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Plaisir de France AOUT 1967

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Plaisir de France (IMAGES DE FRANCE) revue mensuelle 40, RUE DU COLISÉE - PARIS-VIIIe - BAL. 34-90 - ELY. 78-83 --- sommaire AOUT 1967 - N° 346 - 33e ANNÉE Pages --- ÉditorialTout à l'imparfait, par Olivier Quéant --- Actualités des Arts --- Hommage à Chagall pour ses quatre-vingts ans,par René Barotte --- Ventes : La saison au Palais Galliéra,par Raymonde Wilhélem --- Théâtre : En tête du Théâtre des Nations --- Cinéma : Un début prometteur : « Le Treizième Caprice »,par Marcel Lasseaux --- Danse : Du Nord au Sud, par Paul Lorenz --- Livres : La rentrée de Kessel : « Les Cavaliers »,par Yves Gandon --- De Paris à Vienne :Voyage au pays du Baroque, par René Briat --- 50 ans après sa mort :Le défi de Rodin, par Gilles Quéant --- La leçon du sculpteur au poète :Rilke chez Rodin, par Paul Lorenz --- Les trésors de la mer :Aux rendez-vous sous-marins de l'histoire,par Jean-Albert Foëx --- La Manufacture de Sèvres :Une vieille dame qui rajeunit, par Marie Pellé --- Les arts à travers les écrivains :Victor Hugo décorateur, par Philippe Jullian --- Tendances de la jeune photographie :La condition humaine en 1967 --- Décoration d'été :Une maison coquillage sur la mer --- En marge de l'exposition des Arts Décoratifs :Comment employer les papiers peints anciens,par Anne Fourny --- Carte et renseignements pratiques sur la route du Baroque. --- Disques classiques et contemporains :De Mahler à Prokofiev, par Marcel Schneider --- NOTRE COUVERTURE : Préoccupé avant tout par l’expression du mouvement, Auguste Rodin, mort il y a cinquante ans, a consacré à la danse de nombreuses études graphiques et plastiques (voir notre hommage en page 24). Ce « Mouvement de danse » fait partie d’un ensemble de quinze bronzes qui constituent, avec les dessins et aquarelles exposés à la Villa Médicis, l’apport le plus original de la « mostra » Rodin qui vient de se terminer à Rome ; ils ne figureront pas à l’exposition du musée Rodin de Paris prévue pour novembre. (Photographie Enzo Pirozzi.) --- OLIVIER QUÉANT : DIRECTEUR GÉNÉRAL, RÉDACTEUR EN CHEF Paul Lorenz : Rédacteur en chef adjoint. Marie Pellé : Directrice artistique. Gilles Quéant : Secrétaire général de la rédaction. René Briat : Rédacteur. Anne Fourny : Adjointe à la direction artistique. Simone Toboul : Secrétaire de la direction. Gilles Tassigny : Mise en pages et Fabrication. Yves Marescot : Directeur commercial et chef de la publicité. Gilles Mahé et Gilbert Milhorat : Chefs adjoints de la publicité. Gisèle Mottant : Publicité (exécution). « PLAISIR DE FRANCE » EST ÉDITÉ PAR LE « RAYONNEMENT FRANÇAIS » S.A. CONSEIL D’ADMINISTRATION : PRÉSIDENT DIRECTEUR GÉNÉRAL : FRANÇOIS OLLIVE, ADMINISTRATEURS : EMMANUEL OLLIVE, OLIVIER QUÉANT.

