Extrait
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Le Salon de la Libre Esthétique.
- OCTAVE MAUS.
- Le Mobilier (2ème article).
- GUSTAVE SOULIER.
- Propos sur l’Affiche.
- HENRI BOUCHOT.
- Nos Concours.
- C. S.
- Planche hors texte.
- Estampe décorative
- E GRASSET.
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AVRIL 1898
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFAYETTE PARIS
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2e Année. — N° 4
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. PUVIS DE CHAVANNES, VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O, MERSON, FRÉMIET, ROTY
LUCIEN MAGNE.
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Directeur : THIÉBAULT-SISSON
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II. Les projets devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répété sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent.
III. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité.
IV. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis.
VII. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits.
VIII. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais.
L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.
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G. COMBAZ.
Le Salon de la Libre Esthétique
INDIVIDUALISME que proclament avec éloquence les Salons de la Libre Esthétique s'affirme à la fois dans la section de peinture, dont les exposants sont choisis parmi les artistes affranchis des traditions académiques, et dans celle des industries d'art, où s'accuse d'année en année davantage la personnalité des artisans qu'une très louable inquiétude oriente vers des horizons neufs.
En son cadre restreint, le Salon de 1898 est, à cet égard, caractéristique. Il reflète fidèlement les tendances diverses de l'art d'aujourd'hui. Il instantanise l'effort personnel des artistes, et son internationalisme donne lieu à d'intéressants rapprochements entre les formes multiples dans lesquelles se fixent, en France, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Hollande, les initiatives. L'influence de tels maîtres français en renom : Claude Monet, Carrière, Besnard, apparaît, visible, sur certains peintres allemands d'avant-garde, tandis que l'ombre de Whistler plane sur les toiles de tel ou tel artiste de la jeune Amérique. En Belgique, où les contacts sont plus fréquents et plus nombreux qu'ailleurs, les tentatives individuelles réfléchissent, avec une infinie variété, les aspects dont l'évolution constante de l'art offre le mouvant spectacle. Le tempérament de chacun transforme et développe les formules adoptées. Et voici qu'à leur tour, de jeunes maîtres surgissent, instaurant dans les modes de composition et de procédé les plus opposés, hors de toute tradition d'école, un art personnel et libre. En étudiant leur héritéité, il est aisé de nommer leurs ancêtres. Mais qui n'est pas frappé des modifications profondes qui se sont produites en eux, à mesure qu'ils s'éloignaient du point de départ ?
Léon Frédéric, par exemple, dont le polyp-tique la Nature est l'une des œuvres les plus considérables du Salon, a eu, au début, la hantise de Bastien-Lepage. Son triptyque les Marchands de craie, actuellement au Musée de Bruxelles, reflète l'art à la fois réaliste et vaguement teinté de mysticisme du peintre de Jeanne d'Arc. Esprit cultivé et littéraire, épris
MAJOLIQUE D'EMPTINNE.
des grâces de la nature et nourri de l'étude des maîtres primitifs, spécialement des artistes italiens de jadis, il a peu à peu conquis, en marchant droit dans la voie qu'il avait choisie,
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Art et Décoration
une personnalité et une autorité que sont obli- gés de reconnaître ceux-là même qu'éloignent de lui la méticulosité et la sécheresse de sa facture. M. Frédéric fait école, à son tour. La forme précieuse dont il enveloppe la rusticité,
Dans la serre.
TH. VAN HOYTEMA.
le mélange de spiritualité et de vérité docu- mentaire qui est la caractéristique de ses œuvres, sa précision inexorable du détail, sa vision spéciale, touchante et imprévue, dont le côté conventionnel n'exclut pas la sincérité, trouvent déjà, dans l'admiration que suscite la probité de son labeur, des imitateurs ou plutôt des adaptateurs qui, peut-être, élargi- ont ses procédés et développeront son œuvre.
M. Alfred Verhaeren se rattache à la lignée des peintres flamands et paraît'apparenter, en un Intérieur d'église aux colorations opu- lentes, sonores, au peintre des cuirs mordorés, des toitures rutilantes, des accessoires traités comme des pièces de joaillerie, à Henri de Braekeleer. Mais l'affinité est lointaine. La personnalité de M. Verhaeren et sa maîtrise d'exécution sont indéniables.
