Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'AMOUR DE L'ART
RENÉ HUYGHE DIRECTEUR
VIII
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A L'EXPOSITION DE 1937
LE THÉÂTRE EN FRANCE AU MOYEN-AGE
Œuvres inédites de Félix Trutat. - Chroniques
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OCTOBRE 1937
PRIX : 15 FRANCS
RÉDACTION, ADMINISTRATION, PUBLICITÉ : ÉDITIONS DENOËL, 19, RUE AMÉLIE, PARIS (7e) — TÉLÉPHONE : SÉG. 90-99, INV. 17-09
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L'AMOVR DE L'ART
DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE
Conservateur des Peintures au Musée du Louvre
DIRECTEUR-ADJOINT : GERMAIN BAZIN
Secrétaire de la Rédaction : MICHEL FLORISOONE
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REVUE MENSUELLE
DIX-HUITIÈME ANNÉE
OCTOBRE 1937 — N° 8
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Comité d'Honneur :
Madame la Princesse CAETANI DE BASSIANO ;
Madame COLETTE ;
M. PAUL BAUDOUIN, amateur d'Art ;
M. BERNARD BERENSON ;
M. ABEL BONNARD, de l'Académie française ;
M. GABRIEL COGNACQ, membre du Conseil des Musées nationaux ;
M. DAUTRY, ancien directeur général des Chemins de fer de l'Etat ;
M. D. DAVID-WEILL, membre de l'Institut, président du Conseil des Musées nationaux ;
M. HENRI FOCILLON, professeur à la Sorbonne ;
M. le Comte HUBERT DE GANAY ;
M. JEAN GIRAUDOUX ;
M. ALBERT S. HENRAUX, président de la Société des Amis du Louvre ;
M. ETIENNE NICOLAS, amateur d'Art ;
M. EUGENIO D'ORS, de l'Académie espagnole ;
M. GEORGES RENAND, amateur d'Art ;
M. PAUL VALERY, de l'Académie française.
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SOMMAIRE
I
LE THÉÂTRE EN FRANCE AU MOYEN-AGE
Préface. . . . . . . . . . Gustave Cohen
I. Le Drame Liturgique.
II. Le Drame Semi-Liturgique.
III. Miracles, Jeux et Moralités.
IVa. Les Grands Mystères du xve siècle.
IVb. Mystères profanes et Théâtre Comique.
V. Les Grands Mystères du xvie siècle.
VI. Naissance de la Mise en Scène Moderne.
VII. Le Théâtre et la Musique.
II
PETITS MAITRES DU XIXe SIÈCLE :
Œuvres inédites de Félix Trutat. . . . . . . Madeleine LEVINGER.
PEINTRES CONTEMPORAINS ÉTRANGERS.
Le Mexique et l'esprit primitif : Maria Izquierdo . Antonin ARTAUD.
UNE EXPOSITION, UN LIVRE.
Le Greco. . . . . . . Germain Bazin.
Maillol au Petit Palais . M. F.
Les Expositions. . . . M. F.
Les Livres. . . . . . G. B.
LES FAITS.
Echos et Informations.
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FRANCE : 120 FRANCS
BELGIQUE : 130 FRANCS Français
ÉTRANGER : 190 et 220 FRANCS Français
Rédaction, Administration, Publicité : ÉDITIONS DENOEL - 19, Rue Amélie, PARIS (7e)
Chèques Postaux 1469-03
Reg. Com. Seine 244.131 B
Téléphones : Sécur 90-99 — Invalides 17-09
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Le THEATRE en FRANCE au MOYEN-AGE
Le Portail Sud de la Cathédrale de Chartres.
LA section théâtrale, que nous présentons ici, se distingue de celles que connurent les Expositions de 1878 et de 1900 en ceci que son objectif est à la fois plus restreint et plus précis. Plus restreint, parce qu'elle ne concerne que la mise en scène du Moyen-Age depuis ses lointaines origines liturgiques au pied des autels, jusqu'à son orientation, à la Renaissance, vers la scénologie moderne sous des influences humanistes, italiennes et classiques. Plus précis, parce que cette section vise à constituer l'amorce d'un futur Musée d'Histoire du Théâtre.
La France doit trop de sa gloire littéraire à son art dramatique, dans le tragique comme dans le comique, dans le sérieux comme dans le profane, pour ne pas vouloir un jour lui consacrer un Panthéon, dédié aux auteurs, aux œuvres et surtout à ce qu'elles ont de plus visuel, à savoir, leur mise en scène : salles de spectacle, décors, costume, mimique et musique, étant bien établi qu'une pièce n'existe que comme résultante de ces cinq forces essentielles : l'auteur, le spectateur, le metteur en scène, le musicien et l'acteur. Ainsi donc, de l'éphémère dont est composée malheureusement une exposition universelle, nous voudrions que sortit quelque chose de permanent et de définitif.
