Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne Sommaire - Le Mobilier. - GUSTAVE SOULIER. - L'Architecture moderne en France (2ème article). - LUCIEN MAGNE. - Papiers/Peints Anglais Modernes, - GLEESON-WHITE. - Divagations Ornamentales. - GUSTAVE SOULIER. - Nos Concours. - THIEBAULT-SISSON. MARS 1898 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13. RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 2e Année. — N° 3

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. PUVIS DE CHAVANNES, VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, CAZIN, L.O. MERSON, FRÉMIET, ROTY LUCIEN MAGNE. --- Directeur : THIÉBAULT-SISSON --- Abonnement Annuel : PAMS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 francs --- Concours mensuels 1. La Revue « Art et Décoration » ouvre, chaque mois, un concours d’Art décoratif entre tous ses lecteurs français ou étrangers. II. Chaque concours est annoncé dans la Revue au moins deux mois avant la date fixée pour l’envoi des projets. III. Ceux-ci devront parvenir affranchis à la « Librairie centrale des Beaux-Arts », 13, rue Lafayette, Paris, au plus tard, le 25 du mois désigné pour le concours. IV. Ils ne seront pas signés, mais porteront un pseudonyme ou un signe quelconque, répétés sur une enveloppe fermée contenant le nom et l’adresse du concurrent. V. Le nombre d’envois pour un même concurrent n’est pas limité. VI. Des prix en argent seront décernés pour chaque concours. Le jury se réserve cependant le droit de supprimer ceux-ci en partie ou en totalité au cas d’insuffisance notoire des projets soumis. VII. Les projets primés appartiennent à la Revue et pourront y être reproduits. VIII. Les projets non primés pourront également être reproduits s’ils sont l’objet d’une mention de la part du Jury. Ils devront être réclamés dans la semaine suivant la publication du jugement dans la Revue. Les demandes d’envoi par la poste devront contenir un affranchissement suffisant pour en couvrir les frais. IX. Seront exclus les dessins reproduisant des modèles déjà existants. Par contre les idées neuves et originales seront de préférence bien accueillies. --- L’Administration de la Revue décline toute responsabilité quant aux projets non retirés un mois après la publication du jugement.

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Le Mobilier --- propos de quelques meubles nouveaux, nous avons déjà exposé, il y a quelques mois, des réflexions générales d'ordres divers sur le meuble et sur les conditions présentes de sa réalisation. Ce quia été dit reste dit au moment où nous reprenons cette étude, et nous ne reviendrons pas sur les mêmes points. Nous nous proposerons surtout maintenant de faire plus divers, et d'en signaler les caractères importants ou les défaillances; et si nous y sommes conduits, nous ne nous refuserons pas à quelques aperçus plus larges, et nous chercherons à établir ou à discuter les points de doctrine qu'il ne faut jamais perdre de vue. Nous avons groupé cette fois-ci quelques meubles, cherchés dans une donnée de simplicité; nous en examinerons encore d'autres prochainement, en particulier les travaux exécutés avec tant d'intelligence et d'activité par des artistes de Belgique. Nous ne saurions trop répéter, en effet, que c'est vers la simpli- L. SOREL. passer sous les yeux de nos lecteurs un grand nombre d'exemples, réunis dans les ateliers les cité qu'il faut se diriger, que c'est elle qui se prête le mieux au décor journalier de notre

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Art et Décoration vie intime, et que c'est elle encore que commandent les conditions de la vie actuelle et la direction de la pensée moderne. Il faut bien reconnaître qu'il y a des degrés dans la simplicité, car c'est, à certains points de vue, chose relative : aussi, les mobiliers nouveaux n'ont-ils à s'interdire ni les matières rares, ni les coûteuses recherches d'élégance, mais l'ornementation doit rester sobre et sans surcharges. Les lignes essentielles doivent en être combinées avant tout, et conçues elles-mêmes pour le plaisir des yeux, en même temps que pour la plus grande commodité de l'objet. Ajoutons cependant que si la simplicité peut n'être pas sans luxe, ce n'est point par les meubles de prix que les tendances nouvelles pourront se généraliser