Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'AMOUR DE L'ART
RENÉ HUYGHE DIRECTEUR
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MANIFESTE CONTRE PARIS DÉPOTOIR DES MARBRES * GÉRICAULT ET LA FRESNAYE par WALDEMAR-GEORGE
DÉCEMBRE 1935
PRIX : 12 FRANCS
RÉDACTION : 63, AV. DES CHAMPS-ÉLYSÉES, PARIS (8°). — ADMINISTRATION, PUBLICITÉ : ÉDITIONS A. SEDROWSKI, 33, RUE CLAUDE-TERRASSE, PARIS (16°).
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Aux Editions A. SEDROWSKI, 33, rue Claude-Terrasse, Paris-xvie
EN SOUSCRIPTION:
FÉLIX VALLOTTON
ET SES AMIS
PAR
HEDY HAHNLOSER-BÜHLER
Un volume format in-4° carré (21×27) de 304 pages, composé en Bodoni corps 10, présenté sous couverture remplie, en deux couleurs, avec 153 reproductions en phototypie des œuvres de l’artiste : peintures, dessins, gouaches, gravures, sculptures ; illustré de nombreux bois et de documents inédits, suivi d’un Livre de Raison.
Le tirage exécuté dans les Ateliers des Presses Modernes, pour le texte, et par les Etablissements Vigier et Brunissen, pour les planches, est limité à :
30 exemplaires sur japon impérial, numérotés en chiffres romains de I à XXX (contenant chacun une série de bois de F. Vallotton)
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s’est réservé un certain nombre d’exemplaires de l’ouvrage SCULPTURES DU MUSÉE DE L’ACROPOLE (Les Archaïques) à paraître aux Editions Louis Carré. Cet album format in-4° raisin (25×32) présenté sous couverture en couleurs, comprend 34 planches en héliogravure, précédés d’une introduction par Mme Chevallier-Vérel, attachée au Musée du Louvre.
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fera bénéficier ses abonnés du prix spécial de 25 fr. au lieu de 30 fr. prix de librairie.
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L'AMOVR DE L'ART
DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE
DIRECTEUR-ADJOINT : GERMAIN BAZIN
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REVUE MENSUELLE
DÉCEMBRE 1935, N° 10
SEIZIÈME ANNÉE
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SOMMAIRE
PARIS DEPOTOIR DES MARBRES.
DIALOGUE SUR LE HASARD INTERIEUR.
- Vers la Désorientation
- Sens de l'Orientation
Jean Cassou.
René Huyghe.
MAITRES DE L'ENERGIE INTERIEURE :
- Gericault et La Fresnaye
Waldemar George.
LE THEATRE ET LE MONDE :
- Pour un théâtre contemporain
Jean LoisY.
DOCUMENTS :
- Hayne de Bruxelles et la copie de Notre-Dame-de-Grâces de Cambrai
Jacques Dupont.
EXAMENS DE CONSCIENCE :
- VII. Leonid.
UN FAIT, DES FAITS...
- Le Mouvement et la Pensée à l'Exposition de 1937
- Echos et Informations
André Dennery.
La Rédaction
et J.-M. Campagne.
UNE EXPOSITION, DES EXPOSITIONS...
- Questions aux Exposants du Salon d'Automne
- Salons, Galeries et Musées
Michel Florisoone.
G. B., M. F. et L. B.
RECTIFICATION :
- Meubles en quête d'auteur.
UN LIVRE, DES LIVRES...
- Le Rétable de Cracovie
- Publications françaises et étrangères
- Articles de Revues
René Huyghe.
R. H. et G. B.
R. H.
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DONATELLO - « GATTAMELATA ».Padoue 1450.
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BOURDELLE - « GÉNÉRAL ALVEAR ».Buenos-Ayres, 1918.
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MARTIAL - « ALBERT Ie ».Paris, 1955.
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PARIS
DÉPOTOIR DES MARBRES
La Revue L’Amour de l’Art et son Comité d’honneur, d’accord avec la Revue Arts et Métiers Graphiques et son directeur M. Charles Peignot, ont décidé de lancer la protestation suivante dont l’annonce a déjà rencontré la plus large adhésion de la presse parisienne.
