Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne Sommaire - La Décoration des livres aux Salons de 1898. - Octave Uzanne. - Les Arts de l'Ameublement aux Salons. - Gustave Soulier. - Quelques Objets d'Art des Salons. - Raymond Bouyer. - Nos Concours - G. S. JUILLET 1898 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, Rue Lafayette Paris Prix de la Livraison : 2 fr. 2e Année. — N° 7

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Art et Décoration La Décoration des Livres aux Salons de 1898 HISTOIRE de la Reliure décorative contemporaine en France a été fréquemment et sérieusement écrite; un bibliophile distingué, M. Henri Béraldi, y consacra même plusieurs volumes largement illustrés de spécimens hors-texte, et il nous est arrivé, en ce qui nous concerne, de publier sur la reliure d'art moderne et la décoration extérieure des livres, tant en France qu'à l'étranger, deux volumes et nombre d'articles successifs. Le sujet cependant semble inépuisable, car nous nous trouvons actuellement en pleine évolution ornementale, et l'art de la dorure sur maroquin, longtemps sobre, traditionnel, cantonné dans des limites rigoureuses de petits fers à variantes et de combinaisons alternées, s'est résolument engagé dans une nouvelle voie. On ne peut prévoir où s'arrêtera l'imagination des novateurs, qui, aujourd'hui, abordent avec passion la reliure-tableau, d'esprit symbolique, symphonique, emblématique, la reliure sculptée en bas-reliefs, modelée sur cuir, rehaussée de couleurs, patinée, la reliure bibelot en un mot, qu'il faut le plus souvent mettre sous vitrine et qui ne pourrait toujours s'adapter à la mise sur champ des rayons de la bibliothèque. C'est d'ailleurs sous cet aspect de polychromie, de ciselure, d'harmonie d'ensemble, que la reliure pénétra, il y a sept années, dans la section des objets d'art du Champ-de-Mars, grâce à l'initiative de deux artistes émérites : MM. Victor Prouvé et Camille Martin, qui eurent alors pour collaborateur matériel M. René Wiener, de Nancy. Le public fut tout d'abord quelque peu dérouté; les relieurs-doreurs professionnels déclarèrent que ce n'était plus là de la véritable reliure, mais un trompe-l'œil malhabilement ouvrage, où l'art du maroquin était aussi formellement méconnu que la technique de la belle dorure, qui n'apparaissait qu'incidemment. A leur point de vue rigoureusement méticuleux, ces professionnels épris des merveilleux principes des Eve, des Le Gascon, des Derome, des Duseuil et des Thouvenin n'avaient certes point tort; la reliure profane envahissait le Temple sacré où les siècles avaient accumulé des chefs-d'œuvre de bon goût, de styles exquis, de perfection dans le travail. Ce qui apparaissait à leurs yeux était une décadence grossière dans son raffinement; ils n'y pouvaient trouver tout ce qui avait affirmé la gloire de leur métier, la bonne couture sur nerfs, l'élégance du montage, la "La Forêt." CAMILLE MARTIN.