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DES CADEAUX... DES IDEES 7. On y met tout. Sac en porc sauvage : 450 F. A la Peau de Porc, 67, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris. 8. La tarte bien servie, sur ce plat en porcelaine de Raynaud à décor champêtre. : 23 F. Limoges Unic, 26 à 58, rue de Paradis, Paris. 9. Démodés mais actuels, broc et sa cuvette en faïence blanche : 155 F. A la Petite Boutique, 5, rue Guy-de-Maupassant, Paris. 10. Quand une Perrier se met à la mode. Cache-bouteille : 146 F. Au Grand Dépôt, 21, rue Drouot, Paris. 11. Rigoureuse. Applique en verre à facettes : 238 F. Le porte-savon : 77 F. Le porte-verre : 70 F. Chez Eliot, 28, rue de Babylone, Paris. 12. Flanqué de ses deux salières, pot à moutarde en faïence : 26,50 F. Le pot à olives : 16 F. Le torchon imprimé : 6 F. A la Mandragore, 61, rue d'Anjou, Paris. --- Le "drink" des Gens Raffinés SANS ALCOOL NI EXCÈS DE SUCRE. NE PRÉDISPOSE PAS À L’EMBONPOINT SE SERT NATURE OU AVEC UNE TRANCHE DE CITRON OU D’ORANGE Schweppes “INDIAN TONIC” PUBL EDITIONS GS 1 --- PLAISIR DE FRANCE

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DISQUES CLASSIQUES CONTEMPORAINS Gustave Mahler, favori des grands chefs d'orchestre et des éditeurs de disques, qui l'eût dit il y a cinq ou six ans ? Quand la mode va de pair avec le mérite, tout le monde s'en réjouit. Mahler a eu du nél à conquérir, en France du moins, la place à laquelle il a droit ; maintenant qu'il l'occupe, tout présage qu'il la gardera. Solti vient de publier chez Decca une Seconde Symphonie qui l'emporte sur celle, pourtant fort belle, de Klemperer chez Columbia : elle est plus percutante, plus serrée et d'une tension lyrique plus soutenue. Klemperer, en revanche, nous offre une Neuvième chez Columbia, admirable par la clarté du discours, la puissance de la structure et la transparence du langage harmonique. Le même chef dirige Christa Ludwig et le regretté Wunderlich dans le Chant de la Terre (Voix de son Maître). Qui mieux que ces grands artistes pouvait animer le chef-d'œuvre de Mahler ? La version déjà ancienne Bruno Walter-Kathleen Ferrier servira de référence : l'apport de la stéréo et de la moderne prise de son joue un rôle considérable dans le cas de Mahler. Erato se spécialise dans la musique ancienne; cette maison nous propose deux œuvres qui retiennent l'attention. Les Vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie de Monteverdi et un Oratorio de Hamal. Pour célébrer le troisième centenaire de la mort du musicien italien, père de l'Orfeo et de l'opéra moderne, rien de mieux que publier une composition moins célèbre, mais chargée d'intentions et importante pour le développement ultérieur de la musique religieuse. La nouvelle version surclasse de beaucoup l'ancienne qu'avait publiée l'Oiseau-Lyre. Hamal est un musicien liégeois du XVIIIe siècle; c'est la première fois que l'une de ses œuvres est gravée. Il s'agit d'un oratorio très haendélien d'allure et d'éloquence, très beau par le ton et par la conviction : In exitu Israel. Ceux qui aiment s'aventurer hors des sentiers battus achèteront ce disque : ils ne feront pas d'erreur. Pour rester dans la musique du XVIIIe siècle qui continue à susciter la faveur, signalons dans le nombre impressionnant de « nouveautés » : les Concertos pour trompette de Haendel et Telemann, où le virtuose français Maurice André fait merveille (Deutsche Grammophon), l'intégrale des Sonates pour violon et clavecin de Bach — dont il existe déjà sept versions! — avec Schneiderhahn et Karl Richter (Archiv. Produktion) : prise de son miraculeuse de vie et de finesse, lyrisme de la sonorité, donnons la palme à la dernière venue; les six quatuors de Haydn appelés Quatuors du soleil (Deutsche Grammophon) qui se distinguent, surtout le cinquième, par leur