PARIS honore désormais les morts en se déshonorant; chaque gloire se paie d’une laideur nouvelle. Jadis, une société comprenait qu’en élevant les monuments des hommes illustres elle élevait ceux aussi de son propre souvenir. Elle se trouvait si naturellement à la taille des personnages ou des événements de son histoire, qu’elle surpassait parfois leur gloire par celle du chef-d’œuvre où elle l’avait inscrite. La Victoire de Samothrace portée par ses ailes de marbre s’égalé aux plus célèbres batailles, qui vivent seulement par leur nom, à Salamine, à Marathon; le Colleone ou Gattamelata, par la puissance du sculpteur, conquièrent une immortalité que n’auraient pas connue leurs actes.
La France, partout présente et vivante par son art et sa pensée, au Moyen-Age, au XVIIe siècle, au XVIIIe, et de nos jours, grâce à ses cathédrales, à ses palais, au décor de sa vie et à ses chefs d’école, la France, pays d’élection de l’art statuaire, ne sait plus aujourd’hui qu’avilir ses plus nobles architectures, les Invalides ou la Concorde, par de dérisoires statues.
À peine chassés le Paris casqué du Carrousel ou le Jules Simon de la Madeleine, les offenses au goût se multiplient : Mangin, Clemenceau, Galliéni, Fayolle, et bientôt Foch et Albert Ie, est-il possible que tant de grandeur se solde à si bas prix, en ces médiocrités de place publique?
L’école française compte les plus grands noms de la sculpture contemporaine; l’argument même de déformation outrancière et d’esotérisme opposé à l’art moderne ne sait où s’appuyer en face de ce style si pleinement classique, fait de force pure et de calme. Paris l’ignore et se couvre de monuments ridicules, confiés à des inconnus, à des médiocres ou à des incapables. Durant vingt années le monde entier a envoyé des disciples au plus grand sculpteur monumental de ce temps, à BOURDELLE; la plus belle statue équestre de l’époque moderne, l’héroïque Alvear, lui fut commandée par la République Argentine; la Province elle-même cédant à sa gloire accueillit ses œuvres; mais Paris, qui avait déjà refusé le Balzac de RODIN, ne prêta, ultime consolation, une de ses places à BOURDELLE qu’à l’expresse requête d’un pays étranger.
Aujourd’hui encore, malgré les insistances du Ministre de l’Education Nationale
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VINGT SIÈCLES
LA VICTOIRE DE SAMOTHRADE
Louvre.
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DE CULTURE
F. COGNÉ
« Clemenceau »
Paris, 1952.
Phot. M. Gimpel.
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et du Directeur Général des Beaux-Arts, le déplacement promis du Musset de la Comédie-Française ne peut être obtenu.
La décision du jury du monument Albert Ier ajoute un dernier scandale : un sculpteur qui honore l'école française, WLERICK, n'a pas été jugé digne d'être retenu parmi les cinq artistes entre qui devait se jouer la compétition finale. Cela, malgré l'avis formel des plus hautes autorités artistiques officielles qui siégeaient parmi les juges.
Certains diront qu'en ces temps de crise il est des problèmes plus graves que ceux de l'art. Ne voient-ils pas que cette carence de l'art, cette limitation étroite aux problèmes matériels n'est pas la conséquence de la crise, mais l'aveu de sa cause intime? L'homme pérît d'avoir rabaisssé, étouffé son esprit, de lui avoir ôté la foi en sa supériorité par quoi il pourrait encore résister, pour ensuite les dominer, aux puissances physiques qu'il a déchaînées. L'Art, le respect de l'Art, le besoin de l'Art ont toujours été la marque des civilisations fortes que l'événement ne dépassait point parce qu'elles étaient accoutumées à concevoir autre chose que l'événement.
Il s'agit de savoir si Paris, reniant la tradition qui fait son prestige, continuera de donner l'exemple de cette veulerie spirituelle, si Paris, refusant toute commande à nos artistes les plus incontestés, aux MAILLOL, aux DESPIAU, à la magnifique équipe qui les entoure, livrant aux décisions anonymes des concours le choix de ses monuments, continuera de se dégrader et d'insulter à son passé.
