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LES ECHOS DES INDUSTRIES D'ART
REVUE DE L'HABITATION ET DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES
RÉDACTION & ADMINISTRATION: 2 & 4, RUE MARTEL, PARIS. 10eA.
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N°34
MAI.1928
8frs
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REVUE DE L'HABITATION ET DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES, PARAISSANT TOUS LES MOIS, PUBLIÉE PAR "LES ECHOS" LA GRANDE REVUE COMMERCIALE FRANÇAISE
LES ECHOS DES INDUSTRIES D'ART
QUATRIÈME ANNÉE ABONNEMENT : FRANCE ET COLONIES FRANÇAISES 80 FRANCS PAR AN, ÉTRANGER, SELON LE PAYS DESTINATAIRE, 120 OU 160 FR. PAR AN
Ce numéro et celui du mois précédent : 8 francs. — Les Numéros antérieurs : 15 francs
RÉDACTION ET ADMINISTRATION : 2 ET 4, RUE MARTEL, PARIS (10) TÉLÉPHONES : 10 LIGNES : PROVENCE 02.63 ET LA SUITE
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SOMMAIRE
N° 34 (Mai 1928)
LA CHAMBRE A COUCHER, par Charles OULMONT... 7
LA SAISON D'ART DE BEAUVAIS, par R. CHAPOULLIÉ... 18
DENTELLES, BRODERIES ET PASSEMENTERIES D'AMEUBLEMENT... 23
UN PETIT HOTEL PARTICULIER A BOULOGNE-SUR-SEINE... 28
DARIUS VITERBO, SCULPTEUR ITALIEN... 33
L'AMEUBLEMENT MODERNE DU CONSULAT DE FRANCE A BATAVIA... 34
ÉCHOS ET NOUVELLES... 35
N° 35 (Juin 1928)
Le Salon des Artistes Décorateurs, par René Chavance — Les directions nouvelles des Arts industriels, par Guillaume Janneau — Un immeuble moderne
La publicité pour ce numéro sera reçue jusqu'au 15 juin. Demander le tarif.
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LES ECHOS DES INDUSTRIES D'ART
CHAMBRE À COUCHER PAR CHARLES OULMONT
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Ah! que nous sommes donc loin, en vérité, du temps où le sieur de Palte écrivait: "l'on commence à sentir l'utilité des petits appartements et à donner à chaque pièce une attribution particulière".
Cette remarque était contemporaine de l'époque Régence ! Aussi bien c'est de ce gracieux interrègne que date exactement la création de l'appartement, tel qu'aujourd'hui encore on le conçoit dans ses grandes lignes; je veux dire:
R. JOUBERT ET PH. PETIT: CHAMBRE DE Mme B. MOBILIER EN RONCE DE PALISANDRE VERNI. FRESQUE PEINTE A LA MAIN. TENTURE VELOURS GRIS PLISSÉ
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PIERRE CHAREAU : CHAMBRE EN SYCOMORE. MURS PEINTS BLEU PALE. TENTURE, DESSUS DE LIT ET DE FAUTEUIL EN SOIE IVOIRE. TAPIS CORAIL. RIDEAUX MOUSSELINE BLANCHE SUR MOUSSELINE CORAIL. APPAREILS D'ÉCLAIRAGE EN ALBATRE
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salon, petit salon, boudoir ou fumoir (selon la plus ou moins grande importance de Monsieur ou de Madame dans le ménage, peut-être; mais, depuis que Madame autant et plus que Monsieur, fume...), salle à manger, chambre à coucher.
Auparavant ce n'était que luxe et apparat dans les demeures particulières, presque autant que dans les Palais: l'on eut dit de salles à jouer la comédie ou à donner le concert et le bal plutôt que de salles "à vivre" tout simplement. Somptuosité. Froideur aussi. Et tristesse. Cette tristesse inhérente à tout ce qui ne sent pas l'intimité, la chaude atmosphère du foyer...
Quant à la chambre à coucher, fi donc! Une chambre à coucher? Voilà qui est bon tout au plus pour les manants, pour les petites gens. Mais quand on est "né", l'on ne doit avoir de lit qu'un lit de parade: profond comme un tombeau, eut dit Baudelaire, en ce temps là déjà.