écriture contrapuntique et leur agencement, enfin les Concertos de piano de Mozart que Geza Anda enregistre tout en dirigeant la Camerata de Salzbourg: point de hiatus entre ce que font le soliste et le chef d'orchestre, réunis cette fois en la même personne; l'unité de l'émotion esthétique y gagne, la qualité de l'ensemble aussi. Les derniers concertos parus portent les numéros 14 et 24 (Deutsche Grammophon). Pour le XIXe siècle, l'embarras du choix reste le même. Schumann trouve dans le jeune pianiste allemand Eschenbach un interprète à la fois précis, sensible, exact et inspiré; le disque où se trouvent réunis Scenes d'enfants, Variations Abegg, Intermezzi et les fascinantes Scenes de la Forêt est tout bonnement admirable (Deutsche Grammophon). Le Liederkreis et d'autres poèmes d'Eichendorff mis en musique par Schumann, la Voix de son Maître en offre une version stéréophonique avec Fischer-Dieskau. Ce nom seul sert de caution au disque, dont la gravure est fort nette. Pour faire entendre en même temps Rudolf Serkin et le Quatuor de Budapest, CBS publie le Quintette de Schumann : interprétation fougueuse, éclatante, qui surprend un peu au début, qui entraîne ensuite. L'albume de deux disques contient aussi les trois Quatuors à cordes de Brahms. Les deux premiers, appelés « quatuors mineurs » moins à cause de leur tonalité que de leur atmosphère légère et gracieuse, illustrent le sourire d'un musicien qu'on imagine uniquement grave ou mélancolique. Le troisième, en si bémol majeur, se présente comme un hommage à Vienne dont il traduit avec bonheur les goûts, le caractère et la poésie. Ces œuvres naguère enregistrées par le Quatuor Vegh chez Vega trouvent dans les artistes hongrois des interprètes lyriques et exacts. Après Albeniz, Granados : on ne s'étonnera pas que la Voix de son Maître ait demandé à Aldo Ciccolini de jouer les célèbres Goyescas. Son jeu précis, coloré, d'une sécheresse brûlante, ôte à Granados ce qu'il a parfois de langoureux, de sentimental et d'appuyé. Voilà des Goyescas dégraissées, tendues, nettes et provocantes. Leur aspect fantastique s'en trouve accru : la « Sérénade du Spectre » sonne comme une danse macabre. La cantate que Prokofiev tira de la musique composée pour le film d'Eisenstein en 1939, Alexandre Nevski, connaît une nouvelle version au chant du Monde, et bien supérieure à la précédente pour les effets de masse et la participation des choeurs (Ensemble choral de la République de Russie). L'orchestre national de l'U.R.S.S. est dirigé par M. Svetlanov : la « Bataille sur la glace » reste le morceau de bravoure, l'endroit capital, et le lamento sur les victimes du combat est très bien chanté par Larissa Avdeeva. La photographie qui orne la pochette reproduit une somptueuse icône de la Galerie Trétiakov à Moscou : Alexandre Nevski précédant les Saints. Pour finir, un disque de musique d'aujourd'hui chez Philips : un récent Xénakis, et l'habile, l'évocateur Hommage à Joyce de Bério. MARCEL SCHNEIDER. --- DES CADEAUX... DES IDÉES 13. Sur deux notes, plat à soufflé en pyrex habile d'une moindre en métal argenté : 150 F. Chez Oberon, 73, avenue des Champs-Elysées, Paris. 14. Grillades de week-end sur ce barbecue Grillardin (Le Creuset). Sous son toit protecteur formant cheminée : rotissoire avec broche et moteur électrique, grill, plateau à découper, chauffe-assiettes, cinq ustensiles : 590 F. Chez tous les dépositaires du Creuset et tous les grands magasins. 15. Un bilboquet? non, une lampe en verre soufflé, montée sur métal : 430 F. Chez Venini, 97, rue du Bac, Paris. 16. Sur trois pattes, saladier de bois : 204 F. Chez George Pesle, 18, rue de l'Arcade, Paris. 17. A portée de la main dans la voiture. Trois thermos s'accrochant au dossier avant ou arrière : 154 F. Chez Regali, 97, boulevard Haussmann, Paris. 18. Usages inattendus. Coquillage porte-cigarettes monté sur métal doré : 200 F. Coquillage cendrier surmonté d'un dauphin en bronze doré : 250 F. Le même en métal : 150 F. Chez Alcione, 10, rue du Château, Neuilly-sur-Seine. --- Plaisir de France