Les portraits de M. Robert Picard semblent inspirés par l'Ecole anglaise de xvm° siècle dont ils ont — l'un d'eux, tout au moins, un souple et élégant portrait de femme à la grâce orientale — l'aristocratique élégance. Le rap- prochement dérive plus de l'extériorité de l'œuvre, de sa mise en page, de la pose du modèle, que des qualités foncières du coloris et du dessin. Ceux-ci permettent de fonder sur le jeune artiste, dont les recherches persévérantes se sont éparpillées jusqu'ici dans diverses directions, un sérieux espoir.
C'est en Angleterre aussi qu'il faut pour- suivre les origines du mystérieux peintre James Ensor, héritier des caricaturistes d'autrefois, d'Hogarth principalement dont la verve sati- rique assaisonne quelques-unes des pages étranges — peintures ou gravures à l'eau-forte, mordues d'un trait sûr — du peintre osten- dais. Son envoi, restreint à deux œuvres, déconcerte par la bouffonnerie des figures, par les ténèbres de la composition. Il s'en dégage un humour de pince-sans-rire qui classe M. Ensor, l'un des plus délicats coloristes que nous possédions en Belgique—nombre d'inté- rieurs, de tableaux d'accessoires en font foi — parmi les indisciplinés et les mécontents. A coup sûr une personnalité, un nom qui restera.
Les paysagistes A.-J. Heyarans et Emile Claus subissent, eux, la vivifiante impression des maîtres français qui, récemment, ont auda- cieusement éclairé leur palette aux rayons chauds et colorés du soleil. L'impression- nisme de Claude Monet théoriquement appli- qué par George Seurat qui imagina, pour réaliser dans toute son intensité l'impression lumineuse, but de ses efforts, le procédé inédit de la décomposition pigmentaire du ton, a exercé sur eux une influence décisive. Aux oppositions d'autrefois, aux trucs des con- trastes et des repoussoirs employés pour donner l'illusion du jour, ont succédé des procédés simplifiés tendant à baigner la nature de clartés blondes, à tremper dans l'atmosphère les arbres, les collines, les habitations, les per-
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Le Salon de la Libre Esthétique
sonnages. Tout en gardant leur personnalité, tout en demeurant les coloristes de race qu'on connaît, MM. Heymans et Claus ont illuminé leurs toiles, rafraîchi leur conception de la nature. Et les voici tous deux marchant à la conquête de la lumière dont s'iradient, de plus en plus, les sites rustiques qu'ils reproduisent: chemins sablonneux de la Campine, quais et canaux de Hollande, villages pittoresques de ces îles de Zuid Beveland et de Walcheren qu'on croirait érigés tout exprès, dans leur
parure pomponnée et vernissée de jouets neufs, pour l'agrément des peintres.
Dans ces sentiers peu explorés, M. Théo Van Rysselberghe dont l'important envoi est la gloire et la joie du Salon, s'est avancé le plus loin. Nul mieux que lui n'atteste le parti que peut tirer des formules néo-impressionnistes, un artiste doué de sensibilité. Ses toiles ruissellent de lumière. Portraits et paysages sont éclairés avec une justesse et un éclat inégalés jusqu'ici. Mais ce n'est pas, seule, la diffusion des rayons solaires qui préoccupe l'artiste. Le rythme des lignes, qui passionnait Seurat et dont une mort foudroyante vint interrompre l'étude, est, pour M. Van Rysselberghe, l'objet d'inquiètes recherches. Dans la mise en page de tels de ses portraits, dans le choix de certains sites ce Canal par un temps triste, avec sa perspective fuyante d'arbres courbés inexorablement dans le même sens, en offre un exemple), ce souci se révèle. Il éclate dans sa vaste composition: l'Heure embrasée, qui réunit en une synthèse magistrale des réformes novatrices tentées isolément jusqu'ici les modes d'expression par lesquels le néo-impressionnisme entend s'imposer: direction raisonnée des lignes savamment disposées en vue d'un effet décoratif prémédité, harmonie des couleurs franchement établie par des juxtapositions de tons sonores ou assourdis, sans l'habituel recours aux noirs attristants et aux bitumes conventionnels, distribution logique et radieuse de la lumière, vérité des attitudes et des gestes.
