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LES ECHOS DES INDUSTRIES D'ART REVUE DE L'HABITATION ET DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES RÉDACTION & ADMINISTRATION: 2 & 4, RUE MARTEL, PARIS, 10°A°. CRETONNE PAR MARIANNE CLOUZOT ÉDITÉE PAR LES GRANDS MAGASINS "A LA PLACE CLICHY" (EXPOSITION DU MUSÉE GALLIERA) --- N° 37 AOÛT 1928 8 frs.

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LES ECHOS DES INDUSTRIES D'ART la toile imprimée ET LE papier peint AU MUSEE GALLIERA PAR GASTON DERYS Le Musée Galliera a organisé cet été une Exposition de la Toile imprimée et du Papier peint, avec une rétrospective de la toile de Jouy. Cette exposition, fort complète et d'un vif agrément, obtient un grand succès et offre, par la confrontation des toiles anciennes et des modèles actuels, un enseignement que nous essaierons de dégager. On sait que les toiles imprimées nous viennent de l'Inde et de la Perse. Rapportées en Europe par les vaisseaux des Vénitiens, puis par ceux de la Compagnie des Indes, ces étoffes tentèrent, par leur gracieux coloris, par leurs arabesques inédites, les élégantes du dix-septième siècle. La Gazette de Loret nous a laissé un souvenir rimé de ces éclatants tissus, dont les marchands de la foire Saint-Germain fournissaient grandes dames et bourgeoises, dans leurs boutiques fort bien pourvues "en antiquailles, bagatelles", en indiennes, en écrans... Leurs usages étaient multiples. Elles servaient à confectionner des jupes et des pourpoints, des gilets et des robes de chambre. Elles tendaient les murs, recouvraient les sièges. Leur succès devint tel qu'on se mit à en fabriquer en France; les premiers modèles imitaient servilement les grands ramages de Perse, puis l'on créa des dessins originaux. Bienôt, l'engouement du public pour les indiennes et la prospérité des manufactures de Marseille, de Nantes, de Rouen, de Montpellier, qui arrivaient difficilement à fournir --- CRETONNE, COMPOSITION DE MARIANNE CLOUZOT, ÉDITÉE PAR LES GRANDS MAGASINS "A LA PLACE CLICHY"

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CRETONNE, COMPOSITION DE GARCELON, ÉDITÉE PAR LES GRANDS MAGASINS "A LA PLACE CLICHY" la clientèle, alarmèrent drapiers et marchands de soieries. Ils firent entendre d'aigres plaintes et Claude Le Peletier, continuant la sévère politique de protectionnisme de Colbert, qui avait défendu avec une énergie farouche l'industrie des glaces, de la dentelle, des bas, interdit en 1686, non seulement l'importation des toiles de l'Inde, mais supprima sans pitié, d'un trait de plume, les manufactures qui s'étaient élevées sur le territoire du royaume, décision que nous jugerions aujourd'hui d'un odieux arbitraire, et qui visait à ruiner une catégorie d'industriels français au profit d'une autre. *** Cette prohibition féroce assura le succès des toiles peintes et prolongea pendant un siècle et demi — fait unique dans les annales vestimentaires — une mode qui serait morte assez vite si on ne l'avait point mise à l'index. Naturellement, toutes les femmes voulurent porter les robes d'indienne, puisque c'était défendu. L'aristocratie, la cour et la bourgeoisie riche donnaient l'exemple. Beaucoup de manufacturiers français passèrent à l'étranger, tandis que d'autres continuaient leur fabrication clandestinement. Cependant, aux barrières, on allait jusqu'à faire déshabiller les élégantes qui voulaient pénétrer en ville vêtues d'indienne. Un jour, on fit un feu de joie de neuf cents robes saisies. La persistance des protestations et l'entêtement des élégantes à braver les edits finirent par adoucir les rigueurs prohibitives. Une tolérance s'établit. De nouvelles manufactures s'ouvrirent, comme celle de Mulhouse, en 1746. L'administration fermait les yeux. Aussi bien, les personnes qui voudront connaître par le menu toutes les phases de cette guerre en dentelle et suivre pas à pas l'histoire de la toile de Jouy et celle des manufactures d'indiennes établies en province — et dont les produits valaient parfois ceux de Jouy — consulteront avec profit l'ouvrage si complet, orné d'une centaine de reproductions, que M. Henri Clouzot, conservateur du Musée Gallière, vient de faire paraître sur cette question, avec une table détaillée des localités, artistes et fabricants : Histoire de la Manufacture de Jouy et de la Toile imprimée en France (Editions Van Oest). Elles verront comment le jeune Oberkampf vint providentiellement en France au moment même où le commerce des toiles peintes allait se trouver libre. Fils et petit-fils de teinturiers bavarois, il connaissait à fond toutes les arcanes de la fabrication. Débuts pénibles et modestes. Il loue une petite bicoque à Jouy-en-Josas, dans cette gracieuse vallée de la Bièvre dont les eaux passaient pour seconder avec bonheur les opérations de teinture et de lavage. Il sortit sa première pièce le 1er mai 1760 ; l'édit de 1686 était abrogé depuis six mois. La maison, conte l'historien d'Oberkampf, Labouchère, était "trop petite pour contenir une chaudière, qu'on dut établir à l'extérieur" et "pendant quelque temps dans une pièce unique, un matelas rem, plaçait chaque soir les instruments du travail, le dessous de la table servant d'armoire". Ce furent d'abord des déboires, ETOFFE IMPRIMÉE DE Mme ELISE DJO-BOURGEOIS