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d'un mois à l'autre --- Une usine bien séduisante. En mai dernier, Charles of the Ritz présentait à la Presse l'usine que cette société vient de créer près de Compiègne. Soixante-dix personnes, des femmes en majorité, recrutées dans la région, sont employées à produire les cosmétiques et parfums qui seront signés Yves Saint-Laurent. Comme on pouvait le prévoir, le goût, la qualité, le luxe sont présents dans ces bâtiments résolument modernes qui se dressent en pleine région agricole. Bel exemple de décentralisation. Des chiffres qui parlent... culture. Un milliard d'anciens francs, tel est le compte de gestion de l'Alliance Française pour 1966. 8 234 étudiants de 120 nationalités différentes ont fréquenté chaque jour l'école du boulevard Raspail où 466 000 étrangers se sont instruits depuis 1945. En outre, 160 000 étudiants ont été reçus dans les lycées, collèges et écoles françaises de l'Alliance à l'étranger et ses envoyés ont fait plus de 1 000 conférences dans 60 pays. Pour la musique. Le dernier programme du « Tryptique », accueilli toujours par Mme Robert Bouillet, nous a donné une œuvre récente et délicieuse de Sauguet : Sanatine bucolique pour saxophone et piano, le duo Flûte et Harpe de Paris, et, en première audition intégrale, la Prière de nos frères les animaux, chantée par Paul Derenne, avec l'auteur, Dom Clément Jacob, au piano. EXPOSITIONS A ne pas manquer, sur la route des vacances. Le graveur André Jacquemin présentera pour la première fois l'ensemble de son œuvre gravé vellave, au château Lavoute-Polignac (non loin du Puy), propriété du duc et de la duchesse Jean de Polignac. L'exposition, ouverte en juillet, sera visible jusqu'au 20 septembre. Les touristes français et étrangers, en visitant ce beau château qui domine la Loire, pourront avoir ainsi, enrichissant leur propre vision des lieux, l'interprétation qu'en donne l'artiste qui pratique les trois techniques de la gravure : pointe-sèche, eau-forte et burin. La tapisserie brésilienne à Paris. C'est Madeleine Colazo qui, en juin dernier, la représentait rue La Boëtie, à la Galerie Debret connue pour avoir accueilli déjà diverses manifestations d'art plastique, en accord avec l'ambassade du Brésil. Madeleine Colazo crée tapis et tapisseries depuis 1942; les techniques de Rabat, de l'Atlas et de Granja l'ont tout d'abord influencée, puis celles de la tapisserie de Bayeux, qu'elle admire sans réserve. En partant d'imprégnations aussi diverses, l'artiste a su faire jaillir une œuvre très personnelle; ses cartons reflètent souvent mais non obligatoirement le riche art traditionnel brésilien; leur exécution est confiée à un groupe de femmes que Madeleine Colazo a su réunir, former et faire travailler dans des conditions exceptionnelles là-bas : logées, instruites, guidées, elles sont également intéressées aux revenus de l'atelier. Une école qui devrait faire école... Madeleine Colazo exposera prochainement aux Etats-Unis. Voici un des tapis que l'on pouvait voir à Paris ce printemps. Racine tel qu'il fut. Il faut accorder une longue visite à Jean Racine que la Bibliothèque nationale a logé magnifiquement dans la galerie Mazarin. Tout ce qui reste de lui, tout ce qui se rapporte à lui, est rassemblé là, annoté, présenté d'une manière exemplaire, pour commémorer le tricentenaire d'Andromaque que nous célébrerons à notre tour, en novembre prochain, puisque la première représentation de l'œuvre eut lieu en novembre 1667. La Peinture chinoise Ming et Ts'ing (XV-XIXe siècles) de la collection