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4e Année. — Numéro 3
1er Février 1926
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
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L'ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE ET LES MUSÉES
Il y a un certain nombre d'années que des esprits généreux, comme celui de Gustave Geffroy et celui de notre regretté Roger Marx, s'étaient émus en faveur des travailleurs trop occupés pendant la journée et avaient réclamé l'ouverture de « Musées du soir ». C'était au temps où se déchaînaient aussi les ambitions des « Universités populaires ». On s'aperçut assez vite de la part de chimère contenue dans l'une et l'autre idée et il ne s'agit plus aujourd'hui de revendiquer des heures de visite nocturnes dans nos Musées. L'augmentation du personnel nécessaire à la surveillance serait une première objection presque insurmontable, alors qu'on réussit à peine à en avoir assez pour le service diurne. Mais la question matérielle de l'installation de l'éclairage dans les musées continue de se poser ; la menace des dangers qui en résulteraient avait été une des objections faites autrefois contre les Musées du soir : est-elle toujours aussi valable et doit-on s'y arrêter encore, si cet éclairage peut rendre d'autres services que de faciliter une fréquentation peut-être illusoire ?
Nous ne saurions entrer ici dans les détails techniques d'installation nécessaires. Qu'il nous suffise de rappeler que les spécialistes paraissent d'accord pour affirmer que l'installation soigneusement établie d'une canalisation électrique dans des tubes d'acier ne comporte aucun péril pour des bâtiments même anciens et plus exposés par la contexture de leurs charpentes aux dangers d'incendie : le Louvre, par exemple, où l'on a renoncé cependant jusqu'ici à l'installation de l'électricité dans les salles du Musée.
Mais l'hôtel de Cluny est un autre exemple, non moins vétuste et peu approprié aux dispositions modernes. Or, l'administration des Monuments historiques, de qui dépend ce bâtiment, la plus prudente qui soit, vient d'autoriser, après consultation des techniciens de tout ordre, sur le rapport de M. l'architecte en chef Paquet, l'installation,
qui sera faite sous la surveillance de celui-ci, de l'éclairage électrique dans le Musée.
La distribution de la lumière reste à étudier, surtout s'il s'agit de salles de peinture. Mais le fait de l'existence d'une canalisation est le point essentiel. On comprend, en effet, le parti que l'on en peut tirer pour l'éclairage pendant les jours sombres de certaines parties invisibles à quelque heure que ce soit (et n'en est-il pas un peu de même au Louvre ?), pour l'établissement de lampes de surveillance pendant la nuit, pour l'éclairage intense et subit de telle ou telle salle en cas d'alerte nocturne.
Le British Museum avait, dès longtemps, adopté ces dispositions et s'en était même servi pour créer le fameux « Musée du soir », auquel on a renoncé depuis. La Bibliothèque Nationale, qui a des soucis analogues à ceux du British Museum pour les facilités obligatoires à donner aux travailleurs, en même temps que pour la conservation de trésors infiniment précieux, a adopté récemment l'éclairage électrique. Le Musée Carnavalet possède, depuis sa récente réinstallation, une canalisation qui a permis d'éclairer très heureusement certains coins sombres des appartements reconstitués, certains plafonds notamment, jadis absolument invisibles. Notre collègue et ami Rosenthal nous annonçait dernièrement, ici-même, que le Musée de Lyon disposait depuis peu de l'éclairage électrique et soulignait même l'emploi d'ampoules spéciales que les peintres connaissent bien pour donner aux peintures l'éclat vrai de leur coloris. Nous croyons savoir, enfin, qu'une installation, ou plutôt une réinstallation analogue est à l'étude au Musée Jacquemart-André.
Il y a là une infinité de questions de détail à étudier; mais l'essentiel semble être aujourd'hui que la sécurité et l'électricité ne sont plus ennemies l'une de l'autre, bien au contraire, et qu'un éclairage artificiel serait singulièrement profitable à la visite de telles salles du Louvre pendant les
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jours d'hiver, profitable aussi aux services scientifiques ou administratifs qui fonctionnent dans le Musée et en sont réduits au jour parcimonieux... ou aux lampes à huile!
Paul Vitry.
NOUVELLES
Conseil des Musées nationaux. — Par décret en date du 22 janvier 1926, M. Gaston Migeon, directeur honoraire des Musées nationaux, a été nommé membre du Conseil des Musées nationaux.
Nomination. — Par arrêté, en date du 12 janvier 1926, M. Maurice Emmanuel, professeur au Conservatoire national de musique et de déclamation, a été nommé membre du conseil supérieur d'enseignement du Conservatoire, en remplacement de M. Gigout, décédé.