L'Heure embrasée, dont notre illustration ne peut exprimer la coloration chaude et la belle limpidité, est, dans cet ordre d'idées, l'œuvre la plus complète et la plus séduisante qu'ait fait éclore le néo-impressionnisme. « Ce n'est plus l'harmonie orangée et bleue à laquelle l'impressionnisme nous avait habitués,dit l'Art Moderne par la plume de M. Emile Verhaeren ; c'est une harmonie inédite de rose, de rouge, de vert, de jaune et de mauve allant jusque au violet. Seule la mer conserve ses tons azurés. Le mouvement résulte de ses conflits et de ses apaisements de tons, autant que de la dynamique savante des courbes. La ligne droite ne plante nulle part sa froideur ni
BING ET GRÖNDAHL.
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Art et Décoration
son immobilité. Tout est flexible et sonore, si bien qu'abstraction faite du sujet lui-même,
MAJOLIQUE D'EMPTINNE.
la vie est déjà réalisée par ces deux seuls éléments : le dessin et la couleur.
Si maintenant on étudie les groupements des baigneuses, la morsure des rocs et des eaux par la clarté, le naturel des poses, la variété et la simplicité des attitudes, cette vie déjà ardente du dessin et de la couleur par eux-mêmes s'aggrave de toute une réalité fortement observée et heureusement rendue. Le site est un large et radieux morceau d'espace. De l'air, de la chaleur et de la tranquillité s'y déploient. Aucun détail trop complaisamment montré n'y détonne comme un hors-d'œuvre. Ce n'est pas une peinture de belles parties agencées, c'est un ensemble dont rien ne doit être distrait pour provoquer une admiration exclusive.
Cet art plonge non point dans le rêve ou l'extase, mais dans une sorte de vie choisie, montrée sous ses aspects de santé et de beauté. Du bonheur frais y circule sans qu'on songe aux idylles des anciens poètes, ni aux paradis classiques. La donnée n'est en rien littéraire. Ce ne sont simplement que de belles chairs heureuses de se déployer nues et claires parmi les caresses mêlées de l'eau et du soleil. Une existence pleine d'aise et d'abandon, une existence souple et naturelle nous est montrée et
nous est offerte comme un beau fruit mûr. Et c'est là l'unité d'impression qui se lève de cette œuvre, à laquelle concourent logiquement tous les moyens plastiques employés. »
Ces quelques exemples suffiront à préciser la tendance et la portée des Salons de la Libre Esthétique Pour en donner un aperçu complet, il faudrait analyser les œuvres, si attachantes à divers titres, de MM. A. Baertsoen, Ch. Mertens, G. Morren, qui complètent le contingent belge; celles des peintres français Lucien Simon, Le Sidaner Maurice Denis, L.-W. Hawkins ; vanter les limpides nocturnes exécutés par F. Thaulow au moyen d'un curieux mélange de gouache, d'aquarelle et de peinture à l'huile ; étudier les portraits et études du groupe américain : MM. J.-W. Alexander, J. Humphreys-Johnston, Childe Hassam, Ch. Fromuth; les paysages, portraits et natures-mortes des artistes allemands Liebermann, Leistikow, Curt Hermann, A. Illies, J. Von
G. COMBAZ.
Ehren, P. Kayser, Dora Hitz; des Anglais Ch.-W. Bartlett, R. O'Connor et A.-V.-C.
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Le Salon de la Libre Esthétique
Hazledine; des Hollandais Nico Jungmann et J. Koster.
