Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Les Bijoux aux Salons de 1898,
HENRI VEVER.
- La Sculpture Décorative aux Salons,
PAUL LEPRIEUR.
- Les Arts du Feu,
ÉMILE MOLINIER.
- Planche hors texte.
Vase et Pendant de cou.
R. LALIQUE.
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JUIN 1898
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LA FAYETTE PARIS
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2e Année. — N° 6
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
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MM. PUVIS DE CHAVANNES, VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O. MERSON, FRÉMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE.
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Collier : têtes pierres fines sculptées, coiffées d'or.
R. LALIQUE.
Les Bijoux aux Salons de 1898
EPUIS quelques années, on a heureusement renoncé aux classifications ridicules dans lesquelles on s'efforçait de hiérarchiser l'Art, et les Arts qualifiés autrefois de mineurs ont enfin atteint leur majorité. La question n'est plus même controversée de savoir si l'Art industriel ou décoratif est de l'Art, puisqu'il est fraternellement admis aux salons annuels des Beaux-Arts au même titre que la Peinture ou la Sculpture. C'est là un fait acquis dont le premier résultat a été de donner un nouvel essor aux productions de nos ouvriers d'art.
Pendant trop longtemps, on s'est inspiré des anciens modèles que souvent on se contentait de modifier à peine. La lassitude est enfin venue des œuvres empruntées à l'arsenal des vieux documents et on a été saturé de déjà-vu. Un mouvement s'est alors créé pour la recherche d'un Art inédit qu'on désigna sous le nom d’ « Art nouveau » — terme impropre qui ne signifie pas grand'chose, car l'Art est toujours nouveau pour qui sait le pratiquer — mais qui a fait surgir des productions originales, parfois excentriques, mais toujours sincères et, la plupart du temps, très intéressantes. Le point de départ de ces tentatives a été l'étude de la Plante et ses applications.
On commença donc à sortir de la routine et des rabâchages archéologiques; aussi, les encouragements ne manquèrent pas à ceux qui firent ce premier effort. Gagnant de proche en proche, ce mouvement est devenu une poussée générale d'une force inouïe; l'air ambiant s'est modifié; chacun s'est mis à chercher dans son propre fonds et a repris confiance en lui-même. Le résultat, timide d'abord, s'affirme de jour en jour, et, dans toutes les branches de l'industrie, c'est un réveil de bon augure. Nous n'avons à nous occuper dans cet article que des bijoux proprement dits en laissant de côté l'orfèvrerie qui mériterait une étude spéciale.
Parmi les envois de cette année, nous re-
Peigne corne, enrichi d'opales.
R. LALIQUE.
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trouvons, dans plusieurs vitrines, diverses séries d'un mérite inégal, les uns très intéressants, les autres, d'une banalité courante
Peigne corne.
R. LALIQUE.
et d'une fabrication commerciale qui devraient leur interdire d'une façon absolue les portes du Salon. La section des objets d'art ne conservera sa raison d'être qu'autant que les artistes se montreront très sévères pour l'admission des œuvres présentées. Il ne faut pas que les vitrines du Salon ressemblent aux étalages que l'on peut voir dans tous les magasins et les artistes industriels devraient avoir à cœur de n'envoyer que des œuvres qu'ils considèrent comme exceptionnelles et particulièrement réussies. Tout le monde y gagnerait.
Parmi ceux qui sont venus à l'heure la plus favorable pour prendre part à la poussée générale, M. Lalique est un de ceux qui ont le mieux réussi. Bien que ses premiers envois aient étonné par leur hardiesse et leur originalité un peu exagérée, il s'est créé une place à part dans l'industrie du bijou artistique et il a rapidement conquis la faveur du public aussi bien que les faveurs officielles. Certains lui ont même reproché la rapidité de ses succès. Qu'on me permette de ne pas partager leur avis; nous voyons, en effet, assez souvent encourager des tentatives plus ou moins heureuses de rajeunissement des industries d'art, pour que nous puissions approuver sans réserve les récompenses décernées aux artistes qui se placent, sans conteste, au premier rang, et dont l'exemple contribue puissamment à la transformation de toute une branche d'industrie. C'est ce qui est arrivé pour Grasset, pour Gallé, pour Chéret et pour tant d'autres qui ont été les créateurs de prototypes dont s'inspirent beaucoup d'artistes habiles, mais incapables d'innover par eux-mêmes. Ce sont ces maîtres qui donnent l'orientation nouvelle et c'est par leurs imitateurs et par leurs élèves que leurs idées pénètrent graduellement dans toutes les branches de l'art décoratif et se vulgarisent dans le grand public.
