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4e Année. — Numéro 2
15 Janvier 1926
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
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LE CENTENAIRE DU MUSÉE DE NORWICH
Les 23 et 24 octobre dernier, Norwich a célébré solennellement le centenaire de son Musée, installé dans plusieurs salles du vieux château gothique qui domine la ville. Cette capitale du comté de Norfolk, qui nous montre, pour principal témoin de son antiquité et de son importance, une des plus belles, des plus vastes et des plus anciennes cathédrales d’Angleterre, a eu, plus récemment, une autre gloire : celle d’avoir vu naître les peintres qui, après Gainsborough et Constable, furent les initiateurs du paysage moderne : John Crome (1768-1821), John Sell Cotman (1782-1842), ainsi que leurs émules et leurs disciples. C’est ce qu’on appelle outre-Manche l’école de Norwich.
Le programme élaboré par l’aimable et brillant Lord-Maire de Norwich, le Dr G. Stevens Pope, comportait, comme il convient, des fêtes et des réceptions officielles. Elles furent somptueuses et bien ordonnées. Des invitations avaient été adressées, non seulement aux différents musées de Londres et de l’Angleterre, mais à Paris, à Gand et à Bruxelles. M. Jean Guiffrey, conservateur des Peintures et Dessins au Musée du Louvre, et un de ses collaborateurs ; M. Georges Hulin de Loo, le célèbre historien des primitifs, professeur aux Universités de Gand et de Bruxelles ; M. Pierre Bautier, conservateur-adjoint au Musée de Bruxelles, furent pendant trois jours l’objet de mille prévenances aussi cordiales que délicates, tant dans les édifices publics de la ville que dans l’hospitalière maison de l’éminent collectionneur et mécène, M. Russell J. Colman, à Crown Point. Le 23 octobre, un banquet réunissait plus de deux cents convives dans une magnifique nef ogivale, reste d’une ancienne abbaye bénédictine. Dix discours furent prononcés. La volonté de faire honneur à la France ne se marquait pas seulement dans le ton et l’accent des paroles de bienvenue, sur les levres du Lord-Maire comme sur celles du vaillant et spirituel mutilé de guerre qui représente Norwich au Parlement, le Lt-Colonel E. Hilton Young ; par une attention que des Français ne peuvent passer sous silence, il n’y eut d’orateurs étrangers à la ville de Norwich que les deux délégués du Louvre.
La même pensée ne se lisait pas moins clairement
RENOIR. La Loge.
(Collection Samuel Courtauld)
sur les murs de l’exposition qui fut inaugurée le lendemain au Castle Museum, après un déjeuner présidé par S. A. R. le due d’York. Les organisateurs des fêtes n’avaient pas cru, en effet, que la bonne chère, l’agrément des réunions choisies, ni même l’éloquence des discours après manger et boire, fussent assez pour célébrer dignement cet instrument de culture vivante qu’est un musée par-
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venu à la centième année de son existence. Ils avaient voulu, suivant les propres paroles du conservateur de ce Musée, M. Frank Leney, qu'une part importante de la célébration à laquelle on nous conviait fût constituée par une exposition d'une sérieuse portée historique et artistique. Ils eurent la bonne inspiration de faire confiance à M. Percy Moore Turner, qui eut toute liberté pour choisir un programme, l'éclairer par des œuvres significatives et le commenter dans un catalogue largement explicatif et didactique. Par ses soins, quatre-vingt-un tableaux furent réunis, dans une grande salle, en bonne lumière. Les plus anciens étaient un portrait d'homme de Rubens et un paysage de Claude Lorrain, les plus récents mettaient Derain, Dunoyer de Segonzac et Marchand en face de leurs contemporains anglais, F.-J. Porter et Duncan Grant. Le but était de représenter aux yeux du public les principales étapes de la peinture depuis le xviie siècle jusqu'à nos jours, avec une attention spéciale pour le rôle joué par l'école de Norwich.
Les idées de M. Percy Moore Turner sont connues par un livre publié il y a quatre ans, The Appreciation of Painting, et par les nombreuses campagnes de conférences qu'il a menées en Angleterre et en Amérique, s'efforçant de répandre chez les peuples de langue anglo-saxonne le goût de l'art et une juste notion de l'histoire. Il pense que, depuis le xviie siècle, la part de la France a été glorieuse et qu'elle est devenue de plus en plus prépondérante. C'est bien notre sentiment, à nous Français; mais on comprendra qu'une telle démonstration nous paraîsse plus flatteuse et plus persuasive quand elle est faite hors de nos frontières et par un admirateur de nos peintres qui n'est pas né dans notre pays.
Sur les 81 tableaux exposés, 43 étaient français. Encore ni Bonington, ni Sisley, ni Jongkind, ni Van Gogh ne sont-ils compris dans ce chiffre à cause de leur naissance anglaise ou hollandaise, bien que toute leur carrière de peintre soit authentiquement française.
M. Turner avait décidé en principe que l'exposition se ferait avec des œuvres provenant de collections anglaises, publiques ou privées. Cependant, comme il n'avait pu se procurer un tableau de Fragonard, qui lui paraissait indispensable, le Louvre s'offrit à combler cette lacune, voulant ainsi reconnaître le haut intérêt de l'exposition et collaborer à des conclusions dont la France était la principale bénéficiaire. Ce geste fut accueilli à Norwich avec autant de satisfaction que de gratitude, et le Vœu à l'Amour attira les regards, non seulement à cause de l'exquise qualité de ce petit panneau, mais parce qu'il portait à l'Angleterre le message d'amitié du Louvre.
