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LES ARTS N° 107 Novembre 1910 J.-M. NATTIER. — MADAME INFANTE, FILLE DE LOUIS XV, ET L'INFANTE ISABELLE

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DEUX NATTIER INÉDITS Les érudits qui passent leur vie à la recherche du document propre à identifier les œuvres d'art du passé rencontrent quelquefois, dans leur carrière laborieuse, de bien particulières satisfactions. Le profane ignorera toujours cette joie austère de dénicher, après de longues années, le tableau capital du maître peintre, dans l'intimité duquel on a longtemps vécu et dont une série d'œuvres importantes se complète par cette découverte. Ce plaisir vient d'être donné au modeste historien de Nattier, qui n'a pas eu, cette fois, le mérite de retrouver lui-même le savoureux morceau ; du moins en avait-il signalé l'existence et souligné l'intérêt historique. On vient d'exhumer le plus considérable portrait de Madame Infante, fille ainée de Louis XV; il sort du lieu même où nous pensions que les recherches devaient se porter pour tenter de le remettre au jour. Il faudrait, disions-nous, explorer les collections provenant de Parme, car le tableau exécuté pour l'Infant duc de Parme, gendre du roi de France, avait passé les monts dès son achèvement et n'avait aucune chance d'être revenu dans notre pays. A vrai dire, nous ne l'espérions guère; mais les chefs d'œuvre ont la vie dure, les Italiens respectent les belles choses, même celles qui ne sont point nées de leur génie, et, malgré tant de chances de destruction, tant de révolutions survenues, la grande toile oubliée est sous nos yeux, intacte et resplendissante. Nattier a peint souvent la grosse duchesse aux traits lourds, à la bouche épaisse, qui rachetait par d'admirables yeux — les yeux de son père — les imperfections de sa beauté; elle valait surtout, comme princesse et comme épouse, par des qualités très hautes d'ambition, de persévérance et de courage. Mariée très jeune, en 1739, à un Bourbon d'Espagne sans chance de régner, ayant bien vite souffert d'une situation jugée mesquine pour une fille de France, elle consoma sa vie à chercher un trône pour son mari et à le préparer pour ses enfants. Son activité, sa hardiesse, ses talents de diplomate, ne transparaissent guère dans les portraits de Nattier, qui n'a point l'habitude, il est vrai, de révéler l'âme de ses modèles; mais elle lui a inspiré quelques tableaux importants dans cette nombreuse et si attachante série des portraits de Mesdames. Le traité d'Aix-la-Chapelle ayant donné, en 1748, au gendre de Louis XV, les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla, celle qu'on appelait à Versailles Madame Infante quitta l'Espagne et reparut pour un temps à la Cour de son père. Elle y séjourna avec sa fille, l'infante Isabelle, du mois de janvier au mois d'octobre 1749, et ce voyage intéressé auprès du Roi n'avait pas seulement pour but de lui faire connaître sa petite-fille, mais surtout d'obtenir, par quelques négociations habiles, des subsides et des avantages pour son époux. Nattier, qui avait déjà peint toutes ses sœurs et dont le portrait de la Reine venait d'obtenir un très grand succès au dernier Salon, fut mandé à Compiègne en juillet, pendant le séjour de la Cour; il s'y consacra au portrait de Madame Infante et aussi à celui de la nouvelle Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, que nous avons identifié dans les collections de Versailles. Il fit alors de la nouvelle duchesse de Parme trois études différentes, pour la tête seulement, car on sait que les princesses ne posaient jamais que pour le visage. Le service des Bâtiments du Roi prit aussitôt livraison, pour 500 livres chacune, d'une tête « disposée pour un portrait en habit de Cour » et d'une tête « disposée pour un habillement de chasse ». Ce second portrait, coiffé d'un chapeau, fut exécuté plus tard et placé dans les appartements de Mesdames, à Versailles, où il est heureusement retourné; l'autre fut aussi achevé tardivement, après la mort de la princesse, en 1759, et donné au duc de Parme, qui en paya l'achèvement 1,800 livres. De ce portrait, où la princesse est en pied, assise devant une table recouverte de velours, Versailles ne possède aujourd'hui qu'une bonne réplique d'atelier. La même étude fut utilisée pour une image idéalisée qui prit place, en 1750, dans la série des quatre Mesdames en Éléments; Madame Infante y représenta « la Terre » et y figura sous cette allégorie parmi les dessus de porte du Cabinet de son frère le Dauphin. La troisième étude faite à Compiègne servit pour le plus intéressant de tous les portraits, celui dont nos pièces comptables françaises ne gardent aucune trace, car il fut commandé et payé par le duc de Parme. La duchesse de Luynes en mentionne l'achèvement dans une lettre adressée à son mari, de Fontainebleau, le 17 octobre 1750: « Nous avons vu aujourd'hui un tableau de Nattier pour l'infant Don Philippe, qui représente Madame Infante assise avec l'infante Isabelle, debout à côté d'elle, qui lui présente une branche de lis. La mère est très ressemblante en agréable et en mignon, et la fille très flat-tée. » On ne saurait mieux apprécier sans doute l'œuvre qui est remise sous nos yeux. La princesse est assise au pied d'un arbre, dans un jardin à la française où s'indiquent des treillages, des charmilles, des colonnes et jusqu'à une statue. Elle est de face, décolletée largement, comme dans la représentation de « la Terre », la chemise blanche retenue à la taille par une ceinture de perles, et les genoux enveloppés de la grande draperie bleue dont Nattier use et abuse dans les portraits de cette époque. Elle tient des fleurs dans la main gauche, et de la droite prend une branche de lis épanouis, parmi les fleurs que l'enfant lui présente comme dans un tablier. Celle-ci est assise assez bas auprès de la mère, une fleur dans ses cheveux poudrés, et regarde aussi de face, avec des yeux limpides. Ce visage exquis d'enfant, un peu grave, avec un nez mutin, une petite bouche en fleur, n'était point, disait-on, fort ressemblant; il ne paraît pas cependant plus flatté qu'une autre image de la petite princesse due au même artiste. Ce charmant tableau du Musée de Versailles, daté de 1751, la montre debout dans un parc, en grand habit de cour broché d'or, recouvert d'un tablier de dentelles; ce fut le souvenir gardé par le royal grand-père dans les collections de la Couronne. Le tableau de Parme, d'un ton harmonieux et chaud, est aussi d'une composition aimable. On ne peut la trouver fort originale, car la convention des attitudes la rapproche exactement de la plupart des groupements de mère et enfant que Nattier concevait avec quelque monotonie. Mais l'intérêt des figures représentées assigne à la toile une place de choix parmi les portraits historiques de notre peintre. Nous pouvons joindre à ce morceau un portrait de femme en buste, dépourvu de tout intérêt historique, mais d'une qualité d'exécution remarquable. C'est un des rares portraits de personne âgée qu'on rencontre dans l'œuvre de Nattier; ils ne comptent pas parmi les moins curieux, et peut-être sont-ils les plus significatifs de cet art qui ne voulut connaître que la fraîcheur et la beauté. Le peintre disait lui-même que devant ses pinceaux toutes les femmes de son temps furent jolies. On a vu, dans la petite édition de notre livre, une image de ce genre, celle de l'épouse du banquier Leerse, de Francfort, conservée aujourd'hui à l'Institut Staedel avec le portrait du mari. Le journal de ces bons Allemands raconte comment leur voyage à Paris, en 1749, fut complété par leur pose dans l'atelier du peintre à la mode, ce que ni l'un ni l'autre n'eut à regretter. Mais Nattier eut assurément plus de plaisir à peindre quelques fines Françaises, comme Madame de La Poix de Fréminville. Celle-ci nous apparaît sympathique, malgré une épaisure qu'on sent atténuée, et nous attire par un visage épanoui de bonté. Les traits alourdis s'allègent d'un clair regard, et la bouche ne peut avoir que de bienveillantes paroles. Une fançon légère sur des cheveux poudrés se dénoue pour laisser voir l'éclat des seins sous un ruban et des dentelles, derniers tributs à la coquetterie. Un mantel bleu s'entreuvre à peine, enveloppe de larges épaules et revêt d'une respectable pudeur ce semblant de nudité. Le portrait est du très bon Nattier, car le talent particulier du peintre ne se révèle jamais mieux que lorsqu'il s'agit de ressusciter sur la toile les grâces envolées. PIERRE DE NOLHAC.