Le Moyen-Age, qu'il faudrait appeler le Premier Age, n'est ici pris que comme témoin et le futur Musée dont nous rêvons est destiné à embrasser toutes les époques et toutes les manifestations du théâtre français, peut-être même du théâtre universel, jusqu'aux plus actuelles, celles qu'on trouvera sous formes de maquettes sur la scène ou dans les salles de ce Laboratoire dramatique de la Classe 70, présidée par M. Cogniat.
Toutefois, comme ici nous sommes intégrés à la Classe III, qui est celle de la Muséographie, nous nous soumettons à ses règles et à sa doctrine, et nous voulons donner un type de présentation conforme à notre conception moderne.
L'antipode de celle-ci, et qui servira bien à la définir, est ce qu'on appellerait le Musée de Province, si l'on ne craignait d'offenser la Province, et si l'on ne savait que celle-ci, dans ses grandes villes au moins, commence à présenter de très beaux Musées ; et qu'il vaut mieux, pour cette double raison, appeler le Musée bric-à-brac, où un portrait de Lamartine et un buste de Napoléon figurent entre un crocodile empaillé et une panoplie de flèches empoisonnées : le Musée qui rassemble sans enseigner, qui ramasse sans classer.
Ici, une matière déterminée est exposée dans une salle unique, destinée à l'éclairer par ses monuments et ses témoins historiques : en objets réels et authentiques, quand il a été possible (sculptures de
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pierre et de bois, ivoires, tableaux, toiles peintes, tapisseries, instruments de musique), ou en reproductions, quand il a été impossible d'obtenir ou de montrer les originaux, (moulages, maquettes, photomontages).
Peut-être une part trop grande paraîtra-t-elle dévolue à la photographie, à ses agrandissements, ses découpages, ses montages. Ceci est l'affirmation d'un principe. Par ce procédé moderne bien manié, tout Musée pauvre, si déshérité qu'il soit, doit être riche, encore que nous reconnaissons volontiers que la photographie n'est jamais que le signe de la réalité et ne remplace point l'objet. Toutefois, nous l'estimons supérieure à la reconstitution qui singe l'original et peut induire le visiteur en erreur, en lui faisant prendre le reconstitué pour l'authentique. Ajoutons qu'elle est plus économique, plus docile, plus facile à placer que le moulage, qui n'a pas moins de valeur. Où la photographie doit cependant régner en mai-tresse, en concurrence au besoin pour la variété et pour l'attraction du regard, avec la lettre peinte, c'est dans l'inscription qui, éclairant les objets exposés, doit être comme un livre aux grandes lettres, ouvert sur la paroi. Pour redonner un instant au mot son sens étymologique et grec : un Musée est une Bible ; un Musée est un livre, un livre à enluminures, une Bible historiée comme le Moyen-Age en a tant peint sur parchemin, et tant sculpté aux porches de ses cathédrales, et que lisait et goûtait même l'humble fidèle, qui n'entendait point le latin des Offices et le grec des Evangiles.
Ainsi conçu, le Musée apparaît le prolongement et le complément de l'Ecole, j'entends de l'Ecole aux trois degrés : primaire, secondaire et supérieur, il devient proprement social.
Pour constituer le nôtre, nous avons rencontré les concours les plus empressés et les plus précieux, d'abord celui de la Classe III, de son président M. Henraux et de ses membres, en particulier de l'architecte Moreux, de MM. les Conservateurs des Musées : Paul Deschamps, du Trocadéro ; Huyghe, du Musée du Louvre ; Rivière, du Musée de Folklore ; Jamot, du Musée de Reims ; Chantavoine, du Musée du Conservatoire ; Carle Dreyfus, du Musée de Cluny ; H. Closson, du Musée des Instruments de Musique de Bruxelles. Que tous trouvent ici l'expression de notre gratitude ainsi que MM. les Conservateurs des Bibliothèques d'Arras, Rouen, Cambrai, Saint-Quentin, Orléans, Sens et M. Cain, Directeur des Bibliothèques Nationales, qui se sont dessaisis, eux aussi, momentanément, en notre faveur, de quelques-uns des magnifiques trésors dont ils ont la garde.
$\text{Sustave Cohen}$
Professeur en Sorbonne,
Président de la Société des Historiens du Théâtre.
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COMITÉ D'HONNEUR :
Président : M. JOSEPH BEDIER, de l'Académie Française.
Membres :
MMmes la Vicomtesse de CHAMBURE ;
Grace Jenny FRANK, Professeur à Bryn Maur College (U.S.A.) ;
HORN, Bibliothécaire à l'Arsenal ;
la Marquise de MAILLE, Vice-Présidente de la Sauvegarde de l'Art Français.