et s'acclimater dans le public. Les fantaisies coûteuses ne restent à la portée que d'un petit nombre, tandis qu'il importe, plus qu'on ne pourrait le penser, que chacun puisse s'entourer chez soi d'un mobilier agréable, confortable et gai. C'est le plus souvent la somme à débourser qui décide du choix de leur mobilier chez les personnes qui ne disposent que de moyens modestes ; les meubles intelligemment conçus doivent donc pouvoir entrer en concurrence, pour le prix même, avec les modèles que livre l'industrie; et c'est par le meuble à bon marché, il faut bien le dire, que réussira à s'introduire dans nos intérieurs le changement qui paraît si nécessaire. Il ne faut point se récrier, et croire que ce sont là des conditions funestes pour l'art. Je ne le pense pas : il s'agit de savoir utiliser pour la production les moyens perfectionnés et rapides dont on dispose, et de tirer un bon parti des matériaux les plus humbles en apparence. Il ne faudrait pas s'imaginer qu'il est absolument nécessaire d'avoir en main un bois très rare pour confectionner un beau meuble; le chêne naturel, que nous sommes trop habitués à voir déguiser, fournit à lui seul une matière superbe; et des panneaux de pitchpin même, bien employés et bien choisis, avec leurs larges veines teintées de rouge, sont d'un effet fort plaisant. C'est ce que l'on a compris en Belgique, et nous y reviendrons; c'est aussi ce qu'a particulièrement senti chez nous M. Louis Sorel. M. Sorel est architecte, et il s'est fort bien pénétré des véritables exigences de son métier, qui consiste non seulement à construire des maisons, mais aussi les meubles qui s'y trouvent contenus. Nous présentons ici plusieurs des meubles qu'il a fait exécuter, et qui atteignent

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Le Mobilier Page 67 vraiment un résultat pratique, où se trouvent réalisées des conditions d'agrément, de commodité et d'économie. Il convient aussi, lorsqu'on cherche des modèles de meubles, de se préoccuper de leur entretien. Un meuble doit pouvoir être aisément nettoyé; les progrès de l'hygiène ne doivent pas non plus être négligés, et il faut éviter les creux et les replis où pourrait s'emmagasiner la poussière; c'est l'inconvénient présenté trop souvent par les détails excessifs de sculpture que l'on adjoint au travail de menuiserie. M. Louis Sorel a su éviter ce reproche, et il a même apporté à la conception de ses meubles un soin particulier, dont on ne saurait trop le féliciter. En effet, on pourra remarquer que le lit et la table sont ajustés au moyen de chevilles; ils sont, par conséquent, très facilement démontables et, réduits à leur plus simple expression, ils présentent l'aspect de planches découpées, d'un transport tout à fait aisé, et qui, par suite, ne courent pas de risques dans les déménagements auxquels nous contraignent les conditions de l'existence actuelle. Ces chevilles elles-mêmes, M. Sorel les a laissées apparentes, et il a voulu y trouver un élément d'ornementation, si l'on entend par ornementation tout ce qui rompt la monotonie de la ligne droite. Un des principes fondamentaux qui doivent présider à la conception du meuble simple consiste, en effet, à ne dissimuler aucune des nécessités de structure; et il y a, dans cette volonté d'accuser l'architecture rigoureuse du meuble, une franchise et une loyauté de métier, qui sont bien faites pour séduire l'esprit. Notre intelligence en embrasse l'ensemble, en même temps que nos regards, et le meuble simple devient le meuble clair et logique. Il suffit de jeter les yeux sur les reproductions insérées ici pour se rendre bien compte que l'agrément des meubles de M. Sorel réside