Claude Lorrain, Watteau, Chardin, Fragonard, Ingres, Delacroix, Corot, Rousseau, Daumier, Millet, Daubigay, Courbet personnifiaient l'histoire de notre école française pendant deux cents ans, tandis que l'on pouvait suivre sur des pièces de choix la naissance et l'évolution du paysage anglais, avec Richard Wilson, Gainsborough, Constable, John Crome, John Cotman et Turner. Comme il est naturel, les deux grands coryphées de l'école de Norwich avaient une représentation particulièrement abondante. Mais la fin du xixe siècle, en y joignant le commencement du xxie, occupait plus du tiers de la place. Les panneaux où brillaient ces noms: Manet, Degas, Monet, Renoir, Seurat, Cézanne, Gauguin, étaient un véritable triomphe pour la France. Le mot de chef-d'œuvre n'était pas trop fort pour plusieurs de ces toiles, puisqu'il s'agissait de la Loge de Renoir, de l'Argenteuil de Manet et de cette Montagne Sainte-Victoire de Cézanne que son auteur avait jadis donnée à son jeune ami le poète Joachim Gasquet. Il n'est pas inutile de noter que c'est un seul et même amateur, M. Samuel Courtauld, qui est l'heureux possesseur de ces trois illustres spécimens de l'art français moderne.
Paul Jamot.
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NOUVELLES
- Nominations. — Par décrets en date du 30 décembre 1925 ont été nommés conservateurs-adjoints des Musées nationaux MM. Jean Charbonneaux, (Département des Antiquités grecques et romaines du musée du Louvre); Raymond Lantier, (musée de Saint-Germain-en-Laye); André Dézarrois, (musée du Luxembourg).
— Par décret du 31 décembre 1925, M. Toutain, conseiller maître à la Cour des Comptes, a été nommé membre du conseil des Musées nationaux, en remplacement de M. Combarieu.
— Par décrets en date du 16 septembre et du 31 décembre 1925, M. Armand Dayot, inspecteur général des Beaux-Arts et des Musées a été admis à faire valoir ses droits à la retraite et nommé inspecteur général honoraire des Beaux-Arts et des Musées.
Par arrêtés du 16 janvier 1926 : M. Ernest Dumonthier, administrateur du Mobilier national, est admis, sur sa demande, à faire valoir ses droits à une pension de retraite, à compter du 1er juin 1926.
M. Guillaume Janneau, administrateur adjoint du Mobilier national, est nommé administrateur, à compter du 1er juin 1926, en remplacement de M. Dumonthier.
M. Julien Léonard, chef du service administratif et financier des Musées nationaux, est nommé administrateur adjoint du Mobilier national, à compter du 1er juin 1926, en remplacement de M. Janneau.
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M. Ramond (Edouard), homme de lettres, licencié en droit, ancien élève de l'école des Langues orientales, est nommé chef du service administratif et financier des Musées nationaux, en remplacement de M. Léonard.
Un congrès archéologique en Syrie et en Palestine. — Sous le double patronage du haut-commissaire de la République en Syrie et du haut-commissaire britannique en Palestine et en Transjordanie se tiendra successivement, en avril 1926, dans les trois villes de Beyrouth, Damas et Jérusalem, un congrès archéologique au cours duquel on visitera les principaux chantiers de fouilles et les sites historiques.
La Fondation américaine pour la Pensée et l'Art français. — Cette généreuse institution distribuera dans le courant de l'été 1926, comme par le passé, ses 14 bourses destinées à des jeunes gens âgés de moins de 35 ans : 3 pour la littérature, 2 pour la peinture, 2 pour la sculpture, 1 pour la gravure, 5 pour les arts décoratifs, y compris l'architecture, 1 pour la musique. Chacune de ces bourses s'élève à 12.000 francs payables en deux ans, à raison de 6.000 francs par an et est destinée à aider dans leurs efforts de jeunes littéraires et artistes.
Les Amis de Versailles. — Sous la présidence de M. Paléologue, ambassadeur de France, le comité d'initiative des «Amis de Versailles» s'est réuni dernièrement au pavillon de Marsan.
M. Patrice Bonnet, architecte en chef du domaine de Versailles, a exposé dans quelles conditions avaient été décidés les travaux de réfection de la colonnade du Grand Trianon et des perrons ou «Grand degré» conduisant aux jardins. Après avoir émis le vœu que ces travaux s'achèvent conformément à un plan proposé par M. André Hallays, le comité a décidé d'intercéder auprès des pouvoirs publics pour qu'à l'occasion du premier centenaire de David son tableau du Sacre soit transporté au palais de Versailles.
Découvertes archéologiques. — Une tombe romaine contenant un riche mobilier funéraire a été dernièrement découverte à Nîmes. Malheureusement, d'après les renseignements donnés par notre confrère le Temps, tout porte à supposer que des objets offrant un réel intérêt archéologique ont été dispersés clandestinement pour les soustraire aux revendications de la ville en faveur de son musée. C'est une occasion de plus de déplorer combien souvent se trouvent éludées les obligations légales qui régissent les découvertes archéologiques.
— M. l'abbé Hermet, curé de l'Hospitalet du Larzac (arrondissement de Millau), qui trouva, en 1886, une statuemenhir au Mas-Capelier, près de Saint-Izaire, vient de découvrir, près de Saint-Affrique, un bloc de pierre grise, absolument différent des autres monuments mégalithiques, au hameau de la Verrière, commune de Montagnol. La nouvelle statue présente cette particularité qu'on reconnaît l'esquisse de vêtements que révèlent des plis verticaux.
Le Jardin de l'hôtel Biron. — Depuis douze ans des négociations sont engagées, entre l'Etat et la Ville de Paris, au sujet de l'ouverture au public du jardin de l'hôtel Biron. La question a pris depuis peu un aspect nouveau, la commission chargée de la revision des immeubles du Domaine national ayant proposé de supprimer ce jardin ; aussi trois conseillers municipaux, MM. de Puymaigre, de Castellane et Bos viennent-ils de demander au Conseil municipal d'adopter à nouveau un vœu favorable à l'aménagement du jardin de l'hôtel Biron en square.