MM. VAN DEN BORREN, Bibliothécaire du Conservatoire Royal de Bruxelles ;
BOUSSARD, Conservateur de la Bibliothèque d'Orléans ;
Sir E. K. CHAMBERS ;
CHANTAVOINE, Secrétaire général du Conservatoire ;
L'abbé CHENESSEAU, Professeur à la Faculté Libre ;
CLOSSON, Conservateur du Musée des Instruments de Musique (Bruxelles) ;
MM. Paul DESCHAMPS, Conservateur du Musée de Sculpture comparée ;
Carle DREYFUS, Conservateur au Musée du Louvre ;
Chanoine FOURNIER, Président de la Commission des Monuments historiques du Pas-de-Calais ;
GREGOR, Conservateur à la Bibliothèque de Vienne ;
A. JEANROY, membre de l'Institut ;
LABROSSE, Conservateur de la Bibliothèque de Rouen ;
LALLIER, Conservateur de la Bibliothèque Mazarine.
MARCHANDEAU, Député, Maire de Reims ;
PROD'HOMME, administrateur de la Bibliothèque de l'Opéra ;
S. Ex. le Sénateur Ugo OJETTI, de l'Académie Italienne ;
OURSEL, Conservateur de la Bibliothèque de Dijon ;
Paul PLANTIN, Conservateur de la Bibliothèque de Cambrai ;
René SCHNEIDER, Professeur à la Sorbonne ;
VATIN, Conservateur de la Bibliothèque de Saint-Quentin ;
VOITURON, Conservateur de la Bibliothèque publique de Mons ;
Karl YOUNG, Professeur à l'Université de Yale (U.S.A.).
WILMOTTE, de l'Académie Royale de Belgique.
Directeur de l'Exposition : M. GUSTAVE COHEN, Professeur à la Sorbonne, Président de la Société des Historiens du Théâtre.
La présentation architecturale est due à M. MAZENOD, et a été exécutée par " Arts et Métiers Graphiques ".
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I. - LE DRAME LITURGIQUE
C'est une vérité aujourd'hui incontestée de l'histoire littéraire que toute religion est par elle-même génératrice de drame. L'office n'est en vérité que la dramatisation du dogme, le temple devenant le théâtre, l'autel le décor, le prêtre l'acteur, et les fidèles les spectateurs, et il ne manque même pas la musique, qui joue ici un rôle essentiel. Ce processus se vérifie au Japon comme en Chine, aux Indes comme en Perse (le tazieh), pour la tragédie grecque comme pour le Mystère chrétien, dont notre théâtre moderne est issu tout entier.
C'est donc dans le chœur et au pied de l'autel qu'il faut aller chercher nos origines dramatiques, et comme la France médiévale est une inépuisable matrice de formes d'art nouvelles, on ne saurait s'étonner de trouver chez elle le berceau du drame liturgique. Plus qu'à Saint-Gall, en Suisse, c'est à l'abbaye bénédictine de Fleury-sur-Loire (actuellement Saint-Benoît-sur-Loire) qu'il faut le chercher. En témoigne la Regularis Concordia du bénédictin anglais Saint Ethelwold, écrite entre 965 et 972, qui, décrivant l'office dramatisé de Pâques, dont nous allons parler, invoque l'usage des Bénédictins de Fleury, gardiens du corps vénéré de Saint Benoît, qu'ils avaient dérobé au Mont Cassin.
A. - Le Drame liturgique de Pâques.
Or, le fait essentiel que célèbre la liturgie est moins la naissance toute humaine du Dieu incarné, que sa mort, et plus encore sa Résurrection, ce qui est le propre de la liturgie de Pâques. Voilà pourquoi la scène essentielle du drame qui sortira de celle-ci est la Visite des Trois Maries au Sépulcre, allant oindre le corps du Christ, ne trouvant qu'un tombeau vide symbolisé par l'autel, l'ange qui en a écarté la pierre et qui leur demande :
"Quem quaeritis in sepulcro, O Christicolae ?"
"Qui cherchez-vous dans le sépulcre, ô servantes du Christ", à quoi les Trois Maries, qui sont aussi des prêtres ou des moines ayant coiffé l'amict pour ressembler à des femmes, répondent :
"Jesum Nazarenum crucifixum, o Coelicolae".
"Jésus de Nazareth crucifié, ô habitants du Ciel."
1. — a) ÉGLISE ABBATIALE DE FLEURY-SUR-LOIRE (aujourd'hui Saint-Benoît-sur-Loire trois photographies agrandies).
C'est dans l'intérieur de cette magnifique église, dont le chamoine Chenesseau a écrit l'histoire, que furent joués, du XIe au XIIe siècles inclus, les drames liturgiques, dont le Manuscrit 201 d'Orléans forme le répertoire.
b) Croquis de plantation de décors reconstituée.
2. — MANUSCRIT 201 DE LA BIBLIOTHÈQUE D'ORLÉANS (original, parchemin 251 p. 162 x 144 mm. rel. peau XIIe siècle).
a) photographies de la page 221 où on lit, en dessous de la 6e portée musicale, le texte du fameux trope (addition à la liturgie) Quem queritis in sepulcro, o Christicolae, etc.
b) p. 206, sous la deuxième portée, les paroles qui en sont l'imitation pour le drame de Noël : Quem queritis, pastores, dicite.