Pour la joaillerie, Massin a joué jadis un rôle prépondérant, il en sera de même dans la bijouterie pour Lalique; son influence se fait déjà sentir et c'est avec une véritable satisfaction que nous le constatons. Son exposition de cette année est un enchantement pour les yeux; il y montre les mêmes qualités que les années précédentes, mais plus pondérées; l'ensemble est exquis et constitue un vrai régal pour ceux qui sont épris des
Chaine à deux pendants (émaux translucides.)
R. LALIQUE.
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belles œuvres. Que les lecteurs de cette Revue n'attendent pas de moi une description minutieuse, et d'ailleurs impossible à faire; je les renvoie aux planches réparties qui, malheureusement, reproduisent les objets à une échelle réduite et ne peuvent, hélas, rendre ni la richesse de la matière ni l'harmonie des colorations. Comment dépeindre en effet le charme de ces fleurs, de cette orchidée, de ce chrysanthème frisé dont les pétales d'émail vert sont d'un sentiment si juste et si artistique, l'aspect si frais et si naturel, de ces anémones avec leur corolle d'une douceur exquise sculptée dans des opales aux reflets caressants et irisés? N'est-ce pas admirable de voir interpréter ainsi par une pierre dure ce que l'épiderme d'une fleur a de velouté et de délicat? M. Lalique emploie abondamment l'opale, ce en quoi il a raison. Vous verrez sur nombre de ses bijoux un de ces morceaux d'arc-en-ciel qui semblent voilés d'une lueur lactée: les mille reflets de cette pierre, jadis discréditée, se combinent admirablement avec les tons variés de l'émail et leur éclat se marie d'une façon très heureuse avec celui des pierres vives et précieuses telles que le diamant, l'émeraude, le rubis. M. Lalique connaît toutes les ressources de sa palette, il s'en sert en virtuose, et il excelle à poser avec un rare bonheur les touches les plus délicates. Très épris des colorations douces et harmonieuses que donnent l'or, l'émail, les pierres les plus diverses, il produit avant tout des œuvres d'une originalité qui lui est propre et d'un goût toujours raffiné. Ce sont là ses qualités maîtresses, c'est un artiste admirablement doué, doublé, d'un travailleur infatigable. Cependant, on lui reproche parfois, par un excès même de ses qualités, de faire plutôt des objets de vitrine, des pièces de musée, des bibelots en un mot, que des bijoux que l'on puisse porter facilement. Tout le monde n'est pas Sarah Bernhardt ou Cléo de Mérode, et nombre de ses jolies admiratrices sont un peu effarouchées par l'originalité même qui le per-
sonnifie et qui, parfois, frise l'excentricité. En
Devant de corsage : tête en pierre fine sculptée, à chevelure d'or, ornée de fleurs en diamants. R. LALIQUE.