Un don à la ville de Dijon. — Le poète Stephen Liègeard, mort récemment, a légué à la ville de Dijon, sa maison natale, dite du «Présidial» située rue des Forges, qui fut édifiée, au xive siècle, par Hugues Aubriot, prévôt des marchands de Paris.
Création d'un institut pontifical d'archéologie chrétienne. — Un motu proprio du Pape crée un Institut pontifical d'archéologie chrétienne qui englobera la Commission pontificale et l'Académie romaine d'archéologie sacrée déjà existantes.
L'Institut aura une école avec des cours d'une durée de trois ans et au terme de laquelle il sera délivré aux élèves un diplôme de magister en archéologie chrétienne.
Dans le motu proprio, le Pape revendique les Catacombes comme la propriété inaliénable de l'Eglise romaine et confirme la Commission pontificale d'archéologie sacrée dans la charge exclusive d'assurer la conservation et l'exploration des catacombes.
Fouilles de Chaldée. — On mande de Bagdad que des fouilles faites à Ur, en Chaldée, ont permis de découvrir l'emplacement du palais du roi Dungi, qui vivait 2.550 ans avant J.-C. Ces fouilles sont dirigées par des professeurs des universités d'Oxford et de Pensylvanie.
NÉCROLOGIE
Le 30 décembre, le peintre Félix Vallotton est mort à Paris. Né à Lausanne en 1865, il avait accompli toute sa carrière en France où il s'était fait naturaliser.
Une série de portraits destinés à l'illustration des deux volumes du Livre des Masques de Rémy de Gourmont le fit remarquer dès ses débuts.
Artiste très personnel, Vallotton échappa complètement à l'influence de l'impressionnisme et, abordant les genres les plus divers, il resta constamment fidèle à une manière un peu froide mais toujours pleine de probité.
Dans les derniers jours de décembre est mort, à Bordeaux, Auguste Brutails, membre libre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Né le 20 décembre 1859, il avait été élève de l'école des Chartes ; nommé archiviste des Pyrénées-Orientales, il avait rempli les fonctions de juge au tribunal supérieur d'Andorre. Ce fut l'occasion pour lui d'étudier cette république et de publier, en 1904 la Coutume d'Andorre. Il avait aussi fait paraître l'Archéologie du Moyen-Age et ses méthodes, puis un Précis d'archéologie du Moyen-Age et un livre capital sur les Anciennes églises de la Gironde qui lui avait valu le grand prix Gobert. Il avait donné en ces dernières années un admirable ouvrage de haute vulgarisation intitulé : Pour comprendre les monuments de la France.
Le compositeur PALADILHE est mort le 7 janvier, à l'âge de 81 ans. Originaire de Montpellier, il avait manifesté, dès son enfance, des dons musicaux remar-
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quables qui lui valurent en 1860, le grand prix de Rome, à l'âge de 16 ans. Bientôt après, il composait Mandolinata, romance populaire qui eut un succès extraordinaire, mais l'œuvre, qui le rendit célèbre, est le drame musical Patrie qu'il fit représenter en 1883 à l'Opéra.
Paladilhe était membre de l'Institut depuis 1892.
Charles GALBRUN, secrétaire honoraire des Musées nationaux, est décédé dans les derniers jours de décembre, à l'âge de 62 ans.
Le sculpteur Henri CORDIER est mort récemment. Il était l'auteur de la statue équestre du général Lassalle à Lunéville et du monument des frères Montgolfier à Annonay.
Le 15 décembre dernier mourait à Gand, M. Joseph CASIER, président de la Commission des Monuments et des Sites de cette ville, qui fut en 1913, un des directeurs de l'Exposition universelle de Gand et y organisa notamment l'Exposition d'art ancien. Archéologue érudit, il était correspondant de plusieurs de nos revues et sociétés savantes, et grand ami de notre pays.
Le 14 décembre est mort le violoncelliste de grand talent, André HEKKING, professeur au Conservatoire national de musique.
ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 23 décembre
M. le chanoine Urseau fait une communication sur les étoffes de la tombe d'Ulger, qui fut évêque d'Angers de 1125 à 1148. Il s'agit de fragments de suaire, d'une chasuble d'un admirable dessin et d'autres fragments, notamment des bandes, le tout en soie, où M. le chanoine Urseau retrouve deux styles très caractérisés : le style byzantin et le style hispano-mauresque.
M. Charles Samaran, ancien membre de l'Ecole française de Rome, expose le parti que l'on peut tirer et que l'on a déjà tiré à l'étranger des rayons ultra-violets pour déchiffrer les manuscrits dont des fragments ont été grattés ou lavés. Il résume les nombreuses expériences qu'il a faites à ce sujet avec le concours de M. Edmond Bayle, directeur du Laboratoire de la police judiciaire à Paris.
Séance du 30 décembre
M. Cagnat lit une note de MM. Poinsot et Lantier relative à un bandeau d'argent doré et brisé, trouvé dans l'un des tombaux puniques du cinquième siècle découvert à l'Ouest des thermes d'Antonius, à Ard-el-Iombi, près de Carthage, par le service des Antiquités.
M. René Dussaud lit le rapport de M. Maurice Dunand sur la mission archéologique dont l'Académie l'avait chargé dans le Djebel Druse. Au cours de cette mission, remplie de février à juillet 1925, M. Dunand a achevé le dégagement des monuments d'époque romaine commencé l'année précédente. Le musée constitué à Soucida a été enrichi de bas-reliefs intéressants pour les cultes locaux. De nombreuses inscriptions nabatéennes, safaitiques, grecques et romaines ont été découvertes. Pareillement sept mosaïques encore en place dans des maisons de Philippopolis, ville natale de l'empereur Philippe.