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LE COMITE D'HONNEUR DE L'AMOUR DE L'ART
Madame COLETTE; M. Abel BONNARD, de l'Académie Française; M. Gabriel COGNACO, membre du Conseil des Musées Nationaux; M. DAUTRY, directeur général des Chemins de fer de l'Etat; M. D. DAVID-WEILL, membre de l'Institut, président du Conseil des Musées Nationaux; M. Henri FOCILLON, professeur la Sorbonne; M. le comte Hubert de GANAY; M. Jean GIRAUDOUX; M. Albert S. HENRAUX, président de la Société des Amis du Louvre; M. Etienne NICOLAS, amateur d'art; M. Georges RENAND, amateur d'art; M. Paul VALERY, de l'Académie Française.
MM. Auguste PERRET, Louis SUE, André VERA, Jean-Charles MOREUX, membres du Comité d'Architecture.
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LETTERES
*M. Maurice MAETERLINCK, de l'Académie Royale de Belgique,
M. François MAURIAC, M. Louis GILLET, M. Jacques BAINVILLE, de l'Académie Française.
M. Eugenio d'ORS, de l'Académie Espagnole.
M. Paul JAMOT, conservateur au Musée du Louvre, de l'Institut.M. Jean AJALBERT, M. Pol NEVEUX, de l'Académie Goncourt.
M. Jean MISTLER, M. Charles POMARET, anciens ministres.
MM. Francis CARCO; Jean CASSOU, inspecteur des Beaux-Arts; Jean COCTEAU; Jacques COPPEAU; Elie FAURE; Jean LOISY; Jacques MARITAIN; André MAUROIS; *Paul MORAND; Jean PREVOST.
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ART
M. Julien CAIN, administrateur de la Bibliothèque Nationale.
M. André JOUBIN, directeur de la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie.
MM. Paul ALFASSA, conservateur adjoint au Musée des Arts Décoratifs; Luc BENOIST, conservateur adjoint au Musée du Louvre; André CHAMSON, conservateur adjoint au Musée de Versailles; Jean CHARBONNEAUX, conservateur adjoint au Musée du Louvre; André DEZARROIS, conservateur du Musée des Ecoles Etrangères contemporaines, directeur de la « Revue de l'Art
Suite page suivante, 1ère colonne.
(*) Les noms précédés d'une Étoile sont ceux des personnalités qui nous ont adressé leur adhésion par une lettre que nous publions à la suite.
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*M. A. H. CORNETTE, conservateur en chef des Musées d'Anvers, professeur à l'Université libre de Bruxelles, membre de l'Académie Royale Flamande.
M. J. OPSOMER, directeur de l'Académie Royale des Beaux-Arts d'Anvers.
MM. Paul COLIN; Paul FIERENS; Georges MARLIER; André DE RIDDER, critiques d'art belges.
Suite page suivante, 2ème colonne.
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Ancien et Moderne », vice-président, faisant fonction de président, de « l'Association de la Presse artistique française »; *Raymond Escholier, conservateur du Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris; Georges Grappe, conservateur du Musée Rodin; Jacques Guérin, conservateur adjoint au Musée des Arts Décoratifs; Louis Metman, conservateur du Musée des Arts Décoratifs; René-Jean, conservateur du Musée d'Ethnographie; Gabriel Henri Rivière, sous-directeur du Musée du Louvre; Edouard Sarradin, conservateur honoraire des Musées Nationaux; Jean-Louis Vaudoyer, conservateur du Musée Carnavalet.
Dr J. Carvallo, délégué général de la « Demeure Historique »; Henri Mondor, professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris; Charles Pacquement, président de la Société des Amis du Luxembourg; Dr Pasteur Vallery-Radot; Henri Vever, amateurs d'art.
Nous recevons au dernier moment les adhésions de M. Georges Monnet, député, rapporteur du budget des Beaux-Arts, et de M. Louis Jouvet, directeur du théâtre de l'Athénée.