Légion d'honneur. — Parmi les dernières nominations et promotions du Ministère de l'Instruction publique, nous relevons les suivantes: Officiers. MM. Georges d'Esparsbès, conservateur du Palais de Fontainebleau; Georges Huë, membre de l'Institut; Jules Loeb, professeur au Conservatoire de Musique; Gabriel Pierné, compositeur; Quillivic, statuaire; Signac, peintre. Chevaliers. MM. Biloul, peintre; Louis Bréhier, professeur à la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand; Cyprien Boulet, peintre; Jean Chantavoine, secrétaire général du Conservatoire; Mlle Emilie Charmy, peintre; M. Chaumier, graveur ciseleur; Mlle Delasalle, peintre; MM. Jules Féral, expert en tableaux; Frigara, directeur des études musicales au théâtre de l'Opéra-Comique; Giran, peintre; Gromort, architecte; Georges Leroux, peintre; Malençon, architecte des Monuments historiques; Louis Masson, directeur du théâtre de l'Opéra-Comique; Mauret-Lafage, directeur du Grand-Théâtre de Bordeaux; Marcel Nicolle, critique d'art; le chanoine Porée archéologue; Randon de Grolier, architecte; Richebé, peintre; Sartorio, sculpteur; Saïn, statuaire; André Strauss, peintre; Vérez, statuaire; Verdier, chef du bureau des Monuments historiques; Villefranck, directeur du Grand-Théâtre de Strasbourg; André Warnol, critique d'art.
Au titre du Ministère des Affaires étrangères: MM. Barthold, Fjerdinstad, Lonkides, Van Dongen, Widhopff, peintres.
Les grandes Ecuries de Versailles et le Musée de Marine. — Un article du Journal des Déba's, paru à la fin de décembre dernier, est revenu sur la nécessité d'utiliser au mieux de leur propre intérêt les admirables bâtiments de Mansart qui ferment la place d'Armes de Versailles, face au château, et a rappelé incidemment les destinations fâcheuses et dangereuses qui faillirent les compromettre au cours du xixe siècle, celle notamment d'une école d'agriculture, assez inattendue à cette place. Nous persistons à penser que leur utilisation raisonnée et prudente pour l'installation du Musée de Marine, serait une des façons les plus heureuses de les sauvegarder, en même temps qu'elle apporterait une solution satisfaisante à cette éternelle question du Musée de Marine. On en revient à déclarer celui-ci maintenant nécessaire à la capitale. Nous n'en disconvenons pas, à condition qu'on lui trouve une place en dehors du Louvre. Nous venons d'assister à une levée de boucliers en sa faveur. Des voix autorisées et officielles se sont prononcées pour sa défense et les espérances, qu'on avait pu avoir il y a quelques mois d'un déménagement prochain, reculent encore. Mais il convient de n'y pas renoncer et d'en parler toujours!
Conférences sur l'art en Suède. — M. Andreas Lindblom, professeur à l'Université de Stockholm, a donné à Paris, dans la seconde quinzaine de janvier, une série de conférences en français, très brillantes et remarquables, en particulier, par la netteté élégante de la présentation, sur divers points de l'histoire de l'art en Suède.
En Sorbonne, où l'avait convié l'Institut des Etudes scandinaves, que dirige M. Verrier, il a traité le 18 janvier des Caractères de l'art moderne suédois et le 22 de la Sculpture du Moyen-Age, en Suède.
A l'Ecole du Louvre, il a entretenu ses auditeurs, qui comprenait, outre la plupart des conservateurs du Musée, un grand nombre d'élèves de l'Ecole et de membres de la Société de l'histoire de l'art français, le 20 janvier, des sculpteurs français en Suède au xviiie et au xvie siècle et le 23 de l'Ambassade à Paris du comte de Tessin, à laquelle les collections suédoises doivent une série d'incomparables Boucher, Chardin, Oudry, Nattier, etc. M. Lindblom a établi que le très beau portrait de femme restée anonyme de Nattier, que possède le Louvre, représentait la comtesse de Tessin, femme de l'ambassadeur.
M. le ministre de Suède avait tenu à assister en personne à ces différentes réunions.
A la Commission de Coopération intellectuelle. — La sous-commission des lettres et des arts, instituée par la Commission de coopération intellectuelle de la Société des nations, s'est réunie les 12 et 13 janvier, à Paris, sous la présidence de M. Jules Destrée, ancien ministre des Sciences et des Arts de Belgique. Assistaient aux séances, outre le président, MM. de Reynold (Suisse), Casares (Espagne), Mlle Vacaresco (Roumanie), MM. Baud-Bovy (Suisse), Focillon (France), Jelinek (Tchécoslovaquie), Toesca (Italie), et Paul Valéry (France).
La sous-commission a arrêté le programme des travaux de la section des relations artistiques. Ce programme comprend des études en vue de l'élaboration d'un répertoire des Musées et d'un annuaire international de la vie artistique. Une motion relative à un Congrès international et à une Exposition d'art populaire a été accueillie favorablement. La sous-commission a aussi estimé désirable la création d'un Office international des Musées. Enfin, elle a fait bon accueil à certaines suggestions relatives à un inventaire des catalogues de collections photographiques et à la création d'archives nationales photographiques.
Un palais pour la Société des Nations. — Le jury d'architectes chargé d'élaborer le programme d'un concours international pour la construction d'une salle des assemblées de la Société des Nations s'est réuni à Genève. Ce jury est composé de sir Joseph Burnet (Anglais), MM. Berlage (Hollande), Victor Horta (Belge), Charles Lemauresquier (Français), Karl Moser (Suisse), Muggia (Italien), J. Tenghlem (Suédois). M. Steinhof remplace M. Hoffmann (Autriche) et M. Gata remplace M. Urdapilleta (Espagne). Le jury a réélu M. Victor Horta comme président. Il a commencé l'élaboration du règlement du concours.
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Une exposition d'architecture française à New-York.