Séance du 8 janvier
M. Camille Jullian fait une communication sur les récentes fouilles de M. de Gérin-Ricard à la Roque Pertuse (près de l'étang de Berre), qui ont mis à jour trois alvéoles carrées, qui devaient contenir des statues et marquer la place d'un temple antérieur à la diffusion de l'art classique. Les statues, représentant des individus mi-guerriers, mi-prêtres, ont été découvertes avec des oiseaux de pierre et des fresques où sont figurés des poissons analogues à certaines peintures du palais de Minos, en Crète. Dans les linteaux de pierre des alvéoles contenaient des crânes ; d'autres crânes sculptés rappelaient la coutume gauloise d'offrir aux dieux les crânes des chefs vaincus : ceci permet de dater le monument du troisième ou quatrième siècle (transition entre l'époque des crânes et celle de leur figuration sculpturale).
Société de l'Histoire de l'Art français
Séance du 8 janvier
M. Lemonnier, membre de l'Institut, caractérise l'évolution de l'architecture propre aux écuries qui, après avoir donné, au XVIIe siècle, les beaux exemples de Maisons et de Versailles, fournit, au siècle suivant, un modèle parfait, d'un art fastueux et logique tout ensemble, avec la construction gigantesque que Jean Aubert le Jeune, (mort en 1741), éleva pour les Condé, à Chantilly, entre 1718 et 1735.
M. Gabriel Vauthier retrace la carrière du peintre d'histoire, Jean-Baptiste-Claude Robin (1734-1818) qui cut cette originalité de pratiquer la fresque qu'il avait apprise en Italie. Il donna, en ce genre, son chef-d'œuvre avec le plafond du Théâtre de Bordeaux.
MONUMENTS HISTORIQUES
Aisne. — La cathédrale de Laon n'a pas encore eu la fortune d'inspirer un ouvrage comparable à celui qui a été consacré tout récemment à Notre-Dame de Paris; et pourtant c'est une œuvre tout aussi exceptionnelle et dont l'influence a certainement été beaucoup plus grande que celle de sa sœur parisienne. En attendant de prochaines publications, il pourra paraître intéressant de signaler ici quelques-unes des analogies qu'elle présente avec plusieurs monuments importants dont certains ont malheureusement disparu aujourd'hui.
Le plan même de l'église, telle qu'elle avait d'abord été construite, a dû être inspiré par celui de l'abbatiale aujourd'hui détruite de Notre-Dame de Soissons; et maintes dispositions reproduisaient l'ordonnance de la cathédrale romane de Tournai. Le long chevet droit, qui a remplacé dès le début du XIXe siècle le choeur élevé par l'évêque Gautier
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de Mortagne, imita ensuite, en les amplifiant, les chevets rectangulaires qui avaient déjà été édifiés sur la montagne même de Laon, à l'abbatiale des Prémontrés de Saint-Martin et à la basilique bénédicte aujourd'hui disparue de Saint-Vincent.
Il est probable que Notre-Dame de Laon avait été à son tour imitée dans le Nord de la France à l'ancienne cathédrale d'Arras. Mais, c'est surtout par l'intermédiaire de Chartres que son influence a été féconde : on retrouve, en effet, à Chartres, puis à Reims, non seulement des transepts accostés de deux collatéraux comme les nefs, mais encore les nombreuses tours qui flanquent deux à deux toutes les façades, et devaient hérisser toute l'église, à la différence des autres cathédrales françaises du xve siècle. Et ce sont, en outre, ces trois façades qui ont inspiré celles du transept de Chartres, dont les porches célèbres reproduisent exactement le triple portail par lequel s'ouvre à l'Ouest la cathédrale de Laon.
E. LAMBERT.
Seine-et-Marne. — A la demande de la Société des Amis de Fontainebleau, sur la proposition de M. A. Bray, architecte en chef du Palais, l'Administration des Beaux-Arts vient d'autoriser la remise en place dans les trumeaux entre les fenêtres du premier étage de la chapelle de la Trinité, des douze tableaux ovales qui occupaient jadis cet emplacement et qui furent enlevés en 1826 lorsque Charles X fit entreprendre une nouvelle décoration de la chapelle qui ne fut, d'ailleurs, jamais terminée.
LAON. Cathédrale, façade Sud du transept.
Ces toiles, qui datent, sauf une, de 1781, devaient remplacer les peintures de Fréminet, qui ornaient primitivement les trumeaux et qu'on peut apercevoir sur la vue de la chapelle gravée à l'occasion du mariage du roi Charles II d'Espagne avec Marie-Louise d'Orléans, estampe que nous repro-
duisons ici. Les onze tableaux du xvme siècle, qui ont été remis au jour, sont les suivants :
Le Baptême de Jésus-Christ; Les Noces de Cana, de Lagrenée; Le Denier de César; Le Repas chez Simon, de A. Van Loo; La Femme adultère; La Samaritaine, de Renoir; La Sibylle de Cumes; La Nativité, de Taraval; Jésus au milieu des Docteurs, de Jollain; L'Adoration des Mages, de Bardin; La Transfiguration, de Robin.
Certaines d'entre elles sont des œuvres de maîtres considérables qu'il était intéressant de sortir des magasins où elles étaient déposées, et leur accrochage aux murs de la chapelle permet de remédier en partie à la froideur de la décoration inachevée du temps de Charles X, entre la voûte de Fréminet et les boiseries peintes du rez-de-chaussée.
Jean VERRIER.