LE COMITE DE DIRECTION DE L'AMOUR DE L'ART
MM. René Huyghe, Germain Bazin, Waldemar-George.
De M. Maurice Maeterlinck, de l'Académie Royale de Belgique.
30 Novembre 1935.
Je ne connais le projet de monument que par les photos des maquettes. Cela suffit. Je suis fixé, ils ont, naturellement, comme je l'avais prévu, choisi le plus banal.
La statue équestre de mon roi est devenue l'enseigne d'un sellier ou d'un professeur d'équitation pour dames. Que faire? Ne plus passer par la rue ou la place qu'elle déshonorera? Mais à ce compte, bientôt, on ne pourra plus circuler dans Paris.
Je suis tout avec vous.
Maeterlinck.
De M. Louis Gillet, de l'Académie française.
5 Décembre 1935.
Bien entendu, mon cher Ami. Je n'aime point les manifestes, mais sauvons au moins d'une injure la Place de la Concorde. Tâchons de disputer Paris aux saboteurs et aux bourreaux ou aux boueux qui le salissent.
A vous.
Louis Gillet.
De M. A. H. Cornette, de l'Académie Royale Flamande.
En fait de laideurs sculpturales, nous avons en Belgique une rare expérience : après la guerre, sous prétexte d'hommage aux morts, au Roi, etc., le pays a été inondé de choses odieuses; il y a quelques années Ancers a été doté d'un immense monument grandiloquent et prétentieux, à la gloire du Roi Albert, et dont la vue nous irrite quotidiennement.
Aussi j'adhère de tout cœur à votre protestation d'autant plus que les talents éminents ne manquent pas en France. Mais que veut-on faire? N'y a-t-il pas eu un vice de procédure? Quid, si une œuvre est primée dans un concours? N'eût-il pas fallu protester tout d'abord contre la composition du Jury coupable?
A. H. Cornette.
De M. Georges Renand, amateur d'art.
Le 27 Novembre 1935.
Je signe avec joie votre protestation et je regrette qu'un combat analogue n'ait pas été livré pour empêcher l'érection de Sainte-Geneviève et surtout de son gigantesque piédestal devant l'Ile Saint-Louis. C'est, à mon avis, encore plus choquant que le Musset malade du Théâtre Français dont, du moins, l'emplacement est discret.
G. Renand.
De M. Henri Focillon, professeur à la Sorbonne.
Je vous félicite et je suis avec vous. Il ne faut pas toucher à la Place de la Concorde, sinon pour y mettre un chef-d'œuvre, — et encore.
Henri Focillon.
MM. Simon Arbeliot, secrétaire général de « l'Association de la Presse Artistique Française »; Georges Besson; Gabriel Boissy, rédacteur en chef de « Comadia »; Bernard Champignelle; Jean Charensol; René Chavance; Louis Cheronnet; Pierre du Colombier; Raymond Cognia; Philippe Diole, rédacteur en chef de « Beaux-Arts »; Charles Fegdal, membre de la Commission du Vieux-Paris; François Fosca; G.-J. Gros; Pierre Guéguen; Jacques Guenne, directeur de « l'Art Vivant »; Raymond Lecuyer; André Lhote; Charles Peignot, directeur « d'Arts et Métiers Graphiques »; Mme Ch. Pomaret, directeur de « La Renaissance », membre du Conseil Supérieur des Beaux-Arts; Gaston Poulain, rédacteur en chef d'« Art et Artisanat »; Yvanohé Rambosson; Claude Roger-Marnx; André Salmon; Paul Sentenac; E. Teriaud; Vanderpyl; Gaston Varenne; Louis Vauxcelles; André Warnod; Michel Florisoone, secrétaire de la rédaction de « l'Amour de l'Art », critiques d'art.
Du Comte Hubert de Ganay.
C'est bien volontiers que je souscris à votre initiative. Puisez votre manifeste réussir à nous débarrasser de ces horreurs dont on encombre Paris.
Bravo, mon cher Ami. L'Amour de l'Art est tout indiqué pour une protestation de ce genre, surtout quand nous avons des Despian et des Mailloï qui font l'envie et l'admiration du monde entier.