Sous les auspices de l'Association française d'Expansion et d'Echanges artistiques, une exposition d'œuvres d'architectes et de décorateurs français modernes vient d'être organisée à New-York au Fine Arts Building. Parmi les artistes qui ont participé à cette manifestation, il convient de citer : MM. Azema, Adrei, Agache, Bechmann, Bonnier, Brachet, Collin, Danis, Favier, Gelis, Jacques Greber, Gaudibert, Guimard, Guillemot, Guét, Hardy, Hiriart, Hamelet, Haubold, Leroy, Laprade, Magne, Marrast, Prost, Polti, Patout, Plumet, Sézille, Sauvage, Siclis, Selmersheim auxquels sont venus s'adjoindre MM. Barillet, Pierre Chareau, Maurice Dufrène, René Herbst, Grout, Jaulmes, Ruhlmann, artistes décorateurs.
Ces artistes présenteront à New-York des plans et des dessins intéressant exclusivement l'habitation moderne (palaces, maisons de rapport, cités ouvrières, cités universitaires, etc.), et la décoration de ces habitations. C'est la première fois qu'une exposition française moderne d'ensemble architectural sera montrée à New-York. A ce point de vue particulier, elle mérite de retenir l'attention de tous ceux qui s'intéressent à la diffusion de nos arts à l'étranger.
Exposition internationale de Pittsburg.
La vingt-quatrième exposition internationale de peinture contemporaine, organisée, comme chaque année, par l'Institut Carnegie, a eu lieu à Pittsburg, du 15 octobre au 5 décembre 1925. Les toiles des peintres européens seront exposées successivement à Philadelphie, New-York et Saint-Louis avant d'être renvoyées en Europe.
Le premier prix décerné par le jury international a été attribué à M. H.-E. Le Sidaner.
Une exposition à Dresde.
Une exposition internationale aura lieu au mois de juin prochain à Dresde ; elle comprendra des sections de beaux-arts et réunira d'importantes collections particulières de tableaux et d'objets d'art.
Musées de Stockholm.
Le 31 décembre 1925, S. M. le Roi de Suède a nommé le Dr Gauffin, conservateur des peintures au Musée National, Superintendant des Musées Nationaux en Suède, fonction qui correspond à celle de Directeur des Beaux-Arts.
Le Cercueil de Toutankhamon.
On annonce le transport de Louqsor au Caire du cercueil de Toutankhamon et son dépôt dans le musée de cette dernière ville.
NÉCROLOGIE
Le 15 janvier est mort à Nancy Louis MAJORELLE, artiste décorateur, maître ébéniste, dont l'activité, faisant suite à celle de Gallé, avait été très profitable à la constitution du groupe de décorateurs qui porte très justement le nom d'Ecole de Nancy. Si les premières formules décoratives qu'il appliqua et vulgarisa paraissent aujourd'hui assez démodées, on doit reconnaître l'effort qu'il fit pour les transformer jusqu'à la récente Exposition et le rôle qu'il a joué en tous cas dans la formation de l'art décoratif moderne.
GUSTAVE RIVES, architecte en chef des Bâtiments civils et Palais nationaux, est décédé le 28 janvier dans sa soixante-huitième année.
ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Institut de France
Séance plénière du 13 janvier
La séance plénière des cinq Académies, présidée d'abord par M. Paul Chabas, président sortant, puis par M. Raphaël Georges-Lévy, a réélu pour trois ans conservateurs du musée Condé, à Chantilly, MM. Paul Bourget et Henry Lemonnier. On sait que le troisième conservateur, tout récemment élu, et qui n'était par conséquent pas soumis à réélection, est M. le maréchal Pétain.
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 15 janvier
M. le comte Alexandre de Laborde fait une communication sur la Bible moralisée de saint Louis et montre la reproduction en couleur d'un feuillet de ce célèbre manuscrit. Il attribue la rédaction du commentaire qui accompagne les 5.000 miniatures à Hugues de Saint-Cher, dominicain, cardinal en 1244, décédé en 1263, et auteur des Postilles de la Bible. Du rapprochement du texte des deux ouvrages, il conclut à l'identité des auteurs.
M. Hackin rend compte de sa récente mission en Afghanistan.
M. Thureau-Dangin présente le 2e tome des Recherches archéologiques à Kisch, de M. de Genouilhac.
Séance du 22 janvier
M. Levillain lit une notice sur un manuscrit latin de la Bibliothèque nationale (Nouvelles acquisitions lat. 326), écrit dans l'abbaye de Saint-Denis, pour servir de dossier au procès entre cette abbaye et l'évêque de Paris, qui fut jugé dans le concile de Latran de 1065.
M. G. Bénédite fait hommage, de la part de M. Ed. Naville, membre associé de l'Académie, d'un mémoire sur la plante magique de Noferatum.
M. Enlart fait une communication concernant les influences de la première croisade sur l'architecture française.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 16 janvier
L'Académie a élu au nombre de ses associés étrangers MM. Paderewski, ancien président de la République polonaise, le peintre belge Wauters et l'architecte américain Arthur Brown.
M. Gustave Macon, conservateur adjoint au musée de Condé, à Chantilly, est nommé membre correspondant.
Séance du 23 janvier
L'Académie a procédé à l'élection de douze correspondants français et étrangers. Ont été élus : les peintres Baca-Flor, Bilbao, Dorph, Duhem, Lavery et Melchers ; les sculpteurs Barnard, Lopez, Roza et Wittig ; les architectes Deneux et Hastings.