Bas-Rhin. — Il existait avant la guerre, à Strasbourg, une société du Münster-Verein qui se reconstitua dès le 11 novembre 1919, sous le nom de Société des Amis de la cathédrale de Strasbourg. Elle s'organisa définitivement en 1922 avec M. Anselme Laugel comme président, M. le chanoine Muller et J. Laucher comme vice-présidents, M. Georges Delahache, le plus récent historien de la cathédrale, comme secrétaire. En avril 1924, M. l'abbé Walter, secrétaire-adjoint, faisait une conférence sur les vitraux du bas-côté Sud de la cathédrale et c'est encore lui qui, dans un fascicule nouvelle-
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ment paru du Bulletin de la Société, vient de donner, en 1925, une excellente étude magnifiquement illustrée sur le Pilier des Anges du transept.
Ce pilier, qui soutient les quatre voûtes du bras méridional du transept et qui devrait porter plus justement le nom de Pilier du Jugement, était bien
Cathédrale de STRASBOURG.
Tête d'un des anges du pilier du Jugement.
connu jusqu'ici, mais surtout dans sa partie basse, plus accessible aux regards et moulée notamment au Musée du Trocadéro, avec ses quatre figures d'évangélistes, tandis que les deux étages de figures qui surmontent ces derniers et qui représentent quatre anges sonnant de la trompette, puis trois autres portant les instruments de la Passion, avec un admirable Christ-Juge dominant un Réveil des Morts, étaient presque inconnus en raison de leur élévation et de la pénombre environnante.
En 1924, une heureuse commande de notre service des Monuments historiques, qui a permis de placer au Musée du Trocadéro les figures de la seconde zone au-dessus de celles de la première, donnait à l'œuvre Notre-Dame l'occasion de mouler toutes les figures de l'ensemble et de faire d'excellentes photographies des originaux : ce sont celles qui illustrent, en 34 planches d'ensembles et de détails, le récent Bulletin de la Société. Les spécimens, que nous en reproduisons ci-contre, n'en donnent qu'une assez faible idée.
M. l'abbé Walter a accompagné ces planches d'un commentaire érudit où paraît toute sa science d'i-
conographe, mais où nous avons plaisir aussi à le voir saluer dans ce chef-d'œuvre de l'art gothique en Alsace, à sa plus belle période, une inspiration évidente de l'art de l'Ile-de-France et des ateliers de Chartres. « La vieille tradition, écrit-il, qui s'inspirait de la lointaine Lombardie s'interrompt brusquement vers le premier tiers du xime siècle », date à laquelle est fixée l'érection du Pilier des Anges et l'exécution des fameuses statues de l'Eglise et de la Synagogue, et l'art alsacien se pénètre tout entier de l'esprit des grands ateliers chartrains. Un pilier du porche Nord de Chartres serait, suivant lui, comme le modèle en miniature de la merveilleuse composition de Strasbourg. Reconnaissons que celle-ci procède d'une hardiesse réellement unique et que les ouvriers, quels qu'ils soient, qui
Cathédrale de STRASBOURG.
Le Christ-Juge. Pilier du Jugement.
y ont collaboré, ceux qui ont taillé ces figures nerveuses et expressives des anges, en particulier, peuvent compter parmi les plus grands maîtres de l'époque.
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BULLETIN DES MUSÉES
EXPOSITION DE RELEVÉS DE PEINTURES ÉGYPTIENNES
(XVe au XIe siècle avant J.-C.)
au Musée des Arts Décoratifs
Nous avons annoncé récemment l'exposition qui s'est ouverte dans la grande nef du pavillon de Marsan, de relevés de peintures égyptiennes, exé-
Cl. du Musée du Cinquantenaire
Le Catafalque trainé par les bœufs (tombeau n° 141).
(Dessin inachevé)
cutés durant une longue et minutieuse campagne, par Mlle Marcelle Baud, élève de l'Institut archéologique du Caire. Son talent consciencieux et fort habile a saisi à merveille le caractère spontané et la libre allure de ces décorations dont beaucoup sont de simples ébauches. Nous lui avons demandé de souligner pour nos lecteurs l'intérêt très vif de ces documents.
Les dessins de tombeaux égyptiens, que le Musée des Arts Décoratifs expose en ce moment, ont été relevés aussi exactement que possible dans les tombeaux de Gournah, nécropole des dignitaires de la cour thébaine, sur la rive gauche du Nil, en face de la ville de Thèbes.
Les souverains étaient ensevelis dans les immenses syringes de la Vallée des Rois; à leur exemple, les personnages de leur suite se creusaient des tombeaux et les décoraient de ces scènes sculptées et peintes qui nous donnent les plus précieux renseignements sur la vie et les habitudes de ces temps lointains.
Le tombeau étant la maison d'Eternité du mort, devait être habitable comme une vraie maison et
contenir tout ce qui est nécessaire à la vie matérielle d'abord, à la vie sociale de chaque personnage, ensuite; et les détails de la vie rurale, ouvrière, bureaucratique, militaire, sacerdotale, princière, seront les sujets des scènes qui couvriront les parois des chapelles funéraires, remplaçant, ou « doublant » magiquement les offrandes périssables auxquelles les Egyptiens avaient en grande partie renoncé.
Ces représentations sont souvent inachevées: les travaux dans le tombeau ayant été arrêtés à la mort des personnages qui les avaient commandés. Cette circonstance nous permet de saisir un peu la façon de travailler des anciens Egyptiens. Il n'est pas rare de trouver une scène déjà dessinée et peinte dans une chambre qui n'est pas finie de creuser; les terrassiers étaient encore là tandis que les scribes s'emparaient des parois déjà épannelées et passées au lait de chaux.