Hubert de Ganay.
De M. Gabriel Cognacq, membre du Conseil des Musées Nationaux.
Jeudi 28 Novembre 1935.
Arrachez tous les navets qui déshonorent Paris et empêchez qu'on en plante d'autres : si vous réussissez ce programme sans les secours des ligues, vous rejoindrez Hercule dans la mémoire des hommes.
Gabriel Cognacq.
De M. Paul Morand.
Paris, le 5 Décembre 1935.
J'approuve de tout cœur votre protestation que me transmet votre lettre du 30 novembre.
Ces monuments sont trop souvent immondes, mais la ténacité et la vanité de mauvais sculpteurs (il y en a de bons mais on les compte) recommandés par des politiciens seront toujours beaucoup plus fortes, je le crains, que nos indignations.
Paul Morand.
De M. Raymond Escholier, conservateur du Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.
Le jury, c'est l'incompétence! — et l'irresponsabilité.
Raymond Escholier.
De M. François Fosca.
Vendredi.
J'approuve entièrement votre manifeste au sujet des monuments et statues récemment élevés à Paris. Il est déconcertant que la seule raison qui justifierait qu'on dégradât une statue — la raison qu'elle choque le goût — n'incite jamais personne. Je rêve de voir un jour le Syndicat de la Presse Artistique en prendre l'initiative; mais je sais très bien que ce n'est qu'un rêve...
François Fosca.
De M. Charles Fegdal, membre de la Commission du Vieux-Paris.
5 Décembre 1935.
Je vous retourne inclus la protestation à laquelle je m'associe de toutes mes forces, tant comme amoureux de Paris que comme, à vos côtés, défenseur de l'art et poursuivante inlassable du mauvais goût des « embellissements » parisiens.
Charles Fegdal.
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DIALOGUE SUR LE HASARD INTÉRIEUR
Une année d'action s'achève pour L'Amour de l'Art. Dans l'incontestable désarroi qui laisse la nouvelle génération des peintres aussi résolue à ne pas simplement continuer les tendances de ses prédécesseurs qu'incertaine de sa propre destinée engagée encore dans les alibis des adroits arrangements techniques ou d'un prudent réalisme, L'Amour de l'Art a essayé de consommer la rupture avec un passé immédiat dont le prestige nous paralyse et d'exhorter l'art à chercher autre chose que des positions d'attente. Nous avons demandé à quelques-uns des jeunes peintres et sculpteurs les plus marquants de l'heure actuelle de nous éclairer sur eux-mêmes au cours de nos "Examens de Conscience", cependant que dans nos "Tables d'Orientation" nous cherchions à concevoir ce qui limite et ce qui arrête l'art d'aujourd'hui afin de l'aider à trouver le chemin d'une porte de sortie.
Puisque nous avons sollicité les artistes de faire leur "Examen de Conscience" n'est-il pas temps pour nous aussi, en cette fin d'année, de nous soumettre à la discipline que nous avons conseillée aux autres? Pour nettement concevoir la portée de ses idées et les obstacles qu'elles rencontrent, quoi de mieux que la contradiction, que l'objection? Jean Cassou a bien voulu jouer le rôle de "partner". Nous insérons ici son appel "Vers la Désorientation", suivi d'un "Sens de l'Orientation" de notre Directeur.
L'Amour de l'Art s'est fait un programme de la probité de l'esprit, — et un idéal de sa qualité; nous satisfaisons l'un et l'autre en publiant cet article de Jean Cassou.