Il conviendrait aussi de citer le graveur J.-M. Michel Cazin, les sculpteurs C. Meunier, G. Minne, si personnel et si émouvant dans ses groupes et figures d'un curieux archaïsme, P.-W. Bartlett, V. Vallgren. Mais la section des industries d'art nous requiert, et il importe, en cette Revue spécialement consacrée à la renaissance des arts de l'ornementation et du décor, de donner à cette manifestation spéciale, largement représentée à la Libre Esthétique, le développement que les lecteurs sont en droit d'attendre.
Une vingtaine d'artistes de diverses nationalités ont été invités à prendre part, comme artisans d'art, au présent Salon.
Et l'on peut affirmer que l'ensemble des œuvres réunies dans les deux salles consacrées aux objets d'art, débordant même dans les galeries de peinture où céramiques, reliures d'art, cuirs gaufrés, médailles, étains, fers forgés, tissus aux tons harmonieux, éparpillant en des vitrines une joie de notes vives et claires, marque un incontestable progrès, dans les divers domaines des industries artistiques, sur les précédentes expositions.
Voici d'admirables vases en favrile glass du maître verrier américain L.-C. Tiffany. Par des lustres savamment harmonisés, par des oxydes ingénieusement mêlés à la pâte en fusion, sur laquelle, parfois, se déploie un sobre décor de plumes de paon ou de capricieuses arabesques, l'artiste obtient une merveilleuse variété de reflets métalliques et d'irisations. Telle coupe paraît pétrie de nacre. Telle autre projette les lueurs flavescents d'une précieuse orfèvrerie. Ce flacon a l'air d'être taillé dans un bloc de lapis-lazuli. Le revêtement intérieur de cette amphore se colore de l'éclat d'une conque marine. Le musée des arts décoratifs de Bruxelles a judicieusement acquis quelques uns des plus beaux spécimens de cet art raffiné et délicat.
Il n'a pas laissé échapper les plus séduisants produits de la Manufacture royale de porcelaines de Copenhague, qui, depuis une dizaine d'années, sous l'artistique direction de M. Philippe Schou, a pris un essor nouveau. Les pièces uniques, modelées et décorées par des artistes de choix, tels que MM. A. Krog, Liisberg, Mortensen, Ussing, Engelhardt, Nielsen, Jensen, Mlle Nathanielsen, etc., constituent, par la finesse de la pâte et l'harmonie de l'or-
TH. VAN RYSSELBERGHE.
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Art et Décoration
nemation, réduite à la gamme des bleus tendres et des gris argentés, de précieux objets d'art destinés à prendre place, dans les collections, à côté des produits de la manufacture de Sèvres.
Déjà l'émulation a fait naître à Copenhague d'autres ateliers, ceux de M.M. Bing et Grondahl, entre autres, dont les spécimens sont décorés d'une élégante ornementation empruntée à la flore et à la faune, en des tons puissants et doux à la fois; ceux, aussi, de M.J.-F. Willumsen.
Une collectivité belge, la Majolique d'Emptinne, de fondation récente, nous paraît marcher avec trop peu de réserve sur les plates-bandes de la fabrique de Rozenburg. Le décor de ses vases et de ses plats, d'un amusant barriolage de couleurs dont les dominantes sont le jaune, le rouge, le mauve et le vert, est plaisant à l'œil, et d'un grand effet ornemental, ainsi qu'on en jugera par nos reproductions.
De curieuses tentatives faites dans les arts du feu par un jeune artiste espagnol, M. Durrio de Madron, qui façonne en des formes originales, d'un goût quelque peu barbare, une sorte de grès poreux, revêtu d'un émail de coloration discrète, complètent la partie céramique du Salon.
Les arts du métal sont représentés par M.Selmersheim, dont la lampe de cuivre, l'encrier, le bougeoir, l'applique d'éclairage ont des formes déliées et neuves; par M.Otto Eckmann, de Berlin, qui expose divers lustres pour l'électricité et candélabres en fer forgé de composition un peu massive; par M.K.Gross, de Munich, dont les étains, infiniment moins souples que ceux de M.Jules Desbois, et de visées plus industrielles que ces derniers, ont, parfois, d'heureuses proportions et un galbe pur.
