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LES ARTS DE LA MAISON CHOIX DES ŒUVRES LES PLUS EXPRESSIVES DE L'ARCHITECTURE INTÉRIEURE ET DE L'AMEUBLEMENT MODERNES ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ

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LES ARTS DE LA MAISON

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Ouvrage établi par les soins des Éditions Albert Morancé, à Paris 30-32, Rue de Fleurus 1780 Librairie Centrale d'Art et d'Architecture Ancienne Maison Morel Fondée en 1780

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LES ARTS DE LA MAISON PRINTEMPS & ÉTÉ MCMXXV CHOIX DES ŒUVRES LES PLUS EXPRESSIVES DE LA DÉCORATION CONTEMPORAINE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE CHRISTIAN ZERVOS --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ

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NOS DÉCORATEURS ANDRÉ GROULT Groult a dit que le facteur le plus important d'une renaissance du goût moderne c'était le client ; toutes les époques ont des artistes capables de fixer dans des œuvres durables leurs caractères distinctifs et leurs tendances spirituelles fondamentales ; mais ces artistes ne peuvent rien s'ils ne trouvent autour d'eux une élite éclairée capable de les comprendre, une clientèle sensible et cultivée qui sache encourager et soutenir leurs efforts. Cette affirmation porte une part de vérité incontestable ; il est certain que le déplacement des fortunes pendant ces dernières années et le développement des possibilités d'achat ont largement contribué à cette riche floraison d'œuvres où s'exprime avec une précision chaque jour croissante l'esprit nouveau. Mais il n'est pas moins vrai que c'est pour une large part l'artiste qui doit former et modeler l'esprit du client ; l'œuvre, la tendance, doivent s'imposer avant de plaire et d'être recherchées. Selon le mot de Shelley, l'artiste est à la fois l'émanation et le créateur de son temps ; ce sont les œuvres fortes qui frayent les voies nouvelles et entraînent ---

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les générations vers les horizons encore indiscernés et les émotions encore inconnues. Ce ne sont pas les clients, ce sont les artistes qui prenant les fils du passé les tissent de nouveau et incorporent à la trame éternelle les nouveaux désirs et la nouvelle âme de l'éternelle humanité. Groult est un des artistes les plus conscients et les plus éclairés de notre temps. Il ne croit pas que l'art soit la création absolue d'une époque ; il est nourri des meilleures disciplines ; il a étudié les maîtres du passé, de Vitruve à Choisy en passant par Albert, Serlio et Blondel... et grâce à eux il ne commet pas l'erreur de rejeter, parce qu'elles sont du passé, les acquisitions essentielles et les lois immuables des proportions ; il sait qu'il y a sous les apparences fugitives et sous les changements de la sensibilité un élément permanent d'ordre et d'harmonie sans lequel il ne saurait plus y avoir d'art humain et stable. Certes dans les premières œuvres de Groult l'emprise du passé était encore trop visible et l'esprit moderne n'apparaissait qu'avec peine sous le rajeunissement de formes périmées ; tous les artistes qui se sont soumis à une sévère discipline spirituelle et qui ont compris que toute force véritable ne s'acquerrait que par la fréquentation des vieux maîtres, sont passés par une telle période avant de prendre une pleine conscience de leur temps et des ressources de leur propre tempérament. Mais l'artiste s'est rapidement affranchi, et dans ses œuvres actuelles la science et l'amour du passé n'apparaissent plus que comme des moyens par lesquels s'élargit et s'enrichit la puissance d'expression d'une sensibilité tout entière tournée vers la compréhension et la traduction de l'humanité actuelle. Ces œuvres ont d'abord le mérite rare et touchant à notre époque d'être dégagées de tout pédantisme doctrinaire ; on y sent une âme de chercheur toujours en éveil et une saine liberté ; Groult n'a pas la ridicule prétention qu'affichent trop de jeunes artistes d'apporter des solutions définitives ; il sait que la vérité se fait — 6 —

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chaque jour et se transforme à mesure que l'humanité progresse ; rien n'est éternel sinon la recherche même ; mais toutes les formes disparaissent à peine apparues, et l'esprit se cherche toujours à travers le perpétuel écroulement des solutions qu'il suscite, qu'il espère définitives et qui, toujours, le déçoivent. Beaucoup de décorateurs, à l'heure actuelle, croient qu'ils ont obéi aux suggestions de la mode, quand, par des assemblages de couleurs en vogue et de lignes plus ou moins fantaisistes, ils se sont conformés au prétendu goût de l'époque ; mais la mode n'exprime que ce qu'il y a de plus éphémère dans la multitude des apparences sous lesquelles se cache et se développe l'esprit profond. Groult a compris que la mode n'était pour l'artiste véritable qu'une indication, un élément d'information qu'il fallait pénétrer jusqu'à l'instinct profond qu'elle traduit passagèrement, qu'il fallait fondre et traduire ses caractères distinctifs dans une harmonie supérieure fondée sur une étude attentive et sur une analyse rationnelle des tendances fondamentales auxquelles elle correspond superficiellement. Groult est un des pionniers de l'art moderne parce qu'il connaît et qu'il aime le monde humain qui se dessine à l'heure présente, parce que sa sensibilité vigoureuse et saine aime et recherche la vie et rejette instinctivement les choses mortes. L'époque actuelle est aussi différente de celle qui l'a précédée que l'époque médiévale était différente de l'âge grec, et les intérieurs où la plupart d'entre nous vivent encore sont ridiculement anachroniques. Groult sent profondément la nécessité de donner à l'homme de notre temps cette atmosphère artistique appropriée à ses besoins et à ses goûts dont l'absence lui fait une vie incomplète et sans harmonie. Et c'est grâce à cette sincérité de son effort qu'il évite cette originalité à bon marché dont beaucoup se contentent et qui trop souvent ne sert qu'à déguiser l'insuffisance de la conception, l'impuissance à créer une harmonie véritablement vivante. Il ne conçoit l'originalité que dans les limites de la rationalité, et sait assez douter de lui-même pour — 7 —