Mu-fei, sera présentée jusqu'au 4 septembre au Musée Cernuschi. DANS L'ÉDITION - Sens et destin de l'art. C'est sous ces deux aspects : l'art, utile fonction de l'esprit et miroir des civilisations successives de l'Orient, que l'infatigable René Huyghe, de l'Académie française, présente en deux volumes illustrés, d'un prix très abordable, et entrant dans la poche, une nouvelle histoire de l'art, de la préhistoire au XXe siècle. - Les Jurys infaillibles. Deux ouvrages signalés ici même et recommandés à nos lecteurs ont reçu de grandes récompenses. Décerné pour la onzième fois, le prix Eve Delacroix est allé à Robert Aron, couronnant l'historien de l'Epuration (Fayard, édit.). Avec le même bonheur dans le choix, Philippe Jullian a reçu le prix Femina-Vacaresco pour son Oscar Wilde (Librairie Académique Perrin). - Une controverse qui dure depuis des siècles a trouvé en Philippe Erlanger le rapporteur précis et juste que l'on connaît : Amours et secrets de Marie Stuart (Hachette, édit.) ne nous livre pas les secrets de la femme, mais dénonce les calomnies dont fut victime la reine. - Vient de paraître un ouvrage qui ne manquera pas d'attirer l'attention de ceux qui s'intéressent à l'art décoratif. Il s'agit de l'annuaire de la Société des Artistes décorateurs, la S.A.D., pour les gens du métier. Pour la première fois, sont réunis tous les maîtres-d'œuvre en décoration actuelle : trois cents artistes de toutes disciplines. Mieux encore, ceux-ci révèlent leurs fournisseurs de matériaux et, d'autre part, les entreprises qui les transforment. Cet annuaire est en vente (20 F) au siège de la S.A.D., au Grand Palais, porte K. - Au moment où la magistrature elle-même appelle à une meilleure adaptation de la Justice aux temps modernes, le livre de Marcel Rousselet, les Cas de conscience du magistrat (Librairie Académique Perrin), prend un relief particulier. Il va plus haut et plus loin en réveillant chez tous les hommes ce sens un peu oublié de la conscience qui, toujours, devrait avoir le pas sur les autres disciplines, voire la politique. Un livre lucide, courageux, qui honore l'ancien premier Président de la Cour d'Appel de Paris. L'ethnologie, par Jean Cazeneuve. Une somme de documentation qui passionnera toute une jeunesse éprise de cette science. On y trouve d'abord une définition de l'ethnologie, de l'ethnographie et de l'anthropologie. Un chapitre intéressant énumère les « primitifs actuels » contemporains de la navigation interplanétaire. A la conquête de l'espace, par Thomas de Galiana. En contrepoint de cette étude sur le passé de l'homme, voici l'avènement de l'astronautique : un résumé des résultats déjà obtenus dans l'exploration du cosmos et de ceux qui sont attendus pour le débarquement sur la Lune. (Deux ouvrages édités par Larousse.) Enfin une revue de théâtre. Créer une revue de théâtre a toujours été une aventure désintéressée et difficile à prolonger. Souhaitons bonne route à Tréteaux 67 qui a choisi la formule la plus opportune aujourd'hui ; conciliant une certaine qualité de présentation, la couleur habilement répartie, l'illustration photographique, l'intérêt actuel des textes et un prix de vente relativement modique (4 F). Le cinéma par lui-même. Alfred Hitchcock, maître du suspense et de l'anormal, a consacré cinq heures de son temps pour dialoguer avec François Truffaut. De cette longue interview est né un livre passionnant et abondamment illustré d'images « hitchcokiennes » : le Cinéma selon Hitchcock (Ed. Robert Laffont). Professionnels et cinéphiles y puiseront une magistrale leçon d'art cinématographique qui peut se résumer comme une réponse à cette question : comment s'exprimer d'une façon purement visuelle? --- Jacques Jaujard. Une intelligence subtile, une courtoisie de seigneur, une carrière de directeur général des Arts et