Les vitraux de M. Evaldre méritent une mention particulière. Par une habile disposition de couleurs, par la mise en œuvre de verres américains aux reflets chatoyants, l'industrieux artiste, actuellement au premier rang des maîtres-verriers de Belgique, obtient des effets d'une grande intensité. J'apprécie surtout la verrière dont le motif est un grand papillon aux ailes dépliées, limité à ces deux tons: le grenat et le bleu turquoise.
M. Evalldre a exécuté en carreaux céramiques des compositions de M. Gisbert Combaz, dont les progrès s'accroissent d'année en année davantage. Outre la très remarquable affiche qu'il a dessinée pour le Salon, M. Combaz fait admirer, cette fois, plusieurs dessins en couleurs, conçus et traités avec une judicieuse entente de la décoration : frise (Salamandres) pour céramique, en cours d'exécution chez M. Émile Muller, projets de papiers peints, carreaux de revêtement, estampes destinées à servir de vignettes ou purement ornementales, comme la Vague, les Cygnes, les Moulins, la Tortue, l'Argo. L'artiste, de plus en plus maître du métier, conquiert peu à peu une incontestable personnalité.
Citons aussi Mlle Angèle Huez, qui aligne des projets de papiers de tentures et de cretonne, des broderies et des dentelles. Et puisque nous pénétrons dans le domaine des délicates industries féminines, arrêtons-nous un moment aux tapisseries de Mlle L.-G. Van Mattenburg, aux élégantes broderies de Mlles I. et C. Brinckmann : Giroflées, Capucines, ainsi qu'aux tapisseries dont elles ont composé avec goût les cartons.
D'autres tapisseries attirent nos regards :
Service à liqueurs (étain).
K. GROSS.
Vignette.
G. COMBAZ.
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Le Salon de la Libre Esthétique
tandis que M. Ranson harmonise, en des compositions savamment ordonnées, les tons feuille-morte, jaune d'or, gris d'acier, noisette, M. Otto Eckmann recherche les accords sonores dont le bleu veloute est la tonique, le vert glauque la dominante. Et M. Rentsch, de Dresde, en des tentures sur lesquelles la broderie rehausse et complète d'habiles applications de soie peinte à l'aquarelle — procédé curieux mais, somme toute, peu pratique — tire d'éblouissants feux d'artifice de couleurs :
dessins en couleurs du premier : Richesse et Dans la Serre, les illustrations en vue de la légende roumaine La Jeunesse inaltérable et la Vie éternelle, du second, marquent, pour l'un et l'autre de ces artistes, une égale virtuosité.
Le second nous a paru, néanmoins, moins heureux que d'habitude dans son aquarelle : Anémones de mer, d'une facture molle et d'un dessin trop sommaire.
De belles et originales reliures exposées par la Société danoise du Livre, signées par
ici, un faisant doré traverse d'un vol triomphal un champ d'iris fulgurants; là, un paon fait rayonner parmi les lis l'éclat de ses ocellations; plus loin, la fanfare des coquelicots et des digitales retentit sur un fond d'or vierge encadré de soie mauve.
M. Thorn Prikker a ressuscité dans la teinture des étoffes dont il se sert pour exécuter des reliures, des rideaux, des coussins, des voiles de cheminée, l'antique procédé des Javanais, c'est-à-dire les réserves faites à la cire sur le tissu avant de plonger celui-ci dans la couleur. Il en tire de jolis effets, d'un art ingénu et charmant.
Ses compatriotes Van Hoytema et Deyselhof traitent décorativement l'aquarelle par tons plats, et manient avec non moins d'adresse le crayon lithographique que le burin. Les MM. Anker Kyster et J.-L. Flyge, le papillotage versicolore d'une vitrine de livres anglais choisis parmi les plus beaux de l'année, des cuirs gaufrés et incisés de Mme Thaulow, d'exquises plaquettes en bronze et médailles d'Alexandre Charpentier, des étains de J. Desbois complètent, avec une étagère aux courbes gracieuses de M. Ch. Plumet, des estampes de Grasset et un panneau décoratif un peu mystérieux de M. Leistikow, Corvi Noctis, la section des Objets d'art et des Arts décoratifs.