L'AMOUR DE L'ART
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VERS LA DÉSORIENTATION
par JEAN CASSOU
En un temps où l'on s'accorde à considérer la peinture comme fatiguée par d'innombrables excès et, par conséquent, digne de pitié et de secours, peut-être siérait-il d'intervenir brutalement et de l'engager à sortir de l'excès par l'excès même. Les conseils affluent de tous côtés : la peinture est égarée... Il lui faut s'orienter... Comme si un sens, comme si une direction était meilleure qu'une autre! Comme si la peinture, la lanterne à la main, poursuivait un but qui se puisse signaler! Comme si le rôle de la critique, en ce « moment de désarroi » (il se peut qu'il y ait, dans l'histoire de l'art, des moments de pauvreté, mais je ne conçois guère ce que peut être un moment de désarroi), comme si le rôle, donc, de la critique était de parvenir à l'établissement d'une formule, ainsi que font les congrès politiques et diplomatiques! Eh! bien, allons-nous convoquer les chefs des partis, aussi bien messieurs les présidents de Salons que les jeunes leaders d'avant-garde et leur demander de s'expliquer? Et faut-il croire que de cette explication naîtra l'idée d'une direction possible, d'une orientation? La peinture sortira de l'ornière et marchera droit là où elle doit aller? Et où ira-t-elle? Je souhaite, reprenant un mot célèbre, que ce soit à sa perte. C'est-à-dire qu'elle reste dans la forêt, qu'elle retrouve cette fraîcheur et cette obscurité qui sont les conditions de la vie. Qui donc oserait prononcer: « Voici le chemin et la voie... » Et pourquoi ce chemin plutôt qu'un autre? A distance, l'histoire de l'art reconstruit des mouvements, des aspirations, il apparaît clairement aujourd'hui qu'à partir de Giotto la peinture s'orienta vers la gravité, les formes tendirent à la masse ; à partir de l'Impressionnisme français elles tendirent à la légèreté. Qui oserait assurer que ce chemin-ci est préférable à celui-là?
A la naissance d'un grand mouvement d'art, ce qu'on éprouve le plus distinctement, c'est l'incertitude et la désorientation. Il y a quinze ou vingt ans, l'air était plein de rencontres hasardouses, de discussions chimériques et, surtout, d'aventures personnelles. Qui donc, à ce moment où se formaient ténèbressement le fauvisme, le cubisme, l'expressionnisme, eût osé parler d'orientation et concilier la prophétie avec la lucidité, sinon avec ce désir de repos, de synthèse académique et d'embrassade générale qui se cache sous les enquêtes et autres examens de conscience de la
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critique actuelle? Non, dans les moments vivants et riches de l'histoire artistique, ce qui éclate, ce n'est point le souci de s'orienter, mais une sorte d'aspiration agressive, juvénile, inventive, qui, justement, ne se préoccupe nullement de savoir « où elle va ». Car il ne s'agit jamais, en art, d'aller « quelque part ». Plus tard seulement, l'inventeur tourne les yeux autour de lui et découvre où il se trouve situé. Alors seulement il se rend compte qu'il s'est creusé sa place, et qu'il a déterminé sa figure, et que, dans la diversité des possibilités que peut atteindre la peinture, il a choisi sa possibilité, s'est rapproché de telle tendance, de telle tradition, de telle leçon, et s'est écarté de telles autres tendances, traditions et leçons.
C'est cette atmosphère de naissance et d'espoir, que l'on respirait il y a quinze ou vingt ans et que certains aimeraient retrouver aujourd'hui, au lieu de conciliabules compassés où la peinture se concerterait à la façon d'un système à adopter et d'une politique à suivre. Une résolution d'« orientation » ne peut se faire que sur du passé, et comme un choix entre des tendances connues, ou selon une combinaison d'entre elles. Et finalement, c'est une formule de juste milieu et de conciliation qu'on adoptera. Bref, ce à quoi aspire la critique d'aujourd'hui, c'est à un « éclectisme », c'est-à-dire à un académisme. Les peintres qui ont fait la peinture moderne, pas plus que Goya ou Rembrandt, n'ont cherché à « s'orienter »; ils n'ont pas choisi entre des solutions existantes. S'ils se sont « orientés », c'est vers la solution qui n'existait pas : autrement dit, ils se sont désorientés.
