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LES ARTS DE LA MAISON AUTOMNE & HIVER MCMXXVI CHOIX DES ŒUVRES LES PLUS EXPRESSIVES DE L'ARCHITECTURE INTÉRIEURE ET DE L'AMEUBLEMENT MODERNES PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE CHRISTIAN ZERVOS ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ
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LES ARTS DE LA MAISON AUTOMNE & HIVER MCMXXVI CHOIX DES ŒUVRES LES PLUS EXPRESSIVES DE L'ARCHITECTURE INTÉRIEURE ET DE L'AMEUBLEMENT MODERNES PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE CHRISTIAN ZERVOS ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ
LES ARTS DE LA MAISON
Ouvrage établi par les soins des Éditions Albert Morancé, à Paris 30-32, Rue de Fleurus Ancienne Maison Morel Fondée en 1780 Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays
LES ARTS DE LA MAISON AUTOMNE & HIVER MCMXXVI CHOIX DES ŒUVRES LES PLUS EXPRESSIVES DE L'ARCHITECTURE INTÉRIEURE ET DE L'AMEUBLEMENT MODERNES ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ
UN AN APRÈS QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LES ARTS DÉCORATIFS Les Quais, l'Esplanade des Invalides, le Cours-la-Reine, la Seine traversée de ponts et de courants, tout garde ici une quiétude secrète et longue, comme s'il ne s'était rien passé. Rien ne change ici les acquisitions déjà faites. Elles restent en place, bien solides, fortes, parfaites et ne désirent ajouter quoi que ce soit à leur équilibre obtenu, il y a quelques années ou quelques siècles. Les hommes d'aujourd'hui les traversent respectueux d'une si belle immortalité et n'oseront jamais toucher à leur ordre, cet ordre réussi au prix de tant de fragiles liquidations. C'est dire que rien ne subsiste de cette grandiose Exposition, qui, à grand renfort de démonstrations internationales, nous a persuadés de la réalisation d'un art décoratif moderne. Un art, presque un style, qui s'est souvent égaré dans des recherches purement décoratives, et qui ne sut découvrir ni satisfaire les besoins profonds d'aujourd'hui. Tour Eiffel, Trocadéro, Petit et Grand Palais, souvenirs d'expositions, si vous avez écrasé Paris de vos masses qu'on a voulu audacieuses, inquiété la mesure d'une ville, dérangé ses proportions spatiales et ses légales perspectives, c'est elle maintenant, qui, à son tour vous a écrasés et amoindris dans sa sûre assimilation. Vous n'existez presque plus. Paris a l'air de vous dire : « Regardez-vous, vous êtes laids. Vous sentez le vieux. Vous me devez aujourd'hui la vie. Car, en vous assimilant à moi, en vous donnant avec le temps la qualité, je vous ai rendus imperceptibles et vous ai fait rentrer dans mes justes proportions. » De l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925, il ne reste plus que le passé rétabli et indifférent. Les tours en béton armé, les minarets en carton-pâte, les maisons de cristal et de fer, les couleurs éclatantes et les audaces douteuses ont regagné les magasins de matériaux. L'Exposition n'a pas laissé de traces. Et c'est justice. A quoi bon prolonger dans l'avenir les essais, la mise au point des nouvelles possibilités, et la démonstration des efforts parallèles des hommes ! Il faut dire aussi, que nous avons suffisamment le sens de la mesure pour ne pas rompre, au ---
moyen de nos apports, les harmonies conquises. Ce qui est neuf doit aller dans la ville neuve. C'est là que l'appelle la nécessité, laquelle est la condition première à toute véritable création. C'est au point de vue de la nécessité que nous examinerons, à présent que la fièvre de la création est tombée, l'effort de l'Exposition de 1925. C'est dans la nécessité que nous trouverons son sens le plus profond et le plus humain. C'est sur ce plan que doivent étudier l'aménagement des intérieurs les peuples européens, surtout ceux qui ont un lourd passé décoratif. Des peuples plus neufs, les Américains du Nord par exemple, montrent une certaine indifférence envers ces choses pour lesquelles l'Europe se passionne. Ils ont l'air de nous dire : « Une maison c'est un abri, un lit est fait pour dormir, une chaise sert pour s'asseoir et une assiette pour manger. S'ils ont une forme et un dessin, c'est la forme et le dessin que leur ont dictés la nécessité pratique et la bonne utilisation de l'objet. Tout le reste n'est que bavardages. « Les Anglais nous ont donné des meubles riches, confortables et paisibles. Les grands siècles français nous laissent choisir parmi leurs meilleures réussites. Nous sommes un peuple jeune, plein de force non encore dépensée. Notre actuelle vitalité, notre ordre naturel et spontané nous créent une telle atmosphère vibrante qu'elle assimile promptement tout ce que nous adoptons des vieilles civilisations de l'Europe. Et non seulement elle l'assimile, mais elle arrive même, par la disposition saine de notre vie, à lui donner des nerfs nouveaux. Notre vie n'est pas écrasée sous le poids de chères vieilleries, elle est restée propre, essentielle et simple. » Les Américains auraient très bien pu nous dire tout cela, n'ayant rien à craindre de nos vieux styles qui ne peuvent leur imposer un respect neutralisateur. En Europe ce souvenir des styles et le respect qui en résulte nous empêchent d'aller à l'essentiel, indépendamment de toute considération artistique, ou plutôt décorative. En des pays comme la France, le renouvellement de ses styles est un besoin pour sa propre défense. Il faut changer, non seulement pour faire vivre ses industries, mais pour échapper par de nouveaux efforts, au risque de se laisser aller dans l'endormante autoadmiration. La France a un talent solide pour inventer des cadres frais propres à s'adapter à l'époque, mais elle n'a pas ces nerfs de fer indispensables pour faire table rase du passé et pouvoir tout remplacer par une dédaigneuse santé de jeunesse. Les Américains ne sont pas encore arrivés à ce moment mûr des peuples civilisés qui sentent le besoin de chercher et de trouver leur propre expression plastique. C'est pourquoi nous avons applaudi au programme que s'est tracé cette revue ; détourner les efforts de l'esprit décoratif pour les conduire vers une architecture intérieure, une architecture d'inspiration purement utilitaire. Non pas que la ques-
RAOUL DUFY « La Danse », toile de Tournon imprimée.