L'ensemble témoigne, dans les voies les plus diverses et dans les différentes applications auxquelles s'efforce le génie inventif des modernes artisans d'art, d'un réel esprit d'initiative, d'un loyal désir d'échapper aux banalités et aux redites. Ici encore s'affirme, au
LA SOCIÉTÉ DANOISE DU LIVRE.
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Art et Décoration
même degré que dans la peinture et dans la sculpture, l'individualité artistique qui seule produit les œuvres fortes et durables.
Ce qu'il faut souhaiter, c'est de voir ce cu- intellectuelle pour qui chaque matière à utiliser exige des études et un apprentissage particuliers.
Les progrès se dessinent, certes, et l'on
F. RENTSCH.
rieux mouvement s'étendre davantage, gagner le peuple, stimuler l'activité des ouvriers, exciter l'amour-propre des apprentis. Jusqu'ici, il demeure trop, à quelques exceptions près,
l'apanage d'une aristocratie de peintres et de sculpteurs qui se passionnent, par dilettantisme, pour les arts d'industrie et d'ornementation. Ce ne sont pas les artistes qui devraient s'installer à l'établissement des artisans, mais bien les artisans qu'un sentiment délicat de la beauté et de l'harmonie devrait transformer peu à peu en artistes. Aux premiers à guider les seconds, à leur ouvrir les voies, soit. Mais, l'élan donné, il y a beaucoup plus à espérer des gens de métier rompus aux pratiques du métal, du verre, du bois, de la poterie, du cuir, que de l'élite commence à sourire des meubles rébarbatifs et inutilisables qui marquent le début de notre actuelle renaissance, des brocs et des pichets que seule pourrait soulever la main d'un hercule, des reliures pour lesquelles il faut construire des bibliothèques spéciales, des cuvettes qui laissent filtrer l'eau, des verres dans lesquels on ne peut pas boire, des lampes qu'il est impossible d'allumer. Ces « objets d'art », ont, heureusement, à peu près fini leur carrière et il est facile de constater au salon de la Libre Esthétique que tous ceux qui se consacrent aux arts mineurs, se préoccupent, en même temps que l'harmonie des formes, du côté pratique, du caractère rationnel de leurs créations.
OCTAVE MAUS
CH. PLUMET.
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Lambrequin.
G. SERRURIER-BOVY.
Le Mobilier
(2e Article)
Après le mouvement esthétique de l'Angleterre, dont les résultats actuels ne sont peut-être pas aussi féconds et aussi parfaits qu'on pouvait l'espérer, la Belgique donne aujourd'hui l'exemple, dans les arts de l'ameublement, d'une effervescence salutaire. Des architectes et des industriels se sont mis courageusement à la tâche pour renouveler notre mobilier et le rendre conforme à notre caractère et aux exigences de notre vie quotidienne. Nous avons déjà entretenu nos lecteurs des recherches de M. Victor Horta et de M. Paul Hankar; on connaît bien en France M. Serrurier-Bovy, qui a exposé à nos Salons, et il faut encore citer les noms de M. Van de Velde, et d'ébénistes ou de tapissiers, comme MM. Hobé et de Grauw, qui ont voulu prendre aussi une sérieuse initiative.
Déjà des résultats excellents sont acquis, et il est sorti de ces ateliers divers des mobiliers logiques et confortables, présentant entre eux ces relations de dépendance et de cohésion qui font attribuer leur conception à des principes communs de force, de simplicité et de charme. Et l'on ne s'étonne pas que le sens personnel de chacun, soumis ainsi à des préoccupations identiques, ait si vite réussi à affirmer dans les tentatives de nos voisins un caractère distinctif.
Il faut bien dire que les artistes belges jouissent de conditions particulièrement favorables, que nous serons, longtemps encore peut-être, réduits à leur envier. Ils sont encouragés et poussés à produire par un public beaucoup plus spontané dans ses goûts,
Chaise.
ED. DE GRAUW.
avouons-le, que celui auquel on s'adresse chez nous. Une vie plus calme que la nôtre fait mieux sentir là-bas les besoins du confort intime, et c'est pour soi que l'on installe sa