Ces conditions de travail excluaient toute composition d'ensemble: le tombeau est décoré scène par scène; cependant les Egyptiens avaient des règles pour l'attribution de chaque paroi; mais ils les suivaient très mal, c'est ainsi que les scènes
Cl. du Musée du Cinquantenaire
Pleureuses des funérailles (tombeau n° 159).
funéraires sont plus volontiers dans la deuxième chambre, tandis que la première est consacrée aux scènes de la vie: labour, semaines, moisson, vendange, pêche, chasse, sports sur l'eau, concerts, danses, banquets, tout l'utile et tout l'agréable. Les scènes particulières aux fonctions de chaque individu se trouvent aussi dans la première cham-
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bre : ce sont les scènes qui sont les plus typiques pour nous, et qui nous font immédiatement reconnaître, au premier examen, la classe sociale du haut dignitaire dont la momie habite le caveau, et dont le « Double » hante les chambres-chapelles.
Une tombe de grand prêtre, prophète d’Amon, lecteur de temple, sera consacrée aux représentations sacerdotales, aux processions sortant des pylônes de Karak, aux théories de barques divines sur les canaux sacrés. Une tombe d’officier, de vice-roi nous le montrera vainqueur des barbares
Cl. Giraudon
Pleureuses (Tombeau n° 178).
du Sud ou accueillant les tributaires du Nord, dans un bariolage de couleurs très étranger à l’Egypte. Une tombe de grand seigneur, ministre de son roi, nous révélera la pompe des cérémonies à la cour.
De même, les tombaux des orfèvres et sculpteurs seront dessinés avec une finesse ou une verve auxquels n’atteindront jamais les scènes qui figurent chez les personnages officiels, où les thèmes sont sagement mis aux carreaux, aucune fantaisie n’étant permise.
Tous ces détails si vivants, que les temples ne peuvent pas nous révéler, sont le charme de la nécropole civile de Gournah.
C’est pourquoi il a semblé intéressant de réunir un certain nombre de ces thèmes à différents degrés de finition. Trois chambres funéraires reconstituées, donnent une idée de ce que pouvait être la dernière demeure de ces grands seigneurs féodaux, déjà si raffinés au temps où notre Europe ne connaissait pas encore le fer.
Marcelle BAUD.
MUSÉE DE VERSAILLES
La collection de portraits du xixe siècle va s’augmenter de trois pièces importantes. Mlle Andral a légué aux Musées nationaux deux portraits de son aïcule Royer-Goliard, l’un par Boilly qui représente le célèbre doctrinaire encore jeune, l’autre par Géricault où il apparaît de quelques années plus âgé.
M. Henri Benoît-Devéria a offert un tableau où figurent son grand père et son grand-oncle, les peintres Achille et Eugène Devéria.
• • • A propos des portraits jansénistes de la collection Gazier, dont il a été question ici-même dans le numéro du 1er janvier, nous pouvons ajouter ces renseignements précis sur leur origine.
Lorsque, pendant la Révolution, l’abbaye parisienne de Port-Royal fut vendue comme bien national, les portraits de la mère Agnès, de la mère Angélique et de la mère Marie-des-Anges Suireau qui avaient figuré jadis dans le réfectoire de Port-Royal des Champs, d’où ils avaient été transportés à Paris, furent relégués avec les autres dans les greniers de la Maternité. Ils passèrent ensuite aux mains de M. Laideguive, janséniste notoire, puis de son gendre, M. Camet de la Bonnardière, conseiller d’Etat, mort en 1842, et furent légués par ce dernier à une famille janséniste, de qui M. Gazier les obtint.
Quant au portrait original de sœur Catherine de Sainte-Suzanne, dont M. Gazier ne possédait qu’une copie moderne, il appartenait jadis à la collection Pourtalès, et se trouve aujourd’hui chez Mme la générale d’Amboix de Larbont.
A. P.
MUSEE CARNAVALET
Le conservateur du Musée se propose, d’accord avec la Direction des Beaux-Arts de la ville, de célébrer prochainement le tricentenaire de la marquise de Sévigné par une exposition de souvenirs et d’œuvres d’art relatifs à la célèbre locataire de l’ancien hôtel du président de Ligneris, devenu l’hôtel Carnavalet.
MUSÉE DU LUXEMBOURG
Après avoir été fermée quelques semaines au public, l’annexe du Jeu de Paume aux Tuileries a été réouverte en présence de M. Paul Léon, Directeur des Beaux-Arts, le 11 janvier. Il est, comme par le passé, entièrement consacré aux Ecoles étrangères (peintures et sculptures), mais le classement et la disposition rajeunis, l’élimination de certaines toiles vieilles ou secondaires, l’addition de quelques autres plus significatives de certaines tendances modernes de la peinture à l’étranger, renouvellent heureusement l’aspect de ce Musée et font honneur en particulier au goût de M. Dézarrois qui était chargé spécialement de cette section à titre d’attaché et le demeurera à titre de conservateur adjoint.
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BULLETIN DES MUSÉES
CABINET DES MÉDAILLES
La collection de plombs antiques d'Etienne Récamier est le fruit de recherches poursuivies pendant plus de vingt ans. Au nombre de plus de quatre mille, ces petits objets de mince valeur mais qui nous fournissent tant de précieux documents sur l'histoire locale, ou même sur l'histoire générale, ont été presque tous découverts au cours des travaux exécutés à Lyon, pour la construction des nouveaux quais de la Saône, depuis 1858. On peut les grouper en plusieurs catégories : sceaux, tessères, monnaies, amulettes, divers tels que bulles, statuettes de Mercure, fragments de vases, ornements d'applique, etc. Le tout a fait l'objet d'un catalogue publié par M. Paul Dissard (Collection Récamier. Catalogue des plombs antiques. Paris, 1905. 1 vol. XXVIII, 328 p. et VIII pl.). Le Dr Récamier, fils du collectionneur, a eu l'heureuse pensée qu'une telle collection, dont l'intérêt est avant tout scientifique et documentaire, devait prendre place, en son entier, dans un musée, pour y être mise à la disposition des hommes d'étude. Voilà pourquoi le Cabinet des Médailles vient de voir enrichir ses séries antiques de ce fonds important qu'il eût été si fâcheux de laisser disperser. Tous ceux qu'intéressent nos antiquités nationales ont lieu de s'en féliciter. On sait qu'Etienne Récamier, mort en 1873, fut un numismate de grand mérite, qui réunit dans ses médailiers les documents destinés à la composition d'une histoire monétaire de Lyon. Cette histoire n'a malheureusement jamais vu le jour, et les monnaies elles-mêmes, romaines et médiévales, les jetons et les médailles, constituant par leur groupement un ensemble d'une rare valeur, ont été vendues aux enchères au mois de mars dernier.