Peu à peu, à mesure que se développe le sens du confort et de la "spécialisation", se développe à l'extrême le raffinement de la chambre à coucher. Songez aux "petits appartements" de Versailles et de Trianon, aux joyaux de certains hôtels du dix-huitième siècle parisien... Rien n'est assez beau, assez rare pour parer la chambre à coucher, pour en faire le plus joli fleuron de la couronne domestique. La chambre à coucher! n'est ce pas la retraite suprême des amants, officiels ou non! De la femme surtout. Car il est à noter que c'est surtout à la femme que l'on pense en décorant cette pièce: c'est elle d'abord que l'on imagine, gracieusement vêtue, et blottie entre les falbalas et les rubans du lit à la Royale ou à la Polonaise: on devine mal
l'homme assez élégant, assez beau pour ne paraître pas ridicule un peu, ou déplacé parmi des splendeurs aussi affriolantes...
Et il a fallu attendre que naquit notre art décoratif actuel (je dis actuel pour éviter cette lamentable épithète de moderne si vaine et si provocante, tout ensemble), pour que l'on se souciât enfin de diversifier encore davantage la chambre à coucher: chambre à coucher de Monsieur à côté de celle de Madame (était-on donc plus uni jadis en partageant la même chambre?...), chambre à coucher virginale de Mademoiselle et chambre plus grave du prétendant; nursery enfin, que l'on peut d'autant moins négliger qu'elle offre une gamme de recherches assez pittoresques à la fantaisie des "ensembliers".
Il est à noter que de tous ces "reposoirs", celui qu'on a le plus négligé jusqu'à ce jour est la chambre du jeune homme: on a pensé sans doute, et non sans raison, que, hormis la question d'âge, il ne saurait être question de grands changements entre celle-ci et la chambre paternelle: même tendances, ici et là; plus accusées là, voilà tout. Et ces tendances mêmes sont si simples — je voudrais dire simplifiées, pour ne point cacher un pan de ma pensée — qu'il n'est pas difficile de les rendre concrètes aux yeux de tous. Dim, l'an passé, dans un essai heureux, n'avait-il pas mis dans un coin de la pièce, le punching-ball, et sur un guéri-don bas le petit bar en miniature (il faut bien n'est-ce pas se désaltérer quand on a fatigué ses pauvres muscles une demi-heure durant, contre un objet récalcitrant) tandis qu'une modeste tablette à livres — mettons qu'elle avait droit d'en contenir quatre, tout au plus, et très menus, quelque chose
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comme des revues de sport ou de finances. — présentait ses denrées modestes à l'appétit cérébral de ce Monsieur 1927... s'porto-intellectuel. Puisque dans la vie le père et le fils semblent de plus en plus deux camarades plutôt que les représentants de deux générations, avec des différences accusées, des angles coupants, n'est-il pas naturel de donner à leurs chambres aussi, même caractère?
Il en va tout autrement de la chambre de Mademoiselle, par rapport à celle de Madame: Mademoiselle n'a pas droit encore à la coquetterie que peut, que doit prodiguer d'une main experte la maman. Sans doute la maman n'a que... cinq années à peine de plus que sa fille, mais tout de même, "mariage oblige", sinon maternité. La coquetterie de Mademoiselle ne saurait exister... que discrète. Dois-je dire: sournoise?... Je l'ai montré dans Les enfants recommencent, méchamment. Et les décorateurs d'aujourd'hui l'ont fort joliment senti dans leurs projets et dans la réalisation même de ces projets.
Coquetterie sournoise, oui, jusque dans le choix des tentures murales, juste assez troublantes pour ne l'être pas trop; dans la tonalité, blanche et rose, malgré tout, des tapis de haute laine; dans la nudité voulue des ornements si rares que la chambre de Madame paraît presque chargée, par contraste.
Je sais bien, d'ailleurs, que si j'étais appelé, non pas à voir, mais à faire l'une de ces deux retraites féminines, il me plairait plus de tenter la retraite virginale, tant elle demande de subtile psychologie — eh! oui, le mot n'est pas trop gros — et de doigté. Réflé-
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