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Art et Décoration supériorité du corps d'ouvrage, la virtuosité du poussé des petits fers, la beauté des ors, la difficulté vaincue des filets droits et courbes, lentement combinés à la main sur une peau soigneusement écrasée et choisie; toutes les finesse des détails, les subtilités de tour de main n'avaient rien à voir avec cette étrange bibliopégie nouvelle, visant à l'effet, négligeant le fini, ne se préoccupant point du menu détail, mais ne considérant que l'aspect d'ensemble : les taches des mosaïques plaquées au gré de dessins impressionnistes. A ces objections judicieuses, à ces dédains, à ces indignations, les nouveaux venus répondaient, non sans logique: « Nous sommes des artistes, non des relieurs d'école; nous apportons à un art suranné, évoluant sans cesse dans le même cadre, un décor large d'interprétation, des formules inédites, une vision d'ornementation expressive, des perspectives étendues; avec notre reliure d'artistes nous donnons une vie nouvelle à un métier jusqu'ici trop exclusivement confiné dans sa technique et demeuré très primitif dans ses procédés de facture. Nous ignorons les dessous de ce métier; ce ne sont pas toutefois les ouvriers habiles qui manquent ni les maîtres praticiens qui font défaut; le jour où nous nous associerons à eux, ils apporteront leur science, leur précision, leur fini à notre œuvre. Il faut diviser pour régner; lorsqu'ils ont besoin d'hommes du métier, les peintres rencontrent des entoileurs, encadreurs, perspecteurs autant qu'il en est nécessaire; les sculpteurs font travailler le marbre de leurs statues par des metteurs au point; il en doit être de même pour la bibliopégie; dès que nous aurons imposé nos idées au public et que notre révolution aura lentement établi ses lois de beauté décorative, nous trouverons dans les casernes patentées des pompiers du bouquin tout ce qui est nécessaire pour éteindre nos audaces à l'aide d'une mise en œuvre plus savante et plus sévère. » Vers 1893, lors des premières exhibitions de reliures Wienéristes, la conciliation semblait impossible entre les professionnels traditionnaires et l'école de Reliure-peinture « nouveau jeu ». Pendant deux ans et plus, chacun demeura sur ses positions; cependant, inconsciemment peut-être, des deux côtés il y eut des infiltrations d'idées, des tendances vagues à profiter du mouvement d'impulsion vers la décoration symbolique; les artistes novateurs s'appliquèrent davantage à profiter des leçons des relieurs de profession; ils furent moins dédaigneux des règles, s'efforcèrent de serrer de plus près leurs contours, d'appêter plus délicatement le maroquin de leurs mosaïques, de s'éloigner davantage du genre cartable-buvard ou de l'enveloppe mobile qu'ils réalisaient au début. Les relieurs techniciens, de leur côté, vouluèrent prouver que le décor bien composé, largement dessiné et soigneusement mosaïqué était compatible avec les lois formelles de leur profession, et que, sans abandonner l'art de la dorure supérieure, on pouvait arriver à des ornementsations d'ensemble de bon goût, d'harmonie et de beauté. Les ralliés au symbole, à la polychromie symphonique des mosaïques exposèrent également dans les sections des objets d'art, aux côtés des Martin, des Prouvé et des Wiener; les uns au Champ-de-Mars, d'autres aux Champs-Élysées. Ils y furent bientôt en nombre rejoints par des amateurs ou des indépendants, tels que Mme Waldeck-Rousseau, Mme Antoinette Vallgren, l'habile statuaire, Eugène Belville pyrograveur-ornemaniste, ainsi que par nombre de dames qui prirent l'art de la décoration extérieure des livres comme un nouvel emploi de leurs loisirs et de leur goût.

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La Décoration des Livres aux Salons de 1898 Cette année la reliure, bien que divisée en différentes salles, est avantageusement représentée, tant à la Société Nationale des Beaux-Arts qu'à la Société des Artistes français. Dans la première, le triomphateur nous semble être, à n'en point douter, M. Camille Martin qui, en une même vitrine, expose six motifs différents de reliure dont les qualités de composition sont supérieures, et qui atteignent à des effets de grand art par la mise en valeur de quelques couleurs de maroquin habilement serties à froid et sans froid et aucun éclat d'or. Ce sont Nuit claire, reliure mosaïque, dont les reliefs sont saisissants, dont l'harmonie est exquise, pénétrante et douce et dont les procédés de rendu demeurent parfaitement idoines à ce que nous entendons par la reliure de bibliothèque.