Lettres, puis de secrétaire général des Affaires culturelles qu'il marqua d'un sens élevé du dévouement à l'intérêt national : nos longs et cordiaux rapports avec Jacques Jaujard resteront pour nous un beau et émouvant souvenir. Il fut l'exemple type du grand comis de l'Etat, à la Colbert. Ol. Q. Le Festival du Marais. Ionesco, Juliette Gréco, Beaumarchais, à l'hôtel Sully, le tandem Sophocle-Brecht à l'hôtel de Rohan, Telemann (création à Paris de la Passion selon saint Luc) à l'église Saint-Gervais, ont terminé sous un ciel clément le Festival du Marais qui dut affronter les intempéries sans décourager un public toujours plus nombreux, soucieux de contribuer à la sauvegarde de l'un des plus beaux quartiers de Paris. Notre photographie : soirée aux chandelles à l'hôtel Sully. (Phot. Bernard.) Le premier musée d'Art naïf du monde occupe depuis le 20 juin les salles médiévales du château de Laval. Issu d'un legs que Jules Lefranc, chef du groupe naïf au salon « Comparaisons », fit à sa ville natale, ce musée porte, comme il se doit, le nom d'Henri Rousseau. Mais Andrée Bordeaux-Le Pecq, qui le fonda après treize ans de lutte, eut bien du mal à se procurer une œuvre du célèbre douanier. --- Plaisir de France

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Ouverture d’un magasin d’exposition et de vente de carrelages et appareils sanitaires accessoires et cristaux robinetterie de luxe Matériaux Richard Ginori · Milan --- R. ELIOT 28, RUE DE BABYLONE PARIS-VII° TÉL. 548.40.01 - 222.37.73 DÉCOR ET COMPOSITIONS Fabrication française et italienne Le plus beau choix PLAISIR DE FRANCE

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Zuber & Cie la haute tradition du papier peint A RIXHEIM DEPUIS 1797

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l’éditorial d’Olivier Quéant TOUT A L’IMPARFAIT Que l’imperfection de tout soit dans la nature des choses, nous ne nous y résignons pas. De là que nous critiquons tout en oubliant le plus souvent de nous critiquer nous-mêmes. Qui a tort? Qui a raison? En général, personne n’a complètement tort ni complètement raison. On le voit bien dans les rapports entre Etats, dans les conflits qui naissent ou le moins qu’on puisse dire est que chacun prêche pour son saint, avec une plus ou moins bonne foi. Ces différends diplomatiques font penser à la typique scène de ménage : «Qui a commencé?» Personne, ou les deux. Et le ton de monter, et les reproches de s’entrecroiser, chacun restant sur ses positions, non convaincu mais content de soi. Quand la contestation prend la forme d’une guerre, il n’y a plus qu’à tristement sourire en écoutant les bonnes excuses que l’on se donne pour justifier ses revers (les replis stratégiques sur des lignes préparées à l’avance, les «décrochages» signifiant des reculs, les «durs combats» qui veulent dire — ou ne pas dire — qu’on a été battu). Le «bourrage de crâne» qui fut aussi notre lot est un des appendices monstrueux de ce monstre qu’est la guerre. Pourquoi donc les conflits naissent-ils? Parce que des traités de paix, des accords internationaux ont été imparfaits, laissant dans les cicatrices des germes du mal. Mais, la manière de rendre ces accords parfaits puisque rien ne peut l’être? J’ai signalé récemment que beaucoup de nos jeunes, encouragés dans leurs opinions par certaines pièces de théâtre, étaient carrément antimilitaristes. L’un d’eux, que j’avais situé dans cette fraction, vint vers moi un jour de juin, les yeux brillants d’enthousiasme. Une victoire militaire l’avait exalté. «Vous reconnaissez donc, lui dis-je, qu’une «armée» qui défend sa «patrie» — attaquée ou menacée — que le «courage», le «sacrifice» de sa vie, tous ces vocables par vous contestés, gardent leur valeur?» Le garçon me répondit qu’en effet, il ne savait plus que penser. Ce qui est