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LES ARTS DE LA MAISON AUTOMNE & HIVER MCMXXIV CHOIX DES ŒUVRES LES PLUS EXPRESSIVES DE LA DÉCORATION CONTEMPORAINE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE CHRISTIAN ZERVOS ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ

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NOS DÉCORATEURS SÜE ET MARE Parmi les artistes contemporains qui se sont adonnés aux arts de la maison, les premiers, Süe et Mare, ont soumis le sentiment à une forte discipline. Ils se sont rendu compte que « dans tout mélange, quel qu'il soit, et de quelque manière qu'il soit formé, si la mesure et la proportion ne s'y rencontrent, c'est une nécessité que les choses dont il est composé, et que le mélange lui-même tout le premier, périssent. Car ce n'est plus un mélange mais une véritable confusion. » Jointe au talent, cette discipline a permis à Süe et Mare d'atteindre à l'ampleur et à l'harmonie créatrice. Elle leur a permis également de faire revivre chez nos artistes la foi en la collaboration. Le groupe qu'ils ont formé peut être donné en exemple. Composé de peintres et de sculpteurs liés entre eux par des affinités d'art et une estime mutuelle, il a judicieusement accepté la discipline de ---

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l'architecte Louis Süe. C'est que, à égalité de talent, l'architecte a sur les autres artistes la supériorité du ton d'esprit de son métier. L'éducation de l'architecte est faite avant tout de logique; celle du peintre et du sculpteur de sensibilité. Or, dans une création la logique doit discipliner le sentiment. N'oublions pas, d'autre part, que l'architecte conçoit les objets dans leur vérité géométrale. Le peintre, au contraire, se les représente, en perspective. Pour ramener l'objet que l'on voit à ce qu'il est réellement, il faut unir l'art de l'architecte à celui du peintre ou du sculpteur. On ne saurait autrement éviter l'erreur dans le passage de l'apparence à la réalité. Pour obtenir des effets d'ensemble, l'architecte a demandé à ses compagnons une certaine soumission qui est affaire de logique sans toucher au côté réceptif qui constitue la sensibilité. Dans les principes et les figures géométriques adoptés d'un commun accord se trouve enclose la fantaisie de chaque collaborateur de la Compagnie. La présence constante de ces figures donne l'unité à l'œuvre du groupe sans toutefois empêcher l'apport individuel de séduisantes trouvailles. Le croquis initial d'une œuvre de Süe et Mare est toujours une création de sentiment. Les figures géométriques interviennent seulement pour déterminer la construction de l'objet. Un grand nombre de ces figures sont puisées dans les œuvres d'autrefois, car Süe et Mare se sont rendu compte qu'en créant un objet il ne faut jamais perdre de vue que les règles usitées dans le passé pour établir de justes proportions ont toujours la même valeur et gardent force de loi. L'essentiel c'est de savoir adapter ces proportions classiques aux habitudes modernes et surtout de choisir parmi les figures géométriques celles qui nous donnent la plus entière satisfaction. Car toutes les figures de la géométrie ne peuvent créer des formes harmonieuses. L'ovale, par exemple, s'il est pointu, inquiète l'œil par son instabilité; trop arrondi il devient lourd; réalisé en faisant passer la ligne d'un cercle par le centre d'un autre cercle, il est plus ---

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belle hardiesse dans les combinaisons, de pureté de lignes, d'ampleur dans les formes. Dans cet ordre d'idées, Süe et Mare se devaient de reprendre le dernier en date des styles français, celui de la fin de la Restauration et du début du règne de Louis-Philippe. Le meuble de cette époque présente, pour la première fois, les qualités que nous demandons aujourd'hui : mobile, pratique, agréable à voir. A cette même époque se fait jour une préoccupation nouvelle, celle du confortable. Il est vrai que les artistes de la Monarchie de Juillet n'ont pas réussi à réaliser l'alliance de cette innovation et des conditions anciennes. C'est cette œuvre, restée incomplète et interrompue depuis par l'engouement du vieux neuf, que Süe et Mare ont essayé de parfaire. Il faut donc se persuader que ces artistes ne recommencent guère le style Louis-Philippe par dilettantisme. Ils le retrouvent en cherchant des solutions pratiques et simples. Les formes de ce style sont tellement rationnelles que l'on ne peut pas faire autre chose. Le carrossier qui dessine un baquet d'automobile les retrouve sans idée préconçue. Le constructeur d'avions, pour créer un siège propre à s'adapter au corps humain, ne fait que répéter le siège Louis-Philippe. Cependant les formes réalisées par Süe et Mare ne s'inspirent pas uniquement du corps humain. Tout en reconnaissant que nos intérieurs doivent être une source de repos par la vue d'objets différents de tous ceux que nos yeux rencontrent au dehors, ces artistes ne veulent pas qu'il y ait une trop grande solution de continuité entre les images de la vie extérieure, qui occupe la partie la plus importante de notre activité, et celles de nos intérieurs. Aussi se sont-ils appliqués à ramener le meuble aux formes les plus répandues de nos jours, celles créées par l'ingénieur. Par la silhouette générale, l'aspect lisse et la forme en carapace, leurs meubles rappellent la machine. Il ne faudrait pas toutefois en déduire que Süe et Mare se sont posé la beauté particulière des machines comme but unique. Ces ---

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