3. — ORDINAIRE DE BILSEN DE LA BIBLIOTHÈQUE DES BOLLANDISTES (Ms 289), Bruxelles (photographies).
Drame de Pâques. Paroles latines chantées sur des neumes, indiquant, sans portées, le mouvement de la voix.
4. — MANUSCRIT 927 DE LA BIBLIOTHÈQUE DE TOURS (photographies et croquis de mise en scène) : Drame latin de la Resurrection (très développé).
5. — MANUSCRIT 86, DE LA BIBLIOTHÈQUE DE SAINT-QUENTIN (original provenant de l'abbaye de femmes d'Origny-Sainte-Benoîte (début XIIIe siècle), office de Pâques en français.
6. — DRAME DE PAQUES. Les Trois Maries au Sépulcre. Ivoire du Musée de Cambridge (photographie) XIIIe siècle.
7. — DRAME DE NOEL. a) Linteau du Portail Sainte Anne à Notre-Dame de Paris (agrandissement); b) La Marche des Rois, Cathédrale de Chartres (photographie).
8. — LES TROIS ROIS COUCHÉS (Cathédrale de Chartres), moulage du Musée du Trocadéro (provenant de l'ancien jubé, début du XIIe siècle).
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9. — PROCESSION DES PROPHETES DU CHRIST. Manuscrit de Rouen (Bibliothèque de Rouen, Ms V 110 : original parchment 316 × 230 mm.).
10. — OFFICE DE LA CIRCONCISION, de Pierre de Corbeil (Manuscrit original, Musée de Sens). (Voir le livre de l'Abbé Villetard.)
11. — JEU DE SAINT NICOLAS.
a) Le Saint procurant des époux et des dots à des jeunes filles qui ne trouvent pas à se marier (abbaye de Winchester, fonts baptismaux du xiiie siècle).
b) Le Saint ressuscitant les trois clercs mis au saloir (ibidem : même provenance).
12. — LE DRAME DE DANIEL joué et composé dans les Écoles de Beauvais.
Manuscrit Egerton 2615 du British Museum (photographies). Remarquer l'introduction encore timide, de refrains ou de demi-vers français.
13. — LE SPONSUS OU DRAME DE L'EPOUX, mise en action de la parabole évangélique des Vierges Sages et des Vierges folles.
Manuscrit 1139, xiiie siècle, provenant de l'abbaye de Saint-Martial-de-Limoges, véritable conservatoire de la Musique liturgique (original et photographies ou on lira le beau refrain :
Las Chartivas, las maleuras, trop y avom (ou avet) dormit dont il faudrait entendre la musique).
14. — LE FIANCÉ (Sponsus) ET LA VIERGE SAGE. Moulage des sculptures d'un porche de la Cathédrale de Strasbourg.
L'ANGE : « Non est hic... »
« Il n'est pas ici, allez et annoncez qu'il est ressuscité ». (Voir Manuscrit 201 d'Orléans, provenant de Fleury-sur-Loire, véritable répertoire du drame liturgique du xiie au xiiie siècle). Cette scène primitive, du xe siècle, à laquelle s'ajoutera bientôt l'apparition de Jésus en jardinier à Marie-Madeleine, se développe en un véritable drame latin, aux multiples personnages dont Pilate, les Gardes du Sépulcre, soudoyés par lui pour se taire sur le Miracle, le Marchand de parfums, vantant aux trois Maries sa marchandise (élément comique sorti de l'élément religieux).
Mais les fidèles, pour la plupart, ou les moniales connaissaient peu et comprenaient mal le latin. Aussi, dans le Monastère de femmes d'Origny-Sainte-Benoite (Manuscrit 86 de la Bibliothèque de Saint-Quentin), le français remplace le latin, le drame gardant toujours sa forme d'office liturgique.
B. - Le Drame liturgique de Noël.
A l'imitation du Drame de Pâques se forme ensuite le drame de Noël, la crèche remplaçant le sépulcre ; les Obstetrices (ou accoucheuses), les Anges ; les Bergers, les Saintes Femmes et l'on chante
OBSTETRICES :
Qui cherchez-vous dans la crèche, pasteurs, etc...
PASTORES :
L'enfant enveloppé de ses langues.
Au drame de Noël se rattache celui de l'Epi phanie (Manuscrit 201 d'Orléans p. 206) ou de l'Etoile apparaissant aux Mages ou Rois, disparaissant quand ils sont chez Hérode, réapparaissant quand ils le quittent pour aller offrir à l'Enfant la myrrhe, parce qu'il est mortel, l'or, parce qu'il est Roi, l'encens, parce qu'il est prêtre. C'est cet Officium stellae qu'on rencontre dans le linteau du Portail Sainte-Anne à Notre-Dame-de-Paris (vers 1160), dans le vitrail de Chartres, (fin du xiiie siècle).