—Puis viennent de délicieuses imaginations décoratives pour La forêt, garde de brochure, cuir ciselé et patiné; Les pins, portefeuille de cuir où le squelette des arbres se profile magistralement selon un procédé de facture cher à Henri Rivière; Vigne vierge et Géranium sauvage — c'est un régal que d'examiner, ainsi que des tableaux de marqueterie, ces œuvres sous vitrines; il y règne une poésie séduisante, une volonté d'étude de la nature rendue à la façon japonaise ou bien selon les formules d'art du vitrail, qui captive la rétine des amateurs néophiles. On ne saurait toutefois affirmer que ce soit là de la reliure; ce sont plutôt des thèmes pour relieurs, des démonstrations de ce qui est réalisable, des modèles à suivre — quant à dire qu'au point de vue métier ce soit la perfection, nous ne saurions nous aventurer à le confesser; — le vrai titre de cette exposition serait vraiment : Cartons pour reliures d'art. M. Victoir Prouvé, l'ami, le collaborateur, l'alter ego de Camille Martin, a montré cette année, en une vitrine où s'isole sa personnalité, une série d'albums à photographies en cuir ciselé et mosaïqué, qui tiennent plutôt de l'art de la maroquinerie que de celui de la reliure. Alors que M. Victor Prouvé soit un extraordinaire décorateur comme en connut le xvie siècle, un de ces maîtres artistes-artisans, désireux de posséder toutes les virtuosités de la peinture, du dessin, de la gravure, de la sculpture et de la ciselure, et quelle que soit notre admiration à l'endroit de ses très précieuses et très rares qualités, nous devons proclamer que les recherches ornementales de ses albums sont cette année très inférieures, comme conception et exécution, à ce qu'il nous avait permis d'attendre de lui; peut-être a-t-il voulu nous montrer, à côté de ses broches en or et de ses médailles, qu'il poursuivait sa passion pour le cuir ciselé, mais en réalité il ne nous apporte rien d'exceptionnel. M. René Wiener devra, lui aussi, d'autant plus facilement excuser notre franchise que Léda. (Carton de H. Christiansen.) R. WIENER. Les Chansons de Bilitis. (Carton de Georges Auriol.) R. WIENER.

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Art et Décoration nous ne lui avons jamais ménagé nos éloges et que nous n'avons point tenu pour scandaleux ses coups de pistolet des débuts. Sa vitrine, cette fois, est variée et nombreuse comme spécimens exposés. On y trouve tous les champs de décorations possibles, depuis l'in-folio jusqu'à l'in-18; les ouvrages choisis par lui le sont excellemment comme motifs d'ornements symboliques, et cependant son exposition nous fut plutôt pénible, carellen'ex-prime aucun nouvel effort vers la perfection du rendu, mais plutôt un relâchement général dans le métier d'exécution, qu'il convient de lui signaler. La façon de concevoir la décoration des livres qu'il se propose de vêtir, fait honneur à M. Wiener, il choisit parmi les artistes derniers venus dans l'art décoratif ceux qui lui semblent le mieux doués pour exécuter le dessin d'un carton sur un thème donné; il sait demander à Auriol, qui est un délicieux poète fantaisiste, à Georges de Feure, qui trouva des synthèses de décoration admirables, à P. Berthon, à Rudnicki, à Christiansen, à Grasset et à nombre d'autres tempéraments très originaux, des dessins ou aquarelles qu'il s'efforce d'interpréter sur cuir. C'est là, en principe, un point de départ fort louable, à cette condition que l'artiste exécutant soit mis au fait de toutes les règles du jeu de la reliure, et que l'artisan qui fait la commande sache en limiter avec précision les effets à obtenir, les tonalités à observer, les perspectives à suivre et les démarquages de nature, indispensables pour le rendu du genre mosaïque. M. René Wiener n'impose sans doute point ses lois à ses illustrateurs, il les libère peut-être de toutes formules et s'efforce, avec opiniâtreté, à rendre par des superpositions de maroquins polychromes tous les effets d'une aquarelle parfois maniérée et toute en délicatesses. Il arrive que ses efforts sont trahis, il cherche à se rattraper par des gauffrages excessifs, par des poussées de fer à froid, par des entailles de pyrogravure, mais plus il s'achar-ne, plus il mal-traite son sujet et quelques-unes de ses der-nières reliures sont d'un raffinement presque sauvage. Ainsi ses Affiches illustrées, dont la femme, vue de dos, regarde un placard mural, avec un fond de paysage très rudimentaire, sont d'une décoration brutale et trop primitive. De même son Calendrier à tête de Méduse est d'un goût néo-calédonien. Les cygnes de sa Léda, sur un fleuve mirant l'oiseau jupitérien, sont d'une blancheur exquise, mais leur répercussion dans l'eau est d'un effet ultra-audacieux dont le rendu est trompeur; le paysage de fond est d'un vert trop intense; toute la symphonie nécessaire à la mise en scène de ce sujet est absente, et c'est regrettable, car il s'agit ici à la fois d'un manque PETRUS RUBAN.