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Art et Décoration dans leurs lignes générales, dans leur structure elle-même. On s'en aperçoit, en particulier, dans le lit qui constitue la pièce la plus importante. Si l'on veut absolument lui trouver des attaches avec les arts antérieurs, on pensera peut-être qu'il dérive du roman, avec ses arcatures et ses colonnettes : et c'est là ce qui forme la plus grande part de l'élément ornemental du meuble ; c'est en même temps un moyen, fort heureusement imaginé, d'éviter les panneaux, et par conséquent d'épargner les matériaux, tout en allégeant l'aspect général. Dans la table de salle à manger, même recherche de la ligne, tendant à assurer d'abord la fermeté architecturale. Le reste de la décoration est partout très sobre et très élémentaire ; elle consiste en un décor géométrique ménagé dans le bois, ou en détails de tournage. Toutes les pièces sont entièrement travaillées à la machine, comme les meubles de MM. Le Cœur et Bigaux dont nous avons déjà eu l'occasion de parler ; il n'y a pas besoin, pour les achever, de la main d'un sculpteur ; et ainsi se trouvent réalisées, dans la production, de sérieuses conditions d'économie. On ne saurait trop insister sur ce point, car ces meubles nous semblent fort bien marquer la voie où il est en ce moment le plus urgent de s'engager. Ainsi seulement le mouvement que nous souhaitons pourra prendre toute l'extension désirable, et acquérir toute la portée sociale qu'il faut lui attribuer. C'est donc là avant tout du meuble solide, véritablement construit, sans placages et sans appuis débiles et branlants. Mais à côté de cette qualité primordiale, il y a dans les exemples fournis par M. Sorel bien des recherches de détails très intelligemment compris, et qu'il est bon de relever. Signalons en passant le lit très bas, d'un abord facile, et qui fait songer par contraste à ces lits imposants que l'on voit encore dans certaines vieilles maisons de province : dressés, semble-t-il, comme des reposoirs de procession, que l'on gravit lentement. Voilà bien, par exemple, ce qu'il ne faut plus recommencer, car les formes basses et allongées paraissent d'elles-mêmes inviter davantage au repos. Remarquons aussi l'allure plus dégagée que M. Sorel a donnée à la table de nuit, qui comporte une tablette ménagée pour des livres. On a plaisir à voir l'architecte se délivrer enfin des traditions de lourdeur qui semblaient être l'apanage obligé de ce meuble, pour lui permettre une tournure plus dissimulée. La table de salle à manger est conçue d'une façon particulièrement pratique et intéressante. Les pieds obliques et ajustés à l'axe de la table éviteront aux convives qui seront assis aux coins le désagrément d'avoir un pied de table entre les genoux. Puis, la surface de la table elle-même est agencée avec un très juste sentiment du service familier : la partie centrale, en effet, est recouverte de carreaux de grès, de manière à former un plateau où seront posés les plats ; sur la marge qui entoure ce plateau, le bois reste apparent, et on le recouvrira pour les repas d'une nappe en encadrement. De cette façon, bien des accidents seront épargnés au linge, et la table, avec sa partie de céramique, acquiert une note rustique, qui mettra dans l'intimité un cachet de riante fantaisie. C'est là, du reste, un système employé déjà dans certains intérieurs belges et Portemanteau. « L'ART NOUVEAU. »

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Le Mobilier Page 69 anglais, et M. Sorel se l'est heureusement approprié. La chaise de M. Sorel que nous reproduisons ici a été spécialement étudiée pour une salle à manger. En effet, on se rend compte sans peine que les chaises où nous prenons place trer ce que l'on peut faire, et les perfectionne- ments de détails auxquels on peut arriver, lorsqu'on a premièrement en tête la destination exacte de l'objet, et les exigences auxquelles il doit se prêter. S'il faut absolument trouver à redire en quelque point sur ces meubles qui L. BONNIER. pour les repas doivent nous soutenir le buste plus droit que ne le font les sièges destinés au repos. Le dossier doit donc prendre une forme plus rigide et ne point porter à une pose trop abandonnée. Disons aussi que le siège même de la chaise, constitué par un panneau d'étoffe ou de cuir rembourré, maintenu dans un cadre étroit, s'emboîte dans la charpente du meuble ; il est, par conséquent, facile de l'enlever et de le renouveler en cas d'accident ou d'usure, sans confier la chaise entière au tapis-sier. Notons encore rapidement que la personne assise n'aura pas les pieds gênés par une traverse de bois, et que la chaise est facile à por- ter et à déplacer, grâce à la poignée que forme la partie supérieure du dossier. Tels sont ces meubles dont j'ai voulu mettre en valeur les sérieux mérites, pour bien mon- ont d'abord visé au confort et à l'économie, nous dirons que leur défaut est peut-être