Elle a ensuite élu en qualité de jurés adjoints pour le concours de Rome de peinture : MM. Prinet, Lucien Simon, Pierre Laurens, Georges Leroux, Aubry, Maurice Denis et Georges Picard.
L'Académie a entendu une communication de M. Dagnan-Bouveret sur le peintre David.
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BEAUX-ARTS
A l'exemple de l'Académie des Sciences, de l'Académie des Sciences morales et de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, l'Académie des Beaux-Arts avait résolu de publier un bulletin, qui sera le miroir fidèle de son activité. Une commission, composée de MM. Dagnan-Bouveret, Dampt, G. Huc, Pontremoli, Waltner, Feñaille, Lemonnier, Paul Léon, et du regretté André Michel, fut nommée à cet effet, dans la séance du 7 février 1925. Elle décida, en un rapport présenté le 28 février, que le Bulletin serait semestriel. Le premier numéro janvier-juin 1925, vient de paraître. Il renferme : une étude historique sur l'Académie, par M. Ch.-M. Widor ; l'état de l'Académie au 1er janvier 1925, avec la liste et les adresses des académiciens, des associés étrangers et des correspondants; les procès-verbaux des séances de janvier à juin 1925; les règlements et programmes des concours; des articles nécrologiques, etc., et trois variétés de MM. Henry Lemonnier, Jacques Rouché et le baron C. de Vinck.
MONUMENTS HISTORIQUES
Sarthe. — Les restes fort importants de l'abbaye de l'Epaü, à Yvré-l'Evêque, qui viennent d'être classés parmi les Monuments historiques, méritaient plus que tous autres d'être préservés contre les modifications que pouvait leur faire subir leur destination actuelle de bâtiments agricoles.
L'abbaye fut fondée en 1230, l'année même de sa mort, par Bérangère de Navarre, veuve de Richard Coeur de Lion, pour être occupée par des religieux de l'ordre de Citeaux. Cette abbaye et son église notamment offrent un des meilleurs types de cette architecture que les Cisterciens répandirent dans l'Europe tout entière.
Le chevet, le transept très développé, sur chacun des bras duquel s'ouvrent trois chapeilles carrées orientées, la sobriété des lignes et de la décoration, tout rappelle ici les préceptes donnés par saint Bernard aux religieux qui suivaient sa règle. L'église contenait jadis le tombeau de sa fondatrice, replacé aujourd'hui à la cathédrale du Mans.
Si la plus grande partie des bâtiments fut élevée au xive siècle, les destructions occasionnées par les guerres anglaises obligèrent au xive siècle à des réfections importantes, comme la grande baie du chevet dont le fenestrage rayonnant a donné lieu dès sa construction à un renforcement curieux par un arc en plein cintre supplémentaire destiné à raidir tout ce réseau.
La sacristie, qui accoste l'église au Sud, est une grande salle voutée d'ogives portées au centre par des piliers monolithes en grès, couronnés de beaux chapiteaux à feuillages; des peintures dont il ne reste que des vestiges, recouvraient les murs au xive siècle. On peut encore reconnaître le Lavement des pieds et la Madeleine chez le Pharisién. La salle capitulaire, qui fait suite à la sacristie sur le cloître malheureusement détruit, s'ouvrait sur celui-ci par trois baies finement moulu-rées. C'est une salle carrée, également voutée d'ogives, d'une excellente proportion. Le cellier, la cuisine et le réfectoire en retour sur le cloître, conservent, eux aussi, de beaux restes de leur architecture primitive. Cette dernière salle était recouverte d'un berceau de bois actuellement détruit et s'ouvrait sur le cloître par quatre baies disposées de part et d'autre d'une large porte en arc brisé.
C'est ce bel ensemble d'une abbaye cistercienne, malheureusement moins intacte que la célèbre abbaye de Fontenay en Bourgogne, avec laquelle elle a de nombreuses ressemblances, bien que celle-ci soit antérieure de près d'un siècle, que l'on a entendu conserver dans son état actuel.
Jean VERRIER.
Abbaye de l'Epaü. Face Sud de l'Eglise.
Abbaye de l'Epaü. Entrée du Réfectoire.
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BULLETIN DES MUSÉES
MUSÉE DU LOUVRE
Une nouvelle, qui réjouira tous les visiteurs du Musée du Louvre, c'est celle de l'ouverture totale du Musée pendant toutes les heures d'ouverture normale, qui vient d'être décidée par le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts et qui sera appliquée à dater du 1er février, grâce au supplément de personnel mis à la disposition du Directeur des Musées nationaux, par suite des mesures récentes et en particulier du relèvement à deux francs de la taxe d'entrée.
La Donation Ernest May
Les objets, que comprenait la donation du regretté Ernest May, acceptés par le Conseil des Musées dès 1923, viennent d'entrer au Louvre au lendemain de la mort du libéral et intelligent amateur. Ils ont été présentés au Conseil des Musées le 1er février, exposés temporairement dans la salle du pavillon Denon. L'ensemble ne comprend pas moins d'une douzaine de peintures et de six pièces de sculpture. Nous reviendrons prochainement ici sur le détail de cette magnifique série si bien choisie pour le développement de nos collections nationales.