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La Décoration des Livres aux Salons de 1898 de tact dans l'emploi des tons de maroquin et d'une véritable témérité dans l'entreprise d'une telle composition. L'Art dans la décoration des livres, d'après le carton de Feure, est plus heureusement réussi; encore le sujet eut-il gagné à être allégé et un peu plus soutenu par le travail de guillochage du cuir. Il y a des années où, sous des influences difficiles à analyser, les plus audacieux novateurs rétrogradent; M. René Wiener vient de traverser une de ces années là; il doit le sentir, s'en rendre compte et songer à faire étape double pour se remettre en bon rang en 1899; nos sympathies l'accompagnent, mais il lui faut suivre les conseils de ceux qui le veulent plus fort et mieux assis en sa profession; il lui est nécessaire de perfectionner son métier, de varier sa manière, d'apporter d'avantage d'art de dorure dans ses reliures et de faire courir sur le plaquage de ses mosaïques un travail plus serré, plus menu, plus délicat; ses compositions sont insuffisamment couvertes, la trame s'y lit trop; sur ces fonds sommaires il convient, ainsi que faisaient les anciens, d'apporter tout un ragout bien cuisiné de guillochages et de patine savante. Pour terminer avec les relieurs impressionnistes, les Claude Monet, les Degas et les Toulouse-Lautrec de la bibliopegie, parlons des cuirs travaillés par Mme Waldeck-Rousseau qui, il y a deux ans, nous avait causé tant de joie avec des feuilles de maronnier enlevées en vert et rouge sur un fond de maroquin citron. Dans ce salon nouveau, la vitrine de Mme Waldeck-Rousseau nous a rendu plutôt mélancolique, tant elle est terne et privée des jolies trouvailles d'art qui nous ravirent naguère. Mme Thaulow, la femme du maître peintre qui fait courir des gemmes en ses eaux merveilleuses, s'est essayée également au travail du cuir repoussé et enluminé; elle expose un grand buvard à décor de poisson, un petit buvard à décor de fleurs, et un autre menu buvard à décor d'œillets, c'est un aimable travail de dame, plaisant, coquet, facile à obtenir même en voyage, mais qui n'apporte aucune nouvelle contribution aux styles connus. Mme Jeanne Rollince nous confie également un projet de reliure pour Antar, illustré par un de ses proches, le peintre E. Dinet; nous serons assez discret pour ne le point révéler. M. Sanford-B. Pomeroy, un New-Yorkais jusqu'ici inconnu, se dévoile cette année avec cinq pièces, trois reliures et deux buvards, dont l'originalité de composition et de facture ne saurait nous laisser indifférent. Ce nouveau venu a choisi des formats de haut rectangle sur lesquels ses décorations de cuir repoussé et

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Art et Décoration peint semblent curieusement travaillées, avec une rare précision et un fini absolu; ses orne- MARIUS MICHEL. mentations frappent par leur simplicité sans surcharge, par cette expression de netteté et de clarté qui caractérisent les œuvres des disciples de Ruskin et de William Morris. On voit sur les morsures certains lacis de cuirs qui rappellent les coutures hollandaises du xvie siècle sur des vélins à cartons minces. M. Pomeroy, comme tout bon anglo-saxon, ne crée point sans établir ses recherches décoratives sur les traditions du passé, c'est un des charmes des novateurs anglais et américains que ce constant rappel de quelque style oublié; il y a dans tout ce que font les artistes britanniques, par exemple dans les Arts and Crafts, comme un souffle de gothicité qui ne les abandonne jamais. M. Pierre Roche, qui est un des types les plus complets et les mieux organisés de l'artiste né décorateur, et que l'on voit toujours en quête de quelque nouvelle performance d'art appliqué aux besoins usuels, s'est donné carrière depuis cinq ou six années dans ce qu'il nomme les reliures églomisées, c'est-à-dire dans l'art d'harmoniser derrière ses surfaces translucides et colorées elles-mêmes, les éclats que donnent les paillons, les vernis et les