J. B.
MUSEE DE LYON
Exposition Seignemartin et acquisitions récentes
Une exposition des œuvres du peintre lyonnais Seignemartin, 1848-1875, s'est ouverte, le 29 novembre 1925, à l'occasion du cinquantenaire de sa mort prématurée, dans une des salles du Musée ; elle a duré jusqu'au 15 janvier 1926. Elle réunissait, avec les trente œuvres possédées par le Musée, plus de quarante-cinq pages prêtées, l'une par le Musée du Luxembourg, les autres par des collectionneurs surtout lyonnais. Elle a permis d'étudier les dons magnifiques, les aspirations et les réalisations du malheureux artiste, ce qu'il devait à l'Ecole de Lyon et surtout à son maître Joseph Guichard, ses rapports avec le mouvement contemporain; dernières fusées du Romantisme finissant, rencontres avec Monticelli, tendances neuves, au cours d'un voyage en Algérie à la veille de sa mort,
vers la peinture de plein air. Un petit catalogue illustré donnant les dimensions, la nature du subjectile, la mention, à l'occasion, de la signature et de la date, gardera le souvenir de cette manifestation.
Parmi les enrichissements récents des musées, signalons une délicieuse statuette en plâtre de Max Blondat, le charmant artiste récemment et trop tôt disparu : L'Equilibre, variante du motif de la fontaine admirée à l'Exposition des Arts Décoratifs. Du colonel Brosset-Heckel nous tenons un torse de fillette, marbre par Alfred Boucher, variante de la stèle du Musée du Luxembourg. M. le comte Allart
SEIGNEMARTIN. Portrait de l'artiste par lui-même. (Musée de Lyon)
du Chollet, par l'entremise de la Sauvegarde de l'Art français, nous a donné un portrait d'inconnu, médailon de plâtre signé par Chinard en 1811, et nous avons reçu de M. Baverey un autre Chinard, une allégorie de la ville de Lyon.
M. le baron Arthur Chassériau, qui défend, avec tant de désintéressement et d'efficacité, une gloire qui lui est chère, vient de nous donner une grande esquisse, peinte en grisaille sur une toile préparée en brun, de la Défense des Gaules, la dernière grande composition de Chassériau, qui parut à l'Exposition Universelle de 1855 et que conserve le Musée de Clermont. L'esquisse est d'une magnifique venue, vivante, chaude, colorée; elle offre, avec l'œuvre définitive, d'importantes variantes. Enfin, le regretté Félix Vallotton vient de nous léguer
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BEAUX-ARTS
une belle toile, Femme couchée sur un divan, tout à fait caractéristique de son art robuste et intense.
Un crédit spécial voté par la ville joint aux ressources ordinaires du Musée a permis, à l'occasion de l'Exposition des Arts Décoratifs, de constituer un petit ensemble d'art appliqué contemporain. On y verra la bibliothèque-vitrine de Jallot, unanimement admirée, à l'Exposition, dans le grand salon de l'ambassade, un meuble parfait de Ruhlmann, une table ronde de Sue et Mare. Un tapis de Fayet, un grand vase de M. et Mme Massoul, un verre de Marinot, deux œuvres de Dunand, un vase de Linossier, deux céramiques de Copenhague complètent cette leçon.
La réorganisation du Musée, que M. Focillon avait poursuivie avec tant de méthode et de goût, se continue en conformité avec ses intentions. La grande galerie des maîtres français vient d'être rouverte, peinte d'un ton très clair, nécessaire sous un ciel souvent brumeux. Les toiles, dont plusieurs sont célèbres (La Maraichère, de David, La Folle, de Géricault, L'Odalisque, de Delacroix...), sont présentées selon l'évolution historique; les œuvres d'un même maître ont été groupées.
L'installation de la lumière électrique, avec toutes les garanties que donne la pose des fils sous tubes d'acier, a été commencée. La galerie des bronzes et céramiques antiques a été pourvue d'appareils très simples et appropriés, œuvres de Piguet. Deux salles de peintures sont éclairées par des ampoules bleues dites lumière du jour. On prépare, dans une autre salle, l'aménagement de lampes. Le Musée de Lyon sera ainsi un des premiers, smon le premier, à adopter en France, une mesure pour laquelle l'étranger nous a devancés.
Enfin, le service de vente de photographies, d'estampes de la Chalcographie nationale et de moulages patinés, d'après les originaux du Musée, rencontre une faveur chaque jour grandissante. Les moulages, surtout, sont demandés et il y a là une source de bénéfices matériels et un moyen de diffusion artistique que je crois devoir signaler aux conservateurs de nos Musées. Léon Rosenthal.
MUSÉE DE MARSEILLE
Mme Félix Abram dont nous avons déjà rapporté ici le legs fait au Musée du Louvre de deux magnifiques portraits de Ricard et dont nous enregistrerons bientôt les libéralités à l'égard du Musée des Arts Décoratifs, a légué, d'autre part, au Musée de la ville de Marseille, où elle résidait, trois peintures de Greuze: un portrait de l'artiste par lui-même, un portrait de jeune fille et une curieuse peinture représentant Geneviève de Brabant.