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DEUX NATTIER INÉDITS J.-M. NATTIER. — Mme DE LA POIX DE FRÉMINVILLE

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J.-M. SERT. — L'AMOUR PLUS FORT QUE LA MORT (plafond) (ORPHÉE RETROUVE EURYDICE) Décoration du péristyle de la salle de bal du marquis de Atella, à Barcelone (Salon d'Automne)

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SALON D'AUTOMNE En dépit des réserves qu'on est forcé de faire, et bien qu'on y ressente un certain vide, ce Salon n'est rien moins qu'ennuyeux. Il y manque un peu d'héroïsme et d'aventureuse hardiesse. Les Icares sont occupés ailleurs. En général, on ne vise pas très haut, et je ne veux pas dire qu'on vise à la poche, mais peut-être ne vise-t-on pas assez au cœur et au front. Ce qui est de mise aux Indépendants, ne l'est pas ici. Dans une foire tout est permis; dès qu'il y a choix, l'excentricité voulue et plate ennuie. Bien qu'une adroite présentation les ait dispersés, on rencontre encore à plus d'un tournant, trop de fauves sans crinière, trop de blufleurs anémiques et de Boronalis inconscients qui oublient que rugir et braire sont deux. Le jeu de cubes pourrait être réservé aux enfants, et les affiches de Pear's-Soap suffisaient pour nous apprendre que le vert et le rouge sont complémentaires. D'ailleurs chacun retrouvera les siens, et le bugle dominical ne fera pas taire les violons. Le xx° siècle est en mal d'art ornemental et de tous côtés on s'efforce d'organiser le décor de la vie privée. Chaque race y apporte ses qualités particulières et résout le problème d'une manière différente selon ses instincts, ses mœurs et son esprit. Sachons gré aux organisateurs du Salon d'automne d'avoir invité les artistes de Munich, aux artistes de Munich d'avoir accepté l'invitation. Dans cette concurrence courtoise, il est bon de savoir ce que veulent et ce que peuvent nos rivaux. Ce qu'ils veulent d'abord est clair: subordonner le décor du home à la volonté dirigeante de l'architecte qui règle l'effet d'ensemble et distribue le détail ornemental suivant un thème donné. De là, une unité compacte et un peu rigide. Dès que l'on entre dans une des salles de l'Exposition munichoise, on se sent prisonnier d'un décor conséquent. Puis, à l'impression d'unité s'ajoute