d'affirmer trop franchement leurs qualités solides, et de garder dans l'aspect d'ensemble quelque chose de massif. Louons du moins M. Sorel de n'avoir pas cédé, sous prétexte de faire du nouveau, à l'entraînement d'excentricités factices, et d'avoir voulu faire avant tout œuvre d'architecte, fermement établie. M. Louis Bonnier est bien connu, lui aussi, comme architecte; et nous nous sentons rassurés sur les destinées de l'ameublement lorsque nous voyons ainsi plusieurs architectes de talent décidés à donner leurs directions aux menuisiers. Voici, par exemple, de M. Bonnier, une chambre à coucher exécutée pour une villa de Normandie. Nous sommes encore en pré-

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Art et Décoration sence de la même donnée très simple, de l'emploi des bois les plus ordinaires, et du travail à la machine, c'est-à-dire des conditions les plus propres à secouer la torpeur du public et à opérer un changement appréciable dans nos habitudes. M. Bonnier a très ingénieusement agrémenté la simplicité du lit, en lui donnant la forme de deux lits jumeaux que l'on aurait réunis. L'effet des deux tons de bois différents bien inspiré en établissant quelque analogie entre une cabine de paquebot et une chambre de cottage au bord de la mer. Pendant les semaines de villégiature, notre existence ne se simplifie-t-elle pas, en effet, et ne s'allège-t-elle pas de tout un entourage de superfluités dont nous faisons en ville notre société quotidienne? Dans les chambres de campagne, l'air doit entrer et circuler librement, sans être infesté par les poussières qui s'amassent dans les encoignures des petits meubles et sur les menus objets; et d'ailleurs, notre installation au bord de la mer a toujours quelque chose d'un camp volant. Nous reproduisons en outre, de M. Bonnier, une petite bibliothèque à découvert, supportant deux tablettes où l'on pourra poser des bibelots. Ce n'est qu'un meuble strictement cherché pour répondre à un besoin déterminé, mais il a suffi de peu de chose pour lui donner un caractère personnel. La maison de l'Art Nouveau, qu'a fondée M. Bing, veut, elle aussi, prendre une place dans l'élaboration du mobilier contemporain, et elle ne se contente plus de réunir les produits des fabriques les plus divergentes. Il convient de faire honneur à M. Bing de cette initiative, car il est certain que la maison d'art dont le besoin se fait sentir chez nous ne devra pas être seulement un magasin, mais une usine; et il faut encourager tous ceux qui se proposent sincèrement de prendre en main cette lourde tâche. A côté de productions fort heureuses, quelques-unes des tentatives de «l'Art Nouveau» ne sont pas encore sans nous inquiéter. Les dessinateurs nous paraissent ballottés de l'art anglais à l'art belge, sans convictions personnelles bien nettes, et encouragés, à des écarts d'imagination par leur titre qui — je l'ai dit ailleurs — n'est pas sans danger. Cette fascination de l'imprévu et de la nouveauté enchaine trop M. Bing à l'emploi des bois teintés, que l'on ne saurait condamner trop vertement, pour employer un mot qui peigne exactement ma pensée, en même temps que la couleur incriminée. Et l'on se demande à quoi bon déguiser et maquiller ainsi le bois, lorsque nous avons maintenant à notre disposition un choix merveilleux d'essences variées et les colorations les plus riches de bois naturels, auxquelles les récents apports du Congo Toilette. «L'ART NOUVEAU.» qu'il a employés est aussi très heureux, et M. Bonnier a mis en valeur, avec un goût très avisé, le caractère de rusticité et d'unité qui convient à l'aménagement d'un cottage. On remarquera, en effet, que l'ameublement participe de la disposition architecturale même de l'intérieur, et que le lit est traité dans le même esprit et avec les mêmes matériaux que les boiseries qui constituent le revêtement mural, et qui englobent, pour ainsi dire, les armoires et les étagères, en sorte que la menuiserie constitue dans cette chambre une décoration mobilière et continue. L'architecture et le meuble font corps et se poursuivent tout autour de la chambre : il en est ainsi dans les paquebots, par exemple, où l'espace doit être ménagé, et M. Bonnier a été, semble-t-il, fort