effet, quelle est la femme, si élégante soit-elle, qui puisse facilement retenir ses cheveux avec
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un des peignes dont voici une vitrine pleine? Pourtant cette série est très intéressante et très variée, et il y en a que j'aime beaucoup :
tel est celui aux deux paons si heureusement agencés devant une rosace d'opales, et cet autre, en corne, avec des décors d'ombelles qui rappelle certaines laques du Japon. Achetés par le Musée des Arts Décoratifs, ils y feront très bonne figure parce qu'ils seront placés dans une vitrine et qu'ils semblent avoir été faits pour cet usage. Les autres aussi sont bien curieux : cette femme en ivoire, qui danse au milieu de guirlandes de fleurs d'or, d'émail et de diamant est charmante; ces trois têtes espiègles qui regardent à travers les dents du peigne, sont originales assurément, ainsi que ce poisson, très japonais, lui aussi, qui semble une préparation de cloisonneur, avec les fonds peints d'un joli effet. Je goûte moins cette frise de personnages et cette autre avec trois figures qui se tiennent par la main; ces bas-reliefs dans la corne deviennent un peu mous et empâtés, ils ont en quelque sorte un aspect de carton estampé. Il est impossible de les citer tous. Toutefois, à quelques exceptions près, on ne les voit pas très bien placés sur la tête d'une jolie femme, malgré la coiffure actuelle
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qui se porte très haute. C'est un reproche que j'ai entendu formuler couramment et très judicieusement, et dont il y aurait lieu de tenir compte pour l'avenir. Notons en passant que ce sont les Japonaises — ainsi que l'a très justement observé Théodore Duret, — qui, les premières de toutes les femmes, eurent l'idée de transformer le peigne en objet d'ornement planté d'une manière fixe sur la tête, et cette mode n'est pas antérieure à 1700. Les nombreux peignes qui existent depuis la plus haute antiquité jusqu'à cette date, même lorsqu'ils étaient des objets d'art décorés et ornés comme ceux des Assyriens, des Égyptiens, du moyen âge et de la Renaissance, étaient toujours des peignes liturgiques ou des peignes à peigner. Il n'était venu à l'esprit d'aucune femme, dans aucun pays, de se mettre un peigne sur la tête en permanence, d'en faire un objet d'ornement en même temps que d'utilité pour retenir la chevelure.
Mais pour revenir aux bijoux qui nous occupent, il serait bien curieux de voir quel effet produirait dans la coiffure ce diadème en bronze vert formé d'une naïade qui, le torse rejeté en arrière, soulève au-dessus de sa tête une opale de forme ovoïde dont elle semble admirer les mille couleurs qui s'y entre-croisent. Les jambes de la sirène se prolongent en manière de tentacule rehaussé de-ci de-là par une minuscule goutte d'émail vert, et viennent s'enrouler autour de deux gros camées d'opale sur lesquels sont figurés des poissons. Ces deux camées doivent se placer de chaque côté de la tête, au-dessus des tempes. Restez quelques instants devant cet objet, et observez-le à loisir, vous entendrez bien des réflexions intéressantes : on cherche à se rendre compte de l'effet que produirait cette pièce qui est fort belle en elle-même, mais qui a dû être faite spécialement pour la personne qui la portera. Que deviendrait sur une chevelure brune ou blonde cette belle patine sombre? nous ne sommes plus à l'âge d'airain; une telle sévérité est-elle bien séyante dans la parure d'une Parisienne? C'est un objet qui, dans la vitrine de M. Lalique, est plus charmant encore par le contraste qu'il forme avec les parures si heureuses de couleur qui l'avoisinent. Nous pensons que, sans vouloir être trop « bourgeois », ces critiques ne sont pas tout à fait dénuées de fondement, et qu'il ne faut jamais perdre de vue la destination, sinon l'utilité de tout objet d'art.
Voici des pendantifs ou, pour mieux dire, des pent-à-col, dont la vogue fut si grande au moyen âge et jusqu'à la fin de la Renaissance. A cette époque, ils atteignaient parfois des prix exorbitants, et l'inventaire des joyaux de la reine Clémence en 1328, celui de Charles V en 1380 nous en signalent plusieurs qui étaient prisés fort cher, certains sont parvenus jusqu'à nous; nous pouvons les admirer au Louvre, à Cluny, au cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale, sans compter ceux des collections particulières et des musées étrangers parmi lesquels il convient de citer tout spécialement l'Ermitage de Saint-Pétersbourg et la Voûte verte de Dresde. Nous en voyons aussi reproduits dans maints portraits de grandes dames et de reines. Holbein en a dessiné qui sont
Peigne d'ivoire patiné: guirlandes de fleurs en or, émail et diamants. R. LALIQUE.