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chercher toujours de nouvelles expressions, pour contrôler ses propres tendances, et pour tenter une traduction de plus en plus fidèle des nuances les plus délicates du monde spirituel qui l'entoure. Il n'obéit pas à une formule ; il sait que la formule tue l'énergie et que la vie lui échappe. La vérité, dit-il, est partout, et on la rencontre dans les voies les plus différentes. L'artiste ne se limite pas à une seule recherche, mais il essaie d'être vraiment et en toute sincérité « un écho ». Comme l'œuvre de tous les grands artistes, l'œuvre de Groult se dégage rapidement des éléments superflus, de l'ornement inutile et de l'accidentel ; elle tend à la simplicité, à la noblesse des lignes ; ses meubles les plus récents sont beaux par la rigueur des proportions, l'absence totale de l'ornement, et la somptuosité de la matière. Ni courbes, ni saillies ; l'agréable est délibérément sacrifié à la sévère splendeur de la ligne nue. La même recherche de simplicité se retrouve dans les compositions décoratives récentes ; les ensembles sont des compositions architecturales harmonieuses ; les meubles sont rigoureusement mis en place sur les plans de la pièce ; et une échelle de proportions rigoureuse est établie non seulement entre les lignes de chaque meuble, mais entre tous les meubles, entre les meubles et les dimensions des surfaces sur lesquelles ils doivent se détacher. Les lignes, la forme ne sont pas d'une imagination fantaisiste, mais dictées et établies par des considérations strictement rationnelles ; c'est la fonction de la pièce ou de l'objet qui détermine sa forme et sa disposition ; une finalité précise doit s'exprimer partout. L'emploi et le choix des matériaux est dicté également par ce souci d'une architecture fonctionnelle : Groult ne tombera jamais dans cette erreur si commune qui consiste à construire une chambre à coucher en marbre, ou à tendre de satin une galerie passagère. La chambre à coucher sera claire, mais chaude et reposante ; le regard n'y trouvera point de grandes surfaces froides, ni d'angles durs ; mais — 8 —

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des harmonies de couleurs tendres, des meubles confortables et chauds... Partout, une élégance sobre et retenue. Le coloris des différents éléments de la décoration n'est pas non plus abandonné à la fantaisie de l'artiste, il varie suivant les dimensions de la pièce, suivant sa destination et suivant le caractère et les habitudes de celui qui doit y vivre. Le décorateur qui se limite à quelques tonalités simples se ferme des possibilités infinies de renouvellement et d'enrichissement ; l'artiste doit pouvoir exprimer par des tonalités bien choisies une infinie variété d'états d'âme et les nuances les plus délicates de la vie intérieure ; il faut que l'appartement soit à la fois comme le prolongement et comme la traduction de l'âme de celui qui l'habite. Enfin la sensibilité de Groult, sa recherche d'un art net et sain, en même temps qu'expressif, apparaît encore dans la façon dont il détermine l'éclairage des pièces ; il utilise largement la lumière naturelle, facteur de santé pour le corps et pour l'esprit ; de plus il utilise toute la valeur décorative des baies et les intègre comme un élément essentiel de la décoration intérieure. Quant à la lumière artificielle, Groult fait varier le mode d'éclairage suivant le caractère de la pièce, suivant sa destination et suivant le degré d'intimité qu'on veut lui donner : la lumière apparente, plus claire, se prête mieux à l'expression de la gaieté ou de la joie ; la lumière réfléchie venant d'une rampe ou d'une vasque, crée une atmosphère d'intimité un peu triste qui se prête au rêve et aux silencieuses méditations. Tel est cet art, à la fois spontané et réfléchi, où une sensibilité très moderne s'allie à une intelligence nourrie des meilleures disciplines ; art souple et vivant qui se tient aussi éloigné des formalismes stériles que des fantaisies déréglées, et qui progresse avec une belle liberté vers une simplicité toujours plus grande des lignes et vers une notation toujours plus exacte des nuances les plus délicates. GEORGES ANDRÉ