J'aime qu'André Lhote, dans ses récents articles, insiste sur ce déséquilibre que représente l'œuvre de tout vrai créateur: au lieu de chercher à opérer, avant toute chose, une conciliante synthèse, celui-ci dissocie, exagère une des parties qui constituent l'art de peindre, soit la forme au détriment de l'ambiance, soit l'ambiance au détriment de la forme, soit la poésie, soit le style, soit la couleur. « C'est là, dit Lhote, besogne subtile, qui demande la présence chez l'artiste, de cette faculté maîtresse qui justement fait défaut à la plupart : l'invention. » En effet, chez les grands inventeurs, les nôtres, ceux de notre temps, et aussi Goya, Rembrandt, Greco, Tintoret, Breughel, Ingres, Cézanne, nous constatons la prédominance presque monstrueuse d'un élément sur les autres. C'est affaire à ces derniers de se montrer, ensuite, à la hauteur de l'ambition prédominante. Ah! ce n'est point une synthèse niveleuse qui s'opère ici. Mais tout un orage qui emporte les diverses parties de la peinture et les tire en haut! Si l'intellectualité domine, et la recherche effrénée du style, et le dessin, et l'esprit géométrique, il faudra que la sensibilité et le coloris et le plaisir physique se hausset au degré d'excessive excellence qu'auront atteint les premiers éléments : et voilà Ingres. C'est dans le duel et l'instabilité de parties contraires que son œuvre se soutient et nous instruit. C'est en méditant de pareils exemples que nous pourrons retrouver ce désir impétueux d'invention, cet appétit de l'imagination, cette inquiétude organique et profonde qui caractérisent les moments décisifs de l'histoire de l'art, moments dont nous avons la secrète nostalgie, mais que nous ne parviendrons pas à construire par des artifices abstraits.
Aussi bien, si parmi les recherches des jeunes peintres d'aujourd'hui en est-il qu'il me plaise de retenir, non point pour débrouiller les voies d'une possible orientation, mais pour former cette atmosphère obscure et vibrante que j'aime respirer à la naissance d'un effort vivant, ce seront les recherches qui ne comportent point l'idée d'un progrès de la « Peinture » (avec un grand P), d'une marche de la Peinture se dirigeant quelque part, mais bien celles où ne se marque point le souci même de la Peinture. Je n'aime point que les jeunes peintres prennent un si vigilant, tremblant et maternel souci des destinées de la peinture. J'aime, au besoin, qu'ils cherchent à la détruire et à la ruiner. J'aime qu'ils la mêlent impurement au souci de choses étrangères à la peinture : la poésie, par exemple, ou le rêve, ou les murs, ou la révolution. Que la peinture s'oriente comme elle voudra, qu'elle aille au diable s'il le faut! L'essentiel est que le peintre trouve en lui je ne sais quel élément distinct qu'il se sente l'impérieux besoin de développer, d'étendre et de nourrir, comme une créature vorace : et la peinture suivra. Et alors, de force, elle sera poétique, ou onirique, ou murale, ou révolutionnaire. C'est le plus sûr moyen pour elle d'être humaine, et, par conséquent, de rentrer à son tour, dans l'histoire de la peinture, laquelle n'a été faite que d'une suite de violents et irrépressibles caprices humains.