De plus, cinq grands cartons de Puget, représentant des épisodes de la guerre de Troie, Ulysse faisant enlever Astyanax du tombeau d'Hector, Achille reconnu par Ulysse, l'Enlèvement d'Hélène, les Adieux d'Hector à Andromaque, Hécube arrachée du tombeau de ses enfants, vont se joindre, grâce à la même donatrice, au Musée Puget de Marseille.
Le Musée du Vieux-Marseille hérite, de son côté, de plusieurs meubles provençaux du xviie siècle, de trois tableaux par Loubon, Moutte et Allègre, peintres marseillais, enfin de plusieurs pièces de céramique de Marseille du xvie siècle.
Le Musée Labadié-Grobet, dont nous avons annoncé récemment l'ouverture, a été constitué par un don de Mme Grobet et non par un legs, comme nous l'avions indiqué par erreur. Nous comptons, du reste, y revenir prochainement et en publier plusieurs pièces ici-même.
INCENDIE DU MUSÉE DE VIRE
Voici encore un accident déplorable qui doit tenir en alerte plus que jamais l'attention de tous ceux qui ont à veiller sur nos collections nationales ou municipales, ces dernières surtout, logées souvent dans des locaux de fortune, exposées à tous risques par des voisinages compromettants. L'an dernier, l'incendie du Musée de Bagnols-sur-Cèze, tout récemment celui de la Bourse de Bordeaux nous avaient déjà prouvé le danger auquel sont exposés de vieux bâtiments respectables, mais qui nécessitent des protections toutes particulières pour pouvoir servir à l'usage moderne, avec ses conditions de chauffage, d'éclairage, etc...
L'hôtel de ville de Vire, qui a été en grande partie consumé il y a quelques jours par un incendie, était un ancien couvent d'Ursulines du xviiie siècle. Il abritait tant bien que mal une bibliothèque et un musée. Les collections, qui en étaient assez importantes et parmi lesquelles on citait, en particulier, un Moine de Lesueur, une Bacchanale de Poussin, une Nature morte attribuée à Chardin, des études de Corot, Daubigny, Huet, etc., ont dû souffrir terriblement du feu et de l'eau des pompes. Les sculptures, entre autres une belle statue funéraire du maréchal de Matignon, provenant de Torigny-sur-Vire, qui avait été assez récemment abritée au Musée, après avoir séjourné longtemps en plein air, ont peut-être été moins touchées. Mais que sont devenus les livres, les médailles, les œuvres d'art industriel local, étoffes, papiers, etc.? Il est certes utile et précieux de voir réunir de pareilles séries de documents, mais la responsabilité des municipalités, qui en acceptent la charge, est lourde lorsque des imprudences et des négligences d'aménagement risquent de les anéantir en un instant; la tutelle et la surveillance de l'administration des Beaux-Arts ne pourrait-elle être, d'ailleurs, plus active et plus précise?
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
ITALIE
Le Renouvellement de la Pinacothèque de Brera
La guerre, qui avait fait dégarnir de leurs chefs-d'œuvre, les musées et les églises de l'Italie septentrionale, eut pourtant quelques résultats favorables. Car tous les furetages entrepris pour mettre à l'abri les œuvres d'art en firent dénicher, ou évaluer plus justement, un bon nombre. L'intérêt qu'on éprouvait pour elles s'accrut; et de nouveaux musées nés çà et là, par exemple, dans l'Emilie et les Romagnes, celui du palais de Venise à Rome, sont vraiment dus à un sentiment nouveau d'ordonnance plus accusée et plus méthodique.
Quand le moment fut venu de restituer aux musées les trésors emportés, et de rouvrir ceux-ci au public, il est peu de directeurs qui ne profitèrent de cette occasion pour introduire des améliorations dans leurs galeries, pour exécuter des restaurations, pour reviser le placement et même le choix des œuvres exposées au public.
Les musées d'Udine, de Trévise, Padoue, Vicence, furent, par exemple, entièrement réorganisés; et même des pinacothèques importantes, l'Académie de Venise, la Galerie de Bologne, les Offices de Florence, présentent d'heureuses innovations.
Mais la pinacothèque de Brera, à Milan, est une de celles qui se sont le plus métamorphosées dans ce passage de l'état de guerre à l'état de paix. M. Ettore Modigliani, son directeur, saisit la possibilité d'y introduire les réformes que depuis longtemps il souhaitait.
Aidé par son excellent inspecteur, M. Mario Salmi, et d'accord avec un architecte de talent, M. Piero Portaluppi, il commença par voir ce qu'il y avait à réformer dans l'édifice. Par exemple, en dégageant complètement les grandes baies à colonnes qui séparent les quatre grandes salles en enfilade construites à la place de la nef centrale de l'ancienne église de Sainte-Marie de Brera, il obtint un énorme salon presque d'une seule venue. Les divisions partielles ne sont là que pour procurer des parois pour des tableaux, créer des repos. Une suite de petites salles avait été constituée sur l'emplacement de la nef droite de l'église par des cloisons en bois. On remplaça celles-ci par de vraies murailles, plus solides pour l'œil aussi bien qu'à l'usage. La dernière de ces petites salles fut intelligemment restituée dans la forme de chapelle qu'elle avait autrefois, on lui rendit une balustrade et un autel, et elle fut mise en état d'accueillir au mieux les fresques de Luini, jadis à Santa-Maria-della-Pace. La voûte à lunettes elle-même put être reconstituée. Enfin, une salle tout à fait neuve fut ouverte, pour les fresques de Luini qui ornaient la villa de la Pelucca: vingt-cinq pièces sur les trente-deux qui furent sauvés. (Deux lunettes, comme on sait, sont au Louvre; une lunette, et une tête d'enfant du jeu du « Guancialino d'oro », à Chantilly). Pour le Mariage de la Vierge, de Raphaël, on créa