huiles opposés aux matités de la gouache et de la détrempe; c'est en quelque sorte une reprise, pour de nouveaux emplois, de la mise en pratique de ces émaux peints ou verres églomisés, que l'on peut remarquer au Louvre, à la galerie d'Apollon. On a pu voir naguère, au Champ-de-Mars, des verres et micas églomisés: la rencontre fortuite des cuirs restant transparents, dits peaux vitrées, conduisit M. Pierre Roche à remplacer les verres et les micas par de la peau, et à tenter ce qu'il désigne du nom de reliure églomisée. Jusqu'ici ses essais n'ont été presque qu'une suite de tatonnements plus ou moins heureux; l'idée est ingénieuse, elle réussira quelque jour et dès lors sera largement mise en œuvre par tous les relieurs, mais on ne saurait affirmer que M. Roche ait réalisé son rêve. Avec MM. Marius Michel et Charles Meunier, nous revenons enfin à la reliure de relieur, à la véritable reliure professionnelle où le décor fait corps avec le livre, où tout est solidement, savamment cousu, monté, apprêté selon les règles et la tradition du métier; nous n'avons plus à admirer seulement un champ décoratif sur un panneau de carton couvert de cuir, nous savons que ce panneau se relie congrue-ment au volume, que les nervures sont sérieuses, que les mors y sont assouplis, que tout MARIUS MICHEL. est bien en place sur un corps d'ouvrage exceptionnellement soigné.

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La Décoration des Livres aux Salons de 1898 M. Marius Michel expose trois Villon, un mérite un grand salut : il est difficile de concevoir, d'assortir, d'appêter et de perfectionner une mosaïque moderne avec plus de virtuosité. Que dirons-nous de M. Charles Meunier, le relieur modèle de ce temps, le progressiste qui demeure toujours à égale distance des partis avancés vers le radicalisme des formules et des trotteurs sur place et opportunistes de la politique bibliopédique? Voici à peine sept années que M. Charles Meunier a ouvert son officine de relieur-décorateur, et malgré un labeur énorme, une production considérable, qui aurait pu l'inviter à un certain relâchement de son art, il demeure en constante amélioration, il se perfectionne à chaque œuvre nouvelle; il combine, il invente, il recherche tout ce qui peut vivifier son talent. Cette année, il ne symbolise plus, il wagnérise presque en cherchant des harmonies en blanc majeur, en faisant fleurir dans des décorations presque ton sur ton des iris jaunes, des pavots, des chardons, des mosaïques sur or, des lis rouges, toute une interprétation florale qui est d'une exquisité d'autant plus rare que la qualité de la facture correspond au charme de l'expression, au fini du rendu. Les diverses reliures des Trophées de Hérédia et son Lys CH. MEUNIER. Lorenzaccio et un volume de Pastels de Bourget. Nous avons souvent pris à partie ce relieur de grande conscience, très appliqué vers le mieux, mais qui longtemps se confina dans un style d'école municipale, dans l'ornement d'architecture du genre Rossigneux, de goût bâtard, composite et sourd; nous désirions lui voir adopter une manière plus dégagée, plus primesautière, plus individuelle et aussi, dans la partie matérielle de ses plats, plus de grâce, de minceur et d'élégance; longtemps les ouvrages reliés par M. Marius Michel eurent des revêtements dignes des anciens antiphonaires ou des albums photographiques ; c'était un excès dont il a su se corriger. Depuis quelques années, Marius Michel est en constant progrès; il a montré plus d'art et de goût affiné depuis cinq années que dans tout le reste de sa carrière déjà longue; l'an dernier son Salon nous avait surpris, charmé par les délicatesses harmoniques de ses mosaïques, par la distinction de ses sertissures à froid et par l'éclat supérieur de ses dorures; cette fois-ci, son exhibition nous a non moins sincèrement réconcilié avec sa facture; ses Villon sont tous extraordinaires d'exécution, mais son grand Villon, tout particulièrement, CH. MEUNIER. (Carton de Carlos Schwabe.) rouge d'Anatole France sont des œuvres dont leurs propriétaires peuvent être fiers; elles