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Signature:
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SENS DE L'ORIENTATION
par RENÉ HUYGHE
Partout l’homme a abdiqué ; il abandonne les rênes : la Machine, le Capital et autres dieux aveugles courent leur course folle et sans âme ; l’Intelligence, elle aussi, que l’on a voulu perfectionner plutôt que diriger, taraude sans fin, mécanique sans direction, ses puissances mêmes et jette au vent le capital humain en une poussière subtile. Elle, dont la fonction initiale est de guider l’homme, elle l’exhorte spécieusement « à la désorientation ». Il serait aisé d’engager la polémique, de jouer la partie que nous offrent les mots : « Sortir de l’excès par l’excès même », « ne point concevoir le désarroi », quand tout en pérît autour de nous, aimer que les jeunes peintres « cherchent à détruire et à ruiner la peinture » et souhaiter que cette même peinture « aille à sa perte »; il serait commode de faire un faisceau de ces formules, de les dépouiller de leur nuance, et d’y dénoncer l’actuel sadisme de la pensée, qui, lassée de tout et d’elle-même, n’aspire plus qu’à subir le joug délicieux et obscur des hasards intérieurs. Serait-il même abusif d’y voir l’aboutissement d’un siècle de « pensée historique » qui, à force de donner une égale valeur relative à toutes les doctrines, finit par opposer à chacune le même scepticisme, réduit l’intelligence au rôle de spectateur et non plus d’acteur, ne comprenant plus qu’agir, c’est « choisir une action » et non se laisser mener par elle? Serait-il abusif aussi d’y voir la conséquence de quinze années de surréalisme, habituées à laisser flotter les rames et à subir l’accident de sensibilité? — Nous ne le ferons pas, car ce serait polémiquer au lieu de comprendre, ramener les idées d’autrui à l’image simpliste, à laquelle pourtant on ramène bien un peu les nôtres. Car enfin avons-nous jamais proposé « l’établissement d’une formule, ainsi que font les congrès politiques et diplomatiques », imaginé des « conciliabiles compassés où la peinture se concertait à la façon d’un système à adopter et d’une politique à suivre ». — Laissons donc le domaine aisé des équivoques. Quelle est la question et comment Cassou la pose-t-il? La cause qu’il plaide est juste, mais fausses les conséquences qu’il en tire. Si tout se réduisait à ceci : d’une part les droits imprévibles de la création, des génies qui (l’expression est belle) « se sont orientés vers la solution qui n’existait pas encore », qui ne choisissent pas une direction, mais qui ajoutent chaque fois à la rose des vents une autre inconnue avant eux et qu’ils imaginent en même temps qu’ils s’y engagent, — et d’autre part, l’éclectisme, la pensée sans génie, fourmi du monde spirituel qui pille de droite et de gauche, par choix et par élimination, les débris dont est fait son apparent trésor, — si la question était telle et qu’il fallut choisir, j’opte, je suis avec Cassou, je parie pour le génie et pour l’imprévisible.
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Mais la question n’est pas telle...
Le désarroi, c’est précisément l’absence des génies dans une société, l’absence des impulsions majeures. « Les peuples, dit admirablement Bossuet¹, ne durent qu’autant qu’il y a des élus à tirer de leur multitude. » Et pourtant une génération doit vivre, elle doit agir. Pour vivre, pour agir, il suffit au génie d’être; sa direction, c’est son développement ; mais aux collectivités, il faut ou l’élan qu’il leur donne, ou alors un but qui en orientant la marche, la provoque. Il faut ou la force intérieure qui pousse, ou la force extérieure qui attire : une impulsion ou un but. Mais elles ne peuvent se passer des deux sans périr. Or l’impulsion est question de fait, elle est don de la « grâce ». Une génération ne peut se décharger de ses responsabilités sur l’espoir de sa venue. Le génie est fait d’imprévisible, il est lui-même imprévisible, et l’on n’a pas le droit de compter sur lui. Une génération, à moins de démissionner, ne peut se contenter de camper sur les ruines de ses prédécesseurs ou d’attendre dans l’inaction l’intervention du sort intérieur. S’en remettant du soin de la création au « pur effet du hasard » ou à « une sorte de communication surnaturelle » l’homme sera-t-il « une sorte d’urne en laquelle des millions de billes sont agitées, ou une table parlante dans laquelle un esprit se loge? Table ou cuvette en somme, mais point un dieu, le contraire d’un dieu, le contraire d’un Moi²». Notre dignité réside dans notre responsabilité, dans le parti que nous tirons consciemment et volontairement de nos ressources inconscientes.
La direction n’est peut-être qu’un prétexte à la marche, une illusion ; qu’importe si elle met en marche! Le but compte moins que l’impatience qu’il jette en nous ; sans lui, sans son mirage, point d’élan, mais la stagnation, la pourriture inévitable, ou la contemplation de son nombril. La foi dans une direction est une discipline exaltante de l’âme. D’ailleurs, que nous oppose-t-on? « Vers la désorien ation » « l’aspiration agressive, juvénile »?
Autant de directions camouflées. Dans « aspiration », dans « agressif », il y a l’éternel préfixe « ad », « vers ».
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1. C'est Delacroix qui le note.
2. Paul Valery.