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LES ARTS l'impression de lourdeur. Ces ameublements sont solides, cossus, trapus, massifs. Ce bien-être est important et solennel. L'Allemand a le respect de la richesse; il en impose la vénération. Les formes se bombent, les courbes s'arrondissent avec ampleur. Il manque à cet art méthodique un souffle de grâce légère et de libre fantaisie. A côté de ces ensembles, Munich expose aussi les travaux de son École d'arts décoratifs. Ici la variété reprend ses droits, avec une tendance marquée vers les formes simples. Toutes les époques sont mises à contribution; et surtout les plus anciennes; l'Égypte, l'Assyrie, le Japon, Pompéi, Byzance, Égine plus qu'Athènes, et le Roman plus que la Renaissance, sans oublier le XVIIIe siècle et l'Empire, sont tour à tour consultés. Et je vois bien que les travaux d'élèves s'inspirent très adroitement des formules les plus synthétiques; je cherche la formule actuelle qui s'en dégagera; elle est encore dans le devenir. Il y a dans le génie bavarois une tradition de bouffonnerie rude et copieuse, de saine et âpre J.-M. SERT. — LA DANSE DE L'AMOUR Décoration du péristyle de la salle de bal du marquis de Atella, à Barcelone violence dans le comique. Elle éclate de la façon la plus heureuse dans les costumes et les décors du Théâtre des artistes, dans ces marionnettes si plaisantes d'ahurissement paysan, de solennité bourgeoise, de pittoresque truculent et moyenâgeux. L'Allemand se fait une vertu de ses faiblesses, et trop souvent nos qualités dégénèrent en défauts. Si l'art bavarois s'impose à l'esprit par son unité massive, le nôtre tâtonne entre la tradition et la nouveauté. Dans l'ensemble, il est plus simple, plus léger, plus clair et plus frais. Il y a là des décorations ni trop fragiles, ni trop massives, ni trop lourdes, nitrop anguleuses qui paraîtront hospitalières à nos fatigues, et habitables pour nos esprits. Je citerai notamment une salle à manger, un petit salon décoré de roses, de Sue et Huillard; une salle à manger de Hesse, un salon-fumoir et une chambre à coucher de Jallot, un cabinet d'amateur de Plumet. Le Salon d'automne semble fait pour accueillir les

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L'AMOUR ET LA MORT (ORPHÈRES PLEURE RUYDIOE) J.-M. SERT. — LA DANSE DE L'AMOUR Décoration du péristyle de la salle de bal du marquis de Atella, à Barcelone Photo: Duvet.

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J.-M. SERT. — LA DANSE DE L'AMOUR LA PÊTE DE L'AMOUR Décoration du péristyle de la salle de bal du marquis de Atella, à Barcelone Piste Duret.

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SALON D'AUTOMNE MAURICE DENIS. — SOIR FLORENTIN. — DANSES Décoration d'une coupole octogonale dans l'hôtel de M. Charles Stern, inspirée des Crépuscules du Décaméron de Boccace impressions toutes fraîches rapportées de la grève et de la forêt, du sillon, de l'eau, des nuages et des fleurs. La plupart des œuvres que nous trouvons ici sont des témoignages vibrants et sincères des émotions ressenties sous le ciel, dans la liberté vagabonde des champs. Le paysage prime, le nu se marie au plein-air. Peu d'œuvres à vrai dire marquent un vigoureux effort de concentration et de réflexion. Mais, sous des apparences lâchées, on reconnaîtra souvent la forte unité de l'impression, le sens de l'équilibre, la juste observation des masses et des volumes, en un mot, la légitime volonté de s'attacher à l'essentiel. Tous ne confondent pas les simplifications dérisoires avec la synthèse, l'ignorance abécédaire avec le génie. Une salle a été consacrée à un artiste trop tôt dis- MAURICE DENIS. — SOIR FLORENTIN. — LE POÈME Décoration d'une coupole octogonale dans l'hôtel de M. Charles Stern, inspirée des Crépuscules du Décaméron de Boccace

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MAURICE DENIS. — SOIR FLORENTIN. — BAGNEUSES Décoration d'une coupole octogonale dans l'hôtel de M. Charles Stern, inspirée des Crépuscules du Décaméron de Boccace Photo: Brouet.

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MAURICE DENIS. — SOIR FLORENTIN. — LA CANTATE Décoration d'une coupole octogonale dans l'hôtel de M. Charles Stern, inspirée des Crépuscules du Décaméron de Baccace Photo: Brant.