Ressortissent encore au même cycle la Pro cession des Prophètes du Christ (telle qu'elle se déroulait dans la nef (manuscrit de Rouen Y 110) à l'appel d'un pseudo Saint Augustin, l'Office de la Circoncision de Pierre de Corbeil (Manuscrit de Sens) réjouissance des Ecoliers après le jour des Innocents, au temps joyeux de Noël, qui prolonge à la même date les Saturnales antiques, le Drame de Daniel (Manuscrit du British Museum) conçu et joué dans les Ecoles de Beauvais.
Quant au Sponsus ou Drame de l'Epoux, inspiré de la Parabole évangélique des Vierges Sages et des Vierges folles (voir les moulages des statues de la cathédrale de Strasbourg), on peut le tenir pour l'apogée du drame liturgique, par la beauté de sa musique qui en fait notre premier opéra (Manuscrit 1139, provenant de l'abbaye de Saint-Martial-de-Limoges, véritable conservatoire de la musique liturgique), l'éloquence et la vigueur passionnée de son dialogue et l'emploi encore timide et partiel de la langue vulgaire (limousin).
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II. - LE DRAME SEMI-LITURGIQUE
CETTE formule caractérise à la fois un genre et une date (seconde moitié du XIIe siècle, début du XIIIe). En même temps elle désigne une évolution décisive vers la formation du théâtre français.
Le drame de plus en plus développé, dans son texte, comme dans sa mise en scène, est presque entièrement écrit en langue vulgaire (français ou dialecte normand), et c'est la raison pour laquelle il quitte le chœur et la nef pour le porche de l'église ou les salles des confréries. Cependant, il conserve un lien étroit avec la liturgie puisque la musique qui l'accompagne est exclusivement celle des offices et que la pièce française n'est, à tout prendre, que la dramatisation et la traduction de l'office latin en ses leçons et répons.
Le type parfait du genre est le Jeu d'Adam et Eve, qui figure dans le manuscrit 927 de la Bibliothèque de Tours (No 16, aux folios 20 à 39, sans la musique qu'il est facile d'emprunter au Manuscrit de Saint Maur, ms. lat. 12044 de la Bibliothèque Nationale). C'est un office de la Septua-gésime dont toutes les leçons (empruntées aux Evangiles) et les répons (chants dialogués) appartiennent au propre de ce temps (dixième dimanche avant Pâques) et, par cette merveilleuse continuité que présente l'Eglise, s'y chantent encore. Mais le développement des rubriques ou didascalies écrites en latin, à l'intention du metteur en scène ecclésiastique, est tel que l'on se sent bien en présence d'une vraie pièce de théâtre, qui a pour coulisses le théâtre et pour scène le parvis.
C'est bien pourquoi mes étudiants de Sorbonne, pour le reconstituer en toute sa vérité, ont joué l'adaptation que j'en avais faite (publiée à Paris chez Delagrave, 1935, in-12) le jour de l'Ascension, 30 mai 1935, dans un cadre approprié, devant l'admirable portail sud de la Cathédrale de Chartres, dont on voit ici une reproduction photographique, bien supérieure en fidélité aux dioramas des expositions ordinaires. Sur les marches on aperçoit les diverses scènes qui s'y jouent : Figura, symbole d'un Dieu jeune, à l'aurore du Monde, exhorte Adam et Eve, qu'il va installer dans le Paradis terrestre. Ils sont en bliaut et en robes du XIIe siècle, car le Moyen-Age est ici plus respectueux de la pudeur que de la tradition biblique. A gauche du spectateur, dans le portail des Confesseurs, que des branchages et l'Arbre de la science du bien et du mal désignent comme le lieu du Paradis, se déroule la scène de la Tentation d'Adam et Eve par Satan. Au portail des prophètes est figurée la dernière scène, où on les voit enchâinés et entourés, en Enfer, par les Démons.
Sur la mise en scène de ce qu'on n'appelle pas encore les Mystères, mais les Jeux, nous possédons encore un autre document dont on verra ici la photographie, d'après le Manuscrit de la Bibliothèque Nationale, c'est le prologue d'un fragment conservé dun Jeu de la Résurrection, dont voici la traduction :
15. — PORTAIL SUD DE LA CATHE-DRALE DE CHARTRES.
(Agrandissement photographique et photo-montage).
On aperçoit dans ce portail les entre-colonne-ments légers qui séparent les deux portails latéraux du portail central, dont les sculptures peuvent être datées de 1212 à 1220 environ, et qui sont donc contemporaines de notre JEU qui est, selon moi, de la fin du XIIe, ou, selon P. Meyer, du début du XIIIe siècle.