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"LES COLOMBES", COMPOSITION DE DESBARBILLEUX, TOILE ÉDITÉE PAR BRUNET, MEUNIÉ & Co "LES HIRONDELLES", COMPOSITION DE BEAUGOURDON, TOILE ÉDITÉE PAR BRUNET, MEUNIÉ & Co des difficultés financières, surmenage, découragement passager, maladie. Mais l'énergie d'Oberkampf triomphe de tous les obstacles, le succès se dessine, grandit, s'affirme, "s'impose". Oberkampf fait construire une manufacture qui provoquera l'admiration de l'Europe et qui recevra, en 1783, le titre de Manufacture Royale. En 1806, Napoléon lui remettra la croix de la Légion d'Honneur. Il occupe 1.300 personnes, débite deux millions et demi de mètres d'étoffe par an. Ce n'est pas seulement la mode qui explique un tel succès, c'est l'admirable qualité des produits d'Oberkampf, qui ne s'altéraient jamais au lavage, garantis bon teint par une mention imprimée à l'extrémité de chaque pièce. C'est aussi la vigoureuse personnalité, l'austère puissance de travail de ce grand animateur, son incessant souci de perfectionner son outillage. Il eut aussi la chance de s'attacher un dessinateur de la valeur de Huet, à qui l'on doit les plus aimables des sujets de Jouy, d'une grâce si vive et si spirituelle, l'Escarpolerte, les Délices des Quatre Saisons, la Fédération, les Plaisirs de la Ferme, le Sacrifice à l'Amour, l'Aérostat dans le Parc et ces Travaux de la Manufacture qui nous initient aux procédés d'une fabrication loyale et minutieuse, qui s'intensifia par l'emploi de la presse d'impressions à la planche de cuivre et surtout par la découverte de la machine à imprimer au rouleau, remplaçant l'impression à la main, à l'aide d'un bois gravé. *** Après la mort de Huet, des artistes comme Horace Vernet, Hippolyte Lebas, Peter, travaillèrent pour Jouy. Mais les désastres de 1815 portèrent un coup fatal à la manufacture. On se battit aux alentours de Jouy. Les ateliers furent désertés. On peut dire qu'Oberkampf en mourut de désespoir, le 4 octobre 1815. La mode se lassa d'une si longue et si singulière fidélité aux toiles imprimées, et Jouy, après quelques lustres de lutte honorable, ferma ses portes en 1843. Quatre ans plus tard, dans le Cousin Pons, Balzac parlait de "ces atroces produits de l'industrie cotonnière en 1809". Ces atroces produits sont acquis aujourd'hui

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à prix d'or par les musées et surtout par les Américains qui en ont pour ainsi dire organisé le trust. Les toiles peintes, dédaignées par la clientèle riche, trouvèrent heureusement un débouché chez les paysans de nos campagnes, que ne troublaient point alors les caprices de la mode. On gardait une robe de mariage pendant toute sa vie. On la sortait pour les jours de fête. Chassées des maisons élégantes, les indiennes se retrouvèrent sur les lits à quenouille et dans l'habillement de nos aïeules. Le goût des humbles protégea un art délicieux, finit par l'adopter. En se démocratisant, il put continuer de vivre. fabriquées spécialement en vue d'une exposition. Abus de la couleur, et d'une couleur agressive, dimensions trop vastes des motifs, voilà quels étaient les défauts de certains exposants qui tenaient à se faire remarquer à tout prix. L'Exposition du Musée Galliera témoigne que ces excentricités ne sont plus de mise aujourd'hui. Ce décor floral à trop vaste échelle, ces roses épaisses comme des choux-fleurs, ces papillons vastes comme des canards sauvages, créent une ambiance factice, inharmo- Les grandes manufactures de province résistèrent en Alsace, en Normandie. Mulhouse s'enorgueillit de véritables dynasties de fabricants d'indiennes. De nouveaux foyers de fabrication s'établirent dans la région parisienne et aux environs de Rouen. Depuis un quart de siècle, l'usage de la toile imprimée n'a cessé de se développer. De grands perfectionnements mécaniques permettent une production qu'on peut qualifier d'énorme. La seule ville de Mulhouse écoute un million de pièces par an. L'Exposition des Arts décoratifs de 1925 a montré que la toile imprimée avait conquis de haute lutte le droit de décorer nos meubles et nos murs. Celle du Musée Galliera indique les progrès qui ont été accomplis depuis trois ans dans cette industrie. On pouvait reprocher à certains dessins de 1925 d'avoir forcé pour mieux attirer le regard, inconvénient qu'on remarque trop souvent dans les pièces nieuse, éteignent les tableaux et nuisent singulièrement à la beauté féminine. Cependant la confrontation des toiles anciennes et des toiles actuelles impose une remarque qui n'est pas toujours à l'avantage de ces dernières. Les toiles de Jouy, de Nantes, de Bordeaux, de Mulhouse sont souvent plus gaies que nos toiles modernes ; elles sont plus vivantes, plus aérées. Il y a là une leçon dont il faut que nos décorateurs profitent. Entendons-nous bien, je ne généralise point : il y a des toiles modernes qui réalisent des merveilles de grâce fraîche, de fantaisie délicate, de bon goût. Mais comme on devait avoir plaisir à vivre dans un appartement tendu de ces toiles de Jouy si claires et si pimpantes ! Il sied de rendre hommage à des maisons comme Bianchini-Férier, qui fait appel à Robert Bonfils, à Raoul Dufy, dont les Fruits d'Europe et le Petit Château sont