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restés célèbres, et, dans l'inventaire de Gabrielle d'Estrée tout un chapitre est consacré à ce genre de bijoux. Trois d'entre-eux y sont estimés vingt-cinq mille écus. Il n'y a aucune comparaison, aucun rapprochement à vouloir faire entre ces objets et ceux dont nous parlons, ce serait absurde. Ceux que nous avons sous les yeux sont bien de notre temps. Il faut savoir gré à M. Lalique de tenter de jusqu'à ses dernières limites, qui se retrouve, du reste, partout ici aussi bien dans cet autre pendantif où un bâton d'opale se trouve encadré par des anémones fleuries, que dans celui où deux cygnes se promènent tranquillement sur une eau clapotante avec des émaux d'une harmonie rare. Les anneaux de suspension de ce bijou si distingué sont formés eux-mêmes par deux têtes de cygne repercées dans
faire revivre, en la rajeunissant, une mode qui était si en honneur du temps de nos pères, et qui, en tout cas, lui a inspiré de si jolis bijoux : qu'ils soient suspendus au cou par une simple chaînette d'or ou que cette chaîne soit ornée de perles ou d'émaux, ils sont d'un effet charmant. Celui-ci, par exemple, formé de deux paons blancs affrontés, avec une émeraude au centre, n'est-il pas exquis? le jeu des brillants du fond fait encore ressortir la valeur de l'émail. Quel gracieux arrangement que ces deux oiseaux dont le plumage blanc est cerné d'un mince feston d'or fin! C'est une idée ingénieuse que d'avoir choisi pour fond de ce bijou la forme d'une plume de paon dont l'œil est figuré par l'émeraude centrale. Et quelle admirable exécution! C'est la perfection poussée l'or. En voici encore un autre bien élégant, c'est celui où une femme debout, dans une attitude très droite, très hiératique, est sculptée dans un onyx blanc. Sa chevelure étalée lui fait un manteau d'or, rendu plus riche et plus vibrant par des stries repercées dans le métal. Elle se dresse au centre d'une touffe d'iris blancs aux feuilles d'or verdâtre, qui s'écartent devant sa beauté nue. Les racines de la fleur forment un motif très heureusement trouvé pour suspendre une perle d'un ovale parfait.
Nous retrouvonsla même variété d'invention dans ces longues chaînes que terminent deux pendants. Ici, ce sont des fuchsias d'une tonalité exquise, là, une branche de chèvrefeuille en fleurs que rehausse discrètement de distance en distance l'éclat d'un diamant. Ailleurs, un
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cylindre de cornaline, rappelant les cachets assyriens et égyptiens, est suspendu par un bouquet d'œillets blancs à une chaîne avec plaques ajourées et émaillées dont les motifs sont formés par des initiales et des dates, agrémentées de délicieuses fleurs minuscules. Partout enfin la fantaisie, le caprice, se donnent libre cours. Il ne nous est pas possible de tout décrire, ni même de tout citer, et cependant il est difficile de passer sous silence ce vase en verre opalin dont les boursouflures sinuèuses sont délimitées par des serpents d'un beau dessin, cette broche charmante où l'on voit le fin profil d'une femme à la chevelure émaillée dont la main délicate tient des plumes de paon qui garnissent le fond de leurs nuances délicieuses; cette autre où une tête coiffée d'or et casquée se termine en ailes de papillon; et celle-ci encore, pour finir, d'une patine si colorée, si chaude, si dorée, qu'on ne sait vraiment dans quelle matière elle est pétrie. Je m'arrête. Il me reste pourtant à dire deux mots du grand ornement de corsage et du collier qui, vraisemblablement, doit l'accompagner. Ce sont là des pièces importantes, d'une réelle originalité. Nos reproductions me dispenseront de les décrire.Les têtes sont en agate nuancée de vert, les chevelures, très ornementales, sont traitées en alvéoles reperçées; celle du devant de corsage, qui est très longue et semée de fleurs de cerisier en diamants, tombe en cascade d'or repercé d'un ton très heureux. Mais je me demande, ici encore, si ce sont là des bijoux faciles à porter? L'avenir nous le dira.