Sculptures du Moyen-Age
Le hasard des ventes a fait entrer au Musée du Louvre un chapiteau provenant du cloître de la cathédrale de Gérone.
On connaît l'admirable ensemble que forme ce cloître roman, écrasé par la haute cathédrale gothique qui s'est dressée contre une de ses faces. Il a été longuement étudié par Emile Bertaux (1) et par M. Puig i Cadafalch (2). De plan trapézoïde, il est couvert de voûtes en berceau sur une des galeries, de voûtes en quart de cercle sur les autres. Les arcades, très larges pour résister aux poussées des voûtes, sont portées par des colonnes géminées, renforcées aux angles et au centre de chaque face par des piles cantonnées de colonnes.
Par ses dispositions architecturales, par la mouluration de ses bases et de ses tailloirs, par le style de ses chapiteaux, par l'iconographie des scènes qui y sont sculptées, il se rattache à la série des cloîtres catalans et roussillonnais de la deuxième moitié du xne siècle, et notamment au petit cloître de San Pere de Galligans, à Gérone également, au beau cloître de San Cugat del Valles, près de Barcelone, décoré à la fin du xne siècle par le sculpteur Arnall Catell, et à celui de la cathédrale de Tarragone, qui ne fut terminé que dans le premier quart du xme siècle.
Dans ces différents cloîtres, le style de la sculpture, — rondeur du relief, beauté des têtes, noblesse et élégance des attitudes, habileté dans la disposition des draperies, — est tellement semblable, que l'on a pu supposer que ces chapiteaux étaient l'œuvre d'un même atelier, ou du moins d'ateliers de même formation, où l'étude des modèles toulousains fut complétée par celle des œuvres de la Provence et du Nord de l'Italie. Dans tous, l'iconographie est originale, nettement inspirée des miniatures des manuscrits indigènes, où l'influence orientale et mauresque est si sensible, comme l'ont prouvé MM. Joseph Pijoan (1) et Puig i Cadafalch (2).
(1) Dans L'Histoire de l'Art d'André Michel, t. II, 1e partie, p. 236.
(2) Puig i Cadafalch, A., de Falguera i Sivita, J. Goday i Casals, Arquitectura románica a Catalunya, t. III, pp. 228-246.
(1) Les miniatures de l'octateuch a les Biblies romaniqes catalanes, dans Annuaire de l'Institut d'études catalanes, 1911-1912, p. 475 et suiv.
(2) Notamment dans le Bulletin Monumental, 1925, n°s 3-4, p. 303 et suiv.
Chapiteau roman provenant de Gérone (Espagne).
(Musée du Louvre)
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Le plus ancien cloître de cette famille, à en juger par le style de la sculpture et les détails du costume, paraît être le cloître de San Pere, dont certains chapiteaux furent copiés, parfois d'une manière assez gauche, par les sculpteurs du cloître
de la cathédrale, ainsi que l'a établi Bertaux. Le cloître de la cathédrale de Gérone fut ensuite commencé, mais on y travailla de longues années, et il ne fut guère terminé que dans les dernières années du xue siècle ou même les premières du xune, en même temps que ceux de San Cugat et de Tarragone. On y trouve, sculptée dans un beau marbre gris-clair à reflets dorés, qui forme le sous-sol de Gérone, toute l'histoire de la Bible, depuis la création d'Adam jusqu'à Samson et quelques scènes de l'Histoire du Christ : la Naissance, l'Adoration des Mages, la Mort de la Vierge, la Parabole du Mauvais Riche et du pauvre Lazare, l'Entrée à Jérusalem. Plusieurs chapiteaux sont décorés de feuillages et d'animaux réels et fantastiques, de scènes de lutte, luttes d'homme à homme, combats de fauves, chasses à pied ou à cheval, à l'épieu ou à l'arc, si souvent répétées dans ces cloîtres romans du Nord de l'Espagne et des Pyrénées, et qui, à l'origine, s'inspirent toujours des étoffes persanes et des ivoires de Cordoue et de l'Orient musulman.
C'est un chapiteau de cette série qui vient d'entrer au Louvre : des hommes armés, abrités derrière des boucliers, luttent, l'épée à la main, contre des lions, sujet de chasse, sans intention symbolique sans doute, d'un très beau style décoratif,
et qui représentera très heureusement au Louvre l'art si riche et si original des grands cloîtres catalans de la fin du xue siècle.
Marcel Aubert.
MUSÉE DU LUXEMBOURG
La réinstallation générale de nos collections d'art moderne, commencée par les Ecoles étrangères, au Jeu de Paume, va se poursuivre dans la partie principale du Musée, au Luxembourg, qui est fermée momentanément au public. Les plus anciennes des peintures et sculptures dont une partie ira au Louvre, ou à Versailles, vont céder la place à des acquisitions plus récentes permettant une plus juste vue de l'art contemporain. On envisage pour l'art décoratif des présentations fréquemment renouvelées d'objets divers en des vitrines placées parmi les salles de peinture.
MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
La collection Grandjean
Deux nouvelles salles viennent d'être inaugurées au Pavillon de Marsan. Elles sont consacrées à la collection léguée, il y a plusieurs années, par Mlle Alexandrine Grandjean (décédée en 1909). Par suite de difficultés résultant de certaines clauses du testament, l'Union Centrale des Arts Décoratifs a dû s'entendre avec les héritiers et les exécuteurs testamentaires et obtenir un arrêt du Conseil d'Etat intervenu en 1923. C'est la raison pour laquelle les nouvelles salles n'ont été ouvertes au public que récemment.
La collection Grandjean, extrêmement variée, est
composée d'objets très précieux, de toutes les époques et de tous les genres, depuis des ivoires du Moyen-Age jusqu'à des bijoux de la fin du xixe siècle.
Parmi les différentes séries, il faut noter un dip-
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BULLETIN DES MUSÉES
tyque en ivoire du xive siècle, un assez grand nombre d'émaux, dont un triptyque, provenant de l'atelier de Nardon Pénicaud et représentant l'Annonciation et La Nativité; d'autres pièces encore par Pierre Rémon, Pierre Courteys et Colin Nouailier.
Dans une des vitrines de la première salle, on
Cl. Giraudon
Vase en porcelaine de Sèvres (1759).
(Musée des Arts Décoratifs)
très rares de porcelaines de Saxe, de Vincennes et de Sèvres. Parmi ces dernières figure le célèbre vase à couvercle, rose et vert, enrichi de sujets peints d'après Téniers et daté de 1759.
Une très nombreuse réunion de bronzes dorés, pendules, chenets, argenterie du xviiie siècle est aussi à remarquer, parmi lesquels des appliques de Gouthière (1732-1768), un cartel par Ch. Crescent (1685-1768), une pendule par Bréguet (1747-1813), des flambeaux en argent et un bassin avec une aiguière en vermeil par R.-J. Auguste (1784), aux armes de Portugal.
Le mobilier appartenant à la collection Grandjean doit retenir l'attention; notons deux cabinets complets en noyer sculpté, du milieu du xvie siècle, avec d'intéressants fragments d'ébénisterie de même époque. Pour le xviiie, il n'y a pas moins de six meubles de toute beauté, exécutés par Riesener (1734-1806) dont une table, un secrétaire et une commode, avec pour ornements des fleurs en marqueterie et des branches de lauriers en bronze doré.
La peinture est très bien représentée par plusieurs tableaux intéressants, dont un de Salomon Ruysdaël (1648), un autre d'Adam Pynacker (1621-1673), une nature morte de Desportes (1719), et deux très beaux portraits par Robert Tournières (1668-1752) d'un magistrat et de sa femme.
remarquera des plats et des aiguières en étain de François Briot, la copie d'une chope du même artiste exécutée par Isaac Faust, de Strasbourg (1606-1669), des bronzes de l'atelier de Jean Bologne, d'autres bronzes italiens et flamands des xvie et xviiie siècles.
A noter également un marteau de porte, aux armes de la famille Rezzonico, de Venise, dont était le pape Clément XIII.
Dans une autre vitrine, ont été exposés des plats et figures de Bernard Palissy, des vases de Lyon, des faïences de Delft et des faïences d'Urbino, Faenza et Castel-Durante.
Il convient de citer également dans cette même salle deux grandes potiches de Delft, l'une de la fabrique d'Adrien Pijnacker (fin du xviiie siècle).
Le groupe le plus important de la collection est celui des porcelaines et, en premier lieu, des porcelaines de Chine des périodes Kang-Hi et Kien-Long, avec une précieuse série d'assiettes en coquilles d'œuf, des porcelaines du Japon des xviiie et xixe siècles (Imari et Kutani). Quatre vitrines entières ont été réservées à un ensemble de pièces
Cl. Giraudon
Commode de RIESENER.
(Musée des Arts Décoratifs)
Un grand portrait allégorique peint par Nattier (1723) représente un personnage vêtu d'une armure, la taille ceinte d'une écharpe blanche. Deux figures mythologiques et des anges l'accompagnent. Il s'agit très vraisemblablement d'un personnage qui
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s'est distingué au siège de Fontarabie (1719) comme le prouve un plan de cette ville tenu par un des anges. Signalons encore un joli portrait de femme de l'école française du xviie siècle.
Mais le plus attachant de la collection est un ta-
bleau d'Antoine Vestier (1740-1824). Il a peint d'une manière qui fait penser à celle de Mme Vigée-Lebrun, une jeune femme blonde et ses deux petites filles. Le peintre a groupé avec bonheur ses modèles dans une pose naturelle et charmante. Toutes trois se ressemblent et leur expression est presque la même, très jeune et malicieuse, avec quelque chose d'un peu grave dans le sourire.
Ajoutons pour compléter ce rapide exposé de la collection Grandjean une série de bijoux : montres du xviiie siècle, bracelets, colliers et bagues des xviiie et xixe siècles, principalement du Second Empire, quelques-uns même exécutés vers 1875-1885. Ces derniers, assez lourds et chargés, commencent cependant à présenter de l'intérêt pour l'histoire des bijoux.
En résumé, cette collection, comme nous l'avons dit, est très variée et précieuse. Elle offre un exemple de ces collections composites, fort à la mode vers 1880, date à laquelle des collectionneurs aux goûts éclectiques réunissaient des objets tout à fait différents pourvu qu'ils fussent de belle qualité. Il est curieux de noter le contraste qu'elles présentent avec celles d'aujourd'hui, très spéciali-
sées, où l'effort des amateurs s'exerce sur des séries homogènes, ou tout au moins de même époque.