Le portail de gauche (le plus près de la tour) est celui des Saints Martyrs. Saint Laurent, diacre ; Saint Clément, pape ; Saint Etienne, diacre ; Saint Théodore, en costume de guerrier, auquel fait pendant Saint Georges. C'est ce portail que nous avions choisi pour y faire le Paradis, lequel est toujours à droite (côté favorable) de Dieu, et, par conséquent, à gauche du spectateur. Le portail central, caractérisé par l'admirable statue du Christ enseignant, occupant le trumeau, entre les deux battants de la porte, forme le centre de la scène et, si l'on veut le Monde, récemment créé. Celui qui est à droite des spectateurs, et qui est consacré aux Saints Confesseurs, Saint Nicolas, dont nous avons vu le rôle dans le drame liturgique ; Saint Léon, pape ; Saint Martin de Tours, etc., a été supposé par nous l'Enfer où les diables emménent Adam et Eve liés, après la chute et le péché originel, mais d'où Figura viendra ensuite les tirer.
16. — LE JEU D'ADAM, Manuscrit 927 de la Bibliothèque de Tours.
Photographie du No 20, début et de la rubrique de mise en scène initiale.
17. — FRAGMENT DU JEU DE LA RESURRECTION (en anglo-normand).
a) MANUSCRIT 902 DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE.
a) Photographie du No 97, contenant le prologue si caractéristique par la description des décors présentés au public.
b) Traduction.
c) Croquis interprétatif reconstituant hypothétiquement la mise en scène de ce Jeu de la Résurrection, qui est à rapprocher de celui encore tout latin du Ms 927 de la Bibliothèque de Tours.
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15. MAQUETTE DU PORTAIL DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES
avec reconstitution d'une scène.
HOEUR ET L'ECUISE
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Premièrement appareillons
Tous les lieux et les mansions :
Le crucifix premièrement
Et puis après le monument.
Une prison y doit avoir
Pour les captifs emprisonner.
Enfer soit mis de cette part.
Aux mansions de l’autre part,
Et puis le ciel. Aux échafauds
Pilate avec tous ses vassaux :
Six ou sept chevaliers aura.
Cayphas en l’autre siéra.
Avec lui soit la Juiverie
Et puis Joseph d’Arimathie.
Au quart lieu soit dom Nicodème,
Chacun y a près soi les siens.
Au quint les disciples du Christ,
Les trois Maries soient au sist.
Si soit pourvu que l’on fasse
Galilée parmi la place.
Emmaüs encore y soit fait
Où Jésus fut à l’hôtel trait.
Comme la gent est tout assise
Et la paix de toutes parts mise,
Dom Joseph cil d’Arimathie
Vienne à Pilate et puis lui die :
Ainsi tous les lieux ou mansions (autre forme de maison) nécessaires à l’action se dressent juxtaposés sur la scène et toujours présents aux yeux des spectateurs (c’est ce qu’on appelle la mise en scène simultanée, qui restera celle du Moyen-Age) :
1. Ciel.
2. Crucifix, c’est-à-dire Golgotha.
3. Monument, c’est-à-dire Saint-Sépulcre.
4. Prison (sous le Sépulcre).
5. Enfer.
6. Palais de Pilate avec six ou sept chevaliers.
7. Palais de Cayphe et la Juiverie.
8. Maison de Joseph d’Arimathie.
9. Maison de Nicodème.
10. Les disciples du Christ.
11. Les trois Maries.
12. Galilée.
13. Emmaüs.
Si je sépare mansions et estals, j’en aurai cinq d’une part, six de l’autre, plus deux, sur la place :
A. MANSIONS ou lieux :
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II. ESTALS ou Tréteaux :
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Crucifix.
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1. Pilate et six ou sept chevaliers.
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Monument (Sépulcre).
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2. Cayphe + Juiverie.
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Gaïole (Prison).
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3. Joseph d’Arimathie.
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Enfer.
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Quart. Nicodème.
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Ciel.
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Quint. Disciples.
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Sist. Trois Maries.
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III. Sur la Place :
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Galilée
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Emmaüs.
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Au drame semi-liturgique on pourrait rattacher aussi les très anciennes Nativités du Manuscrit 617 de Chantilly et le drame de Pâques d’Origny-Sainte-Benoite (Ms. de la Bibl. de St-Quentin) et de même le Sponsus ou Drame de l’Epoux que nous avons préféré à cause de sa date lointaine (xie siècle) faire figurer dans le Drame liturgique, bien que déjà la langue vulgaire (limousin) y soit employée.
