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Plaisir de France AOUT 1958

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PLAISIR DE FRANCE (IMAGES DE FRANCE) Revue mensuelle DIRECTEUR GÉNÉRAL-RÉDACTEUR EN CHEF : OLIVIER QUÉANT --- AOUT 1958 No 238 Pages - Éditorial par Olivier Quéant...

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NOS INFORMATIONS Le Polo à Beauville. Dans le vaste terrain situé au centre du grand hippodrome de la Touques auront lieu cet été plusieurs championnats de polo. Trois équipes, anglaise, italienne et française, prendront part aux principales épreuves. C'est le 17 août que se jouera la « Coupe de France » et le 25 août, la « Coupe d'Or », comptant pour le championnat du monde. Chez Yardley. La Maison Yardley vient de lancer sa dernière création, le « Wild Ferd Soap » (savon Fougère). Elle a su capter le parfum des sous-bois pour donner à ses produits un arôme discret et nuancé. Présenté dans un cerin vert et blanc, ce savon est offert en gros pains pour le bain ou en taille normale pour le voyage et l'usage courant. Quant à l'eau de Yardley, Cologne naturelle, elle est destinée aux hommes. L'actualité chez Elizabeth Arden. Pour chacune des journées ou des soirées des fêtes de Paris, Elizabeth Arden a eu l'idée de créer un produit : pour le bal de l'Orangerie, le « Maquillage Versailles » ; pour la journée des Drags, le parfum « Mémoire chérie ». Et elle a offert une coupe en argent au vainqueur du concours hippique de Choisel, en vallée de Chevreuse. Un nouveau salon de coiffure. Depuis quelques mois, Mario a ouvert, 3, Faubourg-Saint-Honoré, un beau salon de coiffure, accueillant et moderne, représenté sur la photographie ci-dessus. Le Faubourg-Saint-Honoré à l'honneur. Trois nuits prestigieuses, celles des 11, 12 et 13 juin, ont transformé « le Faubourg » en une grande fête élégante, digne de la Saison de Paris. Non seulement chaque maison avait été priée de présenter une vitrine inédite, mais aussi des pièces rarement vues. C'est ainsi que Cailleux accrochait dans ses salons vingt Fragonard de sa collection personnelle, dont seize n'ont jamais été exposés à Paris, et que la Vieille Russie montrait une Rose papale en or d'un mètre de hauteur. Pour Marin, Van Dongen avait dessiné un service de table de porcelaine à décor d'oiseaux. Hermès, très remarqué comme à l'habitude, renouvelait le thème de Don Quichotte. Le décor d'Yvonne de Brémont d'Ars retenait longuement les passants, de même que les automates de Roger et Gallet. Brillamment illuminé et ouvert tard dans la nuit, chaque magasin a gaiement reçu ses invités, lesquels couraient de cocktails en présentations, en une promenade zigzagante qui les a menés de la rue Royale à Saint-Philippe-du-Roule. Place Vendôme. La boutique de Schiaparelli, « le Schiap », vient de rénaître place Vendôme par les soins du décorateur Jacques Frank, de la maison Ramsay. Les prestigieux parfums sont désormais présentés dans un ensemble de laque rose rehaussée d'or. Lors de l'inauguration qui fut marquée par un cocktail, Mme Schiaparelli présenta son dernier-né, le « Si », qui avait suggéré au compositeur Henri Sauguet la « Valse des Si », interprétée, pour l'enregistrement, par Juliette Gréco. Un flacon, accompagné du disque, fut offert le 11 juillet à chacune des jeunes filles invitées à Versailles au bal des débutantes. La Foire-Exposition de la Lavande. C'est à Dignes qu'aura lieu du 3 au 8 septembre 1958, place de la Libération, la Foire-Exposition de la Lavande. Cette foire présente des échantillons de lavande et d'essences diverses ainsi que le miel de Haute-Provence. Plusieurs autres sections complètent l'exposition, celle de l'agriculture et celles du commerce et de l'artisanat. En raison de l'importance qu'elle a acquise, elle figure dorénavant au calendrier des Foires de France. A l'Exposition de Bruxelles. La photographie ci-dessous représente le salon de l'appartement d'un docteur, exposé dans la section des Métiers d'Arts au Pavillon de la France. Le créateur en est M. Sognot et l'éditeur, la Société Rinck. De la République à la Bastille. Le Festival organisé chaque année par l'Association Amicale « Les Vieux Boulevards » (Bastille-République) a eu lieu le 26 juin. Le thème des vitrines était : « présentation des documents historiques », meubles, manuscrits, objets, etc. À la foule se mêlaient des personnages en costumes du passé. La Semaine Internationale du Cuir. C'est du 6 au 11 septembre prochain que se tiendra, au Parc des Expositions, la 17e Semaine Internationale du Cuir. Au cours de cette Semaine, de 17 h. 30 à 18 h., des marnequins de la Haute Couture parisienne présenteront au Salon d'Été les dernières créations en cuir de la mode. Une montre-calendrier. Dans la gamme des Mido Datorette qui sont les plus petites montres calendriers automatiques figure cette jolie montre-bracelet or, en vente dans toutes les maisons présentant cette marque. C'est une création de la Société Mido à Bienne, Suisse. Grand Hôtel de l'Aigle Noir. Dans la liste des hôtels abonnés à « Plaisir de France », publiée dans notre numéro de Juin, nous avons indiqué par erreur, à Fontainebleau, l'hôtel de l'Aigle d'Or au lieu du Grand Hôtel de l'Aigle Noir (A).