Jacques Meurgey.
Les Vélins du Muséum
La collection des vélins du Muséum, conservée à la Bibliothèque du Jardin des Plantes, se compose de plus de cinq mille documents originaux, classés dans des albums reliés en maroquin, la plupart aux armes de France. Ces documents, qui comprennent des aquarelles sur vélin et un certain nombre de dessins à la plume et à la sanguine, représentent surtout des plantes et des animaux, copiés d'après nature, le plus souvent avec un soin et un talent remarquables, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par l'exposition qui vient de s'ouvrir au Pavillon de Marsan, où sont réunis environ cinq cents vélins.
Les plus anciens sont de 1631. Cette célèbre collection fut commencée dans la première moitié du xviiie siècle, pour Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, qui, possédant à Blois un jardin botanique et une ménagerie, chargea des artistes
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de représenter les sujets les plus intéressants. Elle fut continuée pour la Bibliothèque du roi de 1718 à 1793.
La série des aquarelles exposées débute par celles de Nicolas Robert (1614-1685), l'un des
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premiers artistes qui se soient consacrés à ce genre de travaux. Il y a montré une habileté et un art qui n'ont été égalés par aucun de ses successeurs. Ayant quitté Blois, Nicolas Robert vint travailler au Jardin du Roi à Paris, institué par Louis XIII en 1626, et reçut, vers 1664, le
Adèle Riché, Jean-Charles Werner, etc., tous représentés dans l'exposition actuelle.
Cette collection, dont la Révolution n'avait pas arrêté l'essor, se continua pendant tout le xixe siècle, jusqu'en 1895, date à laquelle les crédits furent supprimés. Une liste détaillée de ces vélin, qui servaient d'instruments de travail et d'étude aux professeurs et aux élèves des laboratoires du Muséum, a été publiée par M. H. Stein dans l'Inventaire des richesses d'art de la France. Depuis 1925, un inventaire général a été entrepris, de toutes les pièces signées ou non signées, sous la direction de M. Bultingaire, conservateur de la Bibliothèque du Muséum.
Jacques MEURGEY.
MUSEE ROLIN A AUTUN
Le Musée Rolin a reçu récemment de Mme Rérolle-Bulliot, fille du célèbre archéologue et col-
Dessin de ROBERT gravé par ABRAHAM BOSSE.
(Musée d'histoire naturelle)
titre de « peintre ordinaire de sa Majesté pour la miniature ». C'est sous sa direction que furent exécutés de très beaux dessins à la sanguine destinés à être gravés par Abraham Bosse (1602-1676) et Louis de Chatillon (1639-1737).
Jean Joubert succéda à Robert dans ces fonctions officielles. Ses dessins sont fort nombreux mais inférieurs à ceux de son prédécesseur. En 1700, Claude Aubriet (v. 1655-1742) fut pourvu du brevet de « peintre du Roy, de son cabinet et du Jardin du Roy ». Il fut remplacé en 1735 par Madeleine-Françoise Basseporte (1701-1780) qui avait obtenu cet emploi grâce à la protection de Jussieu; elle fut aussi maîtresse de dessin des enfants de Louis XV. Après cette artiste vint Gérard van Spaendonck (1716-1822). Tous deux travaillèrent sous les ordres de Buffon, intendant du Jardin du Roi (1739-1788).
Les continuateurs de cette œuvre considérable furent à la fin du xvime et au début du xixe siècles, Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), Nicolas Huet, fils de Jean-Baptiste, Nicolas Maréchal, Léon de Wailly, Pancrace Bessa, Abeille de Fontainne,
Saint-Adrien. Statuette bois, xv° siècle.
(Musée Rolin à Autun)
lectionneur autunois une jolie statuette en bois représentant saint Adrien, au sujet de laquelle le conservateur actuel du Musée Rolin, M. René Gadant, vient de publier dans les Mémoires de la Société éduenne une notice savante, élucidant diverses
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BEAUX-ARTS
questions d'iconographie et d'armement qui se posent à propos de cette figuration du saint.
Le saint est représenté en armure, portant une enclume de la main gauche et est monté sur un livre. Ce document, qui provient de la région autunoise, date, d'après tous les caractères de la figure, de la fin du xve siècle. M. Gadant y voit un travail flamand, ce dont nous sommes beaucoup moins sûrs. Ce réalisme discret et précis, tout en n'ayant que peu de rapports avec le style fougueux et épais de la Bourgogne de l'époque, peut très bien être le fait d'un atelier français de la région du Centre. Ni la facture des plis du manteau, ni le caractère du masque ne décelent l'âpre et un peu caricatural sentiment de la nature cher aux Flamands.
MUSÉE DE ROUEN
Un Christ attribué à Rubens
La grande presse a fait au début de l'hiver
Christ attribué à Rubens.
(Musée de Rouen)
quelque bruit autour d'une toile importante remise en bonne place à cette époque dans les salles consacrées à la peinture ancienne du Musée de Rouen.
Cette peinture pourra faire l'objet d'une étude plus approfondie; pour le moment nous nous bornerons à indiquer sommairement l'état de la question.
