maison princière de Bourbon.
Dans cette région du Centre touchant à la Loire et qui semble dès le xve siècle avoir été féconde, comme en témoignent les fresques qu'elle a conservées (Danse des morts de La Chaise-Dieu), le Maître de Moulins paraît avoir engendré une école. Plusieurs peintures relèvent de son influence, en particulier les fresques des arts libéraux à la Cathédrale du Puy.
Fig. 7. — LE MAÎTRE DE MOULINS, SAINT MAURICE ET UN DONATEUR, MUSÉE DE GLASGOW.
Fig. 8. — LE MAÎTRE DE MOULINS, TRIOMPHE DE LA VIERGE, VERS 1498-1499, CATHÉDRALE DE MOULINS.
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Fig. 9. — ENGUERRAND CHARONTON, COURONNEMENT DE LA VIERGE, 1454. CHARRUREUSE DE VILLENEUVE-LEZ-AVIGNON.
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L'ÉCOLE PROVENÇALE
XVᵉ SIÈCLE
Au xve siècle, malgré le départ des papes, la Provence reste un foyer de civilisation brillante. On y distingue deux centres d’art : Aix, séjour de la cour du roi René, Avignon, séjour de la cour des légats du pape. L’école d’Aix fut profondément touchée par l’influence flamande. Le plus ancien témoin de l’activité picturale à Aix est le retable de l’Annonciation à l’église de la Madeleine (fig. 11), une des plus énigmatique peinture du xve siècle. Exécuté vers 1440, ce retable dont le centre est resté à la Madeleine, tandis que les volets sont partagés entre le Ryksmuseum d’Amsterdam, le Musée de Bruxelles et la collection Cook à Richmond, montre encore des traces de l’art des Limbourg, des influences dijonnaises, des rapports avec le style des Van Eyck, de Conrad Witz et d’Antonello de Messine. La construction plastique, l’aisance harmonieuse en font bien une œuvre méridionale, et d’ailleurs cette origine est attestée par l’exécution du panneau sur bois de sapin.
NICOLAS FROMENT, d’Uzès, suivi de 1461 à 1479, qui exécuta vers 1475 pour le roi René le retable du Buisson ardent à la Cathédrale d’Aix (fig. 10) mêle d’une façon peu heureuse l’influence de Roger Van der Weyden à celle des quattrocentistes florentins.
Centre cosmopolite, Avignon, dont l’école de peinture est très prospère, a employé des peintres originaires de régions très diverses ; mais il semble que tous ont reçu l’empreinte d’un style local, fortement original, d’une monumentalité simple et grandiose, avec une tendance parfois marquée à une certaine âpreté. ENGUERRAND CHARONTON natif de Laon, suivi à Avignon de 1447 à 1461, qui a peint pour la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon le Couronnement de la Vierge (fig. 9) est proche de l’auteur de la Pieta de Villeneuve, chef-d’œuvre de l’école. Plusieurs peintures conservées dans la région, la Rencontre de Joachim et Anne, le Couronnement de la Vierge à Carpentras, le Saint Siffrein du Musée Calvet à Avignon, s’apparentent à ces deux œuvres et attestent l’existence d’une école locale fortement caractérisée.
Pendant ce temps sur le littoral se développe une école locale, dite de Nice, qui mêle aux influences avignonnaises et catalanes, celles de la Ligurie. JEAN MIRALHET, originaire de Montpellier (1418-1437) et LOUIS BRÉA, de Nice en sont les principaux représentants.
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Fig. 10. — NICOLAS FROMENT. LE BUISSON ARDENT. 1475-1476. CATHÉDRALE D’AIX.
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Fig. 11. — ANONYME VERS 1440. ANNONCIATION. ÉGLISE DE LA MADELEINE À AIX.
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XVIe SIÈCLE
L'ITALIANISME
L'évolution spontanée qui vers la fin du xve siècle semble amener l'art français à rejoindre la Renaissance par son mouvement propre se trouve bouleversée par une invasion brutale d'influence italienne, provoquée par les guerres d'Italie; mettant brusquement la France en face d'exemples accomplis de l'art de la Renaissance qu'elle n'est pas encore prête à assimiler, cet italianisme provoquera une crise profonde d'où sortira une école rénovée.
L'art de JEAN BOURDICHON, artiste du temps de Louis XII, qui n'est plus de l'enluminure et pas encore de la peinture, atteste l'épuisement de l'école. Celle-ci doit faire appel à la collaboration d'artistes étrangers qui par un phénomène particulier à la France subiront profondément l'influence de milieu et créeront un art d'expression française.