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PLAISIR DE FRANCE vous propose SES ÉDITIONS DÉCORATION DE FRANCE EN VILLE Une documentation unique sur l'habitat contemporain à la ville. Des idées sur ces deux problèmes actuels : où habiter, comment meubler et décorer un appartement, une maison. 4.900 francs DÉCORATION DE FRANCE À LA CAMPAGNE Des centaines d'idées et d'exemples pour construire, transformer, restaurer une maison à la campagne. 500 photographies en noir et en couleurs. 5.500 francs STYLES DE FRANCE TOME I — Meubles et Ensembles. Une sélection d'intérieurs de style, du XVIIe siècle à nos jours. Une précieuse documentation sur le mobilier de ces époques. 5.500 francs TOME II — Objets et Collections. Complément du Tome I : les objets d'art du XVIIe siècle à nos jours (serrurerie, bronzes, pendules, céramiques, orfèvrerie, verrerie, faïence, porcelaine, etc.). 4.900 francs ENCYCLOPÉDIE DU THÉÂTRE CONTEMPORAIN Première partie : 1850-1914. Les grands animateurs de la scène. Les auteurs et les comédiens célèbres. La vie brillante de la « Belle Époque ». Une rétrospective des Ballots Russes. 5.500 francs Vous pouvez vous procurer ces ouvrages chez votre libraire habituel, par l'entremise de nos représentants ou à PLAISIR DE FRANCE, 13, rue Saint-Georges, PARIS 9e. --- PLAISIR DE FRANCE

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D'UN MOIS A L'AUTRE L'AVION N'A PAS TUÉ LE PAQUEBOT Pour la plupart des Français, la mer c'est plus ou moins « les vacances de M. Hulot » : une bande de sable sur lequel chaque été on cherche à s'étendre, si on en a la place, pour se faire bronzer. La mer, ils la regardent entre deux bridges, s'ils ont le temps, ou de la fenêtre de leur hôtel, si elle ne donne pas sur les pins. Certains font du bateau, du petit bateau qui, tantôt longe les côtes, tantôt se dodeline dans les criques. C'est déjà davantage la mer. Pour les enfants, la mer, c'est son ourlet : la vague ; ce sont les flaques qu'en se retirant elle a laissées dans les creux de rochers. Pour tous, la mer, ce n'est pas une surface, c'est un bord. Si au moins ils pouvaient la mesurer sur la carte, cette rive ! On apprend aux écoliers que la France est baignée par quatre mers : leur dit-on qu'elle a 3.000 kilomètres de côtes, qu'elle est donc un grand, un très grand pays maritime? Rue Auber — la rue des voyages — un pavillon blanc au disque rouge flotte à un mât, pour qui lève les yeux. C'est le siège de la compagnie de navigation qui depuis cent trois ans exploite la ligne de New-York, c'est elle qui possède les plus grands navires : les « trans-atlantiques », comme dit le public ; un mot que les employés de la compagnie n'utilisent jamais. Ils disent « un paquebot » ; les marins, eux, plus simplement : un bateau. Quand un profane qui veut passer pour initié leur parle de « poupe » ou de « proue », ils rient bien. Eux, ils appellent cela tout bonnement l'arrière et l'avant. La « Transat » — comme on la nomme — a 75 bateaux, fait 47 milliards de recettes par an, emploie 10.973 personnes, dont 5.998 qui naviguent. Une grande dame, qui reçoit bien. Son accueil est célèbre, sa table est réputée. Un paquebot a la vie courte, environ vingt-cinq ans. Nous pouvons bien parler de sa vie : les Anglais, pour qui tout objet est neutre, confèrent à un navire le sexe féminin. Deux bateaux semblables sont, pour eux, des « sister-ships ». Bientôt « Ile-de-France » et « Liberté » auront atteint la limite d'âge. Alors que les vingt et une compagnies étrangères qui relient l'Europe aux États-Unis redoublent de concurrence, la France allait-elle disparaître de la ligne impériale que déjà subventionnait Napoléon III? J'entends la voix des objecteurs : quatre jours et demi pour aller d'Europe en Amérique, alors que les Super-Star