Le Musée de Rouen possédait depuis 1792 deux
Le Christ entre les Larrons par Rubens.
(Musée de Toulouse)
Christs en Croix, l'un considéré de tout temps comme un van Dyck, l'autre signé de Dumont le Romain, 1746.
Par une de ces erreurs ou de ces négligences assez communes autrefois, le Christ dit «de van Dyck» fut déposé dans une des salles du Tribunal de commerce de Rouen, au lieu de celui de Dumont le Romain, qui était destiné à cet établissement et qui avait été exécuté autrefois spécialement pour l'ancienne «Juridiction consulaire».
Le Tribunal de commerce (et M. de Beaurepaire archiviste départemental, dans ses opuscules sur les origines du Musée, confirme cette opinion) pensait être en possession du tableau de Dumont le Romain, alors que ce dernier, sous la dénomination «inconnu» figurait dans les réserves du Musée.
Quand on entreprit récemment des travaux d'architecture dans le bâtiment du tribunal, l'architecte de la Chambre de commerce, M. Chirol, signala à l'attention de l'administration l'état lamenoise de la salle de lecture.
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table où se trouvait ce tableau dans lequel on ne discernait plus que quelques traces d'excellents morceaux. Une restauration fut décidée et le tableau envoyé au Musée à toutes fins utiles.
Après nettoyage l'œuvre semblait si intéressante que nous en demandions le retour dans nos galeries, ce que l'administration accorda d'autant plus volontiers que le tableau n'avait jamais cessé d'appartenir au Musée.
Les reproductions que nous donnons ci-contre et qui permettent de comparer notre tableau avec le Christ en Croix entre les deux larrons (retable exécuté par Rubens pour les Capucins d'Anvers en 1615, actuellement au Musée de Toulouse) établissent entre les deux figures du Christ, celle de Rubens et celle de notre tableau, une identité de dessin tout à fait saisissante.
Si l'on considère d'autre part que le retable de Rubens, exécuté très rapidement, n'a jamais été terminé dans toutes ses parties; que la figure principale, même, tout en étant la plus soigneusement exécutée n'est pas exempte de morceaux inachevés, qu'elle comporte aussi quelques différences de modelé ou d'éclairage nécessités par une composition plus importante, il ne paraît pas possible de supposer que le Christ de Rouen ait pour origine une copie de celui des Capucins d'Anvers.
Rubens, ayant fait graver par Boèce à Bolswert la composition entière telle qu'elle figure actuellement au Musée de Toulouse, a fait également graver, postérieurement, semble-t-il, par Schelte à Bolswert, le Christ seul, avec certains détails particuliers au tableau de Rouen; dès lors l'hypothèse de l'exécution de ce dernier dans l'atelier du maître anversois devient très plausible.
F. GUEY.
MUSÉE DE TULLE
Une tête de sainte du XVᵉ siècle
Le Musée de Tulle vient d'acquérir une tête de statue de femme, en pierre, qui ne déparerait pas une riche collection. Malgré l'écornure du nez, le visage conserve de la grâce et de l'expression. La bouche et le menton sont habilement dessinés. La figure, bien pleine, indique la maturité de l'âge. Elle est encadrée par une coiffure élégante, composée d'un touret de front qui couvre les cheveux et les oreilles, bordé d'un double rang de perles et s'ajustant à une guimpe qui laisse le menton à découvert. Sur le touret est jeté un voile assez épais que les cheveux ou un appareil rigide relèvent un peu au sommet du crâne. Ce voile ne descend pas plus bas que le visage; il retombe à droite et flotte coquette-
ment à gauche. La tête garde des traces de peinture. A en juger par la coiffure, par la franchise des traits et la tenue générale, on peut dater ce morceau de sculpture de la seconde moitié, peut-être de la fin, du xve siècle.
Voici ce que j'ai appris sur l'origine et la provenance de la tête qui fait l'objet de cette note. Sous l'arcade d'un enfu qui se trouve à l'extérieur et à gauche du portail de la cathédrale de Tulle, on avait placé, à une date qui ne peut remonter au-delà du xvie siècle, une statue d'homme et une statue de femme, debout. Le peuple les maria, reconnut Adhémar, vicomte des Echelles, bienfaiteur de l'ancienne abbaye, et sa femme,
Tête de sainte en pierre. xvᵉ siècle.
(Musée de Tulle)
Gauzla, qui vivaient au xe siècle. L'enfeu passa alors pour être leur tombeau (1).
En novembre 1793, ces statues furent décapiées. Or, une tradition très précise nous apprend qu'un témoin de l'acte de vandalisme sauva la tête de la statue de femme, la cacha, la conserva pieusement et la transmit à son fils. C'est un descendant de ce témoin qui l'a cédée au Musée de Tulle; c'est de
(1) Cette légende populaire est absolument controuvée. Nous savons, par Etienne Baluze, (Hist. Tutel., p. 21), que le tombeau d'Adhémar était dans le bras Nord du transept et ne se signalait que par une simple inscription. Il faut renoncer aussi à voir la figuration du vicomte des Echelles et de sa femme dans les deux statues en pied qui ont meublé l'enfeu extérieur pendant près de trois siècles, mais ne dataient que de la fin du Moyen-Age et ne présentaient aucun des caractères habituels de la statuaire funéraire.