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LES TISSUS RODIER Impressions Attenua UNE des plus curieuses réalisations de MM. Rodier est certainement l’Impression Attenua qui donne des effets d’art d’une délicatesse, d’une originalité et d’un imprévu tout à fait rares. Par une combinaison qui leur est particulière, et pour laquelle, avec leurs amis MM Petit-didier, ils ont pris un brevet, ils obtiennent les résultats suivants : sur quelque matière que ce soit : coton, toile, lin, chanvre ou laine, ils peuvent imprimer aux endroits qu’ils veulent. Les tissus sont coloriés à leur gré sur le fond, en laissant le décor intact; ou bien, au contraire, ils laissent le fond complètement vierge et impriment le décor. Pourtant, l’artisan, quand il imprime, donne des coups de marteau sur sa planche à tous les endroits du dessin mais grâce à la réaction découverte par MM. Rodier, les couleurs n’existent que là où ils le désirent. De quoi résulte une infinie variété de coloris, de dispositions, et une création toujours renouvelée de décors nouveaux, comme on peut s’en rendre compte par la photographie ci-dessous, les tissus prennent un caractère d’art d’une indéniable beauté. Photo Bonney **

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d'excellentes réussites ; à Brunet-Meunié et C° qui exposent des toiles si fraîches et si gracieuses, et qui demandent leurs dessins à Séguy, à René Crevel, à Desbarbieux : comme Henri Chanée et C° qui prolongent la tradition de Jouy ; comme Desfossé et Karth, à qui Garcelon, Stéphany et Klein réservent de si heureuses inspirations ; comme Paul Desseroit, qui charge l'Ecole Boulle de ses dessins ; comme Dim, dont les cretonnes sont exquises ; comme Paul Dumas, dont il faut louer les intéressantes recherches ; comme la Société des Toiles de Rambouillet, à qui Boisgegrain apporte des compositions d'une harmonie sensible et fondue ; comme les Etablissements Lombard, qui répandent dans leurs toiles de Bapaume-les-Rouen une allègre atmosphère ; comme l'Atelier Martine, si jeune et si vif dans ses conceptions ; comme Lucien Bouix, pour qui Eric Bagge compose des percales d'une note personnelle. N'oublions point l'intéressant effort des grands magasins de la Place Clichy, si bien inspirés en s'adressant à Garcelon, à Mlle Marianne Clouzot ; de la Maîtrise, où Dufrène et de Andrada me ravissent, du Printemps, qui se place sous le signe d'une géométrie harmonieuse. J'allais PAPIER PEINT, COMPOSITION DE Mme RAISIN, ÉDITÉ PAR "LA PLACE CLICHY" "L'EUCALYPTUS", PAPIER PEINT, ÉDITÉ PAR MARTINE "TOMBOUCTOU", PAPIER PEINT, COMPOSÉ ET ÉDITÉ PAR RENÉ GABRIEL Photo Manuel Frères oublier de signaler les toiles imprimées si agréables de Mme Paule Marrot. Quant à Rodier, il nous montre des impressions sur voile qui sont d'une grâce et d'une fantaisie délicieuses, des vitrages d'une poésie et d'une allure inoubliables. L'art du papier peint, industrie essentiellement parisienne, s'est fixé au dix-septième siècle au Faubourg Saint-Antoine. Il s'y exerce toujours, ainsi que dans la banlieue parisienne. Le papier peint fut d'abord un art d'imitation, ou plutôt de remplacement. On s'ingéniait à imiter le bois, la pierre, le marbre, le cuir de Cordoue, la soie, à remplacer une matière coûteuse par un succédané modeste. Ce qui explique qu'il eut d'abord la clientèle des petites gens. Il devint à la mode au dix-huitième siècle et envahit les intérieurs élégants, d'où l'on décrocha les tapisseries qui furent reléguées au grenier, et qui d'ailleurs avaient à l'origine une fonction d'utilité, en servant à préserver du froid dans des