grave, selon moi, c’est que ce garçon n’était jadis pas seul à dire la guerre «impensable», à jamais rayée de la terre après les deux conflits mondiaux. Ce qui est grave, c’est que cette croyance — que je n’ai jamais partagée — doit maintenant être elle-même rayée de nos esprits; c’est que la guerre — comme celle de Troie — a eu lieu. Et ce qui est plus grave encore, c’est qu’une guerre moderne ait pu être approuvée de nos jours — «supported» en terme de sport — par des millions d’individus. Sans commenter l’événement, je n’en veux observer ici que l’effet dans l’opinion mondiale. Or, le fait est là, non seulement la guerre a reparu, mais elle a eu la sympathie de beaucoup d’honnêtes gens. De cette constatation objective, il y aurait des conclusions assez pessimistes à tirer pour l’avenir, proche ou lointain. Le penchant pour la guerre ne serait-il pas, malgré qu’on en ait, à ranger au nombre des incurables imperfections humaines? Le Vatican lui-même était jugé imparfait, l’autre jour, dans mon taxi. Le chauffeur — du sexe féminin — se plaignait, de son siège, en mon sein, que les efforts du Pape en faveur de la paix, ne fussent point efficaces. «Il faut ce qu’il peut!» reconnut-elle. Mais cette reconnaissance n’allait pas sans un rien d’ironie. Que répondre? Que si l’esprit commande à la matière, le spirituel n’a pas tous pouvoirs sur le temporel. Et que c’est l’imperfection des hommes qui est cause de tout le mal. Une autre attaque alors jaillit de la bouche de mon conducteur: «Et puis le Vatican a des trésors, il est mentiment riche. Ne pourrait-il distribuer tout cela aux pauvres?» Je répondis que cela ne ferait pas beaucoup pour chacun et que le propre de l’Eglise n’était pas de donner des secours en argent, l’Etat et d’autres communautés alimentées par les impôts étant là pour cela. Imperfection, en politique. L’opposition, de tout temps et en tous lieux, veut prendre la place du Gouvernement (il est des cas où ce serait un bon tour à lui jouer). Aurait-elle fait mieux dans le passé, ferait-elle mieux dans l’avenir? Nul ne sait. Mais comme rien n’est parfait, comme on est toujours mécontent, on veut changer. Et c’est ainsi qu’ici les travailleurs remplacent les conservateurs et que là on débarque les démocrates en faveur des républicains. Un mari est jugé imparfait, une femme imparfaite? Leur rôle est beaucoup plus difficile que celui de l’amant ou de la maîtresse. Ces derniers feraient-ils mieux! Jadis, on patientait. De nos jours, on divorce. Je connais bien des cas où la relève n’a pas été un succès. La justice humaine, telle qu’on la rend d’après les Codes, est imparfaite. Si, depuis des siècles d’étude du Droit, d’usage des tribunaux, on n’a pas trouvé mieux, il faut bien admettre que dans ce domaine où l’imperfection est le plus odieuse, on se heurte encore un coup à l’inévitable. Les régimes politiques? Bel exemple d’imperfection. Et pourtant, chacun de nous d’être persuadé que l’un est meilleur que l’autre. Parfois avec aveuglement, souvent avec passion. Série-t-on que la plupart des professeurs d’une Faculté de la région parisienne sont marxistes? Nos jeunes étudiants, presque tous de milieux dits «bourgeois», le deviennent donc, du moins provisoirement. Une jeune fille à qui je parlais de religion, me répondit: «Mais, nous en avons une: le marxisme.» Je livre, à titre documentaire, cette déclaration. Ainsi, chaque jour, à chaque instant, en toutes choses, notre besoin inné d’idéal — donc de perfection — s’oppose à une autre loi de nature: l’imperfection. La sagesse, qui n’est elle aussi qu’un idéal, conduirait à admettre, tout en tâchant de perfectionner. Ce qu’on appelle souvent le perfectionnement de la science, de la technique, serait plus justement qualifié de progrès ou d’amélioration. Car si prodigieux que soient les résultats