On peut juger par cet aperçu de l'extraordinaire facilité d'invention de M. Lalique. Il ne s'inquiète pas de la qualité des pierres ou des perles qu'il emploie, imitant en cela les artistes de la Renaissance, il sait mettre en valeur un cabochon défectueux, une perle baroque, par le charme et par l'art de ses montures. Son talent très souple et très personnel sait varier à l'infini les formes et les couleurs, et il apporte dans ses créations le souci d'une exécution irréprochable. Il faut nous réjouir qu'une pareille fécondité soit alliée à un goût d'une distinction rare. Dans les musées de l'avenir, ses œuvres plaideront en faveur de notre temps et rachèteront, dans une certaine mesure, la faiblesse des productions de cette époque, si triste au point de vue du bijou, qui commence vers la Restauration pour s'étendre jusqu'au milieu du second Empire. Nous ne saurions assez applaudir à cette régénération d'une industrie qui nous tient à cœur et dont les nombreuses ressources ont été négligées pendant trop longtemps.
Souhaitons seulement que les œuvres nouvelles soient d'une fantaisie moins excentrique et mieux appropriées à l'usage. Souhaitons aussi que ces belles patines aux tons si délicats ne soient pas fragiles et superficielles, comme je le crains et que leur charme ne disparaisse pas en quelques années par suite des frotte-
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ments et des attouchements inévitables dont l'artiste soucieux de son œuvre doit toujours se préoccuper.
Après ce qui précède, j'éprouve quelque embarras à parler de M. Gueyton et de M. Fouquet dont les œuvres, sans avoir la maîtrise de celles que nous venons de décrire, ne sont cependant pas sans qualités; on a pu, du reste, les apprécier déjà dans des expositions précédentes où ils nous ont montré des productions intéressantes.
Chez le premier, à côté des bijoux de fabrication courante, nous retrouvons plusieurs objets traités avec cette décoration de feuilles de latanier ou de palmier à laquelle il nous a habitués depuis si longtemps et qui, si elle ne nous lasse pas encore complètement, ne nous apprend plus rien de nouveau.
Malgré de louables essais de patine et de coloration, je n'aime pas beaucoup sa chauve-souris, aux ailes transparentes d'un ton vert et rouge; au contraire, sa boucle de ceinture formée par un serpent d'or ciselé est d'un excellent modèle, d'une interprétation très juste, et d'un aspect fort agréable.
Quant à M. Fouquet, il a subi évidemment l'influence de Lalique, à son insu, sans doute mais les analogies n'en existent pas moins. On peut adresser à ses œuvres la même critique, générale, de n'être pas très pratiques; de plus, les objets qu'il nous présente ont une patine plutôt triste et manquent de légèreté. Le grand pendant de cou avec figurine d'ivoire sur fond d'écaillle est d'un joli agencement mais il est volumineux, ses reliefs sont trop accentués; les algues qui s'épanouis- sent aux pieds de la femme ainsi que l'encadrement de la partie inférieure du bijou gagneraient à être sensiblement allégis. La même observation peut s'adresser à la grande épingle de coiffure à tête d'ivoire que je préfère cependant et dont la composition, bien qu'un peu architecturale, dénote une recherche décorative intéressante. Le fond est en écaille avec lamelles d'opales et le sommet se termine par un rubis cabochon; il est à regretter que l'exécution en soit lourde, on ne sent pas que cet objet est en or; on dirait une fonte dont la ciselure un peusommaire semble avoir été exécutée par un bronzier plutôt que par un bijoutier.
Il en est de même de la grande boucle en argent oxydé et doré, avec parties d'email, qui paraît un peu grande et massive, et de l'orchidée aux émaux translucides nuancés de vert et de violet dont un motif de ferronnerie, trop
Peigne.
FOUQUET.
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Pendant de cou : figure sculptée en agate, chevelure d'or, fleurs émaillées.
Pendant de cou ciselé et émaillé. — Pendant ciselé à fond d'émail cloisonné.
Pendant : paons (émail blanc, émeraudes).
R. LALIQUE.