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Le Mobilier et de Madagascar ont encore ajouté des ressources considérables. Peut-être M. Bing a-t-il pensé que de telles fantaisies étaient autorisées dans l'exécution de meubles destinés à des habitations de campagne, où la note gaie a sa raison d'être. Il nous semble que la recherche outrée de l'inédit se révèle encore dans le tour par trop capricieux et tourmenté que l'on donne aux tiges de bois, qui se trouvent sans cesse divisées en minces lamelles. Ce système est particulièrement en évidence dans la table de toilette, et ce n'est pas sans raison que l'on se prend à craindre pour la solidité du meuble. En dehors même de la question de solidité, ajoutons qu'il y aurait une erreur de métier assez grave à ne pas traiter une matière selon sa nature. Le bois n'est pas une substance plastique, que l'on modèle à sa guise; il suffit d'avoir un peu manié des outils de menuisier pour savoir que le bois a un sens, et que le plus souple même présente des résistances. Le véritable travail de menuiserie consiste à assembler loyalement les pièces de bois, et non à faire du découpage. Or, certains meubles de «l'Art Nouveau» présentent trop l'apparence de bois découpés. Il y a cependant de bonnes parties dans l'encadrement de glace avec étageres que nous montrons ici. La ligne générale en est élégante, et la disposition heureuse et sans encombrement. Les appuis en sont d'ailleurs plus fermes, et les motifs découpés restent sobres. L'ensemble du portemanteau, avec le porte-parapluies habilement disposé, mérite aussi des éloges. Le couronnement en est toutefois critiquable, pour les motifs que je viens d'exposer; et l'on ne comprend guère non plus l'insertion de ces carreaux de céramique, qui sont ici un peu froids, tandis qu'ils sont parfaitement à leur place sur la toilette. On ne les concevrait vraiment que si, au lieu d'être nus comme ceux-ci, ils portaient un motif ornemental, ou s'ils étaient revêtus de tons ardents, qui constitueraient par eux-mêmes une richesse décorative. Cela veut dire qu'on n'obtient pas toujours du premier coup le résultat désiré, et qu'il faut s'obstiner à chercher. Il faut bien reconnaître, d'ailleurs, que toutes les préoccupations accessoires dont on fait son principal souci égarent et entravent les efforts au lieu de les exciter, et que si l'on travaillait d'un esprit plus libéré, plus sincère et plus réfléchi, on produirait une œuvre plus raisonnable et plus satisfaisante. Nous en avons montré des exemples. On ne saurait nous répondre, en tout cas, que ce sont ces bizarreries de couleur et de construction que demandent les acheteurs, et que l'on est, par suite, obligé de les leur servir: ou bien il ne faudrait pas prétendre jouer un rôle dans la direction du goût. Mais, d'ailleurs, n'essayons pas de nous méprendre et d'intervenir les fonctions: le public n'impose pas ses préférences, mais se les laisse imposer; « L'ART NOUVEAU. »

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Art et Décoration il se jette simplement sur ce qu'on lui offre; et c'est la complaisance des producteurs qui est responsable, pour une grande part, du snobisme des clients. Si, au lieu de flatter l'affection du public pour des modes surprenantes et éphémères, on le persuadait d'adopter dans son mobilier des formes rationnelles, et si l'on en mettait des exemples à sa disposition, il est certain qu'il les accueillerait aussi bien que toute autre nouveauté, et qu'il s'en tiendrait ensuite à ces modèles où il trouverait son véritable intérêt. J'ai parlé des résolutions efficaces de tout l'arrangement des pieds obliques, établit l'intérêt. Pour que le mouvement se généralise, il y a, du reste, un point important à observer. Il ne faudra pas exécuter continuellement des exemples uniques, comme on peut le faire maintenant pour des amateurs encore peu nombreux, en sorte qu'un meuble usuel garde la valeur d'une pièce originale, qui ne sera pas reproduite. Il s'agit, au contraire, de trouver des modèles que l'on reproduira sans cesse, et de remplacer les produits courants de l'industrie par d'autres produits également courants, mais qui, au lieu d'être quelconques et laids, seront conçus d'une façon pratique et agréable. Assurément, le meuble de luxe, à destination personnelle, gardera son intérêt particulièrement artistique, mais il ne peut que