obtenus, n’a-t-on pas vu récemment, après de remarquables succès, un accident mortel de l’astronautique, rappel subit de l’imperfection de tout? Certaines expériences, certains phénomènes, s’ils réussissaient tous à coup sûr, et non plus sporadiquement, je tiens qu’ils rendraient la vie impossible par la création même d’un état de perfection incompatible avec la condition humaine. Je pense, disant cela, à ces manifestations de pouvoirs mystérieux — voyance, télépathie, prémonition, action des guérisseurs, radicathésie — qu’il est absurde de nier en bloc parce qu’elles ne peuvent se reproduire infailliblement comme au laboratoire. Et, montant plus haut, passant de l’humain au divin, je pense aux guérisons miraculeuses, qui ne sont pas, on le sait, un article de foi. Cette réussite assurée de toutes nos facultés spirituelles comme de toutes nos prières, prise ici à titre d’hypothèse maximale — ou d’asymptote — j’ai acquis, en sortant d’un rêve, la conviction qu’elle créerait un désordre fatal pour l’humanité. Ce rêve, le voici. Je me promenais dans une fête foraine, parmi la foule allant de baraque en baraque. J’entrai dans l’une d’elles. Une voyante y était assise. Elle disait à une femme: «Je vois que votre mari mourra bientôt et que vous deviendrez folle. Et qu’à l’asile vous accoucherez d’un enfant infime.» A un homme, la voyante apprenait que sa femme le trompaît avec son meilleur ami. A une jeune fille, elle annonçait qu’elle ne se marierait jamais. La voyante disparut. Sur son fauteuil, l’un après l’autre, les badauds s’assirent. Et chacun de lire les plus secrètes pensées de l’autre et, bien en face, de les lui crier. Ce fut une effroyable bousculade. On échangea des coups. Plus rien de caché ni de douteux, plus rien d’inconnu ou d’imprévu. Tout le monde médium! Je sortis de la baraque où la mêlée confuse se prolongeait dans les plaintes et dans les cris. Dehors, devant un rideau de velours cramoisi, je vis une table et une énorme boule de verre. Je mis une main sur la table: elle se souleva d’un mètre et retomba lourdement: la boule éclata en miettes. Des gens qui après moi sortaient firent le même geste, et chaque fois immanquablement, la table se souleva. Tables tournantes à volonté! Plus loin, une autre baraque: celle d’un guerisseur. Une file » échappée de la Cour des Miracles y pénétrait d’un côté, avec béguilles ou cannes blanches. Femmes cassées en deux, hommes tordus en vrille, aveugles trébuchants: tout cela sortait par une autre porte, détortillé, trotant, hurlant: «J’y vois!»... Et à leur tour, au hasard, dans la foule, les anciens estropiés appliquaient leurs mains sur le dos, sur le bras, sur la jambe d’un infirme qui se secouait d’aise et se mettait à gambader. Le fluide humain guérissait à tous les coups! M’échappant de cette foire miraculeuse, mes pas me conduisirent dans une petite ville. D’un train qui arrivait de Lourdes, venaient de débarquer cinq habitants: trois femmes, un homme, un enfant. Tous partis là-bas sur des brancards. Tous revenus guéris. Les gens de la ville, en groupes dans les rues, les entouraient, les touchaient, consternés, oui, consternés. C’était trop beau, ce n’était pas vrai, c’était impossible! Les cinq miracules dansaient de joie: les citoyens de la petite ville, eux, ne riaient pas. Une inquiétude générale, presque une panique. Ce n’était pas des vivants qui montaient de la foule, mais un grondement sourd. Les prêtres eux-mêmes étaient stupéfaits, leur sourire avait quelque chose de force. Ils ne rendaient pas grâces, ayant plutôt l’air de prier pour conjurer un malheur. Je m’éveillai et je pensai: le miracle devenu automatique, l’exceptionnel promu banal: ce renversement des valeurs les anéantissait toutes. Croire à tout est ne croire à rien. La perfection n’est pas de ce monde. Olivier QUÉANT.