Liners unissent Orly à New-York en quatorze heures, que l'an prochain les Boeing mettront huit heures et que plus tard sans doute des avions-fusées transporteront cent passagers en deux ou trois heures! Et certains d'affirmer, péremptoires : l'avion a tué le paquebot. Eh bien, pas du tout. Les statistiques — peu connues — sont éloquentes. Le nombre total de passagers transportés par navires entre l'Europe et les États-Unis, qui était de 680.000 en 1938, a atteint 1.037.000 en 1957. Dans le même temps, le total des passagers ayant emprunté l'avion est passé de 0 à 1.035.000. Avion et paquebot sont donc de nos jours, sur cette ligne, à égalité. Que prouvent ces chiffres? Deux choses : que les hommes voyagent de plus en plus et que le paquebot garde une clientèle fidèle, celle des gens qui ne sont pas très pressés ou bien que l'avion effraye encore un peu. Quelque chose me fait croire qu'il y en aura toujours. Ce n'était donc pas pour la Transat une simple question de prestige, c'était une nécessité contractuelle et commerciale de commander un nouveau paquebot. Son prix? 30 milliards. Évidemment, c'est cher. Le fameux « Normandie », qui en mai 1935 apporta le ruban bleu à la France, et qu'on appelait à tort le bateau du milliard, avait déjà coûté quelque 800 millions. « France » sera donc, en 1962, relativement moins cher que « Normandie » en 1935. Au prix du « France » (30 milliards pour une carrière de vingt-cinq ans), on peut comparer le prix de douze avions Boeing 707 (30 milliards pour une carrière de six ans). Que sera donc ce paquebot « France »? Un peu moins grand que « Normandie » : 310 mètres de longueur au lieu de 313 ; 55.000 tonnes de déplacement au lieu de 70.000.

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C'est que, depuis vingt-cinq ans, la construction navale a fait des progrès et l'on peut donc transporter le même nombre de passagers — deux mille — à la même vitesse — 31 nœuds, soit 57 kilomètres à l'heure — avec un navire sensiblement plus petit. Pour réaliser la même puissance — 150.000 CV — l'appareil moteur est beaucoup moins encombrant. « France », qui sera lancé à Saint-Nazaire en 1960 et achevé en 1962, sera un chef-d’œuvre de la technique française et sa maquette était donc bien digne de figurer à l'Exposition de Bruxelles où elle trône actuellement. On pourra se demander, puisque l'énergie nucléaire est déjà utilisée sur plusieurs sous-marins et va l'être bientôt sur des navires marchands, pourquoi on n'a pas fait de « France » un navire atomique à la mode de demain. Parce que — outre l'énorme supplément du prix de construction et des frais d'exploitation — il s'écoulera encore pas mal d'années avant que l'on puisse adapter cette formule nouvelle à des paquebots avec toute la sécurité nécessaire pour les passagers. D'ailleurs, le grand paquebot que vont construire les États-Unis pour la ligne de l'Atlantique-Nord sera encore à vapeur, comme notre « France ». Pour les aménagements de ce dernier, les armateurs ont dû tenir compte d'une évolution. Les compagnies aériennes viennent de mettre en vigueur de nouveaux tarifs économiques, attirant de plus en plus vers les voyages une clientèle à budget limité. Jadis les paquebots avaient quatre classes : la première, la seconde, la troisième et une quatrième pour les émigrants logés non dans des cabines mais dans les entreponts. Déjà, avant la guerre, étaient apparus la classe « touriste » et les paquebots à classe unique. Cette démocratisation s'affirme. L'« Atlantic », qu'une ligne américaine vient d'inaugurer, n'a place que pour 40 passagers de première classe contre 860 en classe « touriste ». « France » pourra recevoir 500 passagers de première classe et 1.500 de classe touristes, soit les trois quarts. Bientôt se posera le