corrompre la production plus ordinaire, en poussant à des pastiches de camelote, tant que l'industrie n'aura pas à sa portée d'excellents modèles, appropriés à ses moyens. Nous avons vu cette fois-ci quel était le genre de meubles qui convenait à cette production industrielle: des meubles solidement construits, faits des bois les plus usités, et pouvant être exécutés par des moyens mécaniques. Voilà pourquoi il faut féliciter particulièrement MM. Louis Bonnier et Louis Sorel qui donnent de ce côté un exemple salutaire. Nous examinerons prochainement d'autres mobiliers, où se trouvent encore appliqués des principes semblables de simplicité et d'utilité, dont le meuble d'art lui-même — et nous en verrons des exemples — ne doit pas, à tout prendre, se départir, sous peine de n'être plus d'accord avec notre époque. Il y aura entre le meuble ordinaire et le meuble de luxe des degrés de richesse, mais non point une différence de principes. Chercher l'élément décoratif dans les formes essentielles, adaptées aussi exactement que possible à l'usage : telle est la règle générale. Et cela seul suffit bien à donner à notre ameublement un caractère et un style. GUSTAVE SOULIER. P. HANKAR. un groupe d'artistes, pour répandre ces idées en Belgique. Voici, pour aujourd'hui, un petit meuble de l'un d'eux, M. Paul Hankar, l'architecte dont nos lecteurs connaissent déjà le nom. Le point de départ de ce meuble, que M. Hankar a fait exécuter pour sa propre demeure, était un grand relief sculpté, dont notre gravure ne montre que la base, et qu'il s'agissait d'encadrer et de relier à un meuble pratique. Il y avait donc là, comme pour la bibliothèque de M. Bonnier, dont nous avons parlé tout à l'heure, des raisons de convenance spéciale qui devaient déterminer la conception générale. M. Hankar en a tiré un meuble à étagères très commode, présentant de larges tablettes, sans ornementation extérieure, et dont la construction même, avec

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L'Architecture Moderne --- (2e Partie) Les sectaires impuissants et mesquins qui n'ont jamais compris ni peut-être jamais connu les travaux de Viollet le Duc ont prétendu qu'il était sans doute un archéologue éminent, mais qu'il n'avait jamais composé une œuvre architecturale. Je n'en veux retenir qu'une qui suffirait à l'illustration d'un autre architecte : c'est la flèche du transept de Notre-Dame, monument considérable qu'il a créé de toutes largement le rôle de l'architecture dans la société moderne et reconnaître qu'on peut faire plus utilement œuvre d'architecte en composant un beau meuble ou un beau vitrail, qu'en alignant sur une façade un certain nombre d'arcades ou de colonnes couronnées d'un entablement au profil connu. C'est du trésor inépuisable de la Nature que Viollet le Duc a tiré ses compositions originales; c'est par l'analyse des animaux et des plantes que ses élèves ont commencé à renouveler les formes dans un sentiment vraiment moderne. On n'a pas fait assez large la part qui revient aux architectes chargés de la conservation des monuments anciens dans la renaissance des arts décoratifs. Depuis l'institution de la commission des Monuments historiques en 1837, c'est-à-dire depuis soixante ans, chaque chantier est devenu vraiment une école professionnelle, où patrons et ouvriers ont fait leur apprentissage. J'en renouvelais récemment l'expérience à l'église de Bougival, où les dangers d'une reprise en sous-œuvre particulièrement délicate, et les difficultés d'un mode de construction auquel les ouvriers parisiens ne sont plus habitués, m'obligeaient à former un personnel capable de mener à bien et sans accident l'entreprise. Peu à peu les tailleurs de pierre ont repris l'habitude de terminer complètement à pied d'œuvre les morceaux les plus difficiles, par exemple les sommiers recevant les retombées de plusieurs arcs de courbures différentes dont ils avaient à déterminer sur panneaux les rencontres. Les sculpteurs ont fini de même leurs sculptures avant la pose, et on se figurerait difficilement le soin que des ouvriers, négligents d'ordinaire, prenaient à mettre en place des morceaux ainsi pièces et dont le décor est comparable à celui des plus belles œuvres de notre art français du moyen âge. D'ailleurs il faut comprendre un peu plus E. TRAIN.