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Art et Décoration resteront parmi les spécimens les plus parfaits qu'on ait produits dans la reliure mosaïquée de cette fin de siècle. CH. MEUNIER. A la Société des Artistes Français, nous trouvons parmi les décorateurs indépendants et non professionnels M. Jean Peské, un artiste russe qui s'essaie, comme tant d'autres, à pyrograver sur veau fauve et à enluminer et patiner ses compositions; ce sont là des débuts qui peuvent promettre, mais sur lesquels on ne peut insister. Parmi les artisans de profession, Petrus Ruban est le seul qui chaque année triomphe avec éclat, comme relieur-doreur, aux Artistes Français. Avec Marius et Meunier, c'est le parangon même de la reliure idéaliste contemporaine, puisque nous ne pouvons parler de Mercier, le successeur de Cuzin, qui ne s'est pas encore décidé à exposer en public ses œuvres d'une si parfaite exécution où fanfarent de précieuses dorures. Petrus Ruban nous montre en une même vitrine huit volumes très diversement habillés et de belle tenue: les œuvres de Villon, l'Abbesse de Castro, l'Oarystis, le Bonheur dans le crime, Voyage autour de sa chambre, la Nouvelle Bibliopolis, les Contes de Maupassant et les Ballades de Villon. Il a fait un tri parmi les plus belles impressions ou réimpressions bibliophiliques de notre heure et il a prétendu nous exposer tous les partis qu'il savait retirer des mariages d'ors divers et de gauffrures à froid, pour cerner de superbes mosaïques polychromes sur fond noir. Comme chercheur de motifs ornementaux, Ruban cherche et prend partout, dans la flore naturelle, dans l'architecture, dans le japonisme, l'orientalisme, l'ornithologie; il grave autant de fers qu'il le juge nécessaire et ne dédaigne pas les combinaisons, ni les jeux de filets qu'il sait moderniser au besoin. C'est un relieur éclectique, sans aucune théorie absolue; il est volontiers ouvert aux conseils dont il se pénètre et il travaille, sur un thème donné, avec une aisance remarquable. Comme dorure, ses œuvres sont appréciables; il y emploie d'habiles ouvriers dressés par lui avec soin, il MMD WALDECK-ROUSSEAU. use, selon les sujets, de l'or rouge, de l'or pâle, de l'argent et du nickel, pour des décorations qui accaparent le plus souvent tout le champ rectangulaire des plats.

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La Décoration des Livres aux Salons de 1898 Quant à l'arrangement des colorations de ses mosaïques, Ruban, qui, au début fut un peu criard, est devenu très compétent ; il semble avoir bien étudié les lois des couleurs complémentaires et sa palette est aujourd'hui d'une très heureuse harmonie. Il suffit de voir son application de mauve sur orange sur la nouvelle Bibliopolis, ses Contes de Maupassant et surtout ses Œuvres de Villon, pour apprécier la sûreté de son œil. Son exposition très bien équilibrée, d'une grande pondération d'effets, fait honneur à la section décorative de la Société des Artistes français. En résumé, l'art de la reliure est en pleine évolution; les relieurs professionnels, sans dédaigner aucune des lois traditionnelles, sans abandonner la dorure, inclinent chaque jour davantage vers la grande décoration d'art; d'autre part, les décorateurs ont adopté le livre comme objet d'art décoratif; ils y viennent chaque année en plus grand nombre, apportant leur ingéniosité, leurs dessins, leurs modèles, leurs ciselures et aussi leurs patines; ils en font de plus en plus des œuvres rares, des pièces de vitrine; les deux groupes sont à la veille de fusionner, les artistes iront aux relieurs ou les relieurs aux artistes, si ceux-ci ne montrent ni trop de vanité ni trop de prétentions. Lorsqu'on regarde en quel état précaire était la Bibliopégie il y a seulement vingt ans, on a lieu d'être pleinement satisfait des témoignages de rénovation qui sont actuellement sous nos yeux. OCTAVE UZANNE. Petrus Ruban. Étude pour la décoration de la Sorbonne. (Aquarelle.) F. Auburtin.