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III. - MIRACLES, JEUX ET MORALITÉS
XIIIe ET XIVe SIÈCLES
Le XIIIe siècle est pour le Moyen Age le Grand Siècle, celui de nos glorieuses cathédrales : Reims la Royale, Amiens la Messianique, Paris la Mariale, Chartres l'Encyclopédique, toutes de l'Opus francigenum, l'œuvre française par excellence, celui encore de la naissance de l'Université de Paris « lampe resplendissante dans la Maison du Seigneur », écrivait en 1255 le Pape Alexandre IV, celui de Saint Louis et de Dante, de Saint Bonaventure et de Saint Thomas, qui y représentent l'un la philosophie mystique, l'autre la philosophie rationnelle, de Siger de Brabant et de Roger Bacon, qui y représentent le progrès des sciences. On n'a pas fini de s'exalter et de s'émerveiller à sa contemplation.
Dans l'ordre du théâtre qui, seul, nous concerne, mais comment séparer le théâtre — ce microcosme ou réduction d'univers — le théâtre, miroir du temps, des autres manifestations d'art ou de pensée contemporaines, le XIIIe siècle marque un progrès important. Or, il est curieux que, dans un siècle de foi profonde, dont la cathédrale est le témoin de pierre, et le Saint Roi le témoin de chair, ce progrès s'exerce dans le sens d'une laïcisation. Sans doute cela tient-il au côté réalisateur, parfois réaliste, parfois même (dans la seconde moitié), naturiste et naturaliste, et toujours rationaliste, de cette formidable époque.
Celle-ci marque en effet d'une part, dans l'ordre religieux, la complète émancipation des jeux sacrés à l'égard de l'office ou de la liturgie, auxquels ne les rattache plus que le Te Deum final et, d'autre part, dans l'ordre profane, la naissance et l'épanouissement du Théâtre comique. Laïcisation d'autre part, dans le fait que, ainsi détachée des offices, la pièce religieuse se place à n'importe quel temps de l'année, et peut être confiée à n'importe qui : clercs (étudiants, savants qui sont à peine d'église) et laïcs, membres des confréries, bourgeois ou ouvriers.
De ce théâtre ainsi émancipé, le plus ancien témoin me paraît être le Jeu de Saint Nicolas, de Jean Bodel, mort en 1210, trouvère d'Arras, et il est déjà bien caractéristique que l'auteur en soit connu, alors que, nous ne savons à qui attribuer le Sponsus ou même le Jeu d'Adam et Eve. Pour délivrer le preudhomme qui l'a invoqué et auquel il a promis sa protection, le Saint n'hésite pas à aller retrouver à la taverne les escarpes qui y jouent aux dés, scène plaisante, dont Jean Bodel n'a pas hésité à faire suivre la belle bataille de croisade caractérisée par ce vers :
« On a souvent veu grand cœur en corps petit ».
Mais le plus beau témoin de l'art dramatique au XIIIe siècle reste incontestablement le Miracle de Théophile, conçu entre 1260 et 1270, selon toute apparence, par le grand trouvère Rutebeuf, ce poète vagabond, authentique préfigure de François Villon, qui vécut à Paris aussi, mais deux siècles plus tard. C'est l'histoire du « clerc Théophile », ce premier Faust, qui vendit son âme au diable pour ravoir sa charge que son évêque lui avait travie. Les étudiants de Sorbonne que nous
18. — JEU DE SAINT NICOLAS, DE JEAN BODEL.
Miniature du Manuscrit 3142 de la Bibliothèque de l'Arsenal (folio 227 verso) représentant le poète, devenu lépreux et par conséquent « mort au monde », prenant congé de ses amis. (Photographies.)
19. — LE MIRACLE DE THÉOPHILE.
Notre-Dame de Paris : Croisillon nord (vers 1260).
Ce haut relief du tympan est donc comme l'illustration en pierre, sculpté vers 1260, des divers épisodes du « Miracle de Théophile » de Rutebeuf (même époque) et juxtaposés comme sur la scène.
De gauche à droite (en bas) :
1. Le Clerc Théophile à genoux fait hommage au diable, les mains jointes, en présence du Juif Salatin debout.
2. Le petit diable inspire à l'évêque de rendre au clerc Théophile sa charge qu'il a perdue.
3. Théophile repentant implore Notre-Dame en sa chapelle.
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avons déjà vus au Portail Sud de Chartres, l'ayant à leur programme,
ne se sont pas contentés de le lire, mais l'ont, à mon instigation, ressuscité
en le jouant à l'amphithéâtre Louis Liard, le 7 mai 1933, avec un tel
succès qu'ils en ont reçu et gardé depuis le nom de Théophiliens. (Voir
mon adaptation, Paris Delagrave, 6e édit., 1935.) Pour la mise en scène
que, à la différence du Jeu d'Adam et Eve, aucune rubrique ou didascalie
ne précise, ils n'ont eu qu'à reproduire dans leur ensemble et dans le
détail toutes les scènes qui, à une époque exactement contemporaine
de la pièce, furent sculptées et juxtaposées au tympan du croisillon
nord de Notre-Dame, achevé vers 1260 par Jean de Chelles. Elles sont
comme la pétification pour la postérité, du Jeu que les entretailleurs
d'image avaient pu voir représenté peut-être à cette même place. Ce
portail est ici reproduit en photographie, grandeur nature.