problème de la décoration de ce navire. Celle de « Normandie » avait fait couler beaucoup d'encre. J'ai tant écrit sur ce sujet qu'à peine ma plume a-t-elle eu le temps de sécher. Un quart de siècle permet de réfléchir. Je crois révolue l'époque des paquebots-expositions ou musées d'art moderne. Ce n'est pas contre le coût de ces installations fastueuses — il est faible par rapport au prix total du bateau — c'est contre leur caractère d'échantillonnage, contre leur agressif tape à l'œil, contre leur disparate que l'on peut s'élever. Les décors surchargés des salons ou des fumoirs sur certains paquebots d'avant-guerre risquaient de donner à eux seuls aux passagers sensibles le mal de mer par calme plat. J'émetts le vœu que règne à bord, outre le confort, un luxe discret, une reposante sobriété n'excluant pas ça et là l'objet d'art ou l'œuvre en belle matière. C'est une erreur de faire d'un paquebot autre chose que ce qu'il est : un bateau ; d'y poser des revêtements de marbre ou d'y accrocher des lustres de Venise. Car, sur un plan supérieur, un paquebot est un objet fonctionnel qui, tout en satisfaisant l'esthétique, doit essentiellement accomplir sa mission. Mais peut-être rétorquera-t-on que la haute société parisienne fut invitée cet été à assister, en tenue de soirée, dans une galerie d'art renommée, à la présentation de neuf appareils ménagers décorés par une élite de peintres contemporains ! OLIVIER QUÉANT. Edmond Lanier, qui vient d'être nommé directeur général de la « Transat », n'est pas seulement un armateur et un économiste : il aime le théâtre et est passionné d'histoire. Ci-dessus : la maquette du futur paquebot « France » qui, à partir de 1962, reliera Le Havre à New-York. PHOT. PIERRE JAHAN.

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2. Athènes et l'Acropole, vues de la colline des Muses. Un des hauts lieux du génie humain. DANS LA LUMIÈRE ATTIQUE Un jour, raconte-t-on, le divin Pythagore eut à répondre à la question suivante : « Pourquoi, Maître, lui demanda l'un de ses fervents disciples, les Athéniens passent-ils pour être les plus intelligents des Hellènes, et d'où leur vient cet étonnant privilège? — Si les Athéniens, répondit Pythagore, ont l'intelligence si vive et l'esprit si aigu, ils doivent cette enviable faveur à la limpidité constante de leur ciel. L'air léger qu'ils respirent rend leurs âmes légères, et le climat lumineux de l'Attique les prédispose à la limpidité des idées nettes, à la lucidité des précisions subtiles. » Aujourd'hui, comme hier, l'Attique baigne encore dans cette « pure et sainte lumière » que célébraient, comme un bienfait des dieux, ses antiques poètes, et que les mourants regrettaien comme la perte d'un des plus grands des biens que la vie nous concède. Homère reste pour nous le plus illustre témoin de cet insigne amour de la lumière, que tout Grec en naissant apportait avec lui. C'était dans le combat que se livraient les Troyens et les Grecs pour s'emparer du corps de Patrocle immolé par Hector. Zeus avait étendu sur le champ de bataille un brouillard épais qui enveloppait à la fois les hommes et les chevaux. Les Grecs, terrifiés, reculaient en désordre, et les Troyens, poussés par la victoire, multipliaient leurs assauts et leurs coups. A ce moment, le grand Ajax, fils de Télamon, ne voulant pas mourir 1. Construit de 421 à 406 avant J.-C., l'Erechtélon était dédié à deux divinités : Athéna Polias et Poseidon Erechée. D'ordre ionique, ce monument ne se distingue pas seulement par son élégance, mais par l'originalité de ses quatre façades, toutes différentes. Ici, le portique de l'est, qui comprenait six colonnes ; celle du nord se trouve à Londres, où elle fut expédiée par lord Elgin, ambassadeur de Grande-Bretagne à Athènes au début du siècle dernier.