Les artistes italiens appelés par François Ier à Fontainebleau (LE ROSSO, appelé en 1531, LE PRIMATICE, appelé en 1532) y élaborèrent dans les nombreux ensembles qu'ils peignirent un art italianisant par le style, mais dont les thèmes mythologiques galants, le lyrisme cynégétique et sylvestre, la poésie de la féminité, expriment quelques-uns des caractères permanents de l'art français à travers les siècles. Il est remarquable que, même au point de vue de la forme, cet art produit par des italiens, présente des caractères français. Au contact du milieu français un peintre comme Le Primatice perd la nervosité du style maniériste italien, et élabore un style calme, tempéré, à tendances classiques. Des tableaux anonymes conservés en assez grand nombre, tels que la Sabina Poppea du Musée de Genève (fig. 12) montre l'assimilation de ce style par des artistes autochtones, non sans quelque gaucherie parfois.
Cependant dans les Flandres françaises, à Douai, un artiste local, JEAN BELLEGAMBE (vers 1470-1534) a laissé une production assez abondante, dont le polyptique d'Anchin au Musée de Douai (fig. 13), est l'œuvre principale. Son style composite, mouvementé et ingénieux s'apparente en réalité au maniérisme anversois; tout juste peut-on relever comme un élément autochtone une tendance à en tempérer la nervosité.
Fig. 12. — ANONYME XVIe SIÈCLE. SABINA POPPEA. MUSÉE DE GENÈVE.
Fig. 13. — JEAN BELLEGAMBE. POLYPTIQUE DE LA TRINITÉ, VERS 1515. MUSÉE DE DOUAI.
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LES PORTRAITISTES
XVIe SIÈCLE
Le portrait connaît au XVIe siècle, en France comme dans toute l'Europe, une grande faveur. La France créa une conception qui lui est propre du portrait; mais là encore elle dut pour l'ex-primer avoir recours à des artistes étrangers. La famille des Clouet est en effet originaire d'Anvers ou de Bruxelles. On trouve JEAN CLOUET établi à Tours en 1521, à Paris en 1529; il meurt en 1540. Il a joui d'une réputation considérable. Son fils FRANÇOIS CLOUET († 1572) qui lui succéda dans la faveur royale, nous a laissé deux œuvres signées : L'apothicaire Pierre Cuthe du Louvre, la Femme au bain de la collection Cook. De Jean nous avons une œuvre attestée par un document le portrait de Guillaume Budé de la collection Bing à New-York.
Les Clouet ont élaboré la formule française du portrait qu'on pourrait appeler le portrait psychologique : le portrait est réduit à la tête ou au buste; l'artiste cherche à saisir les traits de la physionomie qui traduisent les dominantes du caractère. A cette fin les Clouet ont montré une prédilection pour les portraits dessinés aux deux ou trois crayons fixant les principaux accents d'une physionomie qu'ils reproduisaient ou faisaient reproduire à plusieurs exemplaires. L'art de Jean Clouet (fig. 15) est d'une pénétration psychologique intense, ses dessins, ébauches rapides, zèbrees de hachures, enlevées en quelques traits révèlent l'impatience créatrice. L'art de François Clouet (fig. 14) est moins intense et plus aimable ; ses dessins d'un trait délié, très « ingresque » sont plus finis, plus minutieux.
Plusieurs artistes très mal connus se sont adonnés à l'art du portrait. Un groupe de petits portraits enlevés d'un pinceau preste dans des harmonies délicates sur des fonds verts ou bleu forme une individualité bien distincte. Il a été attribué à CORNEILLE DE LYON, artiste que l'on sait avoir été originaire de La Haye (fig. 16). Plusieurs artistes prolongèrent jusqu'au XVIIe siècle la tradition du portrait dessiné des Clouet, les principaux appar-tiennent à la dynastie des QUESNEL (PIERRE et ses deux fils, FRANÇOIS † 1619 et NICOLAS) et les DUMONTIER (PIERRE, ÉTIENNE et DANIEL † 1646). Avec PIERRE LAGNEAU cet art se stérilise et devient mécanique.
Fig. 14. — François Clouet, Élisabeth de Valois, fille de Henri II. Musée de Toledo (U.S.A.).
Fig. 15. — Jean Clouet, Le Dauphin, fils de François Ier. Musée d'Anvers.
Fig. 16. — Corneille de Lyon, Portrait présumé de Madeleine de France, reine de France. Musée de Blois.