Le Miracle de Théophile est notre plus ancien Miracle de Notre-Dame,
non pas parce qu'il est sculpté au transept de la cathédrale de Paris, mais
parce que c'est l'intervention miraculeuse de la Vierge qui en amène le
dénoûment. Il en est de même dans les Miracles de Notre-Dame du beau
manuscrit 820 de la Bibliothèque Nationale dont nous reproduisons deux
miniatures se rapportant : la première au Miracle de la femme que Notre-
Dame garde d'être arse (brûlée), la seconde à Saint Alexis (le pauvre sous
l'escalier, mourant de faim et de froid, inconnu, sous l'escalier de ses
parents qu'il avait jadis quittés pour se consacrer aux austérités). La
matière dramatique, on le voit, s'enrichit d'emprunts à l'épopée, au
roman ou à l'imagination originale. Ainsi de l'Histoire de Griselidis (1395),
(Manuscrit de la Bibliothèque Nationale, fonds français 2203, photogra-
phies), qui est une sorte de conte par personnages à l'honneur de la femme
restée fidèle à son mari, malgré les dures humiliations et épreuves qu'il
lui impose.
Au reste, cette sorte de comédie dramatique, pour parler comme les
Modernes, ressortit déjà au théâtre profane, qu'enfante, nous l'avons vu,
l'inépuisable xiiiie siècle, non pas à Paris, mais à Arras, dont l'importance
est considérable, parce que la création de la grande industrie drapière et
du commerce des laines y amène la formation d'une bourgeoisie riche,
qui, à l'imitation de la noblesse, se plaît à s'entourer de poètes, attirés
au surplus par l'existence de la confrérie des Jongleurs formée là-bas
pour l'entretien de la Sainte Chandelle miraculeuse donnée par N.-D. à
deux d'entre eux pour la guérison du Mal des Ardents.
Les étapes sont :
a) Courtois d'Arras (vers 1225), notre première Moralité.
b) Le Jeu de la Feuillée (vers 1277), cette première revue de fin d'année,
représenté ici par la Roue de Fortune.
c) Le Jeu de Robin et Marion, du même Adam, premier opéra-comique.
d) L'Aveugle et son Valet, notre plus ancienne farce, qui fut composée
pour la ville de Tournai, vers 1277 éditée p. M. Roques, 1911.
Le théâtre comique est né et il est appelé à des destinées sinon aussi
amples, du moins plus durables que le théâtre religieux.
4. La Vierge se rend aux portes de l'Enfer,
menaçant le diable de sa croix et lui arra-
chant le pacte de Théophile, toujours
agenouillé.
5. Au sommet, l'Evêque montrant au peuple
prosterné, le pacte de Théophile qui, à sa
droite, en écoute la lecture.
Photomontage grandeur nature conçu par
M. Mazenod, exécuté par « Arts et Métiers
graphiques ».
19 bis. — SCÈNES DE LA VIE DES
ÉTUDIANTS DE PARIS. Portail Saint-
Etienne (Notre-Dame, xiiie siècle). Moulages
du Musée du Trocadéro.
20. — LES MIRACLES DE NOTRE-DAME.
Manuscrit 820 de la Bibliothèque Nationale,
Photographies agrandies de deux de ses
miniatures.
a) Comment Notre-Dame garda une femme
d'être arse (brûlée).
b) Saint Alexis le pauvre sous l'escalier.
21. — HISTOIRE DE GRISÉLIDIS.
Miniatures en grisailles du Manuscrit fonds
français 2203 de la Bibliothèque Nationale.
(Photographie.)
22. — LA PREMIÈRE MORALITÉ EXEM-
PLAIRE, COURTOIS D'ARRAS.
Premier quart xiiie siècle ; reproductions
photographiques des vitraux de la Cathédrale
de Sens.
23. — LE JEU DE LA FEUILLÉE, D'ADAM
LE BOSSU, dit de le Hale (vers 1277).
Pièce satirique, ainsi nommée de la loge de
feuillage dressée pour le repas des trois fées
dans la nuit de la Saint Jean, et où figure la
Roue de fortune, telle qu'elle apparaît souvent
dans les romans ou les Moralités, notamment
« Bien avisé Mal avisé ».
Bibliothèque Nationale Réserve, vélin 602,
(Photographie).
(Transposition de G. Cohen et J. Chailley,
Paris, Delagrave, 1935).
24. — LE JEU DE ROBIN ET MARION
D'ADAM LE BOSSU, DIT DE LA HALLE.
Le plus ancien opéra comique, chant, danses,
musique et texte d'Adam le Bossu dit de le
Hale ou encore Adam d'Arras, joué à la
Cour des Rois angevins de Naples, vers
Noël 1283.
Miniatures du Manuscrit de la Bibliothèque
Méjanes à Aix. (Photographies)