tion esthétique nous désintéresse. Bien au contraire elle nous passionne. Seulement, au lieu de chercher la réussite esthétique dans les détails ornementaux et dans le souvenir des styles, elle se dit que tout effort de créer une étroite correspondance entre un objet et son utilité crée en même temps la beauté. Voici le premier anniversaire de la clôture de l'Exposition des Arts Décoratifs. Une année pendant laquelle la matérialisation de ses propositions et la large pénétration de ses idées dans la vie même devait avoir lieu. Où sommes-nous? Que reste-t-il réellement de cette richesse décorative? Et quelles sont nos aspirations actuelles? Le succès de l'Exposition ne fait pas l'ombre d'un doute. Mais c'est dans un sens contraire à celui que nous souhaitions. Il n'y a pas eu réalisation d'un effort adapté aux besoins et aux possibilités de notre époque et qui, dans un mouvement d'assainissement ait tenté un retour admirable vers les lois pures de l'esthétique architecturale. Seuls les architectes Le Corbusier, Guilleminault, Lurçat, Moreux, Elkouken et le décorateur Pierre Chareau se sont donné pour tâche de lier, de coordonner les éléments nouveaux avec l'architecture. La découverte, ou plutôt la mise au point, par ces artistes, de l'architecture intérieure est d'une telle importance qu'elle rachète les fautes des autres. On sait à présent apprécier les éléments de l'espace, le sentiment de la lumière sur un mur et la vie calme de celui-ci. On a appris le respect des lois imposées par l'architecture. On tire le meilleur parti des équilibres et des combinaisons qu'elle renferme. On sait à présent distinguer la simplicité de la simplification par impuissance. Plus que jamais on se rend compte, par l'exemple, que les complications et les surcharges des styles les plus ampoulés ne servent au fond qu'à masquer des surfaces pesantes et manquées. Lorsque l'on examine de près l'œuvre des architectes réellement modernes et non modernisants, on se rend compte que la simplicité est une vertu créatrice que l'artiste rencontre dans l'exécution même des choses qu'il a conçues. En les matérialisant, il se trouve en face des exigences multiples des matières, qui lui dictent, s'il est à même de comprendre leur langage, l'ornement exact dont elles ont besoin. Ce sera la gloire de l'Exposition de 1925 d'avoir poussé l'ornementation jusqu'à ses extrêmes limites au point d'en détourner les esprits jeunes et de les pousser à la recherche de la forme et du volume que l'ornement avait fait oublier. Le cubisme, qui a servi de base aux recherches nous ayant conduits au renouveau architectural, y a beaucoup contribué par l'état d'esprit qu'il a créé. Les jeunes qui ont été éliminés de l'Exposition, ou ceux qui ont été reçus comme des parents pauvres, ont créé par leur œuvre cet état d'esprit qui ne nous permet plus de supporter ce goût de créer de toutes pièces des atmosphères propices au meuble. Devant un pareil effort, on a l'impression de choses arrangées en vue d'une solution, ce qui leur donne un caractère froid et inhumain. Il n'y a rien dans ces pièces qui facilite l'acquisition — 8 —
d'habitudes, chose si indispensable cependant. Dans les intérieurs ainsi conçus tout est trop visible, tout impose à chaque instant une présence par trop éloquente en concurrence avec la présence de l'habitant. L'agrément espéré de l'effacement que tout homme doit rencontrer chez lui en est rigoureusement banni. L'arrangement d'intérieurs calmes, la création d'atmosphères intimes, appartiennent aux quelques architectes qui se sont laissés pénétrer par l'esprit moderne et non par le désir d'être modernes comme tout le monde. Le grand danger, quand on provoque un mouvement, c'est l'intrusion, parmi les esprits vraiment chercheurs et sincères, de tous ceux qui veulent profiter d'un état de choses en vogue. C'est le rôle d'une revue de séparer le grain de l'ivraie et de ne pas permettre de faire déconsidérer un mouvement parce que des membres parasitaires s'y sont faufilés. Disons, pour résumer la leçon qui se dégage de l'Exposition de 1925, que l'époque présente est une époque intermédiaire. L'architecture qui n'est encore qu'à ses premiers pas de renouvellement, résoudra dans l'avenir le problème de l'aménagement intérieur, si mal posé aujourd'hui. Elle réduira considérablement l'art décoratif, peut-être même elle le supprimera totalement; elle se passera d'une grande partie des meubles qui nous encombrent actuellement et que l'économie architecturale des intérieurs rendra inutiles; elle remplacera le rôle décoratif joué par ces meubles dans l'animation des murs par quelques belles toiles. Ce sera sain, commode, pratique. Ce sera surtout beau du fait que l'on remplacera des meubles par des réussites plastiques et la confection par la poésie de la peinture. E. TERIADE.

Cet ouvrage présente une sélection d'œuvres architecturales et de mobilier modernes, publiées sous la direction de Christian Zervos. Il analyse l'art décoratif moderne à travers le prisme de l'utilité et de la nécessité, contrastant les approches européennes et américaines. L'objectif est de détourner l'